Chapitre 11 : Accueil à Asuka

Allongée dans leur lit depuis presque une heure, Temari regardait son époux d'un air absent. Elle avait délaissé le dossier de la Hyûga sur son chevet mais continuait de penser à sa patiente, à sa deuxième personnalité, ne pouvant oublier son regard après que Gêmu lui aie parlé. Elle était certaine qu'Hinata se souvenait de Yahiko Païn et elle espérait qu'elle en lui en parlerait à leur prochain rendez-vous.

Shikamaru décrocha les yeux du dossier qu'il étudiait pour fixer sa femme en fronçant les sourcils. Il voyait qu'elle était préoccupée et ne doutait pas de la raison. Il avait eu un visu sur le dossier médical de la Hyûga qui faisait froid dans le dos alors il n'osait imaginer ce que représentait son suivi psychiatrique. Il lui caressa affectueusement la joue, captant son regard et un léger sourire.

_ Ça ne va pas ?

_ Si, c'est… hésita-t-elle avant de respirer profondément. Le regard qu'elle avait…

Shikamaru plissa les sourcils. Ce qui l'avait séduit en Temari, c'était cette fragilité qu'elle témoignait tout en étant une femme forte, franche et sûre d'elle. Il aimait son caractère, sa bienveillance et son mental à toutes épreuves. Cependant, il ne l'avait jamais vue si touchée par un de ses patients.

Voulant la réconforter, il la prit dans ses bras et lui fit poser la tête contre son torse. Il se demandait si la grossesse la rendait plus émotive comme sa mère lui avait dit que c'était souvent le cas. Temari n'était qu'à trois mois mais cela devait déjà jouer sur ses hormones…

_ Sasuke t'a dit quelque chose sur Hinata ? demanda-t-elle d'une petite voix en profitant de son étreinte.

_ A part tout ce que je t'ai déjà dit ? demanda-t-il sans réellement attendre de réponse. Hm. Des détails, pourquoi ?

_ Comme ça… C'est juste que je connais Sasuke et je le vois mal s'occuper d'une personne comme Hinata Hyûga, pourtant…

Elle se redressa et posa un bras plié sur le torse de son mari, le regardant dans les yeux. Shikamaru esquissa un léger sourire en soutenant sa tête d'un bras.

_ Il a un impact sur elle, continua-t-elle. Au début, je croyais que c'était parce qu'elle l'a inconsciemment gravé en mémoire quand il l'a trouvée, mais… Hier, après ma rencontre avec Gêmu, elle a réclamé Sasuke avec une telle détresse… Et t'aurais vu comment Sasuke l'a regardée dès qu'on est sortis !

Shikamaru agrandit son sourire en fermant les yeux et jurant sourdement contre son ami. À l'évidence, celui-ci avait bien du mal à mettre son conseil en pratique et sa femme, perspicace, savait aisément lire les autres.

_ Qu'est-ce qu'il t'a dit alors ? insista-t-elle d'une voix convaincue.

_ Il tient à elle, avoua-t-il en la regardant.

_ Oui, ça c'est flagrant, balaya-t-elle. Et ?

_ C'est tout, rit-il doucement. Qu'est-ce que tu veux qu'il m'aie dit d'autre ?

Temari soupira en reprenant sa place blottie contre son torse, râlant que les hommes ne parlaient pas assez entre eux. Il s'amusa de sa réflexion et lui caressa distraitement l'épaule en réfléchissant, essayant de savoir ce que sa femme souhaitait exactement comme information. Il finit par laisser cela en suspens pour se consacrer à des choses plus agréable. Il éteignit la lumière, les plongeant dans l'obscurité, et vint capturer sa femme qu'il embrassa tendrement en mettant une main sur son ventre.

_ Quand est-ce qu'on saura si c'est un garçon ou une fille ?

_ Il va falloir patienter monsieur Nara, répliqua-t-elle avec amusement.

Shikamaru se contenta de cette réponse et reprit les lèvres de sa femme avant de faire balader sa main sur son corps. Dès le lendemain, il se rendrait à Asuka pour l'affaire et il ignorait combien de temps il devrait y rester. Alors ce soir, il avait juste envie de profiter de son épouse.


