[Petit mot d'avant lecture: A partir de ce chapitre on se rapproche de plus en plus du vif de la relation entre Tallulah et Rayan. Le point de vue de Rayan arrive prochainement, et j'espère que vous prendrez plaisir à découvrir les mésaventures émotionnelles de notre professeur d'art moderne préféré ;) ! Bonne lecture à tous~~ ]


Tallulah

Le mercredi matin fut des plus rudes. Mon genou gauche m'eut lancée toute la nuit, ainsi que mon épaule droite sur laquelle je ne parvenais pas à m'appuyer. Assise au bord de mon lit avant que mon réveil ne sonne, je décidai de prendre ma douche profitant d'avoir encore du temps pour me laver les cheveux et me faire un masque de soin. Le temps d'attente pour la pose, je choisis mes vêtements à l'aide de la lumière de mon portable pour ne pas déranger Yeleen qui dormait toujours. Je choisis un pull à grosses mailles blanc moucheté de gris qui dévoilait mes épaules, par-dessus un maillot de corps sans manche et à col roulé noir uni. Puis je m'emparai d'un jegging biker noir avec de fausses fermetures éclaires le long des cuisses, en dessous des véritables poches avant.

Je pris des sous-vêtements sans regarder à quoi ils ressemblaient et partis poser tout ça sur le bord du comptoir de la salle de bain, après m'y être à nouveau enfermée. Je détachai mes cheveux enduit du masque et remarquai le vilain bleu qui entourait mon épaule.

-Ouais, je n'ai peut-être pas choisi le meilleur pull… me dis-je en retournant sous la douche pour me rincer les cheveux.

Même si j'eus très mal dormi, j'appréciai pouvoir prendre du temps pour moi ce matin. Je pus me faire un brushing impeccable, laissant mes cheveux les plus longs ondulés d'un côté et laisser la partie tondue dévoilée. J'arrangeai mes sourcils, mais ne me maquillai pas. J'aimai mettre du rouge à lèvres foncés et mat de temps en temps mais le fond de teint, blush, crayon machin truc chouette n'étaient pas vraiment mon fort. Je devais avoir un eyeliner et un masquera qui datait du lycée et qui commençait à sécher… Mais les rouges à lèvres, ça j'en étais folle et quelques vernis du même ton. Bon, je les collectionnai plus que je n'en revêtais vraiment. Quoi qu'aujourd'hui j'optai pour un bâton de couleur cerise noire, puis je ressortis pour changer de pull. Un truc qui cache mon hématome… Je choisi finalement une chemise denim épaisse, longue et aux manches bouffantes que je resserrai à fond au niveau des poignets. Une fois la salle de bain nettoyée, mon lit fait et mon sac de cours prêt, je sortis sans faire de bruit et rejoignis le réfectoire. Il était encore tôt mais quelques élèves profitèrent de ce calme pour petit-déjeuner. Parmi eux, je vis Hyun, Morgan et Alexy, ce dernier me fit de grands signes pour que je vienne manger avec eux. J'hésitai un peu, mais ça ne servait à rien de rajouter un froid en évitant tout le monde à cause d'un conflit qui ne regardait que Hyun et moi.

Je fis la bise à tout le monde, puis vins m'asseoir à côté d'Alexy qui tira une chaise pour moi.

-Rare de te voir levée si tôt, souligna-t-il : puis t'es toute mignonne dis-moi ! C'est pour le café ?

-Je ne bosse pas le mercredi matin. Enfin pas encore, j'ai plus d'heures la semaine prochaine… dis-je en touillant mon chocolat chaud.

Je posai mon regard sur mon collègue mais ce dernier était plongé dans un mutisme solide, le nez dans son café, assis de biais sur sa chaise pour éviter de se trouver face à moi. Morgan nous jeta des coups d'œil inquiet et m'interrogea en silence. Je baissai les yeux, et me remis à manger sans grand appétit. Je n'aimais vraiment pas le savoir contrarié ainsi. Tout le monde ressentit le malaise et ne voulant pas gâcher plus longtemps leur précédente bonne humeur, je fis mine de devoir faire un tour à la BU, et emportai avec ce que je pus pour grignoter en chemin. En voulant lever le bras pour poser mon plateau sur le mobilier de fonction, une vive douleur enserra mon épaule et me fis grimacer. Je vais faire un tour à la clinique du campus je crois… Vérifiant l'heure sur ma montre, je soupirai d'aise en remarquant que j'avais largement le temps avant le début du cours de Monsieur Lebarde. J'envoyai un message à ma Chani d'amour pour la prévenir que j'eus déjà pris mon petit déjeuner et que je la rejoindrai directement en Amphi. Puis, un autre à Camille en lui lançant que je prenais le pari que je serais à l'heure pour le cours de ce matin ! J'eus instantanément la réponse de l'un et de l'autre…qui fut la même et je m'en vexai !

« T'es tombée du lit !? Va faire beau dis-moi ! »

Les saletés ! pestai-je en mon for intérieur, un sourire amusé sur les lèvres.

« Je te garde une place ? Tout devant ça ira ? » me demanda Chani. Quant à Camille, il me proposa presque la même chose : « Je te garde une place avec nous au fond ? »

-Euh…je me coupe en deux ?

Je leur répondis qu'ils devaient voir ensemble, pour trouver un arrangement, mais que je restai avec Chani. Camille comprit, et ma petite chérie m'envoya l'émoji d'un diable avec des cœurs à la place des yeux.

Une fois devant la secrétaire médicale, je présentai ma carte étudiante et demandai si le médecin était disponible tout de suite.

-Je l'appelle tout de suite attendez un instant.

Ce fut rapide, et le médecin vint me chercher lui-même après que la secrétaire lui eut expliqué mon cas. Il me conduisit jusqu' à son cabinet et demanda que je retire ma chemise pour examiner de plus prêt mon épaule.

-Bouh…comme c'est vilain ! s'exclama-t-il en tirant son tabouret roulant jusqu'au lit médical où j'étais assise : Et le genou aussi c'est ça ? Je t'ai vu boiter un peu, ça doit pas mal te lancer non ?

-On peut dire ça, d'ailleurs c'est pour ça que je suis là si tôt. Le retard est mon meilleur ami à défaut de mon réveil, mais avec la douleur je n'ai pas beaucoup dormi, avouai-je sur le ton de l'humour. Il sembla apprécier et demanda ensuite que je remonte la jambière de mon pantalon.

Un geste peu simple, il me proposa alors de dénuder seulement ma jambe gauche si je ne tenais pas à retirer complètement mon bas.

-Hmm…essaie de marcher un peu.

Je m'exécutai puis revins m'asseoir sur le bord du lit.

-Je serai bien tenté de te faire passer un scanner et une radio quand même, m'avoua-t-il en remuant mon genou, une main derrière le mollet et l'autre sur ma cuisse.

-Et l'épaule ?

-Tu peines à lever les bras, on va passer une IRM. Ça peut-être autant le contre-coup, qu'un nerf ou un muscle de touché. J'ai besoin de voir en détails pour avoir un diagnostic complet. Je te fais une ordonnance et un arrêt médical d'une semaine pour le boulot. Ton épaule a besoin de repos et toi aussi j'ai l'impression… ta tension est trop élevée. Comme c'est la première fois que je te vois, on va aussi compléter ton dossier médical avec ton poids et ta taille. On va faire une petite prise de sang aussi, pour s'assurer que tu n'aies aucune carence. Par contre, je te demanderai de venir me voir Lundi prochain, pour vérifier à nouveau ta tension et d'ici là il faudrait que tu aies pris tes rendez-vous. Si cela se fait attendre pour le mois prochain, appelle-moi, je pourrai toujours faire pression pour t'avoir un rendez-vous rapidement, il faut absolument que je voie si je dois te prescrire des séances de kiné. Les fourmillements dans le bras, ce n'est pas anodin et il va bien falloir que tu parviennes à le lever correctement.

Fait beaucoup de choses-là ! Le médecin me demanda de patienter le temps qu'il aille chercher de quoi me faire une prise de sang. J'en profitai pour remettre mon pantalon mais laissai ma veste de côté afin de garder les bras nus et faciliter la piqûre. J'ai tout gagné, une prise de sang… J'avais horreur de ça. Quand je le vis revenir avec l'aiguille, je fis les gros yeux et je retirai instinctivement mon bras. Vade retro satanas !

-Haha ! On dirait un chat sur le point de me cracher à la figure ! rit-il en levant les mains en signe de paix : Je veux juste m'assurer que tu ailles bien, d'accord ?

-Hm, grognai-je en tendant fébrilement mon bras.

Il me fit un garrot, tâta pour trouver ma veine puis enfonça l'aiguille avec une grande délicatesse. Je me sentis trembler, j'avais vraiment une sainte horreur des piqûres…Et de la vue de mon sang…

-Oh m…

Je détournai le regard et serrai les dents au point d'en faire crisper ma mâchoire. Quand ce fut terminé, il vint apposer une compresse et du ruban pour faire stopper le saignement.

-Tu recevras un message de la secrétaire quand j'aurais les résultats. Normalement d'ici ce soir ou demain ce sera bon. Je te file ton ordonnance et je te relâche pour aller en cours !

J'eus trois ordonnances, une pour chaque examen et une quatrième pour les anti-inflammatoires, un baume et leur posologie.

Après m'avoir aidée à enfiler ma chemise et mon manteau, nous nous saluâmes puis je fonçai -aussi vite que me le permis mon genou endolori- rejoindre le cours de Monsieur Lebarde qui allait commencer dans un bon quart d'heure. Ça a pris plus de temps que prévu ! La clinique du campus n'était pas loin d'Antéros, heureusement pour moi, et je pus couper en passant par le chemin qui menait au café. Au passage, j'aperçus Hyun qui s'activait à l'intérieur. C'est vrai qu'il n'a pas cours le mercredi matin… et ce soir il est de fermeture. Pourtant j'aurais bien aimé lui parler.

Je me fis violence pour ne pas m'y arrêter, craignant trop arriver en retard malgré m'être finalement levée très tôt. Mais à mon plus grand soulagement ce ne fut pas le cas, et je retrouvai Chani en compagnie de Charly, Kelly et Camille qui me firent des grands signes pour m'indiquer leurs places.

Ils se trouvaient vers l'avant, pas non plus au premier rang, mais suffisamment proche pour entendre la voix nasillarde et monotone de notre professeur. Les garçons se mirent juste derrière nos places à Chani et moi tandis que Kelly se tenait à mes côtés. Notre petite surfeuse nous partagea son impatience d'être à la compétition. Si elle se qualifiait, elle partirait une semaine au mois de Janvier pour la finale qui se déroulait dans une autre ville.

-Croisons-les doigts pour toi !

Entra Monsieur Lebarde qui attendit un silence qui se fit rapidement obtenir. Il n'avait pas la prestance de Monsieur Zaidi, mais savait quoi dire pour blesser les élèves un peu trop perturbateurs. Je ne sus pourquoi, mais il m'adressa un regard étrange, puis à Chani, avant de nous saluer et entamer le cours.

Mon amie et moi nous échangeâmes un regard curieux, et nous sûmes que nous en reparlerions dans la journée. Après les deux heures en art antique et médiéval, nous dûmes rejoindre le cours de géographie, dans lequel Chani en profita pour me questionner au sujet des feuilles que j'eus ramené avec moi en cours. Lui expliquant ma mésaventure jusqu'au passage à la clinique du Campus, nous ne suivîmes pas beaucoup le cours de géo, pour lequel Camille sembla pourtant se donner à fond, tandis que Charly et Kelly avaient rendu l'âme dans les places du fond, juste derrière nous. Camille s'était installé à mes côtés pour ce cours.

-T'as pas honte de te blesser alors qu'on déménage ! me charia mon amie en prenant quelques notes.

-Haha, arrête j'ai peur, on est déjà mercredi et on n'a toujours rien…

-Tal', sérieux tu stresses trop ! Tu m'étonnes que ta tension soit élevée, tu devrais lever le pied un peu… s'inquiéta-t-elle sérieusement en me frictionnant le dos. Je souris tout en surlignant les éléments que je trouvai important à mettre en fiche de révision, parmi les notes que je venais de prendre : On pourra passer à la BU avant de déjeuner ? J'aimerai compléter mes fiches…

-Tu vois, c'est de ça que je te parle ! Tes fiches attendront, on vient de te pomper du sang, tu vas manger avant de réviser, pesta-t-elle en interpellant Camille qui s'était mis à nous écouter.

-Je suis plutôt d'accord avec Chani, au pire tes fiches je te les fais moi, j'aime bien la géo, proposa-t-il sérieusement.

-Quoi ? Mais non, je peux le faire…

-Moi je veux bien, intervint Charly qui émit un signe de vie.

-Plus opportuniste que toi, on meurt ! le charia Chani qui s'était retourné pour le pincer.

