Enfin, l'année avait recommencée ; James avait disparut avec le Poudlard express alors que moi, le sac sur le dos, j'avais fait ma première rentrée au Collège... c'était, passable.

Les gens ne me faisaient pas grand chose, je leur parlais rarement mais, quand ils avaient besoin d'une gomme ou même d'une règle ou autre, je le leur prêtais.

Mais j'étais très sérieusement dégoûtée ; moi qui avais passé des années à essayer d'apprendre à bien écrire avec une plume d'oie, je me retrouvais avec un simple stylo à encre. Certes c'était plus pratique, mais ça manquait... de pittoresque, de magique... de.. savoir-faire...

Mais bon, je tâchais de faire bonne figure, travailler autant que je pouvais, rendre mon papa fière, bien écouter les leçons et rapporter tout ce que j'apprenais à mon grand-père ; c'était d'ailleurs un bon moyen de mémorisation.

Et à côté de tout ça, je continuais de m'entraîner. Le soir, après les devoirs, je demandais à papa de m'emmener chez papy et mamie pour que je puisse voler avec lui... puis, avant de me coucher, je faisais quelques abdos et pompes... d'ailleurs, j'y arrivais de mieux en mieux.

Mais il faillait plus ; toujours plus.

Mais, après plusieurs mois, je sentis que quelque chose avait changé ; mon père n'avait plus vraiment cet air fatigué, mais juste inquiet.

- « Alors, comment à se passe à l'école ? Tu t'es fait des amis au moins ? » me demandait-il de plus en plus souvent et, à chaque fois, je lui répétais que 'oui'... mais en réalité, je n'arrivais juste pas à m'intéresser à la mode, à la musique... aux trucs dont la plupart des filles de ma classe parlaient quoi. Pour être tout à fait honnête, j'avais tendance à les éviter un peu ; à voir toutes les horreurs qu'elles faisaient subir à certaines...

Nan, au final, j'avais un peu plus de point communs avec les garçons ; le sport, la force, la vitesse... tout ça, on l'avait en commun, même si eux trouvaient plus marrant de courir après un ballon alors que voler pour l'attraper était bien plus excitant !

Je leur en avait d'ailleurs parlé, mais ils m'avaient ri au nez avant de retourner jouer.

- « Bah, si t'as autant d'imagination que de muscles, je comprends le raisonnement ! » avait rit Quentin, un garçon brun à lunettes avec qui je m'entendais relativement bien. « Allez, marque-nous ce penalty Rambo ! » avait-il ajouté alors que je me mettais en place sur le terrain de fortune.

- « ALLEZ ? TAPES AUSSI FORT QUE T'ES MOCHE, ÇA VA PASSER ! » avait soudainement crié un garçon de l'équipe adverse ; le pied prêt à frapper, je restais là quelques secondes avant de donner un grand coup qui, comme un boulet de canon, parti vers les buts ; je ne marquai pas.

- « AHHHH ! » c'était alors plein un des défenseurs ; il était plié en deux et, non loin de lui, la balle rebondissait faiblement.

- « PUTAIN WEASLEY ! » avait alors hurlé le capitaine de l'équipe ; Lea Dawson, un géant de quatorze ans qui, pourtant, m'avait à la bonne... enfin, les trois premiers matchs. « T'aurais pu lui péter les côtes ! » s'énerva-t-il alors que, d'un mouvement de pied, je faisais sauter la balle dans les airs avant de la rattraper.

- « Eh, faut croire que je vise aussi mal qu'il est con. » rétorquai-je avec un sourire.

- « Flechter, tu remplaces Weasley. » ordonna Dawson en soulevant le 'blessé' comme un sac à patate.

- « Et pour Greg ? » demanda soudainement un membre de son équipe.

- « Vous vous démerdez. » répondit-il en partant dans la direction de l'infirmerie. « Weasley, tu viens avec. » ordonna-t-il en continuant son chemin.

'Je suis sûre qu'il simule...' pensais-je en regardant le type de treize ans se tordre de 'douleur' et gémir des insultes.

- « Reste là. » ordonna le capitaine.

Alors j'obéis ; je restais devant la porte de l'infirmerie et attendis qu'il revienne. Pendant bien dix minutes, je restai debout, les mains dans le dos et le regard vague.

