Pouvez-vous me parler un peu de lui ? "Réminiscences"
Lea (père) : « J'étais pas prêt, à l'avoir. Je pouvais pas avoir d'enfant. Je pouvais pas, alors je me suis toujours dit que j'en aurais pas. Ça fait quoi, trente ans ? Et à l'époque, vingt. Vingt ans que je m'étais résigné à avoir un enfant, vingt ans avant de rencontrer les filles. Elles sont arrivées comme une douche froide d'eau brûlante, comme un choc électrique agréable... comme un puissant oxymore, quoi. Larx' m'a attrapé brutalement pendant que Xi' me disait qu'elles n'allaient rien me faire de mal. Comme le gentil et le méchant flic. Sauf que j'étais face à une sorte de titan à deux têtes : celle qui veut te tuer et celle qui veut te protéger. Et c'était plutôt flippant parce qu'on s'était presque jamais parlé avant. C'étaient les voisines de mon meilleur ami, Isa, qui habitait à l'autre bout de la ville. À partir de la conversation qu'on a eu à ce moment-là, on s'est beaucoup rapprochés. Trop, diraient certains. Et c'est peu après qu'il est arrivé. C'est vraiment allé vite, je sais, mais on est tout de suite devenus inséparables, comme si on avait toujours été une famille unie et que la seule chose qui manquait était le bruit ambiant d'un gamin. Un gamin dont jusque là, je n'avais jamais espéré l'existence. Et comme c'est allé très vite, j'ai pas pu me remettre de ces vingt ans de désespoir alors j'étais perdu, je savais pas quoi faire face à lui. C'était mon gamin, mais j'avais pas l'impression de jouer le rôle d'un parent, plutôt celui de l'ami un peu idiot et complètement naïf. Surtout naïf. Quand j'ai dit qu'Isa était le voisin des filles, je l'ai dit au passé parce que maintenant, il a changé de ville. Mais il m'a revendu la maison. Du coup, on s'est retrouvé avec deux maisons côte-à-côte pour une seule famille. On a trouvé ça drôle alors on les a gardées toutes les deux. Mais quand Vanitas est arrivé avec deux têtes blondes que je n'avais vu qu'une fois et qu'ils ont pris les clés de l'autre maison -celle des filles- pour, soit-disant, ''ne pas déranger parce qu'ils comptaient se coucher tard'', j'avais rien capté alors que les filles, elles, étaient mortes de rire... J'étais vraiment trop con. Ah, et désolé de te parler de ça, ça doit être gênant pour toi. Quoiqu'il en soit, j'étais pas vraiment un parent à plein temps. C'est plutôt Xion qui se chargeait de ce que fait couramment la figure paternelle. On pourrait penser que ce serait plutôt Larxene, mais elle, elle l'encourageait plutôt à faire des conneries. Je suis sûre qu'il a dû t'apprendre une quelconque idiotie, ou même plusieurs. Et bah sache que ça vient de Larx'. Elle, elle serait un peu son cerveau. Et moi alors, je serais son corps. Et Xion serait son cœur... »
Elrena et Xion (mères) : « C'est moi qu'ai voulu un gamin. C'est v'nu comme ça : je me suis réveillée un jour en me disant qu'i' manquait un truc. Et quand je me suis servi des Miel Pop's dans un bol Winnie l'ourson, j'ai capté ce qu'il nous fallait : un gone. Quelqu'un de bien bruyant, parce que je me faisais super chier. Surtout qu'on était en pleines vacances mais qu'on avait envie d'aller nulle part. Du coup, j'ai commencé à préparer des affaires pour un potentiel gamin. J'ai aménagé une chambre, acheté des habits et des jouets, j'ai passé des berceuses dans toute la maison... Je plains encore Xion que j'ai baladé partout, obligée de m'aider sans rien comprendre. Mais bon, elle pouvait pas dire non : c'était soit ça, soit un énième jour à glander sur le canapé. Mais elle a trouvé ça drôle et quand elle a capté, on s'est marré pour le faire comprendre à Ax'. Je crois qu'il a saisi seulement au moment où je lui ai mis une tétine dans la bouche. Ça faisait quoi... même pas trois mois qu'on était ensemble et on lui réclamait déjà un truc indéfini dont l'âge se comptait encore sur les doigts. Et je pense que ''truc'' est le mot le plus approprié pour décrire ce dont on a hérité. Une sorte de chose qui fuguait tous les trois jours parce qu'il avait, d'après ses dires ''trop chaud dans la maison''. Mais bon, ça ressemblait plutôt à une crise d'adolescence -très très- précoce. Du coup, je lui ai appris que pour fuguer, fallait pas juste aller chez des amis sans prévenir, mais prendre le bus et partir le plus loin possible. Je lui ai acheté un ticket de train et de la bouffe pour trois jours. Axel a tellement flippé pendant les deux semaines où il était parti, c'était hilarant ! Xion faisait semblant de rien voir et de rien entendre, parce qu'elle était intérieurement aussi morte de rire que moi. La fugue, c'est la première chose à quoi je l'ai initié. Mais il a arrêté très vite et n'en a plus jamais refait. Enfin... tu vois. »
