[Petit mot d'avant lecture: Bonjour ! :D Aujourd'hui, C'est à travers les yeux de Rayan que l'on va revivre leur premier rendez-vous mais surtout, découvrir la soirée du Bungalow. Et comme la soirée est quand même longue, je ne compte pas donner l'avis de Tallulah, ou plutôt, dans le prochain chapitre, on reprendra dès le lendemain de la soirée. D'ici là, je vous laisse avec cette lecture là en espérant qu'elle soit bonne :) ]
Rayan
Je ne savais pas où tout cela allait m'amener. Ne plus suivre cette promesse… « Ne commets plus une telle erreur, Rayan… » c'était nouveau pour moi. D'autant plus, que je l'eus suivie toutes ces années à travers des relations qui n'avaient nullement besoin de cette restrictive, et au moment où j'aurais dû la maintenir, je décidai de la laisser derrière moi. Parce qu'elle est différente… Amie, amante, je ne savais ce qu'elle deviendrait pour moi, mais tout ce dont j'étais certain…Je ne veux pas passer à côté de ce que nous vivons.
Et ce fut avec cette détermination ancrée en moi que je prenais la route pour mon rendez-vous avec Tallulah. On parie combien qu'elle sera en retard ? me dis-je en trouvant une place libre au parking souterrain qui se trouvait non loin de la rue de notre point de rendez-vous.
-J'espère qu'elle ne se prend pas trop la tête, après si dans une heure elle n'est pas là…me dis-je en trouvant enfin une place : Ah ! Parfait.
Une fois garé, je pris mon portefeuille, mon portable et mes clés et sortis du véhicule que je fermai avant de prendre le chemin vers le café. Pire qu'un ado, j'avais attendu ce moment toute la journée. Enfin, j'étais certain qu'il n'y avait pas d'âge pour apprécier se rendre à un rendez-vous.
-Bonjour, m'exclamai-je en entrant dans l'établissement.
-Bien le bonjour, ça fait plaisir de voir un nouveau visage ! s'enjoua le barista que je soupçonnai être le gérant : Vous connaissez le concept du café ? Ici, vous consommez lecture et petits plaisirs gustatifs. L'établissement est petit, nous sommes deux à le faire tourner mais aujourd'hui je suis tout seul pour gérer le café et la vente des livres. Désolé d'avance si vos commandes mettent du temps.
-Pas de souci, j'attends quelqu'un pour le moment, donc niveau commande, ce ne sera pas tout de suite.
-Très bien, installez-vous où vous voulez, proposa-t-il avec le sourire. Je lui répondis par un autre et traversai la petite allée qui menait à la salle.
-Wow, j'ai l'embarras du choix…me dis-je en examinant la salle vide. Cela ne me déplaisait pas que le café soit calme, je me demandai aussi pourquoi Tallulah avait choisi cet endroit tout particulièrement. Après, je paniquai tellement qu'elle a sûrement pris la première idée qui lui venait !
Je m'installai sur une banquette d'angle qui encadrait une table plus éloignée des autres. Nous serions plus tranquilles si jamais plus de clients arrivaient. Sans grande surprise, les minutes passèrent et Tallulah ne se pointa pas à l'heure. Cela me fit plus sourire qu'autre chose, je l'imaginai déjà tout agitée et en panique comme à chaque fois qu'elle arrivait en retard en cours. On sentait qu'elle faisait de son mieux mais…ce n'était pas encore ça ! Cependant, lorsque moins le quart arriva, et que j'eus le temps de lire la moitié d'un petit roman, mon impatience se transforma en inquiétude. Si jamais elle n'avait pas pu venir ? Nous n'avions aucun moyen de nous contacter en dehors de la boîte mails de la fac, et après tout ce qu'il lui était arrivé cette semaine, j'eus peur qu'une énième catastrophe ne lui soit tombée dessus. J'espère que c'est juste un retard du bus… Je me levai pour replacer le roman qui ne m'intéressait plus vraiment, lorsque la clochette annonçant la venue d'un client retentit.
-Bonjour à vous ! s'exclama le barista.
Tallulah !?
Mon sourire me revint enfin alors qu'elle m'apparaissait sous les yeux. Je m'approchai d'elle pour la saluer alors qu'elle répondait fébrilement au « bonjour » du gérant. Ralentissant la cadence, je n'osai la toucher pour ne pas l'effrayer et l'appelai doucement.
-Tallulah ? Hé, vous allez bien ? Comme elle ne réagissait pas et, blanche comme un linge, je craignais qu'elle ne fasse un malaise je l'appelai plus fort : Tallulah !
Ma cadette tressauta avant de reprendre ses esprits. Elle détailla chacun des traits de mon visage comme si c'était là notre première rencontre.
-Hé, soufflai-je en penchant ma tête vers elle pour l'examiner : vous êtes pâle… Vous ne vous sentez pas bien ? lui demandai-je en me doutant que ça n'allait visiblement pas.
Le barista s'en inquiéta également, et proposa de nous apporter de l'eau pour l'aider à se remettre de ses émotions. J'ignorai totalement ce qu'elle avait, mais j'acquiesçai auprès de lui en lui signalant que j'allais l'aider à s'asseoir. Délicatement, je posai ma main sur son bras et l'attirai vers la salle où je la fis s'asseoir sur la banquette où je m'étais précédemment installé. Aussitôt, elle se confondit en excuses, balbutiant ses mots et ne regardant qu'un point imaginaire devant elle.
-Je dois vous dire que je ne suis pas plus surpris que ça, et que je m'en fiche à l'heure actuelle ! m'emportai-je un peu tant j'étais inquiet de la voir si émotive : Il vous est arrivé quelque chose… ? S-si vous ne pouviez pas veni-
Ma voix mourut en même temps que mes yeux se posèrent sur son poing serré entre nous deux. Ou plutôt, sur l'objet qu'elle tenait avec une force qui faisait blanchir ses phalanges. Mon sang se glaça. Était-ce bien ce dont je pensai ? Sans violence mais fermeté, je vins écarter ses doigts pour découvrir le petit spay au poivre que je lui eus offert il y a déjà deux mois et demi de cela maintenant. Je déglutis…Ma crainte de tantôt était-elle donc fondée ? Que lui était-il arrivé ? Je n'osai formuler le moindre mot et lorsque j'en trouvai le courage, ma voix s'érailla entre chacun d'entre eux.
-Tallulah…dites-moi que ce n'est pas ce que je pense ?
Secouant la tête avec virulence, ma cadette me raconta dans les détails sa mésaventure. Ses mains tremblaient sous la table, alors qu'elle tirait sur les plis de son legging avec nervosité. Son visage vira au rouge alors qu'elle me faisait part de la honte qu'elle ressentait de n'avoir pas eu la force d'utiliser le spray qu'elle avait pourtant gardé auprès d'elle.
-J-je me sens si bête… je n'ai même pas était capable de…Mon bras tremblait, mes doigts aussi…Si les autres n'étaient pas-
Je me sentais horrible de ressentir un tel soulagement après avoir su que ce ne fut pas elle la cible de l'agression. Ne trouvant rien à dire sur le moment, je vins la prendre dans mes bras et la serrai avec force en évitant soigneusement de presser son épaule endolorie. Avant de trouver les mots qui me paraissaient les plus justes à l'encontre de mon point de vue, je profitai de la chaleur de notre étreinte, dans laquelle, je l'entendis soupirer faiblement avant de sentir ses muscles se relâcher. Je posai mon menton sur le haut de sa tête et dis :
-Tu as eu le courage de lui venir en aide ! Beaucoup seraient passés devant en faisant mine de ne rien voir ou ils auraient fait demi-tour sous prétexte que ça ne les concerne pas…Mais toi, tu l'as fait, tu as épaulé cette dame en détresse et tu as assumé ton devoir de témoin, assurai-je en caressant ses cheveux : Pour le reste… Personne n'a le droit de te jeter la pierre parce-que tu n'as pas su presser sur le bouton du spray. Déjà, tu as évité à cette dame de se blesser !
J'eus un geste de recul avant de prendre son visage en coupe du bout des doigts :
-Et toi ? Avec toutes les blessures que tu t'es faites cette semaine, ce serait bien que-
-Je n'ai rien, m'assura-t-elle en rangeant son spray dans son sac, le visage un peu rouge.
-Oh moins tu l'as toujours sur toi, souris-je d'un air plus rassuré en venant poser mon bras sur le dossier de la banquette.
Puis, d'un air étrange elle vint me dévisager en répétant : « Toi ? ». Oh m… Réalisant avec quelle familiarité je venais de lui parler tout du long, je m'excusai avant de lui expliquer que l'inquiétude m'eut fait perdre mes moyens, et …que depuis ces derniers jours où je l'eus tutoyée plus d'une fois, je commençai à m'habituer.
Tallulah me sourit avec douceur alors que je lui demandai si elle désirait que j'arrête. J'ignorai à quoi elle eut pensé avant cela, mais son visage s'était assombri. Le choc de l'agression devait être encore bien présent en elle, même si ce ne fut pas la cible de cet individu.
-Non, au contraire…Au café déjà, j'avais trouvé ça plus naturel de t'entendre me parler ainsi, m'assura-t-elle d'une petite voix hésitante alors qu'elle se permettait à son tour de briser les barrières de cette trop imposante formalité qui ne nous seyait guère.
J'en fus ravis et mes lèvres s'exprimèrent en un large sourire qui dévoila mes dents. Je lui proposai de boire nos verres que le barista eut apporté, afin qu'elle se remettre un peu et se rafraichisse. Je restai près d'elle, installant mieux nos affaires sur un coin de la banquette pour lui faire de la place, puis, petit à petit, nous commençâmes enfin notre rendez-vous avec plus d'aisance. Du moins, je fis tout pour qu'elle cesse de se tracasser pour son retard. Tallulah m'expliqua l'origine de ce café et ce que le gérant y faisait réellement après servir du café, des encas et proposer de la lecture.
Faire découvrir des artistes en herbe, je trouvai cela charitable mais aussi très encourageant pour ces jeunes artistes. Cela allait du peintre à l'illustrateur/auteur de bd jusqu'au romancier et poète. Me guidant jusqu'à la bibliothèque où j'eus précédemment pris un livre, Tallulah en sortit un quel semblait affectionner tout particulièrement. M'expliquant que non seulement elle eut participé à la première exposition de ce jeune écrivain, elle me lut ensuite un passage de la nouvelle grâce à laquelle il se fit connaître. Sa voix se fit plus chaude et profonde et son débit fluide entraîna les mots et ses sentiments dans une lecture légère qui me berça. Son regard pétillait, son sourire s'étirait tandis que ses mains caressaient les lignes pour ne pas perdre le fil. Mon pouls s'emballa légèrement alors que j'appréciai l'écoute et la vision du bonheur que dégageait son visage. Elle est magnifique… J'ignorai vraiment ce qu'elle espérait au bout de notre relation, une fois celle-ci surélevée par une solide confiance qui grandissait chaque fois que nous nous rencontrions, mais pour ma part, si je ne pus mettre un mot sur mon ressentis auparavant, aujourd'hui, je commençai à comprendre et j'étais à la fois effrayé et curieux.
-C'est avec cette nouvelle qu'il s'est fait connaître.
-Tu me lis la suite ? tentai-je, en prenant appui sur mon épaule contre le rayonnage. Ma voix se fit plus sensuelle, sûrement emportée par mes secrètes pensées.
-J'en ai un exemplaire dans ma chambre au dortoir, je pourrai toujours te le prêter, il n'est pas long à lire. (Elle marqua une pause) Enfin, je sais que les cours te prennent pas mal de temps…
-Je vais être obligé de te l'emprunter, comme tu ne veux plus me faire la lecture, fis-je en prenant un air boudeur.
-Tu peux toujours l'acheter, souligna-t-elle en me donnant un petit coup de coude complice.
-C'est moins drôle, déclarai-je en souriant en coin, puis, je me laissai emporter par la lecture du recueil de nouvelles.
Soudain, le barista s'écria avec tant d'entrain qu'il me fit sursauter. Il déclara se souvenir de Tallulah, et d'un jeune homme aussi, qu'il identifia être son petit ami et avec qui il se demandait si elle était toujours… La conviction avec laquelle il eut annoncé cela m'étonna, il fallait vraiment qu'ils furent des clients réguliers pour qu'il se souvienne d'eux.
-Rah…C'était comment son nom !
-Lysandre.
Mon cœur rata un battement. Puis, me prenant une gifle, je me traitai d'idiot en n'ayant pas compris plus tôt…surtout avec notre conversation de la veille au soir. Mais oui, l'ex belle-sœur de Leigh ! La meilleure amie de Rosalya ! C'était une seule et même personne…C'était Tallulah. « J'ai bon espoir qu'ils se remettent ensemble ! Je sais qu'ils ont gardé contact. » m'eut dit mon ami. J'avalais ma salive de travers et détournai le regard afin de calmer ma jalousie loin des yeux de ma cadette. Je fis mine de reprendre ma lecture, mais il était difficile de ne pas s'intéresser à leur conversation, du moins, de l'entendre…
-Voilà ! Fait longtemps que je ne l'ai pas vu traîner dans le coin, que devient-il ? Je sais qu'il écrivait des poèmes aussi, je lui avais proposé de participer à une de mes expositions mais il s'est toujours entêté à refuser.
-Il a quitté la ville pour des raisons personnelles, et il ne reviendra sûrement jamais ici, expliqua-t-elle d'une voix à la fois calme mais sourde, comme s'il lui était difficile de la laisser sortir clairement. Comme si elle l'atténuait volontairement pour taire son émoi…Elle venait de se tourner face aux livres et je l'examinai du coin de l'œil. Elle n'est pas à l'aise…clairement pas.
-Ah, c'est bien dommage…Il est doux comme garçon. Il restait discuter tard avec moi, avant de rentrer chez son frère. Belle boutique de vêtements d'ailleurs ! Vous êtes toujours ensemble ? Passe-lui le bonjour de ma part, tu veux ?
-J-je…c'est-à-dire que nous ne sommes plus ensemble et je n'aurais sûrement jamais l'occasion de le revoir pour le moment…
-En voilà une triste histoire…Dieu que vous étiez amoureux pourtant !
Le barista alla poursuivre aux grands damnes de ma cadette et de mes oreilles lorsque l'agacement de le savoir si insistant et curieux me poussa à couper court à la conversation.
-Tu ne m'avais pas dit qu'il y avait des choses à voir à l'étage ?
-Oh, s-si… vous exposez toujours les planches des illustrateurs là-haut ?
-Mais bien sûr ! C'est d'ailleurs ce qui attire le plus les clients et les éditeurs ces temps-ci ! Je vous prépare quelque chose pendant votre observation ?
