Suite à la discussion près du lac, les deux hommes ne se fuyaient plus. Erik était souvent plongé dans ses réflexions et vagabondait dans le manoir. Il prenait plaisir à découvrir tous les aménagements qui avaient été apportés depuis son séjour en 1962. Et depuis la partie de foot, les élèves le craignaient beaucoup moins. Il était content de ce changement, et cela se ressentait. Surtout pour Charles. Le voir ainsi relevait presque du miracle, son aura émanait de contentement, et l'infirme le ressentait. Ils passaient tous les deux peu de temps ensemble, surtout rien que tous les deux. Ni l'un, ni l'autre ne fit référence au journal de Charles. Hank et Raven étaient surpris par ces changements d'attitudes. Les voir faire comme si rien ne s'était jamais passé était presque perturbant. Pourtant, ils ne firent aucun commentaire, préférant de pas risquer de mettre fin à cette paix.

Charles aidait Erik. Ils en parlaient toujours autour d'une partie d'échec. Le directeur assurait toujours à l'autre qu'il pouvait rester tant qu'il le voulait, même s'il ne participait pas à l'éducation des élèves. Mais plus il passait du temps avec le professeur, plus l'allemand avait envie d'être proche de lui. Peut-être que savoir pour les sentiments qu'entretenait l'autre à son égard était en lien avec cette nouvelle façon de penser. Souvent, il repensait à la période du recrutement. S'il s'était senti si à l'aise à l'époque avec lui, c'est parce qu'il savait. Il savait pour les camps, pour tous ce qu'il avait vécu là-bas, avant, pendant, après. Et jamais il ne l'avait jugé. Jamais il n'avait sous-estimé la douleur de l'allemand. Parce qu'il avait su, en une fraction de seconde, et parce qu'il comprenait. Certes il ne l'avait pas vécu, mais il l'avait ressenti de plein fouet lors de l'extériorisation de la rage de l'allemand. Et c'est pour ça que jamais Erik ne s'était senti mal à l'aise en sa présence, bien que sa télépathie et son charisme naturel y jouait un peu.

Un soir, lors de la période du recrutement, ils avaient dû prendre un chambre d'hôtel, au dernier moment. Et la seule chambre qui restait dans l'hôtel qu'ils avaient trouvé était une chambre double, avec deux lits simples. Il était tard, ils étaient fatigués, ils n'ont pas cherché mieux et s'en sont contenté. Mais en plein milieu de la nuit, Erik s'était réveillé d'un cauchemar, comme souvent. Charles n'avait pas perçu le mauvais rêve car il faisait toujours attention à bien mettre ses barrières mentales, encore plus cette fois-ci alors qu'il était proche d'Erik. Il ne voulait pas prendre le risque de projeter un rêve dans l'esprit d'Erik, ou de capter un des sien. Pourtant, ayant le sommeil léger, il s'était réveillé à cause de l'agitation de l'allemand. Il lui avait demandé s'il avait fait un cauchemar, et il en avait conclu que oui face à son silence. Il s'était levé, et avait pris la liberté de s'asseoir sur le lit d'Erik. Il ne voulait pas pénétrer son esprit, il voulait qu'Erik s'ouvre à lui et lui parle. Il lui avait alors demandé si ça allait, et la réponse avait été un haussement d'épaule. « - Tu veux en parler ? » Tête secouée négativement. Il avait beau vouloir faire le dur, le grand garçon, l'homme, il avait toujours beaucoup de mal à se rendormir après ces cauchemars. La plupart du temps il ne se rendormait pas du tout, pas tant que la lumière du jour n'éclairait pas la pièce où il dormait. Mais cette nuit-là, la présence de Charles le rassurait. Il n'arrivait pas prononcer à voix haute ce qu'il voulait, mais le télépathe n'avait pas besoin de mots pour le comprendre. Il jeta un regard vers l'homme assit sur son lit, et ce qu'il y vit confirma la confiance qu'il avait en lui. Aucun jugement, aucune moquerie. La volonté de l'aider et de quelqu'un qui se souciait vraiment de lui, la première fois depuis longtemps. Il n'ouvrit pas la bouche, il avait honte. Mais il pensa fort, pour que le mutant capte ses pensées. « N'éteins pas la lumière s'il te plaît… ». Le professeur comprit, mais ne fit aucune remarque. A la place il sourit, se releva, retourna se coucher en laissant la lampe de chevet entre eux deux allumée. Il lui souhaita bonne nuit et ferma les yeux. Et Erik s'endormit après quelques minutes. Le lendemain, Charles lui demanda simplement s'il avait bien dormi après son cauchemar. Aucune évocation de la lumière, aucune raillerie, juste de la compréhension et du soutien. Son ami avait toujours eu ce don apaisant sur lui. Comme un peu avec tout le monde. Mais surtout avec lui. Mais d'un côté cela le gênait. Quand ils avaient des conversations un peu animées, il détestait la manière plutôt passive du diplômé de penser, et de faire les choses. Il avait l'impression que le charisme de l'autre homme l'empêchait d'être comme il était, ou plutôt comme il pensait être, et de laisser sa colère s'exprimer. Alors il s'emportait.

