[Petit mot d'avant lecture: Salutations ! Dans ce chapitre, petite nouveauté, vous n'aurez pas seulement un point de vue, mais bien deux ! Je reprends le point de vue de Tallulah, ou plutôt, je le poursuis encore un peu, pour ensuite le faire dévier sur Rayan avec qui on clôturera ! Pardonnez-moi d'avance si un passage dans ce chapitre vous heurte, je ne l'écris pas que pour l'histoire, mais bien pour apporter un sujet qui m'a touchée quand j'étais étudiante, et qui, peut-être vous a touché également dans une autre situation que la mienne. Mais il n'y a rien de malveillant dans mon geste, vraiment.
J'espère malgré tout, que votre lecture restera plaisante ! =) ]
Tallulah
Ma nuit fut plutôt courte…M'étant endormie derrière la BU, le froid me réveilla ainsi que la faim comme je n'avais pas dîné. J'avais regagné ma chambre en toute discrétion pour ne pas réveiller ma colocataire, mais je l'eus fait à reculons. Ma dispute avec Melody me hanta le restant de la nuit, jusqu'au petit déjeuner ou je me fis violence pour manger. J'avais faim tout en ayant l'estomac noué. J'avais l'horrible impression que je risquai à tout moment rejeter ce que j'ingurgitai. De plus, mon épaule me faisait vraiment mal aujourd'hui et cette fichue migraine ne passait pas, ni avec des comprimés ni avec mon baume. Une énième fois, je soupirai devant mon plateau…
-Hé bien, en voilà une qui a mal dormi, s'inquiéta Camille qui passa sa main sur mon front : T'es chaude…t'as le visage tout rouge. Tu ne veux pas sécher ce matin ?
Je secouai la tête en lui souriant en coin.
-Le mardi n'est pas une grosse journée… je dormirai après le cours de Madame Klamis.
-Haha, tu seras à l'heure cette fois ? plaisanta Chani.
-J'espère bien, rétorquai-je en forçant un ricanement. Ce soir, on doit se voir avec Rayan pour mon mémoire…je vais essayer de dormir avant ça, songeai-je en sortant mon portable pour y mettre un réveil pour me rappeler l'heure à laquelle je devais retrouver mon aîné.
Distraitement, je balayai la salle du regard en croquant dans mon pain beurré. Un homme à large carrure passa près de ma place non sans me lancer un regard des plus noirs. Je le reconnus sans peine…J-Jordan ? S'arrêtant pile devant notre table, un plateau à la main, il survola ma silhouette avec dédain avant de se faire interpeller par Camille.
-Trouve-toi une autre table, je te préviens je ne serais pas aussi patient qu'hier, prévint-il d'une voix vraiment calme malgré la fermeté qu'il usait.
-J'ai vu la coach…dit-il simplement.
-Alors ? Qu'a-t-elle dit ?
-Tu le sais très bien…je suis sur le banc et c'est Christian qui me remplace en titulaire. Christian ? Vraiment ? Il est sec comme une queue de cerise !
-Ce n'est pas la taille des muscles qui compte, se moqua son aîné assis à côté de moi : Quand on ne sait les utiliser que pour frimer ça ne sert à rien. On a besoin d'un cerveau pour se mouvoir sur le terrain et remettre en place nos adversaires. Un cerveau en dessous de la ceinture, ça n'a rien à faire sur le terrain.
-Tss…
Après m'avoir jetée un dernier regard plein de colère, il rejoignit une table où des étudiants semblaient l'attendre. « T'aimais ça sentir les regards sur toi ! Tout ça pour quoi ? Montrer que tu chauffes plus de mecs que tu ne sais en garder ! Ne t'étonne pas que des hommes t'emmerdent après ! » l'agressivité de paroles de Melody semblaient faire des aller-retours entre ma tête et mon estomac me tranchant de l'intérieur d'un coup de migraine et de nausée. M-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? En boucle, je songeai encore à ces deux types qui m'eurent bloquée dans cette ruelle avant que Nathaniel n'intervienne…Puis, au petit numéro de Jordan sur le chemin pour aller en cours. Je cherchai, sans cesse, à savoir ce que j'eus pu faire qui auraient pu les pousser à agir ainsi, comme le prétendait Melody.
Le vibreur de mon portable me sortit de ma transe. Rayan venait de m'envoyer un sms, me signalant que nous aurions la possibilité de nous rencontrer une heure plus tôt pour passer notre premier entretien au sujet de mon mémoire. « N'oublie pas ton dossier, avec CV et toute la paperasse qui va avec… C'est pénible mais je me dois de garder une trace de mon côté. »
« Ok. » fis-je simplement, peu à même d'étoffer une réponse. Je constatai aussi…que j'eus manqué trois appels de Rosa passés la veille, et que Hyun, Rayan et Chani m'eurent envoyé des textos auxquels je n'avais pas encore répondu. Sûrement quand je me suis endormie derrière la BU… me dis-je.
-Désolé pour hier soir Chani, j'étais crevée, je viens de voir ton message là.
-Oh, t'inquiète pas, et quand je vois ta tête ce matin, je peux comprendre tu sais…Tu as déjà dit que ça irait, mais…
Je lui souris, touchée par sa bienveillance.
-Je dormirai mieux ce soir ! assurai-je en me promettant de me coucher tôt. Demain on a un contrôle au cours de Rayan… J'appréhendai un peu, mais j'avais suffisamment révisé ces dernières semaines pour être au point.
La matinée fut vraiment longue, je n'eus jamais autant joué avec ma montre en trois heures et demi de temps. J'eus même fini par coller mon front contre mon bureau, cachée derrière Kelly et Charly devant moi, fermant les yeux et j'eus prié que mes maux s'envolent. Une sensation douce et fraiche contre ma nuque me fit frissonner. Et sourire… A côté de moi, Camille suivait le cours non sans prendre le temps de me faire des papouilles et ça…bon sang que c'était agréable. Il murmura :
-Mon coloc' n'est pas là ce soir, me glissa-t-il sans rien ajouter.
