Chapitre 3
Hanami – partie 2
Tout portait à croire que de cette fin d'après-midi ensoleillée à Konoha allait découler une soirée mémorable et festive. Les rues étaient bondées, de nombreux stands de jeux ouvraient pour le plus grand plaisir des enfants et le grand parc de la ville se remplissait petit à petit.
La joyeuse bande avait décidé de se retrouver le soir venu pour un pique-nique improvisé sous les cerisiers en fleurs et accessoirement s'envoyer quelques verres, tout comme les autres villageois. Pour le moment, seuls les membres de l'équipe huit étaient présents. Bien entendu, la conversation numéro un, le sujet sur toutes les lèvres, le retour de l'Uchiha, ne faisait pas exception parmi nos jeunes shinobis et chacun y allait de son commentaire. Lui le premier. Surtout lui.
- Ouais, bah j'espère qu'il se pointera pas ce soir, je n'ai aucune envie de le voir ! Il me débecte !
Kiba, allongé dans l'herbe et entouré d'Hinata et de Shino, donnait clairement le ton comme à son habitude.
- Ne sois pas si dur Kiba-kun… Sasuke a quand même protégé le village il y a trois ans pendant la guerre et a dévié la météorite qui menaçait de s'écraser sur Konoha. Tout de même….s'offusqua Hinata.
- Mouais… J'sais pas si t'es allée faire un tour au nord de Konoha depuis. Il l'a peut-être déviée, mais ça a ravagé toute la forêt et tous les patelins aux alentours ! Alors qu'il vienne pas me faire croire qu'il est le sauveur de Konoha ! Sur ce coup-là, il s'est bien foiré !
- La météorite se dirigeait droit sur nous. Il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire, Kiba, intervint inopinément Shino.
- Nan mais attendez là ! A vous entendre, on dirait que vous êtes contents qu'il soit revenu ! Ce gars là est un fouteur de merde ! Vous vous rappelez pas non plus pendant la guerre ce qu'il nous avait sorti ? - « Je veux devenir Hokage » ! Ha ! C'était la meilleure de l'année celle-là ! Après tout ce qu'il avait fait, il s'était ramené la bouche en cœur en nous balançant sa tirade ! Du grand n'importe quoi !Tsst… ça m'énerve tiens…
Akamaru semblait approuver les paroles de son maître en jappant à chaque fin de phrase. De toute évidence, Kiba n'aimait pas Sasuke, il l'avait mauvaise. Déjà parce qu'il était plus fort que lui, deuxièmement parce qu'il avait toutes les filles à ses pieds SANS rien faire et surtout parce qu'il estimait qu'une girouette pareille n'avait rien à faire parmi eux. Il avait causé bien trop de problèmes à tout le monde, à commencer par les membres de sa propre équipe à l'époque mais aussi à Konoha qu'il avait projeté de détruire. L'indulgence et la gentillesse des autres dont l'Uchiha avait profité, et profitait encore, le dégoûtait profondément. Il n'avait pas sa place ici et il était hors de question de faire copain-copain avec lui.
- Ah, et il a aussi buté son frère au passage, ce CON ! ajouta Kiba excédé par la passivité de ses deux acolytes.
- N'empêche que si il t'entendait, il te foutrait une bonne trempe ! Si j'étais toi, je ferais attention à ce que je dis ! J'te signale quand même que si on est encore tous là, c'est un peu grâce à lui, alors boucle-la un peu Kiba tu veux… objecta Naruto en arrivant par derrière.
Tous se retournèrent sur le Jinchuuriki qui venait de faire son apparition. Les propos de Kiba sur son ami ne lui plaisaient guère bien qu'il n'en fut pas étonné.
- Tsst… Je n'te comprend pas Naruto… Que tu le soutiennes malgré tout ce qu'il vous a fait subir à toi, Sakura et le Rokudaime, franchement, j'pige pas.
- C'est mon ami, point. Ne t'avises plus de le critiquer et encore moins devant moi ou ma femme. Sinon, tu auras affaire à moi.
Kiba eut un sourire en coin qui en disait long, il savait que Naruto ne plaisantait pas et qu'il le défendrait contre vents et marées. Ça avait toujours été le cas. Il avait même été jusqu'à perdre un bras pour le faire revenir au village. Tout cela le dépassait complètement. Malgré leur rivalité qui datait de leur enfance, Kiba respectait Naruto plus que tout autre ninja. C'était lui le vrai sauveur de Konoha et même du monde shinobi. Il avait des valeurs, des principes auxquels il ne dérogeait jamais. Un nindô à toute épreuve. Et c'est bien pour cela qu'il était pressenti pour être le prochain Hokage, lorsque Kakashi céderait sa place. Mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait taire son opinion et encore moins sa fierté lorsqu'il se sentait insulté.
- Tu crois que j'ai peur de toi ? Désolé Naruto mais comprend que pour ma part, il y a des choses que je peux difficilement oublier. Il nous a tous trop fait souffrir. On a tous risqué notre peau pour lui. Toi le premier, lança le maître chien en se relevant pour lui faire face.
- Le passé est le passé. Le pardon, tu connais ?
- L'amour propre ? La raison ? Tu connais toi ?
Ces deux là s'engrainaient et leur nervosité palpable n'annonçait rien de bon. Hinata se leva à son tour et prit les choses en main.
- Calme toi Naruto-kun s'il te plaît, toi aussi Kiba-kun, vous n'allez quand même pas gâcher cette soirée… gémit-elle d'une voix douce pour les apaiser tous deux.
Naruto regarda sa femme, elle était triste. A cause de lui. La simple vue de son visage peiné suffit à atténuer sa colère. Il savait que quelque part, tout ce que disait Kiba n'était pas totalement faux mais lui, il s'en fichait. Sasuke était son ami et il ne tolérerait pas qu'on lui manque de respect à ce point. Mais Hinata avait raison, ce n'était clairement ni le lieu ni le moment pour régler ce genre d'histoires. Il changea d'humeur subitement, souhaitant faire plaisir à sa femme.
- Je ne voulais pas m'énerver, désolé Kiba, oublions ça… sourit Naruto en se grattant l'arrière du crâne.
- Hum, pas de soucis, elle a raison de toute manière. Désolé Hinata…
La moue boudeuse, Kiba se rassit à côté de son coéquipier resté silencieux. Hinata fut soulagée de constater que la tension redescendait peu à peu. Elle aperçut Ino, Saï, Chôji, Shikamaru et Sakura au loin qui venaient les rejoindre. Naruto les quitta après les avoir salués, sans mentionner la raison de son départ. Il avait donné rendez-vous à Sasuke chez Ichiraku, histoire de fêter l'arrivée du printemps à sa manière et le retour de son meilleur ami par la même occasion. Seulement voilà, il ne voulait pas que Sakura le prenne mal et préféra taire cet état de fait en attendant que les choses se tassent entre eux. Au cas où.
