Fin Août, mes articulations commencèrent à me faire encore plus souffrir, mais je ne dis rien. Je ne voulais pas que papa s'inquiète ou même que oncle Harry me fasse le même coup que la dernière fois. Au début du mois, il s'était permis de dire que, si j'avais mal, c'était plus à cause de mes entraînements qu'à cause de ma croissance ; abruti.
Moi je savais ce qu'il voulait. Il avait fait partie de l'équipe de Quidditch dès sa première année ; pas son fils... et maintenant qu'il avait la preuve qu'il était encore moins bon qu'une Cracmol, il voulait me faire me tasser. Il voulait que j'attende sans rien faire pendant que son rejeton allait essayer de rattraper son retard... mais je ne les laisserai pas faire.
Mais, malheureusement, je dus, à la fin des vacances, retourner à ce maudit collège. Pas de Batailles Explosives dans la récrée, pas de baguettes magiques, pas de sabliers qui, pour quelques mots venant des profs ou préfets, pouvaient faire descendre ou remonter les grains qu'ils contenaient. Et c'était encore pire avec l'équivalent du contenu d'un sac de tondeuse à gazon dans l'assiette...
- « Tu manges pas ta potée ? » demanda soudainement la voix de Quentin ; j'envoyais mon assiette vers lui. « Franchement ; tu sais pas ce que tu rates ! » s'exclama-t-il en enfournant le tiers de mon assiette dans sa bouche... 'Une intoxication, probablement...' me dis-je à voix basse en plantant mon menton sur mon coude. Les yeux dans le vide, je tentais d'ignorer mon ventre qui, à la fois, criait 'famine' et 'rébellion'...
- « Mbrouf, M'e mbaf fa five me votfe vfoif ? »
- « On t'as jamais dit d'avaler avant de parler ? » fis-je remarquer en enlevant un petit morceau qui, sans doute, avait été postillonné sur ma main.
- « Gr. » commenta-t-il après avoir avalé bruyamment. « Là. La fille de l'autre fois. » dit-il.
- « Ah ? » dis-je en regardant dans la direction qu'il me montrait, un peu désintéressée. « Ah ouais.. » dis-je en reconnaissant, au fond de la pièce, toujours son plateau dans les mains, Russel. 'Meh, elle se débrouillera cette année.' pensai-je en retournant mon attention vers mon plateau ; il ne restait que mon verre.
- « Uh-ow... » ajouta-t-il au bout d'un moment ; je soupirai. Comme réponse, il ne me fit qu'un geste de tête vers là où il y avait Russel avant. Alors, encore une fois, je me retournai et... 'cette fille est maso.' grognai-je intérieurement en voyant cette andouille essayer de trouver de la place à la table des ''''''filles biens''''''... « Euh on devrait la chercher avant que ça tourne au vin- » commença-t-il mais je m'étais déjà levée et, rapidement, j'arrivai derrière elle, lui pris le plateau et repartis vers notre table.
Elle sembla perdue et beaucoup qui avaient vu la scène c'était mis à la pointer du doigt tout en ricanant ; pas trop fort, sinon les punitions allaient fuser... mais quand même. En tout cas, ça ne fit que la tasser un peu plus sur elle-même ; tellement d'ailleurs, qu'elle ne semblait même plus avoir de cou.
- « Bah viens... » appela Quentin en lui faisant des signes de la mains ; mais elle ne sembla même pas le remarquer... 'faut vraiment tout faire soi-même...' grognai-je intérieurement en me relevant brusquement.
D'un pas décidé, je m'approchai et, alors qu'elle semblait s'être pétrifiée, je l'attrapai sous les bras et la soulevai jusqu'à ce qu'on arrive à la table ou je l'assis sur une chaise avant de me mettre à ma place.
- « Sérieux ; t'es maso ?! T'allais vraiment te frotter à ses autres chipies ?! » je ricanai. « Quoi ?! » s'insurgea-t-il en se tournant vers moi.
