17.
Une lumière douce vient me réveiller. Un grand soleil illumine ma chambre, projetant des ombres qui vacillent sur les murs. Je suis agréablement blottie dans mes couvertures, les yeux fermés, les poings serrés. Et sans aucun conteste, je vais très bien. Quel doux rêve. Je repense à hier. Hier.. ? Juste des songes, oui. En quoi cela pourrait être la réalité ?
Je ne me vois pas sauter en parachute, comme ça, sur un coup de tête. Ah, cerveau, tu peux m'en faire croire, des choses, mais ma raison est toujours plus forte ! Je souris, mélancolique. Ah. C'était bien tout de même, hier. Mais ce n'était que les affabulations d'un cerveau fatigué et sous pression, qui s'invente une vie et des activités hors du commun. C'est puissant, les suggestions, en fait...
Je tente de me retourner dans mon lit, mais quelque chose bloque. Encore bloquée, enroulée, entortillée dans une couverture ou un drap, j'imagine. Je force un peu, encore... Ça y est presque... Ah, c'est b... Un grognement s'élève du tas de couvertures et de draps à côté de moi. Je tâte. Il y a quelqu'un là-dessous. Quelqu'un dort dans mon lit. Avec moi. Ahhhhhhhh. C'est d'autant plus une immense surprise en découvrant que je suis parfaitement nue. Et que le quelqu'un à côté de moi l'est aussi. Je suis revenue avec un « + 1 ». Je n'y crois pas, mais alors pas du tout.
En tous cas, mon invité est assez discret et dort paisiblement, hormis ses grognements quand je tente de tirer une de mes nombreuses couvertures vers moi. Je suis gênée d'être nue, et, pudique, je tente de me cacher, mais mon « +1 » agrippe bien trop fermement draps et couvertures. Bien trop fermement... Non ! Ma bouche forme un « o » parfait, de stupéfaction. Ah ah ah, idiote, ce n'était pas un rêve. Ma Conscience tape du pied tandis que ma Folie est réjouie. En plus, on dirait que cet invité est content de sentir ma présence physique auprès de lui, dès le matin. Ah ah ah ah ah.
Je réfléchis à toute vitesse, mais d'un coup, un bras m'enlace, et mon invité me tire à lui. Nom d'un... Je me retourne avec peine pour découvrir Seto. Oui, Seto Kaiba. Allongé près de moi, en toute intimité. Ahhhhh. Je suis à la fois aux anges, mais aussi aux Enfers. Vil tentateur. Il me semble devenir rouge d'un coup et aussi d'avoir les joues en feu. Oh là là là là...
Il a l'air si gentil et inoffensif, comme ça, là, mais dans la vie quotidienne, c'est un vrai démon. Je préfère ne pas le réveiller et je le laisse m'enlacer. Il m'attire à lui, je suis tout à fait collée à son corps – qui en redemande apparemment encore. Mais qu'est-ce-que j'ai encore fait... ? Des images fugitives me reviennent tout à coup. Et le scénario de ce tantôt se précise, au final. Mais qu'est-ce-que j'ai encore fait... ? Flash-back étrangement agréable...
Je suis avec Seto, dans le canapé, après le film. Dans le noir, la lumière tamisée au maximum. Juste la télévision qui éclaire la pièce, et encore. L'écran de fin défile sous nos yeux. Il m'attire à lui. C'est bon et c'est doux. Des câlins, des baisers, puis des caresses... de plus en plus... indécentes...
Puis, je suis portée dans ma chambre, toujours dans un tourbillon de baisers et de caresses. Je suis totalement accrochée à Seto, jambes enroulées autour de ses hanches. Il n'a pas eu tort, en disant que l'on était maintenant tacitement liés. Et c'est un lien particulier qui vient nous unir. Je ne suis pas tout à fait son élève, ni tout à fait sa « copine ». Je ne sais pas ce que je représente pour lui. Mais je sais que je l'aime - apparemment, après l'avoir pas mal de fois détesté. Mais n'était-ce pas là une première forme d'amour ?