Hinata méditait. C'était une activité devenue indispensable à son équilibre. Depuis que la psychiatre lui avait parlé de son trouble dissociatif de l'identité, elle tentait de se focaliser sur les souvenirs qu'elle avait de sa famille pour ne penser ni à Sas, ni à Yahiko dont les images étaient encore fraîches et indescriptibles pour elle. La méditation l'y aidait beaucoup. Elle espérait ainsi pouvoir en apprendre plus sur qui elle avait été avant son enlèvement, espérant trouver son identité.

Un poids affaissant le matelas la fit ouvrir les yeux pour voir Sasuke lui sourire légèrement. Depuis qu'il avait parlé avec Shikamaru, il se torturait l'esprit pour questionner Hinata sur sa famille. Il avait peur de la blesser en lui faisant se remémorer des souvenirs douloureux et ne cessait de se répéter que c'était pour le bien de l'enquête. Il s'était dit qu'en interrogeant Gêmu, ce serait plus facile mais celle-ci était de plus en plus aguicheuse et il lui en voulait toujours d'avoir encore transmis de nouveaux souvenirs à Hime même pas deux jours après sa tentative de suicide. Alors, dès qu'elle intervenait, il se réfugiait dans son bureau.

Décelant l'hésitation dans son regard profond, Hinata s'inquiéta et lui demanda ce qui le préoccupait. Sasuke s'installa plus confortablement sur le lit de sa protégée, face à elle pour ancrer son regard au sien.

_ J'aimerais te poser quelques questions, commença-t-il. Sur ta famille.

_ D'accord, accepta-t-elle d'une petite voix.

_ Si c'est compliqué pour toi je…

_ Non, le coupa-t-elle en souriant légèrement. Ça va aller.

Respirant profondément, Sasuke se lança en lui rappelant que beaucoup d'articles sur les Hyûga parlaient du Magatama et qu'il soupçonnait que cela avait un lien avec le massacre de sa famille et son enlèvement. Pendant qu'il parlait, Hinata se concentrait en regardant ses mains, fouillant sa mémoire pour confirmer l'hypothèse. Devant son silence, Sasuke lui saisit les mains pour capter son attention et lui demanda si elle savait quelque chose sur le sujet.

_ C'est une rumeur qu'ont lancé les villageois d'Asuka et qui vient de l'histoire de ma famille, dit-elle. Hamura Ôtsutsuki avait des jumeaux, Hinata et Haruto Ôtsutsuki…

Elle se remémora l'histoire de son clan comme la lui avait contée son père quand elle était adolescente. Hinata Ôtsutsuki était la première née des jumeaux et avait donc hérité de la protection du tombeau. A l'âge requis, son père l'avait mariée à un noble d'Asuka portant le nom de Hyûga alors que le cadet des jumeaux s'exilait dans le Nord du Japon, n'acceptant pas que sa jumelle ait un rang supérieur au sien. Les Ôtsutsuki et les Hyûga n'eurent plus aucun contact car Haruto ne s'était pas présenté aux funérailles d'Hamura.

_ Mon père m'a dit que c'est en mémoire de mon ancêtre que mes parents m'ont appelé ainsi… Je suppose que c'est pour ça aussi que je devais épouser Toneri Ôtsutsuki, ajouta-t-elle en plissant les sourcils.

Sasuke grimaça furtivement à la mention de cet homme. L'enquête finirait par être bouclée un jour et Hinata retournerait sûrement à Asuka où elle épouserait cet Ôtsutsuki, ce qui lui était désagréable. Oblitérant la jalousie qui l'étreignait, il se concentra sur sa protégée qui semblait plongée dans ses pensées.

_ Certains disaient que mon ancêtre n'avait pas hérité que du tombeau, mais aussi du collier de la déesse Amaterasu. Mais mon père a toujours démenti ça. On en riait même à table, ajouta-t-elle avec un sourire nostalgique.

« Je te raconte cette histoire Hinata, pour que tu n'oublies jamais que l'amour que tu portes à Hanabi sera toujours plus important que n'importe quel tombeau. Le seul vrai trésor que tu dois protéger ma fille, c'est l'amour que tu portes en toi », entendit-elle son père lui dire après lui avoir conté l'histoire des jumeaux Ôtsutsuki. A ce souvenir s'ajouta celui du jour où son père lui avait annoncé ses fiançailles. Elle fronça les sourcils sous le regard inquiet de Sasuke.

_ Qu'est-ce qu'il y a ? la questionna-t-il.

_ Mon père m'a dit que, quand je prendrai sa place, je serai la protectrice du tombeau et que je devrai veiller sur le secret de notre famille, répondit-elle, pensive.

