Chapitre 7 : Tentation
Sasuke quitta son bureau et fit face à une Hinata au regard espiègle et au sourire charmeur. Il fut tenté de retourner s'enfermer dans son bureau pour échapper à Gêmu mais il prit sur lui et sortit son calepin. Attrapant au passage son paquet de cigarette, il alla pour s'installer sur une chaise longue de la terrasse. Elle le suivi en s'amusant de son air blasé.
Depuis qu'Hime avait connaissance d'elle, Sasuke cherchait à lui soutirer des informations dès qu'elle se manifestait et elle prenait plaisir à le faire tourner en bourrique tout en l'aguichant. Elle aimait voir à quel point elle le déstabilisait, même si elle n'ignorait pas qu'il préférait Hime à elle. Ce soir, elle avait décidé de révéler certaines choses en vue du rendez-vous avec la psychiatre qu'Hime aurait dès le lendemain.
Le lieutenant lui alluma une cigarette et elle l'accepta avec un sourire tandis qu'il en prenait une autre pour lui et qu'il s'armait de son crayon de papier. Avec une moue réprobatrice, elle s'assied sur l'autre chaise longue et grogna d'un ton enfantin :
_ J'ai pas envie de répondre à tes questions… A moins que tu ne répondes aux miennes !
Il la regarda froidement pour exprimer son refus ce qui la fit rire. Elle quitta sa place pour s'installer sur ses genoux. Il se crispa et passa une main sur son visage en gardant le silence. Il était hors de question qu'il entre dans son jeu. Gêmu l'attisa en déposant des baisers sur sa joue, ce qui le fit fermer les yeux avant de lui ordonner sèchement d'arrêter. Elle en rit d'avantage et recommença.
_ Ok, céda-t-il en la repoussant légèrement. Tu réponds et je réponds.
Satisfaite, elle le libéra et alla s'allonger sur l'autre chaise longue avant de prendre une bouffée de nicotine. Elle recracha la fumée vers le ciel où le soleil était bien bas, annonçant la fin de la journée, et attendit la première question.
_ Pourquoi toi, tu sais qui est Hime et elle, ne sait pas qui tu es ?
_ Je t'ais dit mon lapin ! Elle refuse de se souvenir de moi.
Sasuke n'arrivait toujours pas à s'habituer à sa façon de parler, ni à son attitude. Il n'arrivait pas non plus à comprendre comment il pouvait apprécier ses avances tout en les craignant. Il ne cessait de chercher des points communs entre Hime et Gêmu mais à part le fait qu'elles partageaient le même corps, tout les opposait.
_ Tu as peur de lui dire qu'elle te fait bander, n'est-ce pas ? questionna-t-elle à son tour.
Il s'était douté qu'elle irait dans cette direction, bien qu'il ait espéré le contraire. Depuis ces derniers jours, elle ne cessait d'affirmer qu'il désirait Hinata et, bien qu'elle n'aie pas tort, il refusait de répondre à ces suppositions. Devant son regard en coin et son sourire espiègle, il soupira et prononça un « non » qui fit immédiatement répliquer Gêmu.
_ Ok, oui elle me plait, ça te va ? la coupa-t-il en comprenant qu'il n'arriverait pas à la feinter.
« Et puis Hime ne s'en souviendra pas ! » pensa-t-il.
_ Combien d'hommes te retenaient ?
_ Cinq... Au début, termina-t-elle en recrachant la fumée sur son visage, le faisant secouer sa main pour la disperser. Ça fait combien de temps que tu n'as pas eu de sexe ?
Elle appuya le dernier mot et Sasuke se frotta les yeux de son pouce et de son index, ayant prémédité cette question-ci autant que l'autre. Il regrettait d'avoir accepté de jouer à ce jeu de questions-réponses mais il lui fallait des informations, des preuves qu'il pourrait fournir à son capitaine. Il reprit son calepin en se disant que répondre une part de vérité serait plus judicieux que de lui mentir.