Je souris en coin… J'ai dit que je me coucherai de bonne heure…songeai-je en comprenant parfaitement la proposition de mon ami. J'allais répondre quand mon portable vibra à nouveau.
« Je m'inquiète sûrement pour rien, mais…j'ai dit ou fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? » m'envoya Rayan.
En coin, je jetai un regard à Melody qui était à deux rangées devant moi, sur la colonne du côté droit, le nez dans son manuel. Elle triturait ses cheveux distraitement du bout des doigts sans me remarquer. Elle ne m'a pas répondu…il lui a clairement dit qu'il avait quelqu'un ? Je déglutis, en me disant que je ne pouvais espérer rien de plus que de l'amitié avec mon aîné. Après avoir pris conscience de cette douce et tendre attirance que j'éprouvai pour lui, c'était douloureux de se dire ça, d'autant plus que j'eus fait beaucoup d'efforts pour me rapprocher de lui. Mais voilà… pour le moment, c'était sûrement mieux ainsi. Je ne regrettai pas mon geste de la veille, sous la table, mais je me promis de ne plus recommencer tant que toute cette histoire n'était pas mise au clair.
Soupirant, je répondis : « Non, désolée si je n'ai rien répondu hier, je me suis endormie assez tôt, j'étais malade et je le suis encore. » j'ajoutai : « Vous n'avez rien fait, Monsieur le professeur ! » en ajoutant un clin d'œil.
« Je vois, on peut repousser l'entretient si tu ne vas pas bien. Ce n'est pas comme si nous n'avions rien pour nous joindre. » proposa-t-il. « D'accord, et puis je pense que tu me le dirais, haha »
Je souris. Il commence à me connaître. Puis, je me dis que je pouvais sûrement lui demander la véracité des dires de Melody…Mais non, autant si ce fut une dispute entre lui et moi qui me taraudait, je lui en aurais parlé sans tarder, comme je l'eus fait avec Hyun, car ça nous concernait tous les deux. En revanche, ici…Cela ne me concerne pas. Comment lui dire ça sans passer pour une fouineuse ou une colporteuse de ragots ? Mon cœur se serra, et capitulant une énième fois je répondis :
« Non, pas la peine de repousser je t'assure ! Je vous laisse, on se voit ce soir. » Je relis mon message seulement une fois celui-ci envoyé. Houlà…tu ou vous… ?
Rayan me fit la même remarque : « Haha, error 404 du vouvoiement au tutoiement ? »
Ce fut plus fort que moi mais je ris avec tendresse. Comme simple réponse, je lui envoyai un smiley contrarié qui tirait la langue.
A la pause déjeuner, je ne fis que grignoter, l'estomac trop en vrac et la fatigue semblait m'alimenter lourdement. Nous n'avions qu'une heure de cours après, puis Chani nous embrassa tous pour gagner sa boutique. Pour ma part, j'avais une heure de libre avant le cours de Madame Klamis, tout comme Camille qui eut cherché son sac de sport pendant la pause du midi. Cela me ferait peut-être du bien, de changer mes habitudes… Ne voulant pas me terrer seule à la BU, je demandai à mon ami si je pouvais me joindre à lui.
-Mais carrément ! Par contre, couvre-toi bien, tu seras sur les gradins comme il y a un peu de vent aujourd'hui, je n'aimerais que tu attrapes du mal… (Il reposa sa main sur mon front) T'es toujours chaude j'ai l'impression.
Kelly m'examina à son tour, collant son front contre le mien.
-Hm, je suis d'accord avec Camille, et t'es pâlotte quand même.
-Mon manteau tient quand même chaud, c'est quoi, une heure ? Quand je suis au café et je sers en terrasse, pas le droit à la doudoune !
-Haha, dis comme ça. Camille me sourit avant de me faire signe de le suivre. J'embrassai Kelly et Charly qui partirent hiberner au salon du dortoir. Seul endroit réellement chauffé dans cette fac, j'eus l'impression !
Camille était vraiment adorable, vraiment bavard, mais tellement bienveillant. Clairement, même en ne ressentant rien de romantique pour l'un l'autre, il était facile de dire qu'on s'entendait bien. Il plaisanta tout le long du chemin, m'arrachant plusieurs sincères éclats de rire qui me firent un bien fou. Cela me donna également le tournis, je commençai à penser que mes amis avaient raison, je devais avoir un peu de fièvre. Mais tant pis, depuis hier soir j'avais le cafard, et pour un moment dans la journée, je me sentais bien.
-Pour ce soir, l'interrompis-je gentiment, mon regard dirigé vers mes pas.
-Haha, oublie Tal', t'as besoin de passer une soirée au calme et au chaud ! (Il fit une pause) Après, rien ne nous empêche de se câliner gentiment sous la couette ! rit-il en me poussant doucement avec son coude.
-Petit malin, pouffai-je en souriant.
-Bah quoi je tente, gloussa-t-il avant de passer un bras autour de mon épaule.
C'est envisageable… me dis-je en le gardant pour moi pour l'instant. Mon envie de sexe n'était pas aussi ardente que ma migraine et tout ce qui me tourmentait. Mais un peu de tendresse, même innocente…ça sonnait bien dans ma tête.
Nous arrivâmes au terrain de rugby dont l'immensité me stupéfia quelque peu. Des garçons étaient déjà sur le terrain à faire quelques tours de piste, tandis que d'autre longeaient le terrain…sur le ventre.
-Euh…ils font quoi ceux-là ?
-On entraîne les débutants à se jeter dans l'herbe et la boue. Beaucoup veulent faire du rubgy, mais ont du mal avec les plongeons, les mêlées, les plaquages et surtout, ils ont peur de tomber. La peur est un véritable frein. Tu veux faire la mêlée, tu sais que la terre salie, mais tu sais surtout que tomber fait mal. Et on leur apprend comment se protéger face au bloc adverse. En se protégeant les bras, et les parties fragiles, comme le nez, les arcades sourcilières, les phalanges, etc…
-Donc là, il n'y a que des débutants ?
-Oui, cela doit faire une heure déjà qu'ils sont là.