Seto me pose dans mon lit, délicatement, après avoir tiré les draps et les couvertures qui étaient un peu en désordre sur le matelas. Il m'embrasse toujours, en me faisant basculer sur le lit, d'abord sur la bouche, puis dans le cou, puis descendant jusqu'à mon bas ventre et...
- Ah ah ah !... Tout doux, Seto...
Seto, en grand impatient, commençait à défaire mon bas, enlevant mon blue jean slim d'un coup, et laissant apparaître ma...
Ma petite culotte ! De retour dans le lit, après mon flashback, je cherche à tâtons mes sous-vêtements, mais je tombe la plupart du temps sur le corps de Seto, tout contre le mien. Ah. Fichue moi. Et c'est après de nombreuses tentatives que je trouve enfin la chose tant convoitée tombée de mon côté du lit. Je l'enfile, tentant au passage de ne pas réveiller Seto, de peur qu'il ne me saute encore dessus. Doucement, doucement, il ne faut pas que ça grince...
- Debout là-dedans ! Le petit-déjeuner est prêt !
Toc ! Toc ! Toc ! Mai frappe vigoureusement à la porte de ma chambre, et elle parle bien haut et fort,. Je fais une grimace, pas réjouie de ce réveil matinal brutal dans une drôle d'atmosphère. Je me tourne sans gestes trop brusques vers Seto, qui s'est retourné dans son sommeil, apparemment dérangé par le bruit. Ouf !
Je réponds comme je peux, de façon audible, que je m'apprête à me lever et à la rejoindre. Reste en suspend la situation de Seto. Je ne sais pas vraiment de quelle manière je vais régler la situation. Et c'est en m'habillant et en me coiffant au mieux, et promptement, que je tente de trouver une échappatoire – du moins, pour Seto. C'est que ça ne le ferait pas trop, si Mai... Si elle découvrait ça...
Je sors de ma chambre, jetant un regard derrière moi. Seto dort toujours, les draps et les couvertures couvrant seulement le bas de son corps. Seto...
J'admire et je détaille la scène que je peux voir. Je ne sais pas combien de femmes avant moi ont pu voir un tel spectacle. Un Seto sauvage, dont le haut du corps est baigné par des rayons de lumière, renvoyant une image digne d'un tableau de Maître. Ahhh...
J'arrive à peine dans le salon que, stupéfaction, Mai est côté cuisine. Et elle est derrière les fourneaux, sans faire trop d'erreurs. C'est étonnant. Elle qui compte toujours sur moi pour ce genre de choses, d'habitude...
On dirait qu'il n'y ait du changement pas que de mon côté. Ma colocataire semble encore plus « adulte » qu'avant, comme grandie. Elle se tourne vers moi en entendant mes pas hésitants dans le couloir, alors que je me joins prudemment au salon, sans trop faire craquer le parquet. Je me demande bien ce qui est arrivé durant le repas d'hier soir, tiens, le repas...
- Tu es rentrée tard, hier, non ? Ma voix est hésitante, car j'ai peur d'avoir éveillé les soupçons de Mai. Je ne t'ai pas entendue rentrer, donc...
- Je suis revenue ce matin, en fait. Vers neuf heures, environ. Elle s'adosse au meuble, et me regarde de haut en bas, un air suspicieux sur le visage. Elle poursuit, après une pause. C'est rare que tu te lèves si tard, Becca ! Tu es malade ?
J'étouffe un rire. Malade d'amour, oui ! Je me retiens de tout commentaire, après tout, je ne dois pas me « griller ». Je vais m'asseoir à la table où un chocolat chaut m'attend, encore fumant. Il y a même du gâteau maison sur la table. Mais qu'est devenue la vraie Mai ? Où est-elle passée ?
J'attaque une part de gâteau découpée le plus soigneusement possible. Pour une fois qu'il n'est pas tout cramé, il faut garder la pièce-maîtresse en un état impeccable ! J'alterne entre chocolat chaud et gâteau alors que Mai vient s'asseoir en face de moi, son regard fixé sur ma personne dans une attitude déconcertante.
