Chapitre 10 : Témoignage d'un prêtre
Temari écoutait attentivement sa patiente lui parler de sa famille. Elle ne lui avait toujours pas confié ses souvenirs du massacre, préférant expliquer minutieusement la composition du clan. Elle lui parlait du grand manoir familial qui accueillait presque une trentaine de Hyûga dont l'aîné des jumeaux, son père : Hiashi. Elle lui parlait de sa mère, Hanae, qui jouait magnifiquement bien du piano. Elle parlait de sa cadette, Hanabi, de son cousin Neji qu'elle considérait comme un frère, de son grand-père et de tant d'autres.
Temari sentait comme il lui était difficile de les imaginer morts. Les images du massacre lui étaient encore inacceptables. Elle tentait de chasser ce souvenir en se focalisant sur ceux qu'elle gardait de sa famille durant leur vie. Et même si Temari comprenait cela, il lui fallait affronter la douleur liée à ce souvenir pour qu'il pèse moins lourd. Elle voulut donc aborder la nuit du 17 février 2010 mais Hinata la devança :
_ C'est quoi un TDI ? demanda-t-elle. Comment je peux avoir Gêmu en moi ? Comment je la fais partir ?
Temari prit son temps pour peser ses mots afin de lui fournir une explication claire sans l'alourdir de termes médicaux trop abstraits. Hinata la regardait droit dans les yeux, attendant une réponse.
_ Vous avez vécu des moments très douloureux et il est fréquent qu'une femme ayant subi des viols développe un TDI, c'est comme une protection. Vous vous êtes protégée en enfermant votre douleur en vous et cela a créé Gêmu. Vous êtes autant Hime que Gêmu, mademoiselle Hyûga. Elle ne peut pas partir. Vous devez apprendre à cohabiter.
_ Mais je ne veux pas…, sanglota Hinata en baissant le regard. Je ne sais jamais quand je suis elle, ou moi, ou je ne sais qui… Des fois, je me réveille avec des tonnes d'images en tête sans savoir d'où ça vient… c'est oppressant…
Temari plissait les sourcils par compassion, attestant la détresse de sa patiente. Celle-ci expliqua entre ses larmes que la première fois, elle s'était réveillée avec les souvenirs du massacre de sa famille et qu'il lui avait fallu plusieurs jours pour se remémorer des souvenirs plus anciens, ceux qui avaient bercé son ancienne vie. Temari grimaça en l'entendant révéler que, la fois suivante, elle s'était réveillée avec les souvenirs du criminel Sasori Akasuna.
_ Et les images ne s'effacent pas…, ajouta-t-elle en se prenant la tête à deux mains. Je n'arrive pas à les arrêter… J'ai même peur de Sasuke à certains moments.
Elle cacha son visage en le frottant de ses mains. Elle ne voulait pas avoir peur de Sasuke. Les larmes lui brûlaient les yeux et une grimace déforma son visage.
_ Je sais que c'est Gêmu qui me fait voir ça, murmura-t-elle.
Temari donna des mouchoirs à sa patiente. Tout cela était bien délicat et elle n'avait malheureusement aucune solution miracle à fournir. Elle lui expliqua qu'elle aurait besoin de temps pour que ses souvenirs, bons ou mauvais, prennent leurs places dans son esprit, comme elle le lui avait déjà expliqué.
Hinata restait silencieuse, n'appréciant pas l'idée que seul le temps lui permettrait de mettre fin à ce qui se passait dans sa tête. Temari lui laissa quelques secondes pour assimiler cela, puis elle reprit en joignant ses mains devant elle :
_ Si je vous demande qui vous êtes, là, que me répondrez-vous ?
_ … Hime ? finit-elle par dire, incertaine.
_ Pourquoi ?
_ Parce que… Parce que je n'aime pas l'odeur de la nicotine, hésita-t-elle. Gêmu fume mais pas moi.
Temari était contente de constater que sa patiente réussissait à se différencier de sa deuxième personnalité, même si cela se faisait grâce à un détail insignifiant. Le problème d'identité qui faisait naître autant de crainte chez sa patiente était plus profond et Temari pensait que c'était le moment de l'aborder.
_ Donc, vous n'êtes pas Gêmu en ce moment. Mais êtes-vous vraiment Hime ? Ou êtes-vous Hinata ?