-Mais…ils n'ont pas de casque ? demandai-je, très inquiète pour la tête de mon ami qui me fit de gros yeux scandalisés.
-Malheureuse ! Tu confonds avec le football américain !
-Pardon, pardon ! ris-je nerveusement en levant les mains en signe de paix.
Je m'abstins de lui demander quelle était la différence, je pouvais toujours me renseigner plus tard sur le web. Camille m'adressa un sourire et un clin d'œil tandis qu'il me fit signe en direction du local où ils se changeaient tous.
-J'y vais, derrière le local, tu as le passage pour rejoindre les gradins, place-toi tout devant, tu me verras mieux. Moi je dois passer par là-bas pour rejoindre la coach (il désigna un chemin plus loin) A plus tard !
-Qui te dis que viens pour toi ? le taquinai-je.
-Petite maligne, fit-il en tirant la langue.
Mon ami trottina jusqu'au local que je m'apprêtai à contourner. Une fois encore, mon portable vibra mais cette fois c'était surtout pour m'annoncer qu'il ne lui restait que 15% de batterie. Mince…
-Il faut vraiment que j'investisse dans un chargeur portable…
Remettant mon portable dans mon sac que je gardai autour de mon coude, je pris le petit sentier comme me l'eut conseillé Camille. Mais en face…Un petit groupe de joueurs coupaient à travers champ pour gagner le terrain. Ils me regardèrent distraitement, en ne faisant pas plus de cas, sauf un, qui avait prévenu qu'il les rejoignait. Oh non… me plaignis-je intérieurement en sentant mes jambes se flageller.
-Eh bien, t'es pas à ton « moment révision » entre M2 ?
Je ne répondis rien et passa à côté de lui en préférant l'ignorer.
-Oh, j'te parle !
Jordan me retint par l'intérieur du bras, et je me dégageai vivement en m'écartant de trois pas loin de lui et des gradins.
-Ne me touche pas !
-Ça va, je veux juste discuter, fit-il en levant les mains. C'est faisable ? ajouta-t-il d'un ton hautain.
-Qu'est-ce que tu veux ? aboyai-je en restant à bonne distance de lui.
Mon cœur cognait à tout rompre dans ma poitrine. Je sentis ma respiration se faire plus saccadée aussi…Je n'avais pas envie de refaire une crise d'hyperventilation, surtout pas ici, pas devant lui.
-T'es contente de toi ? fit-il en s'avançant vers moi, de sa carrure qui devait bien doubler la mienne. Et encore, si cela n'avait été que sa carrure, j'étais habituée avec Stephan ainsi que Rayan dont les épaules étaient assez larges, mais là…son aura n'avait rien de sympathique.
-D-de quoi tu parles ?
Il pouffa avec mépris.
-Tu n'es pas une futée toi…, de quoi je parle ? Tu le sais très bien, grogna-t-il en poussant d'une main contre mon thorax. Je failli chuter, mais je parvins à garder l'équilibre.
La secousse refit naître la douleur à mon épaule et je grimaçai.
-Ah mais oui, gueule de pétasse a mal à sa petite épaule ! railla-t-il en voulant m'empoigner l'épaule mais je le giflai. Depuis hier, ma main partait toute seule… Dans le geste, mes ongles le griffèrent à la joue et du sang perla d'une des fines coupures : Petite… !
Son visage se déforma sous la colère, et, paralysée par la peur, je ne pus rien faire d'autre que rentrer ma tête dans les épaules alors qu'il me faisait violemment reculer.
-A-arrête ! m'écriai-je, la voix étouffée dans le bloc que formait sa masse et ses bras autour de moi : Lâche-moi, merde !
Je finis par réussir à me débattre mais sans grand succès.
-Dégage de ce terrain ! me hurla-t-il : J'ai perdu ma place par ta faute, petite emmerdeuse !
-J'ai rien fait ! me mis-je à pleurer alors qu'il me secouait contre le mur. Je voulus le frapper à l'aide de mon sac de cours, mais il bloqua mon coude dans le mouvement. Aussitôt, je plongeai ma main libre pour venir récupérer mon spray au poivre.
Cette fois, je fus en mesure de presser sur le bouton. Mais ça ne dura qu'une seconde… à peine sorti, Jordan m'arracha le spray des mains et vint l'éclater contre le mur derrière moi. Il continua de me hurler dessus, répétant que je n'avais rien à faire sur ce terrain tout en me secouant brusquement. Un brin de lucidité me fit remarquer que nous étions derrière le local. J'essayai d'appeler Camille, en espérant qu'il m'entende et surtout qu'il soit encore à l'intérieur. Ou quelqu'un d'autre, peu importe…j'eus beau me débattre comme un beau diable, il devait bien faire 15 kilos de plus que moi si ce n'était plus. Et j'ai tellement peur ! Apeurée par le violence dont il faisait preuve, apeurée par une véhémence que je ne lui expliquai pas, apeurée par l'incompréhension qui m'entourait…Lui, n'avait peut-être pas de poing américain comme l'un des deux types qui m'avaient également emmerdée mais sa poigne seule suffisait à me blesser. J'usai mes jambes, dans l'espoir de le tacler, de le repousser de l'éloigner au moins mais il restait toujours de biais, les pieds semblant fixés au sol et les genoux légèrement pliés pour alourdir sa posture. « On leur apprend comment se protéger...»
Je tirai sur mes bras, espérant qu'il relâche sa poigne tout en reculant du côté du terrain. « Ne t'étonne pas que des mecs viennent t'emmerder ! »
-M-Mais je n'ai rien fait… soupirai-je en pleurant, fatiguée et n'ayant plus de force. Ma gorge me devenait douloureuse tant elle était nouée et j'étais à deux doigts de vomir. La fièvre… cette fois je pouvais confirmer que mes amis avaient vu juste. Mon esprit se troublait, la terre tournait si vite…J'avais si chaud, je sentais la sueur perler sur ma peau et coller mes vêtements.
-Tu m'as fait perdre ma place !
