Le lendemain, lorsque Gregory Lestrade voulut rendre visite à Sherlock, celui-ci s'était enfui de l'hôpital. Un véritable branle-bas de combat fut déclenché pour retrouver le détective et le ramener à la raison et à l'hôpital. Mary et John questionnèrent plusieurs personnes pour tenter de le retrouver, tout comme le fit Enaya pour cacher qu'elle connaissait déjà la réponse. Le soir, ils se retrouvaient à l'appartement de Baker Street pour faire le point. Ce fut un de ces soirs que l'un des deux ordinateurs restant émit un bip. Enaya se précipita vers l'appareil.
- hé, qu'est-ce que vous faites ? S'écria John. Vous n'allez pas faire ça maintenant !
- C'est une alarme pour un homme qui accepté de tuer mon fils contre de l'argent. Vous croyez vraiment que je vais laisser filer une occasion de l'attraper avant qu'il ne passe à l'acte ?
Et elle appuya sur une touche du clavier. Cette fois, contrairement aux fois précédentes, le tueur potentiel se matérialisa en plein milieu du salon. Il était apparemment ivre, et hilare.
- Mary, pourriez-vous aller chercher les menottes de Sherlock dans sa chambre, s'il vous plaît ? Dit Enaya. Le grand modèle, au dessus de l'armoire.
Mary ne posa pas de question, et s'exécuta. Pendant ce temps, Enaya approchait la chaise la plus inconfortable qu'elle puisse trouver. Aidée de John, elle releva l'homme, et l'assit sur la chaise. Lorsque Mary revint, elle lui passa les menottes afin qu'il ne puisse plus bouger. Enaya s'approcha de lui.
- je suis Enaya, dit-elle. Et toi tu as été engagé pour tuer mon fils. Je suis là pour m'assurer que ça n'arrive pas.
L'homme la regarda un moment, puis éclata d'un nouveau rire, victorieux.
- Enaya ! Enaya ! Enfin je vous ai ! Je suis celui qui vous a eue ! Je suis celui qui vous a eue !
Il fut secoué d'un tel rire qu'en bougeant sur sa chaise, il fit tomber de sa poche un téléphone portable, que Mary ramassa. Elle parcourut les fichiers récents du téléphone, et s'arrêta sur une série de photos qui s'étendaient sur un peu plus d'un mois.
- je crois qu'on a un problème, dit-elle à Enaya. À mon avis, il n'était pas préoccupé par votre fils.
En réponse à son regard interrogateur, elle lui donna le téléphone. Les photos montraient un homme dont l'une des chevilles semblaient être attachée par une chaîne. De photos en photos, la condition physique du prisonnier semblait se détériorer, et une profonde détresse émanait de lui. L'une des images était même une vidéo, dans laquelle l'homme, recroquevillé par terre, suppliait que quiconque vienne le secourir. La jeune femme crut reconnaître la victime, et pour avoir confirmation, parcourut la liste des contacts. Plusieurs messages avaient été envoyés, datant d'après la première photo, et était écrite comme si c'était le prisonnier qui les avait envoyés lui-même. Enaya revint sur la dernière photo, et la montra à John.
- Oh, seigneur ! Fit celui-ci.
- votre diagnostique, docteur ? Demanda-t-elle.
John prit le temps de regarder l'image avant de répondre.
- Il a de nombreuses blessures, notamment au visage et à la tête. Multiples fractures. C'est difficile à dire vu qu'il est roulé en boule. Il a l'air d'avoir été sous-alimenté. Il a perdu beaucoup de poids en très peu de temps. Il semble aussi déshydraté. Je ne sais même pas s'il est encore vivant à l'heure actuelle.
Enaya montra la photo à l'homme attaché sur la chaise.
- est-il encore vivant ? Demanda-t-elle.
L'homme se contenta de rire.
- est-il encore en vie ? Répéta-t-elle.
Encore une fois, pas de réponse. Lorsqu'elle répéta la question une troisième fois, John Watson commença à perdre patience. Il s'adressa à l'homme.
- écoutez, je suis très inquiet. Mon meilleur ami a disparu, et cette jeune femme ne m'aidera pas à le retrouver tant que vous n'aurez pas répondu à ses questions. Alors voilà ce qu'on va faire, hein ? Je vais vous poser les questions, et vous, vous allez répondre. Et si vous ne vous décidez pas à répondre aux questions, on va faire une petite leçon d'anatomie sur le squelette humain. Ça vous va ? Bon.
Il sortit quelques instants de la pièce, et revint avec un marteau de bricolage.
- alors. Réglons tout de suite la question. Qui est l'homme sur ces photos ?
Ce fut Enaya qui répondit.
- il s'appelle Tom. Le portable est à lui.
- Vous le connaissez ?
- De nom. Et de visage.
John se reconcentra sur l'homme assis sur la chaise.
- alors, dites moi. Est-ce que Tom est vivant à l'heure actuelle ?
L'homme eut un éclat de rire, et ne répondit pas.
