Il entendit le claquement sec, mais ne sentit rien. Il chancela. Elle le rattrapa par les bras et l'assit par terre. Elle resta à sa hauteur. Il rouvrit les yeux. Sa chaîne était rompue.
- qu'est-ce que vous voulez de moi ? Demanda-t-il, amer.
- Je ne suis pas là pour vous faire du mal, monsieur Hiddleston. Je viens pour vous ramener à la maison.
Ce qui lui restait de force morale vacilla dangereusement. C'était la première fois depuis son enlèvement qu'on l'appelait par son nom.
- où est la maison ? Demanda-t-il, la voix tremblante.
- Ça c'est à vous de me le dire, répondit-elle avec un demi-sourire.
Puis, elle fouilla son sac, et en sortit une petite bouteille en fer, qu'elle lui tendit.
- Tenez, buvez tout.
- qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il, méfiant.
- Du lait de coco. Vous êtes déshydraté, et vous manquez de sucre.
Et pour prouver sa bonne foi, elle en but elle même une gorgée, avant de lui tendre à nouveau la bouteille. Il s'en saisit, et se rendit compte qu'il était assoiffé.
- buvez à petites gorgées, conseilla-t-elle. Autrement, vous aurez encore plus soif.
- Il la regarda, méfiant, puis suivit son conseil.
- pourquoi aviez vous du lait de coco ? Demanda-t-il lorsqu'il eut finit la bouteille.
- C'est la boisson préférée de mon fils.
- Vous avez un fils ?
Elle ne répondit rien et son regard se teinta de tristesse. Il n'insista pas.
- depuis combien de temps n'avez vous pas mangé ? Demanda-t-elle.
- Je n'en sais rien. Je vais vraiment rentrer chez moi ?
- Oui. C'est terminé, maintenant. Vous êtes en sécurité.
En entendant ces mots, il sentit qu'il perdait le contrôle de ses émotions. Il se mit à pleurer comme un enfant. Enaya serra les dents, se contrôlant du mieux qu'elle le pouvait. Elle se leva et se détourna de lui. Puis elle inspira profondément, et prit sa main entre les siennes.
- ça va aller, maintenant, dit-elle. Essayez de vous calmer. Il faut que je vous examine avant qu'on puisse partir.
Il hocha la tête et souleva son t-shirt, lui laissant voir le large hématome sur ses côtes. Elle retint une grimace.
- il va falloir régler ça. Je ne prends pas le risque de vous déplacer dans un tel état.
Il lui envoya un regard craintif, auquel elle renvoya un regard qui se voulait rassurant. Puis, elle fouilla son sac, et en sortit un téléphone, qu'elle lui tendit.
- je crois que c'est à vous. Y a-t-il quelqu'un que vous voudriez appeler ? Tant que vous avez les mains libres, vous pouvez.
Il prit son téléphone, le fixa un instant, puis se ressaisit et composa le numéro de son meilleur ami. Quatre sonneries retentirent, puis enfin on décrocha.
- allô ? Dit une voix fatiguée.
- Ben ? Dit-il d'une voix tremblante.
- Tom ? Mais bordel, ça va pas la tête ? Il est deux heures du matin.
- Je t'en prie ne raccroche pas, il faut que tu m'aides ! fit-il, au bord des larmes.
- Après les messages que tu m'as envoyé, tu crois vraiment que je vais tout te pardonner juste parce que tu chiales au téléphone?
- Je suis désolé, Ben, mais je ne t'ai pas envoyé de messages...
quoi ? Tu te fous de moi ?
- Ça doit faire deux mois que je n'ai pas touché mon téléphone.
- Comment savez vous que ça fait deux mois ? Demanda Enaya, surprise.
- Je n'en sais rien. Une intuition. Il m'apportait environ un repas tous les trois jours.
- OK, Tom, qu'est-ce qu'il se passe ?
- J'ai été... enlevé, le lendemain de notre dispute.
- Enlevé ? Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je veux dire chloroformé, mis dans le coffre d'une voiture, et enfermé dans une pièce. Ça fait deux mois que je n'ai pas vu la lumière du soleil, et je...
sa voix se coinça dans sa gorge et il ne put continuer.
- OK, Tom, dis moi où tu es, je vais appeler la police.
- Les secours sont déjà là. Je vais bientôt rentrer. Il faut d'abord régler quelques problèmes.
- Bonjour, Ben, intervint Enaya. Vous permettez que je vous appelle Ben ? Je suis là pour m'occuper de votre ami. J'aurais besoin que vous continuiez à lui parler, et à le faire parler pendant que je m'occupe de ses blessures les plus importantes.
- Votre voix... vous êtes... ?
- Je crains de ne jamais avoir eu le plaisir de vous rencontrer. Pensez-vous pouvoir faire ce que je vous demande.
- Bien sur. Comment t'es tu retrouvé blessé, Tom ?
- J'ai essayé de m'enfuir. Et ensuite, il a passé ses nerfs sur moi.
- Je vais remettre votre épaule en place, dit Enaya. Ça ne fera pas mal. Continuez de parler.
- Ben, il s'est passé quelque chose... j'ai...