Nous commandâmes de quoi nous sustenter avant que je ne lui propose de me prendre la main, pour lui faire comprendre que j'étais bien présent, peu importe la façon dont elle le voulait. J'aurais compris si elle avait refusé ce contact, pourtant, elle l'accepta avec douceur et ensemble, nous gravîmes les marches qui nous menèrent à un pallier et une petite salle où étaient exposées des œuvres d'auteurs/illustrateurs à la fois connus et débutants.
-Je ne me serais pas douté qu'il soit si…adepte de commérage ! dis-je à voix basse tout en faisant attention où je mettais les pieds. Certains tableaux se trouvaient à même le sol, et l'espace était plutôt étroit.
Ma cadette m'avoua qu'elle eut oublié ce côté de lui, avant de me remercier avec une sincérité qui me toucha alors qu'elle resserrait l'étreinte de nos mains. Elle me rendit confiant, et je vins entrelacer nos doigts pour créer une proximité plus intime. Semblant charmée, elle se rapprocha en venant effleurer mon bras, puis, ensemble non continuâmes notre observation.
Nous tombâmes sur des esquisses d'illustrateurs connus, ayant participé au chara-design des premiers films d'animation de Spiderman et autres histoires de super-héros. Tallulah fit dévier la discussion à première vue très engagée, de façon très libidineuse. Elle désigna l'entre-jambe du héros en laissant sous-entendre qu'il manquait un petit détail réaliste que tout homme craignait de voir ressortir en portant ce genre de costume moulant.
-J'ai compris, j'ai compris ! Si tu veux, on essaiera d'en parler en cours mais j'ai peur que ça s'enflamme un peu.
-Hm, pas faux…
Le gérant choisit ce moment pour nous faire descendre en salle afin de déguster nos encas. Nous nous exécutâmes, lâchant nos mains lorsque nous voulûmes prendre nos places d'à notre arrivée. Notre aîné nous servit avec le sourire et nous le remerciâmes avec le même, peut-être même plus satisfait encore. Pour ma part, je le fus tellement que je me sentais d'humeur à partager mon ressentit, en expliquant à Tallulah que j'étais plus que ravi du choix de ce café pour notre rendez-vous. Calme, à ambiance très conviviale et quelque peu intime avec cette banquette cachée à l'angle de la salle mais ça, je le gardai pour moi… Mais finalement, je lui confiai que j'eus envie de revenir ici en sa compagnie. J'eus envie d'un autre rendez-vous, non, de plusieurs même, cette fois-ci, je tenais à répondre à la disponibilité dont elle fit preuve jusqu'à présent avec moi, pour lui prouver que j'étais tout aussi impliqué dans l'intérêt que nous éprouvions l'un envers l'autre. Et surtout…je ne voulais plus réfréner mes sentiments, pas temps qu'elle ne me repoussait pas.
-Quand on a le temps, quand on veut se voir…nous n'aurons qu'à revenir là, terminai-je en essayant de noyer mon trouble dans le fond de ma tasse.
Par la suite, nous convînmes de se revoir vendredi prochain après son IRM, et pour ce qui était de notre entretient de Mardi, une atmosphère plus professionnelle nous aiderait sûrement à ne pas oublier nos statuts d'étudiante et de professeur. Nous restâmes encore un moment, à discuter vivement de nous-mêmes, apprenant toujours plus à savoir qui était l'autre mais surtout à établir un lien, une confiance plus à même de nous rapprocher davantage.
-Je n'y suis resté que trois semaines, mais bon sang, j'en garde un souvenir impérissable et je regrette tellement de ne pas avoir profité plus intensément de mon séjour ! m'enthousiasmai-je au sujet d'un voyage d'étude que j'eus fait à l'Australie pour mes premières recherches en tant qu'enseignant chercheur : Tu m'as dit vouloir interviewer cette auteure exilée au Québec, tu penses t'y rendre dans le courant de l'année ?
Beaucoup pensait qu'études et voyages ne pouvaient pas se mêler et pourtant, être à l'université était le meilleur moment pour voyager, ne ce serait-ce en période de césure, pour des stages ou encore des recherches ! Tallulah semblait tellement passionnée dans son mémoire que je me demandai encore comment elle n'avait pas pris la décision de partir pour assouvir sa curiosité et accroître ses connaissances.
-Je ne sais pas, je pense avant tout à mon budget…
-Si c'est pour tes études, l'Academy est disposée à te verser des fonds, lui assurai-je en comprenant parfaitement ce frein financier : d'autant plus que nous sommes reliés à trois universités québécoises, tu serais disposée à te faire héberger par un étudiant, voire un professeur.
-Comme pour un stage à l'étranger ?
-C'est ça ! Faudrait voir les conditions exactes d'obtention de cette aide avec l'administration.
-Buh… je vais devoir me coltiner l'amabilité du responsable administratif ?
-Haha, j'en ai peur oui ! Il est comme ça avec tout le monde, je crois qu'il a raté sa vocation…
-C'est bien dommage pour nous ! s'esclaffa-t-elle avant d'examiner sa montre.
En la voyant faire les gros yeux, je me penchai pour tenter d'apercevoir la vitrine et ainsi, l'extérieure. Il faisait nuit et les lumières artificielles éclairaient les rues.
-Il fait déjà nuit… on va se rentrer peut-être, proposai-je en l'interrogeant du regard.
Profitant qu'elle rassemble ses affaires, je partis régler notre note auprès du barista. Lorsqu'elle me rejoignit, il nous salua et je lui fis signe de me suivre alors qu'elle présentait sa carte bancaire. Elle est mignonne… me dis-je en la voyant sincèrement troublée de devoir partir sans n'avoir rien à payer. Sans vouloir jouer au chevalier servant sa Dame, j'estimai que nous nous devions de partager. Elle m'invita une fois, et cela me fit plaisir de le faire aujourd'hui. Et les prochaines fois, notre regard complice nous confirma que nous aviserions. Chaudement vêtus de nos manteaux, nous nous perdîmes un moment dans les yeux de l'autre, et pour ma part, je songeai encore avec délice à ce rendez-vous qui se déroula bien mieux qu'il n'eut commencé. Soudain, je réalisai que Tallulah devrait refaire le chemin inverse, et attendre seule son prochain bus. Je déglutis…Et s'il lui arrivait quelque chose ? Je ne me le pardonnerai pas. Ce soir-là, sous la pluie, déjà elle m'eut assurée fébrilement qu'elle pouvait rentrer seule, et je fus angoissé tout le long du chemin en me demandant si elle était arrivée à bon port. Bon sang, je ne pouvais m'imposer, mais j'aimerais lui faire comprendre que le choix le plus judicieux pour elle était que je la raccompagne en voiture jusqu'au campus. Elle serait en sécurité et mon cœur aussi…
-Encore navrée pour mon retard…
-Même si ce n'est pas de ton fait, ce n'est pas plus mal que tu sois arrivée en retard, lui confiai-je : être à l'heure, ce n'est pas naturel chez toi !
-T'as de la chance que je ne m'en prenne pas aux personnes âgées ! dit-elle sous un faux air menaçant.
-Ok, j'lai pas volé… ris-je en baissant la tête : demain, on fait toujours semblant de ne rien savoir ?
-Hmm, j'hésite… je ne sais pas si je vais savoir jouer la comédie toute la soirée, haha !
-Je ne vais pas être très fort à ce jeu-là non plus, encore en cours, je vais faire en sorte de ne pas me montrer trop amicale, mais demain ce sera une toute autre ambiance. Après, ça nous fera un bon exercice, déclarai-je en commençant à nous guider en direction du parking souterrain.
-O-oh, je vais te laisser, je dois passer par là pour le bus, se précipita-t-elle.
Je me lançai. Ma cadette pouvait toujours refuser, mais au moins je voulais qu'elle sache que j'étais prêt à la raccompagner si elle ne se sentait pas en sécurité.
-Pas après ce qu'il s'est passé cet après-midi. Je me sentirais mieux si je te savais dans une voiture que seule dans la rue. Je ne vais pas t'obliger non plus, mais j'insiste, je te ramène.
Droit face à elle, et la tête légèrement inclinée en avant pour que je plonge mon regard sérieux dans les siens, confus, j'attendais patiemment sa réponse. Et il était hors de question que je ne bouge avant de l'avoir eue. Quand son sourire illumina son visage semblant comblé, mon cœur rata un battement, et, en la voyant venir se tenir à mes côtés, je compris que nous prenions donc la même direction. En chemin elle me montra où se trouvait l'immeuble qu'elle eut visité avec Chani la semaine dernière, comme nous passions juste devant. Sérieux ? Cela existe un immeuble comme ça ? Mais je vais porter plainte contre mon agent immobilier ! m'emportai-je en mon for intérieure en voyant les belles factures mélangeant Asie de l'est et culture nordique et française en un seul et unique bâtiment. Je posai des questions sur l'intérieur de l'appartement qu'elles eurent choisi et je crus mon cœur se briser en apprenant qu'il y avait une cheminée. Une cheminée… Étrangement, je ne voulais plus renter chez moi.
Arrivé non loin du campus, Tallulah me proposa de m'arrêter, en m'affirmant que le peu de route qu'il lui restait, n'était pas un inconvénient et qu'elle ne voulait pas que cela me pose problèmes d'être vu avec une étudiante dans ma voiture. Bon, mes vitres étant teintées, je doutai fort que quelqu'un puisse voir nos visages, surtout la nuit. Mais en ce début de relation, il était préférable de rester prudent.
Je lâchai un soupire en la regardant rassembler ses affaires. Tout le long du trajet notre complicité nouée en ce fabuleux rendez-vous ne s'était pas fragilisée, et il m'était difficile de la laisser partir. Et…voyant qu'elle hésitait plusieurs fois à ouvrir la portière, je compris que c'était réciproque. Ses yeux vairons me détaillaient avec intensité. C'était dangereux de repenser à cela maintenant, mais le toucher de ses lèvres firent trembler les miennes qui se sentirent férocement attirées par les siennes. Tallulah se les mordit, et j'eus l'impression…ou plutôt j'espérai sincèrement qu'elle était en train de penser à la même chose.
-A demain soir ? me fit-elle timidement.
-Hm ? Je ne vois pas de quoi vous parlez…rétorquai-je en feignant l'innocence. Il fallait bien que je joue le jeu !
-C'est malin, grogna-t-elle en faisant mine d'être accablée mais son sourire amusé prouvait tout le contraire.
Nous nous saluâmes une dernière fois avant qu'elle ne quitte définitivement ma voiture, et se mette sur le côté pour me laisser démarrer à nouveau. Je vérifiai dans mon rétroviseur qu'elle rentre bien, tout en m'éloignant. Je ne pus retenir mon sourire attendri, en la voyant regarder dans ma direction. Une fois chez moi, c'était l'esprit en joie et le corps détendu que je partais me coucher. Demain, promettait d'être mémorable…
Aucun réveil pour me rappeler que je devais me lever tôt, je pus profiter de ma matinée pour dormir et ne sortir du lit qu'à dix-heures trente. C'est bien d'avoir un samedi de libre une fois sur deux quand même…
Cela me rassurait de voir que j'étais encore capable de faire des grâces matinées. Quand j'entendais certains collègues, à peine plus âgés que moi, qui semblaient avoir un réveil intégré en eux et se réveillaient tous les jours à la même heure...
Alors que je me faisais couler un café, mon portable sonna. Encore groggy, je décrochai sans faire attention au numéro qui s'était affiché.
-Hmm, allô ?
« Rayan ? Je te réveille ? »
-Leigh ? Euh, non…je viens de me réveiller, c'est tout. Tu vas bien ?
« Haha, on procrastine dès le début du week-end ? » plaisanta mon ami. Je pris place sur mon canapé en regardant distraitement la télé. « Je vais bien et toi ? Je t'appelle pour te demander si tout est toujours d'actualité pour ce soir, Rosa a insisté pour que je te rappelle l'heure de notre rendez-vous, elle est têtue quand il s'agit de soirée…haha… »
J'imaginai parfaitement la mine affligée de mon ami qui ne parvenait que rarement à dire non à sa compagne. Avec le sourire je lui confirmai que j'attendais cette soirée avec impatience et que je ne raterai ça pour rien au monde. D'autant plus que Tallulah sera là… me dis-je, en repensant à hier. Soudain, je songeai au fait que nous n'arriverions pas tous en même temps… Fera-t-elle le chemin seule ? Déglutissant, je demandai à Leigh si nous devions convenir d'un point de rendez-vous avant de nous rendre au bungalow.
« Euh…ce n'était pas prévu. Tout le monde était d'accord pour qu'on se retrouve là-bas à l'heure convenue, mais pourquoi ? Tu ne peux pas te déplacer ? Un souci avec la voiture ? »
-N-non, je ne pensai pas spécialement à moi, mais si certains partent tous seuls et qu'ils préfèrent qu'on vienne les chercher, bon bah…dis-leur que je suis dispo'…, proposai-je en essayant de paraître le plus innocent possible. Si Tallulah et moi tenions à jouer le jeu des surpris à notre rencontre de ce soir, -d'autant plus que Leigh ne semblait toujours pas déterminé à me donner les noms des autres invités- il ne fallait pas que je montre le moindre signe qui prouvait que nous étions déjà au courant.
« Oh ! C'est drôlement gentil, je n'y avais pas pensé d'ailleurs…attends je vais voir avec Rosa. »
Je patientai le temps d'une publicité pour une plaquette de beurre, puis j'entendis à nouveau la voix de mon cadet : « Inutile pour les déplacements, ses amis seront déjà sur place, ils vont regarder une partie de la compétition de surf avant de nous rejoindre ! Avec Rosa, nous partirons de notre côté ensemble, on passe te chercher ? »
-Non, ça ira, je dois passer vite-fait à la fac, j'irai à la plage directement après.
« Pas de souci, on se dit à ce soir alors ! Bonne journée Rayan. »
-Merci, toi aussi, souris-je avant de raccrocher : Bon, au moins elle ne sera pas seule, soupirai-je en me sentant plus serein.
Après un bon petit déjeuner, je m'occupai un peu de mon chez-moi puis, dans l'après midi je décidai d'aller faire un tour à Anteros pour m'assurer de l'organisation du contrôle de Mercredi, et ne pas avoir à baliser à la dernière minute au cas où il me manquerait un document. Une fois mes paquets prêts, je les déposai dans mon casier puis me rendis à la BU où je croisai deux étudiants qui désiraient m'interviewer au sujet de leur PPE. J'avais déjà reçu des demandes sur ma boîtes mails, et avais déjà pris des rendez-vous pour les mêmes thèmes. Finalement, je proposai de tous les réunir le même jour et de faire une rencontre groupée.