Il lui adressa un regard doux et un sourire rayonnant qui en disait long sur la complicité qu'ils partageaient déjà. Coup de foudre, quand tu nous tiens ! Aussitôt, mes pensées se tournèrent vers mon professeur principal, d'art moderne et contemporain. Je songeai avec bonheur à cette soirée au café, malgré les moments épineux rencontrés. Mais alors que je me remémorai ces dernières paroles avant de sortir du café, ce fut la voix de mon agresseur qui camoufla la sienne. Un frisson d'effroi me prit, et un élan de panique entrecoupa ma respiration. Non…s'il revenait là-bas !? J'eus chaud, et tellement froid en même temps. Cela m'agaça de me sentir ainsi fébrile en repensant à lui. J'essayai pourtant de me persuader que rien ne s'était passé. Nathaniel était intervenu au bon moment, alors pourquoi me sentais-je ainsi ?

-…lah… ! Tallulah !

Réagissant à l'entente de mon prénom, je sursautai et regardai tout autour de moi, alertée. Notre professeure de géo avait monté les marches jusqu'à notre rangé, et elle me regardait avait inquiétude.

-Mademoiselle, reprenez votre calme, tout va bien…(Elle s'adressa aux étudiants au bord de rangé) Levez-vous, laissez-là passer on va lui faire prendre l'air.

Ma poitrine me faisait mal, mes membres tremblaient et je n'eus pas remarqué que ma respiration s'était bruyamment affolée. Mais c'est quoi cette semaine de merde !? hurlai-je en mon for intérieur, en sentant les larmes me monter aux yeux.

Camille me soutenait avec force, tout comme la prof qui m'aida à gravir les marches de l'amphi pour me faire sortir. Nous nous trouvâmes juste devant la BU et un espace vert, non loin d'un banc sur lequel Camille me fit m'asseoir tandis que mon aînée s'était accroupie en face de moi en me serrant les mains qu'elle plaqua contre mon visage.

-Respirez à l'intérieur de vos mains, aussi profondément que possible et fermez les yeux en vous concentrant sur votre respiration.

Je m'exécutai en essayant de me convaincre que je ne risquai rien ici, que ce pauvre type n'était pas près de moi.

-On appelle les pompiers ? s'enquit Camille mais je secouai la tête après avoir retrouvé un semblant de calme.

Nous vîmes arriver Chani, son sac et le mien en mains qui me proposa ensuite de me reposer un moment dans ma chambre.

-Le médecin te l'a dit, t'as besoin de repos, Tal'…soupira Chani qui vint caresser mes cheveux.

-Le médecin ? s'inquiéta ma professeure : vous êtes malade ?

-Un peu, avouai-je… : c'est surtout de la fatigue et une tension un peu haute.

-Hé bien j'ignore si vous comptez retourner en cours cet après-midi, mais si c'est le cas, allez vous reposer tout de suite, oui. Ne vous en faites pas, je mets toujours un bilan de mon cours en ligne pendant une semaine, pour les absents. (Elle s'adressa à mes camarades) Je ne peux quitter ma salle trop longtemps, je vous la confie. (Elle me sourit) Prenez soin de vous mademoiselle, à l'approche des partiels c'est primordial de se reposer !

-Merci pour tout madame, et désolée pour le dérangement.

-Il n'y a pas de mal, assura-t-elle avant de trotter en direction de l'amphi.

Je fermai les yeux une dernière fois en prenant une profonde inspiration que j'expirai plus calmement. Ma poitrine me faisait toujours mal, mais au moins j'avais repris le contrôle sur ma respiration.

-Bah dis-moi, c'est une semaine mouvementée pour toi ! souligna Chani qui vint s'asseoir à côté de moi.

Je me décalai pour faire de la place à Camille qui se mit en tailleur sur l'assise.

-Comment ça ?

-Erh… disons que j'ai déjà eu des complications en début de semaine, mais ça réfère à un souci féminin.

-Ça va, tu peux me parler de tes règles, j'ai des sœurs, rit-il avec nonchalance.

-C'est souvent comme ça, fit Chani : Les hommes ayant des sœurs sont plus décomplexés sur ce sujet…

-Sœur ou pas, je pars du principe où c'est naturel, et que si on n'est pas gêné pour tripoter le sexe d'une femme rien d'elle ne doit nous déranger, lâcha-t-il avec une aisance et un sérieux déconcertant.

J'en ris nerveusement, ne m'attendant pas à une telle comparaison et Chani non plus visiblement. Néanmoins, j'étais d'accord avec ses dires, et aussi, cela me permit d'alléger mon esprit précédemment plombé de sombres images. Cela me coûtait de me l'avouer mais cette mésaventure lors de mon retour en ville me marqua plus que je ne voulus y croire. J'ai tellement perdu confiance en moi… Je m'étais noyée dans les révisions, dans le travail, m'étais investie pour mes amis sans prendre le temps de me poser les bonnes questions. Tu vas bien Tallulah… ?

-Hé, ça va ?

La voix chaude de Camille me sortit de ma transe. Un peu hébétée, je croisai ses yeux, d'habitude si rieurs, soucieux dans lesquels mon visage se reflétait. Non, ça ne va pas… Ces mots restèrent coincés. Seul un sourire qui se voulait rassurant se peignit sur mes lèvres et je hochai la tête.

-J-je ne me sens pas spécialement fatiguée, mais j'ai vraiment faim ! mentis-je en les regardant tour à tour : Vous aviez raison, je vais lâcher mes bouquins une journée, et je vais surtout profiter du calme du réfectoire pour manger comme un ogre.

-En voilà des paroles réjouissantes ! s'exclama Camille en sautant à pieds joints sur le sol : Le cours se termine bientôt, je vais venir avec vous, juste au cas où tu trouverais sympathique de refaire une crise et t'écrouler sur la pauvre Chani.

-Mes petits bras la porteront ! s'offusqua faussement mon amie qui eut posé sa tête contre mon épaule. Elle se redressa aussitôt en s'excusant : Mince, c'est celle où t'as mal ?

-Ça va, je peux encore te faire des câlins ! ris-je en la serrant fort dans mes bras. Elle me répondit avec la même vigueur, et, jaloux, Camille s'ajouta au câlin en nous prenant toutes les deux dans ses bras.

-Moi aussi j'aime les câlins !

-Chacun son tour ! râla Chani en le repoussant sans violence.

Ils me firent rire de bon cœur, et ce fut peut-être petit aux yeux des autres, mais cela me suffit pour me sentir mieux. Une fois que je me sentis à même de pouvoir marcher, nous partîmes au réfectoire et pour le coup, mon appétit vint en mangeant. Plus je grignotai, plus je vins à engloutir tout ce qu'il se trouvait autour de moi au point de piquer du pain à Camille.

-Ah ouais, t'avais la dalle !

Je haussai les sourcils avec un pointe de surprise, tout en balayant la salle des yeux. Je me demandai si Hyun était là où s'il était toujours en cours. J'aimerai bien lui parler. Mais je vis la tête de mon ami nulle part. Comme je devais déposer mon arrêt de travail, je me dis que je pouvais profiter de ses heures de fermeture pour le rejoindre et discuter lorsqu'il n'y aura pas trop de monde.

-T'es sûre de te sentir d'attaque pour le prochain cours ?

-Certaine ! Ce n'est pas comme lundi, je ne ressens pas une forte fatigue…mais promis je me couche tôt ce soir ! Enfin…après une partie ou deux de jungle speed, souris-je avec malice.

-Ne te force pas si tu ne le sens pas, hein, me rassura Camille en me proposant son dessert.

-Je peux ?

Il me sourit et posa sa tarte aux pommes sur mon plateau. Je l'embrassai sur la joue pour le remercier et vint croquer avec gourmandise la part de tarte. J'entendis Chani rire, et je levai les yeux pour savoir ce qu'il se passait. A côté de moi, Camille s'écrasait la frange contre le front et les yeux en détournant le visage.

-Camille ?

-Laisse-le tu vas nous l'achever ! haha ! s'esclaffa mon ami qui manqua de s'étrangler avec sa crème à la vanille.

Je préférai passer outre et assurer à mon ami que j'étais déterminée à lui choper le totem !

-Roh ! J-je m'en vais ! pesta-t-il les joues rouges et les cheveux en pétards.

Devant moi, Chani s'était écroulée sur la table en hurlant de rire au point d'attirer les regards des étudiants qui déjeunaient aussi. Je fis un gros effort pour comprendre ce qui, dans ma phrase, aurait pu amuser autant mon amie qui essuyait des larmes de rire au coin de ses yeux. « Je te choperai le totem…le totem…le… »

-OOOOH ! m'exclamai-je en sentant mon visage prendre feu : Imbécile ! Je n'parlais pas de ça !

-C'est ça qu'est drôle ! rit-elle d'une voix étouffée et suraiguë.

Je partis dans un rire nerveux en essayant de cacher au mieux mon visage cramoisi. Pauvre Camille… Comme quoi, il pouvait jouer les dragueurs sans pour autant en être vraiment un ! Nous terminâmes de manger sur cette note hilarante, ce qui me fit un bien fou après le cours de géographie.

Kelly et Charly nous rejoignirent avec les affaires que Camille avait laissées en cours. Tous deux s'étonnèrent de ne pas trouver le rugbyman avec nous. Chani eut du mal à camoufler son amusement et je secouai la tête, un peu désabusée.

-Tu vas mieux ? Tu nous as fichu une de ses frousses tout à l'heure ! s'inquiéta Kelly qui glissait son plateau à côté de moi.

-Oh, désolée…mais oui, ça va bien mieux maintenant que j'ai dévoré un peu tout et n'importe quoi !

Nous discutâmes avec eux le temps de leur repas, quoi que nous devions partir plus tôt afin de laisser de la place aux étudiants qui se pressaient pour en avoir une et manger.

-On vous rejoint en Art moderne et contemporain ! nous assura Charly, après avoir murmuré quelque chose à l'oreille de mon amie qui me suivait pour remettre nos plateaux sur la table de fonction.

-Tallulah, m'interpella-t-elle les joues aussi roses que sa coloration : J-Je sais que t'as pas trop la forme mais…o-on peut discuter en privé avant de rejoindre Camille en Amphi ?

Je souris, touchée par sa timidité voilée sous sa bienveillance à mon égard. Je pris sa main, et nous traversâmes d'une marche lente, traînant presque nos pieds que nous nous étions mises à fixer, la cour en prenant la direction du bâtiment d'Art.

-J-je ne vous rejoindrai pas au salon ce soir, ce n'est pas trop grave ?

-Hein ? Eh bien…non, enfin, bien sûr que j'aurais aimé jouer au jungle speed avec toi, mais personne ne t'oblige ma puce.

-Je sais, mais c'était juste pour te dire que… enfin ce n'était pas contre vous ou…rah !

-Hm, laisse-moi deviner, ça a un rapport avec Charly ?

Elle leva les yeux au ciel non sans rougir de plus belle.

-Je ne m'attendais pas à un tel coup de foudre, m'avoua-t-elle, serrant plus fort ma main dans la sienne.

Mon cœur s'emballa de joie pour elle… Elle poursuivit en m'expliquant qu'ils étaient partant pour prendre le temps de se connaître, afin de s'assurer que ça ne vire pas en un coup d'un soir illusoire. Ils eurent espéré passer un moment tous les deux au moins cette semaine, et Charly proposa de faire ça le mercredi soir, n'étant pas plus emballé que cela par la soirée jeux de société au dortoir.

-Bon, moi c'était surtout le fait de passer du temps avec vous qui me plaisait, mais cet homme m'intrigue, c'est plus fort que moi, me sourit-elle alors que nous atteignîmes l'amphi.

-Je te comprends, Chani…cours ! Fonce si tu le sens bien !

-Haha, merci de m'avoir écoutée en tout cas Tallulah.

Je l'embrassai sur le haut de la tête en guise de réponse, puis, lui demandait ce qu'elle faisait samedi soir.

-Je dois t'avouer qu'on va passer un moment ensemble avec Rosa et Alexy, mais je me dis que si tu nous rejoignais ça ne devrait pas les déranger, et j'ai vraiment envie de passer une petite soirée avec toi, lui dis-je alors que nous poussions les portes.

-Aïe…en fait, il se peut qu'on prévoie une autre sortie avec Charly, tout dépendra de ce soir en fait.

-Oh oh ! Mais c'est que Monsieur prend les devants !

-Héhé, en fait pour samedi c'est moi, avoua-t-elle en tirant la langue, taquine. Mais si ça se fait, on pourra passer vous faire un coucou, on ne sera pas si loin de la plage normalement. Mais merci pour ton invitation, ça me touche, tu sais.

Toujours main dans la main, nous descendîmes les marches de l'amphi jusqu'à nos places habituelles.

-Ah non, les filles pas tout devant pitié ! entendîmes-nous geindre Camille qui se trouvait dans la colonne opposée, vers le centre.

-Et pourquoi pas ? Je ne mors pas, elles pourront vous le confirmer jeune homme… cette fois la voix provint derrière nous.

Avec mon amie nous tournâmes d'un geste synchronisé notre tête afin d'apercevoir Monsieur Zaidi, la mallette sous le coude qui descendait également les marches pour rejoindre l'estrade depuis lequel il tiendrait son cours.