à ce moment, Enaya remit en place l'épaule de l'acteur, et il poussa un bref cri de surprise et de douleur.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda très vite Ben pour lui changer les idées.
- dans... dans la voiture, dit Tom. J'ai entendu des policiers parler. J'ai appelé à l'aide, et il les a... il les a... j'ai entendu ! Je les ai vus ! Mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?
- Mr Hiddleston, écoutez-moi bien, dit Enaya en le regardant droit dans les yeux. Ce n'était pas de votre faute. C'est horrible, et je suis désolée que vous ayez vécu cela. Mais ne pensez jamais que vous êtes responsable. Est-ce bien clair ?
- Elle a raison, Tom. Tu as eu raison d'appeler à l'aide. C'est lui qui était tordu.
- Enlevez votre T-shirt, maintenant, Mr Hiddleston.
- Tom. S'il vous plaît, appelez moi Tom.
- D'accord... Tom. Moi, c'est Mia. Enlevez votre T-shirt.
Tom obéit, et retira douloureusement son T-shirt.
- qu'est-ce qui se passe ? Demanda Ben d'une voix inquiète.
- Une côte est cassée, et crée une hémorragie interne, expliqua calmement Enaya. Il y a peu de chance qu'un organe soit touché, mais il faut régler ça maintenant.
- Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Il faut que je pratique un incision, que je nettoie le sang, et que je remette l'os en place, et ensuite, il faut cautériser la plaie à l'intérieur. Ça va être douloureux.
- Ben, j'ai peur.
- Vous connaissez une chanson ? Demanda-t-elle à l'intention de Ben. Ça peut l'aider.
La voix au téléphone se mit donc à chanter une chanson quelconque. Enaya fouilla dans son sac, et Tom rata un battement lorsqu'il la vit sortir un grand couteau.
- fermez les yeux, lui dit-elle. Ne regardez pas.
Il détourna donc le regard, et elle pratiqua une incision. Il poussa un cri, et le sang jaillit de la coupure.
oh merde ! Fit Ben. Tom, continue de me parler. Dis moi ce qui s'est passé. Pourquoi il s'en est pris à toi ?
Elle introduisit un tube en plastique souple dans la plaie pour en faire sortir le surplus de sang. Il poussa un nouveau cri.
- je n'en sais rien ! Ben, j'ai mal !
- Parle moi, Tom. Concentre toi sur ce qui s'est passé.
- il... il m'a dit que son maître me cherchait, et qu'il serait récompensé. Il m'a dit que son maître reviendrait, et qu'il me tuerait pour avoir sa vengeance.
Enaya marqua un temps d'arrêt, puis remit la côte en place, et retira le tuyau. Nouveau cri.
- vous êtes sur de ce que vous dites ?
- Oui ! Pitié, j'ai trop mal !
- Accrochez vous, c'est bientôt terminé.
- Tu entends, Tom ? Le pire est passé.
- Je n'ai pas dit ça.
Elle sortit de son sac un flacon et une seringue, et remplit la seringue avec le liquide du flacon. Puis, elle injecta le liquide dans la plaie. Elle lui proposa sa main, et il s'y agrippa. Il poussa un long hurlement, pleura de douleur et se contorsionna. Son ami au téléphone, paniqué, se remit à chanter pour le distraire. La douleur cessa d'un coup, et il reprit son souffle, pleurant encore à moitié. Elle le prit dans ses bras, et attendit qu'il se calme.
- je sais, dit-elle. Je sais. C'est fini, maintenant. C'est fini. On va pouvoir sortir d'ici. Vous avez été très courageux.
- Je crois que ma jambe est cassée.
- Chut... maintenant, vous allez dire au revoir à votre ami, on va sortir d'ici, et ensuite vous allez dormir. Et quand vous vous réveillerez, vous serez en sécurité et complètement guéri. D'accord ?
Il hocha la tête.
- tu as entendu, Ben ? Je te revois bientôt... si tu veux bien ?
- Bien sûr. Je viendrais te voir. À très bientôt.
- Ben ? Je suis désolé pour ce que j'ai dit.
- Reviens vite, et on en parlera.
Il accepta, puis dit au revoir et raccrocha.
- très bien, dit Enaya. On y va. Appuyez vous sur moi.
Elle l'aida à se relever, et il boitilla jusqu'à la sortie. Arrivé dehors, il vit les étoiles au dessus de lui, et sentit l'air marin lui fouetter le visage. Elle le conduisit sans tarder à une voiture. Il vit qu'il était 4h du matin.
- où suis-je ? Demanda-t-il.
- En Bretagne, répondit-elle. En France. Je vais vous amener dans un endroit sur.
Il hocha la tête, et attacha sa ceinture. Enaya s'étira, passa la main dans son cou, puis démarra la voiture. Vers 5h30, le soleil se leva, faisant renaître les fortes émotions de Tom sur sa liberté retrouvée.
- nous arrivons, dit Enaya
il regarda la route, et vit se dessiner au loin une grande demeure. Ils arrivèrent bientôt au portail.
- bienvenu au manoir, dit-elle en se tournant vers lui. Maintenant, vous allez dormir.
Elle se pencha vers lui, et passa la main dans son cou. Il s'endormit instantanément.