-Je vous enverrai à tous un mail, laissez-moi vos noms ici et je vous retrouverai sur l'annuaire virtuel, dis-je en leur ouvrant mon agenda sur une table.
-Oh, bonjour Monsieur ! entendis-je venir de derrière moi.
-Melody ? Bonjour, comment allez-vous ? demandai-je par pure politesse.
-Très bien merci ! Vous venez travailler ?
-Trois fois rien, je terminai juste de préparer le contrôle de mercredi. (Je récupérai mon carnet avant de saluer les deux étudiants qui me remercièrent avant de partir) Et vous ? Je vous vois avec l'ordi sous le coude.
-Oh, je ne faisais que m'avancer sur mon mémoire.
-Je vois, souris-je, mais prenez du temps pour vous j'ai l'impression de toujours vous voir le nez dans vos livres. Ce n'est pas un tort, mais il ne faudrait que vous vous surmeniez.
-Vous êtes vraiment gentil, merci. Mais je n'ai rien de prévu pour l'instant, je préfère que mon temps libre soit productif.
-C'est vous qui voyez, assurai-je en rangeant mes affaires dans ma mallette : Sur ce, je ne vous dérange pas plus longtemps, je vous laisse.
-Oh, euh…
Remarquant qu'elle hésitait à poursuivre, je l'encourageai d'un regard bienveillant. Triturant le bout de ses doigts, Melody me demanda si j'avais du temps à lui consacrer. Mon travail était bouclé, j'avais encore du temps avant de retrouver Leigh, je me voyais mal lui refuser. Et pour une fois que c'était elle qui demandait de l'aide et non l'inverse, il était bien normal que je l'accompagne dans ses recherches.
Bon, le sujet de Melody aurait bien plus passionné Monsieur Lebarde que moi, et je me sentais un peu acculé dans mon ignorance tant le sujet était vraiment précis. Mes connaissances en art antique et médiéval étaient assez limitées, je ne m'étais absolument pas spécialisé dans ce domaine. Dans un collège ou un lycée, mon savoir aurait suffi, mais pour un mémoire de ce type…
-Je peux vous référer une université qui propose des descriptifs et des recherches sur cette époque-là, mais je crains ne pouvoir vous être plus utile, m'excusai-je sincèrement.
-Vous m'avez déjà bien aidé pour ces parties-là, je verrai avec Monsieur Lebarde pour les autres.
-Il pourrait même vous superviser, il serait plus à même de vous porter une écoute attentive.
-O-oui, sûrement…murmura-t-elle en laissant égarer son regard.
Si ça se trouve elle lui a demandé et il a refusé ? me dis-je en essayant de comprendre ce que j'eus pu dire de mal pour qu'elle soit ainsi chagrinée. Regardant l'heure sur l'écran de son ordi, je vis qu'il me restait une heure pour me préparer pour la soirée et m'y rendre, autant rentrer tout de suite.
-Aviez-vous besoin d'autre chose Melody ? lui demandai-je tout de même, m'inquiétant de la voir ainsi troublée.
-Hé bien, pour être tout à fait honnête, je me demandai si v-vous…enfin, si vous n'étiez pas intéressé par la supervision de mon mémoire. Pas besoin que cela colle avec votre matière, vos conseils pour la répartition de mon plan étaient déjà beaucoup, je me disais que…
Haussant les sourcils avec stupeur, je la détail un instant avant de retrouver ma voix :
-Écoutez, bien sûr qu'il est important que ma matière colle avec votre mémoire. Superviser un mémoire n'est pas qu'une question d'aider l'étudiant dans la gestion de son temps ! Il faut que je sois apte à vous suivre dans vos recherches et en l'occurrence, je ne pense pas être le mieux placé.
-O-Oui, je comprends veuillez m'excuser c'était déplacé, dit-elle en refermant sèchement son ordi. J'eus un geste de recul en la voyant se lever si promptement.
-J-je ne refuse pas gaité de cœur Melody, ajoutai-je alors que je la sentais être vraiment contrariée. Bon sang, j'ai de plus en plus de mal à dialoguer avec elle. Il y aurait déjà eu longtemps que j'aurais abandonné si ça avait été quelqu'un de plus malveillant, mais je voyais que Melody voulait seulement bien faire les choses mais par moment… Son attitude reste assez complexe…
-Avez-vous prévu quelque chose pour vous changer les idées, comme je vous l'ai suggéré la dernière fois ? lui demandai-je, vraiment très inquiet pour son moral.
-Euh, pas vraiment non.
-A quand remonte votre dernière soirée ? Je ne dis pas que tous les étudiants sont des adeptes de la fête mais ça vous fera sûrement le plus grand bien ! Vous êtes au courant pour la soirée au bungalow après la compétition de surf ? Pourquoi ne pas y aller ? Tout le monde y va on dirait, haha !
-Oh, v-vous comptiez y aller ?
-Je m'y rend avec un ami en effet, après ces dernières semaines c'est mérité pour tout le monde, souris-je tandis que nous marchions en dehors de la BU.
-Et vous me proposez d'y aller ?
Je haussai une épaule.
-Pourquoi pas ? Qu'est-ce que cela vous coûte ? Après, ce n'est qu'une proposition, vous en faites ce que vous voulez, assurai-je gentiment.
Mon assistante m'adressa un grand sourire tout en me remerciant.
-A plus tard dans ce cas, me salua-t-elle en partant de son côté.
Je hochai poliment la tête avant de prendre le chemin de la maison. Une fois chez moi, je pris une douche et en profitai pour me raser un peu.
-Il y a eu du laisser-aller cette semaine, Rayan… me réprimandai-je en faisant attention à ne pas me couper.
Mes boucles humides gouttaient le long de mon visage et emportaient la mousse à raser sur leurs sillons. Une fois mon visage et mes cheveux essuyés, je pris la tondeuse pour tailler plus proprement le contour de barbe que je gardai, afin de la désépaissir. Une fois sorti de la salle de bain, je choisis ma tenue avec soin. Déjà, la chemise commandée chez Leigh allait être de sortie…Grise, mousseline et fluide, parfaite pour une soirée dansante -et Dieu sait que j'aimais danser- Un pantalon en jean assez flexible, noir, serrés aux chevilles et une paire de tennis basses, en cuir marron foncé. Une veste de couleur gris foncé pour faire ressortir ma chemise en dessous et j'étais bon.
Je me coiffai et parfumai en dernier en décrochant à l'énième appel de Leigh.
-J'arrive ! prévins-je en riant.
« Rosa… » expliqua-t-il simplement dans un rire nerveux. « On est en chemin, dans le bus, elle est en train de prévenir ses amis de prendre le chemin jusqu'au bungalow. »
-Très bien, je file à ma voiture. Mais la prochaine soirée qu'on s'organise, dis à Rosa de ne pas paniquer ainsi, pas sûr que le bébé apprécie haha !
« C'est ce que je lui ai dit mais elle m'a répondu que- (il se fit interrompre par sa compagne qui cria : Je ne panique pas ! Je suis juste impatiente de vous voir, tous !) que…voilà. T'as entendu ? » rit-il.
-Difficile de ne pas entendre, pouffai-je en prenant soin de tout fermer derrière-moi. Bon, je vais rejoindre ma voiture, à tout de suite !
« Oui, à plus ! »
Nous raccrochâmes et ce fut avec un sourire amusé sur le visage que je pris la route de la plage. Pff…va trouver une place dans tout ça ! pestai-je en mon for intérieur en faisant trois fois le tour du parking à la recherche d'une place libre. Ce ne fut pas une mince à faire mais j'en trouvai enfin une.
-Prochaine fois, je prends le bus, me promis-je en prenant mes affaires avant de verrouiller mon véhicule.
Je jetai un coup d'œil autour de moi et me sentais soudainement très perdu. La plage que j'eus connue, les alentours que j'eus connus…avaient tous beaucoup changé. Mais c'était magnifique. Même pour un amoureux de la montagne tel que moi, je devais bien avouer, que cette plage avait évolué de façon fantastique. Le soleil brillait de son dernier rayon rougeâtre qui fusionnait avec l'océan. Les embruns du vent glacé sur ma peau me firent frissonner tandis que je descendais lentement l'escalier qui me menait à la plage. Je resserrais les pans de mon manteau et me mis à chercher le bungalow. J'entendais encore le présentateur de la compétition hurler dans son micro, annonçant le programme de la soirée…soirée pour laquelle j'allais finir par être en retard tant je ne reconnaissais rien. Au bout de dix minutes, je décidai d'appeler Leigh pour lui expliquer ma situation.
« Ah ! T'as pas pris la bonne entrée, là tu te diriges vers la compétition, mais le bungalow est de l'autre côté. Si tu veux, retourne au parking, et depuis ta place, cherche les points de repère de la plage, t'en as trois : un dauphin, une tortue et une étoile de mer ! Dirige-toi vers l'étoile, tu vas tomber sur une pancarte et un sentier en bois qui mène directement au bungalow. »
-D'accord j'te remercie, on se voit tout-
« Attends ! Si tu croises Tallulah en chemin, guide là aussi, elle a été séparée d'Alexy et elle ne connait pas le sentier pour aller au bungalow…Rosalya se fait un sang d'encre, et Alexy ne la trouve pas non plus on lui a dit de revenir vers nous. »
D'instinct, je me mis à tourner la tête dans tous les sens en la cherchant des yeux. A croire que mes inquiétudes de tantôt étaient autant fondées que celles de la veille, et que je pressentais lorsque les choses tournaient mal pour ma cadette… Comme je ne répondais pas, Leigh précisa enfin :
« Ah oui ! Là que Rosalya m'y fait penser, mais nous avons oublié de te dire que c'était une de tes élèves ! Apparemment, elle t'a comme professeur principal. Tu vois qui c'est ? »
-Oui, oui, je vois très bien. Ne t'inquiète pas, si je la trouve je la ramène avec moi au bungalow.
« Super ! On vous attend, et d'après le message qu'elle vient d'envoyer, elle remonte le chemin pour gagner le parking, comme on te l'a conseillé aussi. »
-Très bien, j'y file alors.
Nous raccrochâmes et je gravis les marches deux par deux en faisant voler les pans de mon long manteau. Une fois à l'entrée du parking, je trottai en cherchant du regard la silhouette de Tallulah, contre qui je finis par rentrer alors qu'elle sortait d'un passage entre deux voitures.
-Ah !
-Attention ! m'écriai-je en la rattrapant avant qu'elle ne se cogne contre un rétroviseur.
Par réflexe, elle s'agrippa à mon manteau et enfouit la tête dans ses épaules en fermant les yeux sous la surprise sûrement.
-T-Tu n'as rien ? balbutiai-je, le cœur battant sous la peur que j'eus ressenti de la voir tomber.
-N-non, merci encore, je ne- (elle posa enfin ses yeux sur moi, l'air tout étonnée) Rayan ?
Je lui souris en dévoilant toutes mes dents, l'air tout à fait enchanté de l'entendre me tutoyer à nouveau. J'eus peur que son comportement ne change… Tallulah se redressa et relâcha mon habit en lissant les plis d'une main. Cela me rappela cette fois-là dans le hall où elle se fit bousculer par un troupeau d'étudiants.
-Je ne t'ai pas fait mal ? s'inquiéta-t-elle en me souriant.
Secouant la tête, je lui demandai si elle ne s'était pas perdue.
-S-si, j'étais avec Alexy pour regarder la compétition, puis on a fini par se perdre de vue, je ne sais pas trop comment. On a tous deux retrouvés des personnes que l'on connaissait, et quand on a voulu rejoindre l'autre…bah…
-Haha, je vois le genre. Bon, Leigh m'a prévenu que je risquai de te croiser et qu'il fallait que je te guide jusqu'au bungalow si c'était le cas.
-Hé, moi ils ne m'ont toujours rien dit pour toi ! souligna-t-elle, presque outrée.
-Je pense surtout qu'ils ont fait le rapprochement car on était tous les deux perdus.
Tallulah me jeta un regard rieur.
-Oui, bon, ça fait des années que je n'ai pas remis les pieds dans cette ville ! me défendis-je en prenant la marche en tête. Elle m'emboîta le pas en trottinant jusqu'à mon niveau.
Côte à côte, moi baissant la tête pour entendre sa voix et elle regardant droit devant elle, nous profitâmes du calme du parking pour échanger un peu au sujet de notre journée et de l'impatience partagée à l'idée de nous retrouver.
-J'ai un peu honte d'avouer que j'avais plus hâte de te revoir que de vraiment venir ici, me partagea-t-elle en se mordant la lèvre : Je veux passer cette soirée avec ma Rosa et mon Alex', mais savoir que tu y serais…
-On aura honte ensemble, ris-je en la poussant gentiment avec mon coude, d'un geste complice.
Ses yeux brillèrent sous les lumières artificielles du parking. Il faisait nuit maintenant, et nous avions bien vingt-minutes de retard avec nos mésaventures respectives. Approchant du bungalow, nous nous mîmes d'accord de faire en sorte de rester le plus neutre possible, afin de voir si nous étions capables d'aborder le masque de l'innocence quant à notre amitié naissante.
-S'ils se rendent compte de quoi que ce soit, au pire des cas, cela ne me dérange pas qu'ils apprennent qu'on se voit en dehors de la fac, avouai-je pour la rassurer.
-On sera forcément amené à se revoir de toutes façons, me sourit-elle en poussant la porte du bungalow en me faisant entrer le premier.
-Galante en plus ! Merci, dis-je en entrant.
-Mais de rien !
Le sourire aux lèvres, nous cherchâmes des yeux nos amis parmi le monde déjà attablé aux quatre coins du bungalow. En arrière salle, ouverte par un immense porche, nous vîmes un DJ en train d'installer son matériel, tandis que d'autres personnes installaient le reste de la piste de danse qui s'étendait jusqu'au cœur de la salle de service.
-Wow, fait chaud ici ! souligna ma cadette qui retira son manteau, et je l'imitai.
-Euh, oui ! Et je n'imagine même pas ce que ça va être quand tout le monde va se mettre à danser, dis-je en posant mes yeux sur elle.
Ce qu'elle était belle ce soir…habillée d'un combishort fluide en dentelle, à manches longues et larges qui retombaient comme un voile sur ses bras dont la nudité était visible entre les mailles. Une doublure en soie, couleur crème, recouvrait le tronc du vêtement, qui se décolletait de la gorge jusqu'au-dessous de la naissance de sa poitrine ainsi que sa peau lisse et parsemée de tâches de rousseurs qui semblaient s'étendre plus bas encore. Une peau nue caressée par le pendant d'une chaîne en argent provenant de son bijou de corps qui entourait la base de son cou. Les épaules étaient presque découvertes, et je me pinçais les lèvres avec empathie à la vue de cette énorme ecchymose qui s'étendait sur celle de droite, jusqu'à sa clavicule. Ses cheveux étaient relevés un peu négligemment, et quelques mèches ondulaient çà et là contre sa nuque.
