Chapitre 10 : Baggiguane et Pandarbare

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En route vers Fort-Vanitas, Tiffany et Alexandre, désormais accompagnés de Marion et son petit frère Josselin, traversent une forêt de bambous. L'ambiance est joyeuse alors qu'ils discutent de leurs projets d'avenir respectifs.

– J'ai toujours su que je voulais être styliste, confie Josselin avec un sourire embarrassé. Je chipais les poupées de Marion pour leur fabriquer des vêtements avec des bouts de chiffons, jusqu'à ce qu'elle me demande un jour de lui fabriquer un costume pour elle…

– Et moi, j'ai toujours su que je voulais faire de la scène, ajoute Marion en lissant les plis de sa jupe. Je ne sais pas encore bien dans quelle branche je veux briller, mais ce que je sais, c'est que je le ferai dans les costumes de mon frère ! En attendant, j'essaie de me faire connaître en participant aux Salons Pokémon…

– Moi, je serai une héroïne ! assure Tiffany en levant un poing en l'air. Je deviendrai la meilleure dresseuse de tout Kalos et je sauverai les gens et les Pokémon en danger ! Comme les Hoenngers !

– Les Hoenngers sont à Hoenn, souligne l'Artiste avec un sourire amusé.

– C'est bien pour ça, moi je sauverai les gens de Kalos ! Et toi, Alexandre ?

Le jeune homme sourit :

– Je voudrais être un grand ingénieur, dit-il, et créer des dispositifs, des mécanismes qui amélioreront la qualité de vie des humains et des Pokémon.

– Tu pourrais être le savant fou qui fournit à Tiffany les gadgets nécessaires pour qu'elle sauve le monde, lance Josselin en riant.

– Oh oui ! s'enthousiasme la fillette. Dis oui, Alex, s'il te plaît ! Dis oui !

– Hé bien, je n'y vois aucun inconvé…

Soudainement, dans une cacophonie de hurlements sauvages, une horde de Baggiguane jaillit d'un fourré, surprenant le groupe. Ils traversent la route en bondissant, sans se soucier de la présence des quatre dresseurs sur leur chemin. L'un d'eux atterrit sans la moindre douceur sur la personne en tête du groupe, à savoir Tiffany. Celle-ci s'effondre avec un cri bref, laissant tomber Rima par la même occasion. Ses amis se précipitent aussitôt auprès d'elle avec inquiétude.

– Tiffany ! !

– Tu vas bien ? !

Celle-ci se redresse en se frottant la tête, un peu sonnée mais suffisamment vindicative pour être furieuse.

– Qui a fait ça ? braille-t-elle.

Les Baggiguane s'arrêtent, étonnés. L'un d'eux arbore un air contrit et s'attire les vociférations du plus grand de sa bande. Incroyablement polis pour des Pokémon sauvages, l'ensemble de la horde s'incline en lançant une exclamation d'excuse.

– Euh… y a pas de quoi… balbutie Tiffany, qui n'est pas bien sûre d'avoir compris ce qui s'était passé.

De nouveaux cris retentissent et l'apprentie dresseuse protège sa tête par automatisme. Cette fois, ce sont quatre Pandespiègle qui surgissent des bambous en criant des imprécations. Un Pandarbare les suit d'un pas lourd, la posture menaçante. Les amis se retrouvent au milieu des deux bandes de Pokémon qui se fixent avec animosité.

– Oh là, là… murmure Alexandre. Ça sent mauvais…

Lui et Marion s'empressent de relever Tiffany et les quatre dresseurs se carapatent sans demander leur reste. Ils s'éloignent juste assez pour ne plus être au milieu du champ de bataille et se dissimulent au milieu des bambous.

– C'est un combat entre hordes de Pokémon… poursuit Alexandre, impressionné. C'est très rare d'assister à ce genre d'affrontements !

– Vu les dégâts qu'ils vont causer, grimace Marion, je propose qu'on les laisse se débrouiller !

