Chapitre 6 : Luxus
D'accord, je n'aurais sans doute pas dû me moquer d'elle sur son cahier en écrivant « Samedi soir. Toi et moi. Cours de conduite et partie de jambes en l'air… ». Ce n'était peut-être pas très intelligent mais l'idée que je puisse déstabiliser cette « Miss Perfection » me démangeait tellement… Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le résultat en valait vraiment la peine. Ses joues étaient devenues rouge tomate en un instant.
« Mademoiselle Strauss ?
Je m'amuse en voyant cette incarnation de la perfection diriger ses yeux vers Polyussica.
Elle est sacrément douée. Ma partenaire sait cacher ses véritables émotions. Elle en a repris le contrôle en quelques secondes.
-Oui ? répond Mira en relevant brusquement la tête tout en faisant un sourire digne d'une reine de beauté.
Elle pourrait soudoyer n'importe quel type avec ce sourire.
-C'est votre tour. Présentez Luxus à la classe.
Je suis impatient de l'entendre inventer des choses sur moi ou confesser qu'elle ne sait strictement rien de ma vie. Malgré son visage sans expression, je peux lire dans ses yeux bleus troubles.
-Voici Luxus Dreyar, commence-t-elle, la voix presque inchangée. –Cet été, quand il n'était pas occupé à traîner dans les rues à harceler de pauvres innocents, il a essayé de réaliser son rêve.
Tout à coup, la classe se tait. Même Polyussica se concentre. Même moi, je me penche légèrement et tend l'oreille comme si les mots que prononcent les lèvres roses de cette menteuse de Mirajane étaient paroles d'Evangile.
-Secrètement, il rêve de faire des études afin de devenir professeur de maternelle, car voyez-vous, Luxus a toujours aimé les enfants, car ils ont à peu près la même mentalité que lui. Notre cher Luxus les aime au point qu'il s'entraîne à son futur métier en faisant du baby-sitting et gardant tous les chats de gouttières du coin.
Ben, voyons. Je me tourne vers Gajeel, visiblement amusé de voir une fille n'ayant pas peur de me ficher la honte devant toute la classe.
Mira me lance un sourire de triomphe, croyant avoir gagné la partie. Tu te trompes, si tu veux jouer à ce petit jeu, on va y jouer, mais c'est à tes risques et périls.
Je me lève à mon tour pendant que la classe demeure silencieuse.
-Voici Mirajane Strauss, dis-je, tous les regards braqués sur moi. Mais elle préfère qu'on l'appelle Mira, sinon c'est trop long pour son petit cerveau. –son visage devient haineux, et encore chérie, ce n'est que le début – Cet été, elle est allée au centre commercial, a acheté de nouvelles fringues pour agrandir sa garde-robe et s'est payée sa chirurgie esthétique grâce à l'argent de son papounet, pour améliorer ses….atouts.
La classe entière se met à glousser sauf Mira et Levy qui restent pétrifiées sur place. Si tu crois que je vais en rester là, tu te trompes encore. Je poursuis :
-Son rêve, car elle en a aussi un, c'est de sortir avec un vrai mec avant de terminer le lycée.
Comme prévu, les commentaires et les sifflets arrivent de mes potes.
-La chance, Dreyar ! hurle mon pote Frieds.
-Sors avec moi, mamacita, enchaîne Jellah.
-Si tu veux un vrai mec, je suis à ton entière disposition, murmure Midnight en se léchant les lèvres.
Je souris de ma victoire quand j'aperçois Gajeel qui secoue la tête comme si j'en avais fait de trop. Quoi ? Je m'amuse simplement avec une petite fille riche et trop sûre d'elle.
Le regard de Mira ne cesse d'hésiter entre Levy et moi. Je jette un œil à la petite bleue. Elle devient rouge immédiatement.
-Calmez-vous, ordonne Polyussica, impassible. Merci pour vos charmantes présentations si créatives et...instructives. Mademoiselle Strauss, Monsieur Dreyar, vous viendrez me voir à la fin de l'heure. »
Je soupire et m'assois. Mira fait de même, elle évite mon regard en faisant semblant d'être intéressée par les présentations des autres. L'heure passe dans un silence de mort entre ma binôme et moi.
« Non seulement vos présentations étaient affligeantes, mais elles étaient également irrespectueuses envers l'ensemble de vos camarades et moi-même. Vous avez donc le choix...
Polyussica brandit deux billets bleus de colle dans une main et deux feuilles de papier dans l'autre.
-...Vous pouvez soit, passer du temps en retenue samedi matin, soit écrire une dissertation de six cents mots sur le respect pour demain.
-L'heure de colle sera avec lui ? demande Mira.
-Bien évidemment. Alors ?
J'attrape un coupon de retenue, Mira une feuille de papier. Évidemment.
-Est-ce que par hasard vous auriez un problème avec mon choix de vous mettre en binôme?
Mira lance un grand «OUI» en même temps qu'un «non», de ma part.
-Écoutez, je vous conseille de régler vos différends avant la fin de l'année. Mirajane, je ne vous confierai pas de nouveau binôme. Vous êtes en terminale et vous rencontrerez une multitude de personnes différentes de vous dans votre carrière future. Mais sachez, Mademoiselle Strauss que je vous ai mise avec Monsieur Dreyar car vous aviez sensiblement les mêmes capacités intellectuelles. Alors si vous ne voulez pas sacrifier votre prochain été à travailler ma matière parce que vous avez obtenu une mauvaise note, je vous suggère fortement de collaborer plutôt que de vous affronter. Maintenant, filez à votre prochain cours.