« Larxene et moi, depuis toutes petites, on s'est dit qu'on voulait faire notre vie juste à deux. On devait être les sœurs les plus proches qui existaient, dans tous les sens du terme. On se suffisait à nous-mêmes, chacune comblant les défauts de l'autre. On étaient seules, mais seules ensemble, pour toujours et à jamais. Irrémédiablement. Bien plus tard, quand on était aptes à vivre dans notre propre maison, on s'est trouvé un coin sympa. Notre voisin était un garçon calme, mais intéressant. On a voulu, pour la première fois, se rapprocher d'une autre personne, mais il n'est pas vraiment devenu un ami, on prenait trop de plaisir à le voir vouloir nous tuer à cause des quelques blagues qu'on lui faisait. Et puis, Axel est venu chez lui, un jour. On s'est regardée avec Larx', sans rien se dire, mais en pensant toutes les deux ''mignon mais très con''. ''Mignon mais très con'', c'est aussi comme ça que je décrivais Vanitas, quand on me demandait comment était le pauvre gosse qu'on avait chez nous. ''Mignon mais très con'', c'est drôle, non ? C'est complètement l'inverse de lui, mais ça plaisait au voisinage. Ça passait mieux que le ''sexy manipulateur'' que toi, tu avais sorti. Mais bon, les gens ont parlé, et il est devenu ''le gamin des fous, BG et salaud''. Quand j'ai entendu ça la première fois, j'étais outrée : j'étais hyper déçue qu'on ait trouvé mieux que moi pour le décrire. Parce que c'est ce qu'il est, un beau salaud. Et c'est pour ça que j'aime être sa mère. Aujourd'hui encore, je peux l'appeler comme ça... le beau salaud. »
Roxas (ami d'enfance) : « C'est le genre le rencontre qui te change la vie. Pas à mal, mais en différent. En très différent. Comme si, après l'avoir rencontré, j'avais pris conscience du monde dans lequel j'étais. Je me croyais taré, mais quand je l'ai rencontré, j'ai su que ce n'était pas ça... je ne croyais pas seulement être taré : je l'étais ! Quand je dis ''taré'', c'est aussi taré que peut l'être un gamin de ''huit-ans-presque-neuf'' qui croyais que la plus petite des idioties était la plus grosse des conneries. Mais à l'époque, je faisais déjà des grosses connerie - mais c'était pas moi qui ai balancé le briquet allumé sur le tapis plein d'alcool ! En fait, quand j'ai rencontré Vanitas, quand on est devenus amis, je me suis calmé. Il avait un effet apaisant... il l'a encore, en fait. Je me souviendrais toujours des sculptures en terre qu'on faisait tous les trois. Tous les après-midi, il venait nous chercher, si on n'était pas déjà avec lui à l'école, et il nous emmenait un peu partout, pour nous occuper. C'est à une de ces fois-là que s'est ensuivi le Début. Ce n'était pas de moi qu'il se sentait le plus proche, mais c'est normal puisque je suis pas son type. Et de mon côté, je sentais pareil. Comme tout le monde, Van a besoin d'être complété, mais comme son lui intérieur et son lui apparent sont presque opposés, il faut vraiment le connaître pour savoir comment il faut être. Au total, on est six -sans compter nos parents- à tout savoir sur lui. C'est pas beaucoup, mais largement suffisant. Et puis, il a trouvé Demyx. C'était marrant, leur rencontre, il m'a raconté. Van l'appréciait vraiment, mais ne lui avait jamais trop parlé. Et après leur rapprochement dans la salle de musique, il s'est mis à apprendre le piano tout seul pour pouvoir faire un duo avec lui. Mais quand il s'était senti prêt, quand il pensait avoir bien appris à jouer, Demyx s'est ramené avec une guitare. C'était la première fois qu'il jouait d'autre chose que du piano, mais en fait, il savait déjà jouer de beaucoup d'instruments. Du coup, Van avait un peu honte de son pseudo-niveau de piano alors ils ont jamais fait de duo. Faudrait leur demander, un jour. Sauf que... Demyx a arrêter de jouer depuis qu'il est parti... »