A l'inverse, quand ils n'étaient pas tous les deux mais qu'Erik commençait à s'énerver, il souhaitait la présence du télépathe à ses côtés. C'était assez paradoxal. C'était pour cela qu'il voulait tant que Charles reste avec lui, et l'aide avec la Confrérie. Il avait besoin de lui pour sa stabilité. Mais il avait refusé, et l'allemand avait été contraint de le laisser, blessé. Il avait plongé une dernière fois le regard dans ses yeux bleus. Et il était parti.

En 1973, avoir vu Charles dans cet état l'avait profondément bouleversé. Il s'était laissé emporté contre lui, parce qu'il détestait la nouvelle vision qu'il avait du drogué. S'il l'avait suivi, l'allemand aurait prit soin de lui. Il en voulait à l'ancien professeur de s'être laisser aller. Et il s'en voulait, parce qu'il se sentait responsable de son état. Alors il s'était énervé. La belle aura de son ami s'était évanouie, et l'européen n'arrivait plus à s'apaiser. C'est pour ça qu'il était parti après, qu'il était retourné en Europe. Il savait qu'il ne pouvait plus diriger la Confrérie. Et il ne le voulait plus. Mais il ne pouvait pas rester auprès de Charles. Il avait besoin de recommencer quelque chose de nouveau. Ce qu'il avait réussi à faire en Pologne. Sa femme, et sa merveilleuse fille. Ils avaient tous deux été surpris par la grossesse de sa femme. Et il avait eu peur, il ne savait pas s'il serait capable de s'occuper d'elle comme un vrai père. Elle est née, et il est tombé amoureux de son bébé. Mais son bonheur avait été balayé en l'espace de quelques minutes, par des humains. Encore. Il avait encore fait n'importe quoi, et Charles avait accepté de l'accueillir sous son toit après cela. Encore une fois, le télépathe l'avait aidé à se calmer, à trouver du réconfort.

Peut-être qu'il ressentait plus qu'une simple amitié pour son ami. Le temps passait, mais il voulait toujours retrouver cette proximité qu'il avait eu avec lui au tout début. Il avait à son tour envie de protéger Charles, de le chérir. Était-ce toujours de la simple amitié ? Toutes ces années, ces sentiments étaient là. Mais aujourd'hui il les regarde sous un nouvel angle. Et peut-être alors que c'était de l'amour. Mais c'était encore trop tôt pour se prononcer. Alors il réfléchissait, en silence.

Avec Charles, ils avaient réussi à trouver quelque chose qui plairait à Erik. A l'origine, il ne voulait pas être professeur. Mais l'homme chauve avait beaucoup insisté, avait évoqué pleins de raisons pour cela. Il en enchainait la liste rapidement, comme s'il avait réfléchi pendant des années à comment convaincre l'allemand de rester et d'aider les élèves. Alors il serait professeur de langues. Il parlait allemand, polonais, français, russe et anglais. Il était le plus disposer à donner ces cours. Surtout que la seule langue enseignée à l'école était l'espagnol. Quand il avait accepté, Charles avait eu un sourire indélébile sur le visage. Il lui dit qu'il lui apprendrait à enseigner, lui apprendre à être pédagogue. Il lui ferait parvenir son emploi du temps bientôt, pour qu'il puisse commencer dès le mois prochain.