-Bonjour, souris-je en me mettant plus près de mon amie afin de laisser passer mon aîné.

-Bonjour, nous fit-il en répondant à mon sourire par un autre très chaleureux : votre ami n'a pas l'air d'accord avec le choix de vos places.

-Mais non, c'est juste que si Tallulah refait un malaise, ce sera plus simple de quitter l'amphi si on est au fond ! rétorqua Camille. Je ne sus s'il l'avait fait exprès ou non, je ne ressentis aucune moquerie dans sa voix, et peut-être que ce qu'il s'était passé ce matin l'eut marqué d'une certaine manière. Tout de même, je trouvai déplacé qu'il en parle ainsi devant notre professeur. Ou plutôt, j'aurais préféré que lui ne le sache pas… Il s'est suffisamment inquiété cette semaine, me dis-je en repensant à Lundi et hier soir.

-Vous avez fait un malaise !? s'alarma-t-il en s'arrêtant à la marche juste en dessous de celle où l'on se trouvait Chani et moi, non loin de nos places.

Il n'y avait même pas dix étudiants déjà présents dans l'amphi, mais c'était déjà beaucoup trop pour que je me sente à l'aise d'en parler ainsi. Chani fit les gros yeux à Camille qui s'était rapproché de nous. Elle lâcha ma main et repoussa notre ami un peu foufou au loin et me dit qu'elle m'attendrait avec lui. Je lui souris…j'avais comme l'impression qu'elle saisissait l'existence de cette fine connexion entre notre aîné et moi. Monsieur Zaidi revint à ma hauteur, semblant inquiet et me fit m'asseoir sur un siège tout près.

-Ah…je vais bien, soupirai-je en le voyant insister pour que je reste assise.

-Pas de ce que j'ai entendu, chuchota-t-il en gardant une certaine distance comme pour ne pas rendre notre échange trop intime.

-Je n'ai pas fait de « malaise », monsieur, juste une crise d'hyperventilation.

-« Juste »…répéta-t-il dans un soupire quelque peu agacé. Il se pinça l'arête du nez avant de reprendre en fronçant les sourcils : Écoutez, je n'osai pas vous le dire hier au café, mais vous me paraissez très fatiguée cette semaine. (Il baissa le ton en regardant autour de nous) Le…débarquement de Normandie y est sûrement pour beaucoup, renchérit-il avant de reprendre sur un ton normal : mais entre le café et la fac ça ne doit pas arranger la situation.

Bien sûr, je cachai mon ricanement derrière mon poing en l'entendant reprendre mon expression, mais il ne dura que peu en voyant l'inquiétude qui s'emparait à nouveau de son visage. Je m'humectai les lèvres, fit mine de chercher quelque chose dans mon sac et repris :

-Je vais pouvoir me requinquer la semaine prochaine, j'ai un arrêt de travail qui prend compte aujourd'hui, dis-je en sortant la photocopie d'une image prise sur le net qui représentait un tableau engagé d'un artiste, condamné à mort pour blasphème. Monsieur Zaidi comprit aussitôt ce que j'essayai de faire, et il se pencha pour examiner l'image. Notre échange paraitrait bien moins louche aux yeux des étudiants ainsi, surtout que je n'avais pas vraiment envie de l'interrompre tout de suite. Et tant que je ne le vis pas terminer sa descente, j'en déduisis qu'il en était de même pour lui.

-Un arrêt ? Serait-ce en rapport avec le boucan d'hier, en cuisine ? Vous n'avez toujours rien de cassé je présume…souffla-t-il en prenant un stylo dans ma trousse pour inscrire quelques annotations sur ma feuille en rapport avec mon mémoire. Il a compris…

-En quelque sorte oui…mais non, je n'ai rien de cassé ! Enfin, les examens me le diront, le médecin veut s'assurer que tout soit en ordre.

-Un bon médecin, sourit-il. Il baissa les yeux et s'arrêta d'écrire un moment avant de baisser à nouveau le ton : d-du coup demain soir…v-vous…enfin…

-Je ne serai pas de fermeture, non…Mais rien ne vous empêche de passer vous détendre au café.

Il ricana.

-Pas facile de se détendre avec votre collègue qui me fusille du regard…

-Mais n-

Nous avions détourné en même temps nos visages qui se retrouvèrent si près de l'un l'autre que nos lèvres s'effleurèrent ainsi que nos souffles respectifs. Nous eûmes un geste de recul et nous nous tûmes aussitôt, se dévisageant avec stupéfaction. Le visage de mon aîné était aussi rouge que sa chemise satinée, et je sus sans mal que je ne devais pas être mieux, tant je me sentais entourée par la chaleur.

-V-vous devriez écouter votre ami, mieux vaut être prudent au cas où vous vous sentirez de nouveau mal…Il serait peut-être préférable pour vous d'aller au fond pour aujourd'hui, bafouilla-t-il en se redressant mécaniquement.

-J-je suis d'accord, on va rester prudent… marmonnai-je, la voix chevrotante alors que je rassemblai mes affaires.

Nous nous échangeâmes un dernier regard qui sembla nous amuser malgré l'embarras du moment, avant de partir chacun de son côté. Lorsqu'il se trouva à son bureau, des étudiants virent le voir pour lui poser des questions. Pour ma part, je rejoignis mes amis en étant encore entourée du parfum de mon aîné et du souvenir de la caresse de son souffle sur mes lèvres. Je me les pinçai, comme pour garder ceci secret, et m'installai à côté de Chani qui m'adressa un regard interrogateur en plus d'un sourire taquin.

-Quoi… ? fis-je, un peu bougonne. J'étalai mes affaires, sans vraiment me rendre compte que je tenais toujours la photocopie dans les mains.

-Je ne sais pas si ça va beaucoup t'aider pour le mémoire, ça…me murmura-t-elle en cachant la feuille. Elle me sourit, et pointa une note que je n'avais pas remarqué. « Peut-être pouvons-nous tout de même nous y croiser ? »

Je me mordis la lèvre inférieure avec excitation. C'était bien plus qu'un sous-entendu…Je pliai ma photocopie et la glissai dans mon agenda non sans jeter une œillade chaude à mon aîné qui releva furtivement la tête en notre direction, avant de reporter son attention sur nos camarades.

-T'as pas des choses à dire, toi ? me charia Chani.

Oh que si ! voulus-je lui dire, mais est-ce que je pouvais seulement le faire ? Est-ce que déjà, il y avait réellement des choses à dire, ou bien n'était-ce que le fruit de mon imagination ? Peut-être devrais-en parler à Alexy et Rosa… ? m'eussé-je dit en sortant mon portable. J'envoyai un rapide texto à mes amis, et le premier à me répondre fut Alexy :

« Vous vous êtes donné le mot avec Rosa, haha ! Si c'est pour m'annoncer que toi aussi t'es enceinte, fais-le maintenant, j'ai ma soirée de prise avec Morgan ! »

-Sympa…soupirai-je avec un pincement au cœur. Je me doutai bien qu'il faisait de l'humour, mais j'eus la net impression que ces réponses étaient toujours très nonchalantes lorsque je lui demandai quelques choses et à la longue, ça commençait à me peser…En quatre ans, Alexy et Rosa étaient ceux avec qui j'avais réellement gardé contact, en ajoutant Castiel puisqu'il était le meilleur ami de Lysandre et que nous étions toujours très bien entendu. Mais maintenant que nous étions réunis, je faisais face à leur personnalité de plein fouet, et j'eus l'impression d'avoir soit beaucoup changé, ou bien pas suffisamment pour les suivre par moment.

Je ne reçus aucune réponse de Rosa, je supposai qu'elle était en cours, et je n'étais pas à une heure près de toute façon, cependant, le message d'Alexy suffit à me faire perdre mon envie de leur révéler quoi que ce soit sur mes rencontres avec mon professeur d'art moderne et contemporain.

-J-Je ne sais pas si…si… commençai-je, le feu aux joues : C'est compliqué, je ne voudrai pas t'embêter avec ça, e-et il se peut que ça ne soit rien…

Chani vint poser sa tête contre mon bras, en faisant attention de ne pas trop toucher ma blessure, et murmura avec douceur :

-Tu m'as bien écoutée pour Charly, et comme je te l'ai dit, il se peut que ça ne soit rien non plus !

Mon cœur rata un battement, et je me sentis soudainement très émotive. Mes yeux me brulèrent mais je retins mes larmes pour garder un semblant de tact, bien que je déposasse un énorme baiser sur le front de mon amie avec qui il était si facile d'être apaisée. On s'est beaucoup soutenue mutuellement depuis le début de l'année… Aussitôt, je repensai à Hyun. Il m'est précieux lui aussi. Je devais lui parler ! Le cours commença dans les minutes qui suivirent la naissance de cette détermination nouvelle. Chani et moi gardâmes les mains jointes sous la table -heureusement, j'étais gauchère et elle droitière- mais nous ne prîmes que peu de notes, tant nous fûmes d'aplomb à débattre avec nos camarades et clôturer notre problématique. Le professeur s'attendait à devoir la poursuivre vendredi matin, mais il nous assura que nous aurions la possibilité de nous préparer ensemble, au contrôle de la semaine prochaine.

Si la première heure se passa plutôt bien, la seconde commença à me peser un peu…non pas que la suite du débat ne m'intéressait plus, mais les douleurs à la poitrine m'eurent reprise et je me fus sentie moins à même d'écouter avec attention. Je pris sur moi, participai moins, mais je me concentrai de mon mieux pour assimiler ce qu'il se disait et je pris un peu plus de notes qu'avant.

Mes mains devinrent moites, et tenant l'une des miennes Chani le ressentit et m'interrogea d'un regard curieux. Je lui avouais que ma poitrine se compressait à nouveau mais lui assurai qu'en restant aussi calme que possible, je pouvais finir l'heure. Camille, qui s'était installé derrière moi, à côté de Charly et Kelly, derrière Chani, déposa le dos de sa main glacée contre ma joue et me fit tressauter. Je rougis sous la tendresse du geste et me retournai pour croiser son sourire.

-Le froid, ça aide…dit-il en venant glisser sa main contre ma nuque, sous mes cheveux.

Mon cœur s'emballa un peu, je ne m'attendais à ce qu'il me touche me fasse un tel effet. J'étais du genre tactile, avec un peu tous mes proches, notamment Rosa, Chani, Alexy, Hyun et Stéphan de mon ancienne fac, mais jamais aucun d'eux me fit rater un battement comme Camille. Il a les mains douces…songeai-je en le laissant faire. Quand je vins reporter mon attention sur le professeur, ce dernier se tenait de biais, comme s'il faisait face à l'étudiante qui eut pris la parole tout en nous fixant. Une main dans la poche, l'autre tenant sa craie, il restait là, à écouter et lorsque nous attendîmes sa réponse face à l'argument de la jeune femme, il mit du temps à réagir et je compris vite qu'il n'avait qu'écouté que d'une oreille… Que se passe-t-il ? Je repensai fugacement à cette matinée où il annula le cours en prétextant ne pas être d'humeur. J'effleurai ma lèvre inférieure en imaginant son pouce à la place.

Une chose est sûre, ce que j'ai ressenti à l'instant avec Camille, et ce que j'ai ressenti ce soir là sont deux sentiments très différents. Lorsque le cours se clôtura, le professeur nous informa que nous aurions besoin de notre manuel vendredi matin. Nous quittâmes l'amphi, non sans que je sente un regard insistant sur ma personne. J'osai poser le mien en contre-bas, et cette fois j'en fus certaine, mais Monsieur Zaidi regardait bien dans notre direction. J'ignorai si je devais rester ou non…nous n'avions plus aucun cours de notre côté, Chani allait partir travailler et je devais également voir Clémence pour lui donner mon arrêt de travail.

Quand je le vis faire le tour de son bureau pour récupérer, très lentement, son manteau et sa mallette sans me quitter des yeux, je fus prise d'un élan et voulus le rejoindre. Quand les premiers pas s'enclenchèrent, mon aîné reposa aussitôt son manteau puis la mallette alors que je descendais d'autres marches.

-Hé !

Interloquée par la voix de Camille, je sursautai avant de me tourner vers lui.

-Tu sors pas ?

-J-je…

Lorsque je toisai à nouveau Monsieur Zaidi, ce dernier enfilai son manteau. Pas cette fois…me dis-je, un peu déçue.

Nous retrouvâmes dans la cour, et, la tête un peu ailleurs je ne fis que peu attention à ce qu'ils se racontaient tous. J'avais vraiment envie de lui parler… Quand Chani me salua avant de rejoindre son job, elle me confia qu'elle était là si jamais je venais à avoir envie de discuter de ce message sur la feuille de tantôt. Je détournai le regard en me mordant la lèvre avec envie et lui assurai que je n'hésiterai pas.

-Tu ne vas pas au café du coup ? me demanda Camille.