Mais Alexandre ne répond pas, totalement fasciné. Josselin a déjà sorti son appareil photo, qu'il met en mode caméra pour ne pas louper une miette de la scène. Inutile également de compter sur Tiffany : celle-ci s'est assise en tailleur sur le sol, le menton entre les mains, comme devant la télévision. Même Rima, perché sur la tête de sa dresseuse, observe la scène avec un intérêt évident.

– Est-ce que je suis la seule à être saine d'esprit, ici ? siffle l'Artiste.

Pourtant, bien obligée de rester avec son groupe, elle croise les bras et prend son mal en patience. Sa posture est toutefois tendue, prête à filer à la moindre alerte.

Au milieu du chemin, les deux hordes se font face et se tournent autour lentement. De sourds grognements montent de leurs gorges, leurs postures sont agressives. Ils se jaugent, cherchant les points faibles de l'adversaire, le membre le plus fragile du groupe, une faille par où attaquer…

– Darbare ! crie alors Pandarbare avec férocité.

Les deux clans se jettent alors l'un sur l'autre dans une grande clameur guerrière. Il faut moins de trente secondes pour que la mêlée soit totale. Les Pokémon de chaque camp attaquent leurs adversaires sans répit, distribuant les attaques le plus vite et le plus fort possible. Un peu à l'écart, un Baggiguane et Pandespiègle font un duel de Gros'Yeux qui tend à s'éterniser.

Mais alors que le combat commence à toucher à sa fin, avec un net avantage en faveur des Baggiguane, Pandarbare entre en action. Son rugissement fait vibrer chaque humain et Pokémon à plusieurs kilomètres à la ronde. Il lève en l'air ses deux bras puissants et abat ses poings sur la terre avec une force phénoménale, en plein milieu du groupe de Baggiguane. Ces derniers sont projetés dans tous les sens et instantanément vaincus par l'attaque brutale.

Pandarbare se redresse, le torse bombé, et rugit encore plus fort, victorieux. Les Pandespiègle se congratulent. Un Baggiguane un peu plus coriace que les autres lève péniblement un bras, le regard farouche. Il refuse d'abandonner mais est à bout de forces.

– Ce n'est pas juste ! s'écrie Tiffany, révoltée.

Elle bondit sur ses pieds et, avant que ses amis aient pu réagir, se précipite sur la scène de bataille où les Baggiguane font peine à voir. Les Pokémon se tournent vers elle dans un bel ensemble. Rima porte une patte à sa bouche avec un murmure contrit. Pour une fois, le réflexe de suivre sa dresseuse lui fait défaut.

La fillette se plante devant Pandarbare et pose les poings sur les hanches, le regard déterminé. Elle est ridiculement petite face au Pokémon mais cela ne semble pas la gêner.

– Dis donc, toi ! interpelle-t-elle le Pokémon. Tu te crois peut-être le plus fort, à te cacher derrière tes amis et les laisser prendre tous les risques pour finalement battre tes adversaires affaiblis ? ! Tu devrais avoir honte !

Le Pandarbare émet un son menaçant. Alexandre, horrifié, jaillit à son tour de sa cachette pour venir récupérer l'impudente qui lui sert d'amie.

– Pardon, lâche-t-il très vite. C'est une regrettable erreur. Elle ne pense pas ce qu'elle a dit, bien évidemment. Toutes nos excuses pour le dérangement occasionné…

Il essaie d'entraîner la fillette avec lui mais celle-ci se débat de toutes ses forces.

– Lâche-moi ! Ce gros patapouf doit comprendre la vie !

La blondinette se dégage d'un geste brusque et s'en prend de nouveau au Pandarbare étonné.

– Je suis sûre que tu n'oserais jamais faire un duel en un contre un, je me trompe ? ! Tu es beaucoup trop peureux pour ça ! Je suis sûre que les Baggiguane accepteraient un vrai duel, dans les formes, mais pas toi ! Trouillard !

– Tiffany, n'en rajoute pas ! lance Marion, scandalisée.

À la surprise générale, Pandarbare se tourne vers le chef des Baggiguane et lui lance une syllabe acide. Celui-ci se relève péniblement et les deux Pokémon commencent à parlementer sèchement. Après des pourparlers vigoureux, Pandarbare assène sa patte sur le sol, à l'endroit précis où un Pandespiègle vient tracer une grande croix. Puis, après un dernier grognement vaguement méprisant, la horde noire et blanche s'en va prestement.