-Ils sont là ! Tal' ! Rayan ! A gauche, à gauche ! nous héla Rosalya qui s'était levée de son siège en faisant des grands signes.
Leigh nous fit également un signe de main, mais d'une façon plus discrète qui lui ressemblait bien. Je me sentis soudainement intimidé, autant je voyais souvent Leigh en dehors du travail et de la boutique, et j'eus maintes fois l'occasion de parler avec Rosalya, mais me retrouver ainsi entouré de leurs amis de longue date… Comme si elle lut dans mes pensées, Tallulah passa une main dans mon dos en m'incitant à marcher plus promptement et m'adressa un clin d'œil. Secouant la tête pour chasser cette gêne stupide, je vins saluer tout le monde à l'instar de Tallulah qui se fit étreindre chaudement par ses amis.
-Grouiii ! T'es retrouvée ! s'exclama donc Alexy, qui semblait vraiment soulagé de la savoir parmi eux.
-Heureusement que le téléphone portable existe, j'sais pas comment j'aurais fait sinon !
-Tu aurais fait comme pour la course d'orientation, tu aurais erré, encore et encore, jusqu'à ce que les secours arrivent, haha! rit Rosalya en mettant sur le tapis une anecdote qui ne semblait pas vraiment enjouer Tallulah.
-Hé ! J'n'étais pas toute seule, ok ?
-Non, mais en même temps choisir mon frère comme partenaire, c'était pire que de te mettre une chaîne et un boulet à la cheville, renchérit Leigh qui vint lui faire la bise avant de l'étreindre chaudement : J'ai appris pour ton…(Il désigna l'épaule endolorie) ça va ?
-Oui, oui, les anti-douleurs sont vraiment efficaces, je vais juste éviter l'alcool pour ce soir !
-Sage décision, chuchotai-je en lui souriant en coin. Elle me répondit par un large sourire et un haussement de sourcils taquin.
-Doit-on faire les présentations ? intervint Alexy, qui nous désignait Tallulah et moi.
Nous nous adressâmes un regard complice avant de nous serrer la main avec assurance.
-Rayan Zaidi, enchanté, mais il me semble vous avoir déjà vu à mes cours, me trompe-je ?
-Tallulah Loss, sentiment partagé ! Eh oui, je…je suis celle qui arrive constamment en retard, difficile de me rater, rit-elle.
-Mais ils nous prennent pour des idiots, ils se sont croisés en chemin ! souligne-t-il sous nos rires amusés.
-Pour ce soir, tout le monde au même niveau, Rayan pour tout le monde ! intervint Rosalya qui revint s'asseoir entre son ami et Leigh. Ce dernier me proposa la place à côté de lui, tandis que Tallulah prit celle juste en face de nous.
Bien que nous fussions seulement cinq pour le moment, ils prirent l'une des tables les plus longues, sûrement pour accueillir leurs autres amis qui devaient nous rejoindre pendant la soirée. De notre côté, de moi jusqu'à Alexy, nous avions le droit à une banquette d'angle qui encadrait deux côtés de table et pour l'autre moitié, il s'agissait d'un banc avec un siège pour la place du bout, en face d'Alexy installé à l'autre bout de la banquette.
-On peut peut-être se serrer sur la banquette…fit le jeune homme qui semblait soucieux de savoir son amie sur le banc.
-Non, mais ça va, je n'suis pas sur le carrelage non plus, s'esclaffa-t-elle en demandant juste de prendre son manteau et son sac entre nous : Bon, Leigh un discours ! lança-t-elle joyeusement.
-Pourquoi c'est moi qui doit faire un discours ? geignit timidement mon ami l'air outré.
-Attends ! Les verres avant ! renchérit Alexy qui bondit de son siège pour prendre tour à tour nos commandes : J'vous écoute, qui prend quoi ?
-Déjà, sans alcool pour tout le monde à la première tournée, prévins-je en me penchant pour faire un clin d'œil à Rosalya.
-Woh, c'est mignon ! s'exclama-t-elle l'air attendri : Un cocktail bora bora sans alcool pour moi mon chat.
-Une virgin piña colada, fit Leigh : Rayan ?
-Un mojito sans alcool, souris-je avant que nos regards se posent sur Tallulah.
Cette façon qu'elle avait de rougir en gardant un visage neutre tandis qu'elle était clairement mal à l'aise d'attirer ainsi l'attention. Surtout pour ça…
-Un jus de banane.
Vu nos réactions à tous les quatre, nous nous attendions à tout sauf à ça.
-T'es sérieuse ? ricana son ami : Un jus de banane ?
-Bah quoi c'est sans alcool…baragouina-t-elle en s'agitant sur le banc.
Rosalya et moi avions du mal à calmer nos gloussements qui ne se voulaient pas méchants.
-Tu n'veux pas un cocktail ? proposa Leigh en essayant de ne pas trop montrer son sourire en coin.
-Non, mais donnez-moi ma banane, je serai très bien avec.
-Oh merde, lâcha Rosa en explosant de rire. Elle tenta d'atténuer sa voix en plaquant ses mains contre sa bouche.
Emporté par l'ambiance, je lui demandai si nous devions comprendre un message subliminal dans sa remarque. Ma cadette vira au rouge en ouvrant de grands yeux choqués avant d'agiter ses mains en signe de négation devant elle :
-Q-Quoi !? Mais non ! Je parle du jus ! Enfin de la banane ! D-d-de banane ! DU FRUIT !
Même pour Leigh cela sembla trop dur, et il finit par libérer un ricanement nerveux avant de se pincer les lèvres.
-Bon, Tal', ma chérie, comme j'ai l'air très con debout devant toi à t'entendre déblatérer des obscénités, tu prendras la même chose que moi, hein !
Sur ces bonnes paroles, Alexy fit mine de s'en aller avant que Leigh ne le retienne en lui donnant un billet.
-J'invite la première tournée, comme je fais un discours apparemment !
-Oh, tu t'entraînes à donner de l'argent de poche, c'est mignon…plaisanta le jeune homme en prenant le billet avec lui avant d'aller chercher nos commandes.
Rosalya et moi nous lançâmes un regard complice avant de le déporter sur notre amie qui faisait mine de s'intéresser à ce qu'il se passer dehors.
-Oh, boude-pas Tal' ! intervint-elle en se penchant pour frictionner chaudement le bras de son amie.
-Hm…j'sais pas pourquoi mais je sens que ça va être ma fête ce soir, grogna-t-elle en arborant malgré elle un petit sourire.
-Vu comment c'est parti, il y a des chances, renchérit Leigh : ça me rappelle l'anniversaire de Lysandre : « Viens mon chéri ! Je t'allume la bougie ! »
Rosalya et moi repartîmes dans un fou rire qui nous fit monter les larmes aux yeux. Tallulah rit également non sans cacher son visage entre ses bras croisés sur la table. Ses oreilles virèrent au rouge ainsi que la base de son cou.
-Mais y'avait qu'une seule bougie aussi ! se justifia-t-elle d'une voix entrecoupée par ses rires.
-Non mais t'es la seule personne au monde à dire ça, Tal' ! Normalement, on dit : « viens souffler la bougie ! », reprit Rosalya en essuyant les larmes de rire au coin de ses yeux.
-Ouais, enfin là pour la banane (elle me fusilla du regard en cachant très mal son sourire gêné) Il n'y avait rien de libidineux dans mes propos…
-Dans ta franchise et ton innocence, ça l'est ! me justifiai-je et nos deux acolytes furent d'accord avec moi.
-Pff…je t'en mettrai de l'innocence, pesta-t-elle en baissant les yeux sur ses fines bagues argentées qui habillaient ses doigts.
Mon sourire s'agrandit alors qu'elle revint me lancer une œillade malicieuse. Puis, remarquant le responsable administratif qui s'avançait vers moi, je pris les devants pour qu'il ne vienne pas tous les embarrasser de -j'en étais sûr malgré la bonne ambiance du bungalow- sa mauvaise humeur naturelle !
-Je vois le responsable administratif, je vais le saluer, excusez-moi un instant.
-Je t'en prie, me sourit Leigh.
Je fis en sorte que le responsable administratif soit dos à notre table, afin de détourner son attention des trois étudiants qui, sûrement, ne voulaient pas être interpellés par lui, au cas où il en reconnaitrait un des trois. Et le connaissant, j'étais certain qu'il le ferait s'il avait le malheur de reconnaitre une tête…Comme maintenant en voulant s'approcher de nous après m'avoir vu ! pestai-je en mon for intérieur.
-Bonsoir, je n'aurais pas cru vous trouver ici, les collègues avaient dit que vous aviez refusé leur invitation !
Mais quelle bande de commères ceux-là !
-Bonsoir, oui…à vrai dire je suis avec un ami, dis-je simplement. Vous passez une bonne soirée ?
-Hmpf…moui, enfin, j'espère qu'ils ne vont pas mettre la musique trop tôt, j'ai horreur de me faire bousculer quand je suis assis et vu comment se présente la piste… Et vous ? Vous prenez un peu de bon temps avec l'approche des contrôles et des examens ? Cela va être dure pour vous Lundi. Bon, on va mettre ça sur le compte de votre jeune âge, votre organisation passe après votre plaisir !
Il me fatigue… soupirai-je en silence en pensant alors à mes heures supplémentaires que je faisais tous les jours en plus des week-ends alors que Monsieur dégageait hors de son bureau les étudiants en détresse à 16h59 car il fermait à 17h00 et pas une minute après ! Parce contre, ouvrir son bureau à 9h30 au lieu de 9h00, ça ! Il n'était pas beaucoup plus vieux que moi...
Mais je savais, qu'il ne servait strictement à rien de se lancer dans ce genre de débat avec lui, au risque de nous créer un mélodrame italien devant un public qui n'a rien demandé. Et j'étais de trop bonne humeur pour qu'il me gâche ma soirée. J'écourtai au plus vite cet échange déjà bien trop long et repartis là d'où je venais. Alexy revenait en même et je l'aidai à déposer les cocktails.
-Et un blue lagon sans alcool pour mademoiselle en carence sexuelle ! un !
Tallulah lança un regard noir à son ami en lui faisant remarquer que ce n'était pas marqué sur sa prise de sang.
-Et c'est quoi ton machin bleu là ?
-Du pamplemousse, du tonic et du sirop de menthe. Ça te va ?
Ma cadette opina du chef en remerciant son ami qui lui sourit avec bienveillance malgré toute les bêtises qu'il eut pues lui sortir. C'était touchant. Je relançai la proposition de notre petite boudeuse, afin de pousser mon ami à faire son discours.
-Ohlàlà…qu'est-ce que bébé ne m'aura pas fait faire !
-Et il n'est pas encore là ! rit sa compagne en lui donnant un coup de coude.
-Si mon frère me voyait…soupira-t-il non sans sourire pourtant avec tendresse. Puis prenant son courage dans une inspiration profonde, il se lança : Déjà, merci à tous…d'être là, ce n'est pas grand-chose aux yeux des autres, mais pour moi votre présence m'est vraiment, mais alors très importante. On sait qui sera des oncles et des tantes volontaires pour garder le bébé quand on voudra partir en week-end en amoureux ! Non parce qu'en venant ici, vous avez signé jusqu'à ses dix-huit ans !
-Houlà, mon chéri fait de l'humour ! Alexy on avait dit pas d'alcool ! plaisanta Rosa qui arracha un gloussement nerveux à son compagnon qui peina à cacher ses joues rouges.
-…Ensuite, Rosa…ma chérie, merci, mais alors merci de prendre cette surprise avec tellement d'humour et de bienveillance spontanée. Aussi heureux suis-je aujourd'hui, j'ai cru que j'allais exploser quand j'ai appris la nouvelle. Le monde s'est arrêté avant qu'il me fasse ouvrir les yeux sur un nouveau qui promet d'être plus beau.
-Que d'émotions, fit Alexy en reniflant bruyamment. Le pauvre était déjà en larmes mais les cachait derrière son humour : Imaginez le jour de son mariage ! Il sort les violons…
-Arrêtez de m'interrompre ! rougit Leigh : Vous avez demandé un discours maintenant vous me laissez finir ! (Il renifla à son tour, au bord des larmes) C-C'est important aussi que vous soyez là, parce que l'on sait, Rosalya et moi, que vous avez partagé cette nouvelle, ce changement, en premier lieu avec nous deux et c'est réconfortant de se sentir ainsi entouré, je crois que ces derniers temps c'est qu'il nous manquait… avoua-t-il, d'une voix plus triste qui me toucha tant qu'il me fallut me faire violence pour ravaler ce semblant d'émoi qui brûlait mes yeux. De son côté, Rosalya ne se retint pas et rejoignit Alexy, tête contre tête, en partageant leurs larmes. Je jetai un regard discret à Tallulah qui écoutait Leigh avec attention, les yeux brillants et les lèvres pincées.
-J-je crois que j'aurais voulu que mon petit frère soit là, lui a qui je confiai toujours tout lorsque l'on vivait ensemble, j'ai été…confus, après son départ et je crois…(il tourna son regard sur moi et je le sentis partager son émoi) Je crois que je n'imaginai pas possible de renouer confiance avec quelqu'un extérieur à la famille. Je suis content d'avoir croisé ton chemin Rayan et encore plus de te savoir ici ce soir.
Je voulus lui répondre, mais ma gorge resta serrée par le flot d'émotions qui me gagnait, et je ne pus qu'agiter la tête en baissant mes yeux humides. Il rit avant de m'entourer les épaules avec affection, puis reprit : Alexy, grâce à toi et tes achats, nous ne manquerons pas de biberons !
-Tu pourras t'entraîner pour le vôtre avec Morgan ! murmura bruyamment Rosalya, ce qui fit rire tout le monde, dont le jeune homme qui avoua que c'était encore tôt pour lui d'être père, mais qu'il acceptait la proposition, juste pour le plaisir de voir le bébé vomir sur ses parents quand il leur rendra !
-Je sais que Rosalya s'appuie sur toi, autant que tu le fais, et de voir qu'elle aura toujours ta force et ton dévouement derrière elle me rassure à un point que tu n'imagines pas. Je sais que les amis proches de Rosa se comptent sur les doigts de la main, mais ton amitié seule écrase les autres. Enfin, sauf une…
Avec une reconnaissance démesurée, Rosalya et Leigh s'adressèrent à Tallulah qui haussa les sourcils l'air légèrement surprise.
-Merci. Pas uniquement d'être là Tallulah, mais…nous n'avons encore jamais eu l'occasion de te le dire en toute franchise, avec des mots, comme ce soir…mais…
Un flot de larmes roula sur les joues de Leigh et si Alexy et moi en fûmes attendris, de son côté Tallulah sembla afficher de la compassion.
