[Petit mot d'avant lecture: Coucou tout le monde ! A l'approche de l'épisode 9, je vous publie un nouveau chapitre héhé ;) Je ne vais pas vous cacher que ce chapitre, et le prochain seront des chapitres "transition", sur le moment, ils ne feront pas tant avancer la relation Tallulah et Rayan vis à vis des leurs échanges, mais plutôt, suite à une évènement marquant qu'ils auront en commun. Cela ne se fera pas sans douleur et chagrin pour eux. Clairement, ce chapitre-ci et le suivant, ne transpirent pas la joie ! Mais le 14eme rattrapera la donne, je vous le promet ;)

Sur ce, je vous laisse à votre lecture :) ]


Tallulah

Dimanche matin…fut des plus agréables. Mon esprit s'éveillait plus rapidement que mes yeux, et presque dès les premières secondes, les images de cette soirée, de cette nuit me revinrent en mémoire et, le sourire aux lèvres je m'étirai dans mon lit.

-Ah…mon bras~ chouinai-je en sentant une vive douleur entourer mon épaule et descendre jusque dans mon poignet. Dès que les effets des anti-douleurs se dissipaient, ça devenait compliqué pour moi de supporter cette blessure.

-Yeleen… ? T'es réveillée ? demandai-je, hésitante, en dressant ma tête.

Mais il n'y avait personne dans la chambre et encore moins dans son lit. Quand je suis rentrée, il n'y avait personne non plus… me souvins-je en poussant mes couvertures avec mes pieds. Je sentis une désagréable douleur s'acharner sur mon genou gauche au moment de plier la jambe.

-Merde…J'ai trop dansé cette nuit, baillai-je. En poussant encore un peu les draps, je fis tomber quelque chose au sol : Oh, bah qu'est-ce que tu fais dans le lit toi ? fis-je en ramassant mon portable écran contre moquette.

Mais oui c'est vrai…Je m'étais endormie en discutant avec Rayan.

-M'endormir…au téléphone avec le professeur Zaidi. J'en vois déjà plus d'une dans la classe qui s'arracheraient les cheveux en apprenant ça ! Mais je vais leur épargner une douleur capillaire et garder tout ça pour moi.

Cette nuit…mon cœur avait battu plus d'une fois la chamade. Tout était encore trop intense en moi pour que je puisse taire mon euphorie. Je regardai l'heure sur ma montre, 10h47. Pour quelqu'un ayant fait une bonne et longue soirée je trouvai ça tôt ! Ce qui était bien en revanche, comme je n'avais bu qu'un seul verre d'alcool parmi tous mes autres cocktails vierges, était que je m'étais épargnée une gueule de bois horrible. En revanche, je me demandai comment s'en sortait Rayan… Il marchait bien encore hier soir, et fut bien plus à même de stopper notre dernière étreinte tandis que son état de sobriété laissait désirer. Si j'étais tactile, il semblait n'être guère mieux que moi, mais j'ignorai si tout ceci fut dû à l'alcool ou si c'était purement usuel chez lui. Nous ne nous sommes pas lâché la main pendant notre rencard, vendredi après-midi, me dis-je en chassant mes stupides problématiques matinales.

J'avais bien envie d'embêter Hyun, mais si je frappai à sa porte, j'allais réveiller Morgan et, probablement Alexy. J'oubliai donc mon idée et partis me doucher. Je me demande comment s'est passé la soirée de Chani…Et est-ce qu'elle a eu mon message ? Bon sang, nous allions avoir notre appartement rien qu'à nous ! Ce dimanche allait se dérouler dans une impatience extrême.

Une fois douchée et séchée des cheveux aux orteils, je vins soigner mon épaule et mon genou avant de filer m'habiller dans un pull chaud de couleur café, avec des lacets noirs qui se croisaient le long des bras, partant des épaules aux poignets où ils se terminaient par un petit nœud. J'enfilai un jean bleu, une paire de chaussettes rayées et des baskets basses, blanches, avant de filer prendre un petit déjeuner au réfectoire.

J'ignorai si la soirée à la plage y était pour quelque chose, mais il n'y avait strictement personne. Les repas étaient là, mais le personnel manquait à l'appel ainsi que les étudiants. C'était vide de monde…et légèrement flippant.

Point positif, pas besoin de faire la queue, ni de se battre pour trouver une place. Par contre, pour mon chocolat chaud, j'ignorai comment j'allais faire pour l'obtenir.

-Excusez-moi ! hélai-je, dans le néant du silence.

Personne. Je déposai mes tartines et mon beure sur mon plateau, tout en chopant une mandarine au passage avant d'aller me presser un jus de fruit à la machine disposée à une utilisation libre-service. Mais pas mon chocolat…

-Euh…est-ce qu'il y a quelqu'un ?

-J'arrive ! entendis-je depuis l'arrière salle.

Traînant des savates, un homme vint à moi en me demandant ce que je voulais.

-Bonjour, un chocolat chaud s'il vous plaît. (Je lui tendis ma carte étudiante) Tenez.

Il scanna ma carte puis me la déposa sur le plateau avant de m'informer que mon chocolat arrivait et qu'il préparait la marmite pour la première tournée. J'acquiesçais d'un sourire avant de prendre une place près d'une fenêtre, pour profiter des rayons du soleil qui se faisait rare en ce début de décembre. Déjà décembre… Je songeai à beaucoup de choses qui survenaient en ce mois. Déjà, les partiels, en même temps que la Géminide, que je ne ratai jamais avec Stéphan ! Et si nous nous débrouillions bien avec Chani, nous serions emménagées avant la pluie d'étoiles filantes, et je pourrais inviter mon ami pour que nous puissions, cette année encore, les voir ensemble.

-Votre chocolat !

-Merci ! m'écriai-je en partant chercher ma cup fumante.

Sans plus tarder, l'homme repartit à l'arrière salle, en laissant cette fois-ci la porte entrouverte, sûrement pour voir arriver les prochains étudiants. A peine fus-je sur mon siège que mon portable vibra sur mon plateau. Ce fut un message de Chani, suivit très rapidement par un appel auquel je décrochai sans tarder.

-Ch-

« OUIIIIII ! »

Le hurlement de joie de mon amie me perça les tympans ainsi que le cœur avec engouement. Je ris en sautillant sur mon siège, comprenant, d'après sa réaction, qu'elle eut bien reçu mon message.

« Bon sang ! Mon…grrr ! Ma saleté de batterie m'a lâchée hier soir, je n'ai pas fait attention mais je ne l'avais pas suffisamment chargée avant de partir avec Charly, résultat, je viens tout juste d'avoir ton message ! Mais à quelle heure il t'a contacté !? »

-Haha, du calme ! Respire Chani, tout va bien se passer. Alors, il m'a appelé vers 19h20, on était en pleine soirée quand mon portable a sonné, mais comme j'avais essayé de le contacter dans l'après-midi pour avoir des nouvelles, et qu'il n'avait pas décroché, il m'a jointe au plus vite pour m'annoncer la bonne nouvelle !

J'annonçai à Chani tout ce qui poussa Monsieur Castillon à prendre sa décision si promptement -ses mésaventures avec ses locataires potentiels qui n'étaient pas venus- et la sympathie qu'il éprouvait à notre égard.

-Du coup, il doit me recontacter dans la journée par mail, pour m'envoyer notre dossier de location, il ne sera pas nominatif, c'est plus avantageux pour lui et dans notre cas, comme on est étudiantes, on peut cumuler assurance en cas d'impayé et garant. Le seul bémol, c'est au cas où l'une de nous n'a pas payé sa part, il peut demander à n'importe qui, garant de l'une ou de l'autre, voire, à l'autre locataire pour payer la part manquante…

« Oui, bon, au moins on peut avoir l'assurance et franchement, je ne vois pas comment un tel cas pourrait survenir. On a l'aide au logement, le reste est séparé en deux et ça ne revient pas énormément cher ! (Elle rit) A moins qu'on se trouve une passion soudaine pour les dépenses inutiles de chaînes de vélo alors qu'on n'a pas de vélo, je ne vois pas comment on peut se louper haha ! »

Je ricanai en cachant ma bouche pour ne pas mettre des miettes de pains partout au cas où… Nous continuâmes à jubiler au sujet de l'appartement, jusqu'à ce que je vienne à lui demander si elle voulait venir me rejoindre au réfectoire.

-J'arrive dans une petite demi-heure, je suis encore au lit, ma colocataire est sous la douche j'irai après. Au pire, la BU et ouverte jusqu'à 17h le dimanche, on peut toujours se rejoindre là-bas ? Même si on ne bossera pas beaucoup… proposa-t-elle et j'acceptai sans hésiter.

Nous raccrochâmes, et je terminai mon petit déjeuner au calme. Après avoir récupéré mes cours, mon ordinateur portable et un plaid pour recouvrir mes jambes car je savais la BU plutôt fraiche (à croire qu'ils étaient radins du le chauffage dans cette fac) je m'installai à une table éloignée des autres étudiants déjà présents. C'est-à-dire, quatre en tout. Je commençai à relire mes cours avec un thé chaud dans les mains, pris au distributeur dans le hall. Cependant, mon portable me distrayait constamment. Entre Hyun qui s'amusait à m'envoyer mille et un selfie de lui en train de se remettre de sa gueule de bois, de Morgan en train de dormir la bouche ouverte et d'Alexy qui se faisait un masque pour les cheveux, j'étais loin de parvenir à me concentrer. S'ajouta timidement…Rayan, qui semblait tout juste réveillé. Enfin…

« Je te vois réviser, t'as pas autre chose à faire ? »

Ecarquillant les yeux et étirant un sourire intrigué en coin, je levai la tête pour jeter mon regard par la fenêtre. Mais je ne vis personne…

« T'es à la BU ? » lui demandai-je.

Je reçus un smiley qui pleurait de rire avant un prochain texto : « Je plaisante, je me réveille à peine. Mais je n'sais pas, comme cette nuit tu m'as parlé de tes fiches de révision, je te voyais bien être déjà en train de réviser. Et j'avais raison ! »

Attendrie qu'il se souvienne de notre échange, je me mordis la lèvre inférieure et lui répondis que je me sentais d'humeur studieuse ! Et que le dimanche, il n'y avait pas grand-chose à faire de toute façon.

« Si, je peux te faire une liste : petit 1 – se remettre d'une grosse soirée (crois-moi, je sais de quoi je parle) »

-Haha !

Je vins plaquer ma main devant ma bouche pour taire ma voix après m'être reçue des regards curieux de la part des étudiants autour de moi.

