13.

Je regarde distraitement par la vitre de la voiture qui se couvre de pluie et de ma buée. Je frotte de temps en temps, d'un bout de manche, le rond brouillé sur les bords, et dont l'opacité faiblit à cause de la chaleur qui emplit l'habitacle de la voiture.

Je jette un œil à Seto, alors que j'efface pour la troisième ou quatrième fois la vitre. Je remarque qu'il semble toujours aussi en colère - contre lui-même? - et voire même frustré sur les bords.

Je n'ai rien dit depuis ce qu'il s'est passé entre lui et moi dans la salle d'études.

Le souvenir fugitif de revoir cette colère et cette culpabilité sur son visage. Le fait qu'il ait frappé fort et à plusieurs reprises la table, puis donné un énorme coup de poing dans un des murs. J'ai cru même qu'il allait se briser les os de la main.

Nous avions, après cet étrange moment, ensuite quitté la salle comme s'il ne s'était rien passé, cependant chacun avec une ombre de frustration sur le visage. Un dépôt de réservation plus tard, pour les livres et la salle, nous avions regagné l'entrée de la bibliothèque. Mais il pleuvait vraiment fort dehors.

Voilà comment je me suis retrouvée dans cette voiture, alors que je me sens aussi coupable que lui.

Il s'arrête à hauteur de la librairie, se gare et me laisse partir, sans un seul mot. Et sans un seul regard, ce qui est assez troublant, venant de lui, qui, i peine une trentaine de minutes auparavant...

Je chasse de mon esprit ce qu'il s'était produit. Il doit y avoir une erreur, et je suis en pleine confusion. Et l'homme à côté de moi est totalement taré, vu la façon dont il a de se comporter.

Je descends de la Subaru noire qui file vite après son arrêt d'un court moment... Comme ce court moment que j'ai passé, agréable, avant que ça ne devienne un véritable cauchemar.

Je passe ma main sur ma nuque, en descendant jusqu'à mon cou, façon pour moi de suggérer que j'ai un peu accumulé trop de stress. Pendant que je frotte mon cou, une sensation fulgurante de douleur me donne une envie de tressaillir. Bordel, ça fait mal, j'ai quoi là... ?

Un souvenir agréable mais dur me revient : c'est là où Seto a mordu. Sur le coup, je ne m'étais pas rendu compte de la douleur, mais là... Enfin, bref, je fais tout pour cacher la morsure que je devine assez visible.

- Reb ! Hey ! Ça va ?

Edo se trouve près de mon poste de travail, il y décharge quelques cartons. Ma collègue caissière ne semble pas être présente, et on est le jour des arrivées.

Logique qu'Edo soit là, à aider, mais le pauvre...

- Salut Edo, dis-je avec un faible sourire. Hm. Tu sais, ça pourrait aller mieux, mais je me contente déjà de ça.

Il me répond également avec un faible sourire qui évoque un genre de compréhension pas totale, mais il est plutôt enclin à me dispenser de son soutien.

Edo lâche le carton qu'il tient dans les bras, afin de me les tendre et de m'étreindre. Ah. Edo. Mon gentil et doux Edo. Un vrai ami, celui-là, malgré ce que Seto peut dire à son sujet.

Ça fait du bien de voir quelqu'un qui ne se met pas dans un état de rage incompréhensible, ou je ne sais quoi, quand une chose ne va pas.

- Tu n'as vraiment pas l'air bien, toi. Qu'est-ce qui ne va pas ? C'est en rapport avec hier, quelque chose dans ce genre, non ?

J'ai bien l'impression qu'il croit que c'est à cause de lui que je ne vais pas bien, mais s'il continue en cette voie, et qu'il croit que je me reproche quelque chose à propos de notre soirée à deux au bar, je crois que je vais vraiment me reprocher quelque chose en plus.

Il s'écarte un instant et tient mes épaules. Puis il me fait un grand sourire, question de dire « Allez, il ne faut t'en vouloir pour rien au monde, c'est ni de ta faute, ni de la mienne, juste faute à pas de chance ».

Ah, si Seto pouvait être comme ça aussi, mais il n'a rien à voir avec ça. Oui, Seto semble compliqué.

Le travail est vite passé, Edo était avec moi tout le long du déchargement et du compte des livres. Jenny étant absente, M. Wilson avait demandé à Edo de me prêter main forte, ce qui n'était pas de refus.

Edo et moi avions donc passé une bonne partie du temps à bavarder et à nous taquiner, tout en faisant de temps en temps resurgir des souvenirs d'enfants.