-Je vais reprendre, susurra Rosa avant de s'éclaircir la voix : le discours dévie un peu, mais c'est nécessaire. Pour nous deux en tout cas. Tal', ma puce… d'amie, tu es devenue belle-sœur, et une de celle qui est présente pour ses deux familles. La sienne, et celle de son compagnon. Je pense que Lysandre ne pouvait rêver mieux que toi comme première petite amie, et Leigh comme première belle-sœur, et pour moi tu en es une, de sœur…Du moins, en tant que fille unique, je ne peux que m'imaginer le sentiment. Et vous aimer Alexy et toi, est la meilleure chose que j'ai jamais pu ressentir après avoir aimé Leigh, et enfin, ce petit qui viendra bien assez tôt ! Alors, avec Leigh on tenait à te demander…parce que ça nous semble le plus naturel vis-à-vis de nos sentiments, mais est-ce que tu accepterais…je sais que c'est encore tôt d'y songer, et pour le moment on ne fait qu'en parler mais…
-Rosa, le disque commence à rayer, intervint Alexy sûrement pour détendre son amie qui semblait de plus en plus nerveuse. Alors qu'elle allait reprendre, Tallulah hocha déjà la tête, avant même d'avoir entendu la suite et déclara fébrilement.
-Oui…peu importe si vous allez au bout de votre idée ou non, mais sachez que j'accepte d'être la marraine si vous baptisez l'enfant.
-C-comment est-ce…soufflai-je, incrédule, et retrouvant ma voix, bien qu'éraillée.
-Haha, c'est ça que j'admire chez elle, reprit Leigh qui reprenait contenance : Elle a une telle empathie, que j'ai l'impression qu'elle te sonde d'un regard et parvient à trouver les mots justes qu'on a besoin d'entendre.
Je me souvins de la compassion qu'elle arbora tantôt…je compris alors, qu'Alexy et moi avions sûrement tout faux, dans ce qu'essayait de partager Leigh. Et sans l'avoir exactement prononcé, Tallulah sut d'emblée ce dont il s'agissait et la douleur que dut ressentir mon ami. Car si ce n'était pas du bonheur…je ne pouvais qu'imaginer l'inverse.
-Merci, lui murmura-t-il et Tallulah lui répondit par un sourire radieux : Tu sais, il est borné mais il est capable d'entendre raison si on le brusque un peu.
Elle rit en secouant la tête d'une mine désabusée, avant de dire :
-Laisse ton frère tranquille, nous avons fait un choix et c'est mieux ainsi…sourit-elle non sans libérer un soupire.
-On ne se quitte pas en disant qu'on s'aime, Tal', reprit Leigh, un peu plus sérieusement : On en est venu à en parler au téléphone, quand je lui ai annoncé la nouvelle pour Rosa, et il-
Un grésillement sila et fit grimacer tout le monde dans la salle. Puis, une voix féminine s'excusa en utilisant un micro. Nous comprîmes qu'ils faisaient les tests du son, et que la soirée allait bientôt commencer.
-Leigh, finit ton discours avant que les baffles ne couvrent ta voix !
L'interpellé se pinça les lèvres en lançant un regard affectueux à Tallulah qui le lui rendit avec une sincérité palpable. « J'ai bon espoir qu'ils se remettent ensemble ». Oui…il l'espérait vraiment plus que ce que je ne pus m'imaginer.
Amoureusement, Leigh vint étreindre sa compagne qui rit contre son cou.
-Rosalya, tout ce que je peux te dire de plus c'est que je t'aime. Merci à vous tous.
-Oh, allez on lève le coude maintenant ! s'enjoua Alexy en levant son verre le premier et tous, nous le suivîmes en venant les entrechoquer bruyamment, et tant pis si des gouttes tombaient sur la table.
Ceci marqua le début d'une riche soirée.
Dans l'agitation, une sonnerie attira notre attention, et nous nous regardâmes tous en sortant nos portables pour savoir d'où cela provenait. Il s'agissait de Tallulah qui s'excusa platement.
-Je vais l'étein…OH ! OH !
Sans comprendre ce qu'il se passait, elle se leva, s'excusa une nouvelle fois, avant de sortir du bungalow sans même prendre sa veste. Depuis la vitre, nous pûmes la voir décrocher en s'agitant nerveusement.
-Euh, on peut m'expliquer ? fit le jeune homme.
-Je dois avouer que je suis aussi perdue que toi, glissa Rosa…
-Elle était prête à éteindre avant de voir le numéro, ce doit être important, laissons-là, fit Leigh en prenant une gorgée de son cocktail.
-Oh, mon chéri, tu ne fais pas des discours souvent mais alors celui-là on s'en souviendra ! s'exclama Rosalya en lui dérobant de chastes baisers qui fit sourire son compagnon : Mais de quoi tu parlais avec Tal ? Pas de Lysandre j'espère !
-Si, je voulais lui dire que Lysandre espérait pouvoir trouver le temps pour venir nous voir, mais aussi pour revoir Tallulah. Il a des choses à lui dire apparemment.
-Vraiment ? Tu sais chéri, c'est bien que tu te soucies à ce point de Lysandre, mais je le connais, il préfère gérer ça seul. Et ce n'est pas ton genre d'être si insistant, d'autant plus que c'est de leur vie privée qu'il s'agit.
-Houlà-là…Leigh, sort de ce corps et toi Rosa, revient dans celui de ma pote ! rit Alexy.
-Quand je sais que mon frère n'est pas heureux, forcément que j'insiste. Il a changé depuis qu'ils se sont séparés, et je ne peux pas croire que Tallulah ait pu tourner la page.
-Lysandre a rencontré d'autres femmes, bien sûr qu'il a tourné la page aussi !
-Cela n'a jamais duré, et de ce que j'ai compris, pour Tallulah non plus. Si ça ce n'est pas vouloir dire qu'ils doivent se revoir…
-Et si ça les blessait plus qu'autre chose ? Leigh, ne joue pas les cupidons, ça, c'est mon domaine. Et mes flèches me disent qu'ils ne se planteront plus pour faire tomber Tallulah dans les bras de Lyschou !
Avec Alexy, nous nous lançâmes un regard qui en disait long sur notre malaise.
-Tu passes un bon début de soirée ? me souciai-je.
-Merveilleux ! Et toi ? Tu verras, on est de bons vivants ! Et puis je vois que tu sais comment taquiner Tallulah, sa langue à tendance à fourcher sans qu'elle ne s'en rende compte.
-C'est assez comique en effet !
-Excusez-nous, fit Leigh en promettant de ne plus mettre sur la table des sujets privés.
-Ouais…et moi je le soupçonne d'en savoir plus qu'il ne le dit, fit Rosalya en me jetant un regard en coin, lourd de sous-entendus.
Mon sourire s'étira malgré moi.
-Comment ça ? s'enquit Leigh en lançant un regard confus à Alexy qui l'était tout autant.
-Ouais, tu fais genre t'es tout calme tout sage, mais tu crois que je ne te vois pas mater ma meilleure amie du coin de l'œil ? hm ?
-J'vois pas de quoi tu parles, marmonnai-je en prenant une gorgée de mon cocktail. Ma gorge semblait sèche tout à coup.
-Mais t'as fait la même remarque à Tal', quand Rayan s'est levé saluer le responsable administratif.
-Je voulais voir sa réaction, mais Tal' parvient mieux à cacher ce genre de chose, Rayan me semble un peu plus expressif, renchérit-elle en me souriant avec malice : Ils sont trop complices…trop rapidement pour une première soirée en tout cas.
-Après, c'est le feeling ça ! rétorqua Alexy.
Mais je ne pouvais lui dire à quel point son amie avait raison. Enfin, avec ma cadette nous nous étions mis d'accord de tout avouer s'ils venaient à se rendre compte de quoi que ce soit. Cependant, je préférai qu'elle soit présente, au cas où je commettais une bourde. Et j'aimerais qu'elle fasse vite ! me hurlai-je en mon for intérieur, commençant à manquer de cocktail.
Essoufflée, souriante, pressée, elle nous rejoignit enfin en agitant son portable comme un trophée.
-Bon alors, qui était-ce de si important pour que tu t'en ailles comme une voleuse ?
-Ouf ! soupira-t-elle en prenant place sur le banc. Attends, j'ai besoin de m'hydrater…(elle bus son cocktail cul sec) C'était Monsieur Castillon ! s'écria-t-elle en joie. Mais personne ne réagit aussi expressivement qu'elle…nous étions même un peu perdus.
-Et ? On doit savoir qui c'est ? fit Alexy, en arquant un sourcil d'un air sceptique.
-Bah quand même ! Je-
Mais oui ! Je l'interrompis alors que la lumière se faisait dans mon esprit.
-C'est ton proprio ! m'exclamai-je en tapant le plat de ma main sur la table : Il t'a enfin donnée une réponse ? Tu l'as ?
Un long silence survint autour de la table et mon engouement redescendit d'un cran quand je me rendis compte de ce que je venais de faire. Caressant ma barbe en croisant le regard stupéfait de Tallulah, je lui adressai un petit « désolé… » étouffé dans ma main.
-Si eux…étaient au courant, toi t'étais pas censé l'être…marmonna-t-elle en me chipant mon cocktail pour boire la fin, comme son verre était déjà vide.
Rosalya, les bras croisés, et l'air toujours taquin, se pencha pour me regarder :
-Tu ne vois toujours pas de quoi je veux parler ? s'amusa-t-elle avec une pointe de sarcasme, avant que je ne m'enfonce dans mon siège, sûrement plus rouge que jamais.
Tallulah se redressa, puis posa les mains sur la table en triturant le bijou accroché à son portable. Nous comprîmes qu'il était peine perdu de continuer notre petit jeu.
-Je dis ou…tu ?
-T'as indirectement commencé, je vais poursuivre, histoire que je te soutienne ! rit-elle.
-Oh merde ils sortent ensemble, dramatisa Alexy en cachant l'exclamation que formait sa bouche.
-Non, non, mais on se voit en dehors des cours, expliqua calmement Tallulah : ça s'est fait naturellement, mais comme on ignore jusqu'où les choses peuvent aller, on essaie d'être discrets. Enfin (elle me sourit en coin) le plus possible.
Je ris en m'excusant une énième fois.
-Je trouvai bizarre, que vous soyez si à l'aise à vous tutoyer, je veux dire…même quand je te vois en boutique avec Leigh, ma langue arrive à fourcher alors que je ne t'ai même en professeur ! Mais pourquoi ne pas nous l'avoir dit ?
-C'était pour un pari, repris-je en souriant. La vérité est qu'on a fini par deviner que nous serions tous deux présents à cette soirée, et on n'a juste pas compris pourquoi vous ne nous aviez rien dit. Du coup, on s'est mis au défi de rester le plus neutre possible, mais j'ai foiré en beauté, haha !
-Hein, alors comme ça, ça ne me dit même pas que mon prof principal sera des nôtres ? se vexa faussement Tallulah en les provoquant d'un signe de tête.
-Haha, maintenant que tu le dis, on n'a même pas fait le rapprochement ! intervint Leigh : Je vois Rayan plusieurs fois dans la semaine, on va manger ensemble, on sort boire un verre…et c'est devenu tellement usuel de se côtoyer que je retire son statut de prof et lui, mon statut de modiste. Et comme on ne parle pas trop des étudiants quand on se voit… !
-Oui, j'me doute, rit ma cadette à qui je posai un regard tendre alors qu'elle me souriait.
-Bon alors ? Tu l'as cet appart' de rêve ? fis-je.
Un petit cri empli de joie et d'excitation s'échappa de sa gorge alors qu'elle s'agitait à nouveau sur le banc.
-Je l'ai, je l'ai, je l'ai ! Je l'ai contacté tout à l'heure, tu te souviens Alex' ? (Ce dernier opina vigoureusement) Et il attendait un client à ce moment-là, qui a annulé au dernier moment, il devait en faire visiter un autre dans la soirée, mais de colère, il lui a dit de ne pas venir car l'appartement était loué, puis là il vient de m'annoncer que Chani et moi on va avoir les clé la semaine prochaine après la signature ! Hiiiiii !
-Bon sang, mais c'est super ça ! Roh là-là, la crémaillère de malade qu'on va faire ! s'enjoua Rosalya en poussant Alexy pour rejoindre Tallulah qui l'attira dans ses bras avant de la faire s'asseoir sur ses genoux : On aurait dû inviter Chani…
-Je lui avais proposé mais…(elle eut un sourire taquin) disons qu'elle est prise ce soir.
-Hé, pas besoin d'étaler sa vie sexuelle comme ça ! la charia Rosalya.
-Q-Quoi !? Mais non ! Mais hé, ho, vous n'allez pas vous exciter sur chaque mot que je prononce, si ?
Un fou rire général la fit lever les yeux au ciel, avant de nous rejoindre.
-Il faut quand même que je la prévienne, je vais lui envoyer un message, on ne sait jamais si…(elle se tut et fit mine de réfléchir) ouais, oubliez, je lui envoie juste un message !
-Tu as pressenti la bourde ? demandai-je. Elle tira le bout de sa langue en terminant d'envoyer son texto.
-Morgan ! s'écria soudainement Alexy, dont la voix perçait à peine à travers la musique qui ambiançait le bungalow depuis quelques minutes.
Nos regards se posèrent sur un homme assez grand qui faisait signe à Alexy, accompagné de Hyun que je reconnus aussitôt, -et qui, au vu de son regard perçant, m'eut également reconnu- ainsi que deux autres personnes que je ne connaissais pas. Une jeune femme aux longs cheveux de la même couleur que ceux de Tallulah, typée, avec de grands yeux clairs et un jeune homme dont le visage ne m'était pas si inconnu que cela. On dirait ce type sur les affiches de ce groupe-là…Crowstorm ?
-Ah ! Bah même Castoche est venu !
-Haha, Castoche, je vais retenir ! rit la jeune femme qui s'approchait de Tallulah : Hé, mais qui vois-je ? Ma Tallulah !
L'interpellée se leva pour venir embrasser chaudement son amie qui me remarqua par-dessus leur étreinte.
-Oh ! Un invité surprise ? sourit-elle avant de venir me saluer d'une simple bise que je lui rendis poliment.
Tallulah me sourit avant de poser un regard sur Leigh qui me présenta à tous comme étant son ami.
-J'ai déjà vu votre tête, vous ne seriez pas le fameux nouveau professeur dont tout le monde parle ?
-Oh, euh…j-je ne sais pas, je ne me sens pas si célèbre en tout cas.