Clac

- « Je sais vraiment pas ce que t'as dans le crâne... » soupira Dawson en lâchant la poignée de fer ; je ne répondis rien. « Écoute, t'as du potentiel en sport ; ça je peux pas cracher dessus. » expliqua-t-il en mettant ses mains sur ses hanches. « Mais je vais pas pouvoir te garder dans l'équipe si tu continue comme ça. » ajouta-t-il en se passant une main sur son crâne presque rasé où des cheveux gris commençaient déjà à apparaître ; son père avait eu ça aussi apparemment.

- « Ouais... mais si au moins- »

- « Mais qu'est-ce que t'en a à foutre de ce qu'ils te disent ? » soupira-t-il d'un air désespéré ; je ne répondis rien, mais serrai mes mains un peu plus fort derrière mon dos. « Et si t'y arrives pas, alors mes des boules quiesc. » ajouta-t-il avant de partir. « Ah, et je veux plus te voir sur le terrain pendant au moins deux mois. »

Mon cœur se serra.

- « Compris ? » insista-t-il.

- « Oui... » répondis-je en hochant la tête, puis il parti.

Ce soir là, quand l'école fut fini et que papa vint me chercher, les choses ne furent pas si plaisantes.

- « AH ! C'est vous M. Weasley !? » demanda une voix féminine assez désagréable.

- « Euh oui c'est m- »

- « Et bien je n'en serais pas fière si j'étais vous ! » s'exclama-t-elle. « Savez vous seulement ce que votre brute a fait à mon fils ?! » hurla-t-elle en tirant son fils devant elle. « NON MAIS REGARDEZ-LE ! ELLE LUI A PRATIQUEMENT ENFONCÉ LA CAGE THORACIQUE ! »

- « M-mais je- »

- « SI JAMAIS ELLE REPOSE UN DOIGT SUR MON FILS... ! » menaça-t-elle avant de tourner les talons et, en passant à côté de mon père, lui donner un coup d'épaule ; Mais quelle sale-

- « Désolée papa... » murmurai-je en levant les yeux vers lui ; il me lança un regard sévère puis me tira doucement vers la sortie...

- « C'est pas à moi qu'il faut faire des excuses... » avait-il répondu alors que, d'un pas rapide, nous retournâmes vers l'entrée Moldu du Chaudron Baveur, puis vers le Chemin de Travers et enfin chez nous.

Je ne dormis pas cette nuit et me contentai de faire mes exercices. La sueur coulait sur mon front, mes articulations craquaient au bout d'un moment, mais c'était ma passerelle. Mon seul espoir de faire parler de moi dans le monde, de la rendre fière, de lui montrer que j'avais la carrure pour rester parmi eux, de la faire revenir... Je ne voulais pas avoir à m'excuser auprès de papa pour avoir fait partir maman...

Mais le lendemain, ce fut à cet immonde gnome que je dus, sur ordre de papa, m'excuser...

- « Désolée de t'avoir fait ma- »

Il me cracha au visage.

- « Va jouer à la poupée Weasley ! » lança un de ses potes ; Jonathan. « Soit déjà contente qu'on t'en colle pas une ! »

- « Ouais, mon grand-frère il te casserait la gue- »

- « Jonathan ! Greg ! À l'entraînement ! » gronda Dawson, les poings sur les hanches.

- « Okkkk... Oh, Weasley, tu viens aussi ? » demanda Greg d'une voix mielleuse. « Ah oui, c'est vrai ; t'as été virée ! » lança-t-il avant de partir en riant avec son pote.

- « Je sais pas s'qui m'retient- » grommelai-je en mordant l'intérieur de ma joue.

- « Pas tes nerfs, ça c'est certain. » répondit le capitaine en croisant ses bras sur son torse. « Mais fait pas l'andouille ; ils n'attendent que ça. T'es une proie facile pour eux. » ajouta-t-il en me toisant de toute sa hauteur. « Enfin, juste, que tu saches ; j'ai réussi à te couvrir pour les petits incidents, mais si tu le refais une fois de plus... faudra plus compter sur moi. » annonça-t-il avant de tourner les talons et partir. « Allez, bye Poil de carotte ! » lança-t-il en levant une main en l'air.

Laisser des Moldus m'insulter... laisser couler tout ça... 'ok' m'étais-je dit d'une voix à peine audible en réajustant mon sac sur mes épaules. 'On va y arriver.'

- « Ben en fait, on est déjà quatre... » commença timidement une fille de ma classe.