_ Et tu penses que ce secret, c'est le Magatama ?

_ Je ne sais pas…, répondit-elle en relevant le regard sur lui. C'est juste que… Quand il m'a raconté l'histoire de mon clan, il m'a dit que le seul vrai trésor que je devais protéger était mon amour…

Elle trouvait étrange que son père aie qualifié le tombeau de l'empereur avec le mot « trésor ». Néanmoins, elle ne s'y attarda pas et grimaça en ayant l'impression de ne pas avoir correctement aidé Sasuke.

_ Désolée, ça ne t'aide pas, dit-elle.

_ Si, s'empressa-t-il de la contredire. Bien sûr que si, rassures-toi.

Elle lui rendit son sourire et le regarda quitter la chambre. Elle replongea alors dans ses pensées en reprenant sa méditation. Repensant à ce que son père lui avait dit à la suite de l'histoire des jumeaux Ôtsutsuki, elle se demanda quel était cet amour en elle dont son père lui avait parlé. A l'époque, il s'agissait de l'amour qu'elle portait à sa sœur comme au reste de sa famille. Mais maintenant que des criminels l'avait privée de cet amour, qu'aurait-elle à protéger ? L'image de son meilleur ami de l'époque lui revint en mémoire puis se furent les yeux de Sasuke qui se matérialisèrent derrière ses paupières closes.


Shikamaru et Asuma étaient arrivés à Asuka en fin de journée et avaient rejoint le commissariat où Okisuke s'était montré ravi de pouvoir aider le capitaine de Matsuyama. Etant prévenu qu'ils allaient devoir interroger l'entourage de la famille et bien qu'il n'aimait pas cela, il avait acquiescé. Sur leur demande, il avait appelé les trois personnes actuellement en charge du site du tombeau et avait transmis l'invitation de Toneri Ôtsutsuki. Les lieutenants de Matsuyama n'avaient pas prévu de loger au manoir touristique mais Asuma n'avait pas refusé l'invitation.

Shikamaru et Asuma avaient donc suivi Okisuke jusqu'au site du tombeau où l'héritier intérimaire les avait reçu en se présentant poliment. Après leur avoir assuré que sa brigade était à leur disposition, Okisuke les salua.

_ Tsume Inuzuka et Shibi Aburame vous rejoindront après dîner pour répondre à vos questions, précisa-t-il. Bonne soirée messieurs.

Entrant dans le manoir touristique, Shikamaru et Asuma se retrouvèrent seuls avec Toneri qui esquissa un sourire poli en les invitant à visiter les lieux. Shikamaru regardait un peu partout autour de lui, à l'instar de son collègue. La décoration était sobre en couleur mais fournie en tableaux de toutes tailles. Ils arrivèrent rapidement dans une grande pièce que leur hôte présenta comme la salle de réception servant de restaurant lors des fêtes spéciales.

Le regard des lieutenants fut attiré par le jeune homme brun qui s'avançait vers eux d'un pas assuré. Il jeta un regard interrogateur à Toneri avant de serrer la main d'Asuma puis de Shikamaru en se présentant d'une voix grave :

_ Kiba Inuzuka, le fil de Tsume.

_ Ce sont les lieutenants Sarutobi et Nara, de Matsuyama, annonça Toneri en précédant les policiers.

_ Y a du nouveau ? demanda Kiba avec empressement. Vous avez retrouvé Hinata ? Dites-moi qu'elle va bien.

A cette réaction mêlant inquiétude et espoir, Shikamaru était tenté de le rassurer. Cependant, il se retint, n'ayant pas l'autorisation de son supérieur pour révéler quoi que ce soit. Il se contenta de répondre d'un ton neutre :

_ Nous sommes là pour une enquête policière monsieur Inuzuka et…

_ Vous ne me ferez pas croire que vous venez ici sans qu'il y ait un lien avec Hinata, coupa-t-il vigoureusement. Ça fait sept ans qu'elle a disparue, bordel ! Vous l'avez cherchée au moins ?

Kiba s'emportait, obligeant Toneri à intervenir pour le calmer, lui ordonnant de se reprendre. Mais Kiba ne l'écoutait pas. Il avait du mal à canaliser la colère qui enfermait sa peine et son impatience depuis toutes ces années. Cependant, il se tut quand le lieutenant Sarutobi intervint avec calme :

_ Par mesure de sécurité, aucune information concernant l'enquête ne doit être divulguée. Si nous avons trouvé votre amie, vous le révéler mettrait sa vie en danger.

