Chapitre 8 : Luxus
Cela fait une semaine que les cours ont recommencé. Une semaine déjà, que la nouvelle était mon binôme en cours de chimie. Contrairement à ce que je pensais, celle-ci n'avait relevé aucune de mes remarques, et se contentait seulement de soupirer et de les ignorer royalement.
C'est la pause de la matinée, je m'assoie dans l'herbe sous un arbre. Dans un quart d'heure, je devrai aller en cours de chimie. J'augmente le son de ma musique et écoute le doux son des guitares, accompagné de percussions, sortirent de mes écouteurs.
Gajeel, en T-shirt noir délavé et jean noir, me tape dans le dos en posant ses fesses à côté de moi avant de s'étaler de tout son long dans l'herbe.
« Luxus, tu es prêt pour le prochain cours ? Je parie que la petite nouvelle te hait à mort, comment elle s'appelle déjà ? C'est hilarant de voir comment elle éloigne à chaque fois son tabouret le plus loin possible de toi.
- Gaj, tu me saoules… autant qu'elle. Toi, en tout cas tu as l'air de bien t'amuser avec la petite bleue.
- Ouais, cette nana est trop drôle à se mettre en pétard, à rougir comme ce n'est pas permis et bafouiller dès que je la charrie. C'est marrant et ça passe le temps. Tu sais qu'elle est aussi avec moi en mécanique ? Tu verrais comment elle a modifié le moteur à combustion en ajoutant un pignon conique sur l'arbre principal du….
- Hé ! T'emballe pas, tu sais très bien que je comprends rien à ton charabia. En tout cas cette fille a l'air de te plaire drôlement.
- N'importe quoi ! me hurle Gajeel en se relevant précipitamment. - Elle m'intéresse pas, je la trouve juste marrante, rien à voir !
Je m'adosse à l'arbre et croise les bras en rigolant devant sa réaction. Voyant que je ne crois absolument pas en ce qu'il vient de dire, il se rassoit en soupirant fortement.
Je le regarde frotter sa crinière nerveusement.
- Ouais, si tu le dis, dis-je en rigolant de plus belle devant le regard meurtrier qu'il me lance.
- Sinon, tu penses t'inscrire à la compétition ? me demande mon pote pour changer de sujet. Tu es doué en sport. Midnight raconte à tout le monde qu'il pourrait gagner les yeux fermés, ça serait bien que ce petit bourge se fasse botter le cul.
- J'étais en sport avec lui, l'an dernier. Crois-moi, il a que dalle pour se vanter.
- Tu as toujours la rage depuis la seconde, depuis qu'il a salopé ton casier parce que tu l'avais battu à la course de relais devant tout le lycée ?
Et comment que j'ai la rage ! Ça m'avait coûté un sacré paquet de fric de racheter tous les bouquins.
- C'est du passé, je lui réponds.
- Mouais, si tu le dis. Tiens ton binôme canon est assis juste là.
Il me suffit d'un regard sur la blanche pour que je sorte les griffes. Dire qu'elle me prend pour un toxicomane.
- Cette fille a un petit pois à la place du cerveau.
- Carrément, cette conne a tenté de te casser devant toute la classe en chimie, lance Frieds en nous rejoignant avec Loki et Bixrow. – et elle s'est carrément loupée.
Je hoche la tête en me rappelant ce que la blanche avait inventé pour le présenter à la classe et ce que je vais encore devoir supporter.
- Peut-être qu'elle me veut et qu'elle n'a pas trouvé d'autre moyen pour attirer mon attention.
Loki éclate de rire si fort que tout le monde autour de nous se retourne.
- Tu crois vraiment qu'elle veut sortir avec toi ? Impossible ! Elle est tellement riche que je suis sûr que les fringues qu'elle porte tous les jours coûtent probablement plus que tout ce que tu as chez toi. C'est une fille à papa, ça ne se voit rien que par son comportement. Tiens, je te parie ma super bagnole, que tu n'arriveras pas à lui enlever ses sous-vêtements haute couture avant la nouvelle année.
Le défi de Loki me fait reprendre mes esprits.
- Et pourquoi j'en aurais envie ?
- Parce que elle est super golée ! Aussi bien que Minerva !
- C'est Blanche-Neige. Elle ne ressemble absolument pas à Minerva.
- C'est vrai que physiquement elles ne se ressemblent pas mais tu as vu ses seins et son petit cul quand elle marche ?! Vas-y Luxus. Sois pas bête. Regarde-là !