- bien. Enaya, à votre avis, l'arrête du nez est-elle constituée d'un os ?
- Je dirais que oui.
- Voyons ça.
Le docteur Watson serra le poing, et frappa un grand coup sur le nez de l'homme, qui se brisa.
- raté. Cartilage. Je répète la question. Est-ce que Tom est vivant à l'heure qu'il est ?
L'homme, le sang ruisselant sur son visage, rit à nouveau, mais répondit :
- pour l'instant. Mais pas pour longtemps.
- Bien. On commence à aller quelque part. Maintenant, vous allez nous dire où il est.
- Non !
John poussa un profond soupir, puis vint approcher la table de la cuisine de la chaise. Il prit ensuite la clé des menottes, et détacha la main gauche de son prisonnier.
- Mary, chérie, tu devrais peut-être regarder ailleurs.
Il posa la main du prisonnier sur la table.
- Enaya, voudriez-vous s'il-vous plaît maintenir la main du patient afin de vous assurer qu'il ne bouge pas ?
- Avec plaisir.
- Merci. Bien. Anatomie de la main. Comment s'appelle la partie qui forme la base du doigt ? Pas de réponse ? Hein ? Et vous ne voulez toujours pas répondre à ma question ?
Il abattit violemment le marteau sur la main de l'homme, qui poussa un hurlement, avant de se remettre à rire.
- la réponse était la phalange proximale. Nouvelle question. Celle-ci est pour toi, chérie. À ton avis quel est la partie de la jambe qui nous permet de marcher ?
- La rotule.
- Excellente réponse, Mary ! Maintenant, regarde ailleurs, s'il-te-plaît. Je vais laisser trois seconde au monsieur pour répondre à la question, et ensuite je lui exploserai la rotule. un... deux... trois !
Et il abattit le marteau sur la rotule du prisonnier, qui explosa dans un craquement sonore. Cette fois, il cessa de rire.
- je crois qu'il vaudrait mieux que je rentre, déclara Mary.
- Oui, bien sûr, chérie. Sois prudente.
Mary hocha la tête, et sortit. John reporta son attention sur l'homme sur la chaise, et s'accroupit à ses cotés.
- sais-tu combien de tes os je pourrais briser sans te tuer ? Dit-il d'une voix grave. Mais rassure toi, je sais aussi où frapper pour que tu cesses d'exister.
Il se redressa.
- par exemple : les os du crane. Si je te donne un coup sur l'occiput, à quel pourcentage estimes-tu tes chances de survie ? Elle ne sont pas franchement très hautes.
Il fit courir le marteau sur le crane de l'homme.
- vérifions, d'accord ? Ajouta-t-il en levant le marteau.
- Non ! D'accord, je vais vous dire où il est. Il est enfermé dans ma cave, derrière une porte blindée.
- L'adresse?
L'homme leur donna l'adresse, qu'Enaya nota avec soin.
- voilà, dit John. C'est comme ça qu'on obtient des informations rapidement. J'ai appris ça en Afghanistan. Qu'allez-vous en faire, maintenant ?
- Comme pour tous les autres. Je vais le renvoyer dans le passé. Où pensez-vous que je devrais l'envoyer ?
Le docteur jeta un regard sombre sur le mercenaire, puis répondit :
- pour une pourriture telle que lui... je dirais l'époque de la grande peste.
- Donc fin décembre 1348.
- n'est-ce pas un peu tôt ? Si je me rappelle de mes cours d'histoire, il me semble que c'était l'année suivante.
- Oui, en effet, la grande peste a frappé Londres en 1349, mais elle est arrivée à Paris en décembre 1348. et je suis Française, vous comprenez ? Fierté nationale, tout ça, tout ça. Alors, c'est là qu'il ira. Nous ferions mieux de sortir de la pièce. J'ignore ce que donnera le protocole si plusieurs personnes sont présentes.
Elle l'amena donc hors de la pièce. Sachant ce qui devait se passer, elle invita le docteur à boire un café, prétextant qu'il fallait un certain temps pour que l'ange disparaisse. Lorsqu'ils revinrent à l'appartement, John trouva son fauteuil remis à sa place, et son téléphone portable bien en évidence sur la table, à côté d'un flacon de parfum. Clair de Lune. Le parfum de Mary.
- qu'est-ce que... ? Demanda-t-il en se tournant vers Enaya.
Celle-ci haussa un sourcil. Soudain, le téléphone émit la sonnerie signalant l'arrivée d'un sms. John prit son téléphone. Sherlock. Il lut le message à haute voix.
« Leicester garden. Fais vite. Prière d'amener mon manteau. Mia t'amènera. »
il tourna un regard interrogateur vers la jeune femme.
- qu'est-ce qu'il entend par la dernière phrase ?
- oh. Sherlock sait que j'ai des... talents particuliers. Prenez le manteau, et venez. Vous allez comprendre.
John fit ce qu'on lui disait, et la jeune femme agrippa son poignet.
- oh, et... retenez votre souffle.
Elle compta jusqu'à trois, et ils disparurent de l'appartement.