_ Quelques mois, affirma-t-il avant de soupirer à son regard peu convaincu. Six mois. Qui étaient-ils ? Leurs vrais noms.
_ Gato c'est Nagato, commença-t-elle sans le regarder. On ne connait pas leur nom de famille. Sas c'est Sasori. Kiz c'est Kisame.
Il nota cela sur son calepin, satisfait de voir que ses déductions étaient justes, avant de river à nouveau son regard sur elle pour qu'elle divulgue les deux derniers noms. Cependant, Gêmu n'ajouta rien, préférant esquisser un sourire séducteur en lui posant une nouvelle question :
_ Si c'était elle qui te demandait tes faveurs, tu accepterais ?
Sasuke soupira. Gêmu refusait de lui parler de l'identité des deux individus dont il n'avait pas encore déterminé le lien avec l'Akatsuki et, en prime, elle continuait avec ses questions intimes. Si Gêmu était persuadée qu'il désirait Hinata, lui avait fini par accepter de s'avouer intérieurement que ses sentiments envers sa protégée dépassaient ses fonctions. Pour autant, il ne tenait pas à elle de la façon dont Gêmu le supposait. C'était plus profond qu'une simple attirance, un simple désir. Et, dans tous les cas, quelques soit les sentiments qu'il éprouvait confusément à son égard, il ne voulait pas en référer à Gêmu. Il resta donc stoïque en répondant :
_ Non.
Sa réponse était ferme, n'acceptant aucune négociation. Gêmu sourit et n'insista pas. Sasuke enchaîna directement sur une autre question.
_ Parles-moi des deux autres gars qui te retenaient. Qui sont-ils ?
Gêmu prit une bouffée de nicotine sous le regard attentif de son protecteur puis recracha la fumée avant de détourner le regard pour le poser sur l'horizon.
_ Nous ne savons pas comment s'appelle Chef en vrai, commença-t-elle sans le regarder, un truc du genre Orochi-quelque chose. Le dernier… Il s'appelait Yahiko...
Sasuke fronça les sourcils. Il était troublé du fait qu'elle parle du dernier membre avec tant d'émotions et en employant le passé. Il prit note tout en l'écoutant.
_ C'est lui qui nous a dit comment s'appelaient les autres. Sauf Chef, il l'appelait le Snake, précisa-t-elle.
Elle reprit une nouvelle bouffée de nicotine puis ramena ses jambes près de sa poitrine en les entourant d'un bras. Parler de Yahiko lui était douloureux mais elle fit un effort, pour le lieutenant autant que pour Hime.
_ Tu sais pourquoi je m'appelle Gêmu mais sais-tu pourquoi elle s'appelle Hime ? demanda-t-elle sans attendre de réponse. C'est comme ça que Yahiko nous appelait. Elle était sa Hime, sa précieuse princesse... Pour les autres, nous sommes Gêmu, seul Gato nous appelle Hinata. Nous étions elle avant…
Elle s'humecta les lèvres avant de murmurer pensivement :
_ Hinata.
Sasuke posa son crayon et son calepin sans la lâcher du regard. C'était la première fois qu'elle parlait de cette manière, sans le regarder et d'une voix plus calme. Il pouvait voir ses yeux nacrés briller de larmes contenues. Elle fixait la mer en laissant sa cigarette se consumer.
_ On s'en rappelle encore. C'était horrible… Nous étions entourées de corps et de sang… Avant ça, on était heureuse ! Vraiment heureuse…, sourit-elle tristement. Nous avions tellement peur. On était tétanisée.
Sasuke vit une larme rouler sur la joue qu'il voyait d'elle. Susanô était venu se coucher juste à côté de Gêmu, ce qu'il ne faisait jamais, comme s'il avait ressenti sa peine. Elle n'y prêta pas attention, plongée dans ce douloureux souvenir. Elle continua de regarder fixement la mer.
