15.

Je me réveille, le lendemain, après une courte nuit agitée. Assise dans mon lit, le dos calé contre la tête du meuble, je songe... Je n'ai pas cessé de penser au baiser d'Edo. Ses sentiments sont cohérents, il n'y a aucun doute, et il me fait me poser un tas de questions, surtout sur la relation que j'espère avec Seto Kaiba.

Je me sens encore étourdie, à songer à tout cela, en imbriquant des pièces d'un puzzle sentimental délicat. Certes, je connais Edo depuis l'enfance, et nous avons passé quelques années ensemble, et malgré le temps que nous avons passé séparés l'un de l'autre, nous sommes toujours complices. Ses sentiments sont forts et sincères, et c'est sûrement pour cela qu'il s'est mal comporté : à trop se retenir, à cacher son affection, il en a perdu tout contrôle. Mais que dire de Seto alors ? À s'en prendre à moi d'abord d'une façon plutôt méchante et mesquine, pour enfin dévoiler des sentiments, peu à peu, puis une passion... Mais tout cela au bout d'une semaine !?

Seto semble être le reflet maléfique d'Edo, avec, cependant un penchant plus prononcé sur le charnel, tandis qu'Edo est le type purement émotionnel. L'un veut me prendre par les sentiments, et l'autre veut me prendre tout court. C'est effrayant, très. Ou bien, je suis tout simplement en train de me faire des idées, aussi rocambolesques soient-elles...

En tous cas, ce raisonnement et cette question pragmatique, censée aiguiller mes sentiments, m'a tiraillée durant une bonne partie de la nuit, avant que je ne tombe de fatigue. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que je n'ai rien ressenti au baiser d'Edo, et que, même si Seto me met dans tous mes états, c'est mon instinct animal qui répond au sien.

Malgré tout – et comme je ne ressens rien pour Edo qui ne soit plus que de l'amitié, je laisse sa chance à Seto. Mon esprit et mon corps - surtout mon corps - émet une réponse à son être. Et même si je le connais depuis peu... Enfin, à part être un peu décalé sur les bords, question vie sociale, comportement – sa morsure me fait encore un peu mal - et tout le bazar, il a tout l'air d'être un gentil garçon quand il ne pense pas à satisfaire ses besoins primaires. Il est même charmant, déroutant et amusant. En fait, c'est en repensant au moment dans le magasin, au rayon jeux et jouets, que je décide qu'il a le droit de faire ses preuves. Même si, au fond, je pense qu'il ne se gênerait pas pour montrer ce qu'il vaut, approbation de ma part ou non. Oui, Seto, c'est tout à fait le genre de type qui en impose et qui s'impose.

Décidément, en une semaine, il s'en passe des choses dans ma vie habituellement simple. J'espère ne pas devoir me faire à tout cela, en d'autres termes, ce serait tirer un trait sur tout ce que je connais...

Quand je daigne jeter un œil à mon réveil, je m'aperçois qu'il est à peine sept heures. Merde.

Autant se lever, d'autant plus que, si je reste encore statique, je vais encore repartir dans des raisonnements divers et variés, et farfelus, par rapport aux derniers événements.

Je me lève donc, assez fatiguée, mais bientôt bien mieux réveillée par... une Mai sauvage agitée... Elle va à droite, à gauche, réunissant des affaires dans un petit sac, et marmonnant à propos de « la tenue appropriée ». Je reste un peu coi face à Mai, qui, pareille à une tempête, est en train de tout balayer sur son chemin, éparpillant des affaires un peu partout.

C'est en manquant de me renverser, alors que je traversais d'un pas lourd la pièce en direction de la cuisine, qu'elle finit par me remarquer.

- Ah ! Salut, Becca ! Bien dormi ?

Mai n'attend même pas ma réponse, ce qui a pour effet de me vexer quelque peu. Elle me passe devant, me coupant la route. Elle s'agite encore plus en me voyant levée. Je peine à comprendre ce qu'il se passe. Mai, déjà levée ?...

