Chapitre 9 : Des souvenirs douloureux

Arrivés à destination, Kurenaï et Gaï prirent immédiatement contact avec la police criminelle de Nagoya. Leur capitaine d'une trentaine d'années leur précisa qu'il était lieutenant à l'époque où le meurtre du prêtre Rokubi avait eu lieu et qu'il n'avait pas été chargé de l'affaire en question mais il avoua qu'il était tout aussi surprit qu'eux du classement prématurée de l'affaire.

Quand le capitaine de la brigade criminelle de Matsuyama l'avait contacté deux jours plus tôt, il avait fait sortir le dossier de l'affaire des archives ainsi que le carton de preuves qui était malheureusement tout aussi vide que le dossier. Il avait alors interrogé les lieutenants chargés de l'affaire à l'époque et il transmit ses maigres découvertes aux lieutenants de Matsuyama. Kurenaï et Gaï apprirent par lui que l'enquête avait été clôturée sur l'ordre d'un certain Mifune et que ce dernier avait effacé toutes les preuves.

N'ayant rien de plus à leur fournir, le capitaine de Nagoya leur conseilla d'interroger les prêtres du Temple Atsuta mais Kurenaï préféra mettre son conseil à exécution après avoir interrogé elle-même les lieutenants ayant suivi l'affaire. Restant coopératif, le capitaine leur octroya une salle d'interrogatoire où ils questionnèrent les deux lieutenants en question mais le capitaine leur avait déjà fourni toutes les informations.

Leur seule avancée fut d'apprendre que le dénommé Mifune était, selon ces lieutenants, un agent de la garde impériale, ce qui corroborait les propos d'Okisuke. Après avoir remercié la brigade de Nagoya, ils se rendirent au Temple Atsuta. Ce temple était connu pour receler de nombreux trésors nationaux dont l'épée sacrée : la Kusanagi no Tsurugi.

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Gaï se gara sur le parking, face au parc, et les lieutenants de Matsuyama descendirent de leur véhicule. Le sourire étincelant de la jeune femme blonde de l'accueil les informa que le capitaine de la brigade criminelle de Nagoya les avait avertis de la raison de leur visite. Cette femme les guida ensuite jusqu'à un petit temple fabriqué en rondin de bois où les attendait un jeune homme brun aux bras dissimulés dans les grandes manches de sa toge blanche. Le jeune prêtre les accueilli en inclinant respectueusement la tête.

_ Ce sont les lieutenants dont je vous ai parlé, déclara la blonde d'un grand sourire.

_ Merci Hotaru, dit-il sérieusement avant de s'adresser aux policiers. Je suis Utakata, le prêtre shinto qui veille sur le temple.

_ Lieutenant Sarutobi, présenta Gaï en pointant sa collègue, et lieutenant Maïto.

_ Suivez-moi, leur ordonna le prêtre.

La jeune Hotaru rejoignait l'accueil pendant que le prêtre au teint pâle guidait les lieutenants. D'un pas calme, Utakata les amena jusqu'au temple principal. Il connaissait la raison de leur visite et craignait qu'un nouveau drame ait pu frapper. Quand le lieutenant Maïto lui demanda s'il avait connu le prêtre Rokubi, Utakata lui octroya un regard avant de répondre du même ton monocorde qu'il avait utilisé pour les saluer.

_ Il était en charge du temple principal, il m'a formé à mon arrivée. C'était un homme simple et très respectueux. Je regrette profondément sa mort.

_ Nous en sommes désolés, compatis Kurenaï. Savez-vous qui aurait pu attenter à sa vie ?

_ Oui, dit-il en cessant sa marche.

Ils se trouvaient devant le temple principal que le prêtre regardait avec un sourire triste. Il prit le temps de faire une prière avant d'y entrer et les lieutenants le suivirent en se montrant moins cérémonieux. L'intérieur du bâtiment religieux était sobre et ils n'y prêtèrent que peu d'attention, continuant de suivre le prêtre.