_ On croyait qu'il allait nous tuer nous aussi mais il ne l'a pas fait, continua-t-elle en laissant quelques larmes couler. Il nous a laissé en vie pour nous ramener au repère.
Elle renifla en essuyant son nez avec le dessus de sa main. Sasuke avait un nœud dans l'estomac : il avait l'impression de vivre sa peine.
_ Ce soir-là, on a tout perdu, dit-elle la voix éraillée par les larmes. Ils ont tué notre famille.
Elle le regarda en disant cela et Sasuke pu voir son regard changer dès la fin de sa phrase. Elle avait le même regard que lorsqu'elle se réveillait de ses cauchemars. Son visage se tordit de douleur, ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche s'ouvrit sans émettre de son immédiat. Puis une plainte sourde émana de sa gorge.
Sasuke n'eut besoin que d'une seconde pour comprendre que Gêmu avait disparu pour laisser place à Hime. Il se précipita sur elle pour la prendre dans ses bras. Elle s'accrocha à lui et pleura durant de longues minutes, dans le silence. Comme chaque fois qu'elle se réveillait d'un cauchemar, il la berça en lui caressant les cheveux, tentant de la calmer.
Les minutes s'écoulèrent, laissant le ciel se voiler d'un noir parsemé d'étoiles brillantes. Puis Hinata murmura d'une voix étouffée par les larmes :
_ Je vois leur visage… Leur gorge… Je veux que les images s'arrêtent… Sasuke, dis-moi qu'elles vont s'arrêter.
Il se doutait qu'elle se souvenait de la mort de sa famille. Il ne savait pas exactement ce qu'il venait de se passer mais il était prêt à parier que Gêmu y était pour quelque chose. Il continua à la bercer, ne sachant quoi faire d'autre pour la réconforter, pour la libérer des images qu'elle voyait. Que pouvait-il lui dire ? Lui mentir en prétextant que ce n'était qu'un cauchemar ou la blesser d'avantage en affirmant qu'elle était bien éveillée ? Aucune de ces solutions ne lui plut alors, sans réfléchir, il lui raconta comment, lui, il avait perdu sa famille.
Ce n'était pas un sujet qu'il abordait. Depuis six années qu'il avait appris leur décès, il n'avait pas encore réussi à faire son deuil et ne les mentionnait donc jamais. Pourtant, en cet instant, parler de la perte de ses parents et de son frère aîné lui parut naturel, instinctif. Inconsciemment, il voulait la rassurer, lui dire qu'elle n'était pas la seule à vivre sans les siens. Hinata l'écoutait en restant blottie contre lui, se sentant étrangement moins lourde. Peu à peu, les images qui l'oppressaient disparurent, la douleur s'amenuit. Quand Sasuke se tut, elle le remercia muettement d'avoir partagé un peu de lui.
Le silence reprit ses droits. Ils gardèrent leur position, admirant le ciel étoilé et profitant du calme de la nuit et du ressac des vagues. Hinata s'apaisa entièrement. Susanô bailla fortement, couché sur la terrasse. Sans bouger, Hinata demanda d'une voix endormie :
_ Pourquoi tu m'aides, Sasuke ?
_ Parce que je n'aime pas te voir souffrir, avoua-t-il.
Elle sourit faiblement. Ses yeux la brûlait d'avoir tant pleuré alors elle les ferma et se laissa bercer. Elle finit par s'endormir dans les bras de Sasuke qui la porta jusqu'à la chambre avec délicatesse, ne voulant pas la réveiller.
Hinata écoutait Ino lui dire que ses blessures étaient entièrement guéries. L'infirmière regardait la feuille des résultats de sa dernière prise de sang tout en souriant, sa patiente n'était plus anémiée ni carencée en vitamine.