Tous prirent place, la soirée allait pouvoir débuter, enfin. Au vu des premiers événements, elle s'annonçait mouvementée et pas qu'un peu.
Il avait cédé. Encore. Cédé à son caprice d'aller à cette foutue soirée d'Hanami. En même temps, il lui avait dit qu'il l'accompagnerait, il n'aurait pas dû, même si sur le moment c'est tout ce qu'il avait trouvé pour se sortir du bourbier dans lequel il s'était copieusement enfoncé. Après son passage à la clinique de Sakura l'après-midi même et l'arrivée intempestive de Yume, il s'était empressé de quitter les lieux. Dieu merci, elle n'avait apparemment pas été témoin de leur échange, sinon ça aurait été l'enfer.
Une fois chez eux, Yume lui avait gentiment demandé de mettre les choses au clair avec sa coéquipière, de manière détournée bien entendu afin qu'il ne se braque pas et qu'il accepte le marché. Si il le faisait, elle s'était engagée à rester tranquille et ne plus jamais lui reparler d'elle. Elle lui avait rebattu les oreilles pendant au moins une heure avec cette histoire. Pour obtenir la paix, il avait accepté et elle s'était tue, enfin, pour son plus grand bonheur.
Les voilà donc déambulant dans les rues festives de Konoha en cette fin de journée. Yume était ravie, elle gesticulait dans tous les sens et s'arrêtait à tous les stands tantôt pour manger quelque chose, tantôt pour loucher sur un objet qu'elle avait repéré de loin. Elle n'était plus jalouse, ni chiante, ni sur son dos, ni lourde car dans ces moments là elle redevenait une jeune femme adorable, souriante, pleine de vie et elle lui plaisait ainsi. Son petit côté enfantin était séduisant, sauf quand… quand il y avait un stand de tir dans les parages. Trop tard, elle l'avait vu. Merde.
Tenten et Lee s'étaient donnés rendez-vous en centre ville avant de rejoindre leurs amis. Ils avaient flâné un peu et mangé un morceau avant de se rendre au stand que Tenten préférait par dessous tout, son attraction favorite : le stand de tir. Tu tires, tu détruis, tu gagnes. Elle adorait ça ! Surtout qu'elle gagnait à tous les coups, son amour pour les armes de toute sorte lui donnait un avantage non négligeable, elle espérait bien remporter la totalité du stock de « cadeaux » cette année encore, qu'elle exhibait comme trophées par la suite. En bon supporter, Lee avait décidé de l'accompagner, toujours admiratif de la dextérité de sa coéquipière qui ne ratait jamais sa cible. Cela faisait une petite heure qu'elle s'amusait et raflait des lots en tout genre. Le monticule que Lee gardait précieusement ne cessait de croître et elle en était satisfaite.
- « C'est trop facile quand on a personne à qui se mesurer » !
Tenten retint son doigt sur la gâchette. A qui pouvait bien appartenir cette voix féminine qui osait la défier ? Elle déposa l'arme sur le comptoir et tourna ses pupilles vers cette femme à fière allure qui la toisait du regard. A son côté se tenait Sasuke, le visage blême et le regard fuyant.
- T'es qui toi ? demanda la jeune fille aux macarons.
- Yume. Enchantée. Ça te dit qu'on se fasse une petite partie ?
- Hum ! Si t'as pas peur de perdre, non.
Un large sourire étira les lèvres des deux femmes qui avaient, semble-t-il, trouvé leur alter-ego pour la soirée.
- Moi ? Perdre ? Tu rêves ma fille. Je n'ai JAMAIS manqué une cible, lança Yume d'une manière désobligeante.
- C'est ce qu'on va voir, on va corser un peu les règles alors. Je ne voudrais pas t'humilier trop facilement.
Lee et Sasuke n'en menaient pas large. Leurs compagnes avaient endossé leurs tenues de combat et sorti les crocs, l'ambiance était électrique, sauve-qui-peut.
- Pas de problème, on apprécie encore plus la victoire quand l'adversaire s'est débattu.
- Parfait. On commence.
Elles se faisaient face, raides sur leurs jambes et ne pipaient mot. Une brise légère frôlant leur peau échaudée sembla donner le signal de départ.
- LEE !
- SASUKE !
Les deux ninjas regardèrent leurs homologues féminins. Elles étaient déterminées et prêtes à en découdre. Mains sur les hanches, elle tendirent toutes deux au même moment une main en arrière vers leur compagnon, quémandant clairement de l'argent, qui ne vint pas.
Tenten se tourna vers son partenaire, le regard furibond. - « C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? Accouche ! ». Lee fouilla ses poches mais n'y trouva que quelques résidus de bonbons de la fête de cet après-midi. Pas un rond. Heureusement pour lui, il vit Gai et Kakashi passer non loin d'eux et s'empressa d'aller leur emprunter de quoi la contenter. Il revint vers elle en courant et lui déposa la somme dans les mains.
Yume se tourna elle aussi furtivement vers Sasuke, qui la regarda exaspéré par son comportement.
- Quoi ? J'vais quand même pas me laisser marcher dessus non ? File moi des sous s'il te plaît mon chéri, sois gentil, que j'écrase ta collègue… dit-elle sur un ton sadique en fixant Tenten dans le blanc des yeux.
- C'est ce qu'on va voir ! lui rétorqua la kunoichi de Konoha, nullement impressionnée.
Sasuke mit une petite bourse dans le creux de la main de Yume qu'elle ramena devant elle afin d'en examiner le contenu.
- Tout ce que tu veux. Mais ne m'appelle plus « mon chéri » par pitié…souffla le brun irrité.
- T'inquiète pas mon chéri, j'en ai pas pour longtemps…
- ...
Sasuke leva les yeux au ciel, elle était encore partie dans son délire et en plus elle ne l'écoutait pas. Son « j'en ai pas pour longtemps », elle lui avait déjà sorti une fois. Trois heures. Trois putains de longues heures qu'il avait attendu. Une fois, pas deux. L'Uchiha se dégagea de derrière elle et quitta le petit groupe sous le regard médusé et suppliant du pauvre Lee qui angoissait d'avance de se retrouver seul avec elles.
- Je vais retrouver Naruto, à tout à l'heure. Pas de casse s'il te plaît, plaça-t-il en passant près de Yume.
Les deux jeunes femmes ne prêtèrent aucune attention au départ de l'Uchiha. Elles déposèrent chacune un peu d'argent sur le comptoir du stand et prirent en main leurs armes. Elles convinrent toutes deux que ce serait Yume qui entamerait la partie. Honneur aux étrangers, politesse oblige. Elle se mit en joue et pressa légèrement la gâchette avant de sonder son challenger d'un soir :
- Au fait, tu m'as pas dit ton nom. J'aime bien savoir qui je vais « abattre ».
- Tenten. Mais te fais pas trop d'illusions, c'est moi qui vais gagner.