« Petit 2 – Rester au lit sous la couette avec une série sur l'ordi. Je ne sais pas…en ce moment, beaucoup de personnes me parlent de Game of Thrones ! »

Je répondis : « C'est vrai qu'après la confusion de l'autre jour, t'as bien besoin de t'y mettre si tu ne veux pas que je fasse cours à ta place, héhé ! »

« Petit 3 – Se gaver de saloperies puisque tu auras la flemme de te faire à manger… »

Il ajouta : « Je serais curieux de voir comment tu te débrouillerais. Le premier qui te contredit, tu le bouffes ou comment ça se passe ? »

J'envoyai : « Mais tu parles de TA liste, moi je n'ai pas besoin de me préparer à manger, j'ai le réfectoire nou-nouille ! » Puis j'ajoutai : « Noon, mais comment tu me vois en vrai ? J'suis pas une ogresse ! Je ne t'ai pas mangé tout cru encore ! »

« Hé ! T'as besoin de sortir de ta chambre, c'est faire un effort quand même, et c'est compliqué après une telle nuit, regarde-moi, je suis toujours au fond de mon lit ! Pourtant j'aurais bien envie d'un café… » suivi de : « Pas encore ? ça sous-entend que tu as pour objectif de faire de moi ton quatre-heures ? Dois-je y voir une signification libidineuse ou bien… ? » suivit d'un clin d'œil.

« Ow, je te l'apporte, moi, ton café tout chaud ! Surtout que j'ai l'impression d'être plus vaillante que toi ce matin. La vieillesse sûrement ?» envoyai-je avant de lire le message qui suivait. Oh le con… ris-je en mon for intérieure : « Oublie ton café, tu peux te déshydrater au fond de ton lit, je ne te parle plus ! » suivit d'un smiley qui tirait la langue pour accentuer l'humour de mon message…Puis, m'ayant cherché j'ajoutai rapidement : « Profites-en pour te soulager un peu tout seul, j'ai bien compris qu'il y avait une certaine urgence depuis hier soir ! »

Sa réponse se fit attendre, avais-je été trop loin ? En même temps il l'a cherché ! me défendis-je en silence. Puis, un long texte qui me fit un peu peur au premier abord s'afficha sur l'écran.

« Ok, donc je reprends ma liste dans le bon ordre : petit 1 – Je me soulage « tout seul ». Comme quoi il y avait bien des sous-entendus licencieux dans ta proposition, tu t'es grillée toute seule ! (Je me mordis la langue pour ne pas hurler de rire). Petit 2 – Je prends une douche pour me réveiller… Petit – 3 Café ! Oui, oui tu m'as motivé ! Petit – 4 J'hésite entre soit manger seul, ou te proposer un déjeuner dans le premier resto' ouvert qu'on trouvera en ce dimanche très ensoleillé. Mais si tu révises, je te laisse travailler. Petit – 5 La suite ne dépend que de toi, Tallulah… »

Mon cœur se mit à battre plus vite au fur et à mesure que je poursuivais ma lecture. Je lui répondis en toute honnêteté : « Aussi alléchante soit ta proposition, comme tu l'as deviné, je vais réviser tant que je m'en sens d'humeur. Je te rappelle que tu nous as allègrement préparé un contrôle pour Mercredi après-midi. (J'ajoutai un clin d'œil) Puis, avec Chani on doit discuter de notre dossier locatif que notre proprio doit m'envoyer par mail cet après-midi. Mais pourquoi ne pas transformer ce déjeuner en un dîner vendredi soir à la place de notre rendez-vous ? »

Rayan répondit peu de temps après : « Je comprends parfaitement pour les révisions (suivit un smiley qui sourit simplement) Désolé pour le contrôle, mais j'ai un programme à respecter…En revanche, pourquoi ne pas ajouter le dîner à notre rendez-vous plutôt que tout décaler ? On se voit, on se ballade et on dîne juste après ? Je peux même passer te chercher à l'hôpital après ton IRM. »

« T'es sûr de toi ? »

« Je ne te le proposerai pas » m'assura-t-il et je souris, le trouvant de plus en plus entreprenant. J'ignorai ce qui put lui faire oublier ses doutes qui eurent tant freiné notre amitié ces derniers mois, mais j'aimais le voir si détendu dans nos échanges.

« Dans ce cas je t'attendrai. Mon rendez-vous est à 16h40, le temps de patienter pour les résultats, je ne sais pas si je sortirai de bonne heure… »

« Pas de souci, je roulerai doucement et au pire je t'attendrai sur le parking. »

« Merci, c'est adorable. On fait comme ça alors. Je m'occupe de nous trouver un resto pour vendredi. »

Du coin de l'œil, je vis Chani qui arrivait. Je lui adressai un grand sourire tandis qu'elle me rejoignait. Rayan me répondit en même temps : « Je chercherai aussi de mon côté, on va voir si je connais toujours aussi bien cette ville ! »

« Ne confonds pas ta génération avec celle de maintenant haha ! Bon, je te laisse te soulager, j'ai du boulot qui m'attend » fis-je en ajoutant un smiley qui tire la langue.

-Houlà, avec qui tu te marres comme ça ? chuchota mon amie en sortant ses affaires.

-J'ai trop de choses à te dire ! couinai-je en fronçant du nez d'un air taquin et excité.

« Petite maligne…Dois-je préparer un cours sur la place du sexe dans l'art contemporain ? »

« Haha, vu l'étroitesse d'esprit de la France à ce sujet, les nombreux procès qui pèsent sur certains artistes, et certaines performeuses, cela risquerait d'être intéressant ».

-Attends, me glissa Chani…ne me dis pas que tu parles avec qui je pense là ?

Je lui lançai une œillade amusée tandis que j'attendais la réponse de mon aîné. Prenant une profonde inspiration, je lui avouai avoir donné mon numéro à notre professeur pendant la soirée.

-Wah, plus audacieuse, tu meurs ! rit-elle en ouvrant un énorme bouquin sur l'ésotérisme.

-Tu te tâtes encore sur ton sujet de mémoire ? m'enquis-je.

-Ne change pas de sujet, coquine ! prévint-elle : Mais je pense m'être décidée, j'ai fait suffisamment de recherches à mon goût, je compte envoyer un mail au directeur pour avoir son avis sur le sujet.

-Houlà, ce doit être encore un truc farfelu, haha !

Mon portable vibra : « Je ne m'attendais pas à une réponse si sérieuse, et j'ai comme l'impression que tu vas parler de Deborah de Robertis dans ton mémoire, je me trompe ? »

-Haha, on peut dire ça comme ça ! Je vais chercher un livre, je reviens vite mais après…(elle fit les gros yeux sur le portable que je tenais) Je veux tout savoir !

Je ris avant de répondre à Rayan :

« Très peu comme ce n'est pas sur elle que mon mémoire s'appuie. Mais je compte en parler pendant la soutenance, plus en conclusion, pour ouvrir sur le puritanisme moderne qui survole notre société. Tu vois comment on peut redevenir sérieux ! Allez, Lundi je te mets au défi de nous introduire « l'Origine de la Guerre » d'Orlan avec Game of Thrones ! »

« Hé ! Mais c'est que ça pourrait donner quelque chose d'intéressant ! Voilà, t'as trouvé mon occupation de dimanche. »

« Avec une projection de la représentation du photomontage sur vidéoprojecteur, bien sûr… » avec un smiley qui regardait en coin d'un air taquin.

« Faudra bien avoir l'image en tête pour celles et ceux qui ne connaissent pas l'œuvre, haha. »

« Et puis, ça pourrait ouvrir sur l'interrogation de la place du corps masculin dans l'art ? Après tout, on ne peut pas dire qu'il soit si souvent que ça exposé. A tort, en mon sens et ça donne une impression d'inégalité. » Je précisai : « Sans sous-entendu ! »

Il me répondit presque aussitôt : « C'est ce que j'allais te dire ! Le débat pourrait être intéressant, et puis dans ta classe, les étudiants sont assez prompts aux échanges d'idées, je vais sérieusement y songer. », suivit de : « Promis, je ne te taquine plus avec tes « lapsus », même si c'est tentant… »

Je souris et rangeai finalement mon portable pour me remettre définitivement au boulot. Enfin, jusqu'à ce que Chani revienne avec une pile de bouquins de toutes tailles, mais au thème commun.

-Comment tu fais pour avoir le temps de lire autant, entre tes recherches pour le mémoire, les cours, les livres qu'on doit déjà lire dans le courant de l'année et maintenant le boulot et Charly ?

Mon amie gloussa non sans rougir et je compris que j'eus bien fait de mentionner Charly.

-Ne te défile pas comme ça, pour moi, se retrouver à la BU n'était qu'une excuse, et cette fois-ci, à toi l'honneur de me raconter en détail ta soirée. Pour que tu en viennes à donner ton numéro… (elle baissa le ton) à Monsieur Zaidi c'est que ça a dû plutôt bien se passer.

Levant les yeux au ciel avec émerveillement, je lui contai en long en large et en travers le déroulement de notre soirée, en omettant volontairement de parler de la grossesse de Rosa. Ce n'était pas à moi de le faire. Je gardai quelques détails pour moi, tel que notre échange très intime sur la terrasse du bungalow. Mais cela sembla suffire à Chani pour qu'elle m'avoue avoir ressenti depuis un moment, cette complicité qui nous liait, et qu'elle était même surprise qu'on ne se soit pas invité mutuellement plus tôt, à prendre un verre ensemble lui et moi.

-Je dois t'avouer…qu'on ne s'est pas toujours montrés si « ouverts » l'un envers l'autre. Il y avait toujours ce doute, déjà, au sujet de la réciprocité de l'intérêt que nous portions envers l'autre. Et ça a souvent porté à confusion. Mais depuis qu'on a réussi à mettre les choses à plat, je sens qu'on a enfin franchi la ligne de départ. Et il m'a avouée être soulagé d'avoir pu éclaircir cela avec moi.

Chani s'offusqua soudainement.

-Oh, mais…ça ne va pas le déranger que je sois au courant ?

Je secouai la tête.

-Tu sais, Rosa, Alexy et Hyun sont déjà bien au courant, avec Ra- (je l'eus mise en sourdine avant de baisser ma voix) avec Rayan on en a discuté ensemble pendant la soirée. On restera neutre à la fac, mais en dehors des cours, ça ne sert à rien de duper nos proches, ça embarrassera tout le monde et nous deux les premiers. Juste, on vous demande de rester discrets à la fac… Nous ne faisons que nous côtoyer en toute amitié, mais qui sait… dis-je en baissant les yeux alors que je sentais mes joues s'empourprer.

-Je comprends Tal', je comprends parfaitement. Tu ne veux pas brûler les étapes même s'il est clair qu'il te plaît, n'est-ce pas ? me demanda-t-elle avec affection. Elle posa une main sur la mienne, d'un geste soucieux.

Ma lèvre inférieure prenait tarif aujourd'hui à force de la mordre, je l'imaginai déjà pourpre comme du vin. Si Rayan me plaisait ?

-Beaucoup oui… lui avouai-je en tournant ma main pour étreindre ses doigts.

Nous nous sourîmes avec complicité, puis, tout en reprenant ses cours, Chani me conta sa soirée avec Charly. Les choses semblaient avancer doucement mais sûrement entre eux, ce qui accentuait l'entendement commun sur nos tracas relationnels.