Temari vit la bouche de sa patiente s'entrouvrir sans qu'elle n'émette un son. Ses yeux nacrés se gorgèrent de nouvelles larmes alors qu'elle se tripotait nerveusement les doigts. Comme la psychiatre s'y attendait, sa patiente était perdue entre les trois identités qu'elle renfermait.
_ Je ne sais pas, finit par murmurer Hinata.
_ Mademoiselle Hyûga, l'appela doucement Temari. Que vous soyez Hime ou Gêmu, vous êtes avant tout Hinata. Quand vous vous êtes réveillée à l'hôpital, votre amnésie provenait de votre traumatisme crânien. Pourtant, vous m'aviez dit avoir un souvenir.
Hinata acquiesça en précisant qu'à son réveil, elle se souvenait de la voix d'un homme qui l'appelait Hime. Cette voix, qu'elle entendait toujours, l'apaisait autant qu'elle l'effrayait. Elle ajouta qu'elle se souvenait aussi des yeux du lieutenant Uchiha sans savoir comment cela était possible. Temari lui expliqua que lorsque le lieutenant l'avait découverte sur la plage, elle lui avait demandé de l'aide, ce qui supposait que son subconscient avant enregistré le regard de Sasuke comme une accroche à sa liberté.
_ Mais j'avais d'autres souvenirs, reprit Hinata d'une voix chevrotante. Je faisais déjà des cauchemars sauf que… je ne m'en rappelais pas… Et je ne m'en rappelle toujours pas.
_ Votre perte de mémoire n'est pas due uniquement à votre traumatisme crânien, expliqua Temari. Vous avez involontairement bloqué votre mémoire. C'est un phénomène que l'on retrouve souvent chez les personnes victimes d'un choc émotionnel.
Temari prit le temps de lui expliquer que ce phénomène était un système d'auto-défense qui permettait à une personne d'enfermer sa douleur pour moins en souffrir. Elle lui expliqua qu'elle avait déjà traité cette forme d'amnésie chez des patients ayant été victime d'un grave accident, témoin d'un meurtre ou autre traumatisme difficile à supporter.
_ Le fait d'oublier instantanément vos cauchemars est lié à ce phénomène. Inconsciemment, vous bloquez votre mémoire par peur que votre passé ne soit trop lourd à porter. Gêmu est une partie de votre passé, elle est sûrement à l'origine de vos cauchemars.
_ Alors pourquoi elle est apparue après qu'Ino m'aie…
Hinata ne termina pas sa phrase en se rendant compte que les révélations de son infirmière sur son vécu avaient fait apparaître son dédoublement de personnalité.
_ Quand Ino m'a dit ce que j'ai vécu, reprit-elle, que je finirai par me rappeler je veux dire, je… j'ai… J'ai eu peur…
Elle venait d'avouer sa peur comme s'il s'agissait d'une confession.
_ Je ne veux pas me souvenir de ça mais, si je n'ai pas le choix, je veux m'en souvenir avant d'être toute seule, finit-elle par admettre à voix haute.
_ Gêmu était déjà en vous, mademoiselle Hyûga. Gêmu est née bien avant votre saut de la falaise. Elle fait partie de vos douleurs. Si elle a pris place dans votre quotidien dorénavant, c'est parce que vous avez inconsciemment débloqué votre mémoire.
_ Débloqué, ma mémoire ?
_ Accepter Gêmu comme vous acceptez Hime. C'est le seul moyen que vous ayez pour être vous-même. Parce que vous êtes ces deux personnalités, mademoiselle Hyûga. Hime est celle que vous étiez et Gêmu celle qui a vécu cet enlèvement. Il vous faut accepter votre passé dans son intégralité pour construire votre avenir. Il vous faut devenir autant l'une que l'autre pour être Hinata.
Hochant lentement la tête, Hinata comprenait ce que lui disait la psychiatre. C'était encore compliqué pour elle d'accepter d'être Gêmu au même stade qu'elle était Hime, mais sa volonté de vouloir être appelé Hinata, même par Sasuke, lui prouvait qu'inconsciemment, elle voulait faire ce travail sur elle-même.
Respirant profondément pour se donner du courage, elle revint sur le sujet de son rendez-vous actuel.