Habituellement, Mai est, comme moi, adepte de la grasse matinée. Et la voilà debout avant moi, déjà prête à partir, je ne sais où, à l'aventure.

- Tu tombes bien ! Je voulais te laisser un mot, mais...

Elle s'arrête un instant, devant moi, me fixant avec de grands yeux, et me considérant enfin comme un être physiquement présent et capable de raisonnement.

Elle me tend deux hauts qu'elle avait posé sur ses épaules. Je n'arrive décidément pas à saisir, et je lève un sourcil, toujours en quête de l'esquisse d'une simple réponse.

- Alors, dis-moi, lequel serait le mieux ?

Enthousiaste mais néanmoins stressée, elle me fixe dans l'attente d'un choix, que je devine crucial, de ma part. Je repousse les mains qu'elle tend devant moi, avec un haut dans chacune d'entre elles.

Un peu stupéfaite de ma réaction – je suis de mauvais poil – elle stoppe définitivement toute tentative d'avoir de moi quelconque conseil.

En la voyant comme ça, très étonnée de ma réaction, et plutôt sceptique quant à ma stabilité qu'elle doit deviner émotionnelle, je me ravise. Prenant une voix calme et posée, je lui demande :

- Mai... Pourquoi toute cette agitation de bon matin ? Je tente un petit rire, mais il sonne comme nerveux.

- Je voulais te le dire, hier, mais... Tu t'es couchée tôt, et... En fait, j'ai reçu un appel, avant le repas... On me demande d'assister à un repas-cocktail avec les futurs publiés...

Mai prend un ton d'excuse en me détaillant sa soirée d'hier, le fait qu'elle ne voulait pas me déranger, mais qu'apparemment, son plan pour me laisser dans la quiétude totale était tombé à plat. Elle pense m'avoir réveillée – logique - mais je viens rétablir la vérité très rapidement, question qu'elle ne culpabilise pas.

- Non, ce n'est pas de ta faute, c'est hier, Edo... Je bredouille : c'est délicat de parler de ma situation.

- Ah... Je crois comprendre que vous vous êtes disputés, vu comment il est parti hier... En tous cas, tu as une petite mine... La voix de Mai tremble légèrement.

Je tente de lui expliquer, en bref, la situation. Je fais cependant l'impasse sur la confession un peu brutale et tranchée d'Edo, mais je garde le fait qu'il ait prononcé les mots fatidiques « Je t'aime ».

Mai ne semble pas stupéfaite, mais elle devine à ma tête que tout cela me tracasse. Elle tente en vain de me réconforter, en appuyant sur le fait qu'Edo est un gentil garçon, et que je devrais bien réfléchir, c'est-à-dire dans le bon sens, si je n'avais pas encore pris de décision. J'ai presque l'impression qu'elle me force un peu la main, ce qui me gêne quelque peu.

- Mai, c'est sympa de ta part de vouloir jouer Cupidon, mais... Le souci n'est pas là... Arrêtons de parler de moi, et...

Désespérément, j'essaie de ramener Mai sur elle-même, tentant de revenir à son repas-cocktail avec sa maison d'édition. Néanmoins, elle n'en démord pas, et dans mes expressions hésitantes, elle trouve une faille, enfin, du moins, c'est ce que je crois.

Elle me regarde, penchant sa tête sur le côté gauche, me dévisageant presque de bas en haut. Le haut de sa tenue ne semble plus être son centre d'intention. Ma vie sentimentale, jusque là inexistante, l'intéresse bien plus.

- Tu en aimes un autre, c'est ça ?

Son air sérieux de psychothérapeute me déconcerte un brin. Je ne l'ai jamais vu aussi engagée sur une conversation qui ne tourne pas autour de l'Université ou du travail. C'est un premier problème, embêtant, certes, mais qui peut être résolu, sauf que...

Le second problème, et pas le moindre, c'est qu'elle vise en plein dans le mille. J'aime, enfin je crois, un autre. Un autre un brin taré, un brin maniaque, un brin gamin, un brin changeant quoi. Là où, habituellement, il y aurait eu place à un sourire timide de ma part, c'est un ton quelque peu rude qui vient s'abattre sur une Mai qui n'est en rien la cause de mon irritation...