Je me souvenais qu'il venait souvent chez Arthur mon grand-père, car la grand-mère paternelle d'Edo a longtemps été la voisine de mon grand-père... Je crois que maintenant encore ils sont voisins. Cependant, je ne sais plus pourquoi Edo vivait là...

Après le travail, j'attendais que Edo finisse son travail à lui, qui consistait à - de ce que j'ai compris - synchroniser ce que j'avais entré comme données dans les nouvelles arrivées de livres à ce qui se vendait sur le site de la librairie.

Une fois après avoir terminé, nous sommes allés à sa Chrysler, sur le parking privé, à deux pas de notre lieu de travail. La nuit se couchait moins rapidement sur la ville qui, cependant, commençait à faire scintiller de ses lumières, un peu partout.

Tandis qu'Edo me raccompagne chez moi, je me sens plus heureuse et moins stressée qu'auparavant. Je me demande si ce que j'ai pu vivre avec Seto ce jour et hier n'était pas une simple méprise entre nous.

Ma Folie me souffle que non, vu son appel...

Je suis au pied de ma résidence, il fait un peu plus noir à présent, je vois la lumière de mon salon qui illumine la fenêtre.

Je fais un signe de la main à Edo qui me répond par un appel de phare. Pour une fois, il n'est pas entré au cœur même du parking de la résidence, mais il est resté juste devant les grilles. Peut-être est-il satisfait de m'avoir eu comme « rendez-vous » hier ? Seto doit dire des mensonges à son propos : je ne vois pas Edo tenter de me séduire pour de vrai...

Quand je suis devant la porte de ma colocation, j'entends de la musique étouffée par le fait de la porte. Une fois dans le couloir de mon appartement, je suis accueillie par une Mai heureuse comme pas possible et excitée comme jamais, un verre à pied dans sa main.

Elle lève son verre en ma direction et affiche un très grand sourire. Je lève un sourcil en retour, en signe de question à propos de sa si bonne humeur.

- Becca. Tu ne devineras jamais qui tu as devant toi !

- Ah ? Donc je me suis trompée d'appartement, et je ne suis donc pas chez Mai Kujaku et sa bien chère coloc' la petite Rebecca Hopkins ?

Mai se met à rire, avant de me targuer d'un « Je crois que notre nouveau professeur a laissé une marque en toi, tu réponds comme lui ! ». Oui... C'est vrai.

Mai est aux anges, elle m'annonce, autour d'un repas commandé chez un traiteur, que, à l'issue, de son entretien, elle avait été embauchée pour commencer un petit travail dans la rédaction.

- Ce n'est pas grand chose... Juste de la relecture et de la mise en page, des choses assez techniques, les petites mains, en fait... Mais je suis bien sûr invitée à participer activement lors des réunions !

Je suis vraiment contente pour elle. Et pour elle, je sais que plus qu'un petit travail alimentaire, c'est tout simplement un rêve qui commence à se réaliser : de ce que j'ai pu comprendre, l'endroit où Mai va travailler se trouve être une petite maison d'édition qui ne demande qu'à croître à l'air des e-books.

La soirée se passe dans la joie et l'allégresse, et tout va pour le mieux, même pour moi : j'arrive bien à effacer la frustration cuisante de la fin d'après-midi.

Je voudrais bien demander à Mai des conseils, en ce qui concerne les hommes, en particulier Seto, qui me semble bien difficile à cerner. Cependant, je n'aurais pas la force de faire face à des questions qui sont les réponses à d'autres questions. Je sais que Mai est bien curieuse de nature, surtout à ce sujet.

Le temps file à une vitesse hallucinante, et Mai et moi avons cours plus tôt qu'à l'accoutumée demain. Il serait donc grand temps d'aller se coucher.

Nous nous disons un bref « Bonne nuit » de loin et chacune à la porte de nos chambres, après être passés tout à tour dans la salle de bains.

Je suis bien contente que Mai n'ait pas beaucoup prêté attention à moi, en cette soirée : je sais que le fait que je sois fatiguée a diminué mon attention et que ma vigilance à propos de ma morsure a dû en pâtir.

Je suis dans ma chambre, seule, mon sac à dos, récupéré dans le salon, perché sur une épaule. Je le pose contre mon bureau et j'en enlève les affaires pour les remplacer par celles de lendemain.

Au fond du sac, je sens la boîte de plastique gris qui me sert de téléphone. Je n'ai pas regardé si j'avais eu des nouvelles de Mai aujourd'hui, et elle devait m'en donner, mais j'avais la tête ailleurs...