_ Pourriez-vous nous en dire plus ? quémanda Gaï avec impatience.

_ Non, répondit Utakata. À moins qu'il y ait une raison valable. Je suis tenu au secret et je ne souhaite en aucun cas trahir la…

_ Nous sommes sur une affaire criminelle, le coupa Gaï. On ne serait pas ici à fouiller une affaire vieille de neuf ans sans raison !

Utakata regarda fixement le lieutenant avant de bifurquer sur la policière dont le sérieux égalait celui de son équipier. Il soupira. Il ne pouvait pas trahir la garde impériale qui avait tenu à garder cette affaire secrète mais il ne pouvait pas non plus se résigner à cacher la vérité pour une affaire de meurtre… Surtout qu'il espérait toujours que les auteurs du meurtre de son prédécesseur soient punis.

_ Bien, j'accepte de vous en dire plus, dit-il avec une certaine lassitude.

_ Merci, sourit Kurenaï.

_ Je ne le fait pas pour vous, ajouta-t-il. Je le fais en mémoire de Rokubi.

Prenant une seconde pour trouver ses mots et mettre de l'ordre dans ses souvenirs, il respira profondément.

_ Rokubi a donné sa vie pour protéger la Kusanagi no Tsurugi, reprit-il. Cette nuit-là, Rokubi m'a ordonné de me cacher et de ne sortir sous aucun prétexte. J'ai obéis… et c'est sûrement mon plus grand regret.

Le regard d'Utakata se perdait dans le vide alors qu'il racontait cette fameuse nuit. Il expliqua que cinq hommes avaient débarqué de nulle part, qu'ils avaient torturé et violenté le prêtre Rokubi dans l'espoir qu'il leur ouvre les portes du Temple pour prendre l'épée sacrée. Il ne partagea aucun des détails qu'il gardait en mémoire, ayant été longuement hanté par ce souvenir morbide.

_ Pourriez-vous nous décrire ces hommes ? demanda Kurenaï d'une voix douce.

Utakata soupira de nouveau avant de lever le regard sur la policière. Rokubi avait été comme un membre de sa famille, pourtant, il l'avait regardé se faire torturer. Il l'avait entendu hurler de douleur mais il n'avait pas bougé. Il avait honte de lui, tellement honte… Il ne tint pas plus longtemps le regard compatissant du lieutenant Sarutobi et secoua la tête en négation.

_ Est-ce qu'ils ressemblaient à ça ? insista-t-elle en sortant des imprimés de sa poche.

Elle déroula les feuilles pour les donner au prêtre. Consciencieuse, Kurenaï avait sorti les portraits-robots des membres de l'Akatsuki, son binôme l'en félicita muettement. Elle remarquait bien que le prêtre était perturbé par leurs questions. Au vu de ses maigres révélations, il avait été témoin du meurtre, ce qui rendait son témoignage aussi indispensable à leur enquête qu'il était douloureux pour le prêtre. Elle se désolait de devoir lui raviver un tel souvenir mais l'enquête en cours était plus importante que sa compassion.

Elle ne le quittait pas des yeux, le voyant regarder un à un les visages des supposés criminels. Les mains d'Utakata tremblaient et ses yeux noirs humides et gorgés de remords restaient rivés sur les imprimés. Sa mémoire y calqua les souvenirs de cette nuit de février 2008.

_ C'est lui qui l'a tué, révéla-t-il en regardant le portrait-robot de celui qu'il désignait. Il lui a enfoncé son couteau dans la poitrine… et il l'a regardé dans les yeux… jusqu'à ce qu'il… Excusez-moi.

Il se racla la gorge pour se reprendre et rendit les imprimés à Kurenaï qui put voir duquel des cinq membres de l'Akatsuki parlait le prêtre : Yahiko Païn.

Utakata soupira une énième fois avant d'approfondir son témoignage. Nommant les criminels selon l'appellation qu'il avait entendu d'eux à l'époque, il raconta que le « Snake » et « Kiz » avaient longuement martyrisé Rokubi pendant que « Patron » réclamait l'épée sacrée.

