quinze ans plus tard, Mia était revenu trouver Sherlock. Le détective n'avait pas su comment réagir. Il ignorait s'il devait être heureux de la revoir, ou s'il devait lui en vouloir. Il l'avait donc traité comme une cliente. Plus tard dans la soirée, il avait fait le point sur ce qu'il lui reprochait. Était-ce d'être partie sans dire au revoir, comme si rien ne s'était passé ? Était-ce de ne pas lui avoir expliqué plus de choses sur ses talents ? Était-ce d'avoir été sa première amie et de l'avoir abandonné ? Non. C'était autre chose. Il ne savait pas. Il décida donc de retourner dans le salon pour la questionner. Sans doute dormait-elle déjà. Il découvrit qu'elle se trompait. À genou au milieu du salon, elle semblait méditer.
- tu ne dors pas ? Demanda-t-il.
Pff. Question stupide. Elle ouvrit les yeux.
- dormir, c'est une perte de temps, pas vrai ? Dit-elle avec un léger sourire.
Il lui lança un regard inquisiteur. Elle se leva.
- ça fait à peu près huit ans et demi de je n'ai pas bien dormi.
Il la regarda encore en silence pendant un instant, puis prit une décision.
- viens, dit-il.
Et sans attendre de voir si elle le suivait, il grimpa les escaliers qui menaient à la chambre de John, ouvrit le vasistas, et se hissa sur le toit. La partie pentue laissait rapidement place à un toit plat, sur lequel il s'allongea. Elle vint s'allonger à côté de lui, et ils observèrent le ciel étoilé.
- je viens ici, quand j'ai trop de chose dans la tête.
- Et ça marche ?
- Je pense que j'ai trouvé ce qui cloche.
- Ah oui ?
- Pourquoi ? Pourquoi tu n'as pas effacé ma mémoire quand tu es partie ?
- Tu m'en veux ?
- Je ne sais pas.
- Je ne voulais pas prendre le risque d'endommager un esprit aussi brillant que le tien. Il y avait trop de choses à effacer.
Sherlock hocha la tête. Il la détailla ensuite du regard, et remarqua le tatouage sur son bras.
- qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il.
- Ma dette. Et la raison pour laquelle je ne dors pas.
- Une mafia ?
- Pas vraiment. Une dette de sang. Le nombre de personnes mortes de ma main ou par ma faute.
- 147, ça fait beaucoup...
- j'entends leurs cris dans ma tête...
Sherlock lui prit la main, la serra, puis regarda à nouveau vers le ciel. Il poussa un profond soupir.
- je ne t'en veux pas, dit-il.
Elle serra sa main un peu plus fort, et ne répondit rien. Tout était bien, à présent.