-Un tour à moto ? Wah… La nuit, j'ai toujours trouvé ça romantique.

-Tellement d'accord avec toi ! s'exclama Chani avec une pointe de nostalgie dans la voix : J-je suis contente d'avoir pu le rencontrer. (Elle haussa une épaule) Je n'ai jamais été aussi contente de manquer de place au réfectoire !

-Haha, on devrait proposer l'idée d'organiser des speed dating à la fac pour le prochain cours de DP !

-Hé ! vas-y on marque ça Lundi !

Je tendis ma main qu'elle vint claquer avec sa paume pour conclure notre accord.

-On fait ça !

Sur cette note légère, nous reprîmes nos révisions avec sérieux. Plus tard, nous fûmes rejointes, un peu par hasard, par Hyun qui avait besoin de faire des photocopies pour ses cours.

-Alors, ta gueule de bois ? m'enquis-je une fois qu'il eut fait la bise à Chani et qu'il prit place à côté de moi.

-Pff, j'ai des courbatures aux cheveux et des migraines dans les genoux…pas sûr que ce soit bon signe, cheffe ! plaisanta t-il.

-Ow, attends pour ta migraine j'ai quelque chose. (Je sortis mon baume aux huiles essentielles) Tiens, pose ta tête sur la table.

-Hm ?

Je soupirai en le faisant se tourner face à moi à la place. D'une main, je dégageai son front, et fit une adorable couette avec sa frange à l'aide d'un élastique perdu au fond de mon sac.

-Charmant, très charmant…fit-il, blasé.

-Quoi ? ça doit te rappeler tes sœurs non ?

-Justement ! rit-il finalement.

-Attends ! Je sortis mon portable et vins me placer derrière lui, ma tête par-dessus son épaule pour lui faire un bisou sur la joue. Je nous pris en photo à l'aide du mode selfie. Hyun en eut profité pour faire sa « queen beauté » dans une pose absurdement kawaii.

Chani retint à gloussement avec le dos de sa main avant d'ajouter qu'on était adorables. Hyun me demanda de lui envoyer la photo, et si cela me dérangeait qu'il la montre à sa famille.

-Bien sûr que non, ce n'est pas comme si j'étais seule sur la photo…là ça aurait pu être embarrassant. Des photos de groupe ça passe, lui assurai-je en ajoutant un clin d'œil. Mon ami me sourit avec bonheur avant de me questionner sur le baume que je tenais toujours.

-Oui, c'est pour ton mal de tête. C'est super efficace, tu vas voir ! Allez, penche ta tête vers moi.

Hyun s'exécuta et se laissa faire non sans pousser un long grognement de satisfaction.

-Hmm…je ne sais pas si c'est efficace ton machin mais ça sent bon et ton massage est vraiment, vraiment agréable !

-T'as vu, t'as vu !

Soudain, la sonnette de notification qui indiquait que j'avais reçu un nouveau mail se fit entendre et je reposai mon attention sur l'écran. Je prévins Chani que Monsieur Castillon venait de nous envoyer le dossier Locatif. D'un commun accord, nous mîmes un terme à nos révisions et contactâmes nos parents chacune de notre côté. J'étais de retour dans ma chambre, Hyun m'avait accompagnée d'autant plus que Yeleen n'était toujours pas rentrée. Mais le pauvre dut assister à toute ma conversation téléphonique avec mes parents, qui m'envoyaient au fur et à mesure par mail, les documents qui valideraient leur part en tant que garants. Encore épuisé, bien qu'il m'eût fait part de l'efficacité de mon baume, il me demanda si ça me dérangeait qu'il dorme un peu sur mon lit et que je n'aurais qu'à le réveiller une fois que j'aurais terminé de compléter le dossier. J'acquiesçai d'un clin d'œil et il se roula dans ma couette. Ma mère jubilait à l'idée de pouvoir me revoir, comme mon père qui demanda si nous aurions besoin d'un coup de main également pour refaire la peinture.

-Je pense qu'on peut se débrouiller pour ça. Mais pour monter les meubles ça…

« Ne t'en fais pas, on vient pour ça ta mère et moi. Mais du coup, si Chani prend la chambre, toi tu vas devoir aménager le bureau ? T'as un lit ? »

-J'ai vu des sommiers très simples et des matelas pas chers, en plus c'est la période des fêtes, il y a pas de mal de réductions.

« Non, mais… (il soupira) Fille, si t'as besoin d'un lit, on peut t'en payer un avec ta mère. (J'entendis ma mère acquiescer vigoureusement). Au pire ça te fera ton cadeau de Noël, comme on ne pourra pas se voir en plus cette année. »

-Et ce n'est pas faisable d'apporter simplement celui que j'ai chez vous ?

« Et tu dors où quand tu viendras nous voir ? Petite tête ! »

-Ah oui…Mais oui, fis-je un peu sceptique : Oui, ça peut être une idée, mais dans ce cas vous me laisser verser la première part de loyer. Je ne veux pas que vous dépensiez des cent et des mille non plus…, insistai-je avec sérieux.

Mon père comprit, tout comme ma mère qui accepta ce geste, mais qui m'interdit formellement de protester pour le choix du lit !

-Pas un truc gigantesque non plus hein, faites dans le pratique, la chambre n'est pas immense, un peu moins de dix mètres carrés.

« Bon, au moins on a des repères ! Ta chambre, tu vas la repeindre en quelle couleur ? »

-Je pars sur quelque chose de très épuré, comme il n'y a qu'une seule fenêtre, je ne voudrais me sentir comprimée par le manque de clarté. Seul le pan de mur où se trouvera mon lit sera peint je pense, peut-être celui d'en face, sinon, les trois autres murs seront blancs.

« Et le mur peint ? »

-J'hésite, avec du vert d'eau ou du vert amande…

« Hm, pas trop de différence… » dit ma mère.

-Ah si ! Le vert amande fait plus estival tandis que le vert d'eau fait plus hivernal/printanier !

« Haha ! je te crois, je te crois ! » s'esclaffa-t-elle non sans recevoir un commentaire de mon père qui était d'accord avec moi. La déco chez nous, s'était sacrée !

En même temps, je reçus un mail de Chani qui eut elle aussi reçu les papiers de ses parents qu'elle m'envoya par la suite pour compléter notre dossier. J'entendis frapper à la porte, me doutant que c'était elle je l'autorisai à entrer.

-T'as reçu le mail ? s'enquit-elle en fermant la porte doucement alors qu'elle vit Hyun se reposer sur mon lit.

-Oui, murmurai-je.

« Bon, ma fille ! Tu nous recontactes quand vous avez signé les papiers et que vous avez les clés ? Histoire qu'on planifie notre monté chez toi avec ta voiture et tes affaires ? »

-Pas de souci, je vous préviens aussitôt ! Bisou, bisou~ !

Nous nous embrassâmes chaudement avant de raccrocher. Puis, surexcitée, je me tournai vers Chani à qui j'ouvris les bras pour l'étreindre affectueusement.

-Alors c'est vrai ? On quitte notre prison ?

-Haha, t'es pas croyable avec « ta prison », rit-elle : Mais je dois avouer que ça va quand même nous procurer une sacré sensation de liberté.

-Un peu ma vieille ! Et d'intimité aussi, ajoutai-je en haussant les sourcils avec malice : A quand la première visite de Charly.

-Roh, j'te jure ! Mais c'est pratique que les chambres soient séparées par la salle de bain.

-Une salle de bain isolée, rectifiai-je.

Nous rîmes un peu trop fort, car Hyun grogna dans son sommeil avant de se réveiller.

-Chani ? T'es là, vous avez appelé vos parents ?

-Tout est prêt, oui, rétorqua-t-elle en prenant ma chaise alors que je venais m'installer au bord du lit, devant Hyun qui était toujours allongé : Au fait, mes parents vont nous apporter un canapé ! Ma belle-mère fait du bénévolat pour une assos' de mobilier où ils récupèrent et retapent tout à neuf pour revendre à des prix vraiment très bas. Et il arrive parfois qu'elle récupère des trucs, elle propose de nous amener un canapé, comme ça, il y aura ce souci là en moins ! Elle peut également emprunter un camion, donc, si tes parents veulent faire du covoit', ils pourront s'arranger entre eux.

-Ah bah attends, je préviens tout de suite mes parents, dis-je en leur envoyant un sms.

Aussitôt, ma mère répondit avec engouement, et approuva grandement l'idée. Elle m'autorisa ensuite à passer son numéro de fix et de portable aux parents de Chani. Mon ami informa donc sa famille qu'un arrangement pour le déménagement serait largement possible.

-En plus, c'est sur leur route, ils pourront redéposer tes parents chez eux !

-Il n'y a pas de trop grand détour ?

-Juste vingt-minutes, mais c'est quoi quand on peut leur éviter de faire plusieurs tours ?

-Pas faux…

Derrière-moi, Hyun demandait comment on allait se débrouiller pour les peintures à faire.

-Je peux me libérer un soir et venir vous aider, à plusieurs ça ira plus vite, assura-t-il en jouant avec les plis de mes draps.

-Ah c'est gentil, perso je dis oui pour son aide, acceptai-je, sincèrement touchée et reconnaissante.

Chani opina également en disant qu'on ne serait pas trop de trois pour porter des pots de peinture au cinquième étage. Mon collègue sembla se dépiter un peu, mais assura qu'il userait de ses muscles pour nous porter main forte ! Sous nos rires, je demandai à Chani de vérifier à son tour notre dossier locatif, avant de l'envoyer à Monsieur Castillon. Lorsqu'elle appuya sur la touche fatidique, nous sûmes, qu'une nouvelle vie -en quelque sorte- allait s'ouvrir à nous. Et j'étais plus qu'heureuse, de partager cela avec elle…

Je sortis mon portable de ma poche pour prévenir Rosalya, Alexy et Stephan que les démarches étaient faites et qu'il ne restait plus qu'à déposer le chèque de caution. Ne m'y attendant pas vraiment, je reçus un message de Leigh : « Encore félicitation pour ton nouvel appartement ! Compte sur nous pour t'aider pour les cartons, je peux toujours venir t'aider mes jours de congés pour porter tes affaires, du dortoir jusqu'à l'immeuble. »

Oh, ils sont trop gentils…

Tous les trois, passâmes finalement le reste de la journée dans ma chambre, pelotonnés dans mon lit. De temps en temps, il arriva que Rayan et moi échangeâmes quelques messages. Et cela redevint constant, comme ce midi, lorsque mes amis regagnèrent leur chambre. A tel point que nous hésitions à s'appeler. Ce qu'il fit…

-Je n'ai même pas eu le temps de te répondre…, souris-je en me posant dans la salle de bain pour faire un brin de ménage, mais je fus distraite.

« Je sais, mais pourquoi attendre ? »

Mon sourire s'agrandit sous son impatience. Je ressentis presque…de la sensualité dans sa voix qui s'était faite profonde.