_ Je n'ai su le nom des deux autres qu'en voyant ces dessins passer à la télévision, continua-t-il en jetant un bref regard aux imprimés. Akasuna restait derrière Uzumaki, ils les regardaient faire… Et puis, Patron s'est énervé… Vous connaissez la suite.

_ Oui, merci, sourit poliment Kurenaï.

_ Ont-ils dit quelque chose qui vous semble important avant de… partir ? demanda le lieutenant Maïto.

Utakata plissait les sourcils en fouillant sa mémoire. Yahiko Païn avait mis du temps à se calmer en s'éloignant de ses sous-fifres. L'Uzumaki l'avait rejoint après quelques secondes. Il ne se souvenait pas des mots qu'avaient échangés l'Hoshigaki, l'Akasuna et le Sannin pendant que le sabreur parlait à son supérieur. Et rien d'important par la suite ne lui revint.

_ Quand Uzumaki a calmé Patron, il a passé un coup de fil avant qu'ils ne repartent comme si rien de tout ça ne s'était passé, souffla-t-il avec regret. Après… J'ai attendu… je ne sais pas combien de temps exactement… J'ai appelé la police après avoir…

Il déglutit en se remémorant le souvenir du corps inerte de Rokubi et respira profondément pour le chasser. Affrontant ensuite le regard des lieutenants, il reprit de sa voix toujours aussi neutre et calme :

_ J'ai fait une déposition aux lieutenants de la criminelle et à un agent de la garde impériale. A peine un mois plus tard, la Kusanagi no Tsurugi a été réquisitionnée sous prétexte d'une restauration. Mais le trésor enfermé dans ce Temple est une réplique, ajouta-t-il en jetant un regard à une porte renforcée.

Il s'offrit quelques secondes de réflexion avant de reprendre :

_ Quelques mois plus tard, j'ai appris que le Yata no Kagami avait lui aussi bénéficié de cette restauration.

_ Qu'en était-il du Magatama ? enquêta Kurenaï.

Utakata porta son regard sur elle, hésitant visiblement à répondre. Il inspira profondément avant de détourner le regard.

_ Personne ne sait où se trouve le Yasakani no Magatama, hormis son gardien, l'empereur et la garde impériale. Les trésors impériaux sont l'héritage de la déesse Amaterasu à ses fils, nos empereurs. Ils représentent chacun une qualité que ses fils doivent porter. Le Yasakani no Magatama représente le bien le plus précieux de la déesse : son collier de fertilité.

Il expliqua que l'emplacement de ce trésor était gardé secret depuis des siècles et que son gardien se présentait aux sacrements des empereurs au même titre que les grands prêtres shintos, son identité étant gardée secrète. Il était donc totalement normal que les prêtres shintos du Japon soient informés pour le miroir de bronze mais tenus à l'écart de toutes informations liées au Magatama.

_ Cependant, certaines choses sont racontées avec une part de vérité et certains de mes confrères disaient connaître l'identité du gardien, continua-t-il. Je n'y avais jamais réellement prêté attention, jusqu'à… Jusqu'à ce qu'on parle du massacre d'Asuka.

_ C'est-à-dire ? s'intéressa Gaï alors que son binôme fronçait les sourcils.

_ Certains d'entre nous disaient que les Hyûga étaient les gardiens du Yusakani no Magatama. J'en doutais mais… quand j'ai vu le massacre de la famille Hyûga aux informations, je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était eux, dit-il en pointant du doigt les imprimés.

_ Merci prêtre Utakata, sourit Kurenaï.

Celui-ci leur offrit un maigre sourire avant de les raccompagner jusqu'à l'accueil où Hotaru les attendait. Les deux lieutenants remercièrent de nouveau le prêtre avant de s'éloigner en discutant. Le fait qu'un prêtre shinto donne du crédit à la rumeur liée au massacre des Hyûga mettait du poids dans la balance mais ce n'était pas cela qui intéressait prioritairement la Sarutobi.