Temari l'écouta alors évoquer, d'une voix tremblante et les larmes au bord des yeux, le massacre de sa famille. Son récit était très désordonné mais Temari pu y entendre que la mort de sa cadette et celle de son grand-père paternel étaient celles qui la marquaient le plus. Hinata avait vu son grand-père se faire égorger devant ses yeux alors qu'elle venait de découvrir sa petite sœur assassinée de la même manière. Elle se souvenait aussi des cris de sa mère, du hurlement de sa sœur et de tout un tas de choses comme l'odeur du sang, les corps qui jonchaient le parquet et la gorge tranchée de ses autres proches.
Temari plissait les sourcils par compassion. Elle ressentait la douleur de sa patiente et ne pouvait empêcher son subconscient d'imaginer vivre un tel drame avec sa propre famille. Elle se ressaisit en entendant Hinata dire que certaines choses étaient encore floues.
_ Il avait un sabre et il m'a parlé… je ne sais plus…
_ Qui est ce « il » ?
_ Je ne sais pas, répondit-elle en essuyant ses larmes. Je ne le vois pas vraiment c'est… flou. J'avais peur… j'avais tellement peur… Il allait me tuer, j'en suis sûre mais…
Hinata fronçait les sourcils, incapable de comprendre les images qui défilaient sous ses yeux perdus dans le vide. Elle avait l'étrange sensation que son souvenir n'était pas entier, qu'il en manquait un morceau. Elle avait été enlevée et, pourtant, elle ne s'en souvenait pas, ni de cet homme au sabre.
Elle secoua la tête en signe de négation et releva un regard espiègle sur la psychiatre qui haussa légèrement les sourcils.
_ Qu'est-ce qu'on s'en fou de lui, dit-elle avec sarcasme.
_ Gêmu je suppose ?
_ En chair et en os, sourit-elle.
Temari prit quelques notes avant de regarder de nouveau sa patiente. C'était la première fois qu'elle faisait face à la deuxième personnalité de la victime et le contraste était physiquement reconnaissable. Alors qu'Hime semblait craintive et apeurée, Gêmu dégageait une assurance et une espièglerie assumée.
_ Pourquoi vous en fichez-vous de « lui » ? questionna-t-elle.
_ Parce que c'est qu'un pauvre type, argua-t-elle en regardant le fond de sa tasse. Je veux bien un autre thé, c'est possible ?
Temari acquiesça et se leva pour répondre à la demande de sa patiente. Elle nota mentalement que Gêmu se différenciait d'Hime aussi par son intonation de voix et sa manière de parler. Elle était plus directe, plus franche, plus brute. Elle ne souffrait d'aucune gêne à l'évidence mais Temari doutait que ce soit par caractère : Gêmu se montrait ainsi pour cacher sa raison d'être. Ne cherchant pas à creuser ce sujet pour le moment, elle servit la tasse et chercha à capter la confiance de Gêmu comme elle l'avait fait avec Hime.
_ Ne parlons pas de lui alors, reprit-elle. De qui voudriez-vous me parler ?
_ Hum…, réfléchit-elle. De Yahiko !
Le sourire qu'elle affichait se voulait taquin et Temari prit de nouvelles notes avant de lui assurer qu'elle l'écoutait. Gêmu se mit à rire avant de prendre la parole.
_ Vous voulez que je vous raconte comment il était au lit ? Parce que, c'est lui qui l'a déflorée et franchement, c'était super ! Je doute qu'Hime dirait la même chose, mais elle se trompe.
_ Pourquoi ne serait-elle pas d'accord avec vous ?
_ Y a plein de choses où on n'est pas d'accord, elle et moi, rétorqua-t-elle en perdant son sourire.
Temari nota cela dans son bloc-notes avant de repartir sur le sujet que sa patiente avait lancé.
_ Serait-ce parce qu'elle n'était pas consentante ?
_ N'importe quoi ! s'énerva-t-elle. Bien sûr qu'elle était consentante. Yahiko nous aimait et nous aussi. On avait confiance en lui, il prenait soin de nous.
Temari nota que Gêmu incluait Hime en parlant des sentiments qu'elle vouait au criminel, ce qu'elle n'avait pas fait concernant leurs relations sexuelles. Elle déduit que Gêmu n'existait pas dans l'esprit de sa patiente lorsqu'elle était sous la protection de Yahiko Païn.