J'extrais mon portable de sa veille : il n'y a pas de message, ni de Mai, ni de... lui. J'ai le cœur qui se serre à cette pensée. Il ne doit pas juste être en colère contre lui-même - pas comme ce que je pensais donc – et il doit m'en vouloir beaucoup. Mais je ne vois pas où est le problème, il avait l'air d'aimer, non ? Jusqu'à ce qu'il ne plante ses crocs !

Je suis en colère contre lui également. Ah, ça lui va bien d'être un connard, puis protecteur, et devenir... un proche, très, très proche... pour redevenir un pur taré aux relents de connard poliment amer.

Je me couche avec cette désagréable pensée.

Je fais une nuit sans rêves ni cauchemars. Et aussi sans yeux bleus qui me fixent, durant mon repos. Au moins, je dors à peu près convenablement, et je ne me retourne pas dans tous les sens, me réveillant avec une chaleur douloureuse au creux du ventre.

En fait, je dors bien mieux depuis que j'ai dormi chez Seto, et depuis que je suis au point - à peu près - avec mes pensées à son propos.

Je ne le hais plus, je ne l'aime pas encore, mais je le respecte pour ce qu'il vaut... Même si pour cela je dois avoir un sacré répondant...

Mai m'accueille avec un grand sourire, au salon, et elle est toujours aussi euphorique que la veille. Je me demande si je ne vais pas commencer à l'envier, d'avoir eu ce tas de soucis et un revers de la médaille qui en vaut vraiment le coup.

Nous mangeons, nous nous préparons, et nous partons vite pour l'Université : la classe débute à sept heures contre les huit heures trente habituelles.

Le matin comme l'après-midi se passent sans accrocs, à part peut-être la volonté de Mai de nous voir aller en rattrapage du cours de travaux dirigés avec mon cher Seto. Elle me demande à venir avec elle, durant ce rattrapage, et je ne peux dire non car je suis en binôme avec elle, et ce serait assez moche de la laisser seule.

J'accepte, mal à l'aise, tout en sachant que ce cours, précisément, est avancé au lendemain.

Au travail, sans Edo pour me tenir compagnie, j'essaye d'oublier que dans quelques heures à peine, je vais devoir me lever et retrouver Seto, qui, depuis hier, ne manifeste aucun intérêt pour moi. À se demander s'il a remarqué que moi aussi j'allais mal, hier...

M. Wilson me donne plus de travail, car je suis seule à être à la librairie : Jenny est absente, malade, et Edo cumule un autre emploi. La surcharge de travail me donne au moins l'occasion de ne plus trop réfléchir à un tas de choses, dans ma tête.

Une demie-heure avant de terminer le service, je demande à Mai par message texte quand elle compte venir me chercher, mais en allumant l'écran, je vois que j'ai déjà deux messages, mais pas de Mai - sinon, il y en aurait plus que deux.

Je n'y prête pas attention et je compose un petit message à l'adresse de mon amie. Elle me répond assez vite : elle est dans les parages, à Portland, elle débutait son travail aujourd'hui. J'avais oublié.

Quand Mai et moi rentrons, nous sommes toutes deux exténuées, et la perspective d'aller en rattrapage le lendemain me donne la migraine. D'autant plus que je vais devoir travailler dans cette immonde salle, avec un homme qui semble se jouer de moi.

Je prépare le repas du soir tandis que Mai se met à préparer tout ce dont nous aurons besoin pour le cours du lendemain, en piochant sur ma clé USB.

- Heureusement qu'il a accepté de nous prendre dans ce cours-ci ! Je n'aurais pas pu demander des précisions vendredi, comme Daitokuji avait prévu une conférence et que le cours a été annulé !

Je me retourne un peu brusquement, à la limite de renverser les ustensiles que j'utilise. J'avais oublié ce détail, le fait qu'il n'ait pu faire classe entière qu'hier. Cela me met de plus mauvaise humeur, vu le tempérament et le comportement de Seto, j'imagine que Monsieur n'aura pas décoléré, qu'il va s'acharner sur le groupe entier, et que Mai va malheureusement pâtir de mon échec avec lui, s'il décide de me prendre pour sa cible. Génial, on ne peut mieux faire !

Mai est enthousiaste en voyant le travail que j'ai dû faire la fois précédente, elle trouve cela bien plus intéressant que ce que nous avons déjà fait avec notre autre professeur, Daitokuji. Je voudrais partager toute cette bonne humeur, mais je suis crispée.

