Pouvez-vous me parler un peu de lui ? "Six ans"

Demyx (petit ami à vie) : « Maintenant qu'il est rentré, je me dis que six ans, finalement, c'était pas grand chose. Après tout, c'est un de ses points forts, de rendre toute situation normale, aussi incongrue soit-elle. Alors depuis son retour, j'ai l'impression que ces années d'attente n'ont duré que quelques instants. Bon, je dis ça, mais ça ne m'a pas empêché de le frapper les trois jours qui ont suivi son retour, tellement j'étais énervé. Il y a longtemps, il m'a acheté un foulard, il me trouvait mignon avec, apparemment. Du coup je le mets tous les jours. Mais là, je m'en suis servi pour attacher nos poignets ensemble, pour qu'il ne disparaisse plus. En soi, ça ne servait à rien, mais ça le rassurait. Oui, c'est lui que ça rassurait, de savoir que je tenais toujours à lui, que n'avais pas peur de lui. Mais de tout ce à quoi j'ai pu assister de sa part, c'était pas cette envie de mort qui allait me faire partir. Quand j'ai senti que son cœur allait mieux, une nuit, j'ai détaché le foulard, je l'ai pris avec moi et je suis allé au cimetière. Il y a six ans, j'ai creusé cette tombe, sous le saule pleureur. Dans les racines se trouve le ''Corps de fugue'', la raison pour laquelle Vanitas est parti. Derrière le manteau, sous la capuche, se trouvent ses Vestiges, les éléments qu'il a laissé derrière lui à cause de cette nuit... dont le corps. À l'époque de notre rencontre, je lui ai dit que j'étais le genre de mec qu'on pouvait appeler à trois heures du mat' pour enterrer un cadavre. Je pensais pas avoir à le faire tout seul, à ce moment-là. Le manteau, le corps et, dans la main droite, mon téléphone. Je ne l'ai que très peu sorti de là pendant tout ce temps, mais je n'en avais plus besoin - Vanitas m'en a acheté un autre, depuis qu'il est rentré. Et, dans la main gauche, j'y ai déposé le foulard. En me relevant, j'ai vu qu'il était derrière moi, et il m'a pris dans ses bras. Au bout d'un moment, j'ai rebouché la pseudo-tombe, et lui, avec le couteau qu'il a toujours dans sa poche, il a gravé deux mot dans le tronc de l'arbre : ''demise'' et ''vanishing''. Deux mots qui nous ressemblent et qui nous lient à jamais à travers cet événement d'il y a six ans. C'est à ce moment-là qu'il s'est vraiment senti libéré. Libre de toute peur, libre de tout mouvement. Il savait qu'il ne repartirait plus jamais, il savait qu'il avait vaincu le démon de son esprit, et il est redevenu exactement comme avant. En fait, si je résume, on peut dire qu'il ne s'est rien passé. Pas de changement, pas de disparition, on oublie tout ça puisque rien n'a changé entre temps. »

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« J'ai tout de même une chose à rajouter. Vanitas m'a dit qu'il avait trouvé plus sexy que moi, où il était. Mais c'est toujours avec moi qu'il préfère pour, disons... ''se coucher tard'', si je reprends ses mots de ton époque. »

Roxas (ami d'enfance) : « Il est indispensable, pas vrai ? Quand il est parti, je l'ai tout de suite su. Un sixième sens développé avec le temps. Il nous sert de calmant, en gros, et quand il est parti, je l'ai tout de suite senti. J'ai fait une sorte de crise, j'ai pété un plomb et on m'a retrouvé deux jours après, dans le petit ruisseau de la forêt. Heureusement qu'entre-temps, Xion a appelé Hayner. Imaginez si j'avais dû passer six ans dans cet état... la ville n'y aurait pas survécu. Hayner, c'est comme une pilule du lendemain : il était pas prévu, mais il m'a en quelque sorte sauvé la vie quand une certaine personne s'est dit que ce serait cool de se barrer alors qu'il a une emprise totale sur l'équilibre mental de ses deux meilleurs amis ! Mais même quand Van est rentré, Hayner a décidé de rester en ville. Pas qu'il ait peur que l'aut' con se tire une deuxième fois, hein, mais il a dit qu'il se devait d'être là. Et puis, il devait parler à Vanitas, je sais pas pourquoi, mais on s'en fout. ''Pouvez-vous me parler un peu de lui'', qu't'as dit. Ouais bah nan, parce que ces six ans que j'ai vécu, c'était sans lui. Et sans lui c'était la dèche, c'était la merde. T'avais l'impression de retourner dans la matrice, de tout oublier du monde et d'avoir une vie à la fois emmerdante et maladive. Parce qu'Hayner, c'est peut-être une roue de secours, mais moi j'y ai pas été habitué. Hayner connaissait pas -plus- mes habitudes, parce qu'il a certes passé son temps à m'observer quand il était amoureux de moi -c'est toujours le cas, d'ailleurs-, mais il y a les habitudes en public et en privé. Et il connaissait pas les habitudes privées. Six ans sans lui, c'est comme chopper une amnésie. Sauf que là, tu sais pas ce que tu as oublié. Tu sais pas si tu as tout oublié ou si t'as perdu juste un détail. T'es dans le flou, tu te perds, et t'arrêtes d'y penser. Personnellement, au bout d'un an, j'avais déjà arrêté de penser à lui. En terme de temps, c'est moi qui l'ai le plus côtoyé, alors j'avais le droit de l'oublier le plus vite. Et puis, j'ai rien fait pour continuer de penser à lui, hein. Il est parti parce qu'il a fait ce qu'il voulait. C'est ce qu'il a toujours fait, c'est comme ça qu'on a toujours pensé. Et à ce moment-là, je suis sûr qu'il voulait qu'on l'oublie, alors je l'ai oublié. Faut pas chercher à aller plus loin. Dans le temps, on s'était dit de pas faire compliqué et d'y aller toujours au plus simple. Il s'est barré parce qu'il le voulait, je l'ai oublié parce qu'il le voulait, et j'ai continué à vivre sans lui parce qu'on le voulait. Au plus simple. »