Je sors une cigarette, tant pis pour la règle anti-tabac de Fairy Tail. Je fume beaucoup ces temps-ci. Gajeel me l'a fait remarquer hier soir. Je jette discrètement un œil sur Mirajane qui discute avec une blonde et une rousse. J'avoue qu'elle est jolie. Ses longs cheveux blancs et brillants qui ondulent à chacun de ses mouvements, ce nez fin, ses lèvres… Mais je préfère balayer ces pensées. Qu'importe qu'elle soit sexy, c'est une emmerdeuse de première classe.
- Trop chiante.
- Allez, avoue, tu la veux, s'amuse Loki en s'allongeant dans l'herbe.
- Simplement, tu sais, qu'elle n'est pas pour toi. Déclare Frieds. - Pas un mec qui vit seul dans un petit appart en banlieue. Pas un délinquant mais plutôt le capitaine de l'équipe de football américain. Tu es le mec le plus associable que je connaisse et elle, elle sera bientôt la fille la plus populaire du lycée. Tu sais que tu n'as aucune chance, renonce, Luxus.»
À ces mots, je ressens comme un déclic. Comme un mécanisme de défense face au défi. Je sais que je suis un type bagarreur et rebelle mais le fait que mon pote me dit que je ne fais pas le poids face à un faible, un mec sans intérêt me révulse. Sans réfléchir, j'annonce :
« Avant le nouvel an, je peux me la taper. Si tu es toujours d'accord pour parier, je marche.
- Tu planes, mec. Comme je ne réponds pas, Gajeel fronce les sourcils : Luxus, tu es sérieux ?
Loki craquera avant moi, il renoncera à ce pari car il aime sa voiture plus que n'importe quelles conquêtes potentielles.
- Absolument.
- Si tu perds, tu me donnes ta Honda, enchaîne Loki avec un sourire de traître.
Ma moto est mon bien le plus précieux après mes écouteurs, une vieille Honda Night Hawk 750. Je me la suis acheté dès que j'ai pu me le permettre. À chaque fois que je monte dessus, j'ai l'impression de m'évader. Chaque soir quand je ne supporte plus la présence de mon grand-père, je roule durant des heures sans but précis, juste pour oublier. Loki ne lâche rien. C'est à moi de céder aujourd'hui, le problème, c'est que ça ne m'est jamais arrivé… pas une seule fois. Je suis toujours le dernier debout dans une bagarre, le dernier à abandonner.
La nouvelle a dit qu'elle ne sortirait jamais avec un criminel mais je parie qu'aucun n'essayait de l'avoir. En tout cas, c'est plus que sûr qu'elle en apprendrait beaucoup si elle sortait avec moi.
Il suffira de jouer un peu de mon charme et Mira me tombera dans les bras. Je ferai d'une pierre, deux coups : je gagnerai la bagnole de Loki et je me vengerai de cette fille pour m'avoir fait convoquer dans le bureau du proviseur. Ça pourrait même être marrant.
J'imagine tous les élèves dévisager cette fille blanche en train de me « kiffer » alors qu'elle jure me détester. Quand je pense à la claque qu'elle va se prendre quand j'en aurai fini avec elle… Je tends la main à Loki.
- OK.
- Tu devras apporter une preuve.
Je tire une nouvelle fois sur ma clope.
- Qu'est-ce que tu veux comme preuve ? Sa petite culotte ? Je ne te savais pas si malsain.
- Prends une photo ou une vidéo. Je parie qu'on pourrait en tirer pas mal.
Notre mauvaise réputation nous vient de ces discussions sordides. Généralement, je me fiche de leur histoire de chantage mais là, je dois avouer que je vais bien m'amuser. Quand mes amis s'y mettent, ils n'ont aucune retenue.
- De quoi vous parlez ? demande Jellah qui nous rejoint avec son plateau.
- J'ai parié a Luxus ma voiture contre sa moto qu'il ne réussira pas à coucher avec la nouvelle avant le nouvel an.
- Luxus, estas loco ? C'est suicidaire, un tel pari.
- T'inquiète, Jellah. Ce n'est pas suicidaire. Stupide, peut-être, mais pas suicidaire. Si je peux gérer une Minerva et son corps de braise, je peux gérer Mira et son parfum de fraise.
- Mira est trop bien pour toi, amigo. Tu es peut-être beau mec, mais tu n'as aucune chance avec cette fille. Vous êtes trop différent. »
Je regarde Gajeel ronflé, allongé dans l'herbe à côté de moi. J'allais remettre mes écouteurs quand je remarque Kanna Alperona, une fille de ma classe de sport, s'avance vers nous.
« Salut, Luxus, me dit-elle, sourire aux lèvres, avant de s'asseoir plus loin avec ses amis. Jellah me donne un coup de coude.