Une secousse plus violente que les autres me fit chuter et il choisit ce moment pour me lâcher, arrachant ma montre au passage. Ma tête heurta le coin de la poubelle du local. Secouée, prise de vertige, je me retrouvai au sol, la bouche ouverte en une exclamation de surprise et le regard brouillé par les larmes.
-M-merde…hé, t'es tombée toute seule ! l'entendis-je crier, tiraillé entre colère et panique.
Je sentis à nouveau ses mains sur moi et je lâchai prise. Je lui crachai au visage en me défaisant de mon manteau pour m'extirper de son emprise avant de me mettre à courir loin du terrain. J'eus l'impression qu'il me poursuivait et sans plus réfléchir je montai dans le premier bus qui s'arrêtait à côté des clubs du campus. Mon sac, mes affaires loin derrière moi, je me retrouvai sans carte de bus. Cependant, petite comme j'étais et me fondant dans l'attroupement des joueuses d'un club qui descendaient, personne ne me remarqua, sauf celles que je bousculai sur mon passage.
Essoufflée, sanglotant et tremblant de toute part, je restai dans le bus en essayant de calmer mes spasmes nerveux. Mon regard se posa sur mes poignets, bleuis par sa poigne. Dans mon reflet, je vis aussi le sang sur ma tempe ainsi que la bosse qui gonflait à vu d'œil. Je déglutis puis, vins cacher mon visage avec mes cheveux en gardant la tête baissée.
-Qu'est-ce que j'ai fait… ? répétai-je d'une voix sourde par l'émois et la fatigue. Je ne comprenais vraiment pas. Confuse, je restai dans le bus sans faire attention de quelle ligne il s'agissait.
Puis, je reconnus la rue qui menait à la grande place de la ville, où le marché de Noël prenait peu à peu forme. Il devait s'ouvrir la semaine prochaine… Je décidai de m'arrêter là, bien que je ne susse pas vraiment où aller. Machinalement, je voulus récupérer mon portable qui -comme le reste de mes affaires- était tombé quand j'eus retiré mon manteau. Une fois dehors, justement, je ressentis le froid mordant de l'hiver qui traversait mon pull asymétrique. Les bras contre ma poitrine, je déambulai dans les rues en repensant aux paroles de Melody. J-j'ai vraiment cherché ça ? Plus je me posai la question, plus je me mettais à pleurer et ça ne m'aidait nullement à trouver la réponse. Je me trouvai ridicule… Pleurer ne m'aidera pas. Mais je n'arrivai plus à m'arrêter.
Une heure dut passer, je ne savais pas vraiment et je ne me fiais qu'à la course du soleil. J'étais loin de l'horloge de ville, et je n'osai m'approcher de personne. Et je ne laissai personne m'approcher. Lorsque j'allai croiser quelqu'un ou un groupe de gens sur le même trottoir, je faisais, soit demi-tour, soit je traversai la rue, au risque de me faire klaxonner par les voitures devant lesquelles je coupai.
A regret, je me remémorai la nuit de samedi. Elle était loin la Tallulah joyeuse et pleine de vie qui souriait sous les lumières colorées du bungalow. Sûrement à trop y penser, mes pas me guidèrent jusqu'à la plage où nous eûmes, mes amis et moi, passé cette si superbe soirée. Il n'y a personne ici… L'hiver, et surtout l'après-midi, il n'y avait que peu de monde, vraiment, juste deux trois personnes qui se promenaient avec leurs chiens en évitant l'eau gelée de la mer. Le vent faisait s'envoler mes cheveux qui coupaient ma vue en s'effilant devant mes yeux. Le vent me poussa à chercher un coin isolé et je finis par me retrouver sur cette terrasse, derrière le bungalow, où je dus avoir passé le plus tendre moment jamais vécu depuis longtemps, en compagnie de Rayan. C'est là…que j'ai compris ce que je ressentais pour lui.
Ou plutôt, ce dut être ici que je tombai amoureuse. Ici, que ma curiosité passa à l'envie d'être avec lui, plus seulement comme amie. Comme un coup de foudre retardé…mais tellement vivifiant !
-Aïe…soupirai-je en sentant ma tempe me lancer. Je vins tâter du bout des doigts, le sang commençait à sécher.
Un instant, l'idée de retourner au campus me traversa…mais la peur me pétrifia sur place, et, assise sur le parquet de la terrasse, je vins glisser mes jambes entre les barres de la rambarde, et calai mon front contre l'une d'elle. J'avais sommeil. J'avais mal à la tête. Et j'avais peur de recroiser quelqu'un. Alors, laissant le vent effiler mes cheveux, je profitai de ce moment de solitude, pour enfouir en moi ma peur, oublier tout cela rien qu'un instant, et m'accordai juste quelques minutes de répit.
Je rêvai de la soirée…puis, la voix de ma mère me borda à travers un conte de fée qu'elle et mon père m'eurent souvent partagée lorsque j'étais enfant. Cette Cendrillon, qui, rien qu'une nuit trouva l'amour, le grand, le vrai, avant de faire face de nouveau à son calvaire du quotidien. « La peur freine » la voix de Camille enveloppa mes songes…
Rayan
Ce fut en compagnie de l'agacement que je rentrai chez moi Lundi soir. A l'approche des examens, l'administration se sentait dans l'urgence de faire une réunion. Qui dura deux bonnes heures en plus de mon travail qui me fit rester tard sur la fac.
-Comme si on ne faisait pas assez d'heures supplémentaires comme ça ! pestai-je en jetant ma mallette sur mon canapé, comme mon manteau. Puis, éreinté, je me laissai choir à l'autre bout en étendant mes jambes : Je n'ai même pas eu le temps de la voir ce soir…me dis-je, le bras couvrant mes yeux.
Je ne suis pas fou…ce geste sous table… Repensant à ce repas passé en compagnie de ma collègue et des amies de Tallulah, le fantôme de nos caresses échangées du bout de nos pieds, du creux de nos chevilles…me revint non sans me faire frissonner avec délice. Prenant une profonde inspiration que je vins bloquer, j'entamai un compte à rebours silencieux dans mon esprit pour calmer la vague de chaleur qui descendait en mon bas ventre. Une fois passé, je me mis sur le ventre, bras tendu pour attraper ma mallette et je pris possession de mon portable dans l'idée de passer un coup de fil à celle qui hantait mes pensées. Elle m'a fait du pied…après avoir avoué être attiré par quelqu'un.