Le chef des Baggiguane relève ses compagnons les uns après les autres en prenant moult précautions. Tiffany se précipite auprès d'eux et pose son sac au sol, d'où elle tire des Potions.

– Je vais vous aider…

Marion et Josselin s'empressent de venir assister leur amie pendant qu'Alexandre surveille les alentours, inquiet.

– J'ignore quel impact tes paroles ont eu sur ce Pandarbare, mais je doute qu'il en reste là, lâche-t-il d'un ton nerveux.

Tiffany lâche un petit son fier.

– Il a sûrement compris que ce qu'il a fait n'était pas loyal !

– J'en doute.

La fillette fait la moue et retourne soigner la horde. Le chef des Baggiguane, qui a écopé d'une balafre assez profonde, reçoit un pansement qu'il examine avec suspicion. L'un d'eux s'approche d'elle à petits pas et la regarde profondément. Quand elle lui rend son regard, il tapote sur sa tête en lançant une syllabe interrogatrice.

– C'est toi qui m'a atterri dessus, tout à l'heure ? comprend-elle.

– Baggi.

– Si tu te demandes si je vais bien, c'est oui. Je suis solide !

Le Pokémon sautille légèrement en souriant largement. Son chef le rappelle sèchement à l'ordre et les cinq Pokémon se rassemblent alors, formant un cercle étroit. Ils se mettent à discuter à voix basse, sous le regard curieux des quatre dresseurs.

– Ils font quoi, à votre avis ? demande Tiffany en se tournant vers ses amis.

– Il s'est passé un truc après ton intervention, répond Josselin. Je ne saurais pas dire quoi, mais les Pokémon ont pris une décision, et apparemment, il y a trêve pour le moment.

À ce moment, les Baggiguane s'écartent les uns des autres. Leur chef, reconnaissable à son pansement sur le bras, s'approche en se dandinant du petit groupe. Sous leurs yeux déroutés, il se met à leur parler en tortillant les replis de peau qui ressemblent à un pantalon sur ses jambes.

Malheureusement pour les quatre dresseurs, ils ne comprennent pas un mot de ce qu'il raconte. Devant l'absence de réaction des quatre humains, Baggiguane insiste, en faisant des gestes pour essayer de mieux se faire comprendre. Mais il n'y a rien à faire. Tiffany, pourtant, se concentre de toutes ses forces.

– Du calme, Louis-David, dit-elle. On va trouver un moyen de communiquer. Tu n'aurais pas un bâton ?

Le Baggiguane hoche la tête et file vers les fourrés à la recherche de l'objet réclamé.

– Louis-David ? répète Josselin en réprimant un rire. Tu peux nous expliquer le pourquoi de ce nom ?

– Je sais pas, c'est le premier qui m'est venu en tête.

– Tu as un goût atroce, commente Marion. Mais ce n'est pas une surprise…

– T'as qu'à trouver mieux !

Toutefois, Louis-David revient avec son bâton. Il entreprend de dessiner, sous le regard attentif de tout le monde, un grand rectangle un peu tremblotant. Au milieu de ce rectangle, il dessine un rond qui, bien que bosselé, est parfaitement reconnaissable.

– Mais qu'est-ce que c'est ? s'étonne Alexandre.

– Un terrain de match d'arène ! s'exclame Josselin. C'est ça ? !

Le Baggiguane approuve avec ferveur.

– Oh, fait Alexandre, je comprends ! Le Pandarbare a écouté la proposition de Tiffany et il t'a proposé un duel à la loyale, c'est ça ?

– Guane ! Baggui, baggui…

De son bâton, il désigne Tiffany qui cligne des yeux.

– Qu'est-ce que j'ai, moi ?

Louis-David dessine une petite croix en-dehors de son terrain de combat, précisément au milieu. Il se place sur cette croix, désigne sa droite d'un bras, puis sa gauche. Ensuite, il lève un bras en l'air et en tranche l'air en poussant une exclamation étonnement victorieuse.