Kiba s'apprêtait à renchérir quand Toneri le devança, clamant qu'ils comprenaient parfaitement en jetant un regard réprobateur à Kiba. Ce dernier en fronça les sourcils, n'étant pas le moins du monde d'accord avec son ami.

_ Si nous pouvons vous aider en quoi que ce soit, nous le ferons. N'est-ce pas Kiba ?

_ Ouais, soupira-t-il à contrecœur.

Asuma hocha la tête en guise de remerciement et Shikamaru l'imita. Kiba jeta un regard colérique à Toneri avant de s'éloigner en répliquant froidement qu'il allait préparer les chambres. L'Ôtsutsuki s'excusa pour l'impulsivité de son ami, précisant qu'il connaissait Hinata depuis l'enfance et qu'il espérait toujours la voir revenir un jour. Compréhensifs, les lieutenants acquiescèrent avant de continuer la visite.

Les menant aux jardins qui séparaient le manoir touristique du manoir familial où avait eu lieu le massacre, Toneri esquissa un sourire discret. Il était persuadé que le lieutenant Sarutobi avait dit cela pour sous-entendre qu'Hinata avait été retrouvée en vie, ce que Kiba n'avait visiblement pas compris. Il en était content car même s'il ne connaissait pas personnellement celle qui avait été désignée comme sa fiancée, il espérait tout autant que Kiba qu'elle serait retrouvée en vie et ramenée sur le site.


Monsieur Aburame Shibi et madame Inuzuka Tsume arrivèrent ensemble sur le site du tombeau. Ils furent accueillit par Toneri qui les laissa se diriger vers le petit salon pendant qu'il allait chercher les lieutenants. Shibi était un homme discret et peu loquace mais très observateur. Tsume, qui avait un caractère bien plus trempé et une énergie à toute épreuve, animait souvent leurs discutions. Ils avaient passé tant de soirées à débattre dans ce salon avec Hiashi, Hizashi et leurs épouses que s'y retrouver leur rappelait toujours des souvenirs. Ils échangèrent un regard et bien que Shibi ne quitte jamais ses lunettes de soleil, Tsume devina sans peine la nostalgie cachée derrière les carreaux sombres.

Quand le capitaine Okisuke l'avait averti de la situation, Tsume s'était mise à espérer douloureusement. Pourquoi des lieutenants de la criminelle de la ville de Matsuyama viendraient jusque dans leur campagne pour une affaire vieille de sept ans ? La seule réponse qui lui était plausible était qu'Hinata aie été retrouvée. Elle l'espérait du plus profond de son être tout en redoutant d'entendre les lieutenants annoncer que leur brigade avait retrouvé le corps de la fille de Hiashi.

Sans l'avoir consultée, Shibi avait fait les mêmes déductions. Son calme apparent cachait l'angoisse d'apprendre le décès d'Hinata. Il n'osait imaginer le mal-être de Kiba et de son fils Shino si cette crainte s'avérait exacte. Le massacre de la famille Hyûga avait tellement affecté leurs deux familles qu'il préméditait sans mal qu'une telle annonce briserait ce qu'il restait d'amitié entre son fils unique et celui de Tsume.

Quand les deux lieutenants pénétrèrent le petit salon, Tsume et Shibi se levèrent de concert et se présentèrent en les saluant respectueusement. Shikamaru leur intima de se rassoire pendant qu'Asuma s'installait déjà dans un fauteuil. Le cadet des lieutenants les remercia d'avoir répondu si rapidement à leur demande.

_ C'est totalement naturel. Si nous pouvons aider la police, nous le ferons.

Shibi acquiesça à la déclaration de son amie avant que le lieutenant Sarutobi n'engage cet interrogatoire qu'il souhaitait aussi calme qu'une simple conversation. Bien que madame Inuzuka et monsieur Aburame avaient été considérés comme de potentiels suspects sept ans auparavant, Asuma pensait, comme le capitaine Okisuke, qu'ils étaient innocents.

Au vu du dossier, la fille aînée de Tsume Inuzuka, Hana, avait découvert le massacre le matin du 18 février 2010 et son témoignage était assez poignant à lire. De plus, les familles Inuzuka, Aburame et Hyûga étaient des amies de longues dates, sans oublier qu'après le massacre, malgré les accusations qu'on leur portait, Tsume et Shibi s'étaient occupés du site, y investissant leurs propres économies et cela, même quand l'Ôtsutsuki avait rejoint le site et reprit ses fonctions temporairement.