Je me plaisais à croire qu'il s'agissait de moi. Et j'espérai beaucoup que ce soit moi… Ou alors, elle voulait seulement étendre la jambe et j'ai mal compris ?
-Si c'est ça j'ai pas l'air con…me dis-je alors que j'étais celui qui avait fini par lui enrouler la cheville.
N'y tenant plus, j'envoyai un texto à Tallulah pour lui demander si elle avait un peu de temps à m'accorder ce soir. J'attendais quelques minutes, puis, ne la voyant pas répondre, je me dis qu'elle devait réviser sérieusement. Prenant mon mal en patience, je partis me doucher et me préparer de quoi manger. Une heure et demi passa, mais je n'eus aucune réponse de sa part. Je décidai de lui en envoyer un dernier « Je ne te dérange pas plus, mais demain, avant notre entretien, penses-tu avoir le temps de me retrouver quelque part ? Histoire de discuter… Bonne nuit, à demain. »
Claqué par ma journée, je partis au lit et sans grande surprise je dormis profondément. Je fis une nuit sans rêve et le lendemain, c'était en forme que je partis travailler. Je marchai plutôt que d'utiliser ma voiture, et au passage, je m'arrêtai au cosy bear café pour me prendre une cup de cappuccino. Ce fut la patronne qui m'accueillit, je ne vis ni le jeune Hyun, ni Tallulah, mais j'en connaissais la raison. En sortant, je croisai Monsieur Lebarde qui y entrait pour lui aussi, se prendre de quoi grignoter sur le pouce.
-Bonjour Rayan, alors, remis de ton week-end ? Le responsable administratif m'a dit t'avoir croisé au bungalow !
-Bonjour André, souris-je en lui serrant la main : Oui, je suis remis, on est Mardi tout de même !
-Haha, Marine a eu du mal à dessoûler elle, rit-il en faisant un pas vers le comptoir : On se voit en salle des profs, hein !
J'opinai du chef, puis me rendit à la fac. En chemin, je vérifiai si j'eus reçu une réponse de ma cadette mais, je constatai avec un petit pincement au cœur que ce ne fut pas le cas. Libérant un profond soupir, je rejoignis mes collègues et récupérai des documents pour mon prochain cours.
-Ah, il est là…entendis-je venir de la part d'une collègue qui entrait en salle. Je la saluai, tout comme les autres : Je te cherchai ! me dit-elle.
-Oui ?
-Désolée pour ce changement de dernière minute, mais j'ai besoin de l'amphi A 200 pour ce soir de 18h à 20h. Cela fait déjà deux semaines que je repousse mon cours, mais là, le seul amphi qui peut caler tous ceux qui viennent c'est celui-là.
-Quoi ? Mais je vais faire cours où moi ?
Elle eut un rictus navré.
-Faut voir ça avec l'administration.
Bah tiens !
-Bon, je suppose que t'as déjà réservé ?
-Oui…
Non sans lâcher un grognement sourd, je pris mes affaires et partis à l'accueil du bâtiment d'art pour voir si un amphi était disponible à 19h pour mon dernier cours. Cependant, nous n'en trouvâmes aucun, et je dus faire reporter mon cours à Samedi après-midi.
-Vous me réservez cet amphi s'il vous plaît, prévins-je avant de me poser dans une salle vide pour écrire un mail d'excuse à mes étudiants tout en leur prévenant de vérifier leur emploi du temps qui risquait de subir des modifications prochaines.
Une minute… Je réalisai subitement que je pouvais avancer d'une heure mon entretient avec Tallulah. Rapidement, je lui envoyai un texto, non sans espérer qu'elle me réponde cette fois. J'eus une réponse…courte, mais une réponse.
« Ok. »
-Bon…on va pas se plaindre, elle répond ! essayai-je de me rassurer.
Néanmoins, cela me tarauda le restant de la matinée, tout comme ce qu'il s'était passé durant le repas hier midi. Aujourd'hui, j'eus préféré déjeuner dans mon coin en salle des profs, et, curieux et très soucieux, sûrement trop, j'envoyai de nouveau un message à Tallulah, de qui, je m'étais habituée à la voir surgir en salle des profs pour me voir. Mais pas là…
Je savais qu'il lui restait encore un cours avant sa propre pause déjeuner. Mais comme elle n'était pas très réactive aujourd'hui, autant prendre l'avance. Et étrangement, elle me répondit bien vite, je soupçonnai alors un cruel manque de concentration en cette dernière heure de cours de la matinée. Pas bien !
« Non, désolée si je n'ai rien répondu hier, je me suis endormie assez tôt, j'étais malade et je le suis encore. » elle ajouta « Vous n'avez rien fait, Monsieur le professeur ! » suivit d'un clin d'œil.
Je souris tout en répondant : « Je vois, on peut repousser l'entretient si tu ne vas pas bien. Ce n'est pas comme si nous n'avions rien pour nous joindre. » Puis : « D'accord, et puis je pense que tu me le dirais, haha »
Lorsqu'il s'agissait d'entretenir une relation, j'eus bien compris, entre nos interactions et ce que j'eus appris sur elle Samedi soir, que Tallulah était loin d'être du genre à faire passer ses amis de côté. Mais comme elle a du mal à faire part de son propre mal être… Peut-être était-elle juste malade comme elle me le disait. Cependant, au fond de moi, je pressentis qu'elle ne disait pas toute la vérité. Je la trouvai bien trop fermée pour me dire que tout allait bien…
« Non, pas la peine de repousser je t'assure ! Je vous laisse, on se voit ce soir. »
Je reniflai avec amusement en constant qu'elle s'était mélangée les pinceaux.
« Haha, error 404 du vouvoiement au tutoiement ? »
Comme réponse, j'eus le droit à un smiley très contrarié qui tirait la langue.