_ S'il prenait soin de vous, pourquoi vous a-t-il laissé vous faire violer par ses camarades ?
Le visage de Gêmu se déforma en une grimace colérique et elle détourna le regard. D'une voix moins assurée, elle répondit en expliquant que Yahiko était décédé avant que les viols ne commencent. L'écoutant attentivement, Temari apprit que les quatre premières années de séquestration qu'avait vécu sa patiente s'étaient déroulées sous la protection du criminel Païn qui lui avait assuré être sa nouvelle famille et l'aimer profondément. C'était une information à transmettre au capitaine Hatake.
Gêmu garda ensuite le silence et Temari resta patiente, attendant d'en apprendre plus. Elle était rassurée d'apprendre que, sur sept années de séquestration, quatre furent dépourvues du supplice de torture qu'avait vécu Hinata. Elle prit en note qu'il lui faudrait fouiller ces premières années de séquestration pour connaître les sévices endurés par Païn. Elle n'oubliait pas que la perception des deux personnalités n'était pas la même et que Gêmu avait une vision différente d'Hime sur ce qu'Hinata avait vécu. Néanmoins, sa vision était à prendre en compte car elle recelait sa part de vérité.
_ Il n'aurait jamais laissé les autres nous faire du mal, reprit Gêmu plus doucement. Mais… il est mort et…
Le regard espiègle qu'affichait Gêmu disparu en un clignement de paupières pour laisser place à un regard apeuré. Hinata se mit à trembler, des larmes coulant sur son visage. Elle secoua la tête en négation, voyant de nouvelles images s'imprimer dans sa rétine. La peur qui se lisait dans ses yeux fit déglutir Temari qui comprit que Gêmu avait disparu.
_ Il est mort, murmura-t-elle. Il m'a dit de fuir... et il est mort.
Temari lui redonna des mouchoirs. Quand Sasuke l'avait appelé la veille pour lui demander quelques informations sur sa patiente, elle lui avait demandé comment Gêmu avait partagé des souvenirs avec Hinata. Maintenant qu'elle venait de voir le processus décrit par Sasuke de ses propres yeux, elle se demandait comment il faisait pour supporter une telle douleur. Elle était psychiatre. C'était son métier de savoir supporter les douleurs de ses patients. Mais Sasuke n'était pas quelqu'un de très sentimental et elle savait qu'il renfermait lui-même des douleurs émotionnelles.
_ Je peux arrêter maintenant ? supplia presque Hinata. Je veux voir Sasuke.
_ Oui, bien sûr, sourit Temari.
Elle raccompagna sa patiente jusqu'à la salle d'attente et vit le binôme de son époux se lever immédiatement à leur venue. Sasuke remarqua d'un regard le mal-être d'Hinata et se retint de rager contre Temari qu'il tenait pour responsable. Une part de lui savait qu'elle aidait Hinata mais voir sa protégée souffrir ainsi augmentait sa colère. Colère qu'il dirigeait vers Temari en cet instant ou envers Gêmu le reste du temps.
Dès qu'elle fut assez près, il ramena Hinata contre lui, ne salua Temari que d'un simple hochement de tête, avant de prendre l'ascenseur. Il sentait Hinata trembler dans ses bras et entendait ses sanglots étouffés. Il ignorait la teneur du rendez-vous qu'elle venait d'avoir avec la psychiatre mais le regard de sa protégée ressemblait à celui qu'elle affichait en se réveillant de ses cauchemars.
C'était comme la dernière fois. Cette fois-là, sur la plage, où Gêmu avait transmis des souvenirs à Hime. C'était un souvenir très désagréable et bien trop frais, bien trop récent. Il grimaça de colère. Gêmu ou Temari qu'importe ! Hinata venait de vivre ou revivre un de ses cauchemars.
Malgré l'appel préventif du capitaine Hatake, Tenten et Naruto furent froidement accueillis par le capitaine de la brigade criminelle d'Ise. Il se montra très peu coopératif en ne donnant aucune raison à la clôture prématurée de l'enquête. Il plaida que l'affaire remontait à quelques années et qu'il n'avait plus aucun souvenir de son déroulement. Ni le lieutenant Rock ni le lieutenant Namikaze ne se laissaient duper, néanmoins, ils firent mine de se satisfaire de cette maigre coopération.
