C'est le ronronnement d'un réfrigérateur qui accompagna le réveil du commissaire Gordon.

Ce dernier tressaillit en sentant l'air froid autour de lui, et il ouvrit les yeux. La douleur à sa tempe se mit à palpiter de plus belle et il grogna.

- Enfin réveillé, déclara une voix familière au ton nasal et nonchalant.

Rien ne s'était passé comme prévu.

..

La journée avait été longue et pénible. Le Riddler avait encore fait des siennes, et plusieurs incendies s'étaient déclarés simultanément dans différents musées de la ville car les conservateurs qui avaient reçu le colis piégé du criminel n'avaient pas su répondre à ses énigmes.

Les forces de police du GCPD étaient détachées sur les lieux afin de noter les dégâts et constater les vols. Car évidemment, il y avait eu des vols. Personne n'avait rien vu, pourtant il était impensable que le Riddler ne soit pas servi au passage. Jim connaissait son amour pour les oeuvres d'art hétéroclites, il ne doutait pas un seul instant que ce dernier ait emporté quelques tableaux, quelques sculptures, ou d'autres objets précieux.

Leur enquête progressait très lentement, mais ils avaient réussi, parallèlement au travail sur les incendies, à identifier une zone aproximative où le Riddler aurait sa tanière.

Harvey l'avait prévenu de ne pas y aller seul, mais Jim n'avait pas peur d'Edward Nygma.

Il avait envie d'en découdre, afin d'oublier pour quelques instants sa vie sentimentale agitée. Tout ce qui s'était passé avec Lee, puis Oswald...il ne savait pas comment gérer tout cela. D'autant qu'il avait revu Valérie Vale à l'occasion de sa venue sur les lieux du premier incendie. Cela avait réveillé en lui des souvenirs désagréables : comment il avait toujours été prompt à se servir de l'affection d'autrui pour atteindre ses objectifs personnels, quitte à les blesser au passage.

La liste s'allongeait à mesure qu'il y pensait. Il avait besoin d'action, et c'était la raison pour laquelle il avait rejoint discrètement le quartier des Narrows pour se lancer sur la piste du Riddler.

Mais il était tombé sur un os.

..

Ed n'était pas le seul qu'Oswald avait fait suivre. Sans le savoir, Jim Gordon était tracé par un mouchard placé sur sa voiture, et Victor Zsasz l'observait tout en gardant ses distances pour ne pas être repéré.

Lorsque le commissaire s'était rapproché de la planque du Riddler, l'assassin avait suivi les instructions en contactant son chef.

Ce dernier avait rappliqué ventre à terre avec une dizaine d'hommes, afin que ceux-ci s'emparent de Jim.

Une bagarre s'était déclenchée, mais Jim était en sous-nombre et un coup de crosse sur le crâne finit par avoir raison de lui.

Oswald n'était pas aussi insensible qu'il pouvait le laisser croire. Jim était un ancien ami, un ennemi parfois, comme la plupart de ses amis, mais aussi un allié de poids. De plus, il symbolisait une époque pour laquelle Oswald avait parfois de la nostalgie, une époque plus innocente où il n'était pas encore tout à fait le Pingouin, mais un jeune homme perdu en quête de repères. Jim Gordon avait été un modèle auquel se raccrocher, et Oswald osait se l'admettre aujourd'hui, il avait été le premier homme avec lequel il s'était imaginé pouvoir entretenir une relation romantique. Ce n'était jamais arrivé - heureusement, si l'on en croyait toutes les anciennes amantes de Jim Gordon - mais le souvenir de ces sentiments avait quelque chose d'encore tendre pour Oswald.

Bien qu'ils aient plus tard été corrompu par une amertume qui avait tout rongé entre eux.

Ed était sa priorité, et il allait le lui prouver. Il ordonna à ses hommes d'emmener Jim dans un des restaurants qu'utilisait autrefois Falcone pour s'occuper de sa viande froide.

C'est ainsi que Jim s'était retrouvé attaché par les poignets à un crochet de boucher dans ce frigo.

..

- Je ne pensais pas que tu m'en voudrais à ce point, répliqua Jim, non sans humour.

Le Pingouin caressa la pointe de son hachoir sans le regarder. Evitant volontairement son regard.

- Ce n'est pas une vengeance, dit-il calmement. Je dois le faire, c'est tout.