- Bon, écoute Mai. Au lieu de te soucier de moi, occupe-toi plutôt de tes affaires.

Je suis brève, froide, distante et même tranchante. Et c'est à peine si j'arrive à me reconnaître ! Mai aussi a dû mal à reconnaître la Rebecca qui lui fait face tous les jours, mais qui, ce samedi, semble s'être muée en un démon.

Elle me considère un temps, bouche grande ouverte, bien plus que stupéfaite. Elle a décidément raison, Seto a laissé une marque en moi, et je commence à agir comme le parfait connard dont il semble que je sois tombée amoureuse. Misère.

- Toi... Tu devrais vraiment te reposer aujourd'hui... Mai a recouvert la parole et elle soutient mon regard. Je suis désolée de ne pas pouvoir être là pour... Pour discuter avec toi de tes tracas, et du pourquoi du comment de ton irritation, mais...

La voilà repartie, tenues tendues devant elle, à me demander mon avis. Son ton est un peu plus sec, mais c'est normal, vu mon comportement. Je sais qu'au fond d'elle, elle est vraiment déçue de ne pas pouvoir s'épancher, avec moi, sur ma vie, et qu'elle est aussi vraiment désolée de devoir me laisser comme une âme en peine.

Je lui présente des excuses brèves, mais sincères, en lui précisant au passage que le haut dans sa main droite est parfait, car raccord avec sa couleur d'yeux. Cette dernière remarque, accompagnant des excuses, lui redonne le sourire.

Après avoir aidé Mai dans la préparation de ses affaires, me voilà seule dans l'appartement. Il est près de neuf heures, et je n'ai toujours pas daigné me préparer, même si je sais qu'il me reste moins d'une heure pour être raccord avec le passage du bus.

Seulement, j'ai de moins en moins envie de sortir. Une pluie battante, dehors, me décourage, et la perspective de laisser sa chance à Seto Kaiba devient de plus en plus une vague idée. Et puis, qui me dit que ce fameux rendez-vous ne serait pas une ruse en rapport avec les cours, ou une nouvelle tentation d'humiliation ? Après tout ce qu'il s'est passé, cela m'étonnerait guère, d'autant plus que ce cher Seto semblait fort déçu, hier...

Mon humeur changeante a bientôt raison de moi, et me voici dans le canapé, blottie sous une tonne de couvertures, à manger des petits gâteaux.

Des publicités s'enchaînent sur l'écran, et sans tarder le télé-achat reprend de plus belle. Je me moque à moitié des présentateurs au teint orange vantant les mérites de produits amincissants. Pf, foutaises, si ce truc marchait vraiment, ce ne serait plus en vente depuis des lustres !

Je ressemble à une patate de canapé, et j'en ai la pleine conscience, mais qu'importe. C'est ma journée. Et puis, de l'aveu de Mai, elle ne sera sûrement pas de retour cette nuit, bien décidée à trouver un petit ami dans la foule de gens présents ce soir.

À onze heures quarante-cinq, tandis que je lorgne un cadran au-dessus d'un des meubles dans la cuisine, j'entends au loin mon portable qui m'appelle. Il est resté dans ma chambre, et le fait de me lever pour aller à la quête du Saint-Graal social me rebute. C'est le pas lourd, et enveloppée dans des couvertures, ressemblant à s'y méprendre à un Ewok honteux, que je gagne ma pièce à moi, mon cocon.

J'attrape le téléphone et je décroche, sans considérer l'appel entrant plus que ça. À tous les coups, c'est Mai, ayant oublié quelque chose, qui me supplie de lui sauver la mise...

- Allô ? C'est pourquoi ? J'ai la voix traînante, en adéquation avec mon état larvaire.

- Même pas un « bonjour », Beckie ? La voix familière me glace le sang. Je vois qu'en plus, on manque à sa promesse.