- N'y compte pas chérie. Ce soir, c'est moi qui gagne. Je gagne toujours.
Pan ! En plein dans le mille.
Drôle de jeu.
Les deux jeunes femmes passèrent un long moment ensemble, à se défier, à rire parfois et à s'apprivoiser l'une l'autre, avant de se quitter par une poignée de main franche et fair-play. Au final, personne ne gagna ce soir là. Ce fut le marchand, enrichi au plus haut point grâce à elles mais sans plus aucun stock, qui stoppa les « hostilités » en fermant boutique prématurément. Yume partit en promettant à Tenten de se revoir très vite pour tenter de se départager et pourquoi pas de manger un morceau ensemble. Elle accepta de bon cœur et pensa que tout compte fait, elle n'était pas si terrible cette Yume dont elle avait tant entendu parler.
La soirée était déjà bien entamée et bien arrosée pour certains, lorsque Naruto rejoignit son groupe d'amis après avoir passé un moment en tête à tête avec son ami. Il salua en passant Kakashi, Gai, Yamato et Tsunade attablés ensemble non loin d'eux, la Godaime avait l'air en forme avec sa bouteille de saké en main, les trois autres avaient également l'air de s'amuser, tant mieux.
Il retrouva Ino et Kiba pas vraiment très frais, Hinata qui lui sourit dès qu'elle le vit, Saï qui dressait les portraits de chacun pour se souvenir de ce moment et Chôji qui se grattait un ventre bien rond en ricanant des blagues de ses collègues. Sakura était quant à elle au milieu de tout ce beau monde, à moitié présente, elle s'efforçait de sourire et de participer du mieux qu'elle pouvait, l'illusion était presque parfaite mais elle ne fonctionna pas sur lui.
- Shikamaru est parti ? lança le blond dans la mêlée.
- Oui, tu l'connais, il est parti peu de temps après toi tout à l'heure. Il doit être dans un coin au calme, en train de rêvasser, lui répondit Ino. Et toi, t'étais où ? Tu voulais pas rester avec nous c'est ça ?
Naruto se sentit un brin embarrassé par le sous-entendu d'Ino et lui rendit un sourire gêné.
- Non, pas du tout, qu'est-ce que tu vas imaginer encore Ino ?
- Il était avec Sasuke-kun, déclara calmement Sakura qui n'avait quasiment pas ouvert la bouche depuis le début de la soirée. Tu peux le dire tu sais Naruto, ça ne me dérange pas.
- …
Un léger froid s'abattit sur l'assemblée jusque là bruyante et joyeuse. Tous se regardèrent un peu confus, ne sachant trop quoi dire. C'était sans compter sur Saï qui prit innocemment la parole :
- Et est-ce que tu en sais plus sur sa petite copine du coup ? Parce que je m'pose des questions sur elle moi. Et il est où d'ailleurs, pourquoi il est pas venu avec toi ? Il arrive ?
- … Euh… Oui… Je...
Naruto bafouilla et les autres restèrent sans voix. Il n'en loupait jamais une. Jamais. Et le pire, c'est qu'il ne faisait même pas exprès. Enfin pas tout le temps. Ino se leva et le frappa violemment à la tête en hurlant son prénom.
- Saï ! J'hallucine, y a un truc à pas dire, tu le dis ! Les deux pieds dedans !
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait encore ? se défendit le peintre.
- Rien, tu existes.
-…
Sakura soupira. Elle savait que ses amis la ménageaient beaucoup trop au sujet de l'Uchiha (sauf Saï bien sûr) mais elle ne leur en voulait pas, c'était au contraire adorable de leur part. Inutile, mais adorable. Hinata regarda sa montre, c'était presque l'heure du feu d'artifice tant attendu. Tous se levèrent dans un grand brouhaha et se dirigèrent tranquillement vers un espace dégagé d'où ils pourraient mieux l'apprécier.
Sakura, un peu à la traîne, s'apprêtait à suivre le groupe mais quelque chose l'en empêcha. Ou plutôt quelqu'un. Ses jambes ne purent faire un pas, son corps devint brutalement lourd, paralysé par le regard pesant qu'elle sentit dans son dos. Elle était bloquée. Elle tourna difficilement la tête vers l'arrière et rencontra les orbes noires de Sasuke qui la fixait intensément. Encore. Comme dans cette salle de spectacle l'après-midi même, elle ne put se défaire de cet appel que lui lançaient tous ses sens, l'attraction était trop forte et cette fois-ci, elle prit les devants et s'avança timidement vers lui. Elle se devait de l'affronter, cela n'avait que trop duré.
Il ne cilla pas pendant qu'elle s'approchait à pas de velours, son hésitation ou sa crainte se lisait dans chacune de ses foulées, était-ce bien étonnant ? Elle se posta en face de lui, droite, raide, les bras croisés contre son buste et se frictionna mollement les bras, dévoilant sa gêne. Elle lui sourit timidement et inspira avant de commencer :
- Bonsoir Sasuke-kun, comment vas-tu ? Je t'ai aperçu tout à l'heure mais...
Elle fut stoppée net dans son élan par la main du brun qui lui chopa le poignet fermement en disant : - « Viens, suis moi ». Son ton froid, pourtant habituel, et cette main autoritaire inquiétèrent la kunoichi :
- Mais... Où est-ce qu'on va Sasuke ? demanda-t-elle troublée.
- Tais-toi, suis-moi.
- ...
Sa voix n'avait été ni calme, ni contrariée, ni joyeuse, ni énervée, elle était juste. Elle le suivit sans poser plus de questions tout en se demandant bien ce qu'il lui voulait. Le contact ferme de la peau de Sasuke sur son bras emballait malgré tout son cœur désolé par la situation mais elle ne devait surtout pas lui montrer son ressentiment ni sa peine, il ne le comprendrait pas de toute manière. Elle se devait à tout prix de rester digne, distante et indifférente, comme lui.
Arrivés dans un bosquet à l'abri des regards, Sasuke lâcha sa prise et s'immobilisa. Sakura, circonspecte de son attitude, ne savait pas si elle devait parler la première ou non. Ses interrogations ne durèrent pas longtemps, le visage fermé, il entama la conversation.
- Sakura... Je ne suis pas doué pour ce genre de choses...
- Que se passe-t-il Sasuke-kun ? Je t'ai vu à la clinique mais je…
- Je voudrais te parler de Yume, la coupa-t-il brusquement.
« Yume ? Pourquoi ? » pensa-t-elle... Hors de question qu'elle craque. Le terrain était bien trop glissant pour qu'elle s'y attarde, mais avait-elle le choix ? Le tout était de tenir le cap, ne pas craquer, faire comme si de rien n'était, ami-ami...
- C'est de ton amie dont tu voulais me parler tout à l'heure ? Que veux-tu me dire sur elle ? Ça ne pouvait pas attendre ?