Asuma voyait donc cet interrogatoire comme le moyen d'en apprendre plus sur la famille Hyûga et c'est dans cette optique qu'il l'entama.

_ Vous étiez proches de la famille Hyûga, affirma-t-il.

_ Nous avons grandi avec les jumeaux, comme nos enfants à leur tour, commença Tsume en jetant un regard à son ami.

Nostalgique, Tsume raconta qu'ils avaient été bercés d'insouciance, de complicité et d'amitié durant des années, jusqu'aux seize ans des jumeaux. A partir de là, Hiashi avait été pris par son futur rôle de chef de clan alors que son frère, Hizashi, vivait de la même façon qu'eux. Les jumeaux n'avaient pas les mêmes droits et Hiashi souffrait des restrictions de leur père.

_ Quelles étaient ces restrictions ? questionna Shikamaru.

_ Hiashi ne sortait que rarement du Domaine, il devait connaître l'histoire du clan Hyûga, expliqua Tsume. Il devait se familiariser avec son futur statut et faire connaissance avec sa fiancée.

Elle expliqua qu'au contraire d'Hizashi, Hiashi avait épousé une femme choisie par son père, tout comme il avait choisi le futur époux de sa fille aînée. Elle raconta que cette fiancée, Hanae, avait été choisi pour la noble lignée de sa famille en plus de sa beauté. Le père des jumeaux étant persuadé que ceci ferait plus aisément accepter son choix à son fils.

_ Ce fut le cas ? demanda Asuma.

_ Du tout, répondit Shibi qui récolta le regard des lieutenants. Hiashi et Hizashi ne se ressemblaient que physiquement, pas caractériellement.

Il exposa que l'aîné des jumeaux était très réservé, ne riant que rarement, parlant peu et jamais de ses propres ressentis. Hizashi était plus ouvert et le premier à vouloir amuser la galerie. Tsume plaisanta en disant qu'ils avaient certainement dû échanger leur aînés respectifs étant donné qu'Hinata tenait plus de son oncle que de son père, une réflexion qui était aussi valable pour Neji. Shibi valida la plaisanterie de son amie d'un discret sourire avant de reprendre :

_ Quoi qu'il en soit, je me rappelle la fois où Hizashi a charrié Hiashi sur Hanae en assurant qu'il n'allait pas… comment dire…

_ Avoir de remord à lui faire des enfants, compléta franchement Tsume.

_ Merci, hocha-t-il la tête vers elle avant de regarder de nouveau les policiers. C'était la première fois qu'on voyait Hiashi en colère.

Il raconta que l'aîné des jumeaux refusait d'épouser Hanae sous prétexte qu'il la trouvait ennuyeuse. Hiashi avait clamé vouloir une épouse capable de diriger le clan avec lui et non une mère pour ses futurs enfants. Durant des mois, Hiashi s'était montré indiscipliné et même agressif, ne refusant pas uniquement son union avec Hanae mais aussi le principe même de ce mariage imposé.

_ Comme Kiba avec Hinata, ajouta Tsume, pensive.

_ L'héritière refusait son mariage ? s'intéressa Shikamaru.

_ Non, pas que je sache, répondit Tsume. Hinata était une jeune fille douce, sage et aimante, l'inverse de mon fils. Lui, il refusait de la voir subir un mariage de convenance et nous savions que Hiashi et Hanae n'en étaient pas plus ravis.

Elle jeta un regard à Shibi en disant cela et celui-ci acquiesça d'un hochement de tête. Ce mariage avait affecté chacun de leur enfant. Même si Shino ne lui en avait jamais parlé, il connaissait son fils. Il s'obligea à revenir sur l'instant pour expliquer que Hiashi avait longuement hésité avant de choisir le fiancé de son héritière.

_ Est-ce que les filles de monsieur Hyûga ont été affectées par cette différence de statut entre elles comme les jumeaux ? questionna Asuma.

_ Non, c'était plus entre Neji et Hinata que ça jouait, répliqua Shibi.

_ Hanabi vénérait sa sœur, ajouta Tsume comme une évidence.

_ Que se passait-il entre Neji et Hinata ? s'intéressa Shikamaru.