-Je vais faire un coucou à Hyun et déposer mon arrêt, si. J'étais censée travailler aujourd'hui et je n'ai pas encore prévenue ma patronne, ça risque de chauffer à mon arrivée.

-On va squatter le terrain de rugby avec mon équipe, tu serais partante pour nous rejoindre où on ne se verra que ce soir au salon ?

-Au salon, plutôt..dis-je en lui souriant d'une moue désolée : Je vais essayer de dormir un peu.

Camille hocha vigoureusement la tête en me rétorquant qu'il comprenait. Je ne pus m'empêcher de fixer ses mains, dont le contact me restait encore sur la peau…Puis mon regard s'attarda sur le reste du corps. Camille avait beau faire quelques centimètres de moins que moi, il restait large d'épaules sans pour autant faire videur de nightclub. Je l'avais déjà remarqué, mais son cou était plutôt large aussi, et les angles de sa mâchoire étaient assez tentatrices.

Prise en flagrant délit, Camille s'était tu en me toisant en coin non sans m'adresser un sourire charmeur.

-Tu mâtes qui comme ça … ? glissa-t-il à voix basse pour que les autres, un peu plus loin, ne l'entendent pas.

Je levais les yeux au ciel, puis, je vins le taquiner en me souvenant de sa réaction embarrassée de ce midi.

-Tu reprends drôlement vite de l'assurance, alors que j'ai cru comprendre que te faire choper le totem te faisait peur…rétorquai-je du même ton.

Il haussa un sourcil en riant avec amusement avant de s'approcher d'un pas.

-J'essaie de voir ce qui te fait réagir, m'avoua-t-il en portant une main jusqu' à la pointe de mes cheveux qu'il tritura distraitement : t'aimes pas les hommes timides ?

-Pas quand ils font semblant, dis-je en le défiant du regard.

-Dans ce cas je vais rester naturel ! s'enjoua-t-il subitement avant de m'embrasser sur la joue avec une vivacité que je n'avais vraiment pas du tout depuis ce matin. Il courut vers les dortoirs en me hurlant que j'avais intérêt d'être à l'heure pour ce soir.

Secouant la tête, mi- amusée, mi- désabusée, je rejoignis Charly et Kelly pour les saluer avant de prendre la route pour le café. En chemin, je reçus un message de Rosalya qui s'excusait de ne pouvoir me rejoindre ce soir, comme elle devait aider Leigh à la boutique. Je lui dis simplement que ce n'était pas grave et qu'on se verrait samedi.

Je passai devant une pharmacie sur ma route et je récupérai les médicaments prescrits par le médecin. Je fourrai le tout dans mon sac avant d'inspecter l'heure sur ma montre. Hyun doit déjà y être… Ma pensée se confirma une fois que j'arrivai en terrasse. Mon collègue me remarqua, esquissa un sourire prompt, presque incertain de ce qu'il devait faire, tandis que je restai planté là à le regarder, espérant qu'il vienne me saluer, à l'inverse de la veille où il faillit partir sans le faire. Finalement, nous fîmes le premier pas ensemble, et alors qu'il se penchait pour me faire la bise je me mis sur pointe des pieds pour le prendre dans mes bras.

-T-Tallulah ? bégaya-t-il, ne sachant pas quoi faire de ses mains.

-J-je suis désolée pour hier, Hyun, murmurai-je en me souvenant des mots de Monsieur Zaidi : O-on a des choses à se dire, je sais que c'est pas le moment, mais j'aimerai bien qu'on prenne le temps de se parler ! demandai-je en serrant plus fort mon étreinte.

Enfin, mon ami y répondit en lâchant un profond soupire qui me rappelait celui d'hier, lorsqu'il vint coller son front contre moi.

-J-je fermerai dès qu'il n'y aura plus de client, j'espère que tu ne seras pas couchée, me dit-il tout contre mon oreille.

-Je t'attendrai, non, je viendrai te chercher même !

-Haha, pas besoin Tal', ricana-t-il d'une voix rauque en s'éloignant de moi.

Soucieuse, je capturai son regard du mien à la recherche d'une once de rancœur à mon égard ou d'un autre ressentiment.

-Je te rejoindrai au salon, je sais que tu y seras, dit-il.

Il se massa la nuque en détourant les yeux que je vins chercher à nouveau.

-Tu promets ? insistai-je, une main toujours agrippée à lui. Il me serra à nouveau contre lui en hochant vigoureusement la tête.

-Oui, assura-t-il d'une voix étouffée contre ma veste.

Mon cœur sembla s'alléger d'un poids.

-Tallulah ! C'est quoi ce comportement !? Tu te crois où, là, hein !?

Tressautant, je fus alertée par les cris de Clémence qui s'était pontée en terrasse. D'une poigne ferme, elle agrippa mon épaule blessée en me tirant à une bonne distance de Hyun. Je retins un cri de douleur alors qu'elle me hurlai une énième fois dessus, mais pour le coup, je ne fis attention à rien d'autre qu'à l'inflammation de mon épaule.

-Clémence ! entendis-je Hyun la couper avec une fermeté qui nous surprit toutes les deux : Elle n'a rien fait de mal, vous en revanche veillez faire attention, reprit-il, un peu plus doux mais le regard toujours aussi sévère : Tallulah s'est blessée à l'épaule hier soir, et la manière dont vous venez de la repousser était brusque, Clémence, si je peux me permettre.

Notre patronne changea du tout au tout, mielleuse, sans détourner son regard de Hyun elle balbutia des excuses en soulignant que mon manque de « décence » l'eut sidéré. Elle est sérieuse ? Hyun se fit appeler par un client qui avait vu toute la scène et qui demanda l'addition. Clémence en profita pour me lancer un regard plein de reproches que je ne supportai vraiment plus. C'est vraiment parce que j'ai un loyer un payer… me dis-je en soutenant son regard.

-Si t'es venue, c'est que tu te sens mieux non ? D'ailleurs, t'as de l'avance, ce n'est pas plus mal j'avais une petite course à faire, tu vas pouvoir prendre le relais-

-Je suis venue plus tôt pour vous apporter mon arrêt de travail, l'interrompis-je en sortant la feuille du médecin : cela prend compte aujourd'hui et inclus la semaine suivante jusqu'au prochain lundi non inclus.

-P-Pardon !? Et tes heures sup-

-Tallulah n'a pas demandé à se blesser, Clémence soupira Hyun qui nettoyait la table libérée.

-M-Mais j'avais rétabli nos emplois du temps en fonction de ses nouvelles heures !

-On a qu'à garder les anciens une semaine de plus, je ne vois pas où est le problème ? assura-t-il, feignant l'innocence.

Clémence prit une profonde inspiration, semblant prendre sur elle avant de se tourner vers moi et m'arracher la feuille des mains. Elle l'a lue, puis me demanda de la suivre dans son bureau un instant. Je jetai un coup d'œil inquiet à mon collègue qui ne lâchait pas notre aînée du regard. Un silence pensant s'installa entre Clémence et moi tandis qu'elle s'installa à son bureau afin de compléter une feuille d'arrêt maladie qu'elle fit entrer ensuite dans mon dossier où se trouvait mon contrat.

-Comment tu t'es fait ça ? demanda-t-elle en jetant un coup d'œil à mon épaule droite.

-J'étais parti chercher de la poudre pour le lave-vaisselle dans la réserve et-

-Tu sais pourtant que je ne veux pas que tu y ailles ! Hyun la range d'une façon très ordonnée et il hors de question que tu ailles y mettre la pagaille ! Mais dis-moi, les deux sacs de farines percés, ça ne serait pas de ton fait par hasard ?

-Q-Quoi !? N-Non, enfin, je ne sais pas ! C'est justement en faisant tomber le cageot que je me suis bless-

-Ah ! Donc c'est toi… gronda-t-elle en sortant ensuite un long ticket où elle surligna le prix des sacs de farines : ça, c'est déduit de ta paye ! Tu m'abimes mes réserves, tu me fais changer mon emploi du temps, encore un coup comme celui-là et t'es pas prête de remettre un pied dans ce café ! J'ai besoin de personne compétente, je t'ai fait confiance hein ! C'est vraiment parce que les clients notent très bien tes performances que je te garde ! Je n'ai pas oublié que tu m'as cassé une cafetière aussi !

-Mais je n'ai absolument pas cassé la cafetière ! m'emportai-je, complétement stupéfaite de tous les reproches que me lançait ma patronne sans me laisser le temps de rétorquer, ou d'infiltrer quoi que ce soit.

-Ahah, quoi ? C'est Hyun peut-être, malade comme il était ?

-Bon, laissez tomber…lâchai-je, trop épuisée pour me battre avec elle : Besoin d'autre chose ou je peux y aller ?

-Pas la peine de le prendre comme ça ! Je suis là pour te faire progresser hein, te montrer où sa cloche dans ton comportement ! Mais oui, file je t'ai assez vu. Et si tu restes prendre un café, t'évite de tenir la jambe à ton collègue tu seras mignonne, me prévint-elle en ouvrant la porte en grand afin de me laisser partir.

Je la saluai sans vigueur aucune, et partis au pas de charge en direction de la sortie.

-Tallu-

Les larmes aux yeux, je ne voulais pas que mon ami me voie dans cet état, je quittai le café en lui disant que je l'attendrai ce soir, le tout en contenant au mieux l'émoi dans ma voix et en gardant le regard fixé droit devant moi. Du revers de la main, j'essuyai rageusement mes larmes en prenant le route en direction du dortoir. Mon épaule me faisait vraiment mal, je comptai la masser un moment avec le baume que je venais de récupérer en pharmacie. Mais surtout, j'allais dormir. Merde Yeleen, merde le mémoire, merde le café, merde Monsieur Castillon qui ne donnait aucune nouvelle…Non pas lui, il était gentil. Mais merde tout ce qui me faisait chier aujourd'hui !

Mon téléphone choisit ce moment de contrariété intense pour sonner. Je décrochai sans regarder le nom du contact.

-Quoi ? aboyai-je, en sanglot.

« E-euh… bichette ? »

-Stéphan ! m'exclamai-je en sentant mon cœur s'emballer avec joie. Cependant, mes larmes coulèrent de plus belle, et, non loin d'un arrêt de bus, je me laissai tomber lourdement sur le banc, mon sac de cours posé à côté de moi et les épaules tombantes avec épuisement.

« Hé, bah qu'est-ce qu'il y a ? Ça ne fait même pas cinq mois que tu me quittes et t'es déjà sur les rotules ? Rien ne va plus… »

-J-Je suis contente de t'entendre ! Les courriels c'est bien hein, mais ta voix c'est mieux ! pleurai-je à chaudes larmes. Je l'entendis rire avec tendresse avant de rependre.

« Je me disais la même chose, c'est pour ça que j'ai tenté un coup de fil. Je pensai tomber sur ta messagerie, car tu m'as dit que tu bossais normalement à cette heure-ci, mais on aurait pu se rappeler tu vois. Mais là… je vois que j'appelle pile au bon moment ! »

-Tu n'imagines même pas, oui…

« Bon, alors…nom, prénom, âge, sexe, numéro de téléphone et adresse si tu connais ? Que j'aille lui casser la gueule ! »

-Haha, andouille ! ris-je entre deux sanglots : C'est un surplus de beaucoup de choses si tu veux par là…commençai-je avant de déballer mon sac. C'était tellement simple avec lui. Nous nous étions toujours tout confié, je connaissais le moindre de ses secrets et inversement. En quatre ans, un lien s'était tissé si fort, que l'on sentait toujours si l'autre se sentait mal ou bien, même de loin. Et j'étais persuadée, qu'une fois encore, ce lien eut un rôle à jouer sur cette hasardeuse envie de m'appeler plutôt que de m'écrire un courriel comme nous prîmes l'habitude de le faire.

Quand j'eus évacué tout ce qui me pesait, je pris une profonde inspiration alors que je sentais ma poitrine se faire à nouveau douloureuse. Un ange passe. Stéphan sembla analyser de son côté toutes les informations et j'en profitai pour lui demander si tout allait bien.

« Attends ma chérie, avant de te soucier de moi, on va débriefer hein ! Mais sinon, oui, je te rassure, j'n'ai rien d'aussi « palpitant » de mon côté haha ! Enfin, plus sérieusement…euh…ta patronne là, tu te rends compte qu'elle frôle le harcèlement quand même ? Ton collègue il en pense quoi ? »

-Hyun me répète souvent qu'elle me teste, mais je sais qu'il discute avec elle pour lui demander de se calmer…disons qu'il a une sorte d'influence émotionnel sur elle.

« Ah ouais, elle est en craque sur lui ? »

-Ah bah je suis certaine que c'est les chutes du Niagara dans la culotte quand elle le voit, hein…Fis-je d'une voix emplie de sous-entendus.

Mon ami rit à l'autre bout du téléphone, et me fit promettre de faire plus attention aux remarques de Clémence, avant que ça ne dégénère de trop et que dans le pire des cas, je pouvais essayer de chercher un autre emploi, même si en plein milieu de l'année ça allait être difficile.

