A/N : Nouveau chapitre, plus que deux ! Bonne lecture à vous
Chapitre 6
Albus était confortablement assis dans la salle d'attente de son chirurgien, feuilletant négligemment un magazine people sans y prêter plus attention que ça. Si attendre patiemment avait été un sport olympique, on lui aurait décerné la médaille d'or. Le docteur Friday était en train d'examiner son Rayon X nouvelle génération et lui signala qu'il n'en avait plus pour très longtemps à attendre. Malheureusement les lois de la physique, en particulier celles du temps qui passe, semblaient s'arrêter à l'entrée de cette salle car une heure et demi plus tard Albus attendait toujours, lassé, dans la salle d'attente. Et une fois entre les mains du docteur Friday, il allait falloir compter trois nouvelles heures pour que tout soit terminé et enfin pouvoir sortir.
Aberforth, de son côté, était sur le point de fracasser la porte du docteur Friday et l'étrangler avec sa propre cravate. La seule raison pour laquelle il patientait encore était qu'une fois la chirurgie d'Albus terminée le cabinet allait fermer et le plus jeune fils du docteur, Charlie, et accessoirement bon ami d'Abe, finirait ainsi son service au secrétariat. Il attendait aussi parce qu'Albus lui avait demandé de l'accompagner, mais ce n'était qu'un détail. Lui et son frère s'étaient éloignés l'un de l'autre suite à l'absence de leur mère et sœur et l'attitude calme mais autoritaire d'Albus le frustrait et ne l'aidait pas à vouloir recoller les morceaux avec lui. Les longues visites à l'hôpital d'Ariana et leur mère voyageant beaucoup pour le travail avait toujours un effet manichéen sur eux : soit ça les rapprochait grandement, soit ça les éloignait. Cela dépendait généralement de l'humeur d'Abe. Souvent Albus acceptait sa mauvaise humeur de bonne grâce, acceptant et comprenant que l'accumulation de parents absents, d'une sœur très malade et des tourments quotidiens des ados ne devaient pas faire bon ménage. Parfois cela ne faisait qu'empirer les choses, parfois non, ainsi était la vie.
Quoi qu'il en soit, Aberforth s'ennuyait ferme.
Docteur Friday émergea de son cabinet et fit signe à Albus de le rejoindre. Albus déposa le magazine qu'il avait fait mine de lire dans le présentoir et le suivit. Aberforth, heureux que son frère ne soit plus là pour l'empêcher de discuter avec Charlie ("le distraire", bien qu'Abe considérait que son ami ne fichait pas grand chose), il traversa la pièce pour arriver à l'accueil et, justement, aller "le distraire".
"Ta main guérit très rapidement je dois dire" fit le docteur d'un signe de tête approbateur. "Je suis heureux de constater que tu as arrêté de te faire du mouron pour ça". Albus sourit timidement. "Tu vas peut-être pouvoir retirer le plâtre plus tôt que prévu, continue d'en prendre soin et reviens me voir dans deux semaines. Évidement s'il y a quelconque complication, comme un gonflement ou autre, viens immédiatement. Ne tergiverse pas comme la dernière fois, d'accord ?"
Malgré le ton de reproche, sa voix restait légère et amicale, comme on désapprouverait un enfant.
"C'est promis" répondit Albus en se relevant de son siège.
"Bien, ça c'est un bon garçon. En sortant passe voir Charlie pour arranger un nouveau rendez-vous. Bonne journée à toi !"
"Au revoir, Docteur Friday".
Sur le chemin du retour, Abe et Charlie discutaient, riaient et se racontaient les âneries banales des adolescents banals. Albus marchait quelques pas derrière eux, ne voulant pas les déranger durant leur conversation enjouée et surtout n'ayant aucun espoir d'y comprendre quoi que ce soit. Il était ravi de voir Abe de si bonne humeur, surtout en l'absence de leur sœur, car bien souvent dans ces situations Abe avait plutôt tendance à se renfermer.
Soudain, il y eu un bruissement d'air et un jeune homme sorti d'un boisson voisin, criant et gesticulant joyeusement. C'était Gellert.
"Waaah mon dieu mais regardez ses oreilles quoi !" brailla-t-il en pointant Charlie, faisant mine de se reculer d'un air répugné. Du moins Albus pensait qu'il faisait semblant.
Charlie rougit furieusement, jetant ses mains sur ses oreilles d'elfes décollées, qui avaient toujours été l'un de ses grands complexes et une source d'anxiété.