Malgré ces bonnes nouvelles, Hinata avait le regard vide et Ino le remarqua. S'asseyant près d'elle, elle lui demanda ce qui n'allait pas. Hinata lui expliqua que Gêmu avait parlé de sa famille à Sasuke et que, depuis, elle se souvenait du massacre et de ces personnes chères qu'elle avait perdu. Plongée dans ce douloureux souvenir, elle révéla qu'elle voyait certaines choses, sûrement ses souvenirs, tels des flashs qui se succédaient.
Ino l'écoutait en plissant les sourcils, retenant difficilement ses larmes. Elle comprenait qu'Hinata se sente perdue et qu'elle ne sache comment interpréter les émotions que ce souvenir avait fait naître en elle. Ayant connaissance de sa prise en charge par le docteur Nara, elle ne s'attarda pas à lui donner des conseils dont elle doutait de la pertinence, préférant être une oreille attentive.
Hinata avait cette sensation étrange que les souvenirs de sa famille ne lui appartenaient pas, comme si elle n'avait pas réellement vécu ce qui hantait son esprit depuis la veille. Pourtant, elle savait que c'était bien son histoire, qu'elle avait bien vécu le massacre de sa famille. Elle se souvenait maintenant de ses parents, de sa petite sœur Hanabi ou encore de son cousin Neji avec lequel elle était très proche. Elle les avait profondément aimés, elle le ressentait. Pourtant, leur perte lui semblait si infime, si irréelle…
Elle quitta ses pensées et sécha ses larmes en assurant à Ino qu'elle allait bien. L'infirmière ne se laissa pas berner mais n'insista pas. Avec un sourire réconfortant, elle la prévint que ses soins étaient terminés mais qu'elle souhaitait garder contact. Acquiesçant, Hinata reçu sa carte avant qu'Ino ne la prenne dans ses bras avant de ranger sa valise médicale et de partir non sans offrir un dernier sourire à Hinata.
Une fois seule, Hinata avala difficilement sa salive, la gorge nouée d'appréhension, espérant revoir Ino au plus vite. L'arrêt de ses soins à domicile ne lui apparaissait pas comme la bonne nouvelle qu'elle aurait dû être mais comme la perte d'une personne proche. Elle en souffrait d'autant plus qu'elle réalisait qu'après Ino, ce serait Sasuke qu'elle perdrait et cette seule pensée l'angoissait bien plus que d'être quittée par son infirmière. Elle ravala les larmes qui menaçaient de couler et rejoignit la cuisine pour préparer le déjeuner afin de tenter de s'occuper l'esprit.
Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas le lieutenant la rejoindre. Quand celui-ci lui demanda ce qu'elle préparait, il n'obtint aucune réponse. Il se doutait que l'évènement de la veille la torturait encore alors il respecta son silence et entreprit de l'aider en mettant les couverts sur le bar en marbre.
Le regard d'Hinata changea et un sourire étira ses lèvres. Elle jeta un coup d'œil à Sasuke et lava ses mains avant de venir se blottir contre son dos, enlaçant sa taille. Il ne protesta pas, caressant même une de ses mains en esquissant un sourire. Néanmoins, quand elle déposa un baiser dans son cou, il se crispa et siffla sèchement :
_ Gêmu !
Elle sourit contre sa peau et glissa ses mains sous son tee-shirt. Sasuke ferma les yeux en lui demandant froidement d'arrêter, ce qu'elle ne fit aucunement. Plus les jours passaient et plus il lui était difficile de résister. Elle fit glisser ses mains sur lui puis le contourna pour lui faire face.
_ Laisse-toi faire, susurra-t-elle.
Il se crispa encore plus pour tenter une énième fois de refreiner ses envies de moins en moins contrôlable et rouvrit les yeux dans l'espoir que son regard froid la dissuade d'aller plus loin. Mais cela la fit sourire insolemment et elle se mordilla la lève inférieure avec provocation. Immédiatement, le regard de Sasuke bifurqua sur sa bouche, la rendant victorieuse. Elle vint effleurer ses lèvres des siennes et sourit en constatant qu'il se laissait faire. Elle devint alors plus entreprenante.