J'écarte machinalement la petite boîte grise de mon oreille, comme si ce simple petit geste pouvait repousser physiquement mon interlocuteur. Tout mon flegme s'est évanoui en deux phrases à peine.

Prenant mon courage à deux mains, je porte de nouveau le combiné au plus près de mon tympan. Seto ne parle plus, il attend – sûrement une réponse de ma part. J'entends qu'il siffle entre ses dents, mécontent.

- Je... Je suis désolée, mais j'annule tout. Point.

Ma prestance et ma voix, alors bien plus guindées face à Mai, sont en train de s'évanouir, même si je tente de reprendre contenance et de sortir la tête de l'eau. En vain, car le sifflement s'interrompt.

Je redoute une pique sur un ton sarcastique venant de Seto. Ça me ramènerait sur Terre, mais qu'est-ce que ça me ferait mal. J'en ferme les yeux, une douleur se logeant dans ma poitrine, en plein cœur.

- À la fenêtre, en bas. Regarde bien, Beckie... Il sourit à l'autre bout du fil. Certain, tu ne peux rien manquer.

Rien manquer ? Comment ça rien manquer ? Il veut dire quoi, là ? Genre, monsieur a une boule de cristal, et il a pu prévoir que j'allais manquer notre petit rendez-vous, c'est ça, un tour de magie ? Non, je ne crois pas en la magie, ni même en la capacité des autres à pouvoir prévoir les actions d'autrui. Hormis le télé-achat lucide sur la ménagère de moins de cinquante ans. En tous cas, je boude un instant.

Il ne me fera pas croire ça, non, jamais. Il croit pouvoir lire en moi comme si j'étais un livre, mais ce n'est pas lui, le libraire ! Ah ah !

- Alors, toujours pas à la fenêtre ? Il sourit de plus belle. Vous êtes une bien mauvaise élève, Beckie... Vous tendez le bâton pour vous faire battre...

Sa voix me fait tressaillir, et encore plus la dernière expression qu'il vient d'employer. J'ai une vision fugitive de Seto Kaiba me faisant des choses... inimaginables, presque illégales... sur un plan intime.

Je secoue la tête. Non ! Non ! Tout sauf ça ! Ce n'est tout bonnement pas possible. C'est inenvisageable. Je constate avec effroi que mes désirs veulent emporter un combat sur lequel j'exerce un grand self-control. Non, Seto Kaiba ne m'aura pas, je peux résister, je peux...

Quelques instants plus tard, je suis à la fenêtre du salon, et en contrebas, Seto Kaiba est en train d'attendre sur le parking, son téléphone toujours à la main, et lançant un regard dans ma direction.

Il raccroche, fourre son portable dans une de ses poches et me fait un signe de la main. Comme si tout cela était parfaitement normal.

Je referme les rideaux, et je cours vers ma chambre. Je saute dans le lit, et je me planque sous mes couvertures. Le vil tentateur en personne est ici !

Je me rassure un instant. Même s'il use de tout son charme, la concierge, méfiante avec les intrus, se fera un plaisir de le faire sortir. D'ailleurs, je me demande comment il a pu entrer dans le parking sans le code de la résidence... Fait étrange, par-dessus tout...

- Allez, dégage, salaud... T'as rien à faire ici... Et dire que j'étais prête à te laisser une chance... Stupide moi...

Grand moment de silence. Et grand moment de gêne. Je me cache comme une gamine. Une gamine qui aurait peur du monstre dans le placard. Mais quand ce dernier est un séducteur né, et qu'il est prêt à vous baiser dans les rayons d'une bibliothèque universitaire... Il faut alors sérieusement commencer à se poser des questions, et aussi redouter ce monstre dans le placard.

Je persiste à rester là, cachée, même si, au fond de moi, la petite voix lubrique de ma Folie me dit d'aller ouvrir. Non, juste, non. Ma forteresse de solitude me convient, et même si j'ai des pulsions à assouvir, je préfère demeurer en sécurité. Ce type est de toute évidence un prédateur, et même si je trouvais le comportement d'Edo déplacé, il me paraît dès lors bien moins dangereux. Ou bien, j'extrapole.