-Oui, je peux aller me faire voir, c'est ça ? ris-je de bon cœur en remettant mon portable dans ma mallette.
Mes autres cours se suivirent normalement, et je profitai de ma dernière heure de pause avant le rush final de ce Mardi après-midi, pour faire un tour à la BU afin de rendre le livre que j'eus emprunté la semaine dernière. En descendant les marches du hall, je croisai deux étudiants de ma classe de M2, avec qui j'eus mangé la veille.
-Oh, bonjour Monsieur Zaidi, me salua la jeune femme qui me surprenait toujours par sa grande taille. Cela lui allait bien, surtout avec les épaules de surfeuse qu'elle avait.
-Ah, notre petite championne, souris-je en les saluant tous les deux : Bonjour Charly.
Prompt à la sympathie, il me serra la main et je lui répondis avec plaisir.
-La bande n'est pas au complet, remarquai-je alors qu'ils n'étaient que tous les deux.
-Chani travaille et Camille a une heure d'entrainement, répondit le jeune homme. Il était presque aussi grand que Kelly, mais d'une carrure un peu moindre, si ce n'était maigrichon. Il avait le teint halé, et des cheveux longs, bruns, attachés négligemment en un chignon lâche.
-Et Tal' est partie avec lui, ils ont cours ensemble après, alors bon…expliqua la surfeuse en souriant en coin.
-Haha, vont arriver en retard encore, railla Charly.
-Mais non, encouragez-les voyons ! ris-je avec eux.
-Enfin, ce ne serait pas plus mal qu'elle n'aille pas en cours notre petite Tallulah… marmonna Kelly, soucieuse.
-J'avoue qu'elle était loin d'avoir la pêche aujourd'hui ! (Il croisa mon regard) on dirait qu'il y a quelque chose qui cours à Anteros.
-Ah, malade ? demandai-je en feignant l'innocence.
-Un peu, on a trouvé qu'elle avait de la fièvre mais bon, elle veut finir sa journée, expliqua la jeune femme.
-Ouais, mais je l'ai surtout trouvé morose…renchérit Charly en m'oubliant un peu : J'sais pas, même malade, elle déconne plus que ça d'habitude. (Il haussa une épaule) Enfin bon on verra bien…On vous laisse, désolé de vous avoir retenu Monsieur.
-Pas de souci, ça m'a fait plaisir de vous parler. Bonne fin de journée à vous deux.
-Merci, vous aussi !
Je les laissai passer tandis que je repris mon petit bonhomme de chemin. Hm, je ne suis pas le seul à la trouver patraque… J'eus bien tenté la joindre, mais je me fus ravisé aussitôt en me disant qu'elle avait sûrement besoin de se changer les idées. Et ça lui ferait du bien de rester avec son ami. De mon côté, je fis ce pour quoi j'étais venu à la BU, puis, je me préparai pour mes prochains cours qui s'enchaînèrent sans une seule pause.
-Allez, oust ! Sortez de là, j'veux plus vous voir ! dis-je aux premières années que j'avais et qui furent exécrable durant les 20 dernières minutes de cours.
Me laissant lourdement choir sur mon siège, je n'étais finalement pas mécontent de pouvoir arrêter une heure plus tôt.
-Excusez-moi, entendis-je m'appeler.
Posant mon regard sur l'étudiante qui semblait attendre de moi une réponse, je lui fis un signe concis de la tête pour l'inciter à poursuivre.
-J'ai une question au sujet des partiels, je voulais savoir si-
-Ah, désolé mais pas maintenant, m'excusai-je avec douceur : Je vais avoir un entretient dans quelques minutes, si vous pouviez me poser votre question par mail, j'y répondrai dans les plus brefs délais.
-Oh, d'accord dans ce cas je-
-Rayan ! me hêla-t-on depuis le haut de l'amphi.
Toutes deux affolées, Mme Klamis et Miss Paltry dévalèrent les escaliers en s'écriant sans cesse « dis-moi que tu l'as vu ! Je t'en prie dis-moi que tu l'as vu ! » Derrière elles, une brochette de trois étudiants que je connaissais très bien descendirent à leur tour les marches au pas de course.
-Bon Dieu, mais que se passe-t-il !? m'enquis-je en me levant pour descendre de l'estrade en un saut.
-Ta collaboratrice de recherche, ton élève ! C'est bien Mademoiselle Loss ? s'écria Mme Klamis.
-Vous deviez bien rencontrer Tal' pour un entretient ce soir, non ? renchérit Camille, qui, rouge et essoufflé, semblait au bord de la crise de nerfs.
-Holà, on se calme ! Oui je dois la rencontrer dans quelques minutes, pourquoi ?
-Elle n'est toujours pas là ? Tu ne l'as pas vu ? questionna Hélène Paltry.
-Pas encore, non ! m'agaçai-je enfin : Est-ce qu'on va me dire ce qu'il se passe avec mon élève oui ou non !
Comme toute réponse, Camille leva son bras gauche, me dévoilant au bout de sa main, un sac et un manteau que je connaissais bien. Surtout…Sa montre !?
-C'est tout ce qui reste d'elle, on ne sait pas où elle est, son portable est au fond de son sac, j'ai fait trois fois le tour du campus sans mettre la main sur elle, ni à la BU, ni au dortoir, sa coloc' n'est même pas là, en tout cas personne n'a ouvert la porte ! (Il sortit un trousseau de clés) Et Tal' ne risque pas de pouvoir rentrer chez elle, tout est là !
-J'ai appelé Chani, elle bosse, mais on s'est dit que Tallulah avait pu aller la voir mais non…Puis, pourquoi elle aurait laissé ses affaires…, poursuivit Charly.
Dans ma poitrine, mon cœur se mit à battre comme un dératé. J'eus presque l'impression que mon sous pull se resserrait autour de moi à tel point j'avais du mal à respirer.
-Laisser ses affaires !? Mais t'es aveugle ou quoi !? hurla presque la surfeuse qui arracha des mains de Camille la montre de ma cadette : Elle est toute pétée et l'attache est déchirée ! Tu veux pas comprendre ou quoi !?