-C'est bien ton professeur ? questionna-t-elle ensuite à ma cadette qui opina simplement d'un hochement de tête : Ah ! Donc c'est vous ! Vous êtes connu à Anteros.
Je ne fis pas d'autre remarque, suffisamment embarrassé par la situation. Seulement, j'ajoutai qu'ils pouvaient oublier mon titre de professeur pour au moins cette soirée.
-Ça marche pour moi, de toute façon ta tête me dit rien, donc t'es tranquille, annonça le jeune homme roux qui, je finis par l'apprendre, était bien le chanteur du groupe Crowstorm.
Nous nous serrâmes la main avant qu'il ne se tourne vers Tallulah à qui il fit une étreinte affectueuse.
-Fait longtemps qu'on n'a pas pris un verre ensemble depuis que Lysandre et toi êtes séparés, l'entendis-je lui dire en lui souriant.
-On s'est bien vu après, rappelle-toi, t'as même dormi chez mes parents !
-C'est vrai, puis j'ai commencé mes tournées. Bon, il n'empêche qu'on a beaucoup de verres à rattraper, rit-il avant de s'asseoir à sa place. Il ne le savait pas bien sûr, mais Tallulah finit par se retrouver sans place à force de se décaler pour laisser passer les autres.
Un jeune homme, que je compris être le petit ami d'Alexy me serra la main puis, se fut autour du jeune serveur qui sembla quelque peu contrarié. Je haussai un sourcil, alors que je lui tendais la main qu'il ne semblait pas vouloir prendre. Ayant remarqué le malaise, Tallulah se glissa derrière lui, enroula sa taille et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur l'épaule, par-dessus le pull gris anthracite à col en V, qu'il portait, avant de dire :
-Hé, pas ici...
Elle me fit un clin d'œil alors que j'eus retiré ma main pour croiser mes bras dans une posture fermée. Soupirant, je la tendis à nouveau et Hyun vint enfin la serrer rapidement en m'adressant un hochement de tête. Puis, se tournant vers Tallulah, cette dernière lui adressa un sourire tendre et un regard affectueux qu'il lui rendit avec une pointe d'amertume.
-Fallait vraiment que tu l'amènes avec nous ? l'entendis-je alors qu'il la prenait dans ses bras.
Je détournai le regard en essayant de me concentrer sur ce que les autres disaient, non sans serrer la mâchoire. Quelque chose avait changé, et cela se sentait. Déjà, ils s'étaient réconciliés…mais à quel point ?
-Hé, premièrement je ne l'ai pas amené, et deuxièmement, même si je l'avais invité de mon plein gré cela changerait quelque chose ? lui demanda-t-elle, soucieuse et attentive à ses réactions.
-Pas vraiment, je ne m'attendais juste pas le voir, c'est tout. Il te colle ou quoi ?
-Haha, c'est plutôt l'inverse, je suis aussi pénible que de la glue !
Je souris en coin en l'entendant prendre cette situation avec humour, bien qu'elle semblât fort inquiète pour son ami.
-Bon les amoureux, vous prenez place ou bien … ? commença Alexy en laissant sa phrase en suspens, laissant libre cours à notre imagination afin de comprendre ses sous-entendus.
-Ah, il y a des potins qu'on ne m'a pas dit ! fit Priya qui se décalait pour laisser une place entre Morgan et elle afin de laisser Hyun s'asseoir. Je vis Tallulah chercher une place des yeux…
Ils sont sérieux ? M'outrai-je un peu en regardant autour de nous. Plus une seule place et ils discutent comme ça ?
-Il ne s'est rien passé, renchérit Hyun.
-Mouais, c'est ce qu'on dit ! rit Rosa.
-Non, mais, si vous voulez prendre votre temps pour nous le dire…pas de souci ! les charia son acolyte qui se reçut un regard désabusé de la part du serveur.
-B-Bon, on ne va pas rester sans rien dans les mains ! Je paie la prochaine tournée, fit Tallulah en se recevant la gratitude de ses petits camarades.
Je secouai la tête en me levant de mon siège pour la rejoindre alors qu'elle prenait les commandes de tout le monde.
-Je vais te chercher une chaise, lui glissai-je.
-Oh, je l'aurais fait en revenant…m'assura-t-elle en prenant ma main pour me retenir. Se rendant compte de son geste, elle alla se reculer mais je gardai ses doigts entre les miens et lui souris.
-Occupe-toi déjà de ta tournée.
-D'accord, je te prends quoi ?
-Même chose que toi, je ne suis pas difficile, assurai-je en ajoutant un clin d'œil.
-Alors ce sera deux Lynchburg Lemonade !
-Hé, t'avais pas dit pas d'alcool pour toi ce soir ? lui rappelai-je mi-soucieux mi-taquin.
-Bon, ce sera le seul.
Elle me sourit avant de reculer jusqu'au bar, et je pris la direction d'une table pas encore totalement remplie.
-Bonsoir, fis-je en souriant poliment : Il nous manque une chaise, c'est possible de vous en prendre une ou vous attendez quelqu'un ?
L'un d'eux me tira une chaise et me la laissa avec plaisir. Je les remerciai et revins auprès des autres sous le regard curieux de Leigh.
-Il manquait une place ?
-Pour Tallulah, oui, fis-je en plaçant la chaise au bout de la table, notre précédent siège pris par d'autres clients à la table d'à côté, avant que les autres ne nous rejoignent.
Leigh me sourit en ajoutant qu'il me trouvait drôlement attentif. Il se pencha vers moi, les bras croisés avec sérieux mais semblant ouvert à une discussion légère.
-Je suis d'accord avec Rosa, vous semblez plutôt complices quand même.
-Disons que le courant passe bien…avouai-je en me massant la nuque : Mais de ce que je vois, ça a l'air d'être difficile de ne pas l'apprécier.
-Haha, Tallulah est ce qu'on appelle une perle rare, s'enjoua Priya qui nous eut entendu et qui se trouvait juste en face de moi : Enfin, je pense que nous le sommes tous aux yeux des autres, mais dans son cas, si parmi tous mes amis, je devais désigner celle ou celui qui sort le plus du lot, je dirais sans aucun doute que c'est elle.
-J'suis bien d'accord, renchérit Alexy, assis sur les genoux de son compagnon : Elle est parvenue à faire lever les yeux de mon frère de sa console plus d'une fois, rit-il : Moi-même j'ai encore du mal aujourd'hui.
-Armin ? fit Rosa.
-Bah oui ! Evan à d'autres choses en tête que les jeux-vidéo haha !
-Hm, ça va ce n'est pas incroyable non plus, souligna le chanteur : Moi ce qui m'a toujours surpris, c'est sa capacité à se fourrer dans des emmerdes pas possibles !
-Haha, tellement vrai ! Mais bon sang, ce qu'elle a pu en aider des gens, sourit Rosalya avec une infinie tendresse sur le visage.
Hyun, Morgan et moi étions les plus attentifs du lot, écoutant les récits des autres au sujet de leurs anecdotes communes passées au Lycée sweet amoris. Nous en apprîmes plus sur Tallulah, et même si je n'étais qu'un public dans toute cette conversation, cela m'enchanta, car j'eus la réelle impression de la connaître et la comprendre un peu plus. J'étais certain, que la suite de notre relation aboutirait à des révélations de ce type, hier encore nous en partagions, mais elle eut passé plus de temps à m'écouter qu'à me parler d'elle, et je compris, que ce trait de caractère ne datait pas d'aujourd'hui.
Revenant enfin avec deux plateaux chargés de boissons et tout genre d'encas, je lui adressai un sourire qu'elle me rendit en m'interrogeant du regard. Nous l'aidâmes tous à poser les affaires, avant qu'elle ne prenne place au bout de la table, non sans rapprocher sa chaise du coin de la banquette où j'étais assis.
-Pourquoi tu me regardes comme ça ? murmura-t-elle en portant son verre à ses lèvres peintes en un rouge au cœur foncé, telle une rose pourpre aux pétales de velours.
-Tu disais quoi tout à l'heure ? Que ça allait être ta soirée ?
-Roh là là, vous parliez de moi dans mon dos … grogna-t-elle en rougissant.
-Hm (je pris une gorgée de mon verre) on a dit de ces horreurs ! plaisantai-je.
-C'est bête, je n'ai rien à entendre sur toi, moi…Et ce n'est pas Leigh qui irait partager des « dossiers » sur ton compte.
-Haha, chaque chose en son temps, lui assurai-je : en tout cas, tu comptes beaucoup pour tes amis, c'est vraiment touchant.
-Et ils me sont très précieux, souligna-t-elle dans une sincère douceur.
-Je sais, je le vois à chaque fois que vous êtes ensemble Chani et toi. Tu prends soin d'elle autant qu'elle prend soin de toi.
Elle sourit, en fixant nos verres posés l'un à côté de l'autre sur lesquels se formait de la buée, qui s'égouttait jusque sur les dessous de verre, tant leur fraîcheur jurait avec la chaleur ambiante du bungalow.
-Tu as des nouvelles d'elle d'ailleurs ? Tu lui as bien dit pour l'appartement ?
Ma cadette hocha vigoureusement la tête.
-Mais je n'ai encore rien reçu, je suppose que sa soirée se passe bien, on aura le temps de se voir demain.
Nous continuâmes à discuter un peu tous les deux, jusqu'à ce qu'un débat général sur les musiques que passait le DJ n'éclate.
-Je suis très vieux jeu, mais les années 80 à 2000, sont les meilleurs tubes ! fis-je en levant les mains avec un air innocent.
-Les remix d'accord ! Mais pas les beats originaux ! se scandalisa Alexy.
-Ce n'est pas en fin de soirée qu'on passe des anciens tubes en règle générale ? s'étonna Priya.
-Non, non, en fin de soirée, on a le droit à du Patrick Sébastien, rit Tallulah.
-Quoi ? T'aimes pas les sardines ? plaisanta Castiel.
-Ce n'est pas mon délire…avoua-t-elle en haussant une épaule.
-Tu faisais de la danse avec Stéphan dans ton ancienne fac, non ? Pourquoi t'as pas repris en venant à Anteros ? s'enflamma soudainement Rosalya, très curieuse.
Stéphan ? Je compris qu'il devait être un ami de son ancienne fac… Hyun parut aussi perdu que moi.
-Oui on en a fait, il y a même eu des clips vidéo pour l'évaluation finale sur présentation libre. Je crois qu'on peut en trouver sur le site de la fac, je te montrerai ça la prochaine fois. Et pour répondre à ta question, si je n'ai pas repris la danse c'est simplement parce que je tenais à me trouver un travail pour me payer ma chambre et que le café me prend beaucoup de temps, comme le mémoire d'ailleurs… et le reste des cours…Merde, j'ai une organisation vraiment pourrie !
Tout le monde s'esclaffa face à sa moue à la fois choquée et sérieuse comme si elle venait de faire la découverte du siècle.
-Donc il n'y a aucun remède pour tes retards ? renchéris-je, ce qui me valut de recevoir une petite tape sur le bras.
-Mais tu vas bien nous montrer tes talents ce soir, non ? s'agita Priya qui secouait déjà les épaules.
-Mes talents, houlà…c'est un peu fort ! En vrai, j'ai honte de l'avouer mais je suis allée dans ce club uniquement parce que Stephan qui lui, danse depuis tout petit, et fait partit d'une troupe de music all, m'a promis de m'aider à gratter des points supplémentaires, ricana-t-elle en cachant sa gêne d'une main : Mais ! J'ai bien appris deux trois pas…enfin, j'en ai appris plus que ça, mais j'en ai retenu deux trois.
-Bah bien, on sent que tu étais investie ! railla le chanteur en prenant une gorgée de son verre.
-T'as pas idée, haha !
-Hyun aussi danse bien, s'exclama Alexy en secouant gentiment son camarade.
-Euh…non, rougit-il.
-Pourtant, à la soirée de Tal', tes pieds glissaient bien sur le sol ! renchérit Rosalya.
Je me souvins alors de ce soir, où nous nous étions croisés à la supérette près de la fac. « Vous organisez une soirée sur le campus ? », « Euh…oui, dans ma chambre, je sais que c'est interdit mais on n'a pas trouvé d'autre endroit où la faire, désolée… », « Haha, avec moi vous ne risquez rien ! ». Ils parlent de ce soir-là ?
-Si tu veux, prochaine musique, tu danses avec nous ! proposa la jeune indienne qui s'était penchée pour croiser le regard du serveur.
-Et me payer la honte devant les autres ? P-Pas question, baragouina-t-il avant de taire sa voix dans une gorgée de son verre.
-C'est ça, picole, tu danses mieux ! souligna Morgan dont les paroles manquèrent faire s'étouffer le jeune homme.
-Mais fichez-lui la paix, soupira Tallulah, un sourire en coin.
-Quoi ? On ne va tout de même pas rester assis toute la soirée ? Allez, la prochaine on va danser !
-Priya a le feu !
-Tu viendras ? tenta tout de même ma cadette à son collègue qui haussa une épaule en soupirant : Je conduirais, tu n'auras qu'à suivre et faire la même chose. Et oublie les autres, on s'en fiche, et eux n'en ont rien à faire de nous. S'il y en a qui te matte, dis-toi que c'est parce que t'as un joli cul !
-Hé !
-Quoi ? Je suis certaine que Clémence serait d'accord avec moi, haha !
Au même moment, une « tic tic tac » de Carrapicho vint ambiancer la piste. Plusieurs clients, de tous les âges se levèrent précipitamment de leurs sièges pour grossir les rangs des danseurs. Tallulah se leva, prit la main de Priya qui sautilla de joie alors qu'elles se dirigeaient vers Hyun qui secouait les mains dans un refus catégorique, et pourtant, pris par les deux jeunes femmes, il se fit traîner jusqu'à la piste.
-Ça promet d'être intéressant, pouffa Morgan qui s'était placé de façon à ne rien manquer, tandis que Rosalya avait sorti son portable pour tout filmer.
-Là, ça sent le dossier, ris-je.
-Hein ? Il va en entendre parler toute sa vie de ce moment ! renchérit Leigh : Tu ne vas pas les rejoindre ?
-Je veux voir ce que ça va donner, avouai-je, un peu taquin.
-Pourtant elle te fait signe.
-Hm ?
Me penchant sur le côté, ma vue un peu bloquée par la tête de Castiel qui regardait également la scène, je vis Tallulah qui me faisait signe du doigt, me demandant de la rejoindre. Je secouai la tête, vraiment curieux de voir comment elles allaient décoincer ce jeune serveur à la posture aussi parfaite qu'il avait un sale caractère dissimulé sous un sourire d'ange.