_ Il n'était pas au courant pour l'agression à Ise, réfléchit Gaï à haute voix.

_ Il a passé un coup de fil, l'imita-t-elle.

Arrivant à leur véhicule, le lieutenant à la coupe au bol croisa ses bras sur le capot en regardant son équipière, la questionnant muettement sur ce qu'elle venait de dire. Suivant aisément le fil de ses pensées, elle s'expliqua en lui rappelant ce qu'avait dit le prêtre :

_ Il a dit qu'Uzumaki avait calmé Païn, probablement un lien affectif, supposa-t-elle. Et il a ajouté qu'il avait passé un coup de fil avant qu'ils ne partent. Lequel a passé un coup de fil ? J'en sais rien, mais ça veut dire qu'ils ne sont pas que cinq !

_ Oh putain ! percuta Gaï en s'éloignant de la voiture.

_ Tu conduis, j'informe Kakashi, ordonna-t-elle en entrant côté passager.

Acquiesçant, Gaï entra du côté conducteur et démarra promptement alors que Kurenaï appelait leur capitaine. Utakata avait dit que la rumeur sur le gardien du Magatama tournait entre les prêtres shintos et d'après leurs informations, cette rumeur avait pris de l'ampleur seulement à la suite du massacre, transmise cette fois par les médias. Alors quand elle finit de briefer Kakashi sur le témoignage du prêtre Utakata, elle lui fit part de ce détail, prédisant que l'Akatsuki avait connaissance de cette rumeur grâce à un prêtre.


Il faisait nuit depuis plusieurs heures mais Hinata ne trouvait toujours pas le sommeil. Elle s'était levée pour se mettre sur une chaise longue de la terrasse et regardait le ciel étoilé.

Dès qu'elle fermait les yeux, elle revoyait le visage de sa petite sœur, dont la gorge était profondément tranchée, figé sur une expression de douleur. Et plus cela hantait son esprit, plus les sensations y étant liées devenaient oppressantes, saisissantes. Vivantes. Le vide qui habitait sa poitrine se remplissait telle une jauge et c'était douloureux.

D'après sa psychiatre, cela signifiait qu'elle s'appropriait ses souvenirs. Le docteur Nara lui avait expliqué la veille qu'elle passait par plusieurs étapes, ayant dit mot pour mot : « Les souvenirs de votre famille vous paraissent plus clairs, plus cohérents, peut-être plus personnels, parque vous ne les vivez plus à travers les souvenirs de Gêmu. Vous vous les appropriez. La prochaine étape sera d'apprendre à vivre avec ». Mais elle n'arrivait pas à imaginer pouvoir s'habituer à vivre avec de tels souvenirs.

Susanô, qui s'était couché près d'elle comme à son habitude, bailla bruyamment. Hinata quitta alors ses pensées et sourit en voyant le Shiba s'étirer. Apercevant une ombre sur le côté, elle jeta un regard à la porte-fenêtre et découvrit Sasuke dans l'embrasure, les mains dans les poches.

_ Tu ne dors pas ? questionna-t-elle.

_ Apparemment toi non plus, sourit-il.

Il avait du mal à dormir. Elle apparaissait derrière ses paupières à chaque fois qu'il les fermait. Elle avait forcément remarqué qu'il évitait d'être trop près d'elle depuis qu'il avait cédé à Gêmu, se le reprochant toujours. Lui, il avait remarqué qu'elle se sentait perdue, qu'elle souriait rarement et s'enfermait souvent dans ses pensées.

Il avança et lui tendit la main.

_ On va marcher un peu, proposa-t-il.

Elle saisit la main tendue et le suivit sur le sable fin, pieds nus comme lui. Ils marchèrent quelques minutes puis Hinata s'accrocha à son bras. Sasuke se sentit en devoir de parler et commença maladroitement en lui demandant comment s'était passée sa première séance –en dehors du premier rendez-vous. Il rata son approche car Hinata, ne voulant plus y penser pour le moment, se contenta d'un haussement d'épaule. Sasuke grimaça de son échec mais ne s'avoua pas vaincu pour autant : il la retint de marcher en attrapant son bras, interceptant son regard.

