Chapitre 2
Hanami : partie 1
Le jourselevait et les premiers rayons du soleil pénétraient leur chambre par la petite fenêtre. Dieu qu'il aimait cette vision d'elle au matin. Ainsi recroquevillée contre lui, nue, elle était sublimée. Depuis leur premier baiser et leur mariage, Naruto vivait une idylle sans nuage avec Hinata. Elle s'occupait si bien de lui que cela en était presque gênant parfois. Douce et attentionnée, elle lui préparait son repas chaque jour, qu'elle venait lui apporter directement à la tour Hokage, lui faisait couler un bain chaque soir lorsqu'il rentrait ou encore lui préparait un thé bien chaud en hiver lorsqu'il travaillait tard le soir. Mieux que toutes ces attentions réunies, Hinata était un vrai cordon bleu et ses ramens pouvaient presque concurrencer ceux d'Ichiraku. Ce seul détail suffit à Naruto pour se dire qu'il avait réellement fait le bon choix en lui demandant sa main, entre autre. Elle le comblait au quotidien et il s'interrogeait souvent sur ce qu'il pourrait faire à son tour pour la remercier de sa bienveillance, pour lui rendre la pareille.
Elle dormait encore. Sa respiration fluide et douce caressait ses pectoraux contre lesquels elle aimait se blottir toutes les nuits. La sentir tout contre son corps, au plus près de son cœur remplissait son âme d'un bonheur infini, cette femme était sa vie, son grand amour, la future mère de ses enfants.
Des enfants.
Il n'y avait jamais pensé auparavant, cela l'effrayait même. Il ne s'était jamais senti capable d'assumer cette charge, se trouvant lui-même (il faut bien l'avouer) encore un peu «gamin» quelques fois. Ce comportement immature le dissuadait de sauter le pas et surtout d'aborder le sujet avec Hinata. Elle ne lui en avait jamais parlé, elle. Peut-être qu'elle n'en voulait pas de suite. Après tout, cela ne faisait pas si longtemps qu'ils étaient mariés et qu'ils vivaient ensemble.
Mais, il faut croire que rencontrer son âme sœur et déborder d'amour pour elle, peut faire basculer une opinion et naître des envies. Le hasard faisant parfois bien les choses, Naruto se surprenait depuis quelques temps à espérer qu'Hinata lui annonce la bonne nouvelle. Il l'espérait d'autant plus qu'il avait pris son courage à deux mains il y a peu et lui avait avoué son désir de paternité au cours d'un de leurs ébats amoureux, les yeux dans les yeux : - « Hinata, je veux que tu sois la mère de mes enfants. Je t'aime. J'ai envie que l'on fonde une famille. Notre famille. Celle que je n'ai jamais eu... ». Il avait été sincère, désarmant de vérité. Elle avait rougi.
Elle rougissait encore souvent lorsqu'il lui disait des mots tendres et qu'il lui ouvrait son cœur, elle ne l'en trouvait que plus adorable. La Hyûga ne répondit pas à sa déclaration ce jour-là et se contenta de l'enlacer amoureusement avant de le chevaucher, cette nuit-là fut courte mais si intense qu'elle s'en souviendrait toute sa vie.
Hinata vivait, elle, l'exact contraire de Sakura. Son rêve le plus cher avait été exaucé en épousant Naruto, qu'elle aimait depuis toujours d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Elle prenait plaisir à s'occuper de lui chaque jour, à anticiper ses besoins et ses moindres désirs, à le combler de mille façons possibles. Visiblement, elle y arrivait. La réciprocité de leurs sentiments enfin avoués l'avait fait grandir et prendre de l'assurance, elle avait confiance en lui, confiance en eux. Elle ne tremblait plus comme une enfant lorsqu'il s'approchait, ne bafouillait plus lorsqu'il s'adressait à elle et ne tombait plus dans les pommes au moindre contact. Dieu merci, sinon son quotidien serait un véritable enfer.
L'autre jour, Naruto était rentré chez eux à la hâte, tellement surexcité et fou de joie, qu'il avait baragouiné cinq bonnes minutes des choses incompréhensibles avant de se calmer et de lui annoncer la bonne nouvelle : Sasuke était revenu à Konoha. La joie exubérante de son amoureux l'avait fait sourire, il était si heureux… Il lui avait raconté dans les moindres détails leurs retrouvailles émouvantes, du moins pour lui, et aussi celles moins joyeuses de Sasuke et Sakura devant la tour Hokage, avec Yume en toile de fond. Hinata avait évidemment beaucoup de peine pour la kunoichi, tout comme Naruto, mais il n'y avait pas grand-chose à faire à part la soutenir du mieux qu'ils le pouvaient. Sasuke était libre après tout de faire ce que bon lui semble, enfin, disons que ça ne l'étonnait pas plus que ça au final. Il n'avait jamais montré un réel intérêt pour Sakura de toute manière et Hinata pensa que ce n'était pas plus mal car à part la faire souffrir, cette relation ne lui apporterait rien de bon d'après elle.
Elle avait croisé Yume plusieurs fois cette semaine alors qu'elle venait rendre visite à Sasuke avec son mari à l'hôpital. Cette fille était étrange. Pas méchante, elle était même plutôt agréable et drôle, mais quelque chose la dérangeait. Elle ne savait pas vraiment quoi à vrai dire. Sasuke avait été comme à son habitude, froid et distant avec la Hyûga. Pas qu'avec elle d'ailleurs. Mais c'était son caractère et elle le respectait. Il s'était quand même trahi par son expression effarée lorsqu'il les avait vu rentrer tous deux dans sa chambre. Il avait alors regardé Naruto et ses yeux grands ouverts semblaient dire : - « Pourquoi est-ce qu'elle t'accompagne ? ». En effet, comment aurait-il pu se douter qu'ils étaient à présent mariés ?
Sasuke s'était levé de son lit pour les accueillir et le blond en avait alors profité pour lui annoncer de la manière suivante : - « Tu te rappelles d'Hinata ? Et bien… hum… on est...'fin… marié quoi ! ». L'Uchiha avait eu à ce propos une légère faiblesse musculaire au niveau des jambes et avait failli s'étaler au sol. La surprise que le couple avait lu sur son visage à ce moment-là les avait bien fait rire et l'atmosphère s'était détendue peu à peu.
Naruto était d'humeur câline ce matin. Il caressa affectueusement le bas des reins de sa femme qui se tortilla sous ses doigts froids. En remuant légèrement, elle se frotta contre lui, remontant sa tête près de la sienne et ouvrit difficilement les yeux.
- Quelle heure est-il Naruto-kun ? murmura-t-elle à son oreille.
- Il est encore tôt! Tu peux te rendormir, je ne voulais pas te réveiller… chuchota-t-il pour ne pas la brusquer.
Hinata lui sourit timidement, encore vaseuse et à moitié endormie. Elle posa sa tête contre son épaule et referma ses paupières lourdes de sommeil. Il resserra un peu plus son étreinte et fit glisser son nez sur son front en y déposant çà et là quelques baisers. Il empoigna aussi par à-coups ses épaules, ses bras, ses hanches et ses cuisses traduisant une passion irrépressible qui le prenait aux tripes. Hinata comprit qu'il n'avait pas vraiment l'intention de la laisser se rendormir tranquillement.
- C'est comme ça que tu comptes me laisser me rendormir ? badina-t-elle sur un ton doucereux.
- Hum… Et bien…
- Ne t'en fais pas, je n'ai plus sommeil de toute façon…
Sur ces mots, Hinata fondit sur les lèvres de son mari qui n'attendait que ça. Leur amour respirait la sérénité, la joie et la sincérité. On fêta l'arrivée du printemps comme il se devait chez les Uzumaki en cette matinée d'Hanami. Et ce furent bien des cris sincères de joie et d'extase commune que l'on entendit résonner jusque dans la rue.