- Sakura... Yume n'est pas « une amie », nous allons nous marier.
- …
Son cœur se serra un peu plus, il allait lâcher, c'était certain, il fallait vite trouver un moyen de mettre un terme à cette conversation qui prenait un chemin qu'elle ne se sentait pas d'entreprendre, pas maintenant et surtout pas avec LUI.
- Pourquoi tu me dis ça ? Ça ne me regarde pas. Tu es libre. Et ce n'était pas la peine de me le préciser. J'avais compris.
Sa bouche mentait mais son cœur ne s'y trompait pas. Elle réussit à prononcer cette phrase avec toute l'ingénuité qu'elle voulait y placer, n'osant cependant croiser le regard de son vis-à-vis, par peur de se trahir ou pire encore, de relâcher cette tension incroyable qu'elle sentait croître dans sa poitrine elle et qu'elle ne pourrait plus contrôler d'ici peu.
- Je voulais juste que tout soit clair. Nous allons probablement reprendre bientôt les missions et je ne veux pas que…
Les sanglots prisonniers en travers de sa gorge se faisaient de plus en plus difficile à retenir, sa voix prit malgré elle une teinte peinée et ses yeux commencèrent à s'embuer dangereusement.
- Que mes sentiments soient encore un fardeau pour toi ? Que je t'ennuie ? Sasuke-kun... Tu n'as pas à t'en faire, je…
- Ne me mens pas ! l'exhorta vivement l'Uchiha. Pas à moi, s'il te plaît.
Il avait élevé la voix. Il s'énervait sur elle qui pourtant, n'avait commis aucun impair, aucune faute. Mentait-elle si mal que cela ? Les sentiments qu'elle éprouvait à son égard étaient-ils si flagrants malgré la distance qu'elle s'était imposée depuis son retour ? Sa carapace se fissurait un peu plus à chaque seconde passée en sa présence, chaque mot prononcé était trop lourd, beaucoup trop pour ses frêles épaules ayant déjà trop supporté par le passé.
Sakura serra les poings et releva péniblement la tête. C'était presque trop tard. Encore un peu et cette peine indescriptible, toute sa rancœur à l'égard de la situation, qu'elle retenait vaillamment depuis plusieurs jours, n'allait plus pouvoir rester en elle bien longtemps. C'était sa dernière chance. Elle devait savoir, avant de l'oublier pour toujours.
- Pourquoi ?... Pourquoi Sasuke-kun ? Je croyais que... quand tu es parti… risqua Sakura d'une voix craintive.
Cette question sonna à ses oreilles comme une supplication, une dernière volonté. Lui refuserait-il ? Oui, il ne pouvait pas se permettre de faire autrement.
- Que croyais-tu ? Tu as dû mal comprendre, voilà tout, asséna le brun d'un ton froid.
- Non c'est faux Sasuke, je le sais, je te connais… Tu n'aurais pas fait ça sans…
- Sans quoi Sakura ? Sans sentiments ? Tu te trompes, tu crois me connaître, mais c'est faux.
La pauvre Sakura avait l'impression de chuter dans un puits sans fond, sans pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit. La chute n'était pas encore terminée, le choc n'en serait que plus brutal. Ses yeux au bord des larmes, son teint blafard et ses membres tremblants offraient à Sasuke une vision pathétique de sa coéquipière au supplice. Bien sûr qu'elle avait cru qu'il reviendrait pour elle ou du moins qu'il ressentait quelque chose pour elle, elle l'avait attendu toutes ces années en nourrissant ces espoirs ! Quelle idiote…
- Moui... tu as raison. Je me suis trompée... Je devrais me réjouir pour toi, Yume a l'air d'être quelqu'un de très bien…
WHAT ? Sasuke, jusqu'ici impassible, ne put contenir sa surprise et écarquilla les yeux une demi-seconde à l'écoute de cette dernière phrase. Cette fille était incroyable…
- ... j'espère qu'elle te rendra heureux, murmura-t-elle en baissant les yeux à terre.
- C'est le cas. Tu as raison sur un point, je ne dis pas ce genre de chose à la légère : c'est elle que j'ai choisi. Je l'aime Sakura.
Sakura releva la tête à cette dernière phrase, ébahie, prise de cours. C'était le mot de trop. Celui qu'elle ne voulait pas entendre, pas de sa bouche, pas comme ça... Cette fois-ci, il était allé trop loin, il brisa en un éclat son âme amoureuse, cette passion dévorante qui la consumait depuis des années, contre laquelle elle luttait de toutes ses forces, mais elle n'était pas de taille. Elle n'eut même pas le temps de réfléchir à une réponse appropriée que des larmes traîtresses tombèrent sans discontinuité le long de ses joues. Les yeux grands ouverts, elle n'en revenait pas et resta interdite plusieurs secondes durant, ne pouvant sortir de sa stupeur.
Sasuke la regardait silencieusement, il se doutait bien qu'elle souffrirait de l'entendre, mais il le fallait. Il devait tuer cet espoir qu'elle entretenait depuis toujours et rompre ce lien qu'elle se refusait à voir mort. Cette flamme qui brûlait pour lui dans ses prunelles vertes, même cachée aux yeux de tous, devait s'éteindre définitivement, ce soir.
Sakura essaya d'articuler quelque chose, mais aucun son ne put franchir ses lèvres. Les idées peinaient à se mettre en ordre dans sa tête tant cet aveu l'avait anéanti. Ses poings se serrèrent machinalement en même temps que sa mâchoire, elle se sentit trahie, salie et un sentiment incontrôlable s'empara de son corps ainsi que de son cœur : la colère.
- Pourquoi ?... Pourquoi me dis-tu tout cela ? Pourquoi tu insistes ?
Sasuke arqua un sourcil, méfiant et intrigué par le ton malveillant qu'elle employait à son égard et qu'il ne lui connaissait pas.
- Tu aimes ça, hein ? Ça te fait plaisir de me voir dans cet état ? De me briser plus que je ne le suis déjà ?
- Non, je… réussit-il à placer légèrement décontenancé.
Sakura ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase qu'elle le coupa.
- Rahhh... Ferme-la! J'en ai assez d'écouter toujours ce que les autres ont à dire ! J'aurais préféré que tu ne reviennes jamais ! Et dire que j'ai perdu mon temps à t'attendre et à espérer... Je pensais que nous aurions une chance quand tu reviendrais... Que tu me laisserais une chance et que tu avais changé…
La voix de Sakura était partagée entre la colère et la peine, comme si elle ne savait quelle direction prendre. Sasuke, lui, ne sembla pas fléchir. Il resta stoïque et nonchalant, son regard indifférent posé sur elle, qui perdait toute dignité et amour propre face à lui. Il lui fallait mettre un point final à cette discussion qui s'éternisait un peu trop à son goût.
