Chapitre 10 : Luxus

Ah ! Comme c'est beau. Polyussica et Makarov d'un côté du bureau, cet abruti de Midnight de l'autre avec Mira à ses côtés et moi. Les clans sont clairement visibles. Le vieux se racle la gorge, il a l'air furieux, je m'en fiche.

« Luxus, c'est déjà la deuxième fois en deux semaines que tu te retrouves dans mon bureau.

Oui, le compte est bon. T'es un génie, jiji ! Je décide de jouer le jeu pour une fois car j'en ai assez de voir les profs essayaient de contrôler ce foutu lycée sans succès. Alors si pour qu'ils me foutent la paix, il faut qu'ils aient l'impression de tout contrôler. Autant les laisser le croire.

Je soupire en croissant les bras sur mon torse :

- Monsieur, il y a eu un léger incident pendant le déjeuner, et le résultat est cette tâche de graisse sur mon pantalon. Plutôt que de rater les cours, j'ai demandé à un ami d'aller me chercher celui-là en remplacement.

Je pointe du doigt le jean que je porte actuellement, que Jellah a réussi à trouver :

- Madame Polyussica, je ne voulais pas laisser une petite tâche me priver de votre cours si instructif.

- N'essayez pas de me flatter, Luxus. J'en ai jusque-là de vos bêtises, dit-elle en agitant la main au-dessus de sa tête. – Si ce n'est pas pour dire des âneries, vous passez l'heure de chimie à regarder à l'extérieur en écoutant de la musique avec vos écouteurs. Ne croyez pas que je n'ai rien remarqué ! Je vous ai laissé faire parce que durant ce temps vous ne perturbez pas le cours mais ça suffit ! Elle se tourne vers Mira et Midnight : Et vous deux, n'allez pas croire que vous valez mieux.

- Je ne vois pas en quoi mon comportement à perturber votre cours madame, déclare la blanche d'une voix neutre.

- C'est lui qui a commencé, gémit Midnight.

Polyussica semble exaspérée.

- Mademoiselle Strauss, en tant que binôme, vous êtes sensée calmer les ardeurs rebelle de votre collègue. De plus, ne faite pas l'innocente, j'ai très bien entendue votre remarque de tout à l'heure.

Elle se retourne ensuite vers Midnight qui joue avec sa tresse, la tordant entre ses doigts.

- Et vous, ce n'est parce que votre père est un des principaux donateurs du lycée que cela justifie votre comportement.

- Poly, je m'en occupe, annonce Makarov. Il désigne une photo de notre lycée, encadrée sur le mur : La devise du lycée de Fairy Tail est : « Rien n'empêche la réussite si on y met du sien ». Si jamais vous l'oubliez, elle est inscrite dans la pierre devant l'entrée principale. La prochaine fois que vous passerez là, arrêtez-vous une minute sur le sens de ces mots. Je peux vous assurer qu'en tant que nouveau proviseur de ce lycée, mon objectif est de combler tous les fossés culturels qui iraient à l'encontre de cette devise. Je sais que se motiver au travail est dur mais je vous assure que chaque effort donné est récompensé.

Makarov ne me quitte pas du regard, il veut me dire que ses propos me sont adressés particulièrement. Je ne tiens pas à détruire les illusions du vieux : je le soupçonne de croire véritablement aux conneries qu'il raconte.

- Le proviseur et moi sommes sur la même longueur d'onde. Ainsi…

La prof de chimie me fusille du regard. Elle y met tellement de conviction, on dirait qu'elle s'entraîne le soir devant son miroir. Makarov le devance en annonçant :

- … Luxus, n'embêtez plus Mirajane. Et Mirajane, je compte sur votre sérieux pour motiver votre binôme. Quant à vous, Midnight arrêter vos provocations.

- Dans ma salle de classe, je ne veux en aucun cas entendre des injures ou autres vulgarités. Ajoute Polyussica

- Je ne vais pas me laisser piétiner par ce type ! proteste Midnight en me désignant du doigt.

- Assez ! Nous en avons terminé. »

Midnight attrape son sac et s'échappe rapidement de la pièce, suivit de Mira. À l'extérieur du bureau du proviseur, Polyussica pose sa main sur mon épaule.

« Luxus ? Je me retourne. Son regard empli de sympathie me met particulièrement mal à l'aise.

Je grogne pour lui signaler qu'elle a mon attention.

- Je vous connais bien, vous savez.

- Non, vous ne me connaissez pas, ce n'est que la fin de la première semaine de cours Polyussica, et même après un ou deux mois vous ne me connaîtrez jamais.

Elle se met à rigoler.

- J'enseigne depuis longtemps, j'ai connu plus de personne comme toi dans ma classe qu'un grand nombre de professeurs dans toute leur vie.

- Et moi qui pensais être unique… Je pose ma main sur mon cœur : Vous me faites beaucoup de peine, Polyussica.

- Vous voulez être unique, Luxus ? Alors allez jusqu'au bout de votre scolarité et passez votre diplôme. N'abandonnez pas.

Je ne réponds pas. Makarov aussi voudrait que je finisse mes études, il me l'a déjà dit des centaines de fois. Mais, pour être honnête, j'ignore s'il m'en croit capable.

- Ne laissez pas votre vie en dehors du lycée dicter votre avenir.

Elle n'a aucune idée de ce à quoi ressemble ma vie hors de ces murs. Ce bâtiment de brique rouge ne peut pas me protéger du monde extérieur. Il ne l'a jamais pu.

- Même si je fais ce que vous dites, il n'y a pas d'avenir pour moi. Et ce, depuis longtemps déjà. Alors ne me dites surtout pas « si vous avez besoin d'une amie, Luxus, je suis là » !

- Faux. Je ne suis pas votre amie. Si c'était le cas, vous ne seriez pas devenue ce que vous êtes. Mais j'ai jeté un œil à vos résultats. Vous êtes un garçon intelligent qui peut réussir s'il prend ses études au sérieux.

- Je peux aller en cours ? je lui demande, en soupirant de lassitude.

Ce discours, je l'ai entendu des centaines de fois.

- Oui, allez-y.»

Dans le couloir, je me dirige vers le cours suivant qui n'est autre que celui de sport. Je ne sais pas ce qu'elle va encore nous faire faire. J'espère que je vais pouvoir me défouler, me vider la tête.

Je remets mes écouteurs en place, lorsque je l'entends crier dans ma direction :

« Si vous m'appelez Polyussica encore une seule fois sans avoir le préfixe madame devant, vous aurez le plaisir d'être de nouveau collé et de devoir m'écrire une dissertation sur le respect. Rappelez-vous, je ne suis pas votre amie. »

Je marche en secouant la tête. Cette femme manie les retenues et les dissertes comme des armes.