– Je comprends pas… murmure Marion, déroutée.

Le Pokémon Combat insiste un peu mais devant les regards ahuris qui se posent sur lui, décide de changer de tactique. D'un mouvement leste, il chipe la casquette de Tiffany – Hé, là ! proteste cette dernière – avant de la coiffer. Il répète ses gestes avec conviction. Soudain, Rima pousse une exclamation de compréhension. S'agitant en tout sens pour réclamer l'attention, il s'empare du bâton de Louis-David et se met lui-aussi à dessiner sur le sol. Il trace un long trait vertical, surmonté d'un triangle.

– Ça, c'est un fanion, non ? reconnaît Marion.

– Mari !

Rima prend le bâton, le désigne, puis montre son dessin.

– Ton bâton, c'est le fanion ?

– Sson !

– Il dit oui, précise Tiffany. Je le comprends beaucoup mieux que Louis-David…

Rima se place à l'endroit où se trouvait Baggiguane, son bâton-fanion à la patte. Il le lève triomphalement et l'abaisse au milieu du terrain dessiné.

– Oh, bon sang ! s'étrangle Alexandre. Ils essaient de mimer un arbitre de match ? !

– Marisson !

Louis-David sautille jusqu'à Tiffany et tapote sa chaussure avec insistance, avant de désigner Rima, qui lève et abaisse son bâton avec conviction.

– Tiffany est l'arbitre ?

– Baggiguane !

Le soupir soulagé du Pokémon n'échappe à personne. Il s'est enfin fait comprendre. Tiffany se tourne vers Alexandre, encore un peu perplexe.

– Je suis pas bien sûre d'avoir compris. Tu nous expliques ?

– Hé bien, si je résume… Louis-David, arrête-moi si je me trompe. Je crois que Pandarbare a défié ce Baggiguane dans un duel singulier, juste eux deux. Et tu es supposée jouer l'arbitre.

Louis-David hoche positivement la tête alors que l'apprentie dresseuse s'étrangle.

– Pourquoi moi ?

– Très probablement parce que tu es à l'origine de tout ça, répond Marion. J'imagine qu'ils ont jugé utile d'avoir un arbitre neutre dans ce conflit qui les oppose.

– Maintenant, il faut savoir quand aura lieu ce duel, souligne Josselin. J'espère que ce sera pas dans un an ou deux…

Le groupe frissonne dans un bel ensemble. Un an d'attente, c'est long. Leurs projets à tous seraient fortement compromis. Tiffany est probablement la plus catastrophée de tous : c'est elle, après tout, qui a été désignée comme arbitre.

Mais il n'est pas question qu'elle abandonne son rêve ! Avant de commencer à paniquer, elle s'accroupit face à Louis-David qui la regarde avec curiosité.

– Est-ce que tu peux me dire quand aura lieu ce combat ?

Le Pokémon Mue commence à faire des gestes. Marion se mordille l'ongle du pouce.

– Est-ce que les Pokémon ont seulement une notion du temps comme la nôtre ?

– J'ai une idée !

Tiffany s'empare à son tour du bâton et se met à dessiner. Un demi-cercle prend forme sur le sol. La fillette pointe l'extrémité du segment à sa droite en l'appelant « lever de soleil ». Le segment à sa gauche reçoit le nom de « coucher de soleil » et le milieu de la courbe « le moment où le soleil est le plus haut ». Louis-David suit ses explications avec concentration et désigne aussitôt le coucher de soleil quand elle lui demande à quel moment Pandarbare doit revenir.

– Mais quel coucher de soleil ?

Josselin pose la question essentielle. Pourtant, malgré toutes les questions, les dessins, les gestes et les mimiques de tous, Louis-David est incapable d'assimiler le concept de « journée ».

– Hé bien, il ne nous reste plus qu'à attendre ce soir, conclut Alexandre, un peu dépité.