-O-on se calme mademoise-
-Non, j'me calme pas ! Y'a ma pote dans la rue qui vient de se faire agresser j'vous dis ! Et personne veut que j'appelle les flics !
-Mais elle est peut-être toujours à la fac, on n'sait p-
-STOP ! m'époumonai-je, faisant résonner ma voix entre les murs de l'amphi : Ce n'est pas en parlant comme des sourds qu'on va avancer, m'énervai-je, tremblant de toutes parts. Je m'adressai à l'étudiante : Vous, rentrez chez vous, maintenant !
La jeune fille s'exécuta sans broncher. Quant aux autres…
-Miss Paltry, il faut appeler la gendarmerie, et prévenir le directeur du bâtiment ou au moins quelqu'un de l'administration s'ils sont encore là. Vous trois…Vous conduisez-moi au dortoir.
-Je vais refaire un tour sur le campus, prévint Mme Klamis.
D'un commun accord nous nous exécutâmes tous. Au pas de course, nous déambulèrent dans les couloirs du dortoir en direction de la chambre de Tallulah et Yeleen. Cette dernière, se trouvait justement devant nous.
-Yeleen !
La faisant tressauter, elle fit volteface et nous regarda tous les quatre avec de grands yeux étonnés.
-M-Monsieur Zaidi !? J-je peux savoir ce que vous faites dans les dortoirs, et surtout dans le couloir des-
-Yeleen, est-ce que vous avez vu Tallulah aujourd'hui ?
-N-non, honnêtement, entre hier soir où je ne l'ai pas entendu rentrer, et ce matin où je ne l'ai pas vu se lever…En cours elle était là, mais-
-Pas cet après-midi, pas au cours de Madame Klamis, intervint Camille.
-J-j'n'en sais rien, s'agaça-t-elle, elle est sûrement dans la chambre.
-Impossible, ses clés sont là ! intervint Camille sous le regard interloqué de Yeleen. Je la vis lever les yeux au ciel l'air plus agacé qu'alarmé.
Aussitôt, elle termina sa route jusqu'à la chambre, d'un pas que je trouvai bien trop lent, ou bien fus-ce mon anxiété qui me rendait ainsi. En ouvrant la porte, ce fut le noir de la nuit et le silence qui l'accueillirent. Ouvrant la lumière, ce fut au tour du vide total de nous envoyer paître.
-J-je… Tallulah ? (Elle courut dans la salle de bain) Hé-…elle n'est pas…
-Merde ! jurai-je en refaisant le chemin inverse : Laissez-moi cette porte ouverte ! Elle n'a pas ses clés hurlai-je avant d'appeler l'ascenseur : Magne-toi !
Une fois dehors, je ne perdis pas une minute de plus et je fis toutes les rues alentours en espérant la trouver. Tallulah, je t'en prie montre-toi ! Son manteau…son sac…cette montre qu'elle chérissait… Qu'est-ce qu'on t'a fait !? Ne parcourant pas assez vite les environs, je pris le chemin de mon immeuble afin de récupérer ma voiture. Dans l'agitation, je fis tomber mes clés, et je cognai contre la carrosserie sous l'agacement. Calme-toi, ça n'te mène à rien ! essayai-je de me persuader. Au volant, je me fis violence pour ne pas dépasser les limitations de vitesse…Par contre, un feu rouge ou deux, ça j'ai dû en griller. Utilisant l'option d'appel de ma voiture, je composai le numéro de Leigh qui me répondit aussitôt. « Rayan ? Hé, comment tu- »
-Leigh, est-ce que tu as vu Tallulah cet après-midi ? J-je ne sais pas ! Tu l'as croisée, elle est chez toi ? l'interrompis-je, passant outre toute formalité.
« Euh…non, pour être franc on ne s'est pas vu du tout aujourd'hui…Pourquoi ? J'aurais dû ? »
-Mais putain ! Elle est où !? criai-je en tapant nerveusement sur le volant. J'en oublia mon ami au bout du fil.
« Hé ! Il se passe quoi, là, où est Tal' !? »
-J-je… (je soupirai) Leigh, si tu la vois, je t'en prie appel sur mon portable. Pareil pour Rosa et Alexy, qu'ils te préviennent s'ils la voient.
« Attends ! Dis-moi ce qu'il se passe !? Rayan ! »
-Ecoute, elle est introuvable depuis cet après-midi et…et je crois qu'elle s'est fait agresser, on n'a seulement retrouvé son manteau et son sac de cours avec toutes ses affaires dedans…impossible de la joindre, son portable est dans le sac !
Mon ami ne me répondit pas aussitôt, seule un souffle court se fit entendre.
-L-Leigh, t'es toujours là ?
« Je viens de prévenir Rosalya, on va appeler la po- »
-C'est fait, c'est fait ! repris-je en essayant de reprendre contenance : Une collègue à moi s'en charge en ce moment, moi je suis parti la chercher en ville. Elle n'est pas sur le campus, personne ne l'a vue.
« Je vais rester plus tard à la boutique en espérant…qu'elle y passe, même si… »
-Si ça se trouve elle va bien ! J-je ne sais pas, j'aimerais qu'elle aille bien…soupirai-je péniblement : Je te laisse, je continue à rouler et à la chercher.
« On se tient au courant ! »
J'acquiesçai fébrilement et raccrochai d'un geste sec. Je dus rouler une bonne demi-heure avant de partir en direction des sorties de la ville. Je surplombai la plage qui semblait déserte, vu l'heure et la température dehors, c'était un peu normal…J'allais passer ma route en prenant un embranchement opposé, lorsque mes phares éclairèrent la place du bungalow, en contre-bas. Je crus voir une ombre…Incertain, je ralentis au point de m'arrêter sur le bas-côté pour ensuite faire marche arrière en faisant attention à ne pas être suivi et ne crocheter aucun autre véhicule. Dans un petit crissement de frein, j'arrêtai ma voiture devant le bungalow et plissai les yeux pour essayer de rendre ma vue plus perçante. Dans un soupir de soulagement, je pus voir que cette ombre n'était autre que celle que je cherchai. Mon cœur failli sortir de ma poitrine, tandis que je me pressai de rejoindre le parking. Sans faire attention si j'étais bien garé, je sortis de ma voiture en appelant ma cadette d'une voix complètement essoufflée par le soulagement de l'avoir enfin retrouvée.