« Tu craignais quoi ? T'es seule non ? »

-Yeleen peut débarquer d'un moment à un autre, dis-je en jetant justement un coup d'œil dans l'entrebâillement de la porte qui donnait sur la chambre.

« Tu couperas sans formalité, je comprendrai », assura-t-il.

-Pour une fois qu'on me demande de raccrocher au nez ! ris-je.

« Question de bon sens, haha ! On ne va pas faire dans la dentelle non plus, on a dit de rester neutre à la fac, pas qu'on ne pouvait plus se parler non plus par téléphone… »

-Non, mais entre tes bourdes d'hier et mes lapsus…

« Oui…, bon, on va se la jouer finement demain. »

-Je crois qu'on est encore dans l'euphorie de la soirée, dis-je en nettoyant le miroir.

« Tu crois ? Je ne sais pas, on a tellement pris de gants pour se parler en dehors des cours jusqu'à cette semaine que j'ai envie de rattraper le temps perdu. Quatre mois quand même à jouer notre petit jeu… »

-Je te rappelle à cause de qui ? dis-je avec une pointe de sarcasme. Je l'entendis pouffer mais j'ajoutai, sincèrement compréhensive : je n'oublie pas…que les mentalités ne sont pas toutes ouvertes, et que beaucoup risquent de s'imaginer déjà des choses, s'ils nous voyaient proches comme on l'est. Mais on n'a pas à avoir honte de s'apprécier.

« Tout à fait, mais je pense que c'est beaucoup grâce à ta spontanéité qu'on en est là… si ça avait été avec une femme plus timide, je ne suis pas certain que je me serais montré si ouvert. »

-Timidité sur timidité, sa tue la relation, mais faut pas croire, je ne suis pas extravertie non plus !

« Non, mais t'as pas froid aux yeux. Enfin t'es clairement moins craintives que moi et sûrement plus ouverte d'esprit. Tu sais, j'ai grandi avec ces idées-là : Un professeur est un tuteur et se doit de montrer l'exemple ! Mais bon, je n'étais sûrement pas fait pour ça… »

-Quoi ? Parce que tu te lies d'amitié avec une étudiante, t'es pas fait pour être prof ? Non-sens ! pestai-je.

« Haha, mais non ! Mais merci de faire preuve d'une telle véhémence, au moins je sais que tu ne me laisseras pas me dévaloriser ! Non, je parlais de ces idées-là…J'ai du mal à concevoir que le fait d'être un tuteur doit me détacher de tout lien sociale avec mes étudiants. Je ne me montre pas vulgaire, si ? »

-Je n'ai pas se ressenti-là, puis tu sais, t'es loin d'avoir sympathisé avec tout le monde non plus, mais t'auras toujours des extrêmes pour venir te contredire. Tout ce que je veux éviter, c'est de te nuire…Si jamais tu sens que j'envahie trop ton professionnalisme, n'hésite pas à me le faire savoir. Il ne faut pas toujours admirer ma spontanéité, le prévins-je avec sérieux.

Je l'entendis sourire, presque avec attendrissement. Il marmonna quelque chose du style « elle a la tête sur les épaules », semblant plus s'adresser à lui-même qu'à moi.

-Tu parles tout seul ? Trente-trois ans et déjà sénile ?

« Méfie-toi, je suis de correction pour les partiels, je peux faire exprès de chercher ton numéro de candidate pour trouver ta copie et faire exprès de te mettre une salle note ! »

-Tu vois ce que je disais ? Tu perds déjà ton professionnalisme à cause de moi ! (Je m'éclaircis la voix bruyamment) Ecoutez Monsieur le professeur, je crains que nous ne puissions continuer ainsi. (Je l'entendis ricaner et me traiter d'imbécile) J'ai pour projet de quitter l'établissement et-

« Hein ? Hé, déconne-pas… » m'interrompit-il sérieusement avec une pointe de chagrin dans la voix.

-Hé, l'appelai-je doucement : Je parle du dortoir…, dis-je d'un ton qui se voulait rassurant. Tu n'as quand même pas cru que j'allais changer de fac ?

« T-Tu l'as bien fait avec ton ancienne… »

-Pour mon option…(Je haussai une épaule) Pour toi, indirectement. Et pour en revenir au dortoir, je voulais simplement dire que ce sera plus simple pour nous de se voir maintenant qu'on a notre appartement avec Chani. Rien ne t'empêchera de venir...

« Déjà, Rosalya m'a prévenu pour les peintures et le transport de vos affaires. Bon, je ne viendrai pas les chercher dans ta chambre mais je pourrai toujours les monter chez toi. »

-Cinq étages, le coupai-je.

« Je sais, sans ascenseur. Et toi avec un genou et une épaule de blessés… »

Je me grattai le front avec embarras. Il marque un point…

« Je t'entends chercher une excuse pour que je ne vienne pas t'aider. » rit-il.

-N-non ! m'outrai-je : Au contraire j-je…(Je raclai doucement la gorge) Q-quand la date du déménagement sera confirmée…est-ce que…enfin, si t'as pas trop de boulot…tu crois que tu pourrais…

« C'est dur hein ? » s'amusa-t-il à souligner. Je me sentis rougir. « Je vais t'épargner une souffrance inutile » railla-t-il avant de reprendre : « Appel-moi quand vous posez une date, maintenant que je sais où est l'immeuble en plus, on se rejoindra là-bas. »

Je souris timidement et le remerciai, sincèrement touchée.

-Merci, Rayan…

« Je t'en prie, ça me fait plaisir Tallulah »

Un petit silence serein s'installa, seuls nos sourires -car j'étais sûre qu'il souriait- faisaient la conversation. Puis, avec hésitation, mon aîné reprit :

« Tallulah… ? »

-Oui ?

Ma voix était sourde, mais curieuse, l'incitant à poursuivre.

« Dis-moi, en ce moment est-ce que tu vois quel-»

Au même moment, la porte de la chambre s'ouvrit sur une Yeleen quelque peu épuisée.

-Yeleen ! murmurai-je assez fort pour que Rayan entende avant de raccrocher précipitamment.

Aussitôt, je tapai un texto d'excuse : « Pardon, pardon ! Mais Yeleen est rentrée… » suivit d'un smiley qui priait pour se faire excuser.

« Pas de souci, j'ai bien compris. Je te laisse je vais finir mon boulot. On se voit Lundi, en cours ? »

Je souris et acquiesçai en lui souhaitant une bonne soirée. Ma colocataire semblait avoir clairement la tête dans le brouillard, et cela m'amusa un peu de la voir traîner les pieds pour se vautrer sur son lit.

-Ne me parlez plus jamais de champagne ! geignit-elle.

-Haha, on se remet mal de sa soirée ?

-M'en parle pas, j'étais avec tout le gratin des artistes modernes pour me dégotter un stage, mais alors…ils tournent tous au champagne !

-Toi aussi ? Tu voulais les suivre ?

-Tu me prends pour un mouton où quoi ? s'énerva-t-elle, sans surprise. Je levai les yeux au ciel : On n'est pas tous à la recherche d'une personnalité, hein.

-Non, bien sûr ! rétorquai-je d'un ton rempli de sarcasme. Bon sang, c'est tout noir ou tout blanc avec elle, me dis-je en repensant aux soirées sympathiques que nous eûmes passées ensemble cette semaine.

Dire que j'ai raccroché au nez de Rayan pour ça…soupirai-je en mon for intérieur avant de venir m'installer à mon bureau pour ma regarder un film sur Netflix. Après un bon repas, je pris mes médicaments et je filai au lit de bonne heure. En plus de mon réveil, j'eus le droit à Chani qui me souillait notre conversation de textos puérils et en tout genre. « Allez, ma belle aux bois dormants ! Debout~ », « Je m'en vais prendre un petit déj', je te garde une place ou tu manges avec Camille ? Il n'est pas levé encore », « Tu dodos encore ? », « On a pris les paris avec Charly et Kelly : 1 t'arrives à l'heure, contre 2 que tu arrives en retard ! »

-Je vais leur prouver que je sais arriver à l'heure ! grognai-je en me coiffant. Yeleen était encore au lit, elle sembla avoir du mal de se remettre de sa fête prolongée.

Je me fis un chignon vraiment propre, qui tenait bien sans faire dépasser un seul petit cheveu et j'étais vraiment fière de moi. Un peu moins, en voyant le temps que j'eus mis pour le faire. Déboulant dans la chambre, je secouai Yeleen qui dormait comme une masse.

-Yeleen, tu ne vas pas en cours ?

-Hm ?

-Je t'ai appelé déjà, tu ne m'as pas entendu ? Et ton réveil, tu ne l'as pas mis ?

-Laisse-moi dormir…grogna-t-elle.

-Oh, puis fait ce que tu veux, soupirai-je en partant me prendre une paire de tennis. Aujourd'hui, short taille haute bleu jean, et collants noirs épais avec un pull tricot à gros col qui me cachait le menton, rayé à l'horizontale par de larges bandes de différentes couleurs. Col rouge, épaules moutarde, poitrine orange et rouge, ventre rose puis bleu roi, et on terminait sur un kaki au niveau de la taille. Un peu de couleur en cette journée qui transpirait la neige. Il faisait de plus en plus froid et je n'aurais pas dit non à des gants et une écharpe. Je pris mon blouson, mon sac et filai au réfectoire où je tombai sur un Camille assez joyeux mais un peu crevé.

-Hé, ça va ma belle ? me sourit-il alors qu'il me tirait une chaise à ses côtés.

Je saluai les personnes qui l'accompagnaient.

-Ce sont des membres de mon équipe, m'informa-t-il : les gars, je vous présente Tallulah, une amie dans ma classe.

-Bah, je me suis trompé de filière, rit l'un d'eux. Je préférai ne pas soulever et commençai à petit déjeuner.

-C'est rare de te voir levé si tard, dis-je à mon ami qui lançait un étrange regard à celui qui avait parlé.

-Hn ?

-Je te demandai ce qui t'avait poussé à te lever si tard.

-Haha, on a fait la fête ce week-end, mais nous l'avons un peu trop prolongée. Mon colocataire n'était pas là, j'en ai fait dormir quelques-uns dans ma chambre. Mais aucun d'entre nous n'a mis son réveil. Heureusement que Charly m'a appelé, j'allais bien rater le cours de Monsieur Zaidi.

-Il fait toujours un bilan qu'il poste en ligne, ajouté à mes cours, tu t'en serais sorti, lui assurai-je. Mais ça aurait été dommage, vu ton amour pour l'art moderne et contemporain !

-T'es gentille, au moins je sais que je peux compter sur toi, haha ! Et n'hésite pas pour la géo', hein, me fit-il remarquer avant de prendre une gorgée de son chocolat.

-On va sûrement s'organiser une grosse séance de révision avec Chani, si tu n'as pas d'entraînement à ce moment-là, tu n'auras qu'à nous rejoindre, on pense en parler à Kelly, Charly et d'autres amis à nous.