Seul dans sa chambre d'hôpital, Sasuke ouvrit les paupières. Il remua les doigts difficilement, c'était encore un peu douloureux ce matin. Une semaine qu'il avait de nouveau son bras gauche, greffé par Tsunade. Ça lui faisait tout bizarre quand il y pensait. Il avait réussi à s'en passer pendant trois ans. Ça n'avait pas été facile, mais il avait repris des habitudes pour palier à ce manque. Il aurait pu attendre de se le faire greffer avant de partir, mais c'était sa punition. Ce handicap physique était une sorte de châtiment qu'il s'infligeait de lui-même. Une manière de se remémorer ses erreurs passées, ses choix discutables et le mal qu'il avait causé autour de lui, mais pas seulement. Cela lui rappelait également son dernier combat contre Naruto dans la Vallée de la Fin et à quel point il lui était redevable, même si ça lui faisait du mal de l'admettre. Ce gars était tout pour lui. Sans lui… où en serait-il aujourd'hui ?
Ce voyage expiatoire lui avait permis d'apprendre à pardonner aussi. A se pardonner dans un premier temps, pour avancer. Pour ne pas pas rester dans le passé et se tourner vers l'avenir, pour avoir droit à une seconde chance et vivre une vie heureuse, enfin.
Soudain, il entendit la porte de sa chambre grincer. Yume apparut, tout sourire, elle venait passer ses journées avec lui depuis son opération et refusait de le laisser seul ne serait-ce qu'une après-midi. Au-delà du fait qu'elle était toujours très attentionnée envers lui quelles que soient les circonstances, Sasuke savait bien que cette présence quasi permanente à l'hôpital n'était pas innocente. Elle venait surveiller. Pas lui, non, mais les autres ! Infirmières, médecins, patientes, bref tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une femme.
Parmi tous ses défauts, la jalousie était de loin celui qu'il avait le plus de mal à supporter, autant qu'à comprendre. Il l'avait déjà vu à l'œuvre plusieurs fois, elle était capable du pire lorsqu'elle se sentait « menacée », même sans raisons apparentes d'ailleurs. Lors de leur voyage vers Konoha, elle avait retourné toute une auberge à elle seule parce qu'un groupe de jeunes filles assises derrière eux n'arrêtaient pas de reluquer Sasuke, pas très discrètement il est vrai, et de glousser comme des adolescentes en chaleur. Lui n'y avait pas forcément prêté attention, pas la peine de toute manière, elle l'avait fait à sa place.
Il ne s'était pourtant absenté que quelques minutes à l'extérieur mais en revenant, il avait retrouvé Yume au beau milieu de la pièce, katanas en mains, hurlant à la mort contre ces pauvres jeunes filles apeurées et en position foetale sous leur table. Les autres voyageurs s'étaient tous rassemblés dans le coin opposé de la salle, complètement tétanisés. Il avait dû la sortir de force de l'auberge, il se souvenait encore d'elle se débattant dans ses bras comme une enragée en beuglant à tout va : - « Je vais les tuer ! Je vais les tuer ! Les garces !». Inutile de préciser qu'il avait été obligé de se confondre en excuses auprès du tenancier ainsi que de ces pauvres victimes femelles, jamais il ne s'était fait autant remarquer (sauf peut-être avec Naruto à certaines occasions mais évidemment pas pour les mêmes raisons).
Il avait ensuite rejoint sa compagne à l'extérieur et l'avait mise en garde sèchement : - « Si jamais tu refais ça, ne serait-ce qu'une seule fois, tu ne me reverras plus jamais. Est-ce clair ? ». Le ton avait été glacial, direct, il ne plaisantait pas. On pouvait difficilement être plus clair et ce fut la dernière fois qu'elle sortit de ses gonds de la sorte, devant lui du moins. Elle avait depuis adopté une tactique beaucoup plus discrète, mais tout aussi efficace.
Depuis leur retour à Konoha, elle ne l'avait pas lâché d'une semelle. Il ne lui avait pas fallu chercher bien loin pour comprendre pourquoi. La rencontre Sakura/Yume quelques jours auparavant avait fait des étincelles, lui-même s'était senti oppressé avec ces deux femmes à proximité. Ce que Yume avait « vu » grâce à son don avait réveillé en elle cette jalousie sans borne, qu'elle tentait de camoufler depuis sans vraiment y parvenir. Elle faisait au moins des efforts, il ne pouvait pas le nier. Malgré cela, Sasuke se fit la réflexion que la prudence était de rigueur, juste au cas où. Il ne savait que trop à quel point cela pouvait dégénérer avec elle, il valait mieux garder un œil sur la situation. Mais revenons à cette chambre d'hôpital.
A peine rentrée dans la pièce, Yume s'approcha doucement de lui et prit place au bord du lit, à ses côtés. L'Uchiha venait vraisemblablement de se réveiller, ses cheveux en pagaille et son air renfrogné firent sourire la brunette.
- Tout va bien ? Tu ne souffres pas trop ce matin ? s'enquit-elle.
- C'est encore un peu douloureux, mais c'est supportable.
- Tsunade-sama a dit que la cicatrisation prendrait du temps. Il va falloir être patient. Tu veux manger quelque chose ? Je t'ai acheté des fruits ! Pomme, poire, banane ? Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Allez, tiens, prend la poire pour commencer ! débita-t-elle d'un trait.
Sasuke rit intérieurement devant tant d'entrain et de prévenance de sa part. Elle avait cette spontanéité charmante qui le désarmait complètement, cette fraîcheur juvénile dans son sourire et une aura ensorcelante à laquelle il ne pouvait rester insensible. Ils se connaissaient bien à présent et sachant qu'il aimait les fruits au petit-déjeuner et les aliments sains en général, elle ne se privait pas pour le gaver de fruits et légumes à chaque repas. On aurait dit que ça lui faisait plaisir de le voir manger, qu'elle en éprouvait une certaine satisfaction. Étrange, non ?
- Merci. Mais tu n'as pas à faire tout ça tu sais.
- Pourquoi pas ? Après tout, je suis ta future femme, il est normal que je prenne soin de toi... lui dit-t-elle sourire en coin, le regard joueur.
Sasuke manqua de s'étouffer avec un morceau de poire. Il ne sut quoi répondre et préféra le silence. Il avait bien remarqué depuis quelques jours qu'elle s'amusait à lui rappeler par de multiples allusions, la « raison » de sa présence à ses côtés et qu'elle lui lançait des perches. Elle attendait probablement qu'il en saisisse une au vol pour embrayer directement sur la conversation qu'il avait habilement esquivée depuis son retour. Elle pouvait toujours attendre cela dit, bien conscient de son manège, il ne ferait absolument rien qui puisse lui permettre de le coincer ou de le forcer à en parler. Cette conversation, il ne souhaitait pas l'avoir et encore moins au réveil. Et pourtant…
- Sasuke, j'aimerais qu'on discute, lança-t-elle sérieusement.
Merde! C'était trop direct et soudain pour qu'il change de sujet ou même qu'il tente quoi que ce soit pour faire diversion. Mayday !
- De quoi veux-tu parler ? feignit-il.
- Tu le sais très bien. Je me pose des questions.
- Quel genre de questions ?
- Sur toi. Sur moi. Sur nous…
Sasuke la jaugea d'un regard furtif. Il avait réussi à détourner son attention du sujet jusqu'ici, là, la partie commençait à devenir extrêmement compliquée, voire dangereuse. Le paquebot prenait sévèrement l'eau et il lui fallait trouver un moyen rapide et efficace pour éluder les questions embarrassantes. Manque de bol, rien ne lui vint à l'esprit et la seule réponse qu'il trouva, signa son arrêt de mort.
- Que veux-tu savoir ? répondit-il d'un air las.
- Déjà, je veux savoir si tu aimes cette fille. Si tu l'aimes plus que moi. C'est plutôt simple, non ? Réponds-moi sincèrement. Je le verrai si tu mens de toute façon.
Le ton était abrupt, sans détour, il n'en attendait pas moins d'elle. Il allait devoir la jouer fine, la connaissant, elle ne se laisserait pas abuser facilement et sa menace à demi-voilée ne le laissait pas présager d'une quelconque accalmie à l'horizon.