A ces mots, je sors de la salle et emprunte le couloir derrière ma binôme aux longs cheveux blancs.
-Arrête de me suivre !
Elle regarde autour d'elle pour vérifier combien d'élèves nous fixent en train de marcher ensemble. Comme si j'étais le diable en personne. Ou alors c'était pour chercher la petite bleue.
-Prévois un haut moulant avec une veste pour samedi soir, lui murmurais-je à son oreille sachant pertinemment qu'elle est sur le point de craquer.
En règle générale, j'essaie de ne pas me frotter aux filles superficielles mais celle-là m'amuse beaucoup. On dirait qu'elle a un petit caractère rebelle que les autres n'ont pas, ce qui la rend presque intéressante.
-Il fait un peu froid à l'arrière de ma moto.
-Bon, Luxus….
Elle se tourne subitement et ses cheveux immaculés me fouettent le visage. Elle me jette un regard haineux.
-…Je ne sors pas avec des types qui passent plus de temps au commissariat que dehors.
-Ça tombe bien, moi non plus, fais-je avec un sourire en coin.
-Et je ne consomme pas de drogue, ajoute-t-elle en accentuant le dernier mot.
-Comme moi.
-Ben, voyons. Je suis surprise que tu ne sois pas en cure de désintox ou en prison.
-Tu crois tout savoir sur ma vie ?
-Pas besoin, ça se lit sur ton visage.
J'avance d'un pas et hausse un sourcil, légèrement surpris :
-Tu parles de ma cicatrice ? demandais-je en touchant ladite marque avec ma main.
-Je ne pense pas que tu te la sois faite en lisant. On dirait plutôt une marque de couteau.
Je m'avance d'un pas en m'efforçant de ne pas la tuer. Ma cicatrice est un sujet tabou, personne n'a le droit de la mentionner.
-Ne parle JAMAIS de ma cicatrice, hurlais-je d'une voix méprisante.
Elle recule d'un pas.
-Tu te prends pour qui pour me donner des ordres ?
-Pour celui, qui peux réduire ton joli petit visage de bourge en miettes.
-Tu crois que tu me fais peur avec tes menaces ? demande-t-elle en fronçant les sourcils, visiblement pas impressionnée pour un sou par mon avertissement.
-Tu devrais.
-La plupart des gens ici ont l'air de te craindre et de te respecter à la fois mais pas moi.
Cette petite idiote m'énerve. J'en ai marre de jouer avec elle. Il est temps d'arrêter les conneries. Je me penche et lui souffle à l'oreille :
-Rends-toi à l'évidence, ta vie est trop parfaite. Je suis sûr que tu restes éveillée toute les nuits à fantasmer sur une vie moins ennuyeuse, plus pimentée.
Ce n'est pas vrai, cette odeur de fraise qui se dégage d'elle me rappelle les beignets. J'adore les beignets, c'est mauvais signe.
-Tu crois tout savoir sur ma vie ? demande-t-elle à son tour en faisant un sourire narquois.
Bien renvoyé.
-En jouant avec le feu, on finit par se brûler, fillette. Tu devrais faire attention sinon je risque de te….
-Monsieur Dreyar ?
Je me retourne pour voir qui ose m'interrompre dans ma menace. Gildarts Clive, un prof de sport. Et merde.
-Tu n'es pas censé être en sport ? Tu sèches ? Si c'est le cas, je vais devoir en référer au proviseur.
Je grogne et jette un œil à ma binôme, elle est devenue encore plus blanche qu'elle ne l'est de nature.
- Monsieur, Luxus, ne séchait pas, il me montrait juste où est la salle de sports car je suis nouvelle et je ne sais pas où elle est, dit-elle en lui souriant de toute ses dents.
Je me retourne vers la blanche, choqué : elle vient de me défendre ?
Remarquant sa présence, le roux la fixe d'un regard insistant
-Et vous êtes, Mademoiselle ?
-Mirajane Strauss.
-Hum, si vous le dites jolie demoiselle, je veux bien vous croire dit-il avec un regard à moitié lubrique à moitié moqueur -Filez maintenant.
Mira semble avoir un frisson d'horreur avant de partir sans demander son reste en direction du gymnase. Je la suis me remémorant sa dernière phrase.
-Alors comme ça, tu as aussi sport?
-Apparemment, répondit-elle sans me regarder.
-J'espère qu'on fera natation, j'adorerai te voir avec un petit maillot, j'en bande déjà, dis-je pour la provoquer.
Ça marche, elle me regarde avec mépris. Elle soulève son petit nez parfait en l'air comme si je n'étais qu'une merde parmi tant d'autre sur cette Terre.
« Est-ce que tu as besoin d'être toujours aussi vulgaire ? tes potes ne sont pas là alors arrête de te donner un air de dure, c'est agaçant à la longue
J'allais lui répondre une phrase cinglante mais on arrive devant la salle de sports où deux filles en sortent et se dirigent dans notre direction.
Je préfère partir, je me penche à son oreille et lui murmure :
-A plus tard, chérie. Je suis impatient de voir ta petite tenue de sport et de te retrouver en cours de chimie.