« Bon, maintenant parlons peu parlons cul, t'as besoin de te détendre Tallulah ! Sors en boîte, trouve un minet ou une minette et lâche-toi bon sang ! »

-Haha ! m'étonnait aussi qu'on n'en vienne pas à parler de ça ! ris-je de bon cœur. Ce n'est pas tant ça qui me manque, avouai-je : mais j'aimerai bien un peu de tendresse en ce moment…

« Et on petit professeur ? Il n'est pas prêt à t'en donner ? » s'amusa-t-il.

-J-je n'ai pas envie que ça tourne à un coup d'un soir avec lui, dis-je en me mordant la lèvre avec pourtant beaucoup d'envie : il m'intrigue…m'attire, tout simplement. Mais je veux discuter avec lui, je veux me rapprocher, j'en n'ai…(j'agitai ma main libre expressivement) tellement rien à foutre qu'il y ait douze ans d'écarts entre nous, ça fait longtemps que je n'ai pas ressenti une telle attirance pour quelqu'un que je ne veux rien lâcher ! M-Mais…

« T'as peur des répercussions au sujet de son poste à la fac, hn ? » termina pour moi mon ami dont la voix se fit chaude et empathique.

-Oui…

« T'es au courant qu'il n'y a rien d'illégal ? Puis, t'es consentante à chaque fois que vous vous parlez en dehors des cours ? »

-Bien sûr ! assurai-je en tapant mon petit poing contre ma cuisse.

« Alors fonce, j'sais pas, à ta place je me ficherai de ce que pensent les autres ! Tant que vous restez correcte à la fac, ce qu'il se passe en dehors ne regard que vous, merde ! » s'emporta-t-il avec une touchante émotivité. « Tu te souviens de Doris ? »

-O-oui, c'est qu'elle sort avec le professeur de géographie…c'est toujours d'actualité ?

« Toujours ! Ils ont emménagé ensemble le mois dernier, après un an et demi, il fallait bien que ça arrive haha ! »

-Ah oui, c'est du sérieux donc !

« Et toi ? tu n'aimerais pas que ça le soit avec ton prof ? »

-P-pour l'instant je déjà en apprendre plus sur lui, de façon tout à fait amicale.

Je l'entendis sourire.

« T'as l'air de vraiment le vouloir celui-là. »

Je vins sécher mes dernières larmes et sentis mes lèvres s'étirer en un doux sourire. Distraitement, je jouai avec les lanières de mon sac et mon regard s'attarda sur mon agenda où j'eus caché la photocopie de l'œuvre, sur laquelle Monsieur Zaidi m'eut proposé d'aller voir un café en sa compagnie. Je n'ai pas eu le temps de lui répondre…

-Tallulah ?

Je levai le nez pour apercevoir Alexy et Morgan qui passait devant l'arrêt de bus, se rendant sûrement dans la fac, vu la direction qu'ils prenaient. Joyeux, Alexy s'était avancé vers moi et commença à me parler. Sûrement un peu sèchement, je lui dis que j'étais au téléphone et que je le verrai plus tard.

-A-Attends, mais tu pleures !? se scandalisa-t-il en venant vers moi.

« J'entends des voix, ça va ? » me fit Stephan.

-Ne quitte pas, lui murmurai-je en éloigne le téléphone de mes lèvres : ça va Alex', dis-je un peu bougonne, (Je souris à Morgan) Salut, tu vas bien ?

-M-Merci, oui…mais toi ça n'a pas l'air, se soucia-t-il en massant sa nuque.

-C'est en lien avec ton message? fit Alexy en sortant un mouchoir de son sac. Je le refusai en secouant la tête. Il m'interrogea du regard, perplexe.

-Je suis au téléphone, je t'ai dit…insistai-je en fuyant du regard.

-Euh…ok, finit-il : M-mais on se voit plus tard si tu veux ?

Je lui souris rapidement avant de reprendre ma conversation avec Stephan. Je sentis le regard de Morgan poser sur moi et je le saluai poliment avant qu'il ne reprenne la route avec Alexy.

« Ça va bichette ? »

-O-oui, marmonnai-je en soupirant : fatiguée, voilà tout.

Peut-être fus-je puérile d'agir ainsi, mais j'avais du mal avec le précédent manque d'intérêt dont fit preuve Alexy à mon égard, pour ensuite venir culpabiliser dès que je me mets à pleurer. Je n'avais pas envie que mes amis soient là uniquement que j'allais mal. Bien sûr, que c'était le genre de moment où c'était le plus réconfortant d'être auprès d'eux, mais ils n'étaient pas mes mouchoirs, ils étaient mes amis, et je voulais tout leur partager, comme plus tôt pour mon attirance envers Monsieur Zaidi…

Cependant, lorsque je sentais que ça les ennuyait…je trouvai plus judicieux de m'effacer.

Je restai un moment, assise sous l'abris bus, faisant s'arrêter ces derniers qui n'avaient aucun passager à faire descendre mais dont les chauffeurs pensaient que je les attendais.

-Le sixième arrive, ricanai-je.

«T'as pas honte ? » rit mon ami que je commençai à entendre s'essouffler.

-Tu cours ?

« Oui, parce que moi je vais rater le mien, de bus ! Je me suis posé sur une murette pour te parler, je n'ai pas fait gaffe à l'heure ! »

-On se rappelle plus tard si tu veux ? Tu ne dois pas rencontrer ton superviseur ?

« Demain ! Mais oui, on va se rappeler plus tard, il y a l'air d'avoir du people dans le bus, je n'vais pas encore ta voix de crécelle ! »

-Ma voix de … !? Ouh, prochaines vacances, on se voit, j'te botte le popotin avec des escarpins de huit centimètres !

« Haha, ça va j'ai le temps ! »

-C'est bientôt les vacances quand même, en plus avec les examens ça va passer super vite !

« Non, je parle du talon de huit centimètres, comme t'as déjà du mal à marcher avec trois…j'ai le temps de fuir, haha ! »

-Ok, je crois qu'il est temps de couper court à cette conversation, plaisantai-je en prenant une fausse voix dédaigneuse.

« Je suis en route, je te fais des bisous bichette ! »

-Bisou-bisou~ chantonnai-je en mimant le bruit d'une embrassade. Merci Stephan…ajoutai-je, le cœur sincère.

Je l'entendis sourire.

« C'est normal, Tallulah. »

Nous nous saluâmes une fois pour toute avant que je ne raccroche à contre cœur. Soupirant d'un air plus serein, je levai le nez au ciel et constatai que la nuit tombait. Le bout de mes doigts étaient congelés, mes orteils aussi… A n'avoir rien fait d'autre qu'être assise, je crus que mon genou allait céder sous mon poids lorsque je me relevai, les jambes pleines de fourmis.

-Brr…pommade, au chaud, dodo ! me dis-je en retournant au dortoir. Quoi-qu'après avoir autant discuté avec mon ami, je n'avais plus vraiment envie de dormir.

Après une bonne douche chaude, je me trouvai un pyjama confortable, soit un leggings épais gris avec des motifs géométriques beige et marron imprimés dessus et un sweat à capuche bleu pastel avec « Not this night » brodé en grosses lettres noirs sur la poitrine et une poche kangourou au niveau du ventre. Sans oublier les chaussettes avec des rennes de noël imprimés dessus, aux pieds pour tenir chaud. Lorsque Yeleen me vit sortir dans cette tenue, elle me demanda si j'allais draguer.

-Ah, qui sait j'aurais peut-être plus de succès comme ça ! ris-je avant de m'installer à mon bureau.

Comme les choses semblaient plus légères cette semaine avec elle, je ne préférai pas ignorer ses efforts de communication. Puis, après le coup de téléphone de Stephan, je me sentais vraiment de bonne humeur.

Je fixai l'heure sur ma montre, il était encore loin d'être l'heure de rejoindre les autres au salon, mais j'eus bien envie de parler un peu avec Camille. Je ne pus m'empêcher de m'humecter les lèvres en repensant au contact de ses moins sur ma nuque… Je lui demandai s'il était toujours sur le terrain de rugby.

Attendant sa réponse, j'en profitai pour copier au propre mes notes des cours d'aujourd'hui. Yeleen me demanda ce que je pensai de la conclusion au sujet du cours d'art moderne et contemporain et nous finîmes par travailler ensemble et échanger nos idées avec légèreté. Aussi surprenant cela fusse-t-il, nous partageâmes beaucoup d'idées en commun et cela rendit la conversation encore plus accessible. Camille finit par me répondre : « Excuse-moi, j'avais coupé mon portable le temps de terminer mes fiches. On n'est pas resté longtemps finalement, beaucoup devaient réviser…Tu vas mieux toi ? »

Je lui répondis : « Pas de souci, je comprends ! Et c'est dommage pour l'entraînement, en même temps avec les exam' qui approchent… Merci, je vais mieux. Je suis allée chercher mes médicaments, les anti-douleurs font déjà leur effet ! » J'ajoutai, dans un autre message : « Merci pour aujourd'hui… »

Il me répondit bien plus rapidement que tantôt : « Tu t'en sors d'ailleurs avec la géo ? J'ai cru comprendre que ce n'était pas ton point fort, on peut réviser ensemble quand t'as un souci. Tant mieux, t'avais vraiment l'air mal tout à l'heure… » Un autre suivit : « Mais de rien, puis j'ai eu le droit à un bisou ! Héhé… »

Je passai outre la géo et répondit aussitôt au dernier message : « Que tu m'as volée ! Shame on you ! »

« Tu peux toujours venir le récupérer… »

Il me cherche…il est moins timide tout à coup ! me dis-je, amusée par la situation. Soudain, les lèvres de Monsieur Zaidi me revint entre mémoire. Il était si proche de moi… Le simple mirage de son parfum et de son souffle m'électrisa, faisant frémir mon corps et contracter mon bas ventre emporter par de délicieux fourmillement. Ce n'est pas avec lui que je pourrai avoir ce genre de conversation… me dis-je, avec une pointe de déception dans le cœur. Déjà je n'ai pas son numéro… Et surtout, je voulais y aller doucement, m'assurant que ce terrain inconnu n'était pas dangereux pour lui. Si je ressentais sa réciprocité, il y avait toujours cette distance qu'il ne semblait pas parvenir combler. Plus je faisais de pas vers lui, plus il rétrécissait les siens. Quoiqu'aujourd'hui… Je songeai à ses notes sur ma photocopie. Comment lui répondre ?

-Au fait, t'as trouvé un superviseur de mémoire ? Je ne sais pas encore à qui demander…

Mais oui !

-Yeleen t'es un génie ! m'écriai-je avant d'ouvrir la boîte mail de l'université. Je saisis l'adresse de mon professeur et lui proposai que l'on se rencontre quelque part pour éventuellement échanger au sujet de mon mémoire.

-Euh…d'accord ? T'es sûre qu'il n'y a qu'à l'épaule que t'es blessée ?

« Monsieur,

J'attire votre attention à travers cette demande sûrement prématurée, étant donné que nous sommes encore un bon nombre d'étudiants à ne pas être sûrs de nous. Pour ma part, je ne vois pas meilleur que vous dans la supervision de mon mémoire.

M'ayant déjà guidée vers plusieurs pistes qui m'ont été, jusqu'à lors, des plus utiles, j'ai dans l'espoir de poursuivre ce projet à vos côtés.

Si votre intérêt pour mes recherches tient toujours, je vous propose un entretien Mardi prochain, à une heure qui vous conviendra le mieux.

Merci de votre assistance, cordialement.

Tallulah Loss. »

Les lèvres pincées et légèrement sèches, je fixai l'écran de mon ordinateur, relisant chaque ligne afin de m'assurer que je me montrai suffisamment subtile. Mon portable se mit à nouveau à vibrer, Camille me demandait si je voulais dîner avec lui au réfectoire. Refermant mon ordi portable, je prévins Yeleen qu'il y avait une soirée jeux de société ce soir. Ne sachant absolument pas si elle était intéressée par ce genre d'évènement, je lui proposai tout de même de nous rejoindre au salon.

-Oh, eh bien…ce n'est pas vraiment mon…

-On sera surtout là-bas pour discuter les uns avec les autres. Après, rien ne t'empêche de t'en aller si tu vois que tu t'ennuies.

-Je verrai, mais merci de proposer, dit-elle en esquissant ce qui ressemblait à un sourire.

Enfouissant mon portable dans la poche kangourou de mon sweat, j'enfilai une paire de chaussures en toile et rejoignit Camille au réfectoire. Il m'attendait dans le hall, les mains dans les poches de son jogging gris à cordon blanc, d'une marque de sport bien connue. Il portait un débardeur -vraiment moulant- noir et un cardigan en laine blanche. Je fronçai du nez en essayant de bloquer mon sourire taquin lorsque je constatai que ses tétons pointaient sous son marcel. Il est vraiment bien foutu ce con…

Je me souvenais avoir dit à Hyun qu'il ne risquait de ne rien y avoir d'autre que de l'amitié entre Camille et moi…sans parler d'amour, il était possible que je désire un petit plus, rien qu'une nuit.

