Il l'avait en quelque sorte sauvé, et jamais l'inspecteur n'oublierait le semi-sourire désolé et triste que Mycroft lui avait lancé, ses cheveux complètement défaits, une plaie béante au front qui ne saignait plus et les mains écorchées. Ils avaient passé plusieurs heures assis dans son bureau, Mycroft racontant comment il avait réussi à atteindre une base militaire américaine en Ukraine après s'être « battu » contre trois cannibales (mais ça, l'inspecteur était sûr que c'était pour la frime) et qu'il avait rejoint Londres dans un avion encore secret, tout ça en moins de vingt-quatre heures. Ils avaient quitté le Yard très tard dans la nuit et l'inspecteur avait raccompagné Le Gouvernement – comme on le surnommait – à son appartement en plein cœur de la City. Arrêté sur le seuil de la porte il lui fit un signe de tête avant de commencer à redescendre les escaliers, qu'il remonta encore plus vite. Il n'eut pas besoin de toquer, la porte était toujours ouverte. Mycroft le regarda avec étonnement.
« - Il vaut mieux que quelqu'un reste avec vous cette nuit. À cause de la…, s'expliqua-t-il en montrant son front. »
Mycroft sourit et hocha la tête. L'inspecteur ferma la porte d'entrée tandis que Mycroft s'enfermait dans la salle de bain. Le silence régnait dans l'appartement et Lestrade retira ses chaussures qu'il déposa près de la porte et son manteau, qu'il accrocha au porte-manteau. Il déboutonna les manches de sa chemise qu'il remonta au-dessus du coude. Il s'assit sur le sofa et commença à lire ses mails.
JOHN WATSON à GREGORY LESTRADE
OBJET : CRASH
SHERLOCK NE VEUT PAS ME L'AVOUER MAIS IL EST INQUIET. MYCROFT ÉTAIT DANS L'AVION. COMMENT VA-T-IL ?
Il soupira en essayant d'imaginer Sherlock inquiet. Une image se forma dans son esprit et il grimaça. Mauvaise idée. Il s'apprêtait à répondre lorsque Mycroft sortit de la salle de bain, ses cheveux dégoulinants encore de sa douche sur la bande qu'il avait appliqué sur la partie gauche de son front. Des gouttes d'eau tombaient sur sa chemise propre, laissant sa peau apparaître légèrement.
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Il s'assit près de l'inspecteur et un étrange silence s'installa entre eux. Pas un silence gênant mais un apaisant après les dernières heures qu'il venait de vivre. Il voulait lui dire mais rien ne sortait, parce qu'il n'y arrivait pas. Même s'il avait du comprendre certaines choses, l'inspecteur ne savait pas tout, et ne devait rien savoir. Personne ne devait savoir. Comment avait-il pu se laisser traîner dans la boue si longtemps ? Il aurait dû le voir dès leur première rencontre. Il avait vu les signes mais les avait délibérément ignoré. Il ne comprenait pas. Il savait que l'homme en face de lui n'était pas lui. Mais rien n'y faisait.
« - Je pense que vous devriez aller vous reposer, souffla l'inspecteur. Je vous accompagne, si vous voulez. »
Mycroft mit plusieurs secondes avant d'acquiesser. Que risquait-il ?
« - Je t'en prie, lâche-moi. »
Il s'était arrêté, les yeux ronds. Il ne l'avait jamais supplié avant. C'était la première fois. Il replongea la courte lame dans la fine plaie qui se dessinait sur sa hanche. Un filet de sang s'en écoulait lentement et tâchait peu à peu le drap.
« - Redis-le. »
Mycroft déglutit et répéta faiblement :
« - Harry… Lâche-moi. Pitié. »
Il semblait jubiler et Mycroft, qui pensait avoir réussi à arranger les choses, du moins pour ce soir, n'avait en fait fait que les empirer.
Il était là, debout devant le lit, plongé dans ses pensées. Il sentait la présence de l'inspecteur derrière lui. Il savait que s'il se retournait il allait briser l'interdiction qu'il s'était imposée à lui-même.
« - Merci. »
L'inspecteur sortit de la pièce et s'arrêta dans l'encadrement de la porte. Mycroft se tourna vers lui et leurs yeux se rencontrèrent. Il ne savait pas ce qu'il cherchait dans ces yeux si profonds, et avant qu'il ne s'en rende compte, ils s'étaient tous deux rapprochés l'un de l'autre. Ils se faisaient face et Mycroft céda. Il posa délicatement ses mains sur les joues de l'inspecteur pour le faire venir jusqu'à lui et posa ses lèvres sur les siennes.