_ Him- Hinata, se reprit-il. Je vois bien que ça ne va pas.

_ C'est… difficile, répondit-elle en détournant les yeux.

_ Je m'en doute.

Sasuke lui fit un sourire réconfortant en lui remettant une mèche de cheveux derrière l'oreille. Il s'humecta les lèvres en tentant d'oblitérer son envie de l'embrasser et reprit leur marche. Elle le retint rapidement en saisissant son bras et le vit hésiter avant de la regarder. Il fronça les sourcils en constatant son regard espiègle et fit immédiatement marche arrière pour rentrer à la villa.

Elle le regarda s'éloigner en se tenant négligemment les hanches et affichant un regard réprobateur. Puis elle soupira avant de lui emboîter le pas, prenant un peu de vitesse pour le rattraper. Arrivée à sa hauteur, elle lui saisit de nouveau le bras.

_ Qu'est-ce que tu veux Gêmu ? demanda-t-il froidement sans la regarder.

_ Toi mon lapin ! répondit-elle d'un rire séducteur avant de soupirer. Roh, je ne vais rien te faire, c'est bon !

Elle lui lâcha le bras pour appuyer ses propos, récoltant un regard septique. Elle lui sourit et s'allongea sur le sable, se redressant grâce à ses bras pour regarder l'horizon. Sasuke se passa une main dans les cheveux et s'installa à côté d'elle tout en gardant une certaine distance. Il reçut alors un regard espiègle et un sourire satisfait avant qu'elle ne regarde devant elle.

_ Elle aime beaucoup regarder la mer, dit-elle après un soupir. Elle a raison, c'est apaisant.

Sachant que Gêmu parlait de Hime, Sasuke se mit à regarder dans la même direction qu'elle, voyant les vagues lécher le sable humide au loin. Cette vision lui fit penser à sa mère : Mikoto rêvait de pouvoir regarder les couchers de soleil sur la plage et c'est pour cette raison qu'il avait acheté cette villa.

_ Tu restes près de nous, je vais lui rappeler deux ou trois trucs, dit-elle sans quitter la mer des yeux.

Sasuke la regarda promptement en écarquillant les yeux avant de froncer les sourcils, n'étant pas du tout d'accord avec l'idée.

_ Elle vient de se souvenir de sa famille, tu ne peux pas lui foutre la paix deux minutes ? s'énerva-t-il.

_ Arrête de râler, elle doit se souvenir. Avec ou sans toi, c'est comme tu veux !

Elle s'allongea sur le sable à ces mots et clos ses paupières, sous le regard énervé de Sasuke qui n'aimait pas le moins du monde qu'elle lui tienne tête et qu'en prime elle l'oblige à rester. Il avait beau garder une certaine rancœur envers Gêmu pour ce baiser qu'il regrettait lui avoir donné, il ne pouvait la laisser seule en sachant que cela revenait à abandonner Hime.

Mais quand il vit son visage se crisper, il oublia sa rancœur et s'allongea près d'elle en lui prenant la main. Il pouvait lire la peur sur ses traits, voir ses lèvres trembler, ses yeux se fermer plus durement et ses poings se serrer hermétiquement, lui broyant sa main gauche. Sasuke sentait son estomac se tordre de la voir sous l'emprise de douleur. Il la voyait prendre de fortes inspirations en tremblant et des larmes s'écoulaient de ses yeux toujours clos.

Après de longues minutes, elle ouvrit subitement les yeux et Sasuke reconnut le regard qu'elle avait lorsqu'elle se réveillait d'un cauchemar, ce regard gorgé d'une peur palpable qui lui glaçait le sang. Elle respirait trop rapidement et fixait le ciel, totalement perdue. Il lui caressa timidement le bras, ce qui la fit sursauter avant de tourner son visage vers lui. Elle était tétanisée et Sasuke l'apeura d'autant plus.