- Non, je ne l'aime pas. Et elle n'a rien à voir avec toi, ce n'est que mon ancienne coéquipière. Satisfaite ? répondit-il calmement.
Yume ne le lâchait pas du regard. Elle prit tout à coup un air hautain et dédaigneux, qu'il lui connaissait bien, elle en usait souvent lorsqu'elle était vexée ou contrariée.
- Pas du tout. J'ai vu ses souvenirs et ses pensées tu sais, ressenti ses émotions, cette fille t'aime, depuis toujours d'ailleurs. Elle croyait que…
- STOP STOP stop Yume. Je t'ai dit que je ne voulais pas savoir la dernière fois, c'est toujours d'actualité. Et puis arrête avec elle ! Où est le problème ? Je n'y peux rien quand même ! Je ne contrôle pas les sentiments des gens ! dit-il en haussant le ton.
- C'est certain, tu ne contrôles déjà pas les tiens… Je doute même que tu saches ce que ça veut dire des fois « avoir des sentiments »… rétorqua-t-elle. Ce qui me sidère c'est que tu avoues sans honte que tu le savais ! Tu savais qu'elle avait des sentiments pour toi, depuis longtemps tu le savais, alors pourquoi tu ne m'as rien dit quand tu m'as parlé d'elle, hein ? Tu pensais pas que ça serait important de me le dire ? De m'en informer ?
A cette remarque, l'Uchiha fusilla du regard son interlocutrice. La journée commençait très mal pour lui, pris au piège dans une discussion puante, au réveil, sans possibilité de s'échapper. Elle était énervée la petite vu le ton qu'elle employait et les reproches qu'il se prenait en pleine face. Il n'aurait peut-être pas dû repousser à ce point l'échéance ces jours-ci, la seule chose qu'il avait gagné en dehors d'un léger répit, c'était de l'avoir fait monter en nerfs. Si c'était une joute verbale qu'elle cherchait, pas de soucis, elle allait être servie. Parce qu'elle commençait sérieusement à lui courir sur le haricot avec cette histoire.
- Garde tes remarques je te prie et arrête de me prendre la tête, tu m'ennuies. Je t'ai répondu il me semble, maintenant on passe à autre chose. Je ne vais pas te supplier de me croire. Qu'est-ce que tu veux à la fin ?
- Je veux savoir ce que je représente pour toi.
Ah voilà, on y était. Les femmes dans toute leur splendeur ! Toutes les mêmes ! Toujours en train de quémander de l'attention, des mots doux et autres niaiseries, perpétuellement dans le besoin d'être rassurée, qu'est-ce que ça pouvait le gonfler… De plus, il n'était pas vraiment à l'aise dans ce genre d'exercice, il ne trouvait jamais les mots justes, les mots qu'elles avaient besoin d'entendre inlassablement. C'est sans doute pour cela que Kakashi passait son temps à lire ces imbécillités lorsqu'ils étaient enfants ! Finalement, il aurait peut-être dû les lire lui aussi il y a quelques années, ça lui aurait sans doute sauvé la mise plus d'une fois. Trop tard pour cette fois-ci en tout cas.
- Tu le sais très bien. Nous en avons déjà parlé, tenta-t-il.
- Peut-être, mais j'ai besoin de l'entendre de nouveau.
Sasuke retint sa colère et sa frustration. Pourquoi fallait-il qu'elle lui prenne le choux maintenant ? C'était quoi son problème ? Au final, il aurait bien aimé savoir ce qu'elle avait vu au contact de Sakura, ça l'aurait peut-être aidé à trouver une parade. Mais il devait à tout prix garder ses états d'âme pour lui, au risque de s'attirer les foudres de Yume qui n'en démordait pas, il savait qu'elle lui tiendrait le crachoir coûte que coûte jusqu'à ce qu'il avoue. Elle était forte pour ça, mais que nenni, il n'allait pas se laisser faire, et puis quoi encore ? Sans trop se forcer quand même, il dégaina sa dernière carte en espérant qu'elle lui foute la paix une bonne fois pour toute après ça, un combo imparable, le jutsu ancestral du clan Uchiha : colère – fuite.
- Ça suffit ! Je n'ai pas à subir ton interrogatoire de femme jalouse, d'autant plus que je n'ai RIEN à me reprocher. Tu sais ce qu'il en est entre nous, je n'aime pas me répéter. Maintenant excuse-moi, j'en ai ma claque! s'emporta-t-il.
Sur ce, Sasuke se leva et partit en trombe dans la salle de bain, laissant Yume seule avec ses interrogations.
Oh oui elle savait ce qu'il y avait entre eux. Elle savait surtout qu'il était très doué pour éviter les questions dérangeantes et parler de ses sentiments. Déjà qu'en temps normal, c'était la croix et la bannière pour le faire causer, si en plus la discussion portait sur un quelconque aspect « sentimental », alors là c'était mission impossible. Quel autiste… Un handicapé affectif, voilà ce qu'il était. Rien de plus. Au moins ce coup-ci, il avait répondu à l'une de ses questions, quoique partiellement. C'était déjà ça. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'était si il lui avait bien dit la vérité. Dommage que son don ne fonctionnait pas sur lui… Enfin, ça n'avait jamais marché, allez savoir pourquoi.
Dans tous les cas maintenant, elle en était certaine, Sakura était un réel problème. Un frein à leur histoire. La réaction plus que fuyante du brun sur le sujet en était une preuve supplémentaire et indiscutable. Elle allait devoir s'en débarrasser rapidement, l'éloigner de lui, sinon Sasuke et elle n'auraient aucune chance. Il lui fallait donc entreprendre quelque chose, mais quoi ?
Elle ne mit que très peu de temps avant de trouver, à vrai dire elle y avait déjà réfléchi. Facile, simple et efficace. Un plan sans bavure. Elle allait lui demander de mettre les choses au clair avec sa coéquipière dès ce soir, c'était la moindre des choses. Si jamais il refusait, elle s'en chargerait elle-même et de manière beaucoup plus expéditive, mais cela, elle se garda bien de le lui dire...
Cloîtré dans la salle de bain, Sasuke attendait que l'orage passe. Qu'est-ce qu'elle pouvait être lourde quand elle s'y mettait ! Elle allait à coup sûr le saouler jusqu'à ce qu'elle obtienne gain de cause dans cette affaire épineuse. Une femme quoi. Il savait de quoi elle était capable vu son tempérament de feu et ça lui faisait craindre le pire. C'était clair, il allait devoir donner de sa petite personne pour lui faire oublier tout ça et la calmer. Wait, Sasuke's loading. OK ! Le subterfuge était tout trouvé. Go !
Il ouvrit la porte de la salle de bain d'un coup d'un seul et se retrouva nez à nez avec une Yume mains sur les hanches, qui le considéra d'un air dubitatif. Il ne se démonta pas pour autant et afficha son plus beau sourire, ce qui déstabilisa légèrement la demoiselle.
- Tu sais, j'ai réfléchi. La soirée d'Hanami dont tu me parles depuis au moins une semaine ? C'est ce soir nan ? Et bien, finalement, je veux bien t'accompagner si tu veux ! affirma-t-il. Elle lui en avait tellement parlé qu'il était certain que ça lui ferait plaisir qu'il accepte d'y aller avec elle ET peut-être qu'elle lui lâcherait la grappe par la même occasion.
Yume arqua un sourcil et croisa les bras : « Nan mais il me prend vraiment pour une débile lui… Si il croit que ça va marcher son petit manège… Il se fourre le doigt dans l'œil, les deux même ! » pensa-t-elle. Cependant, il lui fallait le ménager. Si elle lui hurlait dessus, il se braquerait et elle n'arriverait à rien. Elle se força donc à lui sourire à son tour, feintant la joie que lui procurait cette invitation de l'Uchiha. Elle s'avança vers lui, enjouée et lui sauta au cou.