- Je ne t'ai rien promis. Jamais. Tu ne m'intéresses pas et ça n'a jamais été le cas. Je n'ai pas à m'en excuser, tonna Sasuke en lui présentant son dos.
Le coup de poignard qu'il lui porta à l'instant l'acheva. Elle inspira profondément et d'épouvante, elle mit une paume devant ses lèvres entrouvertes pour s'empêcher de crier. Sakura sentit ses appuis la lâcher d'un coup d'un seul et tomba lourdement genoux et mains au sol, accablée par les mots qui sortaient de la bouche de son amour d'enfance, du seul homme qu'elle ait jamais aimé.
Les couleurs du feu d'artifice de Konoha illuminaient le ciel en cette soirée d'Hanami. Le bruit assourdissant des pétards résonnaient tout autour d'eux ainsi que les hurlements heureux, mais lointains, des enfants s'extasiant devant un tel spectacle. Mais c'est un autre cri qui captivait Sakura, le cri de son cœur démoli en un claquement de doigt, rongé par l'incompréhension et le chagrin. Les battements se firent murmures, il semblait s'éteindre au fur à mesure que les secondes défilaient, jusqu'à l'arrêt total :
- Tu as toujours été lourde, tu l'es une fois de plus ce soir en pleurnichant. Je voulais juste que tout soit clair entre nous. Bonne nuit Sakura.
La cruauté dont il faisait preuve n'avait d'égale que son ignorance sur les sentiments humains d'amour, de compassion et de don de soi. Ou pas. Sasuke partit précipitamment, sans se retourner, laissant Sakura seule, à terre et détruite.
Perdue. Anéantie.
En proie à une folie passagère, Sakura roula sur le sol humide de rosée. Le torrent de larmes qu'elle déversait et qui inondait son visage lui troublait la vue. Sa tête la faisait souffrir, son cerveau allait exploser. Elle posa les deux mains de chaque côté de son crâne pour tenter de calmer la douleur, mais rien n'y faisait. Cela ne partirait pas.
Recroquevillée et à terre, elle était sans défense et seule. La vie lui avait joué un mauvais tour. Elle ne s'en remettrait pas. Elle lui avait tant de fois ouvert son cœur et il l'avait rejeté, à chaque fois. Piétiné. Comme si elle n'était rien, qu'elle ne comptait pas. Elle ne savait plus. C'était injuste.
Enfin, elle n'avait plus de larmes, tout était sorti. Sakura prit appui sur ses mains et releva son buste péniblement. Elle resta assise, il était bien trop tôt pour se mettre debout, ses jambes tremblaient encore, trop faibles. Elle passa négligemment sa manche sur ses paupières douloureuses.
La partie était terminée, il fallait définitivement passer à autre chose. Elle ne savait pas encore si elle en serait capable. Tout était encore si confus dans sa tête, le choc était trop violent à encaisser.
Par n'importe quel moyen, elle devait effacer ses sentiments. Mais alors que le coin de ses yeux s'humidifia de nouveau, comme approvisionné par l'humidité de l'air ambiant, et qu'une douleur lancinante s'empara de son corps tout entier, elle pensa que ce qu'on appelle « le véritable amour », réciproque, celui qui vous transporte et vous fait tout oublier, n'existe peut-être pas. Ou plutôt qu'elle n'y aurait jamais droit.
Il avait tout balayé en quelques mots. Ses espoirs, sa joie de vivre, leur amitié, tout. Il ne restait que des miettes, des poussières qu'elle s'empresserait de faire disparaître définitivement lorsqu'elle se relèverait. Elle lui en voulait, c'était plus fort qu'elle. Il l'avait trahie, humiliée, rabaissée, c'en était trop. Sakura serra les poings. Il allait payer pour tout ce qu'il lui avait fait subir. Injuste ou pas, elle lui ferait du mal à lui aussi.
La note allait être aussi salée et brûlante que les larmes qui ne quittaient plus son visage déformé par la douleur et le chagrin. Elle se le promit. Elle s'y tiendrait. Il était temps.
S'étant suffisamment éloigné, Sasuke s'arrêta et souffla un instant en examinant les alentours.
Personne. Parfait. Ça n'avait pas été de tout repos... même un sale moment à passer. Mais c'était fait et c'était bien l'essentiel. Il n'aurait pas tenu beaucoup plus longtemps de toute façon.
« J'espère qu'elle a compris !».
Il fit quelques mudras rapides et plaça ses mains jointes devant son torse.
- Kai !
Un nuage de fumée l'encercla alors et se dissipa rapidement. La longue crinière de Yume remplaça les cheveux courts de celui dont elle avait pris l'apparence pour cette petite mascarade.
Ça ne lui avait pas fait plaisir de voir cette fille s'effondrer sous ses yeux, mais après tout c'était pour son bien. Sasuke s'était emporté contre elle lorsqu'elle lui avait demandé de faire le nécessaire. Il avait peur de sa réaction sûrement ou ne voulait pas s'encombrer de ça, les pleurnicheries et les sentiments, c'étaient pour les bonnes femmes, très peu pour lui. Il avait cependant fait semblant d'accepter son marché mais elle n'était pas dupe, il ne ferait rien, elle en avait la certitude. Elle avait alors pris les devants, comme toujours. Elle espérait qu'il n'aurait pas vent de sa petite tromperie, faute de quoi elle passerait un sale quart d'heure. Ma foi tant pis. L'important, c'était que cette médic-nin ne soit plus un obstacle. Et vu l'état dans lequel elle l'avait laissée, elle ne se faisait plus trop de soucis à ce sujet.
Il lui fallait à présent rejoindre rapidement Sasuke, avant qu'il ne s'interroge sur son absence prolongée ou qu'il ne s'aperçoive qu'elle avait quitté le stand de tir depuis un bon moment déjà. Elle remit en place sa crinière, ses vêtements et quitta le sous-bois en toute hâte, sans se rendre compte que quelques branches au dessus d'elle, quelqu'un l'observait attentivement.
- « Mmmhh… je me doutais bien que ça ne pouvait pas être Sasuke... »
Caché dans un arbre, se tenait Kakashi, qui n'avait rien raté de la scène. Il avait vu Sasuke et Sakura partir ensemble à la dérobée avant le feu d'artifice et avait décidé de les suivre. Il se doutait bien que quelque chose clochait, il l'avait senti, question d'instinct. C'était louche. Trop louche. C'est vrai qu'il y avait aussi un soupçon de curiosité derrière tout ça mais sans se lancer trop de fleurs, il ne s'était pas trompé!
Yume devait avoir ses raisons pour agir ainsi. Il les connaissait ces raisons et pouvait même les comprendre, en partie. Elle n'avait certainement rien voulu laisser au hasard et abattre définitivement cette rivale potentielle. Ce procédé vicieux l'étonna quand même, décidément Sasuke savait s'entourer.