-Et moi, je peux m'incruster à votre séance de révision ? Il y a peut-être des choses sur lesquelles tu pourras me conseiller ? fit l'homme de toute à l'heure.

-Euh, je ne sais pas, on ne va pas non plus rameuter tous les étudiants…dis-je un peu froidement.

-Puis c'est pas en L2 qu'on s'incruste à des révision de M2 gamin, lança Camille avec une pointe d'autorité qui sembla calmer son acolyte.

Je le sentis un peu tendu, et pour l'aider un peu à se calmer je lui pinçai discrètement les côtes et cela eut le don de le faire sourire. Nous terminâmes nos repas et pour ne pas être en retard, nous partîmes les premiers sans attendre que ses amis eussent fini. La plupart comprirent, mais un resta très insistant sur l'envie de nous suivre.

-Mais t'es même pas en histoire de l'art, qu'est-ce que tu vas foutre dans un cours magistral de M2 art moderne et contemporain ? soupira Camille qui semblait prendre sur lui. Tu vas rien capter !

-J'ai le droit de découvrir non ? On ne sait jamais, si ça me plaît, je peux toujours changer de filière au second semestre et partir en histoire de l'art pour faire du contemporain quand je serais en M2, rétorqua l'autre avec un faux sérieux qui m'exaspéra un peu. C'est quoi son but ?

Le souci étant que les cours magistraux accueillaient tout le monde, notamment les « curieux » en soif de changer de filière comme il le laissait entendre.

-Et toi, pourquoi l'histoire de l'art ? fit-il en passant un bras autour de mes épaules. Sa lourde carrure et son manque de délicatesse provoquèrent la douleur à mon épaule.

-Hé ! bas les pattes ! pestai-je en me dégageant avec virulence.

-Fais gaffe, elle est blessée, intervint Camille qui se rapprocha de moi : Allez, retourne-voir les autres sérieux. T'as rien à faire là ! commença-t-il à s'énerver alors qu'on atteignait l'amphi.

-Laisse-le, il se fera bien virer, murmurai-je à mon ami en le tirant à l'intérieur.

-Hé, mais c'est que c'est ta meuf pour que tu t'énerves comme ça ? beugla presque l'autre au point de faire se retourner quelques élèves présents dans l'amphi.

Je repérai Rayan du coin de l'œil, installé à son bureau qui fronça les sourcils en nous voyant entrer. Je lui fis signe de monter. Mon aîné sembla comprendre que quelque chose n'allait pas et se leva de son siège.

-Hé, ça va, désolé pour l'épaule, je te ferais un massage après le cours pour me faire pardonner, commença l'importun en voulant à nouveau me toucher.

-Mais dégage ! J't'ai déjà dit d'arrêter de me toucher !

-Oh, laisse-toi faire deux sec-

Camille lui agrippa le poignet et commença à le torde dangereusement.

-Camille, arrête ! s'écria Charly qui courut nous rejoindre.

-Hé !

La voix portante de notre professeur fit sursauter tout le monde.

-Oh ça va, Camille détends-toi ! s'énerva l'autre en essayant de se retirer de la poigne de mon ami mais ce dernier ne céda pas. Leur différence de taille était flagrante, pourtant, Camille semblait avoir le dessus.

-Jeune homme, calmez-vous, essaya Rayan non sans me pousser avec prudence vers l'arrière. Il me lança un regard alarmé et me fit comprendre qu'il voulait que je m'éloigne. Mais Camille !

-Toi tu peux dire adieu à ta place de titulaire, grogna Camille.

-Quoi !? Mais pour quel motif ? s'indigna notre cadet.

-On ne harcèle pas les gens de la sorte, Jordan ! Notre équipe se doit de garder une certaine image, et plus encore, je ne tolère de tels comportements de la part de mes coéquipiers ! Je suis le capitaine, c'est moi qui pose les ordres ici, et la coach sera d'accord avec moi quand je relaterai ce fait ! Maintenant dégage-moi le plancher, t'as déjà dépassé les bornes ce week-end je serais toi je ferais profil bas ! Et ne t'approche plus jamais de Tallulah, t'as compris ?

Un silence plat survola l'amphi. Rayan parvint à séparer les deux hommes non sans peine. Timidement, je vins effleurer la main de Camille qui détourna la tête vers moi.

-Hé…

En face, ledit « Jordan » me lança un regard qui me glaça le sang.

-Sortez de ma salle, ordonna notre aîné qui s'interposa entre nous deux : maintenant !

Hochant plusieurs fois la tête d'un geste entendu, tout en gardant ce regard noir qui m'était destiné, Jordan s'en alla, les mains dans les poches.

-T'auras pas les couilles de me mettre sur le banc, lança-t-il avant de passer les portes.

Je ne sentais plus mes jambes tant elles tremblaient. Presqu'aussitôt, Camille se détourna et prit mon visage en coupe.

-T'as rien ?

-N-non ! Je n'ai rien, et merci…mais, toi ? L'équipe ? me souciai-je, sans contrôler les tressaillements dans ma voix.

Mon regard jonglait de Camille puis à la porte.

-C'était quoi ça ? nous demanda Rayan qui était revenu vers nous.

-Tu trembles, murmura Camille avec anxiété : T'es sûr qu'il ne t'a pas fait mal.

Je secouai la tête avant de répondre à notre professeur :

-Un indésirable qui essayait de s'incruster dans notre cours…J-je suis vraiment navrée pour tout le bruit, expliquai-je, un peu confuse par cette altercation mais surtout…C-C'était pour quoi ce regard ?

-Il ne reviendra plus, assura mon ami qui s'excusa également envers notre aîné.

-Si personne n'a rien c'est l'essentiel. En revanche vous connaissez l'identité de cette personne ?

Rayan tourna la tête vers le reste de l'amphi, et les autres étudiants firent mine de reprendre leur occupation. Il nous fit signe de le suivre à son bureau et nous reprîmes notre échange. Charly était retourné auprès de Chani qui était quelque peu alarmée et attendait que je la rejoigne.

-C'est un étudiant d'ici ?

-Oui, assura Camille : il est en L2 LEA Anglais/Espagnol, mais je me charge de lui. Il craint plus de se faire virer de l'équipe que de recevoir une remontrance de la part d'un prof.

-Une remontrance ? S'il y a eu agression, ce n'est pas une simple remontrance qu'il va se recevoir si vous voulez mon avis…, menaça Rayan qui soutint mon regard avec inquiétude.

-Tal' ? s'enquit le rugbyman qui avait glissé sa main dans mon dos d'un geste affectueux. Je lui souris alors que mes tremblements se calmaient.

-C'était de la bêtise, on ne pourra même pas appeler ça une agression…

-Sauf que ce n'est pas la première fois, ce week-end il a été aussi pénible pendant la soirée. Heureusement, les filles étaient toujours accompagnées. Après, je ne sais pas s'il a vraiment les couilles d'aller plus loin.

-Pardon mais je n'appelle pas ça « avoir des couilles » de harceler les femmes comme ça, rétorqua Rayan sans prendre de pincette : Quoi qu'il en soit, ce n'est pas un comportement à banaliser. J'en informerai mes supérieurs et l'administration. Ce n'est pas en fermant les yeux ou en le traitant d'idiot qui ça le fera changer. Maintenant, si vous avez une quelconque influence pour le calmer, faites ce qu'il faut de votre côté également.

Camille opina du chef.

-Comptez sur moi…je n'veux pas de ça dans mon équipe.

Souriant malgré moi, je revis le capitaine amoureux de sport et soucieux du bienêtre de son équipe. Il remarqua que je le toisai, et m'adressa un sourire radieux qui me fit rire.

-Bah voilà, t'es quand même plus belle quand tu souris !

-Roh, allez, allons-nous asseoir, pestai-je non sans rougir en le poussant hors de l'estrade.

Le professeur me retint un instant.

-A-Attendez, vous êtes sûre de vous sentir bien, il marqua une pause avant d'ajouter d'une voix chaude : Tallulah ?

Je croisai son regard. Je savais…que prononcer mon prénom de la sorte, n'avez rien à voir avec le professeur qu'il se devait d'être ce matin. D'un hochement de tête rassurant, je confirmai mes précédents dires.

-Tout va bien, plus de peur que de mal. Je souris avant de me reculer pour rejoindre mon ami au bas des marches.

-Bien, conclut-il en souriant avec bienveillance.

Après tout ça, nous fûmes bien calme Camille et moi. Nous expliquâmes notre mésaventure à nos amis qui méprisèrent ouvertement l'attitude déplacée du jeune second année. Le cours reprit sur Game of Thrones mais notre professeur nous fit comprendre que nous allions essayer de faire une transition avec le prochain sujet, et avec beaucoup d'adresse linguistique et d'intelligence, il parvint à introduire la place du corps masculin dans l'art. Non sans nous dévoiler quelques œuvres, dont la plus marquante…

Il l'a fait… Je réprimai un gloussement en baissant la tête. Au pire, je n'étais pas la seule, personne n'allait me toiser avec un regard suspicieux. Quoi que pour ma part, ce n'était pas cette exposition de phallus en érection qui m'amusait, mais plutôt que mon ami parvienne à relever le défi haut la main. Peut-être fusse-t-il idiot de ressentir cela, mais j'étais étonnamment fière de Rayan. Ras le bol de ce politiquement correct qui n'avait pas sa place dans le monde de l'art !

Nos regards se croisèrent indéniablement avec complicité, et s'attardèrent un moment avant qu'il ne tente de calmer les commentaires intempestifs. Si, à force d'y être exposé, nous étions plus ou moins avec les idées que pouvaient faire émerger la place de la représentation du sexe féminin dans l'art, il était encore nouveau de penser à celle de la représentation du sexe masculin.

Cela m'étonna mais Chani comme beaucoup d'autres étudiants de ma classe, ignoraient totalement l'existence de cette œuvre « l'origine de la guerre » d'Orlan qui se confrontait à « l'origine du monde » de Courbet.

-Tiens, on va commencer par ça, comment expliquez-vous, qu'une œuvre qui semble pourtant vous marquer en ce jour, ne soit pas connue de tous ici ?

J'entendis Camille marmonner dans sa barbe : « Bah p't'être parce que l'art contemporain n'est qu'à amas de buzz… »

-Mais dis-le ! chuchotai-je en lui donnant un coup de coude amical.

-H-hein ? Non !

-Camille…soupirai-je : Je sais, je suis la première à être intimidée, mais l'art contemporain c'est vraiment ton plaisir, alors vas-y !

-Mais s'il me prend pour un con ? Il va penser que c'est négatif, alors que je ne fais que souligner un-

-Un fait ! Il est prof d'art et contemporain, tu penses peut-être qu'il ne le sait pas ?

Notre aîné nous interrompit.