_ Hime, murmura-t-il en approchant une main de sa joue.

Elle se recula d'autant plus, terrifiée, ne le lâchant pas des yeux. Elle ne voulait pas qu'il l'approche, ni qu'il la touche. Les souvenirs que Gêmu lui transmis défilaient toujours confusément devant ses yeux. Des images, des pensées, des souvenirs, des émotions… Se rasseyant, elle ferma les yeux en se prenant la tête entre ses mains.

Sas envahissait son esprit, de leur première rencontre à la dernière fois qu'elle l'avait vu au bord de la falaise. Elle voyait ses yeux la détailler. Elle sentait ses mains sur son corps. Elle pouvait même se souvenir de son odeur… Elle eut un haut le cœur, lâcha son visage et se leva pour courir le plus loin possible. Elle voulait arrêter ces images, ces sensations et les nausées qui la prenaient. Elle n'arrivait plus à penser à autre chose qu'à cette oppression qui l'empêchait de respirer, à cette brûlure qui tiraillait ses entrailles. Elle voulait que cela s'arrête, tout de suite.

Sasuke la vit rejoindre la villa et entrer en trombe alors qu'il accélérait sa course. Il entra à son tour et la vit dans la cuisine, gémissant de douleur, pleurant et fouillant dans les tiroirs à la recherche de sa délivrance. Il se précipita sur elle quand elle se saisit du grand couteau pour s'en faire une arme prête à entailler son abdomen. Il stoppa son geste juste à temps et s'empara du couteau qu'il jeta dans l'évier.

_ Non, gémit-elle en s'effondrant sur le sol. Je veux que ça s'arrête.

Elle se prit la tête des mains et ferma les yeux, ne supportant plus de voir ces images. Tout son visage se déforma sous la douleur et Sasuke s'accroupit devant elle, hésitant à la toucher.

_ Je veux que ça s'arrête, supplia-t-elle de façon presque inaudible.

Il n'hésita plus et lui caressa doucement l'épaule. Elle se crispa mais ne s'éloigna pas alors Sasuke s'installa plus confortablement devant elle. Il voyait qu'elle avait du mal à respirer tant elle pleurait et il maudissait sourdement Gêmu. Il ne savait pas quels souvenirs elle lui avait transmis et, au vu de sa réaction, il redoutait d'en découvrir la teneur. Il continua de caresser doucement son épaule.

_ Hinata… ?

_ Je veux que ça s'arrête, sanglota-t-elle. Les images, tout. Je veux que tout s'arrête. C'est pas mes souvenirs, c'est pas vrai… Je ne veux pas…

Sasuke se mordit rageusement la lèvre en la prenant dans ses bras, ne se formalisant pas de la sentir se crisper contre lui. Elle ne le repoussa pas et laissa de nouvelles larmes couler. Petit à petit, elle lâcha sa tête et Sasuke l'enveloppa entièrement. Il la berça doucement, serrant la mâchoire en la sentant trembler.

_ Il avait pitié d'elle, de moi, murmura-t-elle après de longues minutes. Alors pourquoi il a fait ça… ?

_ Je ne sais pas, chuchota-t-il en resserrant son étreinte.

_ Ça sert à quoi d'être encore en vie si c'est pour ça ?

Sasuke ferma brièvement les yeux, n'aimant pas l'entendre dire cela, avant de les rouvrir et la défaire de ses bras pour la regarder fixement. Il fronça les sourcils en voyant son regard vide et prit son visage en coupe pour essuyer de ses pouces les larmes qui coulaient toujours.

_ Je te créerai de nouveaux souvenirs, dit-il doucement. Des souvenirs qui te feront sourire. Je ne te lâcherai pas, je te le promets.

_ Pourquoi tu ferais ça ?

_ Parce que je tiens à toi, murmura-t-il.

