Chapitre 1 : L'échouée

La respiration saccadée, elle courait. Ses pieds nus étaient couverts d'écorchures et laissaient des traces de sang sur son passage. Son corps, amaigri et meurtri, était douloureux. Ses jambes souffraient de la porter mais faisaient preuve d'une surprenante vivacité pour l'aider à s'échapper. Elle s'étala de tout son long sur l'herbe rocailleuse sur laquelle elle avait entamé sa course, la faisant gémir de douleur et se recroqueviller légèrement. Ses larmes avaient marqué son visage blanc de sillons que la poussière avait encrassés. Ses lèvres gercées s'étaient pincées. Elle s'aida de ses mains pour se relever ses bras tremblant la soulevèrent jusqu'à ce que son corps soit enfin érigé sur ses fines jambes dépourvues de force.

Sa poitrine se soulevait à une vitesse ahurissante, montrant autant sa fatigue et sa peur que le résultat de sa course effrénée. Ses yeux, sans vie, parcouraient rapidement les alentours : elle ne savait pas où elle se trouvait. Le paysage qui défilait sous son regard était verdoyant, loin de toute civilisation. Des arbres, des arbustes, de l'herbe, quelques rochers éparpillés. Elle pouvait sentir une odeur iodée et entendre le ressac des vagues non-loin.

Une voix grave la fit sursauter. Effrayée, elle regarda derrière elle avec peur puis se remit à courir. Ils la suivaient, ils la cherchaient.

_ Retrouvez-la ! hurla la voix grave.

Son cœur tambourinait trop vite, s'ajoutant à la douleur que son corps supportait déjà. Ses larmes coulaient sans interruption, elle les essuya de façon détachée, ne s'inquiétant que de ces hommes qui lui couraient après. Elle jetait de brefs regards furtifs derrière elle tout en se forçant à accélérer sa course, grimaçant sous la douleur.

Elle traversa la dernière ligne d'arbres, quittant cette forêt maudite, pour faire face à une petite plaine d'où l'océan se profilait. Bien qu'elle n'arrêta pas sa course, elle devint plus lente, se rapprochant de cette eau bleue qui semblait venir de plus bas. Elle avait de plus en plus de mal à respirer, ses jambes avaient de nombreuses fois fléchi sous la fatigue, la faisant trébucher. Son pied gauche saignait abondamment, victime d'une entaille. Son tee-shirt était sali, déchiré et tâché de sang tandis que, sur ses cuisses, on ne comptait plus les éraflures et les contusions.

_ Non, murmura-t-elle paniquée.

Elle avait stoppé ses pas, ne pouvant plus avancer. Elle était au bord d'une falaise haute de plusieurs mètres sur laquelle les vagues s'écrasaient contre la roche abrupte. Ses larmes se firent encore plus nombreuses, elle ne pourrait donc jamais leur échapper ? Elle recula de trois pas puis chercha par où elle pourrait s'enfuir, une issue, une échappatoire. Elle s'affola de plus en plus. Ses choix étaient restreints : la falaise ou la forêt. Elle se figea en voyant deux hommes franchir la ligne d'arbres.

Ils l'avaient retrouvé, ils l'avaient rattrapé.

_ Tu ne peux plus t'échapper, l'avertie la voix grave.

Celle-ci appartenait à un homme aux cheveux bleutés dressés en pic, au sourire machiavélique et dont les petits yeux noirs la dévisageaient avec ardeur.

_ Reste calme, dit l'homme qui l'accompagnait.

Ce dernier avait les cheveux rouge sang et ses yeux bruns dégoulinaient de pitié.

Ils avancèrent pendant qu'elle les toisa avec une terreur lisible dans ses yeux. Elle ne pouvait pas les laisser la reprendre : elle préférait mourir plutôt qu'ils la touchent une seule fois de plus. Elle serra les poings et ferma les yeux une petite seconde pour se donner du courage avant de se retourner précipitamment et de courir douloureusement pour se jeter de la falaise. Elle entendit vaguement le hurlement de la voix grave et un fin sourire orna ses lèvres avant que son corps ne heurte l'eau.