- Au fait, jolie voiture ! Elle lance ça, avec un rire, alors que j'arque un sourcil en guise de question. La Subaru noire, sur ta place de parking, Becca !
Je suis à deux doigts de me noyer dans la tasse de ma boisson préférée. La Subaru, c'est vrai ! Je suis en train de me maudire. Je ne sais pas quoi inventer, je bredouille, mais rien de ce je ne peux dire ressemble à un langage purement humain. En plus, je me suis brûlé la langue...
- Ah... Tu n'étais pas au courant.. ? Tu n'es pas sortie de toute la journée, hier, alors... Elle fait une petite mine inquiète. Ne t'en fais pas, j'ai vu avec la concierge, ce matin. Elle m'a dit qu'elle a cru voir un couple se garer là, sans toutefois savoir qui c'était...
Je suis soulagée, ce qui doit être directement visible sur mes traits. Mai n'est plus inquiète, plutôt en pleine affaire pour débusquer les malotrus qui ont pris ma place de parking chérie. De toute façon, je n'ai plus de voiture pour le moment, alors, même si c'était des inconnus, qu'importe?Je fais un discret sourire à Mai, tentant d'en savoir un peu plus sur les missions que s'octroie la concierge en tant qu'espionne.
- Je t'ai dit que tu n'avais pas à t'en faire, au mieux elle vient te demander si tu autorises la personne à se garer à ta place, au pire elle fait les démarches nécessaires...
Elle souffle sur son chocolat à elle, qui doit être déjà bien plus froid que le mien, même si le but premier du chocolat chaud – et je devrais lui rappeler – c'est qu'il doit être chaud. Mai semble pressée d'en venir à sa soirée à elle, puisque je n'ai rien de vraiment intéressant à lui conter – enfin, du moins, c'est ce qu'elle croit.
Mai s'agite un peu, faisant jouer ses ongles sur sa tasse. Ah. Si je ne lui pose pas de questions, elle va finir par la casser. Ma colocataire semble être entre agacement, enthousiasme et une autre émotion intense que je n'arrive pas à identifier sur le coup.
- Mai... Tu aimes à me demander si ça va, si je ne suis pas malade, mais... Tu n'as pas l'air si... Si... Hum... Bien ?
Je n'aurais jamais dû dire ça. Mai commence à tempêter, une fois n'est pas coutume. Et j'ai du mal à suivre ce qu'elle tente de m'expliquer, en furie. J'arrive à comprendre, à la volée, que c'est à cause d'une autre personne en formation, avec elle. Et c'est à peu près tout ce que je peux tirer d'elle. Ah, c'est pour ça qu'elle paraît grandie, elle doit, elle-même stagiaire,gérer une catastrophe ambulante...
J'hésite à tendre une main vers elle, dans le but de la calmer. Mais Mai est un vrai Diable de Tasmanie, et je ne veux pas me risquer à perdre ma main, ou mon bras entier, dans les furies de ma colocataire.
- Ah ! Si je suis dans cet état, je ne m'imagine même pas ce que tu devais ressentir avec l'autre salaud ! Tsss. Les relations professionnelles, un vrai piège à cons !
Ses ongles frappent la table. On dirait que des scarabées furieux sont en train d'y courir. D'accord. J'ai l'impression d'avoir changé de pays en un instant, avec les attitudes de Mai, me faisant découvrir, sans bouger de la résidence, la faune locale, à s'y méprendre, de l'Australie. J'ai un petit rire face à cette Mai que je ne connais pas. C'est drôle de la voir comme ça, enfin, d'un côté, parce que d'un autre...
- Je ne sais pas comment tu peux faire pour supporter l'autre salaud, et faire copain-copine avec lui. À se demander si Jo va égaler ce sombre crétin de Kaiba...
Des applaudissements lents montent depuis le couloir, derrière moi. J'ai un mauvais pressentiment. Mai regarde au-dessus de mon épaule, bouche bée. Je suis dans de beaux draps. Je me retourne et je vois Seto arborant le plus merveilleux et terrible des rictus. Et ce n'est pas du tout rassurant...