- « Chipies ? » répétai-je en levant un sourcil ; il baissa la tête et rougit quelque peu.
- « Mais c'est papy qui dit tout le temps ça ! » se défendit-il en s'agitant dans tous les sens sur sa chaise avant de s'arrêter ; un petit rire émanait d'à côté de nous.
- « D-désolée... » s'excusa Russel lorsqu'elle vit Quentin la regarder avec insistance.
- « C'est rien... » répondit Quentin en se laissant aller sur sa chaise. « T'as qu'à rester avec nous cette année aussi ; j'ai pris du muscle cet été alors si y'a un problème » commença-t-il en nous montrant son bras droit. « bibi vous en sortira ! » ajouta-t-il en essayant de gonfler son biceps... mais, faut dire que, sous la veste d'uniforme... y'avait pas grand chose qui bougeait ; je souris. « Eh ! Tu crois que je t'ai pas vu ! » s'insurgea-t-il en m'attrapant par mon blazer pour me secouer.
Je devais bien avouer qu'il avait un peu plus de poigne que l'année précédente, mais il n'avait rien d'une 'force de la nature'. Du moins, pas encore, enfin, j'espérais pour lui.
Mais bon, qui dit 'nouvelle année', dit aussi 'nouvelles emmerdes'... et on y avait pas coupé. On avait beau ne plus être les 'petits nouveaux', ça n'empêchait pas qu'on avait de temps à autre, quelques petits roquets teigneux qui venaient nous tourner autour. Bien sûr, cela étaient assez rapidement stoppés par les profs... mais bon, certains étaient plus malins que d'autres et attendaient la fin des cours pour nous sauter au cou...
Mais j'avais pensé que, cette année-ci, je n'aurais plus à jouer les 'gardes du corps'... Après tout, je ne pouvais pas faire le boulot des parents... et puis j'avais mieux à faire ! Déjà que j'avais perdu beaucoup de temps l'année dernière à faire la navette entre le collège, l'appartement des parents de Russel, puis le Chemin de Traverse... sans compter le temps de faire mes devoirs...
Mais, un matin, je vis que Quentin était arrivé en retard en cours ; il y avait bien sûr une punition à la clef... mais ce n'était pas vraiment ce qui m'avait inquiété. En fait, j'avais remarqué que, de toute la journée, il n'avait pas parlé... ou du moins, pas autant que d'habitude.
- « T'es sûr que ça va ? » demandai-je en le regardant ramasser ses affaires.
- « Ouais... t'inquiète Rambo. » répondit-il en mettant son sac sur ses épaules d'un air nonchalant. « J'suis un grand garçon ; c'est pas une retenue qui va me tuer ! » rit-il avant de sortir dans le couloir.
Alors je l'ai écouté. Je l'ai écouté pendant pas loin de deux mois. Deux mois pendant lesquels je l'ai vu boiter, se frotter l'épaule, arriver encore plus en retard et parfois même, ne pas venir du tout.
- « Mec, t'as pas l'air dans ton assiette. » lui avais-dit, début octobre, soit un peu avant les vacances d'automne. Mais il me répondit la même chose que les autres fois... Mais il commençait à m'inquiéter alors, cette fois-ci, je le suivis, incognito, pendant environ une semaine.
Et c'est le jour avant le début des vacances que je me rendis compte de ce qui se passait.
Comme d'habitude, je le suivais de loin et, comme à chaque fois, il tourna à l'angle de la rue ; angle que je passai également mais, cette fois-ci, il n'était plus en vue... 'est-ce qu'il m'a v-' marmonnai-je avant que, quelque part, à ma droite, dans une petite ruelle, des voix n'éveillent ma curiosité.
- « Mais magne-toi, morveux ! » ordonna l'une d'elle alors que, sur la pointe des pieds, je m'approchais de ce qui, me sembla être une petite remise dont les fenêtre avaient été brisées.