Les paupières à nouveau closes, Sasuke frissonnait. Il oubliait les interdits, ses fonctions, la situation. Il oubliait tout, se laissant porter par la seule sensualité de Gêmu. Il lui agrippa les hanches, l'embrassa fougueusement et la plaqua contre la porte du réfrigérateur, collant son corps au sien. Elle sourit contre ses lèvres en caressant les fesses musclées de son protecteur. Enfin il cédait ! Enfin, il répondait à ses attentes !
Il fit glisser ses mains le long de son buste jusqu'à saisir le bas de son tee-shirt pour le remonter lentement, frôlant sa peau si douce. Elle sentait son impatience et se flattait de lui plaire. Un gémissement de béatitude lui échappa quand les mains du lieutenant caressèrent ses côtes, un gémissement qui réveilla l'Uchiha.
Ouvrant violemment les yeux, il se rendit compte de ce qu'il s'apprêtait à faire et se recula promptement d'elle, s'injuriant de son comportement. Il se détourna, appuyé sur le comptoir, il cachait son visage dans ses mains.
_ Putain, Gêmu, ragea-t-il.
Elle perdit toute son euphorie et soupira, déçue.
_ Oh aller mon lapin ! plaida-t-elle. Personne n'en saura rien. Tu ne vas pas rester dans cet état, laisse-moi faire quelque chose pour toi.
Elle s'approcha de lui et glissa une main taquine sur ses fesses. Il se dégagea brusquement et la fixa méchamment.
_ Gêmu, je ne céderai pas avec toi, dit-il sèchement.
Elle fronça les sourcils. Il ne voulait pas d'elle mais elle savait pertinemment qu'il aurait voulu de Hime. Une larme s'écoula sur sa joue.
_ Je suis une partie d'elle Sasuke, se défendit-elle.
C'était la première fois qu'elle ne l'appelait pas « mon lapin ». Il soupira et replongea sa tête dans ses mains. La voix légèrement tremblotante, elle lui assura que Hime le désirait autant qu'elle et qu'il n'était qu'un idiot de ne pas céder à ses envies alors qu'elle était consentante. Il respira profondément.
_ Je voudrais qu'elle s'en rappelle, avoua-t-il dans un faible murmure en s'éloignant du bar, le dos vouté.
Gêmu fronça les sourcils et ne le quitta pas du regard pendant qu'il partait. Il savait bien que Gêmu était une partie d'Hinata ! Mais elle était une partie qui la faisait souffrir, à l'évidence. Et, cela, il le détestait.
_ Tu n'auras rien, répéta-t-il pour se donner la force de résister autant que pour la convaincre.
_ Mais enfin ! Pourquoi tu ne cèdes pas, hein ? Pourquoi ? ragea-t-elle.
_ Parce que je ne veux pas la faire souffrir.
Les mots étaient durs, secs, précis. Et pourtant, Gêmu sourit. Elle était satisfaite que le lieutenant s'inquiète autant pour Hime et qu'il ne la voit pas comme un simple objet de plaisir.
La douceur reprit place dans les pupilles d'Hinata sous les yeux de Sasuke : Hime était à nouveau face à lui. Cette dernière fronçait les sourcils d'incompréhension : elle avait un trou de mémoire. Gêmu avait pris sa place.
_ Qu'est-ce que j'ai fait ? s'inquiéta-t-elle en croisant le regard presque horrifié de Sasuke.
_ Rien. Tu n'as rien fait.
Il n'aimait pas l'idée de lui mentir mais comment lui dire ce qu'il venait de se passer ? Forçant un sourire, il lui proposa de manger avant que cela ne refroidisse. Sceptique et persuadée que Sasuke lui cachait encore les actions de Gêmu, Hime garda un instant le silence avant de se résigner et de s'installer sur un des tabourets du bar.