- « On veut pas de toi. » coupa une de ses amies.

- « Et je peux savoir pourquoi ? » demandai-je en essayant de cacher mon amertume ; elles se regardèrent toutes puis me regardèrent de haut en bas.

- « T'es trop... bizarre. » lança la brune qui m'avait regardée avec le plus de dégoût ; je levais un sourcil.

- « T'es sale. » énonça l'une.

- « Tu traînes qu'avec les garçons. » ajouta une petite blonde.

- « En plus t'es méchante ! » s'indigna la fille qui était le plus à l'arrière. « T'as fait mal à Greg ! Et tout le monde sait que c'est toi qui a fait tomber la brique sur le pied de Ed ! » ajouta-t-elle, presque en pleurant ; une des filles, la plus âgée, la pris dans ses bras et la consola.

- « On va avoir de problème avec la direction alors passe ton chemin. » dit-elle d'un air sévère ; je fourrai mes deux mains dans mes poches et partis à l'opposé d'elle, dans la coure.

'En plus c'était un accident la brique...' grommelai-je en m'asseyant sur un banc vide... enfin je croyais.

- « Quoi ? Là aussi j'ai pas le droit d'être ? » vociférai-je en regardant la personne devant moi.

- « Ah non je- je- est-ce que je peux... ? » bégaya une fille d'à peu près mon âge ; elle était brune, avec de très longs cheveux jusqu'aux hanches et... il y avait une drôle d'odeur qui s'échappait d'elle...

- « t'étais là avant, non ? » répondis-je en la dévisageant à peine ; elle ne répondit rien. « C'est quoi cette puanteur ? » m'exclamai-je après avoir regardé si les poubelles n'étaient pas juste à côté de moi.

- « Ah... ça c'est... c'est rien... » dit-t-elle, sa voix de plus en plus petite ; mais je ne voulais pas savoir, j'avais pas la tête à ça.

Je restai là pendant un bon moment à faire mes devoirs... encore des maths... 'Et quand je pense que je devrais être en plein cours de potion à l'heure qu'il est...' avais-je pensé.

- « Encore à ruminer ? » demanda soudainement une voix devant moi ; je regardai sans lever la tête et vis Quentin.

- « T'es pas au match ? » demandai-je.

- « J'en suis parti. » répondit-il nonchalamment en se laissant tomber à côté de moi.

- « Une raison ? » demandai-je un peu étonnée.

- « Attends, sans toi dans l'équipe je fais comment moi, pour défendre les buts sans mourir ?! » s'exclama-t-il.

C'était plus ou moins vrai, les autres avaient toujours eu tendance à tirer comme des malades... Personnellement, j'en avais récolté des bleus et quelques petites douleurs passagères, mais Quentin lui... Il avait boité pendant pas moins d'une semaine...

- « Bon, c'est l'heure. » soupirai-je après avoir regardé ma montre. « Je vais en cours. » annonçai-je en baissant la tête vers Quentin.

- « 'k. » dit-il en se levant un bond.

La journée continua normalement, jusqu'à ce que quelque chose, après l'entre-classe n'attire mon attention ; l'odeur de tout à l'heure était revenue.

- « POUAAHH ! » s'exclama une voix au milieu de rires. « VA T'LAVER RUSSEL ! » s'exclama cette même voix. Je me tournai vers ma droite et, au milieu d'une foule, se trouvaient quelques unes des filles qui m'avaient rejetée.

- « Il se passe quoi ? » demanda Quentin en se dressant frénétiquement sur la pointe des pieds.

- « Y' quelqu'un qui a pas d'bol. » répondis-je en passant à côté de la foule qui devenait de plus en plus dense.

- « Quoi ? Qu'est-ce que t'as dit Russel ? J'ai pas entendu ? » dit soudainement une voix que je cru reconnaître ; je tournai la tête, et vis la blonde de la toute à l'heure attraper la fille par ses cheveux et tirer.

- « Qui a des ciseaux ? » demanda soudainement l'une d'elle.

- « C'est quoi cette histoire de ciseaux ? » demandai-je en me frayant un chemin entre les élèves.

- « T'occupes Weasley. » cracha la rousse qui avait déjà la main dans sa trousse.

- « Ouais, occupe-toi de t-OIIIIIII ! » commença-t-elle avant que je soulève la maigroulette qui tenait les cheveux de la fille par son veston.

