Alors j'étais venue sans rechigner... j'avais suivi grand-père et papa sans me retourner lorsque les autres étaient resté dans le Chemin de Travers et que les brique s'étaient remises en place dernière nous... J'avais l'espoir de retrouver maman, de retrouver la lettre et de finalement aller, moi aussi, au Chemin de Traverse pour faire mes achats de début d'année...

Mais, plus je la cherchais du regard et moins j'avais d'espoir... En fait, je me retournai toujours précipitamment à chaque tête blonde que je voyais... à chaque femme portant des cheveux courts ou même ayant des lunettes autour du cou... mais aucune n'était ma maman...

Mais je... je ne comprenais pas... alors j'avais regardé papa et grand-père, j'avais essayer de voir si, eux aussi, semblaient chercher quelque chose, si eux aussi dévisageaient la moindre passante... si- s'ils la cherchaient ! S'ils avaient envie de la retrouver ! Mais papy ne parlait que des 'merveilles Moldus' alors que la seule qui l'était pour moi manquait à l'appel, et papa, lui, ne faisait qu'acquiescer... Il ne faisait jamais ça ! Jamais !

Je voulais ma famille ! Je la voulais en entier ! Je voulais savoir pourquoi maman n'était plus là ! Je voulais savoir pourquoi papa était aussi mal ! POURQUOI PERSONNE NE VOULAIT EN PARLER !

Mais, après avoir acheté pas mal de choses insignifiantes, quand je demandai à papa pourquoi maman n'était pas encore rentrée, il m'avait regardée... non, il ne me regardait même plus à ce moment là... En fait, j'ai bien cru qu'il allait me briser la main... il la tenait si fort ; même quand on est rentré à la maison en fin de journée avec grand-père, il n'a pas voulu me la lâcher... Lui aussi avait-il peur que maman ne revienne pas ?

- « Moi aussi j'ai peur... » avais-je murmuré, le regard perdu dans un bol de soupe à l'oignon un peu brûlée.

- « Ah ? Mais t'en fais pas ma petite gargouille ton papa est là- »

- « J'ai peur que maman soit fâchée... » avais-je pleurniché en remontant, avec ma cuillère, une lamelle noircie ; je la mangeai sans rechigner, il avait fait de son mieux.

- « Mais non, elle n'est pas fâchée ! » commença-t-il en se levant doucement de sa chaise.

- « Alors elle va revenir ? » demandai-je d'une toute petite voix ; je m'entendais à peine... En fait, je n'avais pas envie de m'entendre, ni mes questions, ni même les réponses qui pourraient m'être données ; il ne répondit rien...

- « Mary, mon petit toasteur, tu sais, hier- » commença grand-père en ramenant un Fondant du Chaudron. « j'ai parlé avec un Moldu, un habillé tout en noir et avec un petit col blanc, mais juste un carré sur le milieu ! » ajouta-t-il tout excité. « Et il m'a parlé d'un endroit, tout la haut, où tous les gens qu'on aime vont quand ils ne peuvent plus être avec n- »

BANG

- « ELLE N'EST PAS MORTE ! » hurla soudainement papa.

Immédiatement, je me recroquevillai sur ma chaise, le regardai pendant quelques secondes avant de fuir.

- « ANNY ! » appela-t-il.

BAM

J'avais claqué la porte puis l'avais fermée à clef.

Et je suis restée là. Sur mon lit, dans la chambre à regarder par la fenêtre. J'avais mal au yeux, mais je ne baillais pas. J'avais la vision trouble, mais les larmes ne venaient pas. J'avais mal, très mal, mais je ne savais pas pourquoi, je n'arrivais pas à dire où, ni même si c'était réel... Alors je restais là à fredonner une chanson dans ma tête, une chanson que j'avais entendu dans le métro... mais je ne me souvenais plus des paroles ; je n'en avais pas vraiment besoin.

Non, ce dont j'avais besoin, c'était de boire.

En silence, je me levai, allai vers la porte, mais lorsque je posai mes doigts sur la clef, j'entendis des bruits derrière ; un faible ronflement. J'ôtai la clef de la serrure et regardai par le trou ; des cheveux roux m'obstruaient la vision... Je me reculai, me redressai et repartis vers mon lit mais, au moment où j'allai me réinstaller dessus, je tournai la tête vers ma table de nuit.

Je savais que je ne dormirais pas cette nuit alors, j'ouvris le tiroir, pris les multiplettes que maman m'avait donnée et revisionnai tout ce qu'elle avait vu.

Les tribunes, le public, les bannières rouges et vertes, l'énergie de la foule et des joueurs... mais surtout, les acrobaties... la force, la vitesse... c'était si beau. Et maman n'avait jamais perdu une occasion de voir un match depuis... Et, depuis toute petite, elle m'avait montrée ses images, ses vidéos. Il y avait un match par multiplette... mais mon préféré, restait le premier ; Irlande contre Bulgarie.