Il est adossé contre le mur et nous regarde. Non, en fait, il nous surplombe tellement il est grand. Il se met à soutenir Mai du regard, et ce n'est pas lui qui va ciller, loin de là. Il va vouloir des excuses... Surtout que ce n'est pas dans l'habitude de Mai de cracher son venin sur les professeurs, bons ou non, mais je pense que ce ne sera pas là son sujet principal de discussion.
Je ne sais pas si je devrais être plutôt étonné de voir que quelqu'un – et pas n'importe qui – stoppe Mai dans sa folie furieuse, ou bien voir Seto, comme si de rien n'était, venir interrompre notre discussion, ou bien encore si je devais être étonnée de le voir déjà frais et pimpant, lui qui, dix minutes auparavant, était encore couché dans mon lit. Bref, j'en reste sans voix, Mai aussi, et c'est Seto qui vient briser le silence qui s'installe, de manière insidieuse.
- Mademoiselle Kujaku, je vois qu'on passe ses nerfs sur le premier absent venu, mais quand on parle du loup, il ne rôde généralement pas très loin...
- Monsieur... Je... Euh... Oh... Stupide moi...
La situation était très étrange, elle l'est encore plus, là, maintenant, d'autant plus que là, Seto s'est installé entre Mai et moi, et que, comme une bonne hôte – et sûrement pour se rattraper – elle lui a versé une tasse de chocolat chaud également. Quelle drôle de scène. On dirait une mauvaise sitcom.
Le regard de Mai va de Seto à moi, et de moi à Seto. Et je ne peux pas la blâmer, évidemment. En tous cas, elle reste muette et nous regarde comme si nous étions deux animaux d'une bien étrange espèce. Je le concède, c'est ce qu'on doit être, vu de l'extérieur.
Si Mai est dans une attitude d'étonnement slash incompréhension, je reste renfermée sur moi-même, et tête baissée, honteuse, tandis que Seto est en train de consulter tranquillement son smartphone en buvant le chocolat chaud. Un silence lourd donne une atmosphère singulière à la scène, et si les circonstances n'avaient pas été aussi graves pour mon intégrité et ma position sociale, j'aurais ri de bon cœur. Mais là...
Mon blue jean slim étant parti, c'est ma culotte qui suit et qui connaît la même destinée, jetée en l'air, et maintenant quelque part dans la pièce, je ne sais où... Je n'ai plus que mon sweat un peu trop grand pour moi, mon t-shirt et mon... Clic, clic ! Les mains de Seto passent dans mon dos sans que j'en ai le temps de me rendre compte. Oh là là là là...
Je rougis, tentant au passage de me cacher. C'est que... Je ne sais pas comment expliquer ça, comment lui expliquer ça... Il continue son charme et progresse dans ses indécents gestes. J'aime beaucoup tout ça, mais je suis si gênée, si bouleversée...
Il m'embrasse toujours, s'attardant sur mon ventre où il dépose de tendres baisers. Est-ce vraiment le même homme que j'ai tant détesté ? Est-ce au moins le même homme avec qui j'ai passé la journée ? Il est parfois si brutal, comme tout à l'heure, que ce soit pour des moments purement charnels que quand il s'énerve et tape les balles à la batte. Mais là, c'est un tout autre homme qui joue avec deux aspects – si ce n'est plus – de sa personnalité qu'il tente d'enterrer en lui.
Entre jeu sauvage et affligeante délicatesse, je n'arrive plus à le reconnaître. Et en même temps, je suis totalement sous le charme, la tête qui tourne de bonheur, une ivresse sans nom. Je voudrais boire de ce nectar infiniment, même. Je le vois lever les yeux vers moi, et murmurer tout doucement mon prénom...
- Rebecca ? Mademoiselle Hopkins ?!
La voix sèche de Seto me ramène au présent. Je ne suis pas avec lui dans mon lit, non, non, je suis dans la cuisine, avec Mai, et lui, debout, en train d'agiter une main devant mon nez. Avec un mouvement gauche, je tourne la tête vers lui, avec des interrogations multiples.