Et aujourd'hui le professeur lui donnait son premier cours, pour qu'il « apprenne à apprendre ». Le télépathe était ravi, cela se voyait. Il ne cherchait même pas à le cacher. Erik arriva, en retard. Charles le réprimanda légèrement, en lui signifiant qu'il devait être à l'heure. Et il commença à parler. L'allemand tenta de prendre quelques notes, mais c'était difficile pour lui. Il écrivait trop lentement, et ne savait pas quoi noter comme informations, car tout ce que son ami lui disait lui paraissait important. L'autre homme remarqua rapidement son trouble, et encore une fois il n'eût aucun jugement. Il lui expliqua simplement comment faire. Erik enregistra les informations, et commença à prendre correctement des notes. Il devait prendre en compte l'âge des élèves, ne pas être trop rapide, leur faire des cours structurés, donner des exercices pour les forcer à travailler un peu en dehors des cours, faire des évaluations régulières, prendre en compte le temps qu'il leur donne pour ces évaluations, faire un barème adapté, être à l'écoute des élèves… bref, beaucoup de choses.

- Tu mettras un certains temps à t'habituer. Le temps de bien comprendre comment faire, et de construire tes cours. Mais une fois que ça sera fait, ça ira, sourit Charles.

- Tu penses vraiment ? Parce que ça ne me ressemble pas tout ça.

- Je croyais que tu étais en pleine discussion interne pour savoir qui tu étais ? C'est un excellent exercice ça tu sais. Et puis tu n'es pas seul, tu pourras toujours venir me demander conseil, ou à un autre professeur. La bonne nouvelle, c'est que tu n'auras pas besoin de montrer que c'est toi le chef pendant les cours, tu imposes déjà un certain respect. Je pense qu'il n'y aura pas de gros problèmes de comportement.

- Je vais te faire confiance. On verra bien.

- Exactement. Bon, après ces séances de cours je ne pense pas pouvoir t'en dire plus pour t'aider. Ce n'est pas un travail physique, mais il est fatiguant quand même. Bien, je t'ai expliqué comment on fonctionnait ici, au niveau du règlement et tout ça, tu dois être au point.

Charles se dirigea vers la porte, Erik le suivit.

- Donc mes « études » sont terminées professeur ? sourit Erik

- En effet, sourit le télépathe.

- Donc tu n'es plus mon professeur.

- En effet. Où veux-tu en venir ?

- Alors si on sort ensemble il n'y aura aucune entorse au règlement.

- Pardon ? demanda-t-il, interloqué.

- Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi. Et j'ai envie d'essayer, pour nous deux.

- Erik, on en a déjà parlé il me semble, se renferma un peu le professeur.

- Je sais, et je ne sais pas où ça va nous mener. Mais je veux tenter. Je veux essayer d'être comme tous ces jeunes, d'être le jeune homme que je n'ai jamais vraiment été. On se connaît, on a eu le temps de beaucoup parler. Mais je souhaite qu'on apprenne à se connaître, dans un autre contexte. Est-ce que tu accepterais de dîner avec moi Charles ?

Ce dernier était resté silencieux pendant qu'il parlait. Il n'arrivait pas à y croire. Il s'était même demandé si ce n'était pas à nouveau son esprit qui se jouait de lui. Mais non, c'était réel, et Erik attendait sa réponse.

- Avec plaisir Erik. Je serais ravi d'essayer, lui répondit-il alors le sourire aux lèvres.

- Demain, 19h ?

- Parfait. J'ai hâte.

- Moi aussi Charles, moi aussi.

Et l'européen parti sur ces mots, en souriant.

Charles passa la journée à stresser. Ce n'était pas habituel pour lui, et avait alors un peu de mal à gérer. Il était plus souvent perdu dans ses réflexions, et Raven le remarqua.

- Tu vas bien ? Tu es étrange aujourd'hui.

- Oui, je vais bien merci.

- Il t'arrive quelque chose ? Tu m'écoutes à peine, et tu souris encore plus que d'habitude.