- « Alors, t'as entendu ?! » ajouta une autre plus grave. « MAGNE ! »
BAM
D'un coup, je vis quelque chose gigoter dans les poubelles qui venaient de se renverser ; Quentin !?
Surprise, je le regardai, inerte sur les sacs troués ; il ne se relevait pas...
- « Allez on prend tout ce qu'il- Eh ? » s'étonna soudainement une voix ; je détachai les yeux de mon camarade pour voir un mec d'environ quatorze ans... peut-être treize...
- « Quoi ? » demanda l'autre en enjambant les ordures ; petit, trapu avec des yeux globuleux... c'était un des types de l'équipe de foot. Définitivement treize ans.
- « Eh ! » appela l'autre ; grand maigre aux cheveux bouclés en avançant vers moi. « Toi là-bas ! T'as du biff pour nous ? » demanda-t-il avec un grand sourire sur le visage ; je fronçai les sourcils et m'approchai aussi.
- « Euh, m-mec... ! » appela son pote ; j'étais à quelques mètres de lui maintenant.
- « Quoi ?! » croassa le maigre. « Tu vas quand même pas me dire que ta moman va te punir alors qu'on a une autre din- » lança-t-il, tourné vers son ami avant de se retourner vers moi. « -de à plumer... » ajouta-t-il lorsqu'il commença à lever la tête vers mon visage ; je l'empoignai, le soulevai à ma hauteur avant de le plaquer contre le mur de briques à ma gauche.
Il était un peu plus lourd que je ne l'aurais pensé, mais je le gardai là avant de regarder l'autre ; il y avait une auréole qui commençait à prendre forme sur son jean pendant que la respiration de celui que je plaquais se faisait de plus en plus sifflante et rapide.
Sans un mot, je lâchai le maigre et allai vers l'autre.
- « C-c'était une bl-blaaaa- » balbutia-t-il avant de trébucher sur la déchets qui avaient été renversés ; je le toisai de toute ma hauteur avant de me baisser et rassemblai toutes mes forces dans mes jambes pour le soulever et le jeter en arrière sur le goudron craquelé...
Les deux étaient à présent en mauvais état ; le premier que j'avais immobilisé était tout rouge et avait du mal à respirer alors que le potelé gémissait en se tordant sur le sol, les yeux fermement clos et ses dents cariées visibles... pitoyable...
- « ça va ? » demandai-je en m'approchant de Quentin qui, à présent, ne bougeait plus ; il ne répondit pas. Je jetai un regard en arrière et vis qu'aucun d'eux ne semblait près à bouger alors je me permis d'écouter son pouls ; d'abord avec la tête contre son torse puis avec son poignet.
Il allait bien.
Sans autre forme de procès, je passai mes mains délicatement sous son dos et ses genoux avant de m'approcher un peu pour que sa tête soit au creux de mon bras à la place de pendre et me levai doucement avant de retourner dans la rue principale. Il n'était pas si léger, mais suffisamment pour me permettre de le porter jusqu'à l'entrée des appartements ; je sonnais.
Personne ne répondit ; je sonnais donc une fois de plus. Toujours personne.
Je réessayait pendant bien cinq minutes avant qu'un 'Clac' sonore ne se fasse entendre.
Quoi !?
Demanda soudainement une voix venant de l'interphone ; moi qui croyait qu'il avait été cassé...
- « Oui, Madame Skinner ? Votre fils a eu des prob- »
Ouais c'est ça monte et on verra.
'Okkk' murmurai-je en écarquillant les yeux tout en bougeant rapidement ma tête ; ça c'était de l'accueil... Enfin, j'ouvris la porte en la poussant avec mon dos, montai les étages jusqu'à voir le nom 'Skinner' écrit au crayon sur une feuille blanche salie, grossièrement collée sur une porte noire mat ; ça ressemblait à l'écriture d'un enfant...