- Et qu'est-ce qui t'y oblige ?, demanda le commissaire en examinant rapidement les lieux pour tenter de trouver un moyen de se sortir de cette situation périlleuse.

- Ed, répondit très doucement Oswald. Il ne supportera pas que tu restes en vie. Si je ne le fais pas, il s'en occupera lui-même.

Jim se figea. Son cerveau était légèrement ralenti du fait du coup reçu sur la tête, aussi ne comprenait-il pas le lien entre Ed et le baiser qu'ils avaient échangé.

- Pourquoi Ed voudrait-il ma mort ? Enfin je veux dire, plus que d'habitude ?

Enfin, le regard du Pingouin se posa sur lui. Ses yeux pâles étaient tristes et résolus. Il laissa retomber la main qui tenait le hachoir et claudiqua vers lui.

- Ed et moi sommes amants, souffla Oswald, un nuage de vapeur s'échappant d'entre ses lèvres minces.

Jim écarquilla les yeux, frappé par cette révélation comme un poing dans le ventre. Il resta groggy face à la nouvelle, ne trouvant rien à rétorquer.

Ce n'était pas nécessaire car Oswald poursuivit sur sa lancée, lui tournant soudain le dos pour un effet plus dramatique - et pour dissimuler une ombre de sourire naissant sur ses lèvres. Avouer à voix haute ce secret si bien gardé était jouissif pour lui.

- Plus que cela, nous nous appartenons. Je lui ai promis qu'il était le seul, et tu sais à quel point il déteste partager. Mais je ne le laisserais pas te tuer Jim.

Il tourna lentement la tête, le regard brillant d'intentions de meurtre.

- Cela ne ferait pas disparaître sa jalousie. Il faut que ce soit moi. Pour lui prouver qu'il a tort.

Le policier déglutit, sentant qu'il arrivait au bout de son monologue. Il tenta de le relancer afin de gagner du temps, la pression augmentant de minute en minute.

- En quoi avait-il tort, Oswald ? On sait tous les deux qu'il a raison.

La réaction du Pingouin fut vive, exactement comme il l'avait espéré.

- C'est faux !, s'indigna Oswald en postillonnant de rage, boitant rapidement vers lui. Il est le SEUL pour moi !

- Si c'était le cas, tu ne m'aurais pas laissé partir après t'avoir embrassé, rétorqua le commissaire. Tout ça, c'est de la comédie.

Oswald l'attrapa par le col, pointant son hachoir contre sa gorge, les yeux exorbités.

- Comment OSES-TU ?! Ed et moi avons traversé des choses que tu ne pourrais imaginer ! Tu ne peux même pas comprendre A QUEL POINT nos destins sont liés ! Tu n'as jamais ressenti ça pour personne. Je le sais maintenant. Pourquoi crois-tu que le docteur Thompkins soit partie ? Elle l'a vu, elle aussi. Tu n'as jamais vraiment connu l'amour, Jim Gordon. L'amour qui trahi, qui enchante, l'amour qui brûle, et qui serre le coeur à s'en tordre de douleur par terre...

Il souffla contre le visage de Jim, l'expression plus fiévreuse que jamais.

-...l'amour qui tue.

Jim choisit ce moment précis pour frapper son adversaire d'un coup de boule, et se servit du mouvement causé par le choc pour accentuer le balancement d'un coup de hanche et se décrocher. Il était toujours menotté et ses jambes étaient toutes engourdies, ainsi quand il se réceptionna au sol, il s'effondra.

Oswald se redressa en se tenant le visage. Il leva son hachoir en grimaçant.

- Ça ne sert à rien, Jim. Tu crois que je ne comprends pas comment tu t'en tires à chaque fois ? Comment tu joues avec les sentiments des autres pour les désarçonner et les abattre avant qu'ils se rendent compte de la supercherie ? Tu n'es pas le bon et honnête flic que j'ai pensé que tu étais quand tu as refusé de me mettre une balle dans la tête sur les docks. Tu es une pourriture.

- Continue de te dire ça, si ça t'aide à dormir le soir, siffla Jim en se redressant pour pouvoir reculer sur les fesses tout en essayant de se dégager de ses menottes.

Oswald avança lentement vers lui.

- Oh ne t'en fais pas, je fais des choses trop intéressantes avant de dormir. Je n'ai pas le temps de penser à toi, susurra-t-il avec un rictus.