_ Ne croyez pas que c'était de la jalousie, dit Tsume en fronçant les sourcils.

Méfiante au vu des questions des lieutenants, l'Inuzuka assura que Neji et Hinata avaient toujours été complices et que leur désaccord concernait le fait que Neji réagissait aussi fermement que Kiba sur ce qui concernait l'héritage du site et le mariage qu'il engageait.

_ Les garçons défendaient son droit de choisir celui qu'elle voulait, ajouta-t-elle. Ils savaient que Shino était amoureux d'elle et qu'elle aurait fini par comprendre qu'elle aussi !

Shibi esquissa un discret sourire à la vive défense de son amie, toujours aussi engagée et prompte à protéger les siens, comme durant leur jeunesse. Asuma sourit en constatant que même sept ans après le massacre de la famille Hyûga, leurs amis avaient encore à cœur de les défendre, ce qui ajoutait du poids dans le fait qu'il ne les croyait en rien suspect. Il dû néanmoins orienter son interrogatoire dans ce sens et le fit après avoir souri à Tsume.

_ Vous avez été interrogé à l'époque, rappela-t-il.

_ Oui, on était sur la liste des suspects, répondit Shibi. Un site comme celui-là est une véritable mine d'or alors quand Tsume et moi l'avons repris, on s'est douté qu'on serait vu comme les commanditaires du massacre dans le but de rafler le site.

_ On a coopéré avec Okisuke, continua Tsume, calmée. Si on a repris le site… On a passé une grande partie de notre vie ici, c'est un peu comme chez nous. Et puis, on n'a jamais cessé de croire qu'Hinata finirait par revenir alors il était hors de question que la ville prenne ce qui lui appartient.

Shikamaru nota l'intonation presque colérique de l'Inuzuka à la fin de sa phrase. Il le nota sur son calepin en prévention de l'interrogatoire qu'il comptait mener auprès du maire d'Asuka.

_ La famille Hyûga avait des ennemis ici ? questionna-t-il.

_ Non, répondit Shibi en secouant la tête pour appuyer sa négation.

_ A part les jaloux, renchérit Tsume. Ce site apporte un tourisme conséquent et même si le clan Hyûga n'engageait aucune main d'œuvre extérieure, la ville ne pouvait se plaindre.

Elle ajouta que, d'après ce que lui avait dit Hanae, Hiashi s'était parfois plaint de l'administration qui exigeait plus de rentabilité. Tsume était persuadée que la ville aurait aimé que le site leur revienne car même si l'entretien du tombeau, des jardins, du manoir touristique et des bains étaient une charge conséquente, la famille Hyûga était la plus riche d'Asuka et détenait une influence qui gênait certains. Ajoutant cela à ses notes, Shikamaru engagea la partie la plus délicate de cet interrogatoire :

_ Vous rappelez-vous de la journée qui a précédé le massacre ?

Tsume tourna son regard sur Shibi avant de raconter que c'était une journée comme les autres. Elle leur en fit la description, précisant que les jumeaux étaient obnubilés par la future représentation que Neji devait faire devant l'empereur et que cela avait animé leur déjeuner.

_ Quelle était cette représentation ? s'intéressa Asuma.

_ Neji était un excellent sabreur, sourit Tsume.

_ Les fils Hyûga pratiquaient le kendo, c'était une tradition pour eux, précisa Shibi. Hizashi aussi s'était présenté devant l'empereur. Les jumeaux étaient fiers de Neji, il était vraiment doué.

_ Pourquoi faire une présentation de kendo devant l'empereur ?

La question de Shikamaru rendit les deux amis des Hyûga perplexes. Ni l'un ni l'autre n'avaient vraiment réfléchis à la question et maintenant que le lieutenant la leur posait, ils s'aperçurent qu'ils n'avaient aucune idée de la réponse. Devant leur ignorance évidente, Asuma balaya cette question en s'attaquant à une autre, prenant la peine de se montrer plus doux :

_ Pourriez-vous nous parler de ce qui s'est passé le matin du 18 février 2010 ?

L'Inuzuka se pinça les lèvres en regardant l'Aburame. Ses yeux s'humidifièrent et elle bifurqua son regard sur ses mains jointes. Pour la soutenir, Shibi vint les lui saisir en regardant le lieutenant demandant.