Je mange vite, sans trop parler à Mai, car j'ai peur de dévoiler mes états d'âme, et de me trahir. Je lui laisse donc le soin de s'occuper de la vaisselle et de tout le reste, en disant que je ne me sens pas très bien.

Une fois lavée et en pyjama, je file dans mon univers à moi, ma chambre, où je l'installe sur le lit en compagnie d'un livre.

C'est avec une vieille édition de 1984 d'Orwell que je m'endors d'une nuit agitée, presque sans repos.

Le lendemain est difficile. J'ai mal dormi. Mes rêves étaient peuplés d'affiches de Big Brother laissant voir le portrait de Seto, avec le slogan qui résonne dans ma tête « Seto te regarde ». Oui, je sais qu'il va y avoir un jeu de regards à soutenir aujourd'hui, probablement.

Mai me voit me lever avec une mauvaise mine, et elle tente de me redonner un peu plus la pêche alors que j'attrape une pomme sur le plan de travail de notre cuisine, avant de regarder le fruit avec dégoût.

Je n'ai pas faim, mais Mai insiste, et je prends un petit-déjeuner rapide, sans fruit. Mais j'emporte la pomme avec moi, au cas où, pour le midi.

Je prie pour que la matinée passe de la façon la plus lente possible, mais rien n'y fait : le poids de revoir Seto après un silence radio d'une journée me pèse.

J'essaye, durant le déjeuner, de ne rien laisser paraître à Mai, mais elle a deviné -peut-être par mes tremblements- que j'avais des sentiments négatifs.

- Je sais qu'on aurait eu l'après-midi pour se détendre et s'amuser un peu... Je suis désolée de devoir te ramener là-bas. Je sais que tu n'aimes ni la salle ni le professeur.

« La salle, oui, je la déteste. Le professeur, c'est une autre histoire ». J'ai envie de dire ça d'un trait, mais je pense que si je commence en cette voie, je vais me trahir d'une manière ou d'une autre.

Le repas fini, nous allons vers mon cauchemar.

- Merci de nous avoir acceptées dans votre cours, c'est un grand service que vous nous rendez là, Monsieur.

Mai est allée lui parler. Personnellement, je ne m'approche pas à moins de cinq mètres de lui. De toute façon, il est dans son rôle de Maître d'école, distant et froid, mais poli et civilisé.

Je vais m'asseoir tout au fond de la salle, ce que Mai désapprouve, mais elle n'a pas le choix : elle m'a fait venir ici, elle va en subir les conséquences.

Le travail donné aux autres élèves du groupe est différent du notre, Seto nous a donné à faire l'exercice de la fois précédente, enfin c'est sensiblement le même, seules quelques données changent.

Il passe régulièrement voir les autres élèves et ne jette que rarement un œil à Mai et moi, c'est mal parti, au cas où nous aurions besoin de lui pour quelque conseil que ce soit. Mais, merci, on se débrouille.

Je suis à la fois contente et déçue de voir qu'il soit aussi distant avec tous - et surtout toutes - et même d'autant plus avec moi. Mais aussi, je me demande si tout ce qu'il a fait avec moi, ces temps derniers, était un jeu, une coïncidence ou quelque autre chose...

Le cours touche à sa fin sans qu'il n'y ait eu de remarques désagréables. Seto est juste renfermé et distant, et il ne fait payer à aucun son horrible lundi.

Je remballe mes affaires. Mai a déjà pu faire les siennes, et elle est partie parler à Seto du travail que j'ai dû accomplir avec elle.

Elle ne semble plus le considérer comme ce gros connard que j'ai pu lui décrire. Elle se laisse avoir par la politesse et les apparences. Pauvre Mai...

Je range ma dernière affaire dans mon sac, tête baissée quand tout bruit aux alentours cesse. Étrange. Quand je relève la tête, Seto est à quelques pas de moi. Mai n'est plus là, et la porte est seulement entrouverte.

Je reste fixe, à le regarder. Il n'approche pas du tout de moi. Très étrange. Il a juste un rictus au coin des lèvres. Et même comme ça, sévère, il est irrésistible.

- Mademoiselle Hopkins, je vois qu'on ne me dit plus bonjour, et qu'on m'évite.

Je ne réponds pas et je regarde de nouveau mon sac que je m'empresse de fermer. De toute façon, je sais qu'il ne bougera pas et qu'il va me regarder faire. Du moins, jusqu'à ce que je ne décide de partir.

Seto s'appuie de façon nonchalante sur un bord de table, toujours en me fixant. Je tente de dissimuler un certain malaise. Je m'en félicite.