Il s'était posté un peu en retrait pendant leur discussion, au cas où, mais la réaction de Sakura ne laissait pas trop de doute sur les propos qu'elle lui avait tenu. Les femmes de sa trempe n'ont aucun scrupule lorsqu'il s'agit de protéger ce qui leur est cher. Et Sasuke l'était pour elle, cela ne faisait aucun doute. Elle ne l'avait pas suivi jusque Konoha uniquement pour ça, mais l'amour nous fait faire parfois bien des choses stupides. L'amour ! Réciproque ? Peut-être… sûrement même. Peu importe. Ça n'était pas ses affaires.
Il ne comptait pas s'en mêler. Ça ne le concernait pas, enfin pas vraiment et à coups sûrs cela lui vaudrait des soucis supplémentaires, clairement, des emmerdes. Les histoires de cœur de ses anciens élèves, très peu pour lui ! Il avait déjà bien assez à faire avec les siennes au passage… Sans compter qu'il avait déjà subi les nombreux déboires de cette équipe pendant des années, maintenant qu'il n'avait plus à les surveiller H24, il n'allait pas fourrer son nez là dedans.
Seulement voilà, tout ceci ne l'arrangeait pas, mais alors pas du tout. Déjà que l'unité de « l'équipe sept » avait subi de sérieux coups de bambous ces dernières années, là c'était limite le coup de grâce. Comment Sakura allait pouvoir gérer cela ? En était-elle capable ? C'était en elle qu'il avait placé tous ses espoirs pour la cohésion, le travail d'équipe et la bonne entente! Elle faisait parfaitement « tampon » entre les deux énergumènes qui passaient leur temps à se chamailler ou à éprouver leur force mutuelle. Maintenant, c'était clair qu'il allait devoir se rabattre sur quelqu'un d'autre pour ces tâches. Pauvre Sakura. Dire qu'il voulait leur annoncer demain la réunification de leur équipe… ça s'annonçait joyeux tiens…
Avant cela, la première chose à faire était de consoler Sakura. Kakashi se dirigea vers le lieu où devait encore se trouver son ancienne élève, elle n'avait quasiment pas bouger. Il avait vu juste et ses yeux gonflés confirmaient son état, elle était anéantie.
- Sakura…
Aucune réaction. Pas même un battement de cils. Il s'approcha d'elle lentement et s'accroupit près de son élève.
-Sakura ?
La jeune fille tourna difficilement la tête vers lui, presque mécaniquement et le fixa. La lividité de son visage aurait fait flipper n'importe qui, mais pas lui. Il la connaissait bien. Il l'avait vu grandir au fil des ans et devenir une femme forte, décisionnaire et pleine d'assurance. Le retour de l'Uchiha avait, semble-t-il, tout envoyé valser. Elle était là, à le regarder, vide de tout, les yeux rougis, sans aucune once de vie, le visage encore trempé de larmes par endroits.
- Viens, je te ramène chez toi. Relève-toi Sakura, relève-toi...
Il empoigna sa main glaciale et la souleva de terre, tentant de lui transmettre sa force par ce toucher amical, il imaginait bien la souffrance que cette « fausse » confrontation avait occasionné sur son ancienne élève, mais que pouvait-il y faire ? Rien. Personne ne le pouvait. Et encore, elle ne savait pas tout. Lui non plus d'ailleurs entre parenthèse. Bref, elle devait être forte et enfin l'oublier, pour son bien. Elle méritait autre chose, quelque chose de mieux.
Elle le fixait toujours, silencieuse, sans bouger. Elle n'y arrivait pas. Tout son corps se liguait contre sa volonté. Il lui souriait. Un minuscule sourire en coin qu'elle devina par delà son masque. Pourquoi souriait-il ? Était-ce risible à ce point de la voir dans cet état? Ou bien étaient-ce les espoirs qu'elle avait entretenus toutes ces années qui l'étaient ? Toutes les actions qu'elle avait entreprises pour voler au secours de son coéquipier par le passé ? Cet amour insensé qu'elle éprouvait pour lui alors qu'il n'avait eu de cesse de la repousser encore et encore aux yeux de tous ? Était-ce pour tout cela qu'il lui souriait presque bêtement en la regardant ?
Il devait bien se moquer d'elle intérieurement, comme tous les autres. « Elle s'est encore pris le mur Uchiha en pleine face ! » devait-il penser. Pourquoi était-il là de toute manière ? Pourquoi venir ? Sakura ressentit une nouvelle émotion pointer le bout de son nez. Elle n'allait pas pouvoir passer outre et la repousser. Il fallait que ça sorte, une bonne fois pour toute.
- Qu'est-ce que vous foutez là ? hurla-t-elle en repoussant violemment l'Hokage.
- Calme toi s'il te plaît, j'ai vu ce qui s'est passé.
- Ah oui, et ça vous a plu ? Le spectacle était à votre goût j'espère !
- Sakura… Ce n'est pas ce que tu crois, calme-toi !
- Mais JE suis calme Kakashi-sensei, très calme même au vu de ce que je viens de me prendre en pleine figure ! Je vous remercie pour vos conseils, mais vous pouvez vous les foutre au cul, je n'en ai pas besoin.
- Je comprend ta réaction mais il faut que tu saches que…
- LAISSEZ-MOI ! rugit-elle en se tenant la tête.
Son hurlement avait résonné si fort qu'il statufia Kakashi sur place. Elle avait disparu. Disparue la jeune femme douce qu'il avait connu, un tantinet fragile mais agréable, souriante et joyeuse. Ce n'était plus qu'un cri, un cri de douleur, un cœur arraché, une voix hystérique et des sanglots perçants. Elle bougeait frénétiquement, ne pouvant retenir des gestes de rage qui sifflaient dans les airs et des jurons à l'encontre de celui qui l'avait mise dans tous ses états.
- « Je n'ai pas su rester forte, j'ai échoué, encore... » répétait-elle inlassablement pour elle-même.
Kakashi était lui aussi perdu. Que devait-il faire ? Elle lui paraissait tellement loin qu'il pensa que rien ni personne n'arriverait à lui faire entendre raison. A la sortir de sa tourmente. Elle n'était pas en état, dans une espèce de transe malsaine qui vous bousille le corps et l'esprit, qui vous ronge de l'intérieur et vous laisse pour ainsi dire… mort.
Comment l'approcher ? Il allait devoir faire preuve de patience. Il la surveillerait en attendant qu'elle se calme, veillant à ce qu'elle ne se blesse pas davantage et ensuite, il la ramènerait chez elle.