_ C'est Hana, la fille de Tsume, qui a découvert le massacre, annonça-t-il. Elle était très amie avec Neji et…

_ Elle était amoureuse de lui, le coupa-t-elle d'un souffle. Ils devaient se voir ce jour-là. Hana m'a raconté que la veille, Neji l'a embrassée avant qu'elle rentre à la maison… J'aurais dû lui laisser quelques minutes de plus.

Elle se pinça de nouveau les lèvres en revoyant l'état de sa fille ce jour-là. Elle regrettait tellement d'avoir appelé sa fille à rentrer si tôt. Durant des années, Hana n'avait cessé de demander d'un chuchotement qu'est-ce que Neji voulait lui dire, le regard vague. Fermant brièvement les yeux pour se reconcentrer sur la question, elle continua de rapporter les propos de son aînée qui lui avait dit que Neji avait quelque chose de très important à lui dire, d'où le fait que Hana avait découvert le massacre aux alentours de neuf Heure du matin.

_ Comme d'habitude, elle est passée par le jardin arrière et…, continua-t-elle d'une voix émue. Elle n'est pas rentrée à l'intérieur mais elle les a vu, la porte était ouverte… Elle a fait des cauchemars, toutes les nuits…

Gagnée par l'émotion, elle ne put en dire plus. Tout comme elle avait été une amie très proche des jumeaux Hyûga et de leurs épouses, ses enfants s'étaient liés à cette famille. Hana avait développé de forts sentiments pour Neji et Kiba considérait Hinata comme sa sœur tout en étant ami avec Neji et Hanabi. Si Hana avait réussi à faire son deuil, ce n'était pas le cas de son fils. Comme toutes mères, la souffrance de ses enfants avait un impact sur elle.

_ Même si le temps a fait son œuvre, reprit-elle en s'essuyant les joues. Nous sommes toujours affectés par cette histoire. Hana va mieux depuis, mais Kiba… Shino et lui se sont éloignés… Tout est différent et ce n'est pas toujours facile. Les Hyûga étaient notre famille.

Asuma et Shikamaru lui offrirent un sourire compatissant que Tsume rendit avant de regarder Shibi qui lui lâcha les mains pour lui caresser doucement le dos dans le but de la réconforter. Sachant qu'ils pouvaient reporter cet interrogatoire à plus tard, Asuma préféra en rester là pour l'heure.

_ Nous allons vous laisser tranquille pour le moment, sourit-il de nouveau.

_ Si vous avez la moindre question…, commença Shibi.

_ Je sais que vous êtes là pour une bonne raison, le coupa Tsume. Pourquoi la police de Matsuyama viendrait fouiller une enquête d'il y a sept ans jusque dans notre petite campagne ?

_ C'est une enquête criminelle et…, commença Shikamaru.

_ Je m'en fou de ça, s'emporta légèrement Tsume à l'image de son fils. Ne nous prenez pas pour des idiots et ne nous laisser pas dans l'ignorance comme ça.

_ Tsume, tenta de la calmer l'Aburame.

_ Mais merde Shibi, je veux juste savoir s'il y a une chance pour qu'Hinata revienne…

Shibi la blottit dans ses bras, partageant les mêmes sentiments qu'elle mais se montrant plus introvertie. Il intercepta le regard compatissant des lieutenants et Asuma laissa quelques secondes de flottement avant de déclarer :

_ Effectivement, il y a eu un avancement dans l'enquête mais pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons en dire plus. Quand nous en aurons l'autorisation, vous serez les premiers avertis de la situation, assura-t-il.

Tsume hocha faiblement la tête, partagée entre son besoin de savoir ce qu'il en était et la compréhension de cette mesure de sécurité. Elle n'avait aucun mal à voir la compassion du lieutenant Sarutobi.

Shibi se leva en premier, imité par Tsume qui, juste avant de quitter le manoir touristique, ajouta :

_ Si nous pouvons être utile en quoi que ce soit… N'hésitez pas.

Elle reçut deux sourires et suivit son ami. Shikamaru regarda Asuma qui préconisa une bonne nuit de sommeil avant d'affronter la journée du lendemain. Ils avaient encore quelques personnes à interroger et le cadet acquiesça en respirant profondément. Devoir garder sous silence le fait que l'héritière du site avait été retrouvée en vie était délicat. Cependant, révéler une telle information était prendre le risque qu'elle fuite, ce qui mettrait la victime en danger, tout autant que ceux qui seraient informés.


17/05/2019

Bêta : Nicori