Naruto jura en quittant le commissariat d'Ise et Tenten lui proposa d'aller visiter le sanctuaire de cette ville, lui faisant retrouver le sourire. Ils prirent donc la voiture pour se rendre au Parc National d'Ise-Shima qui accueillait plusieurs lieux sacrés du shintoïsme comme la résidence impériale durant l'ère Heian et le Temple Ise-jingû. Ce dernier était connu pour être le sanctuaire le plus sacré du shintoïsme au Japon, détenant le Yata no Kagami –le miroir de bronze.
L'accès au sanctuaire étant très réglementé et interdit d'accès sur de nombreux endroits, les lieutenants ne pouvaient rencontrer les prêtres shintos ce qui découragea de nouveau Naruto. Tenten récupéra la dernière adresse connue du prêtre Bunpuku et c'est avec le sourire renouvelé du lieutenant Namikaze qu'ils reprirent la voiture pour s'y rendre.
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Ils se garèrent devant une petite maison traditionnelle non loin du Parc National d'Ise-Shima. Ils se jetèrent un regard avant de traverser le petit jardin tout aussi traditionnel que la maison en bois et Tenten frappa à la porte. Une femme d'une trentaine d'années leur ouvrit, visiblement surprise de les voir devant chez elle.
_ Vous désirez ? demanda-t-elle en jetant un regard à leur plaque.
_ Bonjour madame… Shakuton ? Pakura Shakuton ? s'assura Tenten.
_ C'est bien moi, oui.
_ Lieutenant Namikaze et Rock, présenta Naruto. Nous souhaitons parler à monsieur Bunpuku.
_ Il est ici. Que lui voulez-vous ?
Tenten expliqua sommairement leur présence à la prénommée Pakura qui ôta toute méfiance de son regard avant de faire entrer les lieutenants chez elle, les guidant dans son salon cosy. Un vieil homme somnolait dans un des fauteuils de la pièce, attirant le regard bleuté de Naruto. Son crâne chauve et sa longue barbe blanche prouvait un âge avancé, tout comme sa longue toge blanche témoignait de son statut de prêtre.
_ Grand-père ? l'appela Pakura en s'agenouillant près de lui. Des lieutenants de la criminelle souhaiteraient te parler de ton agression.
Le vieil homme s'éveilla doucement en offrant un sourire à sa petite-fille avant de remarquer la présence des policiers. Pakura s'éclipsa pour faire du thé alors que le vieil homme se levait de son fauteuil en accueillant chaleureusement les lieutenants.
_ Bonjour, je suis le prêtre Bunpuku.
_ Lieutenant Rock et voici mon collègue, le lieutenant Namikaze de la brigade criminelle de Matsuyama. Nous aimerions vous poser quelques questions.
_ Oui, bien sûr, sourit-il. Venez. Installons-nous à la table, ce sera plus confortable.
Acceptant muettement l'invitation, les lieutenants s'installèrent en face du prêtre au moment où Pakura revenait. Elle déposa un plateau chargé de tasses de thé sur la table et donna un cahier à son grand-père. Elle lui embrassa le front et s'apprêtait à les laisser seuls quand Bunpuku lui demanda de rester. S'installant à son tour, Pakura écoutait son grand-père raconter brièvement l'histoire du sanctuaire Ise-jingû de sa voix douce et apaisante.
_ Ah, je me fais vieux… Vous n'avez sûrement pas le temps d'écouter un vieillard, sourit-il.
_ Ça aurait été avec plaisir, assura franchement Tenten. Malheureusement, nous sommes sur une enquête et…
_ Oui, bien sûr, la coupa Bunpuku. Je sais pourquoi vous êtes ici. Mon agression vous intéresse, n'est-ce pas ? Serait-ce parce que l'Akatsuki a fait de nouvelles victimes ?
Naruto et Tenten se jetèrent un regard avant que le blond explique qu'ils ne pouvaient pas divulguer d'informations sur une enquête en cours. Il enchaîna en demandant au prêtre de raconter son agression. Bunpuku acquiesça en respirant profondément.
_ Ce que je m'apprête à vous dire est gardé secret par l'état impérial.