Un soupir collectif les prend. Louis-David s'éloigne alors en compagnie de ses congénères, sa mission d'information accomplie. Il se met à s'entraîner avec ardeur, aidé du reste de sa horde. Si Alexandre et Marion auraient pu les observer des heures avec fascination, ce ne fut pas le cas de Josselin et de Tiffany. Le styliste prend un ouvrage dans son sac et commence à le coudre dans la plus complète indifférence.

L'apprentie dresseuse, elle, se précipite auprès de la horde.

– Apprenez-moi à me battre comme vous !

– Tu es sérieuse ? hoquette Marion.

– Bah oui, pourquoi pas ? Ça doit être instructif !

Les Baggiguane semblent tout à fait d'accord pour agrandir leur horde, fut-ce avec une fillette sortie de nulle part. Ils paraissent même ravis quand celle-ci commence à imiter leurs mouvements. Mais les choses se gâtent rapidement. Si l'attaque Balayage pose assez peu de problèmes à Tiffany, qu'elle la subisse ou l'inflige, un Coup d'Boule change la donne. Un des Baggiguane se positionne face à elle, tête en avant, pour lui enseigner le mouvement.

La fillette l'imite, inconsciente du drame sur le point de se jouer. Joyeusement, elle et le Pokémon se jettent en avant, tête la première. Le bruit qui résulte du choc se fait entendre sur au moins deux mètres à la ronde.

– Ouille ! !

Tiffany tombe à terre en se tenant le front. Alexandre bondit sur ses pieds et se précipite auprès d'elle en l'espace d'un instant.

– Qu'est-ce que tu as fait, encore ? !

– Il a la tête plus dure que je pensais… balbutie son amie en retenant des larmes de douleur.

Marion éclate de rire.

– La question avait le mérite de devoir être posée !

– En tout cas, c'en est terminé de l'entraînement pour devenir un maître d'arts martiaux, décrète le jeune homme.

– Mais euuuuuh…

Alexandre traîne Tiffany, qui se laisse mollement faire, à distance respectable de la horde. Ceux-ci reprennent leur entraînement comme si de rien n'était. Commence alors pour le groupe une longue, très longue, séance d'attente…

– Sans rire, j'ai l'impression d'être chez le docteur, je sais pas si vous voyez ce que je veux dire, sur les chaises dans la salle d'attente…

Tiffany roule dans l'herbe et manque écraser Rima dans son mouvement. Ce dernier en profite pour escalader sa dresseuse et se coucher sur son ventre. À présent immobilisée, la fillette se contente de caresser la tête de son Pokémon. Les Baggiguane continuent de s'entraîner. Plus tôt dans la journée, quelques-uns étaient allés chercher des baies, qu'ils avaient partagé avec leurs nouveaux amis. Ça avait été l'occasion de manger de bons fruits et tous avaient été satisfaits.

– C'est une image tout à fait appropriée, répond Marion, occupée à lisser les plumes de Couaneton.

De leur côté, Alexandre et Josselin ont entamé une partie de cartes. Ils ont longuement négocié l'enjeu de la bataille, jusqu'à ce que l'Artiste suggère que le perdant porte pendant toute une journée un costume de Rondoudou. Aucun des deux garçons n'a envie de perdre : ils observent donc avec attention les moindres mouvements de l'autre, à l'affût d'une triche éventuelle.

– Tu prends beaucoup trop de temps à choisir cette carte, marmonne Alexandre en jetant un regard mauvais à son adversaire.

– Tu es prié de ne pas me déconcentrer.

Marion jette un œil au ciel, qui commence à se teinter d'orangé depuis quelques minutes. Le soleil est en train de se coucher. Si Pandarbare et sa horde ne viennent pas ce soir, ils ignorent quand ils le feront. Attendre des jours, des mois peut-être !, n'est pas du tout dans ses projets. Et il n'est pas question que qui que ce soit pâtisse de la dispute entre deux groupes de Pokémon sauvages. S'il le faut, ils iront chercher Pandarbare eux-mêmes. Quelque chose d'aussi grand, ça ne doit pas être difficile à manquer !

Toutefois, l'écho d'un pas lourd la tire de ses plans. Au loin, Pandarbare apparaît soudain, entouré de sa horde. Les Baggiguane se figent, soudain en alerte et méfiants. L'air se charge d'électricité. Louis-David redresse la tête avec arrogance, montrant qu'il n'est pas intimidé.