C'était la finale de l'été 1994. La rencontre ultime. La Bulgarie, certes avait perdue cette année là.. comme toutes les autres depuis, mais leur attrapeur... Viktor Krum... il n'avait que dix-huit ans à ce moment là... C'était une légende, un joueur d'exception dont tout le monde avait chanté les louanges ; même ceux qui étaient dans le fanclub adverse ! Il était le joueur le plus jeune du lot !

J'enlevai les multiplettes de devant mes yeux et les laissai glisser, une fois de plus, vers la fenêtre. 'Qu'est-ce que tu ferais toi ?' murmurai-je avant de baisser les yeux... quelque chose me paraissait étrange. Je me mis alors à revisionner toutes les multiplettes, de toutes les années ; toutes avaient au moins Krum une fois dedans.

Avait-elle été fan ? Sans doute. Maman avait toujours apprécié les acrobaties et étudier la façon de voler des joueurs... mais pourquoi tant d'insistance sur un seul joueur ?

Peut-être à cause de sa renommée. Peut-être parce qu'il était jeune mais était le plus doué malgré tout...

Le lendemain, je me levai tôt et, comme je l'avais vu dans Leon le professionnel, je calai mes pieds son mon armoire et essayai de faire des abdos. Ce n'était pas simple. Je décollais à peine ma tête du sol et, au bout de dix, je du me laisser tomber sur le sol ; j'en pouvais plus.

Mais je devais continuer.

J'attendis donc quelques minutes et recommençai. Et encore, et encore et encore.

- « Anny ? » appela soudainement une voix ; je penchai la tête en arrière et vis papa, la main toujours sur la poignée.

- « Salut p'pa. » laissai-je en remontant une fois de plus, le souffle court.

- « Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il, surpris.

- « Du sport. » répondis-je rapidement ; j'avais de plus en plus de mal... parler en faisant ça n'était pas une bonne idée.

- « A-Anny, tu devrais prendre le déjeuner avant tout... » dit-il, l'air inquiet ; les yeux aux plafond, je laissai ma tête se poser contre le sol un moment puis, lentement, je roulai sur le côté et me levai avant d'aller vers lui.

Le déjeuner n'avait rien de grandiose ; pas d'œufs au plat, du bacon presque brûlé, du lait et des harengs... Mais il faisait de son mieux.

- « Euh, Anny, je- je voulais te proposer quelque chose... » commença-t-il au bout d'un moment ; il tremblait un peu. « P-pour cette année... »

- « Je n'irais pas à Poudlard... » murmurai-je ; il ne répondit pas... non pas que c'était une question de ma part.

- « D-donc, je, enfin, oui 'je' » rit-il, visiblement agité. « J'ai pensé que, peut-être, un collège normal te plairait ? » proposa-t-il, sa voix de plus en plus aiguë ; je ne répondis rien. « Tu pourrais te faire des amis, apprendre plein de chose intéressantes et même tu pourrais- »

- « Tu veux partir aussi ? » demandai-je, les yeux cachés derrière ma frange.

- « Quoi ? » demanda-t-il, d'un air choqué.

- « Tu veux pas que je reste... » ajoutai-je serrant mes poings sur mon pyjama. « DIS-LE SI TU VEUX QUE JE PARTE ! » hurlai-je sans le regarder. « DIS-LE ! »

- « JE VEUX PAS QUE TU PARTES ! » s'exclama-t-il en réponse.

- « ALORS POURQUOI JE PEUX PAS RESTER AVEC TOI ?! » insistai-je en relevant la tête.

- « JE VEUX QUE TU RESTES ! JE VEUX PAS TE LAISSER PARTIR ! MAIS JE SUIS TON PERE ! »

- « ET ALORS ? QU'EST-CE QUE ÇA A À VOIR ?! »

- « JE VEUX PAS QUE TU SOIS SEULE ! » expliqua-t-il ; je le regardai un moment.

- « Mais t'es là toi... s-si tu veux que je reste... »

- « Mais c'est pas pareil ! » insista-t-il, désemparé. « Ami, parent, c'est pas pareil.. » commença-t-il en parlant avec ses mains. « C'est pas à moi que tu va dire que 'ton vieux est une plaie' ou je sais pas moi... ! » énonça-t-il avant de me regarder ; il avait l'air désespéré.

- « On fait un serment alors... » murmurai-je au bout de plusieurs longues secondes.

- « D'acco- »

- « Un Serment Inviolable ! » annonçai-je ; il blêmit. « Je veux que tu promettes de ne jamais m'abandonner. » annonçai-je, les sourcils froncés.