Je courus, ça pour courir, je le fis sans ménagement jusqu'à atteindre la terrasse du bungalow. Cette terrasse, sur laquelle, quelques jours auparavant, nous nous retrouvâmes seuls pour partager un doux moment de complicité.
-Tallulah ! soufflai-je en me laissant tomber à côté d'elle alors qu'elle était assise entre les barres de la rambarde en bois, à même le sol : Je t'en prie parle-moi !
Doucement, je tournai son visage vers le mien et réprimai un cri d'horreur en voyant la plaie sur sa tempe. Elle avait les lèvres violettes, son corps était glacé pourtant de la sueur perlait sur son front. Je me souvins des paroles de Charly et Kelly qui crurent que leur amie faisait de la fièvre. Aussi délicatement que mon empressement me le permettait, je la soulevai dans mes bras et la ramena jusqu'à l'arrière de ma voiture ou je la fis s'asseoir et l'attachai par sécurité. Je ne perdis pas plus de temps et fonçai aux urgences pour la faire examiner.
Tout se passa ensuite très vite, bien qu'au début, on faillit me renvoyer paitre alors que je demandai un brancard pour m'aider à transporter mon amie souffrante. Je dus la descendre moi-même, pour leur montrer l'ampleur de mes dires et qu'il la prenne en charge. Je pouvais passer pour un égoïste, mais je ne ressentis aucune peine pour les autres patients qui attendaient sûrement depuis longtemps pour une autre urgence. Une médecin me dit qu'elle allait lui faire passer une batterie d'examens, mais qu'au pire des cas, ils la garderaient en observation au moins une nuit à cause de la fièvre et de l'hypothermie qu'elle eut frôlée.
Une dame à l'accueil vint ensuite me chercher pour remplir un formulaire.
-J-je ne suis pas de la famille.
-Tant pis, pour le moment on besoin que vous remplissiez ça, me sourit-elle.
Quand tout cela fut fait, je retournai à ma voiture pour récupérer mon portable. Je prévins d'abord la fac, pour leur dire que j'avais mis la main sur notre petite recherchée. Hélène me prévint que les gendarmes arrivaient, en me disant qu'elle s'était bien fait agresser, et que les caméras à l'extérieur du local du club de rugby eurent filmé tout ce qu'il s'était passé. Elle ajouta qu'elle eut mit le directeur du bâtiment d'art au courant et qu'une réunion sur ce qu'il s'était passé risquait d'être nécessaire. Pour le coup, je ne demandai que cela, qu'on en parle de se manque de sécurité qui planait sur la fac. Il n'y avait pas de caméras partout et certaines rues n'étaient pas éclairées. Il serait possiblement nécessaire de contacter la maire de la ville pour envisager des aménagements de sécurités…restait à voir si cela allait nous être accordé. Enfin, pour le moment on n'y est pas, me dis-je en appelant mon ami.
Vautré sur mon siège de copilote, portable sur la cuisse avec le haut-parleur d'enclenché, j'attendais que Leigh décroche. Cependant, ce fut une voix féminine qui me répondit.
« Dis-moi que tu l'as trouvée ! »
-Euh…Rosa ?
« Oui c'est moi, alors, t'as des nouvelles de Tallulah !? »
-Désolé, je n'ai pas reconnu ta voix…Oui, soupirai-je profondément non sans être soulagé : Oui, je l'ai retrouvé, mais j'ai dû l'amener aux urgences. El-
« On arrive ! »
Elle me raccrocha aux nez sans plus de formalité. Ah d'accord… Confus, je toisai mon portable que je vins remettre dans la poche de mon pantalon. Un instant, je fermai les yeux en ayant un moment de latence. Quand je les rouvris, je badai le toit de ma voiture, la bouche entrouverte, en me remémorant cette heure qui me parut interminable. Entre la recherche de Tallulah, l'angoisse que j'eus ressenti tout du long, puis le soulagement pour finir en attente de ses nouvelles…Je me sentais vidé. Le froid de l'hiver pénétrait ma voiture et, n'ayant pas pris mes affaires avec moi, mon sous-pull seul ne suffit nullement à me réchauffer. Je revins en salle d'attente où je pris un café et vins demander des nouvelles de mon amie à une infirmière.
-Nous sommes encore en train de l'examiner, quand nous lui auront désigné une chambre, vous serez le premier prévenu. En revanche, elle sera transportée dans l'autre branche de l'hôpital, ici, nous ne prenons que les urgences.
-Je vois, où dois-je attendre dans ce cas ?
-En sortant, vous contournerez le parking et vous ferez face à un grand bâtiment blanc aux fenêtres colorées. Un parking souterrain s'y trouve, vous n'aurez plus qu'à suivre les plans.
-Je vois, merci.
-Mais restez ici en attendant, nous vous préviendrons lorsqu'elle sera transportée.
Je la remerciai une fois de plus et m'installai sur un siège. Un bon quart d'heure après, les gendarmes arrivèrent et interrogèrent l'hôtesse avant que je n'aille les interpeller. Je m'assurai qu'ils venaient bien ici pour Tallulah. Après confirmation, je leur contai où je l'eus trouvé, dans quel état puis ma décision de l'avoir amenée aux urgences, qu'ils comprirent parfaitement. De leur côté, ils m'expliquèrent que la personne qui s'en était pris à elle, était un étudiant de deuxième année faisant partie de l'équipe de Rugby…il ne m'en fut pas plus pour avoir le visage de ce « Jordan » plaqué dans mon esprit, et les dires des gendarmes confirmèrent mes doutes.
-Les caméras sont formelles et confirment les dires du jeune homme qui avait accompagné la victime avant qu'elle ne disparaisse