Plusieurs dizaines de minutes passent, et je suis toujours dans mon lit, couverte de la tête aux pieds d'un grand plaid rouge. Pas la meilleure cachette, mais je doute bien fort que Seto puisse déjà arriver à l'étage de mon appartement, malgré tous les efforts et les formes qu'il pourrait mettre.

Pourtant, un mauvais pressentiment me fait hérisser l'échine. Seto est un beau parleur, et il sait montrer qu'il arrive toujours à ses fins...

Ding dong. Je ne crois pas que ce soit le facteur. Des coups répétés à la porte, trahissant un tantinet d'impatience, résonnent dans l'appartement. Puis, une voix, une voix qui m'appelle. Et mon corps qui répond.

Qu'est-ce que j'ai fait ? Seto Kaiba est en face de moi, intrigué par mon habitat naturel. Lui qui disait ne plus vouloir entrer dans mon intimité de la sorte, c'est raté, monsieur.

Je suis en train de lui faire face, en pyjama, avec des chaussons en forme de pattes d'ours aux pieds. Je regrette cet achat de l'hiver dernier, quand, dans la boutique, j'avais trouvé ces pantoufles d'un confort extrême en vue de mon célibat. Je regrette tellement...

Après s'être décidément assez intéressé à mon lieu de vie, Seto me zyeute, et finit par me regarder avec insistance. Il veut quoi, là ? Il jette ensuite son dévolu sur la télévision qui passe encore des extraits de télé-achat. Son attention se reporte enfin sur les emballages des petits gâteaux qui ont eu une vie très, très courte, face à moi. Loués soient ces sacrifices.

J'ai honte d'être en pyjama, face à lui. Lui, qui est toujours aussi impeccable, droit comme un « i ». Dans son grand manteau bleu nuit, sous lequel on peut apercevoir une chemise noire sur-mesure, un pantalon de costume de la même couleur, ajusté à sa taille, bien comme il faut, et sans oublier les chaussures adéquates bien cirées. Il m'énerve, mais en même temps, il me donne envie. Salaud !

On ne peut pas en dire autant de moi, un pyjama avec un haut à boutons, le pantalon mi-long assorti, et les pattes d'ours en guise de chaussons. Je vois même que ma tenue l'amuse, et c'est déplaisant.

- Disons... Original, cet accoutrement... Un sens aigu de l'esthétique inné se cache en toi, Beckie... Il a un rictus, et étouffe un rire.

- Je suis loin de trouver ça drôle ! Tu ne peux pas, tout simplement, quand quelqu'un ne vient pas ou refuse de te voir, de débarquer comme ça, chez ladite personne !

Je suis en colère, et même si je reste bien fort impressionnée par l'aura que dégage mon « invité » surprise, je ne peux empêcher ma colère de sortir. J'ai envie de vociférer. J'ai déjà eu une intrusion dans mon intimité, hier, en la présence d'Edo, et même si je tolère plus la compagnie de Seto sur un point de vue amoureux – non, charnel, je ne peux pas me laisser faire de la sorte. Oh, ça non !

J'entame une manœuvre d'urgence, visant à détourner son attention, puis de le flanquer à la porte. Mais monsieur en a décidé autrement, et, comme un chat borderline se met à s'intéresser de nouveau à la pièce qui l'entoure. Avant de fixer, pour un long moment, son attention sur moi... Je m'en vais soutenir son regard, jusqu'à la dernière seconde. Il ne gagnera pas, cette fois.

- C'est gentil, de rendre visite, comme ça, mais je...

- Tu peux attraper froid, tu sais ? Ou un pervers pourrait bien s'intéresser à ça, tu as conscience de ça ?...