-Alors l'épaule ?

-Ça va, tant que les anti-douleurs font leur effet. Par contre je n'ai pas pris le temps d'appeler pour mes examens.

-Ta journée a été pas mal tourmentée aussi, pas étonnant ! Tu as pu dormir un peu ? En forme pour ce soir ?

-Je n'ai pas dormi, non, mais je me sens mieux, assurai-je en déposant un plat de riz cantonnais sur mon plateau.

Camille pointa une table, à l'écart dans l'angle de la salle sous une fenêtre pour que nous soyons tranquilles. Je lui demandai si Kelly et les autres -hormis Chani et Charly- nous rejoindraient pour le dîner. Il me sourit en coin en me demandant si, exceptionnellement on pouvait ne pas les prévenir qu'on soit déjà au réfectoire.

-Je n'vais pas te mentir, ajouta-t-il après s'être éclairci la voix : ça fait un moment que je m'intéresse à toi, je ne trouvai jamais le bon prétexte pour venir t'aborder et comme tu ne traînai avec personne d'autre que Chani en cours, j'avais l'impression que tu n'étais du genre à aimer sociabiliser.

Je haussai les sourcils, très surprise d'entendre ça. Il le remarqua et rit.

-T'en fais pas, maintenant je me rends compte que ce n'est pas du tout le cas…Sans être extravertie à l'extrême, on sent que tu aimes les gens. En tout cas, ça ne fait que trois jours que l'on se parle, mais tu t'es montrée très avenante avec tout le monde, tu prends le temps de t'intéresser à tout le groupe et crois-moi, Kelly, qui est du genre solitaire à ne faire confiance qu'à nous, t'aime beaucoup !

-Haha, j'ai cru comprendre oui, qu'elle était un peu méfiante.

-Mais dès qu'elle aime quelqu'un, c'est à fond ! Elle peut être très passionnée pour ses proches mais tout en restant pragmatique ! Par exemple, elle va nous aider spontanément si on a un pépin, mais elle part du principe que c'est donnant donnant. Si elle voit qu'on ne fait rien pour elle en retour, elle ne va pas être rancunière au point d'en foutre plein la tronche à la personne, mais elle peut vite te tourner le dos…

-Je peux comprendre, fis-je en pensant à Alexy. Il y a quelquefois où c'est difficile d'être une bonne poire, hein.

-Enfin, tout ça pour dire que j'aime beaucoup mes potes, mais ça fait longtemps que je voulais parler avec toi, termina-t-il en plongeant ses yeux gris sombre avec intensité dans les miens : seulement avec toi, Tallulah.

Je tournai la tête, un peu gênée, mais très flattée…

-Puis, on va pas se le cacher, tu m'attires beaucoup !

-Bon stop, maintenant ! fis-je en le poussant gentiment.

Il rit en croquant dans son quignon de pain. Puis, après l'avoir vu si honnête, je ne me sentis pas le cœur de ne pas l'être à mon tour.

-Je vais franche à mon tour, au début, même si j'ai bien ressenti…ton intérêt, commençai-je en prenant tout de même des pincettes : Je n'étais uniquement intéressée par créer une nouvelle amitié, voilà, tu m'avais l'air sympa et je ne suis jamais contre de nouvelles rencontres. Mais…(je me mordis la lèvre inférieure) cet après midi j'ai compris que s'il devait se passer quelque chose, je serais loin d'être contre, fis-je d'un ton aussi sérieux qu'enjôleur.

Camilla suspendit son geste, alors qu'il s'apprêtait à prendre une fourchette de son riz, haussa un sourcil, semblant surpris mais emballé, avant de prendre sa bouchée en ricanant. Cette-fois, je le vis rougir et je sentis son embarras être bien plus authentique que ce midi.

-Comment ça, cet après-midi ? qu'est-ce qui t'a fait comprendre que je t'attirai un tant soit peu ?

Ce fut à mon tour de virer au rouge. Taquine, je lui dis :

-T'as la soirée pour deviner, sinon, ton totem ne rencontrera jamais ma jungle !

Il rit aux éclats, en relevant le défi.

-J'ai le droit de tester des trucs ? Te poser des questions… ? J-je ne sais pas moi !

-Indice, je suis très tactile…par contre pas le droit de me tripoter n'importe où, hein ! prévins-je tout de même.

-Si tu m'autorises le contact physique, je te promets de respecter tes limites ! De même pour toi, t'as le droit de toucher à tout, sauf le totem !

-C'est bête, c'est le but du jeu ce soir…plaisantai-je avant de prendre une gorgée d'eau.

-On se fera notre propre partie, renchérit-il en terminant son assiette.

Nos sous-entendus poursuivirent un temps avant de parler avec légèreté de nous-mêmes. Il était évident que le courant passait très bien entre nous, et ce que j'appréciai était qu'il ne semblait pas trop prise-de-tête. Il prenait les évènements comme ils venaient à lui, et les vivait avec passion et sans aucun regret. Et son amour pour le rugby lui collait à la peau, autant que celui envers l'art contemporain.

-Si tu as la possibilité de te rendre à Amsterdam un jour dans ta vie, vraiment, prend le temps de visiter la ville mais surtout le musée Stedelijk ! (Il tira la langue après avoir écorché la prononciation) Je ne suis pas un grand explorateur de musée, rien que notre pays j'ai dû en visiter seulement trois, et hors frontières, deux, dont à Amsterdam. Mais vraiment, celui-là, j'y vais une fois tous les ans pendant l'été. Beaucoup préfère se retrouver dans leur bull lorsqu'ils contemplent une œuvre, ce que j'aime en cette période de l'année, c'est que le musée est bondé, que ce soit par des connaisseurs, des galeristes, des amateurs ou juste des touristes venus compléter leurs albums souvenirs…Il y a cet échange d'avis, de connaissance, de culture aussi, on peut-être amener à comparer une œuvre avec un fait de notre société ! Pour moi, l'art, c'est comme l'amour, on le vit à plusieurs !

Nos chaises tournées l'un face à l'autre, Camille s'exprima avec une telle énergie, celle avec laquelle il vivait son quotidien et qu'il nous partageait involontairement sûrement, qui me touche profondément, je le revoyais, dans le couloir, me parlant de son équipe les yeux qui brillaient avec fierté ! Il arborait cette même expression, et on sentait pour lui que partager avec les autres étaient essentiel dans sa vie.

-Tu devrais prendre plus souvent la parole, pendant les débats du cours de Monsieur Zaidi, dis-je en dégageant sa mèche dessus son front. Ma main, recouverte de tâches de rousseurs ne faisait qu'un avec sa peau jumelle à le mienne. Il pencha sa tête en avant, me faisant comprendre qu'il aimait bien les papouilles… Je continuai donc à promener mes doigts dans ses cheveux mal peignés.

-O-Ouais, Charly m'a dit la même…mais je ne sais pas, en cours, j'ai l'impression de me sentir obligé de parler, de m'obliger à avoir un avis sur quelque chose, et ça me bloque. Je repense à ce qu'à dit le prof, le jour où il a pété un plomb et s'est barré de l'amphi : il y a des jours parlers d'art et des jours non…

Je stoppai mon geste, en me remémorant la détresse sur le visage de mon aîné après son échange avec le directeur à la BU. J'avais préféré le laisser seule, n'ayant nullement aucun poids pour lui remonter le moral d'autant plus que j'ignorai totalement ce qu'il lui était arrivé.

-Puis je vais être franc, je ne suis pas un grand fan de séries fantastiques… Je me sens un peu con et perdu dans ce cours, je n'ai jamais vu la série ni lu les livres.

-Je peux toujours t'aider, te faire un bilan des saisons si tu veux, proposai-je sérieusement. Tu regardes quoi habituellement ?

-Des films historiques, policier ou des drames mais toujours quand c'est basé sur des faits réels. Je ne sais pas, ça me touche énormément. Les séries qui relatent la mythologie gréco-romaine, j'aime beaucoup aussi. Troie, c'est la dernière en date que j'ai regardée. Les acteurs jouent bien malgré les critiques que l'on peut trouver sur cette série.

-Paris et Hélène…

-Aah, connaisseuse je vois !

Il releva la tête et nous nous sourîmes. Je regardai ensuite l'heure sur ma montre, et lui proposai de nous rendre au salon.

-Je crois que j'ai reçu un sms des autres de toute façon fit-il en prenant son plateau avec lui. Il lut son message à haute voix : « Arrête de draguer, tu choperas personne avec tes cheveux, bouge-toi on a déjà commencé à jouer ! » la petite garce, marmonna -t-il en rangeant son portable dans sa poche.

J'eus un petit rire qu'il me fit payer en me pinçant les côtes une fois que nous fûmes dehors. Je me tordis en lâchant un cri plus qu'étrange et il recommença de plus belle.

-On dirait une truie ! rit-il.

-Tu me le paieras, ça…le maudis-je, amusée, tout en entrant dans le salon. Il y avait plus de monde que je ne l'eus pensé.

Des groupes s'étaient installés un peu partout en regroupant des poufs, des tables basses, des caisses, enfin de quoi séparer les pôles et avoir un semblant d'intimité, quoi que le groupe où se trouvaient nos amis était incroyablement bondés et je ne connaissais pas la moitié des étudiants qui jouaient.

Je me sentis un peu confuse, et n'osai pas tellement m'approcher. Camille me tendit la main en nous faisant une place à côté de Kelly, sur un siège en mousse. J'aimai faire de nouvelles rencontres, mais là ça faisait beaucoup quand même, et je me sentais un peu trop à l'étroite. Je ne me doutai pas que les jeux de société avaient encore autant de succès !

A peine installés que nous fûmes pris dans le jeu. Première manche, je ratai le totem mais me reçus une griffure monumentale sur la main. Ok, là c'est la guerre. Les manches suivantes furent de plus en serrés entre une étudiante en LEA Espagnol, du nom de Cordélia, deux étudiants de Lettres, et Camille et moi qui étions prêts à gagner, quitte à blesser les ennemis. Oui, oui, les ennemis.

Camille tenta de faire quelques feintes et je finis par lui frapper le dos de la main pour qu'il se calme. Il me glissa à l'oreille.

-Tu seras plus douce avec mon totem, je t'en prie…

-Tant que tu ne trouveras pas ce qui m'a fait changer d'avis sur l'avenir de notre relation naissante, je n'toucherai rien du tout, rétorquai-je non sans frôler son oreille du bout de mon nez.

Je le vis ricaner avec agacement avant de se frictionner l'arrière du crâne. Soudain, il se me m'asseoir entièrement sur le siège, et se plaça derrière moi, les jambes et les bras écartés qui m'entouraient.

-Voilà, comme ça j'ai le jeu sous les yeux et ma main libre peu explorer. Un indice pour que je ne dérape pas non plus ?

On eut beau chuchoter, on savait que, même en parlant plus fort personne ne nous entendrait, tant les rires et les cris autour du jeu nous camouflaient. Évitant de trop presser mon épaule, je me collai contre son torse et vint poser ma tête contre lui.

-C'est au niveau de la tête…des épaules…. Du dos…

Soudain, je sentis ses lèvres effleurer l'angle de ma mâchoire. Je secouai la tête, même si ça me fit frissonner avec beaucoup de plaisir.

-La main, seulement la main ! rectifiai-je avant de me jeter sur le totem : A moi ! ris-je.

Et enfin, sa main vint se glisser délicieusement contre ma nuque, tout en se perdant dans mes cheveux. Je vins serrer le totem plus fort dans ma main tandis que je vins chercher son regard qui en disait long sur sa fierté à avoir trouvé.

-Je vais rester derrière toi en cours, dorénavant, déclara-t-il en me faisant lâcher l'objet que me réclamait.

-Interdiction de me déconcentrer pendant les cours ! réclamai-je en venant attraper se main qui me massait toujours pour la poser sur ma hanche.

-Oh…même ceux de Monsieur Lebarde ?

-Surtout ! précisai-je.

Je sentis mon portable vibrer. Je crus d'abord à la réception d'un message mais ce fut Rosalya qui m'appelait. Si tard ? Je me sortis des bras de Camille pour rejoindre le couloir afin de bien entendre sa voix.

-Rosa ? Tout va bien ? m'inquiétai-je, ne sachant absolument pas pourquoi elle m'appelait à une heure si tardive.

« Eh bien, moi très bien mais…Alex m'a dit qu'il t'avait trouvé en larmes sous un abri bus tout à l'heure ! Je n'ai pas pu t'appeler plus tôt ma puce, pardon. Mais tout va bien ? »

Oh…

-Ça…ça va mieux, dis-je en m'adossant au mur. Seule dans les couloirs vides, ma voix, aussi faible était-elle, raisonnait.

« Mais pourquoi tu pleurais ? Cela remonte loin la dernière fois que je t'ai vu en larmes ! C'est loin de me rassurer de me dire que « ça va mieux ! » » me fit-elle, soucieuse et ferme.

Je soupirai, en lui expliquant le bordel de ma journée. Voire, de ma semaine tout court…

-Et là…les paroles de Clémence ce fut juste de trop.