Ventus (ami d'enfance, ex petit-ami) : « Comme Roxas l'a dit : sans lui, c'était la merde. Je connaissais l'ampleur de sa maîtrise sur nous, mais ça m'a quand même fait un choc de me retrouver d'un coup à vouloir faire exploser le monde. On fait se qu'on veut et au plus simple, comme a dit Roxas. Faut pas chercher à comprendre pourquoi, même moi je sais pas, mais j'avais envie d'exploser le monde. Faut savoir que quand Hayner est arrivé à la gare, Larx' et Xion m'ont attaché dans une valise, avec juste la tête qui dépassait, parce que sinon j'aurais été en train de refaire toute ma maison avec un pistolet à eau à peinture. En vrai, je le plains, Hayner, parce que s'occuper de mon frère et de moi, même quand on sait à quoi s'attendre, c'est pas facile. Si Roxas a oublié, moi j'ai tout fait contre. On a dit ''on fait ce qu'on veut'' mais là, je pensais pas qu'il voulait. Je savais à quel point il tenait à Demyx et qu'il ne pourrait jamais le laisser seul. Mais il est parti. Alors j'ai demandé, j'ai demandé à tout le monde, mais personne ne savait, et même s'il savait, Demyx n'a rien dit. Rien dit avant six ans et six jours. Alors qu'il est revenu après six ans et neuf jours. J'ai su trois jours avant qu'effectivement, il n'était pas parti parce qu'il le voulait, mais parce qu'il le devait. Je crois que c'est pendant tout ce temps où il est parti qu'on a vécu le plus de choses. Alors maintenant, une vie calme c'est tout ce dont on a besoin. »

Vanitas (lui) : « J'ai vu la forêt, j'ai vu le lac, j'ai vu la falaise. J'ai vu les maisons, ces maisons, celles de notre ville. J'ai vu les enfants, j'ai vu les grands, les vieux, j'ai vu les gens. Je me suis arrêté, dans un parc, sur un toboggan, j'ai glissé, je suis remonté et j'ai recommencé. J'ai vu les sourires, les grimaces, les boutons et les rides. J'ai vécu presque dix-huit ans dans cette ville, et pour la première fois, je l'ai vraiment vu. En six ans, tout le monde m'avait oublié, et plus personne n'avait peur de moi. En même temps, je ressemblais à un gamin devant des feux d'artifices... tout était beau, parce que c'était ma ville. En premier, j'ai vu ses yeux, puis son visage -j'ai été soulagé de voir qu'ils l'avaient fait venir pour s'occuper des jumeaux- et j'ai tout compris. Mais peu importait, j'avais quelqu'un d'autre à revoir. En allant jusque chez lui, j'ai croisé cinq fleuristes. Il faut dire que dans notre ville, c'est super courant. Cinq fleuristes, cinq bouquets. Demyx allait me crier dessus et me frapper à n'en plus pouvoir parce qu'il m'en voulait. Et comme je n'avait pas de réponse à lui donner pour mon départ, excepté ce qu'il savait déjà, il me fallait bien au moins cinq bouquets de fleurs pour me faire pardonner. Mais j'ai repensé au calcul de maths, ''pour que un fasse un, la transition doit être égale à la valeur de x'', et j'ai fait un détour pour trouver un sixième fleuriste pour avoir un sixième bouquet. Le chiffre six ressemble à un rouleau de scotch. Le neuf aussi, du coup. Pas étonnant qu'il faille allier ces numéros pour réparer mon erreur. Les bouquets ont dû faire effet, parce qu'étonnamment, le lendemain, je me suis retrouvé avec plus de suçons que de bleus sur le corps. »

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« Le jour de mon arrivée en ville était vraiment agréable. Mais le lendemain, irrémédiablement, tout est revenu comme à l'habitude, l'habitude de six ans auparavant, et je suis redevenu le garçon qui fait peur. Mais, c'était différent. C'était la seule chose qui soit différente : on n'a plus peur de moi. Cette nouvelle peur ressemblait plutôt à un souvenir de l'ancienne, à un automatisme qui s'est transformé en jeu. Pour la première fois, les gens se sont amusés avec moi, et avec la peur. »