Il me jette un regard glacé que, ô grand jamais, je n'ose pas soutenir plus de quelques secondes. Je me tourne vers le fond de ma tasse, vide, qui semble être décidément un sujet plus intéressant. Il soupire fort, très fort même, et très profondément. Mais il lui prend quoi, tout à coup ? Hier, ce n'était pas comme ça qu'il me parlait, et ce n'était pas ce ridicule « Mademoiselle Hopkins » qu'il prononçait.
Mai a sursauté aussi et elle le regarde, et je peux aisément voir qu'elle est de plus en plus interloquée. En fait, c'est que Seto Kaiba faisait tout comme s'il était chez lui, et c'est plutôt gênant. J'hésite encore avant de la regarder une nouvelle fois.
- Vos questions ne vont pas avoir de réponses comme par magie, vous savez.
Il arbore une mine étrange, il paraît si fermé, et à la fois... Hum... Indescriptible. Je dois mettre un petit temps avant que sa phrase ne vienne titiller les petites connections synaptiques de mon cerveau. De quelles questions est-il en train de parler ? C'est vrai que, là, à ce moment précis, j'ai un tas de choses à lui demander, mais... Mais ce n'est pas le moment, ni l'endroit.
Je penche la tête, et j'arque un sourcil. Il me veut quoi, là, en fait ? Je tente de percer ses pensées, mais sa mine impénétrable ne me laisse que peu de manœuvres possibles et imaginables... Je regarde du coin de l'œil Mai qui se pose tout autant de questions.
- Ce pourquoi je suis venu... Il s'impatiente et siffle entre ses dents, comme si je l'avais offensé. C'est bien de venir au rattrapage avec Mademoiselle Kujaku, mais encore faut-il comprendre, Mademoiselle Hopkins...
Qu'est-ce qu'il me chante, là ? Oh. Ça y est. Je crois comprendre. C'est que mon cerveau embrumé et mindfucké me hurle des choses horribles et pas pour le moins contradictoires depuis une bonne heure, si ce n'est plus. Je regarde Seto, et mon visage s'illumine. Il a trouvé au moins une solution – et il joue bien la comédie, dans son attitude sévère, tout ça...
Je me lève et j'imite Seto en déposant ma tasse au fond de l'évier, à mon tour. Mai me regarde, hébétée, et j'ai bien peur qu'à force d'avoir la bouche grande ouverte son nez ne se décroche et n'en tombe dedans. Enfin, en même temps, je peux la comprendre. Ça doit faire un choc de voir un de ses professeurs en rentrant chez soi. Et puis, ce n'est pas n'importe quel professeur.
- Suivez-moi, Monsieur, je vous en prie !
Je me dirige d'un pas léger vers le couloir, en direction de ma chambre, Seto me suivant de près, dans une attitude professorale... Quel jeu !
J'ai peut-être l'air trop enthousiaste pour une jeune fille qui vient de se faire gronder. Mais je sais que Seto ne sera pas du genre à me punir d'une façon trop désagréable...
Je suis dans ma chambre, et je referme la porte après avoir laissé Seto y pénétrer. J'ai les joues en feu. Me retournant vers Seto, je vois qu'il affiche toujours le même air. Il est... Insatisfait ? Que.. ? Quoi.. ? Je tente un petit sourire encourageant. Après tout, ce n'est plus si grave, puisqu'il a trouvé une exc...
Seto s'avance d'un coup vers moi et me plaque sur la porte. Un petit bruit sourd retentit mais Mai n'a pas l'air d'y avoir prêté attention. Il me tient les mains au-dessus de la tête, agrippant fermement mes poignets. Sa tête est contre la mienne, et ses yeux dans les miens. À quoi est-il en train de jouer ? Je tente de me débattre sans faire trop de bruit, et de libérer mes mains, mais Seto est bien trop fort...
Il m'embrasse sans me laisser le temps de le réaliser, me coupant presque l'air. Il est furieux, ça se sent dans ses baisers. Pourquoi ce brusque changement de ton ? À cause de Mai ? Elle oubliera vite, et...