Fronçant leurs sourcils, les lieutenants regardèrent le cahier qu'ouvrait le vieil homme, montrant un dessin qui représentait le miroir de bronze.
_ Il est magnifique, n'est-ce pas ? reprit Bunpuku. J'ai passé de longues années à veiller sur ce trésor dans le sanctuaire sacré. Jusqu'à ce que le Yata no Kagami soit remplacé par une copie.
Il leur expliqua alors que les grands prêtres shintos avaient considéré que ce trésor était fragilisé par tant de siècles parcourus, l'emmenant pour une restauration comme cela avait été le cas pour l'épée sacrée. Le miroir de bronze avait donc été emmené dans un endroit protégé connu uniquement de l'empereur. Il regarda Pakura et lui fit un sourire paternel pendant que Naruto et Tenten restaient silencieux, toujours aussi attentifs et quelque peu sceptiques.
_ Dans la nuit du quatorze au quinze juin 2009, reprit le prêtre en regardant les lieutenants, des hommes sont venus au sanctuaire, ils voulaient le Yata no Kagami.
_ L'Akatsuki, souffla Naruto, voyant l'homme hocher lentement la tête en affirmation.
_ Des messieurs étranges je dois dire, sourit maladroitement Bunpuku. J'étais en fonction, veillant sur le temple et son trésor…
Le vieux prêtre leur raconta sa rencontre avec l'Akatsuki. Une rencontre gravée dans sa mémoire comme s'il l'avait vécue la veille. De sa voix calme et sereine, il expliqua qu'un des hommes avait donné l'ordre de lui délier la langue. Pour illustrer ses propos, il tourna une page de son cahier pour montrer le dessin d'un homme doté d'une multitude de piercing.
_ Yahiko Païn, chuchota Tenten.
_ Oui, c'est son nom, confirma Bunpuku. Il voulait que j'ouvre le Temple et que je lui dise où se trouve le Yata no Kagami. Evidemment, j'ai refusé.
Sa voix chevrota à la fin de sa phrase et il tenta de cacher son mal-être en buvant une gorgée de son thé. Il continua ensuite son récit en expliquant que Païn avait ordonné à deux de ses hommes de le faire parler de force. Il montra alors deux autres dessins ; l'un représentait un homme aux longs cheveux noirs et au visage féminisé : Orochimaru Sannin. L'autre était l'esquisse d'un homme imposant ayant des cheveux sombres en pics et de petits yeux noirs : Kisame Hoshigaki.
_ C'était immonde, continua-t-il d'une voix émue. L'un me brûlait avec ses cigarettes et l'autre me lacérait les bras avec son couteau.
Relevant doucement les manches de sa toge, il laissa les lieutenants constater les quelques cicatrices qui maculaient ses bras.
_ J'ai tenté de me débattre, de hurler, mais ça ne m'a pas aidé. Ce jeune homme m'a bâillonné, précisa-t-il en montrant un autre dessin.
_ Sasori Akasuna, souffla Naruto.
_ Oui, confirma Bunpuku. Ça a duré des heures, peut-être moins, je ne sais pas… Mais je n'ai pas cédé. Alors le jeune homme aux piercings s'est énervé. Mais ce jeune homme-ci m'a aidé.
Il montra un dernier dessin qui fit grimacer de colère Naruto. L'esquisse représentait un homme assez fin, portant des cheveux lisses caressant à peine ses épaules et dont les yeux avaient été colorés d'un violet clair.
_ Nagato Uzumaki, chuchota Tenten en jetant un regard à son binôme.
_ Il a calmé celui aux piercings, continua le prêtre. Il lui a dit qu'il se chargerait de ma gorge si je ne parlais pas. Il m'a fait tellement peur…
Bunpuku ferma les yeux quelques secondes, revivant ce fameux jour macabre. Si, avec les années, il avait surmonté le traumatisme, en parler était toujours délicat. Il se força à reprendre son récit, expliquant que le sabreur, qui s'était présenté sous le nom de Gato, l'avait menacé de sa lame et que le dénommé Yahiko Païn en avait souri. Naruto serra les poings avec rage.