- Je suis si contente ! C'est fou ça que tu aies changé d'avis comme ça ! ironisa-t-elle.
Yume n'était évidemment pas dupe, mais lui faire croire à une victoire était capital pour le moment. Il avait besoin de temps pour se calmer et surtout être apte à entendre ce qu'elle lui réservait, à savoir ce qu'il allait devoir accomplir ce soir en guise de bonne foi. Elle ne lui laisserait pas le choix de toute manière. C'était ça ou...
Elle releva la tête vers lui et l'admira de près. Elle se perdit dans le noir profond de ses yeux rivés sur elle qui la dévisageaient et la faisaient chavirer. Elle put apprécier son odeur masculine qui lui procura mille sensations ainsi que la fermeté de ses épaules musclées qu'elle tint fermement. L'Uchiha posa négligemment ses mains sur les hanches de la demoiselle qui frémit à ce contact. Seuls dans cette chambre, l'un en face de l'autre, les yeux dans les yeux, elle oublia tout et eut envie de l'embrasser sur l'instant. Elle en avait tellement envie que sa tête allait exploser si il ne le faisait pas ! Bien consciente qu'il ne ferait pas le premier pas, elle décida de le faire elle-même.
Sasuke avait repris sa contenance habituelle et savoura cet instant de paix, il avait gagné. Qu'il croyait ! Toujours est-il qu'il sentit les doigts de Yume se resserrer doucement sur sa nuque, leurs visages furent soudain très proches, trop proches. Elle avança de quelques millimètres supplémentaires ses lèvres des siennes, encore un peu et il était cuit. Fait comme un rat. Ce n'est pas qu'il n'en avait pas envie ou qu'elle ne l'attirait pas, loin de là, mais… ils ne s'étaient jamais embrassés. Jamais. Enfin pas sur la bouche.
Sasuke fixa ces lèvres qui se rapprochaient dangereusement des siennes, pétrifié. C'est lorsqu'il se résolut à agir en homme que le destin, ou dieu ou autre, appelez ça comme vous voulez, lui apporta son aide. Et quelle aide... Appelez la Naruto en fait. Parce que ce fut bel et bien cet abruti qui ouvrit la porte de la chambre au même moment, d'une manière si prompte et sauvage qu'elle heurta violemment Sasuke, qui fut projeté en avant sous le choc, entraînant Yume dans sa chute. Ils se retrouvèrent tous deux au sol, lui sur elle, et comble de tout, ils s'embrassaient.
On ne pouvait pas rêver mieux pour un premier baiser. Les yeux écarquillés, ils s'écartèrent l'un de l'autre un peu sonnés. Sasuke ne se releva cependant pas, trop confus, ne sachant pas quoi faire ou dire pour se sortir de ce mauvais pas. Cet idiot avait vraiment le chic pour faire foirer tous ses premiers baisers, ceci lui rappela une certaine scène quand ils étaient mômes à l'Académie. Rien que d'y penser, il en eut des frissons d'horreur tout le long de la colonne.
- Ah ! Je dérange… Désolé ! Quelle santé Sasuke ! Je vois que ton bras va mieux en tout cas ! plaisanta Naruto, un large sourire aux lèvres.
Sasuke et Yume le regardèrent, terriblement gênés et aucun son ne put sortir de leurs bouches tant la situation dans laquelle ils se trouvaient était embarrassante et pas vraiment de leur fait. Naruto, lui, ne sembla pas plus dérouté que cela, bien au contraire, il poursuivit :
- C'est quand même pas très sérieux Sasuke ! Tu viens à peine de te faire opérer que t'es déjà en train de faire des galipettes ! Ménage toi un peu mon vieux ! Enfin, moi j'dis ça… C'est pour toi hein !
Les quatre yeux médusés des protagonistes à terre firent comprendre à Naruto que ce n'était peut-être pas le moment pour une leçon de morale. La gêne du couple, pris involontairement en flagrant délit, contamina quelque peu l'Uzumaki qui hésita à reprendre la parole avant d'ajouter :
- Hum… Bon, je venais voir si tu allais mieux, je vois que oui, donc je… bafouilla Naruto.
Il cherchait ses mots, c'en était pitoyable. Sasuke resta coi face à la position grotesque dans laquelle il se retrouvait malgré lui, ce qui ne fut pas le cas de sa partenaire qui recouvra ses esprits bien plus rapidement. Faisant fi de la présence de Naruto dans la pièce, elle colla son visage à celui de Sasuke tout lui caressant affectueusement la nuque. Le brun se crispa davantage, les yeux exorbités en direction de son ami statufié, en mode plante verte, dans l'entrebâillement de la porte qui lui-même, n'en menait pas large.
L'Uchiha se fit la réflexion à cet instant, que la situation ne pouvait pas être plus merdique. Il était à l'hôpital en convalescence, Sakura l'évitait de toute évidence depuis la dernière fois (pas une visite, rien, depuis son admission à l'hôpital), Yume qui lui menait la vie dure, Naruto qui s'en mêlait, et là, allongé sur elle d'une manière suggestive alors qu'il venait de l'embrasser accidentellement, elle se frottait à lui comme un petit chat en dépit des bienséances tandis que son meilleur ami les observait. Non, ça ne pouvait pas être pire.
Il se trompait.
L'arrivée de Tsunade qui faisait le tour de ses patients de bon matin avec Shizune termina d'achever le détenteur du sharingan. Elle envoya valdinguer Naruto contre le mur, qui s'y écrasa lamentablement, et domina de toute sa superbe les deux jeunes gens au sol.
- UCHIHA SASUKE ! Qu'est-ce que tu fabriques bon sang? Je t'ai dit qu'il fallait y aller doucement avec ton bras ! Il est fragile encore ! Relève-toi immédiatement ! Et toi idiote, laisse le tranquille ! Vous aurez tout votre temps plus tard pour nous faire une descendance Uchiha ! Allez ! Bougez-vous ! Vous vous croyez où en plus? gronda la princesse des limaces.
Les petits grognements de Tonton qui accompagnait Shizune ainsi que les gémissements incessants du Jinchuuriki qui se plaignait : - « Elle m'a pété l'nez, elle m'a pété l'nez ! », firent vriller l'Uchiha, qui se crut au cirque en un rien de temps, au centre de l'arène, devant spectateurs et commentateurs par dessus le marché. Sa fierté et la dignité de son clan avaient foutu le camp depuis plusieurs minutes, il ne lui restait plus grand-chose à mettre sur le tapis. Si il était encore en vie à la fin de la journée, ça serait un miracle.
Et tout le monde sait que les miracles, ça n'existent pas.
Sakura ouvrit les yeux d'elle-même ce matin-là, bien avant que la sonnerie de son réveil ne retentisse, comme tous les jours depuis le retour de Sasuke. De nuits paisibles emplies de rêves à ses côtés, elle était passée au néant. Plus rien. Elle ne dormait quasiment plus et lorsqu'elle y parvenait, c'était son visage qui apparaissait dans ses songes. Le visage de Yume. Son air angélique, ses courbes parfaites et féminines, son sourire enjôleur et surtout ce regard que Sasuke lui avait offert, à elle, c'est de cela qu'elle rêvait maintenant chaque nuit. A défaut d'être un rêve, c'était surtout un putain de cauchemar qu'elle n'arrivait pas à extirper de sa tête. Cependant, dès qu'elle ouvrait les yeux, elle replongeait immédiatement dans la réalité, guère plus reluisante : « Non, ce n'est pas un cauchemar ma fille, c'est bien pire que ça, c'est la vérité, c'est ta vie ».
Elle agissait mécaniquement, par réflexes, incapable de sortir de cette torpeur dans laquelle elle était plongée depuis qu'elle avait revu son amour d'enfance au bras d'une autre femme. Comment avait-elle pu en arriver là ? Tomber aussi bas ? Quelque chose lui échappait. Elle était restée forte et digne devant eux, ravalant ses larmes de déception au plus profond de sa gorge et en affichant un sourire forcé. Elle était rentrée chez elle après cela, sans repasser par la clinique. Ino était arrivée à son appartement quelques minutes plus tard, avertie par Saï du retour en ville de l'Uchiha et « d'une femme aux gros seins » qui l'accompagnait, pour reprendre ses termes.