Elle haussa un sourcil, et secoua son doigt d'un air menaçant, me faisant comprendre qu'elle n'en avait pas terminé avec moi. Puis, son amie et elle se mirent de chaque côté de Hyun qui les regardaient nerveusement en train de se placer. Tallulah fut la première à lui montrer le pas, qui, pour le connaître, était relativement simple, puisqu'à cette époque, les chorégraphies étaient principalement centrées sur le refrain et donc, se répétaient sans cesse.
Après quelques essaies, Hyun finit par se décrisper, ce qui l'empêchait sérieusement de se mouvoir jusque-là. Tallulah sembla lui répéter de plier les genoux plus bas, mais il ne s'exécutait pas. D'un pincement derrière la jambe, il plia un genou qui tomba à terre, sous les rires de Priya qui finit par danser avec Tallulah dans une chorégraphie parfaitement synchronisée.
-Le pauvre, elles l'ont achevé ! gloussa Rosalya qui reposait son portable.
Les filles partirent dans une danse improvisée avant de se faire embarquer par d'autres cavaliers qui les firent tournoyer, puis d'autres suivirent jusqu'à la fin de la chanson qui s'enchaîna avec une lambada. Celle-là…c'était pour moi.
-Bon, je vous laisse mes affaires dis-je avant de rejoindre Tallulah qui avait quitté sa cavalière inconnue pour me tendre les mains. Dans un tournoiement rapide, je la plaquai tout contre moi, comme se voulait la « danse interdite » et ses éclats de rires rythmèrent nos pas.
-Attends ! me fit-elle soudainement avant de retirer ses chaussures qu'elle lança à Priya qui les récupéra au vol. Elle repartait s'asseoir avec un Hyun au dos courbé : C'est mieux, déclara-t-elle avant de replonger dans mes bras.
Jambes mêlées, bassins collés, regards croisés, nous parcourûmes toute la piste au rythme de la mélodie. Au moment du double renversé, nous et deux autres couples de danseurs, eûmes le droit à des exclamations impressionnées tandis qu'un cercle s'était formé autour de nous.
-Je pensai que tu ne voulais pas danser, me glissa-t-elle.
-Je voulais m'assurer que tu n'étais pas si mauvaise que ça, ris-je avant de la faire tournoyer une fois à gauche, puis à droite, avant de la ramener contre moi.
-Verdict ?
-Tu te sous-estimes ! rétorquai-je avant de lui faire un énième renversé sur lequel je vins m'attarder pour, je l'avouai, profiter de la vue qu'offrait sa gorge nue et dégagée.
Quand je la redressai, nos fronts se collèrent presque et je vis ses yeux vairons caresser ma bouche d'un regard furtif. Lorsqu'elle les releva pour croiser les miens, elle se mit à sourire avec bonheur et cela fut contagieux. Riant comme des biens heureux, nous finîmes la chorégraphie jusqu'au bout de la chanson, avant d'enchaîner avec un tube d'été plus récent. Nos corps se décollèrent un peu pour faciliter nos mouvements mais nos mains, elles, semblaient impossible à dénouer. Et ce fut comme ça jusqu'à ce que Rosalya vienne nous chercher, pour nous signaler que Leigh et elle s'en allaient.
Guidé par Tallulah qui nous ramenait à la table où se trouvaient toujours Castiel, Morgan et Hyun. Nous vîmes Leigh qui rassemblait ses affaires, tout en nous rendant les nôtres qu'il eut précédemment coincé avec.
-Ça va aller pour le retour ? Vous allez avoir un bus ? Vu ce que j'ai bu je ne prendrai pas la voiture, mais je peux passer les clés à Rosalya si elle ne se sent pas trop fatiguée, m'inquiétai-je.
-Il n'est que minuit trente, il y a des bus toutes les demi-heures le week-end de la compétition, jusqu'à deux heures. Mais c'est vraiment gentil comme proposition, Rayan. Je la garde pour la prochaine soirée ! rit mon ami avant de me donner une accolade affectueuse.
Tallulah lâcha ma main pour aller embrasser Rosalya qui avait fini par retrouver Alexy et Priya. Leigh s'éloigna et me demanda soucieusement :
-Je ne sais pas si tu l'as déjà prévu, mais bon…je te demande ça parce-que je vois que vous vous entendez bien…Tu pourrais la raccompagner ? Je ne sais pas combien de temps t'as prévu de rester encore ici ma-
Je l'interrompis gentiment en frictionnant son bras d'un geste bienveillant.
-Elle rentrera entière au dortoir, je te le promets.
-Merci, sembla se soulager Leigh : Avec Rosa, on ne savait pas trop comment ça allait se passer. On voulait la ramener mais elle semble passer une bien trop bonne soirée pour qu'on la freine maintenant, haha !
Sa compagne nous rejoignit pour me saluer chaudement avant de secouer son portable.
-J'ai des choses à t'envoyer ! plaisanta-t-elle en me faisant comprendre qu'elle avait des dossiers sur moi. Qu'est-ce que j'ai fait ? m'inquiétai-je non sans amusement.
Un bras vint enrouler ma taille en me tirant vers l'arrière. Après avoir embrassé Leigh et les remercier, Rosalya et lui, pour cette soirée, Tallulah m'entraîna avec elle au bar, où elle commanda deux autres verres. Elle se prit un simple jus de fruits et je la suivis après qu'elle eut demandé ce que je voulais boire. Elle en profita pour se chausser.
-Tu danses pieds-nus, toi ? m'étonnai-je.
-J'ai voulu mettre des talons pour faire ma belle, mais penses-tu, je n'ai pas envie de finir avec des ampoules partout haha !
-Haha, au moins t'es honnête, ris-je en remerciant le serveur qui venait de déposer nos verres.
-T'en doutes encore ? fit-elle en se redressant sur son tabouret.
Je secouai la tête en souriant en coin.
-Non…soufflai-je.
Il y eut un petit silence que nous comblions par des œillades complices. Puis, se tournant à demi pour me faire face, Tallulah me demanda :
-Tu te n'es pas trop ennuyé j'espère… ?
Vraiment étonné par cette question, je haussai les sourcils et lui demandai pourquoi me serais-je ennuyé.
-Avec tout ce monde autour de toi, je craignais que tu ne sois pas trop à ton aise.
Elle fait vraiment attention à tout le monde, me dis-je, en sentant mon cœur être bercé de tendresse. Puis, venant demander son autorisation pour un nouveau contact, je glissai ma main près de la sienne et vins caresser le dos de sa main avec mon auriculaire. Aussitôt, elle renversa sa main pour ouvrir sa paume, me faisant comprendre que je pouvais venir entrelacer mes doigts aux siens. Ce que je fis en rapprochant mon siège du sien.
-Je passe une merveilleuse soirée, Tallulah… Mais j'ai peut-être un peu honte de t'accaparer comme je le fais, alors que tes amis sont là.
-Hé, fit-elle doucement : je te semble contrariée d'être avec toi ?
-Haha, non, ou alors tu caches bien ton jeu !
-Mes amis, je les vois tous les jours à la fac, en dehors des cours, pendant nos soirées chez les uns et les autres. Je les aime, et je pense que tu l'as compris ce soir…
J'opinai du chef.
-Mais là, j'ai l'occasion de pouvoir passer du temps avec toi, sans t'entendre me rabâcher que ce n'est pas « convenable » (elle leva les yeux au ciel en prenant une voix nasillarde, et je ris) je veux en profiter à fond, Rayan.
Mon cœur rata un battement en l'entendant prononcer mon prénom avec tellement de chaleur et de profondeur dans sa voix. Je l'eus sentie fébrile, craignant sûrement mon retour, mais avec mes nouvelles résolutions, ma cadette n'avait rien à redouter de ma part. D'autant plus avec nos révélations de jeudi soir, dans cette salle où nous eûmes travaillés. A nous de savoir maintenir l'équilibre entre notre amitié et notre professionnalisme, en cours. La semaine prochaine serait un peu plus déterminante que ce soir, où je tenais à ne pas y penser pour le moment.
-Je te promets de ne plus jamais sortir une telle bêtise, souris-je en me levant de mon tabouret pour venir l'étreindre chaudement.
Je l'entendis sourire également, alors qu'elle enroulait mon cou de ses bras. J'étais loin de me sentir ivre, mais il était clair que les boissons me désinhibèrent un peu. Tout comme l'ambiance de la soirée en plus de notre complicité palpable à travers nos gestes, nos paroles et nos regards. Du bout du nez, elle vint câliner la barbe contre l'angle de ma mâchoire, ce qui me fit ricaner tant elle me chatouillait. Nous restâmes un moment ainsi, ne nous éloignant juste ce qu'il fallait pour discuter convenablement. Une heure passa et nous discutions toujours, puis, prise d'une envie pressante elle s'excusa, quitta mes bras et partit à la recherche des toilettes du bungalow. Le serveur me demanda si je voulais un autre verre, je refusai, commençant également à ressentir un besoin urgent compresser mon bas ventre. On alternera à son retour.
Posant un regard sur notre table à laquelle il ne restait plus que Castiel, entourée de filles que je ne connaissais pas, je fis attention à ce que nos affaires soient toujours sur la banquette. Soudain, sentant une présence à côté de moi, je tournai la tête en pensant joyeusement qu'il s'agissait de Tallulah. Mais qu'elle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris…
-M-Melody ? Oh, vous êtes venue finalement ?
Je m'attardai du regard sur le siège qu'elle eut pris pour place, en me demandant si elle resterait longtemps. Je n'avais rien contre mon assistante, mais vraiment, ce soir, je n'avais pas la tête à essayer de déchiffrer ses humeurs changeantes.
-Oui, je viens de vous voir, je me suis dis que je pouvais vous offrir un verre pour vous remercier de m'avoir poussée à venir.
-Oh euh, mais je n'ai fait qu'une proposition…vous aviez l'air si tendue…fis-je alors qu'elle appelait le serveur. J'allais protester mais elle insista avec un grand sourire et prit les commandes sans même concerter mes goûts.
Passant discrètement une main sur mon visage pour essayer de chasser mon agacement, j'essayai de lui faire comprendre qu'elle n'avait pas à me remercier. Quand Melody m'avoua que cela lui faisait plaisir, je ne sus pas quoi répondre, ne voulant pas non plus la froisser alors qu'elle essayait d'être sympathique. J'eus l'impression de voir l'attitude qu'elle abordait en cours, à vouloir trop en faire pour me contenter. Mais ce soir, je trouvai cela embarrassant. Soupirant, je me dis qu'il n'était pas juste de lui faire croire le contraire.
-Écoutez Melody, j'apprécie votre geste mais je pense-
-Oh, Tal' ? Tu es là aussi ? s'étonna-t-elle subitement en tournant la tête de l'autre côté de son épaule. Je me penchai pour voir alors Tallulah qui nous dévisageait avec un sourire peu serein au coin des lèvres et un regard qui exprimait de la confusion.
Elle ne sut quoi répondre à Melody, je le vis bien. Tout comme elle ne sut comment agir en face de moi, en la présence de mon assistante.
-O-Oui…Je suis venue avec Rosa et Alexy, dit-elle simplement en commençant à s'écarter du bar.
Mon cœur se mit battre plus vite sous l'anxiété qui l'écrasait. Elle ne va pas partir quand même ?
-J'ai vu Alexy et Morgan oui. Mais où est Rosa ?
-Elle se sentait fatiguée, expliqua simplement ma cadette comme pour écourter au plus vite cet échange. Tout comme Melody qui dit d'une voix mielleuse et suraiguë, d'un air assez détaché :
-Bon, je ne te retiens pas plus longtemps, j'ai vu Castiel là-bas aussi, je sais que vous vous entendez bien comme il était le meilleur ami de Lysandre. Tu le salueras de ma part si tu vas le voir ? Enfin, tu ne traînes peut-être plus avec lui maintenant que Lysandre t'a quittée...
Je posai un regard vraiment outré sur Melody qui venait littéralement d'envoyer paitre son amie. Quoi que…le sont-elles vraiment ? Plus les jours passaient, et plus je me posai la question. Riant d'un air aussi désabusé que moi, Tallulah lâcha :
-Je ne te dérange pas plus longtemps, ne t'en fais pas. Mais la prochaine fois que je te vois pleurer dans un couloir, ne compte pas sur moi pour t'inviter à une de mes soirées pour te réconforter ! (Elle m'adressa un hochement tête) Bonne soirée Monsieur Zaidi, à Lundi.
Sur ces mots, Tallulah ne nous laissa même pas le temps de répliquer et s'en alla en direction de notre table dont la vue se faisait de plus en plus cacher par les danseurs autour de nous qui s'étaient étendus au-delà de la piste de danse. N'étant pas très grande, je ne vis plus du tout ma cadette, noyée dans cette marée d'ombres et de bras qui se levaient.
-Houlà, j'en connais une qui est tendue, fit Melody en reprenant une posture droite, face au comptoir : Désolée pour ça, elle a toujours été un peu aigrie dans son genre, ricana-t-elle.
Aigrie dans son genre ? On ne devait pas parler de la même Tallulah.
Là je ne pus garder mon sang froid.
-Écoutez, je dois y aller…(je sortis un billet pour lui rembourser le verre) prenez-ça et gardez la monnaie Melody.
-M-mais attendez, je pensai que vous seriez mal à l'aise par sa présence, alors j-
-Vous pensiez mal ! Je ne prendrai aucun plaisir à partager un verre avec une personne aussi odieuse que vous, pardonnez ma colère, mais je ne pensai simplement pas ça de vous. Comme quoi il est facile de se tromper sur les apparences. Maintenant si vous voulez bien m'excusez.
N'attendant pas plus d'elle et ayant fini de prendre des gants d'autant plus que nous n'étions pas à la fac, je rejoignis la table où je retrouvai Hyun, Alexy, Morgan et Castiel, abandonnés de Priya et Tallulah. Pris de panique, je les cherchai des yeux, en espérant les voir danser ensemble, mais je ne vis que la jeune indienne se trémoussant avec une énergie endiablée avec une autre femme. Ce n'est pas elle… me dis-je en ne reconnaissant pas la silhouette de ma cadette.
Je vis ma veste et mon manteau, que je soulevai pour voir si celui de Tallulah s'y trouvait toujours, et c'était le cas.
-Tallulah n'est pas avec vous ? m'enquis-je : il y a son manteau mais…
-Ah non, avoua Castiel un peu surpris par ma question.
-On l'a croisée quand on revenait à la table, intervint Morgan : elle voulait prendre l'air, elle s'est posée en terrasse je crois.
-Merci, dis-je en me précipitant à l'extérieur, en relançant nos habits sur la banquette.
