Le soir, tandis que Sherlock et John se rendaient dans les bureaux de Magnussen, Enaya décida de rester à l'appartement. Elle avait aidé le détective à choisir la bague de fiançailles qu'il offrirait à Jeanine. Elle savait pertinemment que Sherlock ne percevait pas la jeune femme autrement que comme un outil pour atteindre Magnussen, mais ça ne lui posait aucun problème. Au contraire, elle avait décidé de devenir l'amie de la jeune femme, afin de pouvoir guider Sherlock dans les bons choix à faire avec elle. Après le shopping en compagnie du détective, elle était donc rentrée à l'appartement, et avait nettoyé minutieusement la salle de bain. Lorsqu'elle eut terminé, elle s'installa confortablement dans son cocon, qu'elle laissa ouvert, et entama la lecture d'un livre. Elle fut cependant rapidement interrompue par Mary Watson, qui entra en trombe dans l'appartement. Elle semblait contrariée et essoufflée.
- quelqu'un a tiré sur Sherlock, dit-elle.
- C'est grave ?
- Une blessure à l'abdomen. Je me rends à l'hôpital. Venez !
- Comment le savez vous ?
- John m'a appelée.
Enaya eut un sourire.
- menteuse, dit-elle.
- Je vous demande pardon ?
- Je sais ce que vous êtes, Mary Elizabeth Watson.
La dite Mary pâlit d'un coup.
- je ne dirais rien à John, continua Enaya. Ce ne sont pas mes affaires. En revanche, je suis très attachée à Sherlock. Alors ne vous avisez plus jamais de lui faire du mal.
- Je ne voulais pas que ça arrive.
- Vous l'avez mis dans une position très délicate. Il tient beaucoup à John. Il va devoir déterminer si vous êtes une menace pour votre mari.
- Je sais. Allez-vous venir ou non ?
Enaya descendit de son cocon, enfila une veste à la va vite, et sortit de l'appartement. Mary lui emboîta le pas, et elles se rendirent toutes deux à l'hôpital, où elles retrouvèrent John. Mary partit rendre une visite au détective, tandis qu'Enaya proposait poliment d'offrir un café à John, ce que le médecin accepta de bon cœur. Lorsqu'elle redescendit, Mary leur annonça que le détective était toujours plus ou moins inconscient. Enaya décida donc de monter le voir, et d'attendre son réveil. Trop peu à l'aise dans la veste qu'elle avait enfilée à la va vite par dessus son débardeur, elle s'en débarrassa. Puis s'assit sur le lit à côté du détective, et lui prit la main. Celui-ci ouvrit bientôt les yeux.
- bonjour, fit-il.
- Bon retour, répondit-elle.
- Tu sais ? Demanda-t-il.
Elle comprit qu'il parlait de Mary.
- évidemment.
- Alors tu sais ce que je vais faire.
- Bien sûr. Mais reste ici au moins quelques temps. Et laisse-moi venir avec toi.
Pourquoi ?
- Comme ça nous serons quittes, dit la jeune femme en haussant les épaules. Je te laisse risquer ta vie, comme tu m'as laissé risqué la mienne, tout en m'assurant que tu n'iras pas trop loin, comme tu l'as fait pour moi.
Il posa les yeux sur la cicatrice qu'elle avait en haut du bras, près de l'épaule droite, et la caressa du bout des doigts.
- tu ne pouvais pas t'en débarrasser ? Demanda-t-il.
- Je n'en avais pas envie. Celles que je garde représentent les moments important.
- Que représente celle là ?
- C'est la preuve que je t'ai rencontré.
- Tu as douté ?
- Jamais.
Il la détailla du regard, et son attention fut attirée par une autre cicatrice, qui dépassait de sous le débardeur. Là encore, il la toucha du bout du doigt, et elle tressaillit au contact de sa main froide. Elle savait cependant qu'il n'y avait rien de déplacé dans ce geste.
- et celle-ci, c'est pour quoi ? Tu ne l'avais pas, la dernière fois.
- Ça c'est quand j'ai perdu Ilian la première fois. Un coup de poignard quand j'étais enceinte de lui.
La porte de la chambre s'ouvrit à ce moment sur Jeanine. Elle marqua un temps d'arrêt en les regardant tour à tour.
- je vois, finit-elle par dire. Apparemment je n'ai aucune chance.
- Il n'y a rien de la sorte entre Sherlock et moi, Jeanine, dit Enaya.
- C'est très certainement pour ça qu'il a la main sous ton T-shirt.
- Allons Jeanine, ne soit pas idiote, réagit froidement le détective. Mia est comme une sœur pour moi. Nous comparions nos cicatrices.
- Je venais t'annoncer que je te quitte. Et aussi que je vais m'acheter un cottage.
- Vraiment ?
- Oui. Je vais vendre notre histoire d'amour à la presse. Une certaine miss Riley m'a déjà proposé un prix intéressant. J'ai déjà le titre de l'article : « sous la couette avec le détective » !
Enaya eut un rire.
- toi, bien sûr, tu savais, n'est-ce pas ?
- Bien sûr. Mais j'ai été contente d'être ton amie.
- Et tu n'as rien fait pour l'empêcher. Ou le convaincre de me dire la vérité. Ça ne m'aurait pas posé de problème, tu sais ?
Sherlock haussa les épaules.
- je n'avais pas envie de te faire du mal...
et moi, je n'ai pas le droit de le juger, ou de le faire changer d'avis, fit Enaya avec le plus grand sérieux. Je lui suis redevable, je l'aide dans les décisions qu'il prend.
Jeanine poussa un soupir.
- je suppose que c'est comme ça... enfin. Au moins une fois, ça aurait été bien, dit-elle à l'adresse de Sherlock.
Celui-ci mit un certain temps pour comprendre.
- oh, ça ! Finit-il par dire. Je me préservais pour la nuit de noce.
Jeanine eut un rire sans joie.
- au revoir, Sherlock Holmes.
Et elle s'en alla. Sherlock la regarda partir, puis tourna son regard vers Enaya. La jeune femme comprit, lui sourit, et sortit.