Il marchait calmement, pieds nus, sur le sable fin. Son chien, un shiba au pelage blanc et caramel, lui rapporta le bâton qu'il lui avait lancé. Il tendit sa main, attrapa le bout de bois et caressa la tête de son chien. L'animal regarda le bâton en laissant sa langue pendre : il voulait jouer encore un peu. L'homme brun sourit et leva son bras, faisant remuer la queue de son chien qui était déjà en position, prêt à courir. Il lança le bout de bois et entendit un jappement avant de voir son shiba courir rapidement en direction de son jouet actuel. Il remit ses mains dans ses poches et continua d'avancer calmement.

Il aimait ces instants sereins où il pouvait laisser le ressac des vagues caresser ses pieds pour se retirer ensuite vers la mer, le soleil chauffant, le ciel dégagé. Il se promenait souvent ici. La fin de journée était agréable, le vent léger venait rafraîchir la température et il en profitait pour jouer avec son chien avant de rentrer pour son entraînement quotidien.

Ne voyant pas son shiba revenir, il l'appela d'une voix forte :

_ Susanô !

Il accéléra le pas, son chien revenait immédiatement habituellement. Il réitéra son appel puis entendit plusieurs aboiements. Il se mit à courir, voulant rejoindre son fidèle ami. Il le vit enfin, tournant autour d'un corps échoué sur la plage. Il se précipita sur son animal qui couinait en donnant des coups de museaux dans le visage de l'échouée. Il fronça les sourcils en voyant la femme à ses pieds.

Elle semblait inconsciente et lourdement blessée. Habillée uniquement d'un tee-shirt déchiré qui avait dû être blanc autrefois, ses longs cheveux noirs couverts d'algues et de sable éparpillés autour d'elle, elle gisait là parmi les petites vagues venant mouvoir ses fines jambes. Il s'arma de son téléphone qu'il bloqua entre sa joue et son épaule puis s'agenouilla près d'elle. Il posa deux doigts sur sa jugulaire, vérifiant son pouls. Il était faible mais existant. Son interlocuteur décrocha.

_ Sakura, c'est moi… Oui, merci. J'ai une blessée, je suis là dans dix minutes.

Le chien tourna sur lui-même en voyant son maître prendre la jeune femme dans ses bras. Le dit maître passa un bras sous la pliure des genoux de la jeune femme et l'autre dans son dos. Mais à peine avait-il soulevé le corps fragile de l'échouée que celle-ci ouvrit difficilement les yeux distinguant ceux onyx de l'homme qui la portait. Quant à lui, il vit ses yeux nacrés, habités d'une peur incommensurable, le scruter avant d'entendre sa voix dire faiblement :

_ Pitié, aidez-moi.

Elle retomba immédiatement dans l'inconscience. Il la souleva, constatant son léger poids, puis siffla son shiba avant de se diriger vers sa voiture.

Il la déposa sur les sièges arrières de sa Jeep et garda la portière ouverte le temps de voir son chien rejoindre la victime et poser sa tête tout près de son visage. Il prit place côté conducteur et plaça une sirène sur le toit de sa voiture avant de démarrer. Il roula vite et activa la radio sur son tableau de bord. Un crépitement se fit entendre puis une voix féminine résonna :

« Poste de police ».

_ Konan, c'est Sasuke, dit-il. J'emmène une victime à l'hôpital. Envoie-moi une voiture.

« Equipe 3 disponible, je te les envoie ».

La communication prit fin et Sasuke jeta un coup d'œil à l'arrière du véhicule avant de se concentrer sur la route. Il félicita son chien de bien veiller sur la jeune inconsciente puis prit un virage avant de stabiliser sa Jeep. Il quitta l'habitacle et fit un signe à l'équipe médicale qui l'attendait devant les portes coulissantes de l'hôpital.

Une jeune femme aux yeux verts, vêtue d'une blouse blanche et portant ses cheveux roses ramenés en une queue de cheval, s'approcha de Sasuke en ordonnant à ses collègues de ramener le brancard.

_ Que s'est-il passé ? questionna-t-elle en regardant son ami sortir la victime de sa voiture.

_ Aucune idée, je l'ai trouvé échouée sur la plage. Elle est gravement blessée et inconsciente, répondit le brun en laissant les médecins prendre la victime en charge. Naruto et Tenten arrivent.