Ino avait tenté de la faire parler sur ce qui s'était passé, qu'elle s'exprime son ressenti mais elle était restée évasive sur le sujet et avait soutenu à sa meilleure amie que cela ne l'affectait pas plus que ça. Bien sûr, c'était faux. Mais Sakura ne s'était pas senti capable d'en parler ouvertement avec elle pour le moment. Elle était sans doute encore trop atterrée et n'avait aussi peut-être pas totalement réalisé. Plus encore, il lui était pénible de mettre des mots sur ses maux. Ino songea que lorsque ce serait le cas, Sakura aurait besoin d'elle comme jamais et le mot était faible. Très faible.
Les jours suivants furent identiques pour Sakura, comme une sorte de vieille rengaine qu'on vous ressert chaque jour. Elle arrivait à la clinique le matin, y passait la journée (voire ses soirées) et rentrait chez elle ensuite. Point. Entre ? Il ne se passait rien. Pas un contact avec l'extérieur, avec ses amis, sa famille, personne. Les gens qui ne la connaissaient pas pouvaient penser qu'elle menait une existence tranquille et heureuse tant elle arrivait à faire bonne figure en société malgré tout et à se fondre dans la masse.
Mais Ino ne s'y trompait pas. Elle essaya encore et encore de discuter avec son amie, de la faire réagir, de comprendre son comportement étrange, presque indifférent, mais il n'y avait rien eu à faire, Sakura s'était totalement renfermée sur elle-même et semblait hermétique à la moindre parole concernant l'Uchiha.
Tous ses proches s'étaient rendus compte qu'elle était quand même à la ramasse malgré les faux airs qu'elle se voulait bien se donner. Plus de courses le matin pour arriver avant Ino à la clinique, plus d'après midi « shopping » entre copines, il n'y avait plus de contact avec personne d'ailleurs, sauf avec Naruto qui venait la voir chaque jour à la clinique pour « constater » les dégâts causés par son ami, le tombeur de ces dames. Il la titillait en plaisantant pour qu'elle lui réponde comme d'habitude par des coups (à croire qu'il aimait ça au final), ce qui aurait été synonyme pour lui d'une Sakura en pleine possession de ses moyens. Mais ce ne fut pas le cas. Elle se contentait de lui sourire bêtement, à peine concernée par ce qu'il lui disait et s'excusait de devoir le quitter promptement car ses patients l'attendaient. En gros, elle lui mentait et l'esquivait.
Le bilan que firent Ino et Naruto était consternant : Sakura était éteinte, sans vie, prisonnière d'elle-même et de ses sentiments mais surtout elle refusait de s'épancher sur la question Sasuke ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Tout le monde l'avait remarqué. C'est sûr qu'elle n'était plus la petite fille pleurnicheuse de ses jeunes années, c'était une kunoichi et une médic-nin accomplie maintenant, respectée de tous, mais quand même… Les deux blonds avaient pensé qu'avec un événement pareil, elle aurait au moins versé une petite larme, qu'elle aurait craqué un minimum, après tout elle en avait le droit et personne n'aurait pu lui reprocher. Ça aurait été limite normal même. Mais non. Pas une larme. Pas un sanglot. Aucune émotion ne transparaissait sous ce visage faussement réjoui.
Cette peine incommensurable attendait probablement son heure pour s'extérioriser. Peut-être qu'elle ne viendrait jamais. Pour le moment, Sakura tentait de maintenir le cap et continuait de vivre comme si... il n'était jamais revenu. Seulement en apparence, car elle ne pouvait ignorer cette voix qui avait susurrée son prénom et ce regard perçant qu'il avait posé sur elle l'autre jour. Elle n'ignorait pas non plus les mains tendues de ses amis qui souhaitaient lui venir en aide. Seulement voilà, comment pouvait-elle se plaindre de quelque chose qui au final n'avait peut-être jamais existé hormis dans sa tête ? Quelque chose qu'on ne lui avait jamais promis ? Elle y avait cru, c'est certain. Mais jamais Sasuke ne lui avait juré fidélité ou quoi que ce soit et encore moins mariage et enfant… Mais alors, pourquoi ?
Pourquoi avoir passé tout ce temps avec elle avant de partir ? Pourquoi lui avoir dit qu'ils se reverraient à son retour ? Et pourquoi avoir fait ce geste symbolique juste avant de se quitter ? Car cette marque d'affection signifiait bien quelque chose pour lui. Elle avait pensé que c'était là la preuve tangible de son amour pour elle, une manière détournée pour l'Uchiha de lui prouver son attachement et quelque part, une promesse d'avenir ensemble. Elle pensait bien le connaître et il n'était pas de ceux qui distribuaient ce genre de témoignage affectif sans raison. Du moins, elle l'avait cru mais ça, c'était avant qu'il ne revienne en compagnie d'une autre. Malgré toutes les questions qu'elle se posait, elle avait du mal à lui en vouloir.
Sasuke avait choisi une autre personne qu'elle pour partager sa vie et elle n'avait pas le droit de l'incriminer, car en définitive, l'amour ne se commande pas et elle était plutôt bien placée pour le savoir. Dorénavant, un autre avenir s'offrait à elle. Elle devait faire une croix sur son rêve de petite fille et aller de l'avant. Mais malgré toute sa bonne volonté, elle ne pouvait encore soutenir la vision de son plus grand amour, radieux dans les bras d'une autre. C'était trop lui demander, c'était trop tôt.
Pour cette raison, elle n'avait pas cherché à revoir Sasuke depuis leur dernière entrevue. Elle savait qu'il avait subi une chirurgie des mains de Tsunade, mais il était hors de question qu'elle aille le voir à l'hôpital. Que lui dirait-elle de toute manière ? Et lui ? Non c'était inutile et puis Naruto lui donnait ça et là des nouvelles de son état de santé, elle n'avait pas besoin d'en savoir davantage, ça ne la « concernait pas » comme il se serait plu à lui dire.
Malheureuse dans sa vie sentimentale, Sakura s'était une fois de plus tournée vers son travail. Un amant fidèle, toujours présent et qui ne la décevait jamais. Les enfants de la clinique dont elle s'occupait avaient bien remarqué son air mélancolique depuis quelques jours, qu'elle s'efforçait de faire disparaître lorsqu'elle était en leur présence. Pourtant, on ne peut pas tromper un enfant car ils sont capables de ressentir la moindre petite variation de votre humeur ou un changement dans votre attitude, même infime. Ils ont un don, inné et n'hésitent pas à vous mettre face à vos propres démons, vos propres erreurs en les pointant du doigt. Ils vous font assumer.
Assumer ses choix. Voilà peut-être ce qui lui manquait en fait.
Naoto avait noté lui aussi, qu'elle était distante et décidément pas comme à son habitude. Ce petit garçon de huit ans, originaire de Suna, avait été accueilli dans la clinique de Sakura dès son ouverture. Ses deux parents avaient péri durant la guerre et lui-même avait été blessé au cours de l'effondrement de l'abri en roche dans lequel il avait trouvé refuge avec plusieurs autres personnes. Des quinze personnes qui étaient avec lui dans cet abri, il fut le seul rescapé. Cela lui coûta un bras. Il avait agonisé pendant des heures avant qu'on ne vienne le dégager des décombres, il était alors seulement âgé de cinq ans. En plus de cette torture physique endurée, il avait dû faire face au deuil, à la solitude et à cette douleur psychologique qu'il n'arrivait pas encore à exprimer clairement à cette époque. Orphelin à seulement cinq ans et marqué à jamais dans sa chair par l'horreur de la guerre, causée par quelques fous bien pensants, il était arrivé à Konoha au bord de l'implosion mentale et plongé dans un mutisme impénétrable.