- Alors elle, c'est une bonita Mexicana et tu as toutes tes chances avec elle.
Je ne regarde pas Kanna, mais Mira. Maintenant que je me suis engagé, je dois me concentrer et trouver un moyen de la séduire. Je vais utiliser une nouvelle tactique à laquelle elle ne s'attend pas. Je vais la charmer et envahir ses pensées. Et je vais m'y mettre dès le prochain cours de Mrs. Polyussica. Rien ne vaut des préliminaires en classe de chimie pour allumer la flamme.
- Putain ! s'exclame Jellah en balançant son déjeuner. Ils croient qu'acheter du pain et le fourrer avec n'importe quoi, ça donne un taco. Les gens de la cafétéria ne font pas la différence entre de la viande à tacos et de la merde. C'est dégueulasse !
- Tu me files la nausée, mec, s'exclame Bixrow.
Il jette un coup d'œil, gêné, à sa nourriture, écœuré, avant de la remettre dans son sac. Je me repositionne sur l'arbre en rigolant narquoisement face à la petite nature de Bixrow.
- Tu en veux ? me demande Jellah en me tendant son taco merdique.
- Tu approches ce truc de moi encore d'un centimètre et je t'éclate.
- J'en pisse dans mon froc. Jellah agite son sale taco pour me provoquer.
- Si ça se renverse sur moi…
- Qu'est-ce que tu vas faire, me botter le cul ?
Jellah continue à me narguer. Peut-être que je devrais lui coller mon poing dans la figure pour le mettre KO et qu'il cesse de m'emmerder. Au milieu de mes réflexions, je sens quelque chose couler sur mon pantalon. Et voilà, ce truc gras et collant qu'ils prennent pour de la viande à tacos a atterri directement sur l'entrejambe de mon jean.
- Merde ! crie Jellah, effrayé. Je vais nettoyer.
- Si tu t'approches, je te tue. J'essuie la viande douteuse et une énorme tâche de gras apparaît.
- Tu as dix minutes pour me trouver un nouveau pantalon.
- C'est impossible !
- Un peu d'imagination, allez.
- Prends le mien. Jellah se lève et commence à se déboutonner au beau milieu de la cour.
- Peut-être que je n'ai pas été assez clair. Je voulais dire : trouve-moi un nouveau pantalon, à ma taille, abruti.
- Mais…
- Neuf minutes et trente secondes. »
Il n'en fallait pas plus pour voir Jellah détaler vers le parking. Je me fous complétement de savoir comment il va se débrouiller ; je veux juste un nouveau pantalon avant la prochaine heure. Une tâche pareille m'empêcherait de passer pour un beau gosse aux yeux de Mira et me ferait me taper la honte devant les autres. Je jette un regard meurtrier à Gajeel qui s'esclaffe comme une baleine après s'être levé et remarquer ma tâche de graisse.
J'attends sous l'arbre tandis que les autres élèves rentrent lentement en cours. Et voilà que la musique commence à retentir dans les haut-parleurs et toujours aucun signe de Jellah. Génial !
Plus que cinq minutes avant le début du prochain cours. Les dents serrées, je pars en chimie avec mes bouquins placés stratégiquement devant mon jean. Je me glisse sur mon tabouret et me rapproche le plus près possible de la paillasse pour cacher la tâche.
Mira entre dans la classe, ses cheveux soyeux d'une couleur immaculée se balancent sur sa poitrine. Cette perfection ne m'excite pas, elle me donne envie de la briser. Je lui fais un clin d'œil dès que son regard croise le mien. Elle soupire et tire son tabouret le plus loin possible.
Me rappelant la règle de tolérance zéro de la prof, je retire mes écouteurs et les pose sur la table. Puis je me tourne vers ma chère voisine.
« Il faudra bien que tu m'adresses la parole un jour ou l'autre.
- Pour donner une raison à ta copine de me tabasser ? Non, merci, Luxus. Je préfère conserver mon visage comme il est.
- Je n'ai pas de copine. Tu veux tenter ta chance ?
Je la scrute de haut en bas, me focalisant sur ce qu'elle a de mieux. Elle retrousse sa lèvre supérieure rose bonbon et dessine un sourire méprisant.
- Jamais de la vie.
L'heure de cours passe lentement, pour m'occuper je regarde Mira prendre consciencieusement son cours, mais son regard semble ailleurs. En tout cas, elle m'ignore royalement. Je me penche légèrement pour me rapprocher d'elle :
- Et si je te disais que nous ferions un couple génial ?
- Je répondrais que tu es un abruti. »