Le jeune médecin acquiesça puis lui fit signe de la suivre. Elle prévint l'hôtesse d'accueil que deux policiers en service arrivaient et qu'il fallait les envoyer en salle 4, puis elle guida Sasuke jusqu'à ladite salle avant de rejoindre son équipe pour s'occuper de la victime.


Dans la salle d'examen, Sakura se lava précautionneusement les mains avant d'enfiler des gants en latex. Elle vint ensuite à côté du lit sur lequel était couchée la victime que son ami d'enfance avait emmenée. Elle détailla méticuleusement la jeune inconsciente pendant que sa collègue, une jeune femme blonde arborant de beaux yeux bleus, découpait les restes de l'habit de l'échouée.

Sakura était interne aux urgences de Matsuyama depuis deux ans, elle avait vu nombre de victimes et n'était plus choquée devant des plaies béantes ou des victimes dans un état pitoyable depuis longtemps. Pourtant, l'échouée qu'elle avait sous les yeux la fit tressaillir. Elle était maigre : ses os étaient visibles. Son corps était couvert de multiples blessures anciennes et récentes. Elle l'examina rapidement pendant que sa collègue la branchait à toutes sortes de machines.

Le silence était de mise dans la salle d'examen : seul le bip des machines venait rompre cette fausse tranquillité.


Sasuke s'était servi un café latte au distributeur et attendait ses collègues dans la salle d'attente 4. Moins de cinq minutes plus tard, il vit un homme blond aux yeux bleus s'avancer accompagné d'une jeune femme aux cheveux châtains foncés coiffés en deux macarons sur chaque côté de sa tête. Ils arrivèrent à sa hauteur et les yeux marron glacés de la policière le scrutèrent.

_ La victime ?

_ En salle d'examen, répondit le brun avant de regarder le blond. Ta femme est avec elle.

_ Accident ? questionna ce dernier après avoir acquiescé.

Sasuke leur fit alors un rapport complet, expliquant qu'il avait trouvé la jeune femme échouée sur la plage. La policière nota ce qu'il disait sur un petit calepin pendant que le blond le toisait d'un air sérieux. Après avoir dit tout ce qu'il savait, Sasuke retourna à sa voiture, ne voulant pas y laisser trop longtemps son chien seul. Son collègue blond, Naruto, l'assura qu'il le tiendrait au courant pendant que la policière aux macarons le salua d'un hochement de tête.

Sasuke retrouva son shiba dans sa voiture et le gratifia d'une caresse avant de démarrer. C'était son jour de congé mais il ne supportait pas d'être engagé dans une affaire sans avoir un visu dessus. Il reporta donc son entraînement et déposa son fidèle ami chez lui, à l'extérieur de la ville, avant de rejoindre le poste de police.


Une fois dans les locaux, Sasuke se dirigea directement vers le bureau du capitaine dans lequel il entra sans frapper. Un homme d'une quarantaine d'année aux cheveux gris coiffés en pics au-dessus de sa tête, et aux yeux noir malicieux, haussa les sourcils d'étonnement en demandant :

_ Uchiha ? Ce n'est pas ton jour de congé normalement ?

_ L'équipe 3 est en charge de ma victime, je veux récupérer l'affaire, affirma-t-il en ignorant la réplique de son supérieur.

Le capitaine Kakashi Hatake regarda fixement son subordonné en arquant de nouveau un sourcil puis jeta un bref coup d'œil à l'écran de son ordinateur avant de répliquer :

_ Aucune affaire en cours pour Namikaze et Rock, je ne peux pas en dire autant pour toi.

_ Refile-leur l'affaire Sandal, ordonna Sasuke en fronçant ses sourcils. Je garde l'échouée.

Le capitaine soupira : à chaque fois c'était la même chose. Sasuke exigeait et croyait qu'il obtiendrait ce qu'il voulait. Il avait beau être l'un des meilleurs, pour ne pas dire LE meilleur agent de sa brigade, cela ne lui donnait pas le droit de « refiler » une affaire pour en choisir une autre. Kakashi posa son menton sur ses mains jointes et afficha un regard froid.

_ Ce n'est qu'une victime encore non-identifiée hors Sandal est une affaire de meurtre et je...

_ Naruto et Tenten sont parfaitement capable de reprendre cette affaire, coupa le brun d'une voix autoritaire.

Malgré son insistance, Kakashi ne lui donna pas gain de cause et laissa son meilleur agent quitter son bureau en colère avant de soupirer.