- Petite imprudente... Il parle tout bas, un murmure à peine audible. Un dernier verre, hum ? Un dernier petit, minuscule divertissement, hum ? Son ton est tranchant. Tu sais que je ne veux pas juste prendre du bon temps, quand je te vois ?
C'est un véritable supplice. Il m'embrasse et me gronde, et loin de me rendre coupable, cette situation est en train de m'exciter... Comme...
Comme je suis imprudente de me laisser avoir et conquérir par un homme aussi entreprenant... Ma Folie me hurle d'y aller franchement, tandis que ma Conscience se donne des claques. Comment je vais lui expliquer, ça, moi? Il en a assez de jouer, et il a bien assez attendu aussi. Les choses s'accélèrent encore...
Il se met à genoux entre mes jambes écartées et sort d'une de ses poches le « Saint-Graal ». Oh. J'ai mon cœur qui bat très vite et très fort dans ma poitrine. C'est ridicule, on doit l'entendre comme s'il s'agissait d'une fanfare de tambours battants.
Je suis un peu effrayée maintenant que je vois le Seto sauvage tel qu'il est dans son milieu naturel, en mode chasse. Il se déshabille un peu plus me laissant le voir dans son intimité. Il n'a plus rien en haut et il se met à enlever le bas... Oh là là là là...
- Prête à faire le grand saut ? Seto esquisse un sourire. On ne va pas s'envoyer en l'air de la même façon, mais c'est à tenter...
Dans ses yeux dansent des lueurs divines, un charme absolu. Combien de fois a-t-il tenté ce genre de petit jeu avec des femmes ? Des dizaines, peut-être des centaines, qui sait ? Il peut tout se permettre, oui, en fait, absolument tout...
- C'est que... Je.. Je n'ai...
Je n'ai pas voulu avoir cette punition, mais c'est agréable. Il m'embrasse peut-être un peu d'une façon peu conventionnelle, surtout étant donné la situation, mais cet homme a un charme fou.
Je suis toujours plaquée contre le porte de ma chambre, repensant par de brefs moments à ma nuit passée. Comment vais-je justifier tout cela ? En même temps, je me demande si Mai se doute de quelque chose. Elle semble bien plus déstabilisée d'avoir été rabrouée par notre cher professeur que par sa simple et étrange présence. Il sait comment détourner l'attention, que ce soit pour ça ou pour...
Pourquoi et comment je me suis retrouvée là ? J'ai mon professeur entre les jambes, prêt à me montrer, à me faire découvrir, tous les plaisirs de la chair. Le septième ciel m'attend, et ce n'est pas en avion que je vais m'y rendre !
Je vais perdre toute insouciance et l'intégralité de mon innocence ce soir. Ça me fait comme des chatouilles au bas du ventre, mais ça me plonge aussi dans de terribles questionnements. C'est ma première vraie relation, et j'espère que ce n'est pas que pour du s...
- Stop ! Un... Un instant ! Je suis un peu brusque, sur le coup, ce qui a pour effet d'étonner Seto. Je... Désolée, c'est juste que c'est... La première fois, pour moi...
Quelle honte. Admettre qu'à mon âge, mes histoires d'amour restaient platoniques et que la première fois que j'ai goûté – littéralement – au fruit défendu, c'était dans le lit de Seto, quand il me tendait une pomme pour le petit-déjeuner.
Loin d'être comme – ce que j'imagine – tous les mecs, Seto n'est pas le moins du monde dans une sorte de frustration. Et dire que je l'imaginais s'énerver encore pour rien... Il me regarde, me jauge peut-être, puis se penche vers moi. Front contre front, yeux dans les yeux. Il tente de me rassurer, semble-t-il. Et il y arrive à merveille.
- Je tâcherai de faire en sorte que ce soit le plus agréable pour toi, alors...
Ces mots me font fondre. Ce n'est pas le rustre qu'il laisse voir habituellement. Il est un peu, en fait, comme un animal que l'on a remis à sa liberté et qui a du mal à faire de nouveau confiance aux autres. C'est touchant, d'un côté, mais de l'autre c'est un certain inconvénient, il est difficile de prévoir ses réactions.