- « Anny on ne- enfin- »

- « Promet-le ! » ordonnai-je, mais ça ressemblait plus à une supplication... Il sembla complètement désarçonné et, les yeux ronds, il se laissa tomber dans sa chaise. Ses lèvres bougeaient continuellement, comme s'il répétait en continu ce que je venais de lui dire... mais je ne bougeais pas, je ne disais rien. Pendant ce temps, il se recula avec sa chaise, passa ses mains sur son visage, posa ses coudes sur ses genoux avant de laisser, une fois de plus, ses mains passer le long de son visage ; il releva la tête après plusieurs minutes.

- « Est-ce que tu te rends compte de ce que ça impliquerait ? » demanda-t-il, en laissant ses avant bras tomber ; je ne dis rien, mais gardai ma détermination. Il baissa la tête, toujours les coudes sur ses genoux-

Clac

Il avait disparu ! Surprise, je me levai immédiatement. Il m'avait abandonnée ? I-il m'avait... lui aussi ? N-non.. pas... pas lui... !

Mais, il ne pouvais pas juste partir comme ça ! Il travaillerait toujours au magasin ! C'était la maison ici ! Il... il ne pouvait pas, partir en laissant tout là... I-il ne pouvait pas me-

Clac

- « T'es malade ! » hurla soudainement une voix ; oncle George. « Mais, je, v- attends, non. » bredouilla-t-il. « D'abord j'étais là-bas avec ma fille et- attends, pourquoi je suis là moi ?! » s'exclama-t-il en levant les bras dans les airs.

- « On a besoin d'un Enchaîneur. » annonça papa ; mon cœur fit un bon.

Le silence était lourd, puis, d'un coup, oncle George pouffa dire rire. Mais que ce soit papa ou moi, nous restâmes sur nos positions ; déterminés mais calmes.

- « HAHAHAhaaaaaa haha ha- » continua-t-il alors que son rire se calmait, puis il nous regarda. « C'est pas une blague ? » demanda-t-il après un moment ; mon père fit non de la tête. « Oh par Merlin... » soupira oncle George en se laissant tomber sur le fauteuil derrière lui. « Est-ce que que vous savez au moins- »

- « Je lui aie déjà demandé. » interrompit papa ; oncle George dirigea alors son regard vers moi.

- « T'as au moins une bonne raison ? » demanda-t-il, d'un air sérieux.

- « Vous aviez essayé sur oncle Ron à mon âge. » pointai-je, toujours aussi déterminée.

- « Mhhhffff... et c'est quoi cette promesse ? » demanda-t-il au bout d'un moment.

- « Ne jamais m'abandonner. »

Oncle George écarquilla les yeux puis les ferma et, sans un mot, sorti sa baguette.

- « Donnez-vous la main » dit-il d'une voix monocorde.

Sans un mot de plus, mon père me tendit la main et je la pris. Puis, comme décrit dans les grimoires de maman, une chaîne rouge sortit de la baguette de tonton et entoura nos deux mains.

- « Vos clauses ? » demanda-t-il.

- « Papa, est-ce que tu promets de ne jamais m'abandonner ? » demandai-je, les yeux rivés sur lui, fébriles, et à la recherche de la moindre trace d'hésitation ; mais il ne fit que me sourire, d'un air un peu triste.

- « Je le promet. » dit-il finalement.

- « Autre chose ? » demanda oncle George.

Je me mis à réfléchir un moment... et puis, d'un coup, quelque chose me vint à l'esprit.

- « Tu m'entraîneras au Quidditch. » ajoutai-je ; il mis un moment avant de donner la même réponse.

- « Forge ? » demanda-t-il.

- « Je n'ai rien à demander, je sais que tu feras ce qu'il faut. » sourit-il ; je sentis mon cœur me serrer.

- « Allez, c'est fini ; un suppo et au lit ! » s'exclama George en enlevant rapidement sa baguette.

- « Gred. On est le matin. » annonça papa ; tonton se retourna.

Nox

prononça-t-il avant que toutes les lumières ne s'éteignent puis, dans un claquement sonore, il disparut.

- « Unh. Bon bah... on descend ? » proposa papa que je voyais tâtonner de façon exagérée.

Et c'est ainsi que ce passa ma journée, mais contrairement à d'habitude, papa ne voulait pas me faire aller dans la petite réserve ; même pour aller chercher des cartons ou autres... en fait, je me sentais un peu... inutile. J'avais l'impression qu'il me poussait en dehors de son monde... et de celui de maman... Mais il avait promis de ne jamais m'abandonner, alors je me mis à réfléchir dans mon coin, à revisionner les multiplettes encore et encore... Peut-être que, plus que de prendre la relève de papa et maman, mon travail, mon rôle... ce serait de retrouver maman...

De la faire revenir... tout comme la bonne humeur de papa, la vraie.

'Si je ne peux pas être ta petite sorcière...' pensai-je à voix basse. 'Alors est-ce que je pourrais être à sa place ?' demandai-je en serrant les vieilles multiplettes dans ma main.