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Il ne répondit pas tout de suite, prit au dépourvu. Pourquoi un changement de comportement si brutal ? Mais il ne réfléchit pas plus longtemps et s'empressa de répondre au baiser. Il était triste et l'inspecteur pouvait le ressentir lui aussi. Il l'enveloppa en passant ses bras derrière son dos pour le tenir encore plus proches. Leurs lèvres brûlaient mais aucun des deux ne s'arrêtaient.
Lorsque Mycroft se recula doucement, les lèvres rougies, Lestrade put lire dans son regard toute la peur qu'il tentait de refouler et le lâcha. Ils restèrent face à face pendant encore quelques minutes avant que Mycroft ne se retourne en murmurant :
« - Vous ne voulez pas rester avec moi cette nuit ? Je ne veux pas rester seul. »
Lestrade avait alors simplement hoché la tête et s'était couché près de lui.
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Il caressa la fine ligne rouge qui allait du haut de sa hanche droite à l'intérieur de sa cuisse, debout devant le miroir de la chambre. Il ne se reconnaissait plus. Il avait l'impression d'être mort, vide. Plus rien ne l'habitait. Pourtant, il se rendait chaque jour là où il devait aller, sans rien laisser paraître. Il avait des cernes qui s'étaient creusées sous ses yeux, lui donnant un air morbide. Il avait étudié ainsi chaque partie de son corps pendant plusieurs heures devant le miroir. Il avait pris sa journée, officiellement pour se concentrer sur une affaire (qu'il avait, en passant, déjà résolu depuis plusieurs mois), officieusement pour se remettre de la veille. Il ne prenait jamais de jour de congé. Tout son côté droit le brûlait et, pour la première fois de sa vie, il aurait aimé pouvoir se rendre à l'hôpital.
« - T'as passé ta journée là ? »
Il tressaillit et regarda l'ombre qui se rapprochait de lui dans le miroir.
« - Je t'ai acheté un truc. »
Mycroft ne dit rien et l'homme derrière lui l'attrapa par l'arrière de la tête pour la pousser violemment contre le miroir qui se fissura. Il recogna la tête de Mycroft une nouvelle fois dans le miroir et cette fois des morceaux tombèrent sur le sol. Il aplatit son corps sur le sien, et Mycroft sentit le froid du miroir contre son ventre. Il ferma les yeux sans arriver à se concentrer sur autre chose que la douloureuse pénétration.
Il se redressa en nage sur le lit. Les larmes avaient coulé toutes seules et il les essuya machinalement avec sa manche. Lestrade s'assit à côté de lui.
« - Tu ne dormais pas ?, murmura Mycroft.
- Non.
- Désolé.
- Je restais éveillé pour te surveiller. Tu veux en parler ? »
Mycroft se tourna vers lui et se mit à tout lui raconter de A à Z. De leur rencontre avec Harry jusqu'à la nuit où il était venu le chercher. Il ne lui montra pas la fine cicatrice sur son ventre. Il finit par s'endormir dans les bras de l'inspecteur, alors que le jour se levait. Et l'inspecteur, qui ne savait quoi penser, dessinait des ronds sur le dos de l'homme dans ses bras. Et soudain l'évidence le frappa.
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Ce chapitre est un peu plus court, mais bon, il se passe plus de choses !
J'essaie toujours de ne pas écrire d'ébat sexuel (je parle comme si j'avais 60ans, c'est triste), parce que déjà c'est assez compliqué à écrire, et de plus je sais qu'une partie de mes lecteurs n'aime pas forcément les détails. Mais à partir du prochain chapitre, les choses vont devenir un peu plus « trash », sans non plus devenir un porno x).
J'avoue, j'aime beaucoup faire souffrir à mort les personnages pour que (surtout pour Mycroft) on puisse voir son côté vraiment humain qu'on ne voit pas souvent dans la série :(( mais ne vous en faites pas, il n'est pas le seul à souffrir ici… Oups.
Je commence à rapprocher mes dates de publication, oui, ça sent la fin. Mais ne vous en faîtes pas, j'ai toute une série d'OS/TS de plusieurs univers qui arrive… :))
N'hésitez pas à me laisser une petite review (ça fait toujours plaisir!).
À la prochaine. XOXO