A force de patience, de jeux ludiques, de séances de groupe avec d'autres enfants de son âge ayant vécu des atrocités similaires et surtout à force d'amour de la part du personnel soignant, le petit garçon avait retrouvé peu à peu un semblant de vie. Il avait recommencé à s'exprimer de manière cohérente et soutenue mais la plus grande fierté de Sakura était ce sourire qu'elle avait réussi à faire naître sur ces lèvres un jour et qui ne le quittait pour ainsi dire plus depuis quelque temps. La joie de vivre se lisait à nouveau sur son jeune visage, encore plus depuis qu'il avait lui aussi subi une chirurgie réparatrice au niveau de son bras, grâce à l'intervention de Tsunade. Pour tout ce qu'elle lui offrait au quotidien et qu'elle lui avait déjà offert dans le passé, il nourrissait une affection particulière pour Sakura et y était très attaché.
Aujourd'hui, jour d'Hanami, était un peu spécial. Un petit spectacle était organisé à la clinique mettant en scène les enfants, petits et grands. Il n'aimait pas cette journée. Se déguiser, faire la fête, chanter et se donner en spectacle, très peu pour lui. Quand bien même il avait retrouvé une existence « normale » pour son âge, il restait un petit garçon réservé dans un sens et ne souhaitait pas y participer. Parti se terrer dans un coin, il espérait bien qu'on le laisse tranquille et que personne ne remarquerait son absence…
Sakura et Ino avaient travaillé d'arrache-pied pour que la fête soit réussie. Plusieurs artisans du village étaient venus participer à la petite kermesse en vendant leurs produits et leurs recettes de la journée étaient en partie reversées à la clinique, qui avait bien besoin de ce genre de dons pour subsister et offrir des activités dignes de ce nom aux enfants. Certains ninjas de Konoha s'étaient également beaucoup investis dans les préparatifs et n'avaient pas rechigné à la tâche.
Lee et Tenten étaient venus aider tous les jours depuis plus d'un mois. Tenten s'était occupée de la confection des costumes et Lee avait fait des répétitions en grande pompe aux enfants avec sa « fougue » légendaire, il était certain que sens don inné de la théâtralité ne pouvait être remis en cause. Shikamaru et Chôji, eux aussi, avaient mis la main à la pâte, sous la pression d'Ino il fallait bien l'avouer. Elle ne les avait pas lâché d'une semelle, à grands renforts de crises de larmes ou de numéros de charmes pour les faire céder. L'affaire avait été vite entendu avec Chôji, ravi de s'occuper des amuses-bouches avec Hinata. Il en avait été tout autrement avec Shikamaru, qui avait répondu à Ino que les spectacles pour enfants étaient « chiants à mourir » et qu'il n'avait rien à voir avec tout ça. En gros, qu'elle se démerde, ça lui en touchait une sans bouger l'autre. A force de persévérance, il avait craqué mais que ce fut rude… Naruto s'était proposé de lui-même, enfin, Kakashi et Hinata l'avaient bien aiguillé en ce sens...
Tout ce petit monde s'activait en ce début d'après-midi, tout devait être parfait pour offrir le meilleur show possible aux villageois qui étaient venus en masse assister à cette représentation. En bonne chef d'orchestre de tout ce bazar, la voix d'Ino retentit dans les couloirs du grand bâtiment, un brin stressée…
- SAKURA ! Mais où est-elle bon sang ? SAKUUUUURAAAAAA ! hurla Ino en se dandinant de gauche à droite, passant sa tête dans toutes les pièces à la recherche de son homologue.
Sakura, dans son bureau en train de se préparer, sortit dans le couloir aux cris stridents de son amie.
- Qu'est-ce qui se passe Ino ? Ça va pas ? Tu me cherches ? questionna la médic-nin.
- Qu'est- ce qui se passe ? Tu rigoles ou quoi ? Il se passe qu'on va avoir une salle pleine ! Ce qui veut dire plein de sous pour la clinique ! C'est génial ! Alors, Lee est en train de faire répéter les enfants une dernière fois, Tenten s'occupe de les habiller, 'fin de les déguiser, Chôji est là aussi il s'occupe des ventes de gâteaux et autres conneries avec Hinata et j'ai collé Naruto dehors pour qu'il rameute les gens ! Avec sa notoriété, il va nous la remplir cette salle, c'est obligé.
D'après ce qu'elle lui disait, tout se passait au mieux. Alors, pourquoi était-elle dans tous ses états ?
- Ah… et bien c'est parfait ! Pourquoi tu t'excites alors, tout se passe bien non ?
Son amie blonde ne semblait pas l'écouter. Elle faisait les cent pas devant elle et réfléchissait à haute voix. Soudain, elle s'arrêta net et leva l'index en direction de Sakura, surprise.
- Shikamaru ! SHIKAMARU N'EST PAS ENCORE ARRIVE ! J'suis sûre qu'il est encore en train de glander dans un coin celui-là ! Fais chier ! C'est lui qui doit s'occuper de la musique ! Ohhhhhhh ! Merde, merde, merde, merde ! Comment on va faire ? angoissa la Yamakana en se rongeant les ongles frénétiquement.
- Euh Ino ? T'inquiète, c'est bon, on va s'en sortir ! Il va pas tarder je suis sûre ! Détends-toi là !
Ino se tourna vers Sakura, le regard noir et le poing serré, une aura menaçante émanait d'elle .
- Il a intérêt… CROIS-MOI ! Si il tient à la vie…
Elle repartit pète-sec en direction de la salle de spectacle. A l'angle du couloir, elle fit volte-face vers l'Haruno et lui lança :
- Sakura, s'il te plaît, va mettre ton costume ! On est pas en avance !
- Euh… c'est déjà fait Ino…. Tu crois que je m'habille en fée tous les jours ou quoi ? bougonna la kunoichi aux cheveux roses.
Un bref coup d'œil de bas en haut en direction de son amie fit prendre conscience à Ino que c'était déjà le cas, en effet.
- Oups ! Pardon… désolée, excuse-moi, j'suis tellement… stressée avec tout ça que… Il m'faut un verre j'crois… Vivement ce soir ! Mais t'as pas mis ton chapeau pointu c'est pour ça ! Allez magne-toi ! Va voir les p'tits s'il te plaît ! Ça me fait un peu flipper de les laisser trop longtemps seuls avec Lee ! On va les retrouver en collant vert avec une coupe improbable!
En débitant aussi rapidement ces mots sortis de nulle part, Ino réussit au moins à faire sourire Sakura avant de s'en retourner à ses obligations d'organisatrice. L'intéressée contempla la blonde disparaître dans les couloirs d'un pas pressé et termina de se préparer avant de rejoindre les enfants dans la salle de répétition. Elle entendit Lee de derrière la porte, qui exhortait les enfants à se donner à fond dans l'exercice, avec fierté et panache et il promit de leur donner quelques conseils pour « un entraînement réussi » si ils y parvenaient. Sakura distingua également la voix de Tenten qui suppliait son collègue de bien vouloir « la fermer au lieu de dire des conneries» et de les aider à revêtir leur costume. Lorsqu'elle entra dans la salle, elle aperçut Lee de dos, affublé d'une combinaison… violette?
- Sakura-san ! Nous sommes prêts à haranguer la foule ! Pas vrai les enfants ? héla la bête verte de Konoha.
Toute la petite troupe, pouces en l'air, semblait gonflée à bloc. Sakura passa en revue les visages souriants de ses patients, l'enthousiasme de l'expert en Taijutsu avait clairement contaminé tout le monde, même les plus réticents. Tout le monde sauf un, qu'elle ne vit pas.
- Lee, Naoto n'est pas avec toi? s'inquiéta la médic-nin.
- Il était là tout à l'heure… Ne t'inquiète pas Sakura-san ! Je vais partir à sa recherche et te le ramener en moins de deux!
- Non non, laisse moi faire… Emmène plutôt les enfants à Ino s'il te plaît, avant qu'elle ne pète un câble !