- « Mauvaise réponse. » dis-je tout simplement en me mettant entre la fille et les autres, puis lâchai la blonde. Dans un gémissement aigu, elle s'effondra au sol, d'un coup, comme un paquet de linge sale.

- « Tire-toi de l- »

- « Mais qu'est-ce que vous faites ?! » s'exclama soudainement une voix ; c'était la fille plus âgée d'avant. « Allez ! En cours. » ordonna-t-elle et, en ronchonnant, les quatre pestes s'en allèrent non sans nous décocher des regards mauvais.

Après ça, rien de très mémorable ne se passa de la semaine... En fait, la seule chose qui changea vraiment, fut le fait que la fille, la victime de cette fois là, avait pris pour habitude de plus ou moins me coller.

- « Dis, tu comptes mettre mon ombre au chômage ? » demandai-je en me retournant ; elle était là. Juste un peu après l'angle. « Allez approche. » soupirai-je en croisant mes bras sur mon torse.

Sans un mot, elle approcha et, à cet instant, j'entendis des chuchotements et gloussements émaner de l'angle que nous venions de passer...

- « Toi c'est Russel, c'est ça ? » demandai-je lorsqu'elle fut devant moi ; elle hocha la tête, totalement raidie. La tête vers le bas, je la regardai un moment avant de fermer les yeux et tourner les talons ; je devais rentrer chez moi toute seule cette fois-ci. Papa avait eu des problèmes avec ses fournisseurs.

J'étais presque au bout du couloir, devant les escaliers de la sortie lorsque je regardai derrière moi.

- « Alors, tu te ramènes ? » lançai-je ; elle sursauta, leva la tête, les yeux ronds, avant de marcher à tout petit pas, mais rapides vers moi.

J'avais pas pour intention de lui servir de nounou, mais lorsque je vis que les filles de tout à l'heure semblaient vouloir la suivre, je me dis que, pour une fois, je pouvais faire quelque chose... Après tout, elle ne m'avait jamais fait la moindre crasse et maman m'avait toujours dit qu'il ne fallait pas faire aux autres ce que tu ne voulais pas qu'on te fasse... donc, il fallait faire pour les autres ce que tu voudrais qu'on fasse pour toi, non ?

Elle était pas très causante, mais après plusieurs jours à traîner avec elle ainsi qu'à la raccompagner, je finis par lui tirer les vers du nez.

Sarah Russel. Elle venait d'Écosse et avait déménagé dans la banlieue de Londres cet été. C'était la plus jeune d'une famille de trois enfants, et la deuxième fille. Plus tard, j'appris qu'elle s'intéressait aux très vieilles voitures, à la mécanique... un peu comme son grand frère... mais que, depuis qu'il était parti à Liverpool pour travailler, elle n'avait plus personne avec qui partager sa passion.

Un peu plus tard, vers la fin de l'année, elle m'avoua que, l'odeur que j'avais senti si souvent lorsqu'elle était là, était celle des ordures que des filles avaient renversé sur ses vêtements.

Je ne les comprenais pas ; pourquoi s'acharner sur tout le monde comme ça ? Frustration ? Colère ? Pour s'amuser ? En tout cas, depuis qu'elle était à côté de Quentin et moi, il n'y avait plus de problèmes.

Mais je devais avouer que, depuis quelques temps, j'avais horriblement mal aux jambes et aux muscles... Papa m'avait dit que je grandissais... c'était sans doute ça car, la plupart des pantalons et T-shirt que j'avais, ainsi que mon uniforme, m'étaient à présent bien trop court.

C'est d'ailleurs ce qui me fit définitivement quitter l'équipe pour la totalité de l'année et jusqu'à ce que ça s'arrête... ça en plus de ma poitrine qui commençait à me faire souffrir.

- « Un mètre cinquante-cinq ?! » s'exclama papa pendant que le mètre magique se ré-enroulait. « Pour sûr que tu es déjà une grande fille ! » rit-il.

- « C'est pas drôle ! » insistai-je en boitant un peu vers la chaise la plus proche ; ça faisait au moins un mois que j'avais pas pu faire mes exercices.

- « Dans ce cas... » commença-t-il. « Je vais prévenir papy et mamie qu'on pourra pas venir- »

- « Non c'est bon ! » m'exclamai-je en ravalant ma douleur ; je ne pouvais quand même pas rester ici pendant toutes les vacances, à ne rien faire !