Shikamaru avait esquivé le rendez-vous « feu d'artifice » avec brio. Il était resté un peu histoire de faire acte de présence, mais avait trouvé un prétexte pour s'enfuir peu après, il n'avait eu aucune envie de se coltiner cette bande de braillards avinés toute la soirée, surtout après la journée qu'il avait passée. Là, allongé au pied de cet arbre centenaire, il le contemplait seul, au calme, en paix, sans les beuglements de sa coéquipière qui se serait plaint une fois de plus qu'il ne l'écoutait pas. « Comme d'habitude » aurait-elle rajouté avec un petit pincement aux lèvres, signe de son agacement. Il faut dire qu'elle débitait tellement de trucs à la minute qu'il lui fallait sans cesse trier ce qui était intéressant du reste, autant dire qu'il avait la flemme ce soir. Comme d'habitude, Ino n'avait pas totalement tort. Décidément, il passait trop de temps avec elle.
Pour couronner le tout, la conversation de la blonde était depuis quelques jours soit centrée sur son spectacle de gosses, soit sur Sasuke et son retour inopiné en ville avec une nana. Une certaine Yume. Il ne l'avait pas encore croisé depuis qu'il était revenu à Konoha. Peu importe. De l'un comme de l'autre, il n'en avait strictement rien à foutre. Pour le moment de toute façon, la seule chose qui, lui, l'intéressait, c'était d'être pénard. Point.
Bon… En y réfléchissant, c'est vrai qu'il avait quand même trouvé ça bizarre cette histoire avec Sasuke. Pourquoi est-ce qu'il s'était encombré d'une nénette ? Ça ne lui ressemblait pas trop à vrai dire. Ce mec n'avait toujours vécu que pour lui-même, égoïste dans toutes ses décisions, incapable de réfléchir posément, son départ du village et ses changements de bords intempestifs durant sa désertion en étaient les preuves indiscutables, jusqu'au jour où il avait par on ne sait quel miracle changé d'avis sur Konoha. Tant mieux pour eux en même temps, si il n'avait pas été là il y a trois ans, dieu seul sait d'où il admirerait le ciel en ce moment-même… Il y serait sans doute déjà ! Enfin, si l'Uchiha aimait se compliquer la vie avec une femme, pourquoi pas, c'était son problème, pas le sien. Le sien. Aherm.
Lui aussi avait un « problème » en fait. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas revu Temari. Il ne savait même plus depuis combien de temps exactement d'ailleurs. Leur dernière rencontre commençait à dater.
Il l'avait (« enfin » dirait Ino) invité à sortir et elle avait accepté. Ils avaient trouvé le moyen de s'engueuler au restaurant devant tout le monde. En fait, ELLE s'était emportée toute seule, comme une grande, à table. Lui s'était contenté de répondre en essayant de calmer la No Sabaku. C'était plus ça la vérité. La honte. Pour une connerie en plus, une histoire de dangos qu'il avait mangé sous son nez alors que c'était ceux qu'elle voulait par dessus tout, bref, un truc con. Tous les yeux s'étaient alors tournés vers eux, assassins, Shikamaru s'était empressé d'empoigner le bras de sa partenaire et de sortir en lui enfournant au passage plusieurs dangos dans la bouche pour qu'elle se taise.
Une fois dehors, cachés dans une ruelle jouxtant ledit restaurant, il la relâcha en la maintenant contre un mur. Temari, la bouche pleine et les yeux exorbités n'avait pas moufté. Une petite goutte de sueur perla le long de la tempe de Shikamaru qui craignait à présent sa réaction.
Elle se mit tout bonnement à mâcher. Lentement, puis frénétiquement ce qu'elle avait en bouche, tout en le regardant avec des yeux ronds comme des ballons. Il avait haussé les sourcils, circonspect. Les femmes étaient étranges parfois, vraiment étranges. Celle-là était un spécimen rare de surcroît. Sa petite moue le fit sourire, elle était quand même mignonne l'ambassadrice de Suna quand elle se taisait. Diablement mignonne.
Temari continuait de mâcher sans relâche. C'est qu'il n'y était pas allé de main morte, elle en aurait au moins pour cinq minutes à tout engloutir. Il l'avait regardé en souriant, elle devait vraiment avoir l'air d'une idiote comme ça. Qu'est-ce qu'il foutait encore ? Pourquoi se mettait-il en tailleur par terre, mains tendues et jointes (position qu'il avait déjà pris devant elle quand ils étaient gosses lors de leur affrontement) et les yeux fermés ? Il se sentait peut-être mal. Temari se hâta d'avaler ce qui l'empêchait de parler et posa ses fesses à terre elle aussi, en face de lui.
- Shikamaru ?
Pas de réponse. Elle y était sans doute allée un peu fort, il devait bouder. Elle rapprocha innocemment sa tête de celle du Nara, pour l'observer de plus près, si ça se trouve il piquait un roupillon en attendant qu'elle finisse de manger.
- Shikamaru, tu dors ?
Son nez frôla le visage du stratège lui arrachant un frisson contenu.
- Non, répondit-il cette fois, calmement en ouvrant les paupières. J'voulais juste voir si t'allais te mettre à genoux par terre pour moi.
Temari se recula subitement, lèvres pincées, les yeux grands ouverts. Offusquée, elle porta sa main à sa poitrine et le fusilla du regard. Quel prétentieux…
- Et ? demanda Temari d'un air faussement outrée.
- Tu l'as fait.
-… Et qu'est-ce que tu en déduis ?
- Rien.
- Comment ça, rien ? A quoi t'as servi ton stupide « test » alors ?
Temari était troublée. Déjà, lui la troublait, depuis un moment d'ailleurs. Mais elle n'avait rien laisser paraître, plutôt crever. Même lorsqu'il avait osé l'inviter à sortir, elle avait accepté, mais de façon détournée. Qu'il n'aille pas se faire de fausses idées celui-là. Pourquoi est-ce qu'il la fixait ainsi ? Po… pourquoi est-ce qu'il se mettait à quatre pattes et qu'il avançait vers elle ? Qu'il était maintenant allongé sur elle ? Qu'il l'embrassait ?
Pour l'embrasser. Voilà pourquoi il l'avait fait. C'est comme ça que ça avait commencé entre eux. Elle n'avait pas bronché pour une fois. Au moins maintenant, il savait comment la faire taire lorsqu'elle s'excitait. Un bon point pour lui.
Shikamaru bâilla à gorge déployée. L'humidité de l'air rafraîchissait son corps engourdi de fatigue, plus de lassitude en fait. Il s'ennuyait ferme. Le feu d'artifice venait de se terminer. Peut-être qu'il allait rentrer chez lui, ou peut-être pas. Il hésita.
Des bruits de pas provenant du bosquet d'en face l'interpellèrent. Quelqu'un se rapprochait d'un pas vif. Une silhouette féminine à la longue chevelure sombre en sortit. Dos à lui, elle époussetait ses vêtements en vociférant quelques jurons. Sur le qui-vive, Shikamaru se releva. C'était qui celle-là ? Il ne distinguait pas bien son visage à cause de la pénombre. Aussi décida-t-il d'aller à sa rencontre.
De sa démarche nonchalante, mains dans les poches, il fit quelques pas vers elle et engagea la conversation.