Il pointe un doigt vers ma poitrine, plus précisément vers un bouton de mon pyjama, au niveau de mes seins, qui s'est détaché sans que je puisse m'en rendre compte... Quoi ? Pourquoi il regardait là ? Hé, ho ! C'est toi, le pervers ! Je ne sais pas si je dois le remercier ou lui mettre une claque. En tous cas, il s'amuse vraiment de la situation.

- Et tu vis seule, ici ? Il détache son attention de moi, parcourant la pièce du regard. Cet espace personnel semble si peu te ressembler, Beckie...

- Hé ! Bien sûr que ça me ressemble ! De quel droit tu viens te permettre de juger ?!

Seto dépasse les bornes, il en a conscience, et son amusement ne fait que croître. Je proteste tellement que j'ai du mal à attacher mon bouton de pyjama. Je m'énerve sur le petit bout rond en plastique, tête baissée, quand soudain deux grandes mains viennent à ma rescousse.

Habilement, Seto attache le bouton, et là où mes petites mains nerveuses se hâtaient, celles de Seto agissent avec grâce. Une de ses mains frôle ma poitrine encore heureusement couverte par le pyjama. J'en rougis quelque peu. Il le remarque. Bonne joueuse, et « reconnaissante », je réponds finalement à sa question.

- Non, je vis avec Mai. Aujourd'hui elle est absente...

Il esquisse un sourire assuré, comme si le fait de l'absence de ma colocataire était une nouvelle très satisfaisante. Je m'empresse de répondre à son sourire, de façon involontaire. Il m'énervait, quelques instants plus tôt, mais sa présence en ce moment-même est comme quelque chose de rassurant.

Il m'attire à lui, me blottissant contre son corps que je devine bouillant, sous ses vêtements. Loin des gestes durs que je lui prête volontiers, c'est avec un brin de tendresse qu'il me serre contre lui.

Ça me rend toute chose, et vite, des images fugitives de Seto, déçu hier, m'apparaissent. Je serre les dents, en colère contre Edo, contre Mai, mais surtout contre moi-même...

- Pardon... Pardon pour hier... Je...

Il m'écarte de lui et presse son index sur ma bouche, stoppant mes flots d'excuses mais pas les flots de larmes qui sont en train de rouler sur mes joues.

Pour toute réponse aux tentatives pitoyables d'excuses que je tente de répandre, Seto glisse sa main vers mon menton. Il relève ma tête tandis qu'il baisse la sienne. Se stoppant brusquement, il plante son regard dans le mien. Il me fixe intensément, et comme s'il avait deviné mon désarroi de la veille, Seto demande tout bas, tout calmement...

- Puis-je, Mademoiselle Hopkins ?...

Je murmure un « oui », et, l'instant d'après, Seto me fait découvrir la passion dévorante d'un baiser langoureux. Mes lèvres appellent les siennes dans un tourbillon de folie. Et dire que j'étais déterminée à le mettre à la porte...

Le baiser passionné se mue peu à peu en un acte plus charnel : avec des caresses divines, je suis transportée dans un monde de sensations inconnues, ses mains glissent sur mon corps alors que sa langue caresse la mienne, faisant écho aux influences qu'il a sur ma chair. C'est divin...

Mon corps se met à basculer, tout d'un coup, et je me trouve sous lui, allongée sur le canapé. Seto enlève son manteau et le jette aux pieds du canapé. Il entreprend encore plus de caresses en passant sa main sous mon chemisier de pyjama. Il grogne tout bas, d'un air satisfait, en frôlant mes seins, puis mon ventre et enfin mon intimité – ce qui me fait sursauter.

Amusé, il continue son petit jeu de séduction, et je peux sentir à son entrejambe qu'il veut passer à la vitesse supérieure. Il se replace, écartant mes jambes, et effectuant une pression de son anatomie contre mon intimité. Le balancement, constant, imprime en moi un mouvement auquel je m'habituerais volontiers. Je ne peux qu'en rougir. C'est tellement bon déjà...

- Prête pour sa punition, petite écolière en vadrouille ?