Hinata esquissa un léger sourire avant de soupirer pour tenter de chasser cette douleur qui la rongeait de l'intérieur. Sasuke la blottit de nouveau contre lui pour reprendre son bercement et elle se laissa gagner par la sécurité que seule l'étreinte du lieutenant lui procurait.

Sasuke se sentait impuissant, presque incompétent. Il ne savait pas comment l'aider, quels mots pouvaient la soulager ou la rassurer…

Après la perte de sa famille, Kakashi avait pris soin de lui jusqu'à ce qu'il quitte l'école de police et qu'il investisse une partie de son héritage dans l'achat de sa villa. Durant ces années, il s'était renfermé sur lui-même. Il cachait sa peine derrière sa colère et refusait que qui que ce soit parle de sa famille. Il était devenu violent, agressif, perdu… Kakashi avait tant de fois insisté pour qu'il se confie à lui, plaidant que partager sa peine finirait par la lui faire accepter. Mais comment apprivoiser le manque et la douleur ? Il n'avait jamais cédé.

Pourtant, il savait que Kakashi avait raison. Il savait qu'Hinata avait besoin de partager sa douleur, ces images qui la faisait souffrir. Cependant, il ne savait pas comment l'inciter à se confier à lui. Elle ne lui avait rien dit sur sa famille et il n'était pas certain de pouvoir entendre ce qu'elle avait à dire sur ses viols. Alors la prendre dans ses bras et la bercer étaient les seuls moyens qu'il avait pour l'aider. Même si cela lui semblait insuffisant.

Après de longues minutes, Sasuke sentit Hinata s'alourdir contre lui. Ses tremblements avaient cessé, ses larmes s'étaient taries et sa respiration était plus profonde. Comprenant qu'elle allait s'endormir, il l'éloigna doucement de lui et se releva pour la prendre dans ses bras et la conduire dans sa chambre. Il la couvrit et sourit en la voyant les paupières closes et le visage plus apaisé. Il amorça son départ pour rejoindre sa propre chambre mais elle lui agrippa le poignet.

_ Restes un peu, s'il te plaît ? demanda-t-elle.

Il accepta sans hésitation et s'allongea près d'elle pour la laisser se blottir contre lui. Il lui embrassa affectueusement les cheveux avant de scruter le plafond. Etant donné que Gêmu avait déjà rendu les souvenirs du massacre Hyûga à Hime, il savait que ce qu'elle lui avait partagé ce soir ne pouvait concerner que ses agresseurs et donc, ses viols. A moins que cela ne concernait le fameux Gato, mais au vu de sa réaction, il en doutait.

Il ne pouvait qu'imaginer le mal que cela lui faisait et il était même certain d'être loin du compte. Il n'avait pas un esprit psychologique aussi développé que Temari mais il était aisé de comprendre que son geste suicidaire n'était que le fruit de ce mal qui la rongeait, tout comme il s'imaginait qu'elle avait dû souhaiter mourir à de nombreuses reprises durant ses sept années de séquestration.

Il la sentit s'endormir contre lui et, ne voulant pas la réveiller et ne ressentant pas l'envie de rejoindre son propre lit, il garda sa position et continua de réfléchir en scrutant le plafond. Il pensait à contacter Temari pour qu'elle l'aide à savoir comment se comporter avec Hinata lors d'épisodes comme ce soir. Etant psychiatre, elle avait sûrement de bons conseils à lui fournir.

Repensant au coup de téléphone de son binôme, il ferma les yeux. Shikamaru lui avait rapporté ses découvertes concernant les affaires bâclées de Nagoya et Ise, tout comme il l'avait averti que Kakashi orientait l'enquête en ce sens. Il aurait voulu aller sur le terrain, que ce soit à Ise à la place de l'équipe 3, à Nagoya à la place de l'équipe 4 ou encore à Asuka en reprenant sa place que son capitaine léguait au lieutenant Sarutobi. Néanmoins, il préférait rester près d'Hinata plutôt que de remplir ses fonctions de lieutenant de la criminelle.


20/04/2019

Bêta : Nicori