Jim leva les mains pour se protéger tandis qu'Oswald s'apprêtait à lui fendre le crâne, lorsque les hauts-parleurs se mirent à grésiller.

"Oswald !"

L'interpelé s'interrompit dans son geste et Jim en profita pour lui donner un coup de pied dans le genou avant de ramper pour s'éloigner. Le hachoir tomba au sol.

Oswald geignit en se tenant le genou, avant de relever le nez.

- Ed ? Qu'est-ce que tu fais là ?

"Oswald !", répéta la voix du Riddler dans le haut-parleur. "Je...J'ai entendu ce que tu as dis !"

Le Pingouin rougit violemment.

"J'entends des sirènes de police.", ajouta Ed. "Il faut qu'on sorte d'ici..."

- Je le pensais !, s'écria soudainement Oswald, le ton véhément.

Il y eut un silence, puis Ed répondit :

"Je sais. Je suis désolé de...tu me connais. Tu sais que je n'arrive pas à réfléchir convenablement quand je pense à toi. J'ai cru...oh..."

Il eut un petit rire.

"J'ai cru que tu allais me laisser pour être enfin avec lui. Parce qu'il avait été là avant moi, tu comprends. Dans ton coeur."

- Mais ça n'a rien à voir !, s'exclama Oswald, qui avait totalement oublié Gordon. Je ne l'ai jamais aimé ! C'est toi que je veux ! Toi que j'ai TOUJOURS voulu !

"Je sais.", souffla le Riddler.

Puis le micro se coupa.

Le Pingouin sembla se recroqueviller sur lui-même. Jim, pendant ce temps, réussi à défaire une de ses mains. Il tendit celle-ci vers le hachoir...

Un coup de feu retentit et un impact de balle fit voler l'arme loin de Jim.

Ed apparut, flambant neuf dans son costume vert, et il tenait un revolver tandis qu'il approchait d'Oswald pour l'enlacer d'un seul bras, l'autre restant tendu en direction de Jim Gordon.

- Eddie, murmura Oswald en se blottissant sans vergogne contre lui.

- Oswald, répondit Ed sur le même ton.

Il l'embrassa sur le front en fermant les yeux, et lui caressa le dos de manière réconfortante.

- Je suis désolée de t'avoir donné du soucis. J'ai été idiot.

- Non, c'est ma faute, se défendit Oswald. J'aurais dû toute te dire dès le début.

- Tu essayais de me protéger de moi-même, justifia Ed avec un sourire en coin. Mais ça va maintenant, je n'ai plus de doute.

Oswald releva le nez en souriant, le visage lumineux. Le Riddler sourit avec satisfaction.

- Ne serait-ce pas le bon moment pour te poser la question ?

- Quelle question ?, interrogea Oswald, soudain circonspect.

- Celle à laquelle tu n'es autorisé qu'à dire oui, chuchota Ed en glissant un écrin en velous entre les doigts gelés de son amant.

Oswald ouvrit la bouche sans trouver les mots. Il prit une inspiration tremblante.

- Est-ce que c'est ce que je crois ?

Ed déposa un baiser sur son oreille :

- Si tu l'ouvres, tu auras la réponse.

..

Quand le GCPD retrouva enfin Jim Gordon, il épongeait le sang coulant de sa tempe. La peau de son poignet était également sévèrement arrachée et il boîtait en sortant du restaurant désert.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?, s'écria Harvey. C'est un coup de Nygma ? Le Pingouin ?

Jim secoua la tête sans répondre.

- Laisse tomber. Et paye-moi plutôt un verre.

Il détestait l'admettre, mais il en avait bien besoin. Ce n'était pas tous les jours qu'on été à deux doigts de se faire assassiner par un parain du crime pour une histoire de baiser et d'assister à une demande en mariage entre deux criminels endurcis. Surtout quand on avait été le béguin de l'un d'eux.

C'était tellement embarassant que pour en parler à Harvey, il lui faudrait beaucoup d'alcool dans le sang.

Il espérait juste qu'on l'oublierait au moment d'envoyer les faire-parts.

FIN


Et voilà la fin de cette petite fanfiction sans prétention. Si vous avez lu jusque-là, d'abord bravo, merci (n'hésitez pas à laisser une petite review pour dire ce qui vous a plû ou déplû), et à la prochaine !