« Tal'…n'importe qui péterait un plomb après avoir entendu ça. D'autant plus que ça à l'air d'être souvent, de ce que me dit Hyun. »

-H-Hyun te parle du café ? m'étonnai-je.

« On parle de beaucoup de choses, haha ! Il est très avenant, surtout dès qu'il s'agit de toi. I-Il m'a avoué craindre que tu ne quittes le café, et ça le contrarie beaucoup. Bien plus qu'une collègue, il s'est fait une véritable amie, et ça le dépasse un peu le comportement qu'arbore votre patronne à ton égard. »

Un sentiment de tendresse m'étreignit…J'avais de plus en plus hâte, de retrouver Hyun afin d'éclaircir notre querelle.

« A propos de ta santé…Tallulah, je n'osai pas tellement te le dire, mais je trouve que tu as pas mal maigri quand même depuis le début de l'année. » reprit subitement mon amie, avec un grand sérieux et une voix grave. « Je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué, Alex aussi…e-et on s'inquiète tu sais… »

-J-je n'avais pas remarqué…que j'avais perdu du poids, avouai-je en m'attardant sur l'élastique de mon leggings. Je reconnaissais qu'il me tenait bien moins qu'avant.

Là où je m'en rendis compte, fut en examinant ma montre. Un geste tellement banal pour moi, j'avais cette montre depuis le début de mes études supérieure. Un cadeau de mes parents…Et en effet, en tournant mon poignet, je remarquai qu'elle ne me serrait plus du tout. Hésitante, je vins la serrer, et je dus constater avec un peu d'inquiétude que je n'avais pas assez de cran pour la refermer et qu'elle m'aille correctement.

« Tal ? Tu manges tous les jours au moins ? »

-J-je, j'ai dû sauter quelques repas quand je travaillais au café.

Je me souvins de la façon dont j'eus dévoré mon repas ce midi. Je me dépensai beaucoup dans mes journées, et je me rendis compte que je ne mangeai peut-être pas suffisamment pour compenser.

« Tu vois, quand on te dit que tu bosses trop et que tu nous tiens tête que c'est faux ! On ne te demande pas grand-chose, ma puce, juste que tu prennes soin de toi ! »

-D'accord, mais dernièrement j'ai du pas mal m'occuper des autres, rétorquai-je un peu sèchement. Plus que je ne j'avais voulu. Je portai une main à ma bouche et m'excusai : d-désolée, je n'avais pas à-

« T'as tout à fait raison… » soupira tristement Rosa : « C-c'est un peu pour ça que je t'appelle aussi…j'avais voulu te le dire en face, mais la boutique était pleine à craquer de monde ce soir. Quand Alexy m'a dit pour toi, je lui ai demandé si tu lui avais finalement dit pourquoi, et il m'a répondu que tu l'avais un peu rejeté. »

-Je ne l'ai pas rejeté, rectifiai-je calmement : Mais j'n'avais pas envie de lui parler sur le moment. Pas après sa remarque assez déplaisante de cet après-midi…

« J-Je lui en ai parlé… » fit-elle.

Un petit silence s'installa. Je fixai mes chaussures que je remuai distraitement l'une contre l'autre. Rosa reprit : « Quand je lui ai demandé pourquoi vous ne vous étiez pas vu alors que lui n'avait rien de spécial à faire, il m'a dit que tu n'avais pas donné suite à votre conversation. Et quand il m'a montré son portable pour me prouver que tu n'avais effectivement rien répondu, j'ai vu ce qu'il t'a envoyé et…bon, j'ai compris le malaise. »

-J-je demandais pas grand-chose non plus, Rosa, soupirai-je, en me trouvant de plus en plus puérile : J'adore Morgan, et je suis prête à apprendre à le connaître, tout le monde veut le connaître ! Mais Alexy ne décroche plus…quand on lui demande quelque chose, tout se recentre sur un Morgan qu'on ne voit presque jamais ! Il m'a déjà fait poireauter quarante minutes sous le froid à cause de Morgan. Là, j'avais besoin de vous parler, ça le faisait clairement chier !

« T-Tal', je comprends ce que tu ressens, j'ai la même impression depuis quelques temps. Regarde, quand je cherchai à vous voir pour vous annoncer ma grossesse. »

-Il m'a tué ce jour-là…

« Haha, oui, et j'ai fait comme toi j'ai pris sur moi jusqu'à ce que j'explose et vous accapare au café pour vous parler ! Mais voilà, lui et moi nous sommes montrés trop égoïstes et on n'a pas songé un instant que ça te pèserait…Moi la première ! Je viens de réaliser que je t'ai demandé plus d'une fois de sécher les cours pour moi, je me disais que tu t'en sortirais, et ç'a été le cas ! Mais t'as mis les bouchées doubles, et aujourd'hui…bah tu craques et nous on n'a rien vu. (Elle se racla la gorge) Il m'a dit que tu l'avais envoyé « bouler » pour ton téléphone… Tu parlais à Stephan pas vrai ? »

Bien sûr que j'eus parlé de Stephan à mes meilleurs amis. Ils s'étaient même vu une fois, pas longtemps, car Stephan devait repartir de son côté, mais je fus tellement heureuse de leur présenter le rayon de soleil de ma nouvelle vie dans cette nouvelle ville qui est maintenant derrière moi.

-Oui…

« Et tant mieux. Mais j'ai honte… il se trouva à des kilomètres de toi et parvient à savoir que tu ne vas pas bien, alors que nous, on n'est pas fichu de traverser une cour pour te demander comment tu vas…J-Je suis sincèrement désolée de t'avoir ainsi réclamée sans jamais te rendre ton soutien. »

Je l'entendis pleurer et ça me fendit le cœur. Rosalya n'était pas du genre à s'épancher de la sorte, et cela eut d'autant plus d'impact de le savoir. Je vins essuyer une larme qui menaçait de couler. Hyun choisit ce moment pour faire son entrée, son sac de cours sous le coude et le sourire aux lèvres en me voyant.

Je lui souris en retour, en me laissant être accueillie par ses bras, desquels, il m'entoura pour me serrer fort contre lui.

-Tu m'as attendu…

-Bien sûr…

« Hyun ? » s'étonna mon amie en ravalant ses larmes bruyamment.

-Il vient de débaucher, je l'attendais.

« Oh ? hm…je vais vous laisser dans ce cas. » s'enjoua-t-elle soudainement, bien que je l'eusse entendu sangloter un peu. « On se voit samedi, hein !? Pas de faux plan ! Et je veux que tu manges, sinon je te jure que je vais te préparer de quoi t'engraisser pour l'année ! »

-Haha ! Je sais que t'en es capable, toi qui adores cuisiner ! Tu pourrais faire des tests culinaires !

« Je ferai exprès de faire des trucs dégueulasses, rien que pour te punir ! »

-Merci ma Rosa, fis-je avec sincérité une fois nos rires calmés.

« Merci à toi, d'être toujours là pour tout le monde. »

Nous nous embrassâmes si fort au téléphone que je raccrochai avec ma joue sans le vouloir.

-Oups…

Hyun ricana sourdement en venant nicher son visage dans le creux de mon cou.

-Fatigué ?

-Hm, grogna-t-il avant de s'éloigner. Il avait les traits tirés et le teint un peu pâle : Morgan et Alexy sont de sortie, j'aimerai bien filer prendre une douche…tu veux venir ?

Je haussai les sourcils avec stupeur.

-D-d-d-dans ma chambre ! J-j-juste la chambre ! Pas la douche, hein ! se rectifia-t-il : Ah moins que tu veuilles prendre une douche, dans quel cas j-je ne serai pas là ! Enfin p-pas en même temps !

-Haha ! J'ai compris Hyun ! m'esclaffai-je en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.

Je lui expliquai, qu'avant de le rejoindre, je devais prévenir les autres de mon départ pour ne pas les inquiéter. Camille, en me voyant revenir, voulut me tirer de nouveau contre lui, mais je refusai gentiment :

-Désolée, je vais devoir m'en aller, je dois vraiment discuter avec mon ami c'est très sérieux, lui avouai-je sans entrer dans les détails. Camille se pencha pour remarquer alors Hyun qui se tenait dans l'encadrement.

-Dommage, fit-il sans cacher sa déception : Mais je comprends… On se voit demain en cours ?

Je lui souris avant d'embrasser rapidement sa joue. Il me regarda, l'air un peu surpris mais fort amusé.

-Quoi ? J'ai récupéré mon dû !

Je saluai Kelly puis tous les autres d'un geste de la main avant de rejoindre Hyun qui prit la marche en tête. Une fois devant sa porte, je réalisai que c'était la première fois qu'il m'y invitait. Il frissonna, en remarquant l'air frais de la pièce, et monta un peu la température du chauffage. Je retirai mes chaussures, et alors qu'il ouvrait enfin la lumière, j'eus le droit à une petite remarque amusée de sa part.

-Esprit de Noël ?

-Quoi ? Sont pas chouettes mes rennes ?

Il m'autorisa à m'installer où je le voulais, en indiquant tout de même où se trouvait son coin et celui de Morgan…et d'Alexy. Je remarquai un tas de fringues qui appartenaient à mon ami, posés le long du bureau de son petit ami.

-Il vient souvent ? demandai-je en grimpant l'échelle du lit mezzanine de Hyun, afin de m'y installer. Au passage, je vis toutes ses photos de famille collées sur le mur derrière son propre bureau.

-Pratiquement un soir sur deux, dit-il en cherchant des vêtements dans son placard : Je vais me doucher, je fais au plus vite.

Je lui souris en le regardant rejoindre sa salle de bain. Quelques minutes après, j'entendis l'eau couler et la porte de la cabine se refermer. Distraitement, je vins jouer avec les plis de la couverture de mon ami et finis par rencontrer quelque chose de dur sous son oreiller. Je le soulevai et y vis un carnet noir enroulé d'une lanière de la même couleur. Il était un peu corné en coin et la cordeétait usée sûrement à trop souvent l'ouvrir et la refermer. Je reposai le coussin, n'ayant pas à regarder les affaires personnelles de Hyun…bien que ça m'eut intriguée, ça ne regardait que lui.

Un peu fatiguée, je m'allongeai sur le côté en pliant mes jambes. Lorsque je l'entendis sortir de la salle de bain, je fis semblant de me cacher en mettant la couverture sur moi. Hyun monta l'échelle et gloussa face à cette masse que je devais former sur son lit. D'un doigt, il souleva la couverture mais je la tirai pour rester cachée.

-Tu me fais une place ?

Je me décalai jusqu'au mur pour lui laisser le reste du lit. Une fois sous la couette, il la replaça sur nos corps et nous nous retrouvâmes dans le noir. Une fois que mes yeux s'y habituèrent, je pouvais distinguer la silhouette de Hyun qui regardait dans ma direction.

-Dis-le que je suis têtue…chuchotai-je comme pour ne pas briser cette sérénité qui planait entre nous.

-Tu le sais déjà…

-Mais dis-le, s'il te plaît.

-Tu es têtue, Tallulah… mais ce n'est pas un défaut quand ton obstination est employée à bon escient. Comme beaucoup d'autres traits de personnalités. Mais quand tu refuses l'aide des autres, ça devient blessant, m'avoua-t-il en venant glisser sa main dans la mienne, posée près de mon visage.

-Je te prie de me pardonner, Hyun… Au début, je pensai bien faire, tu en faisais déjà tant pour moi, tu me soutiens tellement ! J-J'avais peur d'être un poids…de m'imposer…

-Ce n'est pas à toi de juger, Tal', me fit-il avec une profonde douceur. Et puis, t'es loin de t'imposer dans la vie des autres. Tu t'intéresses aux autres, prends le temps de les écouter, de les soutenir mais tu ne forces personne à faire quoi que ce soit ! (Il repoussa la couverture et la lumière de la chambre nous éblouit) Désolé, j'ai chaud là, rit-il avant de fermer la lumière à l'aide de l'interrupteur juste derrière moi.

Je lui souris avant de me redresser, coude en appui, et la tête posée au creux de ma main.

-J'ai compris que Clémence agissait véritablement différemment avec toi, alors que je pensai qu'elle te testait. Bon…maintenant je sais pourquoi ! Mais je trouve ça d'autant plus révoltant, avant même d'être mon amie, tu es ma collègue et je me dois de te soutenir au boulot autant que tu me soutiens ! Et encore, je me dois…répéta-t-il avec sarcasme : Je veux te soutenir. Et si…ma relation « privilégiée » avec Clémence, peut m'aider à la calmer et t'aider à te sentir bien au café, alors, laisse-moi faire. Laisse-moi intervenir, Tal'.

Tendrement, je serrai sa main plus fort dans la mienne et me rapprochai de lui.

-J-Je ne veux pas que tu démissionnes… ce serait une demande légitime, surtout après ce qu'elle a essayé de faire cet-après midi, mais…

-De quoi ? fis-je un peu confuse.

