Lorsque minuit sonna, Mia rejoignit discrètement Sherlock dans sa chambre. L'adolescent était déjà habillé, et avait ouvert grand sa fenêtre.
- tu es sûre de vouloir toujours y aller ? Demanda-t-il.
Elle hocha la tête.
- alors viens.
Il enjamba la fenêtre, se suspendit au rebord, et se laissa tomber en douceur. Il resta en position, se proposant de rattraper la jeune fille lorsqu'elle se laisserait tomber, mais elle ne lui prêta pas attention. Elle grimpa sur le rebord de la fenêtre, puis fit un pas en avant, et atterrit avec la souplesse d'un chat.
- on y va, chuchota-t-il.
Elle se releva en vitesse et le suivit jusqu'à un terrain vague, à deux blocs de la maison. Là se cachait une petite moto, sur laquelle ils montèrent tous les deux. Ils roulèrent ensuite en direction de la scène de crime, qu'ils atteignirent au bout d'une heure. La scène était entourée par des rubans de police, et la jeune fille passa en dessous. Comme Sherlock l'avait prévu, la fillette n'était plus là. Il passa à son tour sous le ruban, et rejoignit la jeune fille. Il l'entendit murmurer un mot.
- manicha, murmura-t-elle.
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- Hein ? Rien du tout. J'ai éternué. J'ai du attraper froid sur la moto.
Mais Sherlock sut qu'elle lui mentait. Son ton était vague, et ses yeux ne semblaient plus voir ce qu'il se passait autour d'elle. Elle scanna la forêt du regard. Elle voyait en fait le passé proche de cette forêt.
- elle était ici, déclara-t-elle en pointant un endroit précis.
Elle sentit soudain une menace derrière elle. Il y avait quelqu'un. Le kidnappeur ? Vive comme l'éclair, elle envoya un chassé qui fit tomber la personne en arrière, et bondit pour se retrouver au dessus de lui. Elle entendit vaguement Sherlock répéter quelque chose. Elle serra le poing, et s'apprêta à abattre sur le visage de l'homme, quand enfin elle comprit se que lui criait Sherlock.
- c'est Mycroft !
Cela la sortit momentanément de sa transe. Elle se releva.
- est-ce que tu es dingue, gamine ? Fit Mycroft, toujours allongé par terre.
- Qu'est-ce que tu fais là, Mycroft ? Demanda Sherlock.
- Je vous ai suivi, espèce de crétin ! Je vous ai vu sortir par la fenêtre de ta chambre et je vous ai suivi. Qu'est-ce que vous êtes venus faire sur une scène de crime ?
- Nous sommes venus voir, répondit Mia. Et nous avions très bien avancé avant que vous ne veniez tout perturber.
- Avancé ? Tu as déduit son emplacement, beau travail !
- Je n'ai pas déduit son emplacement, je l'ai vue !
- Vue ? Vraiment ? Alors comment était-elle ?
- Vous étiez là, ce matin, quand on l'a découverte, n'est-ce pas ?
- Oui. Alors dis moi, comment était-elle ? Je saurais si tu invente.
- Ses cheveux étaient lâchés, mais elle portait un bandeau. Elle portait une robe rose, avec des collants blancs et des petites chaussures vernies. Les chaussures étaient noires. Elle était aussi recouverte de pétales de rose, et une rose blanche était posée sur sa poitrine. Ses mains étaient disposées de telle sorte qu'elle tenait la tige de la rose. C'est un tableau très pur, mais il y a un élément qui vient tout casser. Elle porte du rouge à lèvres rouge pas du tout adapté à une fillette.
Mycroft resta muet de stupéfaction pendant un moment.
- causes de la mort ? Finit-il par demander.
Mia respira profondément, et repris sa transe. Elle entendit Sherlock prendre des notes sur un calepin. Elle s'approcha du cadavre, s'accroupit à ses côtés, et observa.
- au vu des marques sur son cou, je dirais qu'elle a été étranglée. Je pense que la mort en elle même est due à une rupture des cervicales. Il y a aussi des bleus sur ses poignets, comme si elle avait été tenue de force, et des traces de peau sous ses ongles, ce qui montre qu'elle s'est défendue.
- Donc, demanda Sherlock, grâce à ces morceaux de peau, on peut retrouver son kidnappeur ?
