Un peu plus tard, ils quittèrent le bar, et Ben les conduisit chez Tom, avant de rentrer chez lui. Tom appela aussitôt ses proches pour les rassurer, tandis que Will s'asseyait silencieusement sur le canapé, attendant l'arrivée d'Enaya. Lorsque celle-ci arriva, elle n'échangea pas un mot avec lui, et il comprit qu'il devait partir. Il quitta donc l'appartement et rentra au manoir. Tom s'approcha d'elle, gardant tout de même une distance raisonnable, les bras croisé sur sa poitrine comme pour se protéger.

- merci d'être venue, dit-il timidement.

- Je suis là où l'on a besoin de moi, répondit-elle simplement.

- Vous pourrez vous installer dans ma chambre. Je dormirais sur le canapé.

- Je vous remercie, mais gardez votre lit. Je dors très peu.

- Vous êtes sure ?

Elle acquiesça, et il passa la main dans ses cheveux.

- il y a un problème ? Demanda-t-elle.

Il hésita, puis lui répéta ce que lui avait dit Will, expliquant pourquoi il se sentait gêné. Elle soupira.

- William n'aurait jamais dû vous dire ça. Ne l'écoutez pas, il ne sait pas ce qu'il raconte. Lorsque je suis venue vous chercher, je savais déjà qu'il était trop tard pour Ilian. J'ai envoyé Sherlock pour qu'il le ramène au Manoir, et qu'il puisse me dire ce qu'il s'était passé. Je n'avais pas la force de le découvrir moi-même. Vous n'avez pas à vous sentir mal par rapport à ça.

Il hocha la tête.

- alors... vous allez rester tout le temps avec moi ? Demanda-t-il.

- Si c'est ce que vous souhaitez, je le ferais. Sinon, à partir de demain je passerais seulement les nuits ici, et vous donnerais quelque chose qui vous permettra de me prévenir si vous avez un problème. J'arriverais aussitôt.

- D'accord, ça me convient, dit-il avec un soupir de soulagement.

Elle resta silencieuse un moment, puis :

- avez-vous peur de moi ? Demanda-t-elle.

Il décroisa les bras, et répondit :

- en toute honnêteté... oui.

- Vous pensez que je pourrais vous faire du mal ?

- Je n'en sais rien. Je suis terrifié par ce que vous pourrez me dire...

- je le comprend. Moi aussi, j'avais peur.

Il s'assit sur un fauteuil en face d'elle.

- Que voulez-vous dire ?

- Le Marionnettiste est venu me voir, lorsque j'avais cinq ans. Il m'a appris de manière assez brutale qui j'étais. Et pendant des années, j'ai été à son service.

- Vous avez dit qu'il pouvait manipuler les gens. C'est ce qu'il a fait ?

- J'aimerais bien. Comme ça j'aurais une excuse... Je pourrais dire que c'est lui qui m'a fait quitter ma famille, sans jamais revenir, trois ans plus tard. Mais non, il ne m'a pas manipulé. J'étais simplement persuadée qu'il était du côté des gentils. En fait il voulait simplement que je le débarrasse de la concurrence. Et j'étais le dernier obstacle. Il voulait aussi que je vous retrouve. Je n'y suis heureusement jamais arrivé. Difficile de trouver quelqu'un quand on ne sait pas ce que l'on cherche.

- Vous pensez qu'il m'aurait tué ?

Elle prit le temps de réfléchir avant de répondre.

- non, dit-elle. Je pense qu'il vous aurait vidé de toute volonté d'esprit et qu'il aurait fait de vous son pantin pour vous placer sur le trône.

Elle le vit frissonner, et remarqua qu'il avait les yeux rouges.

- je suis désolée, dit-elle sincèrement. J'ai été un peu dure.

Il balaya l'excuse d'un geste de la main, et souffla.

- que diriez-vous d'aller dîner ? Finit-il par proposer.

- Vous voulez aller dîner avec moi ? Répéta-t-elle, étonnée.

- Je veux aller dîner. Vous êtes avec moi.

Elle sourit.

- D'accord, dit-elle. Dîner me fera du bien. Vous avez une idée précise ?

- Oui, répondit-il sans en dire plus.

- Parfait. Alors je vous suis. Où est la salle de bain ?

Il lui indiqua et elle s'y rendit, pour revenir quelques instants plus tard, métamorphosée. Elle était maintenant blonde, avec une coupe au carré. Elle avait également grandi de quelques centimètres.

- comment avez-vous fait ça ? Demanda-t-il.

Elle montra une bague qu'elle portait au doigt.

- une invention de mon ami Antonio. Je ne veux pas attirer l'attention de ceux qui me connaissent.

Il hocha silencieusement la tête, puis ouvrit la porte de l'appartement, et ils sortirent.