Je sens sa main se glisser vers le bas de son ventre. Il déboutonne son pantalon toujours en titillant mon intimité, ce qui m'arrache des petits gémissements de satisfaction. Seto semble ravi de me voir dans cet état, et, d'autant plus comblé, redouble d'intensité en me donnant des coups de bassin en un rythme plus soutenu.

- Hum...Prête ?.. Je crois... Oui... Je peine à prononcer quelques mots, tellement mon corps n'est régi que par mes sens et mes instincts primaires.

Ne répondant à mes mots qu'avec d'autres grognements de satisfaction, Seto semble vouloir me faire encore un peu patienter. Par intermittences, je le vois sourire, découvrant des canines dignes d'un prédateur. J'en frémis.

Je suis au bord de l'impatience, quand Seto, à nouveau joueur, m'embrasse un peu partout dans la nuque. Quand va-t-il enfin... ? Il fait s'éterniser la douce torture avec baisers et caresses en tous genres. C'en est presque diabolique. Je suis en train de me perdre, et il me tarde qu'il vienne se perdre en moi.

Mon corps est sur le point de lui appartenir, il le sait, il le sent. Il se décide alors à déboutonner son pantalon, ne manquant pas de passer sa main à un endroit particulier en vue d'y faire quelques caresses. J'écarte alors davantage les jambes. Je suis surexcitée par la situation, tellement, c'est la première fois, c'est...

Riiing riiiing riiing...Le téléphone fixe se met à sonner à mes oreilles – littéralement, comme il est posé sur une petit table à côté du canapé où je suis allongée...Je lève la tête en direction de la table où le téléphone semble pleurer de désespoir. C'est peut-être urgent... C'est peut-être grave... J'ai la vision de ma colocataire en danger, elle qui est partie pour un rendez-vous d'affaires... Et si comme moi, elle était retombée sur un beau cinglé ?! Argh !

Toute envie charnelle est en train de s'évanouir. Ce n'est pas normal que quelqu'un insiste tant au téléphone, surtout sur le fixe !

Je tends le bras en direction du combiné que je peine à attraper. Avec un brin de souplesse, je tente de m'étirer assez, en vain, Seto me tient vigoureusement...

- Laisse sonner, Beckie... Et surtout, laisse-toi aller...

Seto tente de me faire chavirer alors que je panique un tantinet. Il n'a pas la moindre envie de me laisser décrocher ? Qu'importe, je vais le forcer !

D'un coup puissant de reins – merci à mes activités sportives qui me laissent garder tout le tonus nécessaire!- j'arrive à nous faire basculer. Le téléphone s'est arrêté, mais il reprend de plus belle.

Désormais à genoux sur le canapé, tendant désespérément la main vers le combiné, je sens les mains de Seto s'emparer fermement de mes hanches. Je tourne un instant la tête, il sourit.

- Ce n'est pas bien de désobéir et d'aller contre sa punition, tu sais ? Il passe sa langue sur ses lèvres, doucement. Hum... Et puis comme ça, à vrai dire, ce n'est pas si mal...

- Seto... Ce n'est pas le moment... S'il te plaît... Je dois... répondre...

Je suis en train de me débattre de toutes mes forces. Mes doigts atteignent à peine le combiné du téléphone. Seto, lui, semble s'amuser de cette situation : il imprime toujours des mouvements qui me font rougir et me font pousser des petits cris, entre deux plaintes sonores sur le fait que, de toute ma politesse, je dois prendre l'appel. Sacré nom de nom...

- Je crois qu'il n'y aura pas que l'appel qui sera pris, hé hé hé !

Le beau diable me tente en balançant une petite phrase grivoise et en riant tout bas. Voilà un chasseur qui sait amadouer sa proie, à croire qu'il a fait ça toute sa vie ! Ce qui n'est pas mon cas d'ailleurs...

Encore un dernier petit effort, et j'y suis. Si Seto ne me tenait pas aussi fermement... Il est décidément plus proche encore de passer à l'offensive, et pour de bon, mais ses efforts deviennent vite vains quand j'arrive à faire basculer le téléphone qui se met à sonner encore après une courte pause. Je décroche.