Pandarbare s'avance jusqu'à lui et l'observe de toute sa hauteur. Ils se toisent un instant. Deux Pandespiègle trottinent jusqu'à Tiffany et l'incitent à les suivre. Celle-ci se trouve placée sur le bord du chemin, pile entre Pandarbare et Louis-David qui se sont éloignés en vue du match.

Après un silence un peu gênant, l'apprentie dresseuse comprend que tout le monde attend après son intervention.

– Euh… le match qui oppose Louis-D-, euh, je veux dire, Baggiguane, à Pandarbare va bientôt commencer ! Les Pokémon sont déjà sur le terrain, donc les sortez pas… Et euh… Les règles ont été décidées par les deux challengers ! Commencez ?

Elle jette un regard mauvais à ses trois amis qui se tordent de rire, un peu à l'écart. En effet, sa première prestation en tant qu'arbitre aurait pu être meilleure, mais elle est sûre qu'elle s'en est très bien sortie. Elle leur tire puérilement la langue.

De leur côté, Louis-David et Pandarbare n'ont pas attendu pour entamer les hostilités. Baggiguane commence par lancer une attaque Groz'Yeux qui fait légèrement frémir son adversaire. Mais le panda géant est un dur à cuire. Il rejette la tête en arrière et lâche un grondement profond en gonflant la poitrine. Boosté par ce Rengorgement, il se précipite sur Baggiguane, joint ses poings et lui assène un puissant Marto-Poing. Celui-ci esquive l'attaque de justesse et les poings de Pandarbare creusent un profond cratère dans le sol.

– Bien joué ! s'exclame Tiffany en sautillant sur place.

– Tu es supposée être neutre, lui glisse Alexandre.

Les quatre dresseurs observent le combat avec fascination. Visiblement conscient de son désavantage, Louis-David esquive soigneusement les attaques brutales de son adversaire, tout en casant dès que possible des Groz'Yeux et des Jet de Sable destinés à l'affaiblir. Pandarbare, de son côté, semble compter uniquement sur sa puissance brute. Il enchaîne les Marto-Poing, Poing Karaté ou Poing Comète, qui causent d'importants dégâts autour de lui. Il ne fait aucun doute que si le Baggiguane était touché, il ne ferait pas long feu. Mais Louis-David continue d'esquiver et le combat se déplace peu à peu. Sans que personne ne s'en rende compte, les deux belligérants s'enfoncent dans la forêt, suivi par leurs hordes et les quatre dresseurs.

Le paysage change peu à peu. La forêt de bambous laisse la place à des arbres tout à fait ordinaires et le terrain se fait rocailleux. Josselin, plus attentif que les autres, remarque une paroi rocheuse où une brèche obscure laisse deviner l'entrée d'une grotte. Toutefois, il n'y prête pas attention plus que ça, trop obnubilé par le fantastique combat auquel il assiste.

Lassé de l'excessive défense de Louis-David, Pandarbare se rue sur lui dans l'intention de lui asséner un autre Marto-Poing. Baggiguane saute par-dessus son adversaire et lui assène un violent Coup d'Boule qui le sonne à moitié. Le panda géant trébuche et tombe au sol, emporté par son élan.

Tiffany applaudit frénétiquement.

– Bravo Louis-David ! Montre-lui que la taille n'a pas d'importance !

Marion hausse les sourcils.

– Tu as l'air de savoir de quoi tu parles…

– Tu saurais aussi si tu avais quatre grands frères !

Pandarbare se relève lentement. Un grognement sourd s'échappe de sa gorge. Louis-David le regarde avec méfiance, le souffle court. Tant d'esquives l'ont aussi un peu fatigué. Il jette un coup d'œil à sa horde, qui l'encourage de tout son cœur. Aucun des deux adversaires ne veut perdre la face devant son groupe.

Et c'est pendant cette pause provisoire qu'un événement inattendu vient bousculer les choses.