-Cela papote beaucoup là-haut, mademoiselle, jeune homme ! Plutôt que de faire des messes-basses, faites-nous partager votre débat qui semble plus prenant que le cours…

Il y eut des gloussements, sûrement pensaient-ils tous que nous discutions pour passer le temps, or ce n'était pas le cas. Un peu revêche, je pris la parole :

-Mon ami soulignait simplement le fait que l'œuvre était méconnue uniquement dû au buzz éphémère des œuvres contemporaines.

-Ha ! Premier point, et est-ce que votre ami est disposé à nous étoffer un peu sa pensée ? Déjà, connait-il ce photomontage « l'origine de la guerre » ?

-Oui, je le connais monsieur, j'étais présent lors de son exposition à Orsay en 2014 dans le cadre de l'exposition « Masculin organisé ». Et outre le fait que l'artiste ait confirmé l'intention féministe derrière cette toile, on peut toujours évoquer le fait que le sexe masculin est rarement exposé, sûrement de moins en moins plus on avance dans le temps…

-C'est bien, l'encourageai-je.

Il me sourit, l'air sensiblement attendri et gêné d'avoir autant parlé.

-On reviendra sur cela plus tard, dites-nous pourquoi cette œuvre est méconnue à cause de son « buzz » ?

Je savais que Rayan avait volontairement déformé les propos de Camille. Cela avait toujours tendance à nous provoquer et à nous pousser à débattre. En revanche, cela ne sembla que moyennement fonctionner sur mon ami qui opta pour sa nonchalance naturelle.

-C'est très réducteur comme avant-propos mais pourquoi pas…(Je vis Rayan hausser la tête avec stupeur) j'aime autant dire que c'est le risque de l'art contemporain et c'est aussi ce qui fait son charme et ce pourquoi il se démarque autant des autres courants. Ici, presque personne n'a entendu parler de cette œuvre, pourtant ils connaissent tous Orlan pour ces œuvres aux pendants féministes. Mais voilà, comme toutes causes qui se doit d'être défendues, il faut marquer les esprits sur un seul évènement et pas sur du long terme au risque de lasser l'œil qui observe. Pourquoi tout le monde a ri ou a détourné le regard ? Je suis certain que personne n'aurait eu cette réaction face au sexe féminin. La cause ? Banaliser la sexualisation chez les femmes dans le monde commercial et audiovisuel et la cause. La résultante est qu'aujourd'hui on s'offusque devant la nudité masculine en la trouvant grossière et vulgaire si ce n'est de laid. Le corps féminin est exposé, à nu, depuis des siècles et fascine encore, tandis que le sexe masculin dégoûte de plus en plus et perd de sa « valeur » artistique. Même l'art contemporain le montre peu. D'une part, il n'a aucun poids dans le monde du commerce. Vous prenez les web-séries, ou simplement les films, on est habitué à voir une paire de seins alors qu'une poitrine féminine reste un « objet » désirable érotiquement parlant. Elle se devrait d'être cachée au même titre qu'un pénis s'il l'on devait suivre toutes les mœurs religieuses, politiques et sociales. Il n'est pas rare non plus d'entrevoir le vagin d'une femme sans pour autant interdire le film au moins de 16 ou 18, non, cela restera du moins de 13 ans. C'est une exposition commerciale qui est banalisée. Et l'art contemporain est confronté à ça. Certaines œuvres la dénoncent justement, cette surexposition du corps de la femme à toutes les sauces, tandis que d'autres, revendiquent ce droit d'exposition, car la femme est libre d'exposer ou de conserver sa nudité. Et je reviens à cet emploi de buzz commercial. L'Art contemporain n'est plus qu'un amas de chiffres monétaires, si l'artiste veut choquer, il va choquer, par derrière, cette provocation donnera de la valeur à son œuvre et les musées utilisent également ces procédés, pour attirer l'œil contemplatif du touriste. Ils vont être choqués, surpris, effrayés, fascinés mais est-ce qu'ils le seront longtemps ? Non. Tout le monde ici, même sans l'avoir vu, savent de quoi je parle si je prononce « Mona Lisa », pourquoi ? Parce que ça n'a rien d'un buzz éphémère, c'est une fascination qui touche tout le monde, toutes les bouches, qu'on aime l'art ou non, c'est une œuvre que les gens connaissent parce qu'on a parlé, qu'on parle et que l'on parlera encore longtemps d'elle. Mais aujourd'hui, pourquoi fascine-t-elle ? Parce que l'œuvre est fascinante ? Ou parce que sa popularité la rend fascinante ? « L'origine de la guerre », n'est fascinante que lorsqu'on si confronte. Une fois cela fait, on se dit qu'on a vu un sexe masculin, comme celui de notre conjoint au lit ou de la première vidéo qu'on trouvera sur youporn.

Sa dernière phrase eut le mérite de forcer les gloussements chez certains, tandis que pour nous, ses amis, et notre professeur, nous étions encore subjugués par sa prise de parole.

-Justement, reprit sérieusement Rayan : Est-ce que le fait de lier pornographie au sexe masculin ne serait pas la cause de se refoulement à vouloir l'exposer.

-Sûrement ou sûrement pas, le sexe féminin aussi est confronté à ce lien pornographique. Beaucoup de facteur peuvent en être la cause en mon sens.

-Lesquelles ?

-Déjà, le fait qu'on a encore du mal à dissocier sexe avec genre. On parle bien de la guerre des sexes, sûrement à tort mais aussi à raison, puisque qu'il y a des inégalités, notamment salariales, aussi faibles soient-elles dans notre pays, qui restent présentes, uniquement parce qu'une femme est une femme. L'œuvre d'Orlan dénonce les précédents torts que le sexe masculin a causés au sexe féminin pendant des siècles. Mais à nos jours, le sexe masculin lui cause encore du tort. Ici, ce sexe en érection représente indéniablement le désir, mais est-ce que ce désir se doit d'être forcément partagé ?

-Non, répondis-je sans pouvoir me contenir.

-Tallulah, un commentaire ?

Je rougis, en me rendant compte que j'avais parlé sans réfléchir. Puis, laissant parler certains ressentiments qui refirent surface tantôt, pendant l'altercation entre Camille et Jordan, je dis :

-Il représente le désir mais n'est pas forcément désirable. On ne parlerait pas de viol…

Un lourd silence survola l'amphi et si des regards étaient restés sur nous, beaucoup d'autres s'étaient détournés.

-C'est exact. Il faut sortir les mots comme ils viennent et c'est justement ce qui choque notre société actuelle. Le désir, s'il n'est pas partagé, n'est pas agréable. Et, même si ce genre d'abomination est commise par les deux genres, les deux sexes, force est de constater que le fautif le plus récurant est porteur du sexe masculin et que la victime, est plus souvent porteuse du sexe féminin. Je ne mets pas de côté les viols à l'encontre des hommes, ce délit, peu importe l'auteur, est une horreur ! L'art n'est pas insensible à cela, et s'en sert parfois pour dénoncer l'inaction, la banalisation de ces faits. Mais comme, dans le politiquement correcte, exhiber sa nudité est interdite…

-Beaucoup d'artistes se font poursuivre en justice. A leurs yeux c'est faire de l'art et pour les puristes, c'est commettre un délit, terminai-je, en faisant référence à mon mémoire.

Un débat sur la pression des mœurs religieuses, la pression politique ou encore sociale éclata entre les élèves. C'était ce que nous craignions avec Rayan, la veille par téléphone, mais dans un sens, du moment que les esprits ne s'échauffaient pas violemment, ça restait constructif et cela fit même réagir certains sur la place de la liberté d'expression et de son usage.

Lorsque la fin du cours survint, beaucoup se ruèrent pour poser des questions à notre professeur. J'eus bien désiré aller le voir également, d'autant plus que nous n'avions que la pause déjeuner, mais je ne savais comment me l'accaparer. Et à mon grand étonnement…

-Monsieur Zaidi ! S'écria Camille depuis notre place, tandis que nous rangions nos affaires : Vous mangez où ?

Mes amis et moi scrutions notre camarade avec des yeux ronds, un peu comme le reste des élèves encore présents qui semblaient curieux de voir où allait mener cette interpellation.

-P-Pardon ? s'offusqua notre aîné.

-Venez manger à notre table, ça pourrait être sympa ! rit mon camarade qui m'arracha un ricanement nerveux.

-D'autres profs le font, et vous l'avez déjà fait aussi au début d'année, renchérit Kelly.

Me pinçant les lèvres avec un pointe d'envie, je croisai le regard de Rayan qui nous dévisageait avec des yeux écarquillés comme deux ronds de flan. Chani et moi nous échangeâmes un regard complice en nous rappelant nettement ce repas très gênant. Aujourd'hui, les choses risquaient d'être différentes.

-Eh bien, si vos camarades n'y voient pas d'inconvénient…fit-il non sans sourire avec malice au coin des lèvres.

Je levai les yeux au ciel tandis qu'il s'attardait sur ma réaction. Lui tournant le dos pour répondre à sa petite provocation, je dis à Camille que je partais devant.

-Tu nous gardes une place ?

-Je ne sais pas… si le prof ne met pas trois plombes à se ramener je peux éventuellement nous garder une table oui. Sinon je mange avant vous !

-Oh, vilaine !

Ne m'attardant nullement sur la remarque de Kelly, j'attendais surtout de voir ce qu'allait rétorquer Rayan à cela. Passant ma tête par-dessus mon épaule pour le regard s'affairer, il ne me lâchait pas des yeux et ça m'amusait beaucoup. Il veut jouer, il va encore perdre ! me dis-je en gravissant les marches pour rejoindre la sortie.

Intérieurement, je jubilai comme une enfant pendant un anniversaire, entourée des gens que j'aime et prête à recevoir ma surprise ! Je me fis interpeller par Kelly et Chani qui m'avaient rejointe, tandis que Charly et Camille étaient restés encore un peu dans l'amphi.

-Tu sais qu'il aura tout osé dans sa vie celui-là, doit être les cheveux qui lui étouffent le cerveau ! soupira Kelly en se passant une main dans les siens de cheveux, courts.

-Haha, en même temps, comme tu l'as fait remarquer, d'autres profs mangent déjà avec leurs élèves, souligna Chani.

-Ouais, mais je ne pense pas que ça soit sous la demande démonstrative d'un étudiant, haha !

-C'est vrai qu'il n'a pas fait dans la dentelle, renchéris-je tandis que nous passions faire un tour aux toilettes.

Kelly s'enferma dans une cabine et Chani se glissa à côté de moi tandis que je me passai de l'eau sur le visage.

-Bah alors, on dirait que le karma est de ton côté, voilà qu'il vient manger avec toi.

-Nous, rectifiai-je, avec nous !

-Oui, à d'autres ! (Elle baissa le ton) Tu penses que je n'ai pas remarqué vos œillades ? Deux gamins !

J'étouffai un rire puis partis m'essuyer les mains. Une fois nos affaires terminées aux toilettes nous partîmes au réfectoire où nous trouvâmes les garçons faire la queue. Ils se sont téléportés ou quoi ? Je remarquai certains profs dans la file, mais ne vis pas Rayan…Il a finalement refusé ? me souciai-je avec un pincement au cœur.