_ Pourquoi c'est toujours les plus doués qui sont les plus compliqués à gérer ? Pensa-t-il à haute voix.


Naruto commençait à avoir des fourmis dans les jambes à rester patiemment assis dans la salle d'attente. Fatigué, il se leva et fit quelques pas en proposant un café à sa collègue. Mais à peine avait-il franchit la porte qu'il vit sa femme arriver vers lui. Il laissa un sourire dessiner ses lèvres mais le retira vite en voyant la mine dépitée de Sakura qui posa une main sur le bras de son mari en soupirant. Elle invita les deux policiers à la suivre dans son bureau et les fit s'assoir avant de prendre place à son tour. Elle semblait épuisée et Naruto voyait parfaitement l'inquiétude dans ses yeux verts. Elle s'abreuva de plusieurs gorgées d'eau au goulot de sa bouteille puis se racla la gorge.

_ Votre victime est une jeune femme d'une vingtaine d'année, commença-t-elle d'une voix lasse. Encore inconnue vu qu'elle ne s'est pas réveillée. Nous avons procédé à une prise de sang, pour tenter de l'identifier entre autre. Elle a de nombreuses marques de piqûres sur la pliure des coudes.

_ Quand est-il de son état ? questionna Tenten l'air grave, prête à tout noter sur son calepin.

_ Traumatisme crânien. Nous soupçonnons de possibles séquelles comme une amnésie par exemple. Elle porte de multiples blessures, anciennes et récentes. D'après ce que j'ai vu, je peux vous affirmer qu'elle a été violentée. Elle a des marques de brûlures de cigarette, des cicatrices dans le dos qui font penser à des coups de fouet, des marques de morsures, une large marque de strangulation et...

Sa voix se coupa sous le coup de l'émotion. Sakura n'aurait jamais cru avoir à s'occuper d'une victime de ce type. D'après son analyse, elle pouvait affirmer que l'échouée avait été retenue prisonnière durant une trop longue durée et lourdement maltraitée. Elle inspira profondément et continua :

_ Elle a eu plusieurs côtes cassées ainsi que des blessures qui ne datent pas d'hier et elle a été violée, plusieurs fois.

Naruto poussa un juron puis demanda à sa femme de leur donner son point de vue professionnel. Ils apprirent alors que Sakura pensait à une séquestration forcée, à des viols répétitifs, voir collectif, à une maltraitance alarmante... Elle ajouta qu'elle avait fait de nombreux examens et montra ses résultats aux deux policiers. Naruto regarda les photos et les radios en fronçant les sourcils. Tenten, quant à elle, semblait choquée : elle portait le bout de ses doigts devant sa bouche et ses yeux montraient sa peine pour la jeune inconnue. En remontant les yeux sur la photo vers le visage de la victime, Naruto soupira :

_ Sasuke ne va pas aimer ça !

_ Il va réclamer l'affaire, ajouta Tenten en grimaçant face à une photo de l'échouée de dos.

_ Ouais, répondit-il avant de regarder sa femme. Tu nous avertis dès qu'elle se réveille ou si tu as quoi que ce soit de nouveau.

_ Evidemment, garantit le médecin en se levant.

Elle raccompagna les deux policiers à la porte de son bureau et laissa son époux l'embrasser du bout des lèvres avant de les regarder quitter le couloir. Elle soupira fortement puis leva les yeux vers sa collègue qui venait à elle, l'air soucieux.

_ J'ai les résultats sanguins, déclara l'infirmière blonde en tendant le papier à sa cheffe. Groupe sanguin A positif.

_ Merci Ino, répondit Sakura en prenant la feuille pour retourner dans son bureau.


Elle pleurait abondamment. Sous ses yeux s'étendait le corps d'un homme couvert de sang. Elle tentait désespérément d'empêcher le saignement en appuyant sur les plaies qu'il avait à l'abdomen. Elle ne cessait de lui répéter de tenir bon, de ne pas la quitter. Elle avait peur : elle ne voulait pas qu'il meure, surtout pas. L'homme leva sa main pour venir lui caresser délicatement le visage. Elle lui sourit tendrement bien que sa peur mais surtout son immense tristesse transparaissent dans ses yeux. Les lèvres de l'homme s'étirèrent légèrement pour lui rendre presque imperceptiblement son sourire puis sa voix rauque, hachurée par la mort qui venait le chercher, prononça quelques mots, faiblement :

_ Fuis Hime, fuis.