Lee se mit au garde-à-vous et s'exclama solennellement : - « A vos ordres mon capitaine ! ». Avant de partir, elle se tourna vers lui, hésitante mais curieuse:
- « Au fait, qu'est-ce que tu as fais de ta combinaison verte Lee ? Tu l'as troquée pour une violette ? HAN ! T'es déguisé en … en quoi ?
- En aubergine Sakura-san ! Affirma fièrement le shinobi qui se prit de plein fouet une chaise que Tenten lui envoya de toutes ses forces dans la face.
- LEE ! Je te l'ai déjà dit, TU N'ES PAS UNE AUBERGINE MAIS UNE VIOLETTE ! UNE FLEUR ! D'ailleurs va mettre ton serre-tête de pétales en vitesse ! C'est un spectacle sur le printemps bordel, j'vois pas trop ce qu'une aubergine viendrait foutre ici !
Sonné, le pauvre Lee gît à terre, la langue pendue et les yeux en forme d'étoiles. Tenten jeta un coup d'œil furtif aux enfants qui la regardèrent d'un air suspicieux mais amusé. Elle aida donc son coéquipier à se relever et fit signe à Sakura de partir à la recherche du petit garçon manquant, ce qu'elle fit.
Elle passa en revue les pièces communes en quête de Naoto ou encore sa chambre, mais elle était déjà certaine qu'il ne s'y trouverait pas. Il n'y avait qu'un seul endroit où il pouvait être : la petite cabane qu'il s'était fabriquée dans un arbre de la cour de la clinique. Il allait souvent trouver refuge dans cet endroit, à l'abri des regards, pour se retrouver seul et surtout que personne ne vienne le déranger. Sakura connaissait sa cachette, c'était même elle qui lui avait soufflé l'idée et qui l'avait aidé à l'aménager. C'était leur petit secret. Et il était effectivement là, assis, seul et visiblement dans ses pensées. L'arrivée de quelqu'un dans son repère le fit sursauter de frayeur, il fut rassuré en apercevant les mèches roses de celle à qui il devait cette nouvelle vie et son nouveau chez-lui.
- Qu'est-ce qui se passe Naoto ? Tu ne veux pas venir avec nous ? Tout le monde t'attend tu sais ! dit-elle avec douceur en prenant place à ses cotés.
Le petit garçon afficha une mine boudeuse et détourna le regard.
- Non ! Je ne veux pas ! Et tu ne pourras pas me forcer ! Je suis plus fort que toi ! ronchonna le petit garçon.
- Pourquoi ça ? Tu as peur ?
- Hein ? Peur ? Tsst ! Laisse moi rire… Hum…
La voix mi-tremblante du garçon trahissait ses émotions mais ne voulant pas le vexer, elle fit mine de ne pas l'avoir noté.
- Alors qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea Sakura d'un air soucieux.
- C'est plutôt moi qui devrait te demander ça ! T'es toute bizarre depuis quelques jours… Tu viens moins nous voir, tu te caches dans ton bureau… Et tes yeux sont tristes…
Les mots étaient sortis de sa bouche avec tant de vigueur et de force que la médic-nin en resta bouche bée. Ça se voyait tant que ça ? Elle avait pourtant fait attention de ne rien laisser paraître devant ses patients. Ses problèmes personnels ne devaient en aucun cas interférer dans son travail et ils étaient bien peu de choses en comparaison avec les traumatismes de guerre de ces chers petits.
- Mais… Qu'est-ce que tu vas imaginer encore… Je vais bien ! Ne t'inquiète pas ! mentit Sakura.
Il la toisa d'un air dédaigneux et entrouvrit ses paupières au maximum pour lui signifier qu'il n'était pas dupe de ses paroles pseudo-réconfortantes et de son mensonge.
- Mouais à d'autres… J'suis pas idiot tu sais ! J'ai huit ans mais j'suis plus un gamin !
Malheureusement, c'était vrai… Il y avait plus de vérité dans le comportement et les paroles de ce bambin que dans le sien depuis que Sasuke était revenu à Konoha. La voyant un peu troublée, il enchaîna :
- Faisons un marché. Tu me dis ce qui te tracasses et ensuite je viens avec toi au spectacle ! poursuivit Naoto d'une voix tonnante.
D'instinct, Sakura déposa sa main sur la joue du petit garçon. Comment pouvait-elle lui refuser ?
- Tu es mignon de te préoccuper de moi… Ce n'est pas de ton âge tu sais et mon histoire est bien ennuyeuse…
- Il y a tellement de choses que j'ai vu et entendu qui ne sont pas de mon âge… confessa l'enfant les yeux dans le vague. Dis-moi, ça m'intéresse ! Et je pourrais peut-être t'aider ! Qui sait...
- Et bien… D'accord, lâcha-t-elle en soupirant. C'est à cause d'un garçon...
- Ah oui ? Il n'a pas été gentil avec toi ?
- Disons que je vais devoir passer à autre chose.
La naïveté infantile des propos du jeune garçon arracha un sourire à la jeune femme qui poursuivit :
- Il est rentré au village il y a quelques jours. Mais il est revenu accompagné d'une autre femme.
- Mais c'est ton petit-ami ? C'est lui que t'aimes?
- Je l'ai toujours aimé… J'avais à peu près ton âge quand je l'ai rencontré.
- Et lui il ne t'aime pas ?
La question à laquelle elle craignait de devoir répondre venait tout juste d'être posée.
- Non… Sûrement pas, expira-t-elle lascivement. Je vais devoir me faire une raison et passer à autre chose. La vie continue.
En un bond, Naoto s'était levé furieusement et il serra les poings en criant :
- Franchement, il a de la merde dans les yeux ce mec ! Je sais pas ce qui me retient de lui casser la figure tiens !
La fougue avec laquelle il avait répliqué aux propos de Sakura était stupéfiante et émut sincèrement son interlocutrice qui y vit un instinct protecteur de sa part. Sakura enlaça son jeune patient dans ses bras quelques secondes avant de le relâcher et de l'embrasser sur le front. Les joues de Naoto se tintèrent d'une couleur rosée et il baissa alors les yeux en riant. Elle se leva ensuite, décidant qu'il était temps de rejoindre les autres pour la représentation. Il lui prit la main et la suivit sans discuter, fier d'avoir obtenu un baiser de « la plus jolie fille de Konoha », d'après lui.
Devant la clinique, Naruto faisait clairement le tapin. Pourquoi Ino l'avait balancé ici sur le trottoir ? Pourquoi lui ? L'excuse foireuse invoquée du « Mais c'est toi le héros de la guerre ! Les gens t'adorent ! Dès qu'ils vont te voir ils vont tous accourir ! Allez, s'te plaît ! », avait une fois de plus fonctionné. Il n'avait même pas eu son mot à dire en vérité. Il avait atterri là sans vraiment comprendre avec en prime une tape au cul de la blonde. Il était donc là, devant la clinique, en train de tapiner pour que les gens acceptent de venir dépenser leur argent pour… pour… de pauvres enfants ET accessoirement manger les délicieux plats que sa femme avait préparés.
La cause était noble, mais il s'ennuyait fermement dehors tout seul comme un chien. Tiens, tiens, tiens… N'était-ce pas la silhouette lugubre de son ami Sasuke qu'il apercevait en face ? Bingo !
- Sasuke ! Qu'est-ce que tu fous là ? T'es sorti de l'hosto ? l'interpella Naruto.
- Oui. A l'instant. Je rentre chez moi.
- Oh oh minute ! Reste un peu, y a pas l'feu ! T'as réussi à te débarrasser de Yume? Elle est où ?
Ce mec était une vraie fouine, toujours en train de lui poser des questions indiscrètes en plus de se pointer au mauvais moment, comme ce fut le cas le matin même. Sasuke essaya de se dépêtrer une fois de plus de la curiosité du blond, sans succès.
- Disons que nous… nous… avons eu un petit accrochage, avoua l'Uchiha sans le vouloir.