- Qui es-tu ? Je ne t'ai jamais vu dans les parages, l'apostropha le shinobi.
Un tressaillement agita son corps. Il lui avait fait peur. Elle ne se montra pas pour autant.
- Je t'ai fait peur ? Pardon, mais on ne se connaît pas visiblement et…
- Si, on se connaît, dit-elle d'une voix faible.
Shikamaru était intrigué. La jeune fille lui fit lentement face et ses traits s'illuminèrent à la clarté de la lune. Il l'inspecta soigneusement, faisant appel à ses souvenirs. Non, rien ne lui venait. Ces yeux. Ils lui disaient vaguement quelque chose, mais… ça ne pouvait pas être elle. L'expression perdue qu'il devait lui renvoyer fit sourire la jeune fille. Elle fit un pas vers lui et prit sa main qu'elle serra faiblement.
- Rappelle-toi, Shikamaru. Tu ne m'as pas oublié. Je le sais.
Ses neurones se connectèrent à toute vitesse. Ce regard, ce toucher caractéristique… Il se figea. Tout lui revint en mémoire brusquement lui arrachant un éclat sonore d'étonnement. Un visage d'outre-tombe, une vision fantomatique. Ce n'était pas possible, elle était censée être morte, assassinée, comment…
- C'est toi… tu as survécu ? bredouilla-t-il stupéfait.
- Oui.
- Mais comment… Tu es la « Yume » que Sasuke a ramené avec lui ?
La brunette lui fit un sourire en coin, manifestement amusée par l'effroi qu'elle avait suscité quelques minutes auparavant.
- Qui d'autre ? Nous parlerons plus tard veux-tu ? Je suis fatiguée et Sasuke doit se demander où je suis passée. Je suis contente de t'avoir revu. Tu as changé. Bonne nuit Shikamaru.
Yume lâcha la main de son vis-à-vis et partit. Quelle étrange journée, il ne réussirait pas à trouver le sommeil cette nuit. Pas avec ce qui venait de se passer, c'était certain. Il la regarda s'éloigner et resta seul quelques instants afin de reprendre ses esprits.
Il se dirigea ensuite vers la clairière où son équipe et quelques autres s'étaient réunis pour admirer le spectacle à présent terminé. Ils pouvaient les voir de loin en train de fêter dignement l'arrivée des premiers bourgeons du printemps. Il prit place à côté d'une Ino bien agitée riant à gorge déployée, qui empestait l'alcool. Elle n'était pas la seule d'ailleurs. La blonde se tourna vers lui, bouteille à la main, le teint rougi et les yeux hagards.
- Ça va Shikamaru ? C'est quoi cette tronche ? On dirait que t'as vu un fantôme… tenta d'articuler la kunoichi.
- C'est le cas, dit-il en lui tendant un verre vide qu'il avait ramassé. Sers-moi quelque chose s'il te plaît, quelque chose de fort Ino.
La Yamakana ouvrit de grands yeux, ahurie par les paroles inhabituelles de son coéquipier et reprit sur un ton un peu plus sérieux.
- Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne bois jamais d'habitude ? T'es sûr que ça va ?
- Bwa, on fête Hanami non ? Et ce soir, j'me mets la tête, j'oublie tout. Te fais pas prier, verse. Allez, santé tout le monde !
Shikamaru leva son verre et d'autres vinrent le faire tinter. Cul sec ! Les ninjas burent tous d'un trait le liquide brûlant, des rires gras et insouciants commencèrent à se faire entendre au deuxième levé de coude. Ce n'est qu'au bout du sixième godet qu'il commença à se sentir bien, qu'il mit de côté ses craintes et ses interrogations quant à ce qu'il avait appris ce soir. Elle, vivante, jamais il n'aurait cru ça possible.
A l'écart du groupe, Hinata était pensive et se serra contre Naruto. Ils observaient tous deux les étoiles scintillantes et le ciel clair que leur offrait cette belle soirée de printemps. Le blond enlaça sa femme et lui embrassa le dessus du crâne.
- Qu'est-ce que tu as Hinata ? Tu as l'air inquiète, questionna l'Uzumaki.
- Je me demande où est passée Sakura. Elle était censée nous suivre tout à l'heure mais on ne l'a pas revu.
- Ne t'en fais pas, elle a dû rentrer voilà tout ! Elle est un peu morose ces temps-ci, il ne faut pas lui en vouloir.
- Hum… Et au fait, pourquoi Sasuke-kun n'est pas venu nous rejoindre avec toi ?
- Rhaa… Tu sais, il n'avait pas vraiment envie de s'imposer, tu le connais… Il a préféré rentrer chez lui. Et puis je crois qu'il est un peu mal à l'aise avec toute cette histoire, ça lui passera.
- Espérons-le… Je m'inquiète pour Sakura. J'irai lui parler, j'ai de la peine pour elle.
Naruto observa sa femme avec la plus grande attention. Vraiment il ne s'était pas trompé. Non contente de s'occuper de lui, elle s'occupait aussi du bonheur des autres. Un ange, une femme remarquable. Il prit son visage en coupe et l'embrassa tendrement en lui promettant qu'il irait lui aussi s'enquérir de son état dès demain à la première heure. Mais pas maintenant. Parce que ce moment de sérénité et de bonheur n'appartenait qu'à eux et qu'il avait envie d'être égoïste pour une fois.
A n'en pas douter, on lui reprocherait tôt ou tard.
Cette journée, tout autant que la soirée, avait été riche en émotions pour les habitants du village caché de Konoha. Tous s'en rappelleraient certainement encore l'année prochaine. Certains pour de bonnes raisons, d'autres moins. Sakura avait vu tous ses espoirs s'envoler et son cœur fut brisé en mille morceaux Shikamaru revit une personne qu'il croyait disparue à jamais Kakashi découvrit une nouvelle facette de la personnalité de son ancienne élève qui lui faisait craindre le pire pour la suite des événements Tenten trouva une nouvelle amie en la personne de Yume avec qui elle avait passé un agréable moment malgré leurs forts caractères Kiba et Ino avaient bu plus que de raison et ri jusqu'à tard dans la nuit Saï apprit quant à lui, que l'amour c'est aussi supporter son conjoint à chaque instant y compris ceux où il est à terre en train de vomir et Yume rentra triomphante chez elle en prétextant une victoire obtenue dans la douleur à son conjoint agréablement surpris de la voir de si bonne humeur.
Tous auraient quelque chose à raconter sur l'Hanami de cette année. Tous.
Même l'imposteur tapi dans l'ombre parmi la foule indifférente aurait quelque chose à dire. Il lui fallait à présent rejoindre leur repère pour partager cette information capitale qu'il était venu chercher ici. Ils ne tarderaient pas à mettre leur plan à exécution, ce n'était plus qu'une question de temps. C'était donc ici qu'elle se cachait. La femme aux dons.
La dernière née.