J'ai une absolue confiance en lui. Je sais qu'il nous protège, tous les deux. Ses gestes, ses paroles, tout en lui est d'un coup si bienveillant. Étrange mais si plaisant. J'ai de plus en plus chaud dans le bas du ventre. Une douleur agréable me tord, comme dans mes rêves, parfois. Je pense qu'en fait je l'attendais, et depuis longtemps.
Je ferme les yeux. Je sens Seto bouger pour mieux se placer. Ça y est. Il continue de m'embrasser pour me rassurer, souriant par brefs moments contre ma bouche en signe d'encouragements. D'un coup, je le sens arriver en moi, et une drôle de douleur se met à envahir mon bas ventre, une douleur exquise et intense.
Ses mouvements m'arrachent des gémissements et des petits cris qu'il tente de faire taire, emprisonnant ma bouche de la sienne. La chaleur qui monte en moi tente de s'échapper par mes tumultes, mais Seto me contrôle totalement. Je n'ai aucune emprise tandis que lui me possède en intégralité.
Il me domine, dans tous les sens du terme. Il est sur moi et bouge d'abord lentement, imprimant un lent et profond va-et-vient en moi. Il grogne de satisfaction en plaquant une main sur ma bouche pour m'éviter de crier trop fort – et pour ne pas éveiller les multiples suspicions d'un voisinage trop sage. Des coups de reins divins, à en tomber. L'extase pure. Ses mouvements réguliers m'envolent, si haut, si loin...
- Ah... Tu es à moi... Toute entière... Jeune et innocente petite demoiselle...
Ses mots me font frémir tandis que les assidues impulsions de son corps me font tourner la tête. Clouée sous lui, sans défenses, je m'abandonne. Ma respiration s'accélère, la sienne également, et nous sommes bientôt tous deux haletants. C'est grisant, enivrant...
Les sensations désordonnées et chaotiques en moi deviennent limpides, et tout se concentre sur cet endroit. Là où Seto et moi nous nous lions, pour la première fois. Je continue de gémir tandis qu'il se met à m'embrasser dans le cou, descendant doucement vers mon épaule. Je sens qu'il sourit tout contre ma peau.
- Maintenant... Je vais te marquer... À jamais... Rien qu'à moi... Beckie...
Marquer, il n'aurait pas pu mieux dire : autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Commençant à suçoter mon cou afin de le chauffer, puis y allant plus fort, plus fort encore, mordillant, mordant presque. Un peu comme la première fois, dans la bibliothèque, mais en plus doux et plus posé. J'ai une marque bien plus visible que la précédente, enfin, du moins, c'est ce que je pense. Seto semble bien avoir l'intention de faire « chasse-gardée ».
Tandis qu'il continue son petit jeu, je me laisse bercer totalement par ses mots, ses gestes, sa tendresse. Je suis à lui, oui, mais pour encore combien de temps ? Notre bulle de solitude, ce soir, ne va durer qu'un temps, et bientôt il faudra reprendre ces rôles futiles, ces astuces et ces manèges quotidiens, et porter de nouveau ces masques. Moi en tant qu'élève, et lui en tant que...
- Professeur ! Monsieur Kaiba.. ?
Mai est de l'autre côté de la porte, elle frappe, sa voix est hésitante. Je me calme d'un coup. Toute envie en moi est partie d'un coup, maintenant plus apeurée d'être encore prise sur le fait comme une adolescente.
Même déstabilisée, même rabrouée, elle vient quand même de nouveau nous – non, le – solliciter. Elle est tenace, ça oui. J'imagine qu'elle veut simplement s'excuser, quelque chose comme ça. Ou bien est-elle sortie de son incompréhension pour poser les vraies et bonnes questions ? Non, ça m'étonnerait, et puis sa voix n'est pas celle de la Mai sûre qui intervient dans ce style de situation. Écoutons ce que tu as à dire, me chère et spontanée colocataire...