- Oui, ça je sais, j'vous ai vu tout à l'heure ! Tu t'rappelles pas ? lui rétorqua naturellement l'Uzumaki.
Comment était-ce possible qu'il les ait entendu ? Il avait foutu tout le monde en dehors de sa chambre après qu'il… Nan. Il fallait l'entendre pour le croire. Il pensait vraiment que...
- Mais… PAS CA ABRUTI ! J'te parle d'un vrai accrochage, d'une dispute ! s'emporta Sasuke, consterné.
- Ah oui, vas-y, raconte !
Naruto prit la pose, comme pour écouter son meilleur ami lui déballer ses peines de cœur et ses ennuis avec la gente féminine. Sur un trottoir. COMME SI IL ALLAIT LUI RACONTER ! Décidément, cette journée allait être pourrie jusqu'au bout. Dieu merci, il vit Ino débouler comme une furie derrière Naruto et se dit que peut-être, elle allait lui éviter une énième discussion prise de tête pour aujourd'hui.
- Naruto, t'as pas vu Shikamaru ? Et Sakura ? Je les cherche depuis tout à l'heure, ils vont me rendre dingue ! vociféra la blonde à bout de nerfs.
- Bah, Shikamaru je l'ai vu tout à l'heure, il est à l'intérieur je crois mais Sakura-chan j'en sais rien. T'es allée voir aux toilettes ?
- … Merci.
Elle repartit aussi vite qu'elle était venue, sans prendre le temps de saluer l'acolyte de Naruto, qui gratifia ce dernier d'un sourire en coin à peine perceptible.
- T'inquiète Sasuke, j'suis sûr qu'elle a pas fait attention, elle est tellement sur les nerfs avec son spectacle tu sais, que y a plus rien d'autre qui compte.
- Peu m'importe.
Il avait réellement le chic pour lui répondre avec une éloquence à la limite de la méprise des fois. Enfin, si il s'était mis à pleurer pour ça, là, ça l'aurait carrément fait flipper. Sasuke restait fidèle à lui-même et ne changeait pas, lui, au moins. A la suite de cela, l'Uchiha se laissa entraîner malgré lui à l'intérieur du bâtiment par Naruto qui tenait absolument à ce qu'il voit la clinique dont s'occupaient Sakura et Ino. Charmante idée.
Ils arrivèrent tous deux dans la salle où se déroulait la petite fête. Tout sourire, Naruto laissa apprécier à son ami le travail imaginé et accompli par leur coéquipière durant son absence. Bien qu'il ne le montra pas, Sasuke fut quand même impressionné et écouta attentivement l'Uzumaki lui détailler le fonctionnement ainsi que le but d'une telle infrastructure.
Le blond l'abandonna quelques minutes en s'excusant, voulant à tout prix rejoindre Hinata pour lui chiper deux ou trois parts de gâteaux avant le début du spectacle. Planté, seul et mal à l'aise au fond de la pièce bondée, Sasuke en profita pour en examiner les occupants. Il en connaissait certains, ses anciens camarades de l'Académie, mais personne n'avait, pour l'heure, fait attention à lui. Leurs regards à tous étaient tournés vers la petite scène qui trônait au fond, ce n'était plus qu'une question de minutes avant que le rideau ne se lève.
Discrètement, il vit apparaître Sakura, un jeune garçon pendu à son bras, habillée en… fée. Il la regarda s'agenouiller devant l'enfant et lui parler. Des mots d'encouragements probablement. Le petit partit ensuite en courant vers la scène et elle se releva, sourire aux lèvres. Elle non plus ne l'avait pas remarqué. Soudain, une musique douce se mit à retentir dans la salle, le rideau s'ouvrit et le visage de Sakura s'illumina à la vue de ses petits protégés qui entraient en scène.
C'était un magnifique spectacle que de la voir ainsi, heureuse et épanouie. Elle croisa les bras et se mordit la lèvre inférieure, légèrement nerveuse. Cette adorable vision de sa coéquipière fit plus d'effet à Sasuke qu'il ne l'aurait souhaité. Il n'arrivait plus à détourner son regard d'elle malgré tous ses efforts. Elle le fascinait. Complètement.
Elle était si fière d'eux. Elle voyait bien qu'ils prenaient du plaisir à chanter et danser sur la scène ou encore à faire rire les spectateurs. Même Naoto. Le pari était gagné et elle s'en félicita intérieurement. Machinalement, ou peut-être par instinct, elle tourna la tête vers le fond de la salle à la recherche d'un visage familier. Mais ce fut son regard qu'elle rencontra. Son regard, à LUI. Que faisait-il ici ? Était-il venu pour la voir ? Tout s'embrouilla dans sa tête. Ses mains se mirent à trembler et elle eut un mal fou à déglutir. Happée par la profondeur de ces yeux qui la fixaient intensément, elle ne put bouger et resta interdite, laissant cette douce tension l'envahir peu à peu.
Lui non plus ne cilla pas et tenta par tous les moyens de résister à cette envie d'aller la voir qui le tiraillait depuis un moment. Les minutes défilèrent sans que l'un d'eux n'esquissent le moindre mouvement. Ils s'observèrent en silence, laissant leurs émotions dicter leur conduite. Il entrouvrit légèrement la bouche, il allait dire quelque chose, mais aucun son ne put franchir ses lèvres. Elle en resta stoïque, suspendue à ses lèvres muettes, le temps s'était arrêté.
Elle crut le voir de loin murmurer quelque chose à son intention. Ses yeux s'écarquillèrent et elle fit involontairement un pas dans sa direction. Comme par mimétisme, Sasuke s'avança lui aussi d'un pas vers elle, sans qu'il ne sache réellement pourquoi son corps ne lui obéissait plus. L'attraction était trop puissante et au risque de passer pour un froussard, il entreprit lui-même d'accélérer les choses. Il évita la foule et s'approcha d'un pas décidé. Il avança si vite vers elle, autoritaire et assuré, que son cœur s'emballa.
L'alchimie de ce moment partagé prit fin subitement, lorsque Yume fit son apparition dans la salle. La médic-nin l'aperçut en premier et prit une expression effrayée qui stoppa Sasuke dans son élan. Il chercha du regard ce qui avait pu introduire cet air terrifié dans les yeux verts de son amie. La brunette repéra celui qu'elle était venue chercher et le rejoignit aussitôt. Sakura s'éclipsa par une porte dérobée sous le regard imperturbable de l'Uchiha.
Adossée contre un mur, main sur la poitrine, Sakura en avait des palpitations. La magie éphémère qu'elle avait ressenti en plongeant son regard dans celui de son amour de toujours avait été gâché par un retour brutal et sans sommation à la réalité, grâce à Yume. Ce long échange qu'ils avaient eu ainsi que l'apparition de cette dernière, n'avait fait que réveiller ses désirs brûlants à jamais condamnés et ses souffrances. Si la baguette qu'elle tenait dans ses mains était réellement magique, elle s'en serait servie pour annihiler ses sentiments envers Sasuke et surtout pour effacer de sa mémoire les moindres souvenirs heureux qu'elle avait à ses côtés. Ces résidus du passé étaient pourtant tout ce qui lui restait pour l'heure car l'avenir était lui, bien plus sombre et incertain.
Elle s'interrogea sur la raison de sa venue à la clinique mais surtout sur ses intentions lorsqu'il s'était avancé vers elle. Il devait avoir quelque chose d'important à lui dire pour s'être déplacé, ou peut-être pas. Tout ceci la bouleversa, il fallait qu'elle se reprenne vite avant qu'Ino ou quelqu'un d'autre ne la surprenne dans ce couloir, totalement désemparée. Elle essaya donc de rationaliser la situation. Si Sasuke avait réellement une chose importante à lui dire, il viendrait sûrement la voir plus tard, inutile de s'affoler. Mais elle avait senti un étrange empressement à travers sa démarche rapide et ses gestes furtifs pour éviter la foule et venir à sa rencontre. Elle pensa donc, à juste titre, que ce ne serait pas là leur dernier échange aujourd'hui, malheureusement.