- Figures-toi que j'ai un rencard ce soir.

- Un rencard ? Avec qui ? s'étonna Raven.

- Erik, répondit-il simplement.

Elle resta silencieuse quelques secondes, clairement prise au dépourvu.

- C'est… super ! Je veux dire, c'est étonnant, mais j'espère que tout se passera bien pour vous deux.

Et elle était sincère. Tous deux pensèrent à la liaison passée entre elle et l'ancien chef de le Confrérie. Mais aucun ne voulaient en parler.

- Merci, sourit Charles.

Erik aussi avait stressé ce jour-là, mais bien moins, il s'était concentré sur ses futurs cours. La fin d'après-midi arriva rapidement, et il se prépara consciencieusement. Il mit un pantalon en toile noir, ainsi qu'une chemise avec des tons dorés. Il se dirigea ensuite vers la chambre de son ami, et toqua à la porte. Ce dernier lui ouvrit, souriant. Il avait enfilé un pantalon similaire à celui d'Erik, et un polo clair.

- Prêt ?

- Prêt, allons-y, sourit Charles. Où as-tu prévenu de m'emmener ?

- Devines, dit-il en se dirigeant vers le salon. Mais tu n'as pas le droit de tricher.

- On n'a jamais le droit de tricher tu sais, s'amusa-t-il. Mais plus sérieusement Erik ? Tu sais que tu es toujours un fugitif.

- Je sais bien Charles. Je t'emmène juste au salon. J'y ai préparé une table pour nous deux, et j'ai commandé dans un bon restaurant. Ça sera comme si on y était vraiment, répondit-il en souriant.

Ils allèrent donc au salon, et s'installèrent. Charles déduisit sa place par l'absence de chaise d'un côté de la table.

- Eh ben, c'est ça que tu fais au lieu de préparer tes cours ? s'amusa le télépathe.

- Oh mais je travaille, rassures-toi. Tu voudras bien m'excuser de ne pas faire QUE ça non plus, répondit-il sur le même ton.

Et ainsi ils passèrent toute la soirée, sur cet air enjoué, en parlant de choses diverses et variées. Les rares moments où ils étaient silencieux, particulièrement pendant la dégustation de leur repas, l'ambiance n'en devenait pas pesante. Ils étaient bien tous les deux, et se le faisaient bien comprendre. Tout au long du repas ils flirtèrent. Ce n'est que bien tard qu'ils décidèrent d'aller se coucher. Et Erik raccompagna Charles à sa chambre.

- J'ai passé une excellente soirée Charles. Bonne nuit, à demain, dit-il en souriant.

- Ce sentiment est partagé, à demain Erik.

Puis l'invalide rentra dans sa chambre. Il se déshabilla, s'allongea dans son lit et regarda le plafond. Il repensait à cette soirée et ne pouvais pas s'empêcher de sourire. Erik avait été clame, avenant et souriant toute la soirée. Mais si ce soir ça s'était bien passé, est-ce que l'autre homme serait prêt en entamer une nouvelle relation. Les choses seront bien différentes d'avec son ancienne femme. Et même s'il voulait rendre l'allemand heureux, est-ce qu'il lui suffirait ? Et est-ce que ce n'était pas trop tôt ? Le professeur préféra arrêter de penser à ça, et se concentrer sur les points positifs. Il s'endormit le sourire aux lèvres.

De son côté, l'européen s'était couché et pensait lui aussi. Il se disait que ce dîner avait été parfait, et il s'imaginait très bien recommencer très vite. Il avait trouvé l'autre homme radieux ce soir. Et c'était grâce à lui. Alors il voulait le faire sourire plus souvent. En regardant la place vide à côté de lui du double lit qu'il occupait, il s'imaginait sans problème le professeur à la place. Non il n'avait plus envie de dormir seul. Mais il ne voulait pas prendre le risque de précipiter les choses et que tout cela se finisse mal. Avec Magda cela avait été simple, rapide. Ils ne s'étaient pas compliqués la vie et avaient pris ce qui leur venait. Mais avec Charles c'était plus complexe. Alors il prendrait son temps, et ferai tout pour que cela réussisse.