-Hé, fit doucement Chani en me donnant un coup de coude. Puis, d'un geste concis du menton elle désigna une grande silhouette avec laquelle mes yeux étaient familiarisés.

Rayan se trouvait bien en compagnie des deux garçons mais fut dissimulé par le pilier qui coupait la file. Camille semblait en grande conversation avec lui, et tous deux riaient pendant leur échange. Nous les observâmes s'avancer vers une table avant de se faire interpeller par Mme Klamis. Très vite, nous comprîmes qu'elle se joignait à nous.

-C'est pas vrai, bientôt c'est nous qui allons manger en salle des profs ! rit Kelly qui faisait glisser son plateau tout en le garnissant.

-J'avoue ! Enfin bon, moi tant que je mange…dis-je en essayant de prendre un air détaché.

Seulement, mon pas se fit un peu hésitant lorsque nous devions les rejoindre. Charly nous fit de grands signes pour s'assurer que nous les voyions bien. Camille, Rayan et Mme Klamis posèrent leur attention sur nous trois, puis Camille se leva pour dégager la place entre lui et notre professeur d'art moderne et contemporain. A peine fus-je assise qu'Alexy, Morgan, Rosalya et Hyun firent irruption.

-Hé, on peut se joindre à vous ? souris ma meilleure à qui je vins déposer un énorme bisou sur la joue. Alexy, faussement jaloux, tendit sa joue en attendant son dû que je lui offris avec joie. Morgan et Hyun firent les idiots en nous imitant et en se faisant des bisous de façons très maniérées.

-Oh ça va, jaloux ! pestai-je en prenant place : Je vous présente mes meilleurs amis, ça ne vous dérange qu'ils s'installent avec nous ?

-Mais non, plus on est de fous plus on rit ! assura Charly qui aida Morgan à rapprocher une table.

-Et je vous présente Charly, Kelly et Camille, des amis de notre classe à Chani et moi.

-Bon bah nous on sent le fromage, n'est-ce pas Rayan ?

-Haha, je crois bien oui ! plaisantèrent nos professeurs.

-M-Mais non, j'y viens…rougis-je en évitant le regard de Rayan. Quoique je ne susse pas vraiment comment m'y prendre pour les présenter.

-On suppose que vous êtes leurs professeurs ? sourit Rosalya : Vous enseignez quelle matière ?

Alexy lui lança un regard intrigué et je sentais la bourde arriver. Morgan lui pinça les côtes au même moment. Merci Morgan ! Hyun sourit en coin en secouant la tête avec un désabusement certain avant de croiser mon regard avec amusement. Je lui tirai la langue et il me répondit par une grimace qui fit rire Mme Klamis qui proposa d'échanger sa place avec celle de mon ami pour qu'il se trouve face à moi.

-Oh, ça ira ne vous en faites pas, sourit-il avant de prendre une gorgée d'eau.

-Bon, comme vous voudrez jeune homme ! Pour répondre à votre question mademoiselle, je suis professeur de sociologie, notamment l'art et science, en option pour la classe de Rayan.

Rosalya renifla un rire en baissant les yeux. De son côté, mon aîné tenta de rectifier.

-Monsieur Zaidi…

-Oh, oui ! excusez-moi, c'est l'habitude ! gloussa sa collègue : et donc, parle nous un peu de ta matière, tiens !

Mon aîné, le nez dans son assiette haussa une épaule et expliqua qu'il était simplement notre prof principal en plus d'enseigner l'art moderne et contemporain.

-Vous donniez plus envie de participer à vos cours en début d'année, il se passe quoi là ? plaisanta Camille qui sembla un peu surpris par l'attitude si renfermée de notre professeur d'habitude si ouvert et prompt à la discussion.

-C'était bien ce dont on a parlé ce matin, lança Kelly en se penchant pour s'adresser à Camille et Rayan : je ne t'ai jamais vu si sérieux Camille. Et ce n'est pas tous les profs qui présenteraient une telle image.

-C'est de l'art, rétorquèrent en chœur les deux hommes comme si c'était l'évidence la plus pertinente du monde avant de se lancer un regard stupéfait. Au milieu, je réprimai un rire mais laissai s'agrandir mon sourire amusé.

-Pourquoi tu te marres ? glissa mon ami avec un sourire taquin en ayant remarqué mon agitation : c'est grâce à toi si j'ai pris la parole ce matin.

-Comment ça ? demanda Rayan du tac au tac bien que très intrigué.

Chani expliqua comment Camille en était venu à se lancer.

-Je comprends mieux votre intervention…fit-il en se souvenant comment j'eus lancé le sujet sur la place des buzz dans l'art contemporain.

-T'as une bonne influence sur Camille, renchérit Charly : On se connait depuis la L1, et ce n'est pas franchement un grand timide, mais en cours, prendre la parole c'est encore compliqué pour lui, alors qu'on est forcément habitué surtout dans notre cursus.

-Il parle, hein, mais pas pour faire avancer le cours, charia Kelly faisant ricaner le concerné : Mais je dois avouer que même pour ça il est plus sérieux. Il la met plus souvent en sourdine depuis qu'il t'a rencontrée.

Kelly et Charly se lancèrent un regard complice et railleurs avant de chantonner : « Notre petit Camille devient un homme ! »

-Roh, mais fichez-moi la paix tic et tac !

-C'est ce qu'on appelle l'effet Tallulah, rirent Alexy, Rosalya et Hyun ensemble.

-Ah non hein ! J'ai eu ma part samedi soir, maintenant on me laisse tranquille ! m'emportai-je d'une voix chevrotante par l'embarras.

-Haha, ça me rappelle mes années fac, s'enjoua Mme Klamis qui commença à nous raconter quelques anecdotes. Rosalya osa mettre le sujet des rencontres amoureuses et cela emballa encore plus notre aînée qui lâcha quelques dossiers croustillants sur ses années où elle était encore étudiante : L'amour est à double tranchant : si c'est toxique ça va te pourrir ton année, sinon, et la plupart du temps même, ça peut te redresser vers le haut, et c'est encore mieux si la personne qu'on aime est dans notre cursus ! Un peu comme ces deux tourtereaux en fait ! lança-t-elle en jetant un coup de menton concis dans notre direction à Camille et moi.

Nos échangeâmes un regard surpris, nous ne parûmes pas gênés, ayant conscience de notre attirance physique mais nous savions d'emblée que ça n'avait rien de romantique.

-On ne sort pas ensemble, réfuta mon ami avec un simplicité qui étonna beaucoup autour de la table.

-Il ne rougit même pas, rit Rosalya : Je pensai pourtant que…

-Rosa ! m'exaspérai-je un peu.

-Tallulah me plaît, elle le sait je ne lui ai jamais caché. Mais non, on ne sort pas ensemble, reprit-il avec son éternelle nonchalance.

-Ah, bah t'avais raison Chani, fit Charly en posant un regard presque hébété sur mon amie qui regardait la scène avec un sourire en coin. Je lui adressai un regard affectueux et complice.

-Qu'est-ce que tu crois, je connais ma futur coloc' !

Je ris, en baissant les yeux sur mon assiette.

-Je reste curieuse quand même, lança Kelly : Il y a quelqu'un qui te plaît dans cette fac ? Ou ailleurs…tu vois peut-être quelqu'un ?

-Ah oui tiens ! Dis-nous tout ! entendis-je renchérir Alexy avec malice.

N'ayant pas fait attention à qui s'adressait mes amis, je ne relevai pas tout de suite la tête. Ce fut le regard en coin de Rayan, posé fixement sur moi qui attira mon attention. Je sentis mes pommettes s'empourprer et, d'un regard confus je balayai la table en passant tour à tour sur le visage de tous ceux qui attendaient que je réponde.

-H-hein ? fus-je seulement capable de souffler.

Rosalya s'esclaffa avec Mme Klamis qui poussèrent un soupir d'attendrissement.

-Si ça ce n'est pas le regard d'une jeune femme amoureuse, je change de métier !

-Entièrement d'accord avec vous !

Même Hyun semblait attendre la réponse, et il m'encourageait même d'un sourire tiraillé entre la compassion et la tendresse. Pour lui, je finis par hocher la tête et répondre :

-Je crois que oui…

-Hé, mais tu nous l'as caché ça samedi soir ! se scandalisa presque Alexy.

-Oh, chaton laisse-là ! rit Rosalya.

-Mais je veux un nom !

-Non, pas de prénom ni de nom, ni de classe, rien ! Je sais comment vous êtes, vous allez le stalker pour savoir si c'est quelqu'un de bien !

-Haha, on voit que ce sont tes meilleurs amis, s'esclaffa Morgan qui commençait à comprendre notre trio infernal.

-Ow, Rayan ça doit te rappeler de bons souvenirs non ? Cela ne remonta pas si loin tes années fac !

-Oui, c'est vrai…sourit simplement son collègue qui s'était remis à manger en silence.

« Dis-moi, en ce moment est-ce que tu vois quel-» Tel un éclair qui abattait sa lumière dans un espace sombre, je me souvins de notre conversation téléphonique de la veille. Sa voix enjôleuse, mes sourires charmés…Et ces mots qu'il ne put entièrement me prononcer. J'essayai, timidement, avec un semblant d'espoir qui étreignait mon cœur, d'imaginer la fin de sa phrase…de sa question…de sa demande voilée. « Est-ce que tu vois quelqu'un ? » A l'instar de l'interrogation de Kelly, les sous-entendus romantiques étaient inévitables. Et parce que je nous sus éprouver un intérêt commun l'un envers l'autre, je me demandai subitement si ma prise de conscience au sujet de la nature de mes sentiments à son égard, ne l'eut pas touchée aussi. Essayait-il de savoir…s'il avait une chance ?

Laissant les autres converser entre eux, je profitai du brouhaha pour glisser mon pied sous la table, espérant que personne ne ferait attention au frottement de ma semelle sur le carrelage. Hésitante, car je savais que trop bien où nous nous trouvions, je fis mine de chercher quelque chose dans mon sac de cours pour le rapprocher de nos chaises, à Rayan et moi. Lui était en bout de table, et moi juste à l'angle sur sa gauche. Il sembla remarquer mon agitation, et m'interrogea du coin de l'œil, une mèche de cheveux dissimulant son regard. Je continuai mon avancée sous la table, jusqu'à atteindre son talon. Sa jambe tressauta, et j'eus un geste de recul qu'il retint rapidement en entourant ma cheville derrière la sienne. Si nos visages restèrent aussi neutres que possible, nos regards eux, en disaient long sur l'impatience que nous ressentions. Ce n'était plus seulement l'euphorie de la soirée, nous en avions bien conscience.