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Hinata angoissait. Tortillant ses doigts, elle ne cessait de jeter des regards inquiets sur l'horloge accrochée au mur de la cuisine : le temps s'écoulait beaucoup trop vite, approchant de son heure de rendez-vous avec la psychiatre dont lui avait parlé Sasuke de façon irrémédiable. Elle voulait des réponses à ses questions, elle voulait faire disparaitre Gêmu… Mais l'angoisse effaçait cela, ne laissant qu'une chose envahir son esprit : elle allait se retrouver seule avec une personne qu'elle ne connaissait pas.
Sasuke préparait du thé et du café sans réellement faire attention à l'angoisse de sa protégée. Il ne cessait de repenser à ce qu'il s'était passé avec Gêmu le midi même. Il était un lieutenant de la police criminelle et ses ordres étaient de veiller à la sécurité de la victime, pas d'en tomber amoureux ! S'impliquer émotionnellement dans une affaire était dangereux. Voilà pourquoi c'était interdit. Sans compter que si qui que ce soit découvrait les sentiments qu'il vouait à Hinata, la sécurité de cette dernière serait confiée à la brigade de protection des témoins et Kakashi le destituerait de l'affaire. Inconcevable.
Il quitta ses pensées en remarquant Susanô s'agiter quelques secondes avant que la sonnerie de la porte d'entrée ne retentisse. Hinata sursauta immédiatement et Sasuke lui offrit un sourire qu'il voulut rassurant avant d'aller ouvrir la porte. Le shiba accueillit joyeusement Shikamaru qui, comme à son habitude, le caressa et lui donna quelques friandises canines qu'il avait prévu exprès pour ce moment. Il serra ensuite la main de son binôme et entra dans la villa.
Hinata regardait avec méfiance cet homme brun aux cheveux rassemblés en une haute et hirsute queue de cheval, dégageant un visage sérieux dont le teint mate contrastait avec celui pâle de Sasuke. Hinata connaissait Shikamaru par ce qu'elle avait entendu de lui de Sasuke et elle n'ignorait pas la raison de sa présence, ce qui expliquait les battements frénétiques de son cœur et la moiteur de ses mains.
Elle ne le lâcha pas des yeux alors qu'il suivait Sasuke pour finalement venir s'asseoir en face d'elle à la grande table. Elle fit à peine attention à son sauveur qui s'installa près d'elle, ne sentant sa présence que lorsqu'il prit sa main dans la sienne, pour la rassurer. Shikamaru lui sourit.
_ Bonjour, je suis Shikamaru Nara, le binôme de Sasuke, mais vous pouvez m'appeler Shika.
Hinata ne réagit pas, serrant la main de Sasuke plus fortement. Elle angoissait tellement qu'elle ne sentit pas ses ongles s'enfoncer dans la peau de Sasuke qui, s'il avait mal, ne laissait rien paraître. Elle n'avait qu'une envie : s'enfuir loin de cet inconnu. Shikamaru ne se formalisa pas de ce silence. Ayant des contacts quotidiens avec son binôme, il savait d'avance qu'elle aurait cette réaction face à lui. Il avait aussi demandé conseil à son épouse qui lui avait dit de ne pas forcer et de rester naturel.
Depuis que Temari avait réussi à trouver un créneau pour prendre la Hyûga en consultation pour une expertise psychologique, Shikamaru entendait parler de la victime tous les jours : au téléphone avec son binôme, au commissariat avec ses collègues et son capitaine et même chez lui avec son épouse. Il avait l'impression de déjà la connaître alors que c'était la première fois qu'il la rencontrait autrement qu'en photo.
Laissant Hinata s'habituer petit à petit à sa présence, il dégusta son café en discutant avec Sasuke sur les dernières directives du procureur. Hinata l'écoutait attentivement, en alerte, guettant ses moindres faits et gestes. Elle ne cessait de se répéter qu'il était un lieutenant de police, le binôme de Sasuke et en charge de l'affaire la concernant, ce qui en faisait de base un homme de confiance. Elle trouvait ridicule d'avoir peur de lui. Et pourtant, elle avait tout de même peur.