Ventus (ami d'enfance, ex petit-ami) : « Il n'y a pas vraiment eut d'avant, de pendant et d'après. C'est arrivé, comme ça, un jour, et c'est reparti. C'est ça, que j'apprécie, chez lui : tout est naturel. Il pourrait m'acheter une glace ou un cadeau, ou alors m'enterrer vivant ou tuer ma mère, que je trouverais ça normal. C'est fou ce qu'il ressemble à ses mères, sur le coup : sa seule logique est un oxymore - c'est lui qui m'a appris ce mot, d'ailleurs, il y a très longtemps. Et c'est à cause de ça que personne ne l'approchait : s'il est gentil avec ceux qui sont déjà proches de lui, il sera un gros connard avec les autres. Enfin, il était salaud avec nous aussi, mais on lui rendait bien. Surtout moi, d'ailleurs, comme j'avais reçu tacitement le statut de petit ami. Mais c'est à ce moment-là qu'on s'est vu moins souvent, qu'il a passé plus de temps avec mon frère... Ça peut sembler illogique, mais vu de qui on parle, c'est tout à fait cohérent. Alors je suis allé voir d'autres gens, ceux qui l'évitaient, et j'ai rencontré un futur ''ami à vie''. Il voulait approcher Roxas depuis longtemps, étant tombé sous son charme mais comme il traînait toujours avec Vanitas, il ne pouvait pas l'approcher. Il m'a dit ''si je vais voir Roxas, y'a le salopard sexy qui va m'arracher un membre à chaque mot que je vais dire''. Ce mec a une grande imagination, même s'il en reste un imbécile. J'ai l'impression que tous mes amis sont des abrutis, d'ailleurs. Mais ''qui se ressemble s'assemble'', comme on dit. Enfin bref, Hayner a alors voulu que je devienne son coach, que ''je l'aide à voir son prince en vainquant le dragon manipulateur''. Je lui ai pas dit que Roxas méritait tout autant le nom de dragon, comme ça j'ai pu voir son visage paumé quand il a compris qu'il était lui aussi dangereux. La même tête qu'il a eu quand je lui ai dit que je sortais avec le fameux dragon. Il a pris trois semaines pour se résoudre à aller les voir, deux mois pour arriver à ne plus avoir peur de Vani, et cinq pour se prendre un râteau de la part de mon frère. Hilarant. Mais sa présence ici était très appréciable, ça faisait longtemps que personne n'avait rejoint le cercle. Même si c'est à peu près à ce moment-là que Vanitas a rencontré Demyx. »
Hayner (ami à vie de Ventus) : « Donc, ouais, j'ai été proche de lui pendant un temps. Mais à cause de mon déménagement, ça a pas été très long. Avant tout ça, ouais, il me f'sait peur, mais moi, j'voulais parler à Roxas. Alors j'ai observé, pendant longtemps et j'ai vu qu'en fait, il était pas vraiment méchant. Alors j'ai pensé que j'avais plus peur de lui, maintenant que je savais qu'il n'était pas complètement méchant. Mais sexy-guy était toujours aussi flippant. Et puis, il a commencé à traîner de plus en plus avec Roxas... j'avais peur qu'il me le prenne. Mais un être très charmant est arrivé et m'a un peu expliqué la situation -à cause de mes demandes incessantes- et j'ai réussi à parler à Roxas et Vanitas en n'ayant presque pas peur ! Presque, parce que j'ai quand même failli me pisser d'ssus. Quand j'ai été intégré au groupe, il m'a pris à part pour me dire un truc qui m'avait beaucoup étonné à l'époque : ''je te confie Ven''... J'ai compris deux semaines plus tard, quand je l'ai vu par inadvertance dans la salle de musique avec Demyx. Mais le soir-même, mes parents m'ont dit qu'on allait déménager un mois plus tard. Il a dit ''je te confie Ven'', et moi j'allais partir. Alors Ven et moi, on a passé les meilleurs moments de notre vie, pendant un mois. Être vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec Ven, c'est comme ne jamais sortir d'un manège en marche. On tourne, on s'amuse et on oublie le temps. Et puis, on est malade mais on en redemande. Je le sentais comme libéré de Vanitas, mais pas dans le bon sens du terme. Un peu comme si on avait libéré Ven de ses entraves et qu'il ne se retenait plus de rien, même du pire. J'avais compris le message, maintenant : c'était plutôt un ''maîtrise-le, pour qu'il ne fasse pas de conneries''. Et on peut comprendre qu'il ait eu cette peur, puisqu'il m'a raconté que Ven avait brûlé le tapis de chez lui sans aucune raison. Mais même s'il a l'air d'être dur à l'extérieur, son cœur est duveteux. Mais je suis pas sûr qu'il apprécierait que je dise ça... »