Je déglutis et m'avançai avant de me tourner pour pouvoir sonner avec mon coude mais, à ce moment là, j'entendis des tas de verrous être enlevés ; surprise, je me retournai pour voir la porte s'ouvrir sur une femme maigre avec le teint pal,des cheveux blonds et de nombres tâches de rousseurs.
- « C'est pour qu- » commença-t-elle avant de regarder un peu plus bas que mon visage ; je vis ses yeux s'ouvrir en grand avant que, sous son œil droit, un muscle ne commence à frétiller... « Il est... »
- « Juste évanoui... » dis-je en réajustant doucement mes mains sous lui. « Uhm, Madame est-ce que vous pourriez l'amener jusqu'à sa chambre ? » demandai-je avant de me rendre compte de la bêtise de ma question ; comment une femme aussi maigre et peu musclée pouvait porter un poids pareil ?!
- « Eh bien je- » commença-t-elle avant d'avancer ses bras vers moi, mais elle les recroisa immédiatement et ferment son châle encore plus sur la poitrine. « Vous pourriez le poser sur le canapé s'il-vous-plaît ? » demanda-t-elle en ouvrant un peu plus la porte ; j'acquiesçai et entrai avant d'avancer vers un canapé rouge en cuir dont tous les éléments étaient rectangulaires.
Mes bras commençaient sérieusement à trembler alors, un peu trop rapidement, je commençai à me baisser pour le déposé sur le canapé-
- « Attendez ! » s'exclama la mère en se précipitant vers moi ; en marmonnant des choses incompréhensibles, elle enleva les chaussures de son fils puis se défit de son foulard pour le placer juste là où, normalement, ses pieds devraient arriver. « Allez-y... » dit-elle en un sourire ; son tic à l'œil était toujours présent.
Sans attendre, je le déposai puis me relevai avant de me diriger vers la sortie où je croisais quelqu'un ; un homme.
Il avait une barbe impeccablement taillée, des épaules larges, comme un batteur de Quidditch, ainsi que des cheveux coupé en brosse.
- « Chérie, que fait cet enfant chez nous ? » demanda-t-il en me toisant de toute sa hauteur avec un regard aussi glacial que sa voix.
- « E-eh bien- »
- « Je suis une camarade de classe de Quentin. » répondis-je en le regardant droit dans les yeux. « Des types plus âgés l'ont attaqué pour lui prendre ses affaires. » expliquai-je en croisant mes bras sur mon torse ; ses yeux allèrent vaguement vers son fils.
- « Mh. Et vous n'y êtes pour rien là dedans... » commença-t-il d'un ton hautain.
- « Je les ai fait partir. » me défendis-je ; à ce moment là, il ses yeux vers moi et il sourit, ses lèvres formant une fine ligne trop parfaite pour être naturelle.
- « Vraiment ? » s'étonna-t-il d'une voix un peu trop douce. « Et bien, je vous remercie ; nous allons à présent prendre le relais. » ajouta-t-il en me contournant sans me regarder avant de passer un bras autour des épaules de sa femme qui, sans un bruit, se tassa, son tic toujours présent.
Je ne répondis rien et leurs tournai le dos, hésitante, avant de passer le pas de la porte ; elle se referma très doucement derrière moi... Debout, les bras tremblants, je restai un moment sur le paillasson avant de me retourner pour regarder la porte... Je ne savais pas vraiment pourquoi je restais là... peut-être que j'avais peur d'entendre quelque chose... peut-être que je voulais m'assurer que tout irait bien... mais, au bout d'une quinzaine de minutes à regarder le judas en face de moi, je me retournai et descendis les trois étages, lentement, avant de passer la porte du hall...
Là, encore une fois, je m'arrêtai, regardai vers les fenêtres du troisième, mais il n'y avait toujours aucun bruit alors, je laissai mes yeux retomber au sol, haussai les épaules puis me remis en chemin ; il était déjà dix-huit heures.
'Bon bah on va bâcler les maths...' me dis-je en réajustant mon sac sur mes épaules.