Un Brouhabam sort de la grotte qu'avait repéré Josselin un peu plus tôt. Ses yeux sont injectés de sang et il semble de très mauvaise humeur. Son regard se pose automatiquement sur Pandarbare, qui finit de se relever et Louis-David, qui court vers lui tête en avant. Sa peau violette se marbre d'un rouge violent et il pousse un Hurlement qui fait trembler la terre, vibrer les arbres et résonne jusqu'au plus profond de tous à des kilomètres à la ronde. De nombreux Pokémon filent à toute vitesse de l'origine du cri et des oiseaux s'envolent de toute part.

– Qu'est-ce que c'est que ça, encore ? s'écrie Tiffany, les mains plaquées sur les oreilles.

Avant que quiconque n'ait eu le temps de se remettre de l'attaque sonore, Brouhabam se précipite sur les deux combattants. Il éjecte Louis-David d'un brutal Écras'Face avant de s'en prendre à Pandarbare avec Mâchouille. Le panda géant subit l'attaque sans pouvoir réagir, encore sonné par Hurlement. Il enchaîne avec un Poing-Éclair qui a le mérite de secouer le panda. Ce dernier se redresse en rugissant de colère.

– Bon sang, souffle Josselin qui se bouche encore les oreilles, un Brouhabam ! Il a l'air sacrément vénère !

– On a dû le déranger d'une manière ou d'une autre, ajoute Alexandre. Il va sûrement s'en prendre à tout ce qui bouge dans le coin, on ferait mieux de filer.

Le frère et la sœur acquiesce d'un hochement vigoureux de la tête. Le jeune homme saisit alors la main de Tiffany, tétanisée devant ce nouvel affrontement.

– Viens ! la presse-t-il. Il faut filer le plus loin possible !

Mais la fillette ne réagit pas.

– Il est tellement en colère… murmure-t-elle, les yeux écarquillés d'effroi. Si violent…

En effet, l'affrontement entre Brouhabam et Pandarbare est d'une rare brutalité. Le premier choc passé, les Pandespiègle se sont jetés au secours de leur chef. Les Baggiguane sont allés chercher Louis-Davis, salement amoché. Le regard de l'apprentie dresseuse se pose un instant sur eux avant de retourner sur l'affrontement des deux colosses.

– Tiffany ! insiste Alexandre.

Un Pandespiègle valse, repoussé par Brouhabam. Le petit Pokémon atterrit au sol, un peu en vrac. Marion pousse un cri horrifié.

Un sursaut secoue soudain Tiffany. D'un mouvement leste, la fillette se débarrasse de son sac à dos et de la main d'Alexandre, en même temps. Avant que ses amis ne puissent réagir, elle se propulse en avant et se précipite sur les combattants. Habituée à courir, elle atteint rapidement une bonne foulée, tout en esquivant les cratères et les morceaux de bambous qui jonchent le sol. Son regard déterminé est fixé sur Brouhabam, toujours rugissant de rage.

– Écarte-toi, Pandarbare ! hurle-t-elle avant de sauter droit dans la mêlée.

Sous le regard horrifié du reste du groupe, elle s'accroche au cou de Brouhabam. Ce dernier rugit de colère et se débat dans tous les sens, en essayant de se débarrasser de cet agaçant insecte. Il en oublie totalement ses autres adversaires. Étonnement, Pandarbare a obéi à la fillette : il prend sous le bras ses trois Pandespiègle qui se battent encore à ses côtés et s'éloigne. À présent, le combat se déroule entre un puissant Pokémon fou de colère et une fillette gracile.

– Arrête, Brouhabam ! hurle celle-ci aussi fort qu'elle peut. Arrête, je t'en prie ! Je suis, on est tous désolés de t'avoir dérangés ! S'il te plaît, écoute-moi ! Arrête de crier et de te battre ! On ne voulait pas ça ! S'il te plaît, arrête ! !

Ses bras se serrent aussi fort qu'ils peuvent autour du cou de Pokémon. Si elle lâche, il la jettera au loin, de toutes ses forces. Elle est vaguement consciente que si elle le fait, les choses iront très mal pour elle. Alors, elle s'accroche avec la force du désespoir tout en continuant à parler à Brouhabam.