Le repas finis, nous dûmes rejoindre nos salles respectives. Mme Klamis et Rayan prirent la direction de la cage d'escalier, tandis que nous autres, nous séparâmes pour rejoindre nos différents cours. Art antique pour nous ! Rosa et les garçons repartirent de leur côté, bien que mon amie me glissât au creux de l'oreille, pendant notre étreinte :

-Attends-toi à ce que je t'appelle ce soir, vilaine !

-Roh, ne fais pas comme si tu n'avais pas remarqué, ris-je en m'éloignant d'elle pour croiser son regard taquin.

-Un petit instant papotage s'impose quand même, insista-t-elle avant de m'embrasser la joue.

Après de derniers aurevoirs, nous nous rendîmes en cours avec de l'avance. Puis nous enchaînâmes avec le cours de Miss Paltry avant de finir avec une heure et demi de méthodologie. Le soleil partait lorsque l'on quittait le cours. Camille s'excusa de devoir nous abandonner, mais une urgence l'appelait ailleurs. Nous nous étreignîmes un moment avant que je ne le laisse partir.

-Hé, tu sais pour ce matin…je te promets que ça ne se reproduira plus. J'aurais dû être plus direct et lui dire de nous foutre la paix et il n'aur-

-Camille, Camille ! fis-je d'une voix qui se voulait rassurante tout en prenant son visage en coupe : Il n'y a rien eu, l'essentiel c'est qu'il ne recommence pas, ni avec moi ni avec d'autres…

-Ce week-end…(il soupira) On a été à la soirée du bungalow avec l'équipe et la coach, et il a été un véritable enfoiré. Et penses-tu, un type de sa carrure, ça impressionne, si nous n'avions pas été là pour le calmer un peu, il n'y en a pas beaucoup qui auraient fait en sorte de l'éloigner de ces filles.

-A-Attends, t'es quand même pas en train de me dire qu'il a agressé des clientes ?

-N-non, mais il insistait lourdement. Vraiment lourdement…ça aurait été légitime pour l'une d'elles de porter plainte pour harcèlement, mais on a fini par partir et il a suivi. C'est un bon joueur, mais un véritable mouton, il tient à l'équipe et je suis persuadé que ça le calmera de se retrouver sur le banc.

Je réprimai un frisson de dégoût en repensant à ses mains sur moi. C'était difficile de ne pas lier ce petit incident avec mon agression…Puis cette grand-mère. La poitrine serrée, je fis une bise à mon ami qui s'en alla finalement. J'ai besoin de m'asseoir, me dis-je en faisant un tour sur moi-même à la recherche d'un siège. Mais nous étions dans les couloirs, mes amis marchaient devant et je dus presser le pas pour être à leur niveau.

L'air frais de la nuit me fit du bien, bien que cela dérangeât les autres qui préférèrent s'engouffrer au chaud dans le dortoir. Chani me demanda si je les suivais. Je baissai les yeux sur sa main liée à celle de Charly qui pianotait sur son portable pour montrer quelque chose à Kelly.

-Je vais passer à la BU pour récupérer un bouquin, dis-je. Chani comprit surtout que je voulais rester au calme et je la vis lever les yeux au ciel avant de venir m'étreindre.

-Idiote, on ne t'en voudra pas si tu ne veux pas toujours être avec nous.

-Haha, c'est compris. Je vais me poser de mon côté, je te sms ce soir.

-Ça marche ! me sourit-elle en ajoutant un clin d'œil.

Quelques élèves quittaient la fac, mais en soit les alentours étaient vide de monde. Les premières étoiles scintillaient dans le ciel et cela me fit penser à la geminide…J'envoyai un texto à Stephan pour lui demander si on ne pouvait s'organiser chacun de notre côté pour se voir et contempler la geminide comme nous eûmes coutumes de le faire en quatre ans. Mais cela allait être bien difficile, puisque ça tombait une semaine avant celle des partiels… « Tu sais que j'y ai pensé hier soir…mais je n'osai pas te demander, après tout, tu veux qu'on s'organise comment bichette ? Va être dur cette année…Mélanie et moi on pourra toujours les regarder par la fenêtre de notre studio, et on aura qu'à s'appeler pour faire genre t'es avec nous ? »

Je reniflai un rire attendri, avant de lui répondre que nous n'aurions qu'à faire cela. Un petit chagrin au cœur, je traînai les pieds en direction de la BU. En passant la porte, je tombai sur Melody qui allait sortir.

-Oh pardon, dis-je en m'écartant pour la laisser passer.

Mais elle n'en fit rien. Ne la voyant pas bouger, je posai mes yeux sur elle et j'allais lui demander de faire vite quand je constatai son regard dédaigneux me détailler de la tête aux pieds.

-C'est quoi le problème ? lâchai-je non sans agacement dans la voix.

-C'était quoi ton cinéma de samedi soir ? fit-elle d'une petite voix à la fois mielleuse et pleine de mépris.

-Je te demande pardon ?

-Tu vois très bien de quoi je parle, dit-elle en s'avançant vers moi en pensant me faire reculer. Mais non, je restai droite devant elle en ne comprenant pas ce qu'elle cherchait.

-Tu fais ce que tu veux, hein, mais me faire passer pour une idiote devant R-…Monsieur Zaidi, t'as rien de mieux à faire ?

Je pouffai en levant les yeux au ciel et me souvins de notre conversation, Rayan et moi, sur la terrasse du bungalow qui eut suivi notre rencontre avec Melody. Si tu savais à quel point il t'a trouvée envahissante…me retins-je dire ne servant à rien d'envenimer la situation. Soudain, je me rendis compte à quel point ma camarade n'avait pas évolué en quatre ans. Au lycée déjà, elle ne supportait pas me voir bien m'entendre avec Nathaniel et ses simagrées m'eurent bien agacée alors que je n'étais absolument pas intéressée par notre cher délégué… Que je n'ai pas croisé récemment, songeai-je en repensant au concert de Castiel où je vis Nathaniel discuter avec le type qui m'eut agressée.

-C'est pour t'assurer qu'il va s'intéresser à ton mémoire ?

La voix de Melody me sortit de ma transe. Hein ? Mais elle me fait quoi là ?

-Ou bien…(elle eut un sourire en coin et elle plissa un œil l'air sceptique) Il t'intéresse ?

Son petit jeu de jalouse commençait à m'exaspérer et je n'avais nullement à me justifier devant elle. Elle ne vaut pas le coup que tu t'énerves, Tal'. Si perdre l'amitié de Melody m'inquiétait ? Pas du tout, nous n'avions jamais été les meilleures amies du monde, et plus les mois passaient et plus je constatai que nous ne dépasserions jamais le stade de vieilles camarades de classe.

-Je-

Elle m'interrompit sur le tas.

-Laisse-moi t'épargner une déception inutile, je suis son assistante et il y a des informations que j'ai à son sujet…Et je serais toi j'éviterai de tourner autour de lui. Pas sûr que sa plaise à sa compagne.

Sa compagne ? Melody partit dans un monologue que je n'entendis que d'une oreille à peine… Un acouphène me rendit presque sourde et je sentis mes yeux se perdre dans le tréfond de mes pensées. La photo sur l'écran de son portable…Je m'étais déjà posé la question sans parvenir à considérer Rayan comme un salaud. Peut-être m'étais-je voilé la face pour rendre notre relation moins dramatique, mais en soit, même pour une simple amitié il n'aurait pas pris autant de gants avec moi. Non, je l'intéressai sûrement autant qu'il m'intéressait aussi. Et ce n'était pas de façon amicale. Mais m'approcher avec de telles intentions en ayant quelqu'un dans sa vie ? Il en était vraiment capable ? Il était ce genre de personne lâche ? J'ai du mal à le croire…

Secouant la tête pour chasser ce genre de pensées stériles, je défiai Melody du regard et la coupai net dans sa lancé.

-Il te l'a dit ?

-P-Pardon ?

-Est-ce que…mot pour mot, Monsieur Zaidi t'a annoncé qu'il était engagé avec quelqu'un ?

-Attends, on ne planque des photos de soit en train d'embrasser une femme dans son bureau si on n'est pas engagé, non ?

Une photo… ? …embrasser une femme ? Je commençai à perdre de ma superbe, mais me fis violence pour garder contenance.

-Réponds à ma question Melody, c'est quand même grave ce que tu déblatères. Tu es en train d'insinuer qu'un homme engagé comme Monsieur Zaidi s'adonnerait au flirt avec des étudiantes comme toi ou moi !

-M-Moi ? fit-elle offusquée.

-Oh je t'en prie, ton petit manège de samedi soir, on me l'a fait pas à moi ! Mais passons, tout ce que j'entends moi, c'est la gravité de ton geste, de tes sous-entendus. D'autant plus…mais attends, planquer des photos ? Melody, t'as fouillé dans les affaires du prof ? l'interrogeai-je en baissant le ton d'un air complètement sidéré. Mais elle a du culot !

-J-je devais simplement déposer un…je n'ai pas…(elle secoua la tête) Ne me fais pas passer pour la méchante, encore une fois ! C'est ça ton petit plaisir en fait, manipuler les gens et tu fais pareil avec lui ! Tu étais pareil au lycée, à croire que Lysandre ne te suffisait pas, t'aimais ça sentir les regards sur toi ! Et le type de ce matin ? Oser faire un scandale pareil au cours de Monsieur Zaidi…Tout ça pour quoi ? Montrer que tu chauffes plus de mecs que tu ne sais en garder ! Ne t'étonne pas que des hommes t'emmerdent après !

Mon geste partit de lui-même…Je giflai Melody dans un bruit sec qui résonna dans toute la cour. Tour à tour…je repensai à Jordan et sa main pressant mon épaule endolorie…Cette grand-mère qui se fit brutaliser par ce voleur des rues…Et enfin…ces deux types. Je revoyais le blond m'attraper et ce contact vint pincer ma peau en mirage. Aussitôt, j'enserrai mon poignet dans ma main libre et le plaquai contre mon giron, le cœur battant avec anxiété.

-Va-t'en, vociférai-je, les dents serrées et les larmes de colères ruisselant sur mes joues : T'es vraiment qu'une sale conne…dire que je me faisais du souci pour toi en début d'année. Va te faire voir Melody ! sanglotai-je en la défiant du regard.

Mon interlocutrice semblait des plus déstabilisées. La main contre sa joue rougie par le contact cinglant de ma main, elle me toisa avant horreur avant de trotter vers les dortoirs. Pour ma part, je n'avais plus envie d'y aller…je ne voulais pas me retrouver confronter à une Yeleen lunatique…Je voulais être seule, avec un endroit où me réfugier sans que l'on vienne me troubler. Mais je ne savais pas où aller…Je finis par me laisser tomber contre un mur derrière la BU, glissant tout le long pour finir assise sur le bitume et je vins pleurer longuement entre mes bras posés sur le haut de mes genoux pliés. Silencieuse et seule, je pleurai longtemps…Je pleurai ma colère, ma frustration et ma douleur…mais je pleurai. Et ce, jusqu'à ce qu'une horrible migraine ne m'épuise…

A suivre…