"Plus sérieusement," continua Gellert d'un ton plus calme, "ce sont vraiment les pires oreilles que j'ai jamais vu. Genre on dirait deux soucoupes volantes collées n'importe comment de chaque côté de ta tête et qui ont glissées lentement mais sûrement quand on les a collées avec de la glue, du coup elles ont l'air décalées. Tes gênes sont à chier mec. Ne te reproduis pas s'il te plaît."
Les frères Dumbledore ouvrirent leur bouche, celle d'Albus était choquée, celle d'Aberforth outragée. Un long silence pesant s'était installé.
"Espèce de petite merde...!" grogna Abe, brisant le silence et se précipitant vers Gellert. Ce dernier l'évita de justesse, faisant tituber Abe, et s'enfuit dans la direction opposée pour s'échapper tout en rigolant bruyamment.
"C'était qui ça ?" demanda Charlie, son visage toujours aussi rouge qu'une tomate. "Personne ne lui a jamais appris à être une personne raisonnable et décente ?"
Abe secoua la tête avec un rire amer. "C'est le neveu de la vieille Bathilda ou un truc du genre, il va rester avec elle pendant un moment. Je sais pas trop pourquoi par contre. Et je ne pense pas l'avoir déjà vu faire ou dire quoi que ce soit qui pourrait être apparenté à "décent" ou "raisonnable".
Les oreilles d'Albus devinrent rouge et il fit mine de ne pas remarquer le regard en coin que son frère lui lançait. Charlie s'était lancé dans un de ses fameux coup de gueule et Albus en profita pour s'éloigner et marcher de son côté.
On pouvait entendre du Tchaikovsky sortir des enceintes de la radio d'Albus, ce dernier penché au dessus de son bouquin de physique sur son bureau, écrivant ses notes. Ou du moins, il essayait. Dieu sait combien de fois à la suite il venait de lire le même paragraphe sans en comprendre un traître mot.
"Dans un référentiel terrestre, on peut calculer la force s'exerçant entre la Terre et nous. Avec un humain pesant environ 50 kg, une masse terrestre environ équivalente à 5,95 x 10 puissance 24 kg et une distance entre le centre de la Terre et le centre de gravité de l'humain considéré d'environ 6371 km (soit le rayon de la Terre), on obtient une force approximativement égale à 500 N. Cette force correspond ici plus généralement à ce qu'on appelle la gravité : c'est cette force qui nous retient sur Terre."
Ce qu'il lisait aurait dû être intéressant. Non. C'était intéressant. Mais son esprit était accaparé par autre chose. Une chose appelée Gellert.
Bien qu'il s'avait que Gellert avait souvent tendance à avoir un sens de l'humour assez noir, Albus avait toujours trouvé que sa façon de l'exprimer était assez naturelle, sans réel fondement moqueur caché. Mais ce qu'il s'était passé cet après-midi avait plus semblé être de la pure méchanceté gratuite. Et ça ne lui ressemblait pas.
Albus repensa à ces deux dernières semaines, depuis sa rencontre avec Gellert. Contrarié, il pouvait au contraire pensé à au moins dix moments où Gellert avait été "cruel". Il avait appelé Elphias "boutonneux", accusé Bathilda d'être une vieille pute, jeté son sac à main par la fenêtre, crié sur un enfant, jeté des cailloux aux voitures en gueulant des obscénités, frappé Abe, au moins deux fois, l'avoir aussi insulté un bon nombre de fois, généralement à propos de relation sexuelle avec une chèvre, rit quand il a appris que l'oncle préféré de leur voisine Elizabeth était mort, et maintenant les oreilles de Charlie. Toutes ces choses avaient semblé assez triviales et pas si méchantes que ça sur le coup, mais maintenant Albus commençait à douter.
C'était dans sa nature de toujours voir le bon en chacun, mais plus il y pensait, plus il commençait à voir qu'il était difficile de défendre l'attitude de Gellert. Peut-être que son frère avait raison, peut-être qu'il était aveuglé et cherchait des excuses.
Mais pourquoi ? Albus ne comprenait pas. Généralement, la brutalité sans merci le dégoûtait. Généralement, les gens comme Gellert, il les réprimandait et ne les voulait pas auprès de lui. Pourquoi était-ce si différent cette fois ?
Cela l'énervait qu'il ait pu jouer l'autruche tant que ça. Les fautes de Gellert étaient évidentes, flagrantes. Mais il avait tellement été charmé par le blond que seul lui n'avait pas vu la vraie nature de Gellert. Même Abe avait été plus futé et plus observant que lui, ce qui était plutôt embarrassant à admettre (même si Albus s'était toujours interdit de se considérer comme intellectuellement supérieur à son frère, parfois il était dur de nier la vérité, du coup constater que cette fois c'était lui le fautif, c'était vexant).