Je fis le tour du bungalow en passant par le couloir externe, non sans soupirer d'aise en sentant cette bouffée de fraîcheur, refroidir mon corps qui étouffait dans cette fournaise qui humait l'alcool et la transpiration. Tournant à l'angle, j'atteignis la terrasse vide de monde, qui donnait sur la mer et un superbe clair de lune. Puis, ses chaussures au sol, assise sur la rambarde de l'autre côté, dos à moi, les mains en appuie de chaque côté d'elle, Tallulah fixait le ciel en se balançant lentement de droite à gauche, distraite.
Elle chantonnait, la musique du film « Léon - Le professionnel », que je reconnus assez facilement pour l'avoir vu maintes fois. Shape of my heart. Soulagé de ne pas la savoir partie, mon cœur reprit un rythme normal et un soupire m'échappa. M'entendant, elle tourna la tête par-dessus son épaule, d'abord surprise, puis, éclairée par la laiteuse lumière de la lune, je la vis sourire avec malice avant de reporter son attention sur notre satellite naturel.
-Si vous cherchez le bar, il se trouve à l'intérieur juste au fond à gauche, fit-elle d'une voix que je sentis bien taquine.
-Ah oui ? A vrai dire je ne venais pas ici pour le bar, mais si vous m'en dites du bien, peut-être irai-je faire un tour… rétorquai-je en m'approchant d'une démarche un peu charmeuse.
-Hm…les cocktails sont bons, les serveurs souriants et efficaces. Je ne vois rien d'autre à dire, (elle fit mine de réfléchir) Oh si ! Faites attention si vous allez aux toilettes, les gens on la fâcheuse manie de vous prendre vos places et de monopoliser vos amis !
-Tallulah… soupirai-je en venant m'appuyer à côté d'elle sur la rambarde mais en restant sur mon côté, en posant mon regard affligé sur son profil qui ne trahissait aucune émotion. Lorsqu'elle avait décidé de se fermer, difficile de savoir à quoi elle pensait.
-Je ne t'en veux pas, si c'est ce que tu es venu demander. Je suis agacée, mais pas idiote. (Elle baissa la tête et cette fois-ci, parut soucieuse) C-c'est juste…Hhh, c'est puéril, mais j'ai mal pris la remarque de Melody, je-
Je l'interrompis gentiment en lui disant que je comprenais tout à fait, avant de lui expliquer comment je m'étais retrouvé installé au bar avec mon assistante. A la fin, Tallulah finit par rire aux éclats.
-Et après c'est moi qui ne manque pas de culot ! Haha !
-Ris pas, je me suis senti très con ! soupirai-je, tiraillé entre l'amusement et l'exaspération : j'aurais dû être plus clair, et lui dire que je t'attendais.
-Rayan, tu as essayé de lui faire comprendre…et tu ne vas pas me dire qu'elle ne nous a pas vu ? Quand tu lui as fait cette proposition, tu lui as bien précisé qu'un ami t'avais invité, de ce que tu m'as dit. Melody savait parfaitement ce qu'elle faisait. Je suis une femme, ne l'oublie pas, je sais comment on peut être pour approcher quelqu'un en soirée.
Je dois bien avouer…que je commence à me poser des questions au sujet des réelles intentions de Melody à agir ainsi avec moi, me dis-je en repensant à toutes nos interactions depuis mon arrivée à Anteros. Puis, je les comparais à celles que j'eus partagées avec Tallulah. Elle n'est pas si garce…
-Et pas si superficielle…
-Pardon ?
-J-je disais que tu n'étais pas si superficielle…Je veux dire, si, comme tu le sous-entends, Melody a agi ainsi uniquement pour attirer mon attention sur elle, enfin, de manière plus enjôleuse, eh bien ce genre de comportement ne m'attire pas. Si elle joue les parfaites, uniquement pour moi, ce n'est pas la peine, ça n'a rien d'attirant. Enfin, dans mon cas en tout cas. Je préfère une femme qui approche les autres en apportant avec elle ses défauts. Il n'y a qu'ainsi que je pourrai apprendre à la connaître.
-Tu sais…dans le cas de Melody, je pense surtout qu'elle s'est faite des films à ton sujet.
-C'est à dire ?
-Elle ne voit que le professeur qui est en toi, celui qui prend son travail au sérieux, qui s'exprime sur l'art avec passion et qui s'intéresse aux avis de ses étudiants avec intérêt. Elle ne voit pas… le jeune homme curieux que tu peux être lorsque tu découvres les pages d'un livre, ou le cœur d'artichaut qui fond devant Love Actually !
Ma tête manqua de se décrocher de mes épaules tandis que je la baissai avec une pointe de gêne. J'étais le premier à dire que j'aimais les petits péchés mignons des autres mais entendre les siens sortir de la bouche de quelqu'un d'autre était déstabilisant. Mais dans la bouche de Tallulah, c'était proprement adorable et cela me toucha de voir à quel point elle se souciait de moi au point de faire attention et de retenir ce genre de détails qui pouvaient paraître purement insignifiants aux yeux de beaucoup d'autres. Elle ne juge personne… Elle les observe et tente de les comprendre.
-Et qu'est-ce que tu vois d'autre ? repris-je dans un souffle amusé mais fort intrigué.
Soudain, elle eut ce regard qui me troubla tantôt…ce même regard qu'elle eut adressé à Leigh, empli de compassion et d'affection. Je haussai un sourcil, soucieux. D'une main hésitante, elle approcha mon visage du bout des doigts. Comme pour l'inciter à poursuivre son geste, je vins caresser son poignet, et nous partageâmes un frisson qui s'agrandit lorsqu'elle cala ma joue contre la paume de sa main. Je me redressai, passai mon bras libre autour de sa taille avant de plonger mon regard aimant dans le sien.
-Je me demande si elle voit cette solitude qui ombre ton visage parfois…
Mon souffle se coupa d'un coup et ma poitrine se serra. « Pardonne-moi si je ne parviens pas toujours à saisir ce que tu veux…Mais t'es trop sensible Rayan, et personne ne comprends les gens comme-toi. Ça n'existe simplement pas… Beaucoup te diront qu'ils pensent te connaître, uniquement par des faux semblants, tout ça pour apaiser partiellement ton chagrin, et tu verras, tu t'habitueras à eux. On se sent seul au début, mais ça aussi, on s'habitue. »
C'était faux, tout ce que me disait Dana… « C'est ça que j'admire chez Tallulah ! Elle a une telle empathie, que j'ai l'impression qu'elle te sonde d'un regard et parvient à trouver les mots justes qu'on a besoin d'entendre. » Les mots de Leigh faisaient sens dans mon esprit…dans mon cœur… « Je ne veux pas passer à côté de quelque chose d'exceptionnelle ! » m'eut dit Tallulah en parlant de nous. Mais c'était moi…c'était moi qui faillit bien passer à côté de ça, si j'avais continué à réprimer mes sentiments.
Mon corps bougea de lui-même. Mes bras enroulèrent ses épaules et sa nuque, et dans un geste infiniment tendre, je plaquai son buste contre moi. Une main remonta le long de son cou pour atteindre ses cheveux qui vinrent se défaire de leur coiffe et chuter en une cascade ondulée sur mes doigts et mon avant-bras. La gorge serrée, je parvins à sortir ma voix uniquement pour l'appeler dans un murmure de détresse.
-Tallulah…Tallulah…répétai-je, la voix étouffée dans le creux de son cou.
Ma cadette vint m'étreindre avec toute sa force, en venant caresser la base de mes cheveux sur ma nuque, d'un geste réconfortant et tendre.
-Je suis là…murmura-t-elle.
Mon cœur battait si fort dans ma poitrine que j'étais certain qu'elle pouvait l'entendre tout comme je pus percevoir le sien. Nous restâmes ainsi quelques minutes avant que le froid ne nous force à rentrer au chaud. Échangeant un regard fatigué, nous comprîmes qu'il était l'heure pour nous de rentrer. Je pris nos manteaux, tandis qu'elle saluait Priya qui avait fini par faire une pause auprès de Castiel. Notre trio s'était encore volatilisé, et Tallulah demanda à son amie de bien vouloir les embrasser pour nous avant de déposer un baiser sur son front avec affection.
-On se voit Lundi ma puce ? Je te contacte plus tard Castiel ?
Tous deux acquiescèrent en nous souhaitant de bien rentrer. Priya retint son amie une dernière fois pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille, qui sembla faire sourire ma cadette.
-Tu sais que toi…rit-elle avant de me rejoindre.
Nous regagnâmes la plage et surtout le sentier qui menait au parking, laissant derrière nous les vrombissements des baffles au son étouffé entre les murs du bungalow. Tallulah enroula mon bras alors que j'eus plongé mes mains dans mes poches pour me les réchauffer. Avoir passé du temps dehors, à ne pas beaucoup bouger nous eut tous deux refroidis.
-Merci de me ramener au campus, glissa-t-elle tandis que nous marchions assez lentement, profitant de la présence de l'autre.
-De rien, et puis je n'aurais pas eu la conscience tranquille, tu le sais. Et aussi, j'ai l'impression que la soirée n'est pas totalement terminée comme ça.
Elle sourit, puis nous replongeâmes dans un silence paisible. Je m'arrêtai à ma voiture pour récupérer mes papiers et la reverrouillai juste après. Entre la fatigue et l'alcool, autant être prudent et prendre le bus.
-Je récupérai ma voiture demain, viens on va devoir attendre le prochain bus.
-J'ai regardé sur mon portable, il est là dans un quart d'heure.
-Bon, au moins on n'aura pas à patienter longtemps sous le froid. (Je regardais ces jambes uniquement recouvertes d'un collant) Tu dois te geler habillée comme ça !
-Haha, un peu ! Mais j'avais prévu la tenue pour le bungalow, pas pour passer ma soirée dehors.
Je passai un bras derrière elle pour la rapprocher de moi, tandis que nous atteignîmes l'arrêt de bus. Il n'y avait personne, ainsi que dans le bus, si ce ne fut que deux guignoles complètement ivres qui déblatéraient des horreurs sur des sujets en tout genre. Tallulah se raidit sur son siège alors qu'ils s'installaient derrière nous. Son visage en revanche, même pâle, se détachait de toute émotion. Soucieux, je vins tendre ma main pour qu'elle vienne la serrer si elle le voulait. Ce qu'elle fit, sans hésiter, et nous restâmes ainsi jusqu'à notre arrêt.
Quand nous descendîmes de nos sièges pour nous préparer à descendre, nous n'eûmes pas d'autres choix que d'entendre les remarques désobligeantes de ces poivrots. « Elle a pas froid aux g'noux la petite… », « Il y en a un qui va bien se faire plaisir en rentrant ! » « Toi aussi t'aimerais bien la serrer ! » suivit d'un rire gras qui me fit grincer des dents. Prenant une profonde inspiration, je vins croiser leurs regards et voulus rétorquer cinglement, mais Tallulah me tira par la main et nous fit descendre du bus en me disant que ça ne servait à rien de dialoguer avec ces gens-là.
-T'as pas à t'habituer à ce genre de remarques, lui dis-je, sincèrement soucieux par sa subite fébrilité. Est-ce que l'incident d'hier y est pour quelque chose ? me dis-je sans oser remettre le sujet sur le tapis.
Tallulah ne fit que hausser une épaule sans rien ajouter.
-Puis, de toutes façons ils disent n'importe quoi. T'as pas arrêté de te plaindre d'avoir froid aux jambes et je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant à rentrer chez soi pour décuver !
Enfin, je lui arrachai un sourire sincère et un petit gloussement amusé. Nous arrivâmes fac à la cour de la fac, vide de monde est éteinte de tout éclairage.
-Ça va aller de ton côté ? s'enquit-elle en se postant face à moi. Ce coin de rue n'était pas éclairé, personne ne pouvait nous reconnaitre si quelqu'un passait par là.
J'en profitai donc pour me pencher et la serrer une fois de plus dans mes bras, la faisant rire avec légèreté. Ça craint, je deviens trop câlin, me rendis-je compte alors qu'elle me rendait chaudement mon étreinte. J'eus même le droit à des baisers papillons sur la joue et quand cela devint difficile de résister, je me fis violence pour mettre un terme à notre embrassade. Elle me sourit, marcha à reculons tout en me souhaitant un bon retour.
-Soyez-prudent…Monsieur. Et bonne nuit.
Je souris, le cœur serré par nos aurevoirs.
-Bonne nuit à vous aussi…Tallulah.
Pressant le pas, je regagnai mon immeuble non sans repenser à cette soirée inoubliable dans son entièreté. Une fois chez moi, je constatai l'heure sur l'horloge du salon qui indiquait déjà 3h15 du matin. Avant de déposer mon manteau sur le rebord de mon canapé, je fis mes poches pour sortir mon portefeuille, mon étui où se trouvaient mes papiers pour la voiture et enfin mon portable qui n'avait plus beaucoup de batterie. En ressortant ma main, un papier tomba sur le tapis.
-Hm ? Un ticket de caisse … ?
Je le ramassai, m'apprêtant à le jeter lorsque je sentis un parfum qui ne m'était pas inconnu émaner du papier. Je l'amenai à mon nez pour le fleurer plus encore, et l'image de Tallulah s'ancra dans mon esprit. Puis, une tâche rouge attira mes yeux. Dépliant finalement le ticket, je trouvai un numéro de téléphone accompagné d'une courte note : « Fais-en ce que tu veux. T. » Je souris en constatant qu'elle eut usé son rouge à lèvres pour écrire cela.
Avec un brin d'hésitation, j'entrai son numéro dans mon portable sans parvenir à lui envoyer quoi que ce soit. Puis, notre complicité encore fraîchement tapie dans ma mémoire, je jetai mes doutes et lui écrivis : « Ton rouge à lèvres va bien ? En cas contraire, je décline toute responsabilité ! »
J'étais parti pour recevoir la réponse tard dans la matinée, mais Tallulah me répondit seulement quelques minutes après. « Je l'ai oublié dans les toilettes du bungalow, je comptai sur toi pour m'en acheter un neuf… »
Je ris en me déshabillant. Une fois dans mon lit, je lui répondis, sur le ton de la plaisanterie : « Je pensais que les femmes gardaient précieusement leur maquillage en sureté dans leur sac ? T'écris souvent avec tes rouges à lèvres ?»
« Cli-ché ! Assez souvent pour que tu te retrouves à corriger un QCM rempli au make-up !»
Et ce fut ainsi jusqu'à ce que je m'endorme profondément.
A suivre…
[Les prochains chapitres, arriveront la semaine prochaine, le 12 et 13 sont déjà écrits, mais, j'essaie de prendre l'avance pour ne pas vous faire trop attendre entre les chapitres ;) Parfois, ils seront plus longs ou plus courts que d'autres, tout dépendra ce sur quoi je veux faire tourner l'histoire dans tel ou tel chapitre et quelle importance j'y apporte. Je vous embrasse tous, merci de vous intéresser à cette fic et à bientôt ~~ ]