- Mademoiselle Kujaku ?...
Seto détourne la tête pour que sa voix n'ait pas l'air trop proche de la porte. Cela pourrait davantage éveiller des soupçons chez Mai. Il prend un air plutôt désintéressé, comme si on l'avait interrompu dans une explication pas si importante. Pas si importante.. ? Une pointe de jalousie me pique d'un coup. Oh, non.
Je devine que, de là où elle est, Mai ne peut percevoir que la voix de Seto étouffée par la porte. Elle ne pousse pas l'entrée et laisse entre nous tous se hisser l'accès au secret. Un secret qu'il faudra tâcher de bien garder... Je tremble, trop inquiète d'être prise sur le fait.
Seto, lui, reste imperturbable, comme si quelques secondes auparavant il ne me tenait pas contre la porte, comme un prédateur acculant sa proie. Il est en train d'attendre que Mai poursuive. Moi aussi d'ailleurs, je me demande bien comment elle va en venir aux faits. Elle n'est pas du genre fille à faire des excuses, mais plutôt à en exiger. Comme moi, avant...
- Je... Merci d'être venu aider Becca... Et donc moi aussi par la même... Elle marque une pause. C'était inattendu et sincèrement... Bien... De votre part... Je ne sais pas comment me faire pardonner, en plus que...
Mai perd ses mots peu à peu, toujours beaucoup trop confuse et désorientée. Elle peine à trouver sa plus juste intonation, en plus. Seto en est agacé, et ça peut se voir sur ses traits – il n'est pas ici pour ça – et coupe :
- Rebecca s'est déjà excusée pour vous. En bonnes et dues formes, de surcroît.
Seto se tourne de nouveau vers moi, un léger sourire éclairant son visage, et plante ses yeux dans les miens. Son regard est animé d'une lueur animale, et il y danse comme une insaisissable émotion profonde. Ce regard, c'est le même qu'hier, exactement le même que quand...
Quand ses mouvements se font plus rapides et plus « déterminés », je sens que nous sommes bientôt au bout. Seulement ni lui ni moi sommes prêts à nous séparer, et il semble que nos cœurs et nos corps en redemandent encore et encore.
Il s'épanche en moi, pour la première fois, avant de se soustraire, de s'effacer un temps. Comblée, je me laisse vaciller de fatigue et de bonheur à ses côtés. Un instant. Un instant je le contemple. À bout de souffle, au comble de l'exaltation, le cœur et la tête vrillés. Il me détaille aussi, et se met à sourie en me voyant ravie.
Seto m'attire contre lui, me prenant par la taille. Je me laisse encore faire, trop éreintée pour opposer la résistance la plus convaincante possible. Et puis, après tout, c'est bon, c'est une bonne fatigue, c'est revigorant. Son souffle chaud tout contre ma nuque m'irradie de sensations autant agréable que notre idylle. Il murmure tout bas, souriant, et m'embrasse.
- J'espère avoir correctement comblé vos attentes, ma petite demoiselle...
- Plus que ce que je n'avais jamais espéré, Seto...
Notre petit jeu reprend encore quelques fois, jusque très tôt le matin. Ce sont les premières lueurs du jour qui nous force enfin à nous reposer un peu. Je ne dors cependant pas tout de suite, trop secouée par cette étrange mais néanmoins agréable expérience.
Je préfère regarder le soleil faire poindre des petites tâches de lumière au plafond et sur les murs. Il fera beau, aujourd'hui, encore meilleur, en fait, que les jours précédents, où Seto n'était pas encore avec moi. La fin mars commençait déjà chaudement, mais cette impromptue arrivée de mon professeur dans ma vie me fait dire qu'elle ne sera que davantage effervescente.
À côté de moi petit coup d'œil rapide. Seto dort paisiblement, imperturbable, même avec les danses sauvages des rayons du soleil qui deviennent bien plus fortes. Je savoure cet instant serein, à regarder le beau Seto sauvage près de moi. Moment calme avant, ce que je pense être, le prélude d'une effroyable tempête.