Il se mit sur le dos, ouvrit un bras et me proposa de me rapprocher. J'ai vraiment l'impression de revoir Stephan ! m'enjouai-je en m'installant confortablement. L'odeur citronné de son savon chatouilla mes narines.

-J'ai appris pour ce qu'elle voulait te déduire de ta paye. Je me suis emporté, en lui disant qu'on recevait toujours les sacs de farine troué et que tu ne les avais pas plus abîmés que les livreurs…Je lui ai aussi demandé pourquoi elle ne m'avait pas déduit les dégâts de la machine à café, alors que ça, oui, c'était vraiment important !

-Elle pense que c'est moi qui ai cassé la machine…

-J'ai bien compris, oui, et je lui ai expliqué comment j'en avais été venu à te filer un coup de main et à casser la machine par ma maladresse. Elle a dit que ce n'était qu'un accident, je lui ai expliqué que c'était pareil pour les sacs de farine. Finalement, elle a laissé tomber son idée…

-Hyun ! Président ! m'exclamai-je dans un fort chuchotement en levant nos mains jointes en un poing de révolte.

Mon ami rit aux éclats avant de venir embrasser mon front.

-Est-ce que ça veut dire que tu réclameras un peu plus l'aide des autres ? Et que tu joueras moins la kamikaze dans l'inventaire ?

-Haha, promis oui ! Je n'aime pas être en froid avec toi…

-Moi non plus. Mais je dois reconnaître que d'autres facteurs se sont ajoutés à ma contrariété, m'avoua-t-il en se mettant à fixer le plafond, uniquement éclairé par les éclats de la lune qui traversaient les stores mal fermés.

Je déglutis, en repensant aux regards lourds que Monsieur Zaidi et lui n'eurent cessé de s'échanger. Ayant tout fait pour éviter cette conversation, je jugeai qu'il était sûrement temps de mettre le sujet sur le tapis.

-Hyun…commençai-je d'une voix hésitante : Tu te souviens, lorsque tu m'as demandé si…si mon professeur me plaisait ?

Il resta muet, attendant sûrement que je poursuive.

-J-je ne sais pas encore si c'est de l'amour, si c'est un coup de foudre ou non…mais il m'intéresse beaucoup et-

-Je t'aime.

Ma voix et mon souffle se coupèrent, alors que la sienne, de voix, se fit plus rauque et son souffle profond.

-T'as pas à te justifier, sur les sentiments que tu portes à cet homme…Cela te regarde. Et ces derniers jours, j'ai bien compris, qu'aussi subtil soit-il, il se trame quelque chose entre vous. (Il posa enfin ses yeux sur moi) Ce genre d'alchimie, c'en est presque palpable et ça m'a rendu jaloux. Parce que j'avais beau être plus proche de toi qu'il ne peut l'être dans l'instant, tu lui portais des regards que jamais tu ne m'adressais. (Il sourit en baissant les yeux) Et je sais que tu ne me regarderas jamais ainsi.

-Hyun…

-Ce genre de sentiment, ça ne se décide pas. Je suis bien placé pour le savoir. Non, c'est justement parce que je me trouve où je suis que je l'ai compris. Les sentiments viennent tels qu'ils sont, peuvent changer parfois, et ça non plus personne ne le choisi. Mais tu sais…de t'avoir vu insister pour que l'on se parle de cette manière, à cœur ouvert, me conforte dans l'idée que je suis important à tes yeux. Et même si mon amour n'est pas réciproque, le lien que l'on partage m'est sincèrement précieux Tallulah. Voilà pourquoi, je préfère que tu saches ce que je ressens…

Le visage collé au creux de nos mains noués, je versai quelques larmes en soupirant que je l'aimais. Hyun se mit alors sur le côté pour venir m'étreindre chaudement, avant de glisser son menton au-dessus de ma tête avant tendresse. Il savait que les sentiments que je mettais dans ces mots n'étaient pas similaires à ceux qu'il me partageait.

-Cela me suffit…Cet amour là me suffit, ma Tallulah, souffla-t-il contre mes cheveux.

Alors je lui dirai. Je lui dirai encore et toujours. Et ce fut bercés l'un contre l'autre que nous nous endormîmes jusqu'à ce que le bruit d'une porte qui claque nous fasse sursauter. Hyun fut le premier à réagir et à allumer la lumière tandis que je grognai de mécontentement d'avoir été ainsi réveillée.

-Morgan ! pesta Alexy qui fit les gros yeux à son petit ami qui verrouillait la porte.

-D-Désolé, la poignée m'a glissé des mains… (Il porta un regard sur nous, penchés par-dessus le lit) Tallulah ? fit-il l'air hébété.

-Hm…grognai-je, la tête dans le brouillard.

-B-Bah qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna Alexy qui retirait sa veste. Il me toisa longuement avec inquiétude et surprise.

-Je…(je me frottai les yeux) Je me suis endormie, je crois.

-On parlait, reprit Hyun, et on a fini par dormir. Et très bien même, jusqu'à ce que vous claquiez la porte comme des sagouins, sermonna Hyun qui se rallongeait sur le dos.

-Discuter, hein ? fit Morgan d'une voix pleine de sous-entendus. En tout cas, je suis vraiment désolé, je ne voulais pas vous réveiller…termina-t-il, très gêné.

-Tu te débrouilles avec Hyun, moi je suis trop crevée pour t'en vouloir, plaisantai-je avant de me blottir de nouveau contre mon ami qui repassa son bras autour de moi. La pression me fit réaliser que la douleur à mon épaule était revenue. Du coup, je n'ai pas pris mes médicaments du coucher…

M'extirpant de son étreinte, mon ami m'interrogea du regard avant de dire que je pouvais rester.

-J'ai mal à l'épaule…je n'ai pas pris mon comprimé pour le coucher.

-T-Ton épaule ? fit Alexy qui s'était alors tut jusque-là. Je descendais l'échelle avant de répondre.

-Oui…hum…j'ai fait mon héroïne dans la réserve mais sans les projecteurs pour m'éclairer, je me suis cassé la gueule de la scène.

Sur la mezzanine, Hyun éclata de rire sous les regards mi- amusés, mi- incrédules de Morgan et Alexy.

-C'est grave ? demanda-t-il : C'est pour ça q-que…tout à l'heure, à l'arrêt de bus… ?

Je souris, en secouant la tête.

-Non…fis-je simplement en triturant la pointe d'une mèche de cheveux : Je vous laisse, bonne nuit les garçons.

Hyun se pencha pour me tendre sa joue que j'embrassai avec force et il me le rendit bien sur le front. Je fis la bise et une étreinte à Morgan et Alexy avant de leur souhaiter la bonne nuit une dernière fois et quitter la chambre.

A mi-chemin pour quitter le couloir desservant les chambres des garçons, j'entendis des bruits de pas qui courraient puis un chuchotement crier mon prénom. Je me détournai et vis alors Alexy qui courait droit sur moi.

-Al- !

N'ayant pas eu le temps de demander quoi que ce soit, mon ami se jeta dans mes bras en m'ébouriffant les cheveux.

-Je suis désolé pour le message, je ne pensai pas à mal je te jure…je sais que tu te prends trop la tête parfois, mais…j'ai réalisé, que je peux aller trop loin parfois et je suis désolé si je t'ai blessée. Tu devrais savoir, pourtant, que tu peux me demander n'importe quoi ! Regarde ! Je le fais bien avec toi, moi ! fit-il en m'arrachant un petit rire.

-O-oui, je le sais maintenant…

-Tu sais, Armin et moi n'avons jamais oublié tout le soutien que tu nous as apporté dans les moments compliqués de nos vies. J'n'ai jamais su comment te rendre la pareille, et dans un sens, ça m'a toujours frustré mais je crois que j'ai fini par en profiter, en ne cherchant pas plus loin que le bout de mon nez. Mais n'hésite pas à me dire les choses, comme la fois où tu m'as rouspété de t'avoir fait sécher un cours par exemple ! haha !

-Oui bon, je n'avais pas un couteau sous la gorge non plus !

-Non, mais je sais que tes études comptent beaucoup pour toi, et crois-moi, je ne l'ai pas montré car je n'ai pas cette démonstration si ouverte que tu as, mais ça m'a beaucoup touché de te savoir avec moi. Je t'aime Tallulah, Rosa et toi êtes mes meilleures amies, jamais je ne pourrais le supporter si l'on venait un jour à se fâcher. Encore moins si tout est ma faute…

-Alexy…murmurai-je dans un souffle tendre en venant le serrer plus fort contre moi : Ma réaction a été puéril tout à l'heure, moi aussi je m'excuse, j'aurais dû te parler au lieu de bouder comme je l'ai fait.

-T'es toute pardonnée, t'es toute pardonnée ! répéta-t-il en caressant mes cheveux : Mais du coup…de quoi tu voulais me parler tout à l'heure ?

Je me mordis la lèvre inférieure avec hésitation. Puis, un peu taquine je lui dis :

-Je vous en parlerai Samedi soir avec Rosa, ça sera plus simple !

-Grrr, tu sais que je n'aime pas attendre ! pesta-t-il en me chatouillant les côtes.

-Bon, je file avant que tu ne te mettes à faire ta Rosa, haha !

Je me mis sur la pointe des pieds pour l'embrasser comme une grand-mère sur la joue.

-Beurk ! Tu m'as bavé d'ssus ! geignit-il en s'essuyant la joue.

Je lui tirai la langue avant de me mettre à trottiner dans le couloir. « Je t'aime ! » lui hurlai-je dans un chuchotement. « Moi aussi ! » rétorqua-t-il en souriant de toutes ses dents. Épuisée par une journée si riche en émotions, je rejoignis ma propre chambre en évitant d'imiter Morgan et de réveiller ma colocataire qui ronflait profondément. Une autre de fatiguée ! A l'aide de la LED de mon portable, je rejoignis la salle de bain pour prendre mes médicaments avant d'aller me coucher. Puis, glissée sous mes draps, je soupirai de bien être, contente de savoir que cette journée qui avait plutôt mal débuté, se terminait si affectueusement. Le sourire aux lèvres, je m'endormis rapidement et passai une bonne nuit d'une seule traite ! Et une nuit animée de rêves mettant en scène une discussion légère avec mon professeur d'art moderne et contemporain, autour d'un verre et le sourire aux lèvres. Mais sa voix se changea en une alarme tonitruante qui me fit sursauter. Il s'agissait sur réveil de Yeleen, qui sembla l'avoir également surprise.

-Wah, je l'avais mis si fort ? grogna-t-elle, les cheveux ébouriffés par le sommeil. Désolée, hein…

-Bah…je me souviens avoir claqué la porte l'autre matin ! ris-je d'une voix encore endormie.

Je regardai l'heure sur ma montre, mon réveil n'allait pas tarder à sonner non plus…Je préférai prendre les devants et l'éteindre avant de me blottir au chaud sous la couette.

-Debout, fit-elle en allant dans la salle de bain.

-Hmmmmm…

Je l'entendis ricaner avant d'entrer dans la cabine. Jugeant qu'il était temps pour moi de sortir de ma tanière, je poussai les couvertures au pied de mon lit avant de le secouer et tout plier correctement. Me souvenant avec une délicieuse nostalgie, le rêve que j'eus fait, je me mis à mon bureau en espérant avoir reçu une réponse -positive si possible- de Monsieur Zaidi. Surtout, est-ce qu'il a bien compris… ?

Peut-être, oui, semblait-il qu'il eut saisi mes sous-entendus, à moins que je ne m'en fis seule en lisant son message…Mais déjà, mon aîné m'eut répondu :

« Mademoiselle,

D'emblée, sachez que je suis touché de voir votre choix se tourner en ma faveur. Gardez tout de même en tête ceci : Je n'ai que peu d'expérience en matière de supervision de recherches, mais je suis d'ores et déjà prêt à avancer avec vous. Mon intérêt n'en étant que plus profond à chacune des avancées que vous acceptez de me partager, ma curiosité m'empêche de refuser.

Néanmoins, j'avais dans l'espoir que nous nous rencontrions plus tôt… Je vous propose Vendredi de cette semaine, aux alentours de seize-heures, à confirmer de votre côté si cela vous convient ou non. En quel cas, votre date me convient très bien, à une heure, je le crains néanmoins, plus tardive vis-à-vis de mon emploi du temps.

Dans l'attente d'une réponse prochaine de votre part, je reste à votre disposition. Sincèrement vôtre.

Pr. Rayan Zaidi. »

-Sincèrement vôtre, répétai-je en jubilant sur mon siège comme une collégienne. Tallulah je t'ai connue plus sage ! me fis-je remarquer en serrant mes genoux pliés contre ma poitrine à l'intérieur de laquelle, bondissait mon cœur avec gaieté.

Je remarquai l'heure à laquelle il m'eut répondu : 3h45.

-Mais il se couche super tard ! m'écriai-je, sidérée.

Je finis par relire encore et encore le message, en espérant du plus profond de mon être que nous soyons sur la même longueur d'onde à propos de la véritable nature de cette rencontre prochaine.

A suivre…