Il se demanda si cette relation bizarre qu'il avait Gellert aurait pu naître si sa mère avait été là. Elle était rationnelle et stricte et n'avait pas hésité à bannir des amis d'Abe de chez eux qui avaient montré quelconques signes de comportement destructeur ou perturbateur. Et Gellert, en comparaison, les faisaient ressembler à des anges.
J'aimerais qu'elle soit là, pensa Albus. Elle réglerait tout ça et mettrait fin à cette stupide situation. Et apprendrait les manières à Gellert en passant. Il sourit à cette idée. Même s'il aimait son indépendance et se sentir responsable, une bonne mère restait irremplaçable. Mais il fallait attendre encore plusieurs jours avant son retour, ainsi que celui d'Ariana...
Bon sang, il fallait vraiment qu'il re-pointe son nez dans sa physique. Albus soupira et tenta de se concentrer de nouveau, les yeux pointés sur le début de son paragraphe.
"La loi de la gravitation permet donc de calculer une force s'exerçant entre deux objets..."
Un paragraphe et demi plus tard, ses pensées commençaient de nouveau à vagabonder ailleurs. Il était même tellement perdu dans son esprit qu'il n'entendit ni la fenêtre de sa chambre s'ouvrir, ni une personne entrer par cette dernière.
"Mon dieu, tu t'arrêtes de lire de temps en temps ? Pourquoi tu ne te branles pas dedans directement ? Ca irait plus vite."
Albus se retourna vivement, surpris, et vit Gellert assit sur son lit.
"Comment es-tu rentré ?" demande-t-il, dérouté.
"Comment es-tu rentré ?" imita Gellert avec un sourire. Comme Albus le regardait comme s'il avait une seconde tête qui poussait, il abdiqua et montra la fenêtre d'un revers de main. Le visage d'Albus s'illumina de compréhension.
"Je vois. Et que fais-tu là ?"
"Quoi, je n'ai même plus le droit de passer te voir à..." il regarda l'horloge posée sur la table de chevet "23h43 ? On est où, en Corée du Nord ?"
Albus secoua la tête, décontenancé.
"Je peux te demander quelque chose ?" fit-il, pendant que son interlocuteur avait saisit le Rubik's Cube posé sur la table, et le tripatouillait machinalement.
"Si tu veux."
"Pourquoi... pourquoi as-tu été si horrible envers Charlie cet après-midi ?"
"Qui ?"
" L'ami d'Abe avec qui on était."
"Aah, monsieur oreille-d'éléphant. Mon dieu il était vraiment trop drôle à voir. Sans déconner, ça me fait encore rire." En effet, un gloussement s'échappa de sa bouche.
Il haussa les épaules "C'était marrant."
"Non ça ne l'était pas."
"Si ça l'était."
"Non."
"Si."
Cette discussion ne menait nul part.
"Tu agis toujours comme ça envers les gens ?"
""Comme ça" comment ?"
"En pointant du doigts leurs défauts ou imperfections. En les insultant et en les blessant."
Gellert haussa de nouveau les épaules.
Albus soupira et fit pivoter sa chaise de bureau afin de retourner à sa physique. A peine avait-il prit son stylo qu'il senti sa chaise pivoter de nouveau et des lèvres s'étaient collées aux siennes.
Mon dieu.
Ses yeux restaient ouverts, encore sous le choc, tandis que Gellert s'écarta et se retourna pour se diriger vers la fenêtre de la chambre.
"Non, pas toujours", fit-il par dessus son épaule avant de disparaître.
Albus était pétrifié sur sa chaise, n'arrivant toujours pas à concevoir ce qu'il venait de se passer. Il regardait fixement vers la fenêtre, le rubik's cube posé sur son rebord. Tous les stickers colorés avaient été décollés et posés en tas à côté. Il était devenu aussi blanc et vide que l'esprit d'Albus.
TO BE CONTINUED
Les tournures sont moins robotisées qu'au début, ça sonne plus naturel maintenant je trouve. (On fera comme si ça n'était pas parce que le "début" date d'il y a bientôt 8 ans. C'est fou comme le temps passe vite, j'ai l'impression que ça fait 2 ans à peine que j'ai lu cette fic pour la première fois ! "Moooon dieu")
Bisous à vous ! *Si si la suite va finir par arriver, on n'est plus à quelques années près, non ?*