_ Lorsqu'ils sont sortis sur l'ordre du jeune homme aux piercings, le sabreur m'a lâché, continua le prêtre, les yeux larmoyants. Nous avons alors parlé. Je voulais savoir pourquoi celui qu'il appelait Patron désirait le trésor impérial.
Naruto fronçait les sourcils. Cela le révulsait, il avait honte d'être de la même famille que cette ordure, cet assassin qui osait salir le nom de Kushina, sa mère. Ce cousin qu'il reniait sans état d'âme hormis une colère sourde.
_ Ce jeune homme a été très courtois. Il m'a dit que je n'avais rien à craindre de lui si je coopérais et qu'il serait peiné d'être obligé d'abréger mes années de vie restante. Je lui ai dit que je lui montrerais le Yata no Kagami s'il me donnait leur identité, continua Bunpuku.
Nagato avait consenti à cette requête en lui faisant promettre de taire leur vol jusqu'au lever du soleil. Bunpuku lui avait alors montré le trésor impérial que le criminel avait vite fait de prendre pour s'enfuir. Le prêtre respira profondément avant d'ajouter qu'il avait tenu sa promesse, n'ayant contacté la police que le lendemain aux aurores. Il avait passé la nuit à dessiner le visage de ses agresseurs.
_ Alors… l'Akatsuki a le miroir de bronze ? s'inquiéta Tenten.
_ Non, mais ils l'ignorent, répliqua le vieil homme. Le Yata no Kagami a été délogé quelques mois plus tôt. Ce qu'ils ont est une réplique sans valeur mais extrêmement trompeuse.
Bunpuku jeta un regard à sa petite fille avant de reprendre son récit :
_ Je savais ce que ce vol allait déclencher alors j'ai caché mon cahier. Je n'en avais pas besoin pour faire ma déposition.
Le prêtre expliqua qu'après les lieutenants de la brigade criminelle d'Ise, ce fut un garde impérial qui l'avait interrogé avant que cette affaire ne soit clôturée. Le dossier fut vidé et l'affaire tenue au secret. Néanmoins, les portraits-robots des agresseurs furent diffusés sans que l'information ne soit traçable, l'œuvre de la garde impériale d'après le prêtre.
_ Pourquoi cacher l'affaire ? questionna Naruto.
_ Quiconque possède les trois trésors impériaux possède le Japon et son impérialité, expliqua Bunpuku. Un tel vol, aussi fausse que soit cette copie, ne peut rester impuni. Mais imaginez-vous ce que déclencherait l'annonce du vol du Yata no Kagami…
Le prêtre recouvrait de ses manches les cicatrices dessinant ses bras, laissant les lieutenants échanger un regard entendu. Ils savaient tous deux qu'un tel vol aurait fait la Une des médias et que la panique aurait gagné la population, créant un capharnaüm qui aurait empêché la police d'intervenir.
_ Nous vous remercions pour votre coopération, sourit poliment Naruto.
_ Cette histoire vous affecte, devina Bunpuku en lui servant un sourire paternel.
Naruto ne répondit que par un léger soupir. Le prêtre l'avait vu s'énerver en voyant le dessin du sabreur tout comme il avait intercepté le regard compatissant de sa collègue. Il en déduisait facilement que le lieutenant Namikaze connaissait le sabreur ; un ancien ami peut-être ? La réaction de Naruto le lui confirmait alors il n'ajouta rien et accompagna sa petite-fille et les lieutenants jusqu'à la porte.
Lorsque Tenten et Naruto se tournèrent vers eux pour les saluer, Bunpuku regarda le blond en disant :
_ Croyez donc un ancien. Un homme mauvais m'aurait ôté la vie, un homme perdu aurait hésité et un homme bon me l'aurait laissée.
Bunpuku offrit un nouveau sourire paternel à Naruto avant de rentrer chez lui, laissant Pakura fermer la porte après les avoir poliment salué. Naruto ne savait pas comment prendre les dernières paroles du prêtre. Les sourcils froncés de perplexité, il ne sortit de ses pensées que lorsque Tenten lui caressa l'épaule, récoltant un sourire presque sincère dont elle se contenta. Naruto lui donna les clés et s'arma de son téléphone portable pour informer leur capitaine.
04/05/2019
Bêta : Nicori
Cyncyn : coucou^^ merci pour ta review ;) Oh merci, ça me fait plaisir^^ Bisous ;)