- Bien. Je vois qu'on n'est pas prête de me répondre. Ah. C'est, je dirais, dommage, pour ce que j'ai envie de te dire et de te proposer, Beckie.

Il redevient plus familier, ce qui me fait lever les yeux vers lui, d'un air interrogateur. Seto a l'air de voir cela d'une façon amusante. Il sourit.

Je suis davantage encline à l'écouter, et j'essaye de modifier mon attitude pour lui faire comprendre.

Seto semble comprendre aussitôt : il se dirige vers la porte, qu'il ferme à clés. Puis, il se joint à moi au fond de la salle. Nous sommes seuls, et le bâtiment doit commencer à se faire désert, ce que ma Folie remarque bien vite, malheureusement...

Il approche un peu plus de moi, guettant la plus petite de mes réactions. Je le laisse venir vers moi, en lui laissant voir un faible sourire de ma part.

Quand il se met à être vraiment proche de moi, l'atmosphère entre nous change, et... je sens une drôle de sensation m'envahir, comme dans la salle d'études, à la bibliothèque... Mon ventre se tord et une chaleur est en train de m'envahir.

- J'ai une proposition à te faire, Beckie, pour en quelque sorte me racheter, pour ce qu'il s'est passé l'autre fois.

J'écoute patiemment. Il a l'air de scruter mes réactions avant de poursuivre. Il me fixe intensément. J'ai envie de dire oui même avant de savoir ce qu'il va me proposer pour se racheter.

- Je t'invite à sortir avec moi, samedi. Comme tu veux.

J'ai dit oui, directement sans réfléchir. Samedi, il m'invite à sortir avec lui. Sortir avec lui, ou bien juste sortir samedi en sa compagnie ? Tss. Beckie. Tu ne vas pas t'emballer, ok, Rebecca ?

Je suis à mon comptoir, au fond de la boutique, à penser à tout ça, en attendant une visite d'Edo. Il ne va pas tarder à descendre, c'est bientôt notre pause. J'ai presque envie de lui demander de venir maintenant, car je voudrais vraiment penser à autre chose...

Le temps passe vraiment lentement, ce soir, et je regrette presque d'être venue : Jenny n'est pas là pour ce qui est de la réception, ce qui rend M. Wilson nerveux, et Edo ne vient toujours pas à l'heure de la pause.

Tout le monde est très occupé, sauf moi, j'ai la désagréable impression, et je ne cesse de penser à Seto. Je me demande en quoi va consister notre rendez-vous de samedi, et je me demande comment dire à Mai que je serai absente... Je ne peux plus prétendre voir Edo, et ce depuis qu'ils ont fait connaissance... Je vais devoir me débrouiller seule, vérité ou pas.

À la fin de mon service, je reçois un message de Mai, m'indiquant qu'elle m'attend devant la librairie. Je m'empresse de prendre mes affaires et de dire au revoir à M. Wilson, avec un signe de la main.

Je lui demande de passer la bonne soirée à Edo de ma part. J'appellerai mon ami une fois rentrée à la résidence, plus posée et tranquille.

Mai est plutôt pressée de rentrer : elle est un peu fatiguée et souhaite se détendre sous une bonne douche. J'ai aussi envie de me reposer, sachant que ce weekend ne va pas être, encore une fois, de tout repos. Et à vrai dire, je me demande si je ne devrais pas vite avancer mon travail, si j'ai rencard, non, rendez-vous, avec Seto.

Après un rapide repas, je passe vite, en coup de vent, me débarbouiller dans la salle de bains. Je laisse assez rapidement la place à Mai, qui recommence à un peu s'agiter dans tous les sens.

Une fois un peu mieux, je me retrouve dans ma chambre, plus tôt qu'habituellement, à mon bureau en train de compiler la liste de livres trouvée... avec Seto.

Mon ventre se tord et j'ai très chaud. Je tente de me ressaisir, mais la douleur est lancinante, et on dirait que mon corps attend que quelque chose vienne calmer cet élancement grandissant.

Je n'arrive plus à me concentrer, même après des efforts pour me recentrer sur ma tâche. Je n'aime pas ça, lâcher l'affaire, mais je m'avoue vaincue, pour une fois.

Je monte dans mon lit. Je trouve la veste de Seto accrochée à ma tête de lit. Celle qu'il m'avait donnée...

Je passe la veste sur moi, ça semble me calmer et me réconforter. Je me sens mieux, et je décide de téléphoner à Edo, pour prendre de ses nouvelles.

Ça sonne, mais personne ne décroche. Une fois, deux fois... Rien... Je me couche, un peu troublée.