- Non, répondit-elle. Le meurtrier n'est pas le kidnappeur. Le kidnappeur ne voulait pas qu'elle meure. C'était l'une de ses préférées. Il va demander une forte compensation au meurtrier. Il lui avait pourtant dit que s'il se montrait patient et gentil, elle lui donnerait tout ce qu'il voulait.
- Comment... d'où tu tiens ça ? Demanda le détective en herbe.
- Je capte ses pensées. Il était attaché à elle, c'est pour ça qu'il a rendu le corps ici, disposé comme ça. Il y avait une pointe de remord, en lui, mais il calculait en même temps le manque à gagner dû à la perte de cette fille.
- Je crois que je vais être malade, dit Mycroft.
- Est-ce que... est-ce que tu peux me le décrire ? Demanda Sherlock.
- Non, je n'arrive pas à le voir. Attends. Mycroft, vous êtes le kidnappeur.
- Je te demande pardon ? Répondit le jeune homme d'un air scandalisé.
- Elle veux que tu prennes la place du kidnappeur, idiot ! Lui expliqua son frère.
- Oh, par pitié ! Fit le plus âgé des Holmes en grommelant.
Mais il fit quand-même ce qu'on lui disait, et vint se mettre debout près de la jeune fille.
- plus loin, lui dit-elle. Entre les arbres.
Il s'éloigna donc dans la direction qu'elle lui indiquait.
- stop ! S'écria-t-elle soudain. Vous êtes dans son ombre.
Mycroft s'arrêta donc en poussant un soupir.
- Sherlock, carnet ! Fit elle.
Le futur détective lui mit donc son carnet et son stylo entre les mains.
- Mycroft, avancez. Vous portez la fillette.
Cette fois, sentant qu'il se passait quelque chose d'important, Mycroft s'exécuta sans soupirer. Il s'avança en ligne droite en direction de l'endroit où avait été déposé le cadavre, les bras écartés comme s'il portait quelque chose. Il vint s'agenouiller comme pour déposer le corps, et fit un geste comme pour le recouvrir de pétales de rose.
- il relève la tête, indiqua Mia.
Mycroft releva donc lui aussi la tête, et elle s'écria :
- je l'ai !
Puis elle souffla un autre mot, que Mycroft et Sherlock reconnurent bien qu'il soit déformé, mais dont ils ne comprirent pas l'usage à ce moment.
- never.
Et aussitôt, elle se mit à dessiner le visage qu'elle voyait devant elle, sans même regarder ce qu'elle faisait. Puis, elle cligna des yeux et secoua la tête. Elle jeta un coup d'œil étonné au dessin qu'elle avait dans la main, mais Mycroft le prit presque aussitôt.
- rends-moi mon carnet, Mycroft, dit Sherlock.
- Non, répondit celui-ci d'une voix ferme. Et maintenant, ça suffit. On rentre à la maison.
- Quoi ? Après avoir été si loin, tu voudrais que j'abandonne ?
- Si ce qu'elle a dit est vrai, s'il prend des enfants pour des valeurs marchandes, alors il est hors de question que tu t'en mêles, Sherlock. Maintenant, monte dans la voiture.
- J'ai ma moto.
- Tu crois vraiment que je suis assez stupide pour croire que tu vas gentiment me suivre jusqu'à la maison en moto ? Tant pis pour toi, elle restera où elle est. Et demain, je m'assurerai que quelqu'un vienne la prendre pour que tu ne puisses pas aller la rechercher.
Sherlock s'apprêta à répliquer, mais jeta un coup d'œil à Mia, et lorsqu'il vit à quel point elle semblait épuisée, renonça. Il monta dans la voiture, s'enfonça dans le siège arrière, et bouda, les bras croisés sur sa poitrine. Le lendemain, cependant, lorsqu'il se leva et croisa Mia, son humeur s'améliora un peu.
- tu trouveras ta moto dans le terrain vague où tu la laisses, lui dit-elle. Je sais qu'elle est importante pour toi.
- Comment... ?
- Ne poses pas de question.
Et Sherlock décida de laisser passer le mystère de sa jeune amie. Du moins temporairement. Il pouvait bien s'en occuper lorsque l'affaire serait résolue.