– Tu dormais, n'est-ce pas ? ! poursuit-elle. Je l'ai compris ! On a fait beaucoup trop de bruit et on a causé des dégâts sur ton territoire ! Tu es furieux et tu as raison ! Mais calme-toi, je t'en prie, il faut que tu te calmes ! On est vraiment désolés ! S'il te plaît, Brouhabam ! !

Petit à petit, comme un miracle, le grand Pokémon cesse de hurler. Ses gesticulations se font moins violentes et la voix de Tiffany peut alors résonner clairement sur la scène dévastée.

– Tout va bien. Il faut que tu te calmes. Je te demande pardon. Je ne voulais pas. Personne ne voulait t'embêter. On est tous vraiment désolés, on ne savait pas que tu étais là. Laisse-nous te demander pardon. On va essayer de tout arranger. Tu veux bien ?

Le Pokémon ne bouge plus du tout. Avec précautions, Tiffany détache ses bras de son cou et se laisse tomber au sol. Elle et Brouhabam se regardent avec une neutralité prudente. Elle esquisse un petit sourire affectueux.

– Tu m'as entendue, Brouhabam… merci.

Après un instant de stupéfaction, Alexandre est le premier à reprendre ses esprits. Il avance vers son amie à pas prudents, en lorgnant Brouhabam du coin de l'œil. Dès qu'il est assez près, il la prend par l'épaule et l'écarte du Pokémon.

– Qu'est-ce qui t'as pris ?

Il n'a même pas la force de crier. Son visage est livide et ses yeux écarquillés d'effroi. Tiffany baisse la tête, honteuse sans savoir pourquoi.

– Je… Il allait arriver une catastrophe. Brouhabam n'était qu'une victime. C'est de notre faute !

– Il aurait littéralement pu te tuer !

L'apprentie dresseuse frémit sous la dureté du mot. Marion et Josselin s'approchent à leur tour. Plus démonstratifs qu'Alexandre, tous deux serrent leur amie dans leurs bras, soulagés.

– J'ai cru que tu avais perdu la tête, avoue Josselin en lui donnant une pichenette.

La blondinette ajuste sa casquette en baissant les yeux, les joues un peu roses. Pandarbare, les Pandespiègle et les Baggiguane s'approchent à leur tour. Ils s'adressent à Brouhabam avec un air contrit, lui présentant leurs excuses. Le Pokémon Bruit Sourd les accepte avec un peu de réserve, encore fâché.

Tiffany se tourne vers les Pokémon pour échapper aux reproches qu'elle lit encore dans le regard froid d'Alexandre. Elle leur sourit doucement en les regardant tous tour à tour.

– On a fait des bêtises, tous ensemble, alors il va falloir réparer maintenant ! Ce n'est plus le moment de se battre, de toute façon, vous voyez que ça sert à rien !

Les Pokémon répondent avec divers degrés d'approbation. Tout le monde se met alors à la tâche pour atténuer les dégâts dus au combat entre Louis-David et Pandarbare. Heureusement, le nombre permet d'abattre la tâche assez rapidement.

La nuit est déjà bien entamée quand le groupe décide de s'en aller. Tiffany adresse une caresse à chacun des Baggiguane et des Pandespiègle et un câlin aux géants Pandarbare et Brouhabam.

– Ne vous battez plus sans raison, d'accord ? dit-elle gentiment. Et faites toujours attention à ce qu'il se passe autour de vous !

Les Pokémon approuvent dans un bel ensemble, cette fois bien d'accord. Le groupe s'en va alors après les derniers aux-revoir. Fort-Vanitas les attend !

Dans le prochain chapitre…

Alors que Tiffany profite d'un terrain adéquat pour entraîner un peu Titan à la course, un Doduo décide de s'en mêler. Il provoque le Rhinocorne dans un duel de vitesse pour déterminer qui est le plus rapide. Toutefois, Tiffany refuse catégoriquement de s'intéresser à Doduo, pour une raison qu'elle tient secrète. Alexandre, Marion et Josselin vont tout faire pour découvrir ce secret !