Ses yeux se fermèrent en même temps que ses lèvres laissèrent passer son dernier souffle. Elle cria en posant sa tête sur le torse du mort, pleurant toutes les larmes de son corps. Il l'avait laissé...

.

Elle ouvrit lentement ses yeux et battit plusieurs fois des paupières pour s'habituer à la lumière. Il lui fallut quelques minutes pour prendre conscience de ce qui l'entourait : une pièce aseptisée, blanche. Un son répétitif l'interpella, lui faisant tourner et lever la tête pour voir des machines étranges d'où des sortes de câbles sortaient pour se relier à elle.

Sa tête tourna et elle la reposa sur l'oreiller en gémissant. Son corps était douloureux. Levant une main pour la poser sur son front, elle vit la perfusion et tira dessus, faisant saigner le haut de sa main. Elle s'assit, retira les tubes qui avaient été placés sous son nez ainsi que les électrodes qui parcouraient sa poitrine. Tout, elle enleva tout, faisant changer le son de la machine, qui dessinait des traits verts sur une feuille, avec un strident bip continu.

La porte de la pièce s'ouvrit alors sur une jeune femme aux longs cheveux blonds maintenus par une couette haute que le bruit avait surement attirée. Ses yeux bleus fixèrent l'échouée puis elle sourit tendrement. Les yeux fixés sur elle, la victime la regarda, apeurée. Elle avait cessé tout mouvement, son corps étant soudainement prit de tremblements. La blonde fit un pas en avant.

_ Ne vous affolez pas, dit-elle en levant doucement les mains. Je suis Ino Yamanaka, votre infirmière. Pouvez-vous me dire votre nom ?

L'infirmière fit un pas de plus tandis que l'échouée ne la lâchait pas des yeux en se reculant dans son lit. Elle ne voulait pas que cette Ino l'approche. Sa respiration était rapide, sa peur palpable, ses larmes commencèrent à couler lentement sur ses joues. Où était-elle ? Qui était-elle ? Hime ? Elle devait être Hime. Elle quitta la blonde des yeux pour regarder autour d'elle.

Ino en profita pour s'approcher davantage mais l'échouée se tourna vivement vers elle et hurla en voyant sa proximité. Ino s'excusa en reculant. Elle pouvait entendre l'angoisse dans les cris de la victime et, ne sachant pas exactement quoi faire, elle préféra quitter la chambre pour aller chercher sa supérieure, le médecin, au plus vite.


Sasuke était énervé. Il se rendait de nouveau à l'hôpital pour avoir des informations sur la jeune femme qu'il avait trouvé. Naruto ne l'avait pas appelé pour lui dire ce qu'il en était. Tenten non plus d'ailleurs. Et Kakashi qui refusait de lui laisser cette affaire !

Arrivé devant le bâtiment médical, il vit ses collègues sortir en discutant. Il se précipita hors de son véhicule et, d'un pas rapide et colérique, s'avança vers eux, prêt à déverser sa frustration de ne pas avoir eu raison du capitaine Hatake. Mais au moment où il arriva à la hauteur des deux policiers en uniforme, l'infirmière blonde accouru vers eux et s'adressa à Naruto :

_ Elle vient de se réveiller, fit-elle, essoufflée.

Immédiatement, Sasuke oublia son énervement et suivit ses collègues à l'intérieur. Plus ils s'approchèrent de la chambre de l'échouée, plus des cris reflétant une peur intense s'élevèrent.

Ino, tenant la poignée de la porte, leur jeta un regard entendu en disant :

_ Elle fait une crise de panique. C'est pour ça qu'elle est agressive. Nous sommes en train d'essayer de la calmer.

Sous l'acquiescement des policiers, elle ouvrit la porte et, soudain, les cris furent plus sonores et accompagnés de paroles d'autres personnes. Sasuke fut le dernier à entrer dans la chambre. Il vit deux infirmières tenter de maintenir l'échouée pendant que Sakura préparait une piqûre. Poussé par son instinct, il dépassa ses collègues puis exhorta les blouses blanches à se pousser. Comme les concernées ne l'écoutèrent pas, il força le passage et saisit les poignets de la jeune victime qui braqua son regard sur lui. Elle se calma instantanément.