Quand elle entendit que la police n'avait aucune preuve concrète et que le procureur attendait beaucoup de l'expertise du docteur Nara en vue de prendre son témoignage comme la seule preuve tangible, elle paniqua. A aucun moment elle n'avait pensé au fait qu'une enquête policière menait à un procès et donc, qu'en tant que victime de cette affaire, qu'elle allait devoir assister à ce futur procès dans une salle pleine de monde. Elle trembla d'appréhension.
_ J'ai insisté auprès de Hatake pour donner du poids à tes soupçons, continua Shikamaru. Il m'a dit de ne négliger aucune piste mais le procureur ne croit pas en l'existence de l'Akatsuki…
_ Si ta femme valide mes soupçons, ça la ferait changer d'avis, non ?
_ Faut espérer.
Le nom Akatsuki rappelait quelque chose à Hinata qui se perdit une seconde dans ses pensées. C'était assez flou mais elle se souvenait avoir lu le nom « Akatsuki » le soir où elle avait lu les notes de Sasuke sur son calepin avec d'autres noms dont elle ignorait tout.
_ C'est qui l'Akatsuki ? demanda-t-elle soudainement, les coupant dans leur discussion.
Elle riva son regard sur Sasuke mais ce fut Shikamaru qui répondit :
_ Un groupe de cinq criminels activement recherché.
_ Mais ne t'inquiètes pas avec ça, intervint Sasuke. On n'est même pas sûr que ce soient eux qui t'aient fait du mal.
Elle se mordit la lèvre inférieure en acquiesçant d'un faible hochement de tête. Si Sasuke croyait la rassurer avec une petite phrase c'était loin d'être suffisant. Elle se focalisait sur les soupçons de son sauveur, y calquant les paroles d'Ino. Si ces cinq criminels étaient bien ceux qui l'avaient enlevée, maltraitée, violée, ils étaient probablement aussi ceux qui avaient assassiné sa famille… Cela l'angoissait d'autant plus qu'elle savait que la police n'avait aucune preuve concrète.
Elle repensa au rendez-vous avec la psychiatre. Une part d'elle voulait la rencontrer pour qu'elle l'aide, mais sa crainte de devoir parler avec une inconnue était tellement forte… Elle s'encouragea mentalement, se focalisant sur le fait qu'elle ne voulait pas se retrouver seule quand sa mémoire lui reviendrait. Et pour se prouver qu'elle pouvait le faire, elle releva son regard sur le lieutenant Nara, avala difficilement sa salive et se lança.
_ Bonjour, dit-elle tremblante, surprenant son protecteur. Je, je suis... Hinata Hy-ûga.
Shikamaru et Sasuke voyaient bien qu'elle était paniquée de parler à quelqu'un d'autre que Sasuke ou Ino, à un homme de surcroît. Mais elle faisait preuve de courage et Sasuke l'en félicita d'un sourire, notant dans un coin de sa tête qu'elle se présentait plus en tant qu'Hime. Shikamaru lui sourit et Hinata, fière d'elle, reprit légèrement confiance en elle.
_ Enchanté de vous rencontrer mademoiselle Hyûga.
Hinata se pinça les lèvres avant de regarder Sasuke à qui elle pressa la main. Elle était prête à affronter la psychiatre. Elle voulait au moins essayer. Elle n'était pas du tout rassurée mais si elle avait la moindre chance de faire disparaître Gêmu et de mettre de l'ordre dans sa tête, alors elle le ferait. Et puis, elle voulait aider Sasuke avec ses soupçons pour se faire pardonner du fardeau qu'elle se considérait être auprès du lieutenant.
22/03/2019
Bêta : Nicori