Elle connaissait ces yeux. Elle ne savait pas d'où mais elle était persuadée que la personne à qui appartenait ces yeux était là pour l'aider. Elle se jeta sur lui, entourant sa nuque de ses bras maigrelets et le serra aussi fort qu'elle le pouvait en suppliant qu'il ne la laisse pas. Sasuke en fut surpris.

La pièce était redevenue calme et silencieuse. Le personnel médical était sortit. Ne restaient que Sakura, Ino et les deux agents de police qui observaient la scène.

Un peu pris au dépourvu, Sasuke referma ses bras autour de la jeune femme qui continuait de trembler et lui demanda de se calmer en insistant sur le fait qu'il resterait avec elle. Les larmes coulant sur ses joues, elle hocha la tête doucement et lâcha progressivement son emprise sur son sauveur, ses tremblements amoindris. Elle se retrouva de nouveau assise dans le lit mais garda une de ses mains fermement accrochée à la manche de Sasuke qu'elle regardait dans les yeux.

_ Qui êtes-vous ? lui demanda ce dernier d'une voix douce.

Elle le regarda en cherchant une réponse. Elle ne savait pas. Elle laissa ses yeux, d'une couleur étrangement nacrées avec des reflets parmes, parcourir la pièce pour voir que les autres visiteurs étaient au fond et la regardait avec attention. La peur qu'on pouvait lire dans ses yeux disparut lorsqu'elle regarda de nouveau Sasuke.

_ Je ne sais pas, répondit-elle.

Elle entendait une voix dans sa tête, une voix masculine, douce et qui semblait lui vouloir du bien. Elle ferma les yeux quelques secondes puis les rouvrit sur son sauveur.

_ Hime... Je crois... Je crois que je m'appelle Hime, dit-elle d'une voix tremblante.

Pendant ce court dialogue, Sasuke détailla la victime. Elle était jeune, peut-être du même âge que lui. De longs cheveux noirs tombaient dans le creux de ses reins. Elle avait une peau blafarde, creusée par la maigreur, de grands yeux presque blancs et des lèvres rougies et gercées. La chemise médicale ayant été malmenée par sa défense, ses épaules étaient dénudées, laissant le lieutenant de police voir des traces de morsures sur ses clavicules et une large trace violacée entourant son cou qui lui faisait penser à un étranglement. Il fronça les sourcils puis soupira discrètement.

_ Ce sont mes amis, reprit-il en montrant les autres occupants de la chambre d'un mouvement de tête. Ils veulent vous aider, eux aussi. Mon amie, là, avec les cheveux roses, va vous faire une piqûre et...

Les yeux de l'échouée avaient suivis le mouvement de tête de Sasuke vers Sakura puis vers la seringue qu'elle tenait. Immédiatement elle s'agita en suppliant son sauveur de ne pas la laisser faire. Elle avait attrapé le tee-shirt noir de ce dernier de ses deux mains et s'était de nouveau blottie contre lui en répétant de ne pas la laisser faire. Sasuke lui caressa le haut de la tête pour qu'elle se calme mais ne céda pas :

_ C'est un médicament pour vous soigner, lui mentit-il pour qu'elle accepte.

Elle releva ses yeux sur lui. Ses tremblements avaient repris et ses larmes coulaient encore mais elle secoua sa tête de gauche à droite en disant qu'elle n'accepterait que si c'était lui qui lui faisait la piqûre. Sakura tenta de contredire, mais Sasuke lui prit la seringue des mains et administra le calmant à la victime qu'il allongea ensuite.

Elle le regarda fixement jusqu'à ce que ses paupières se ferment sous l'effet du médicament.

Tous soupirèrent et Sasuke récupéra son tee-shirt en lui enlevant son emprise délicatement. Il regarda l'échouée dormir paisiblement.

_ Pourquoi elle accepte que Sasuke l'approche ? questionna Naruto.

_ Sasuke doit lui faire penser à un lien dont elle ne se rappelle plus, élucida Sakura.

Sasuke se posait la même question. Elle lui avait parlé quand il l'avait trouvé. Avait-elle gardé ce souvenir-là comme le seul auquel elle devait s'accrocher ?


19/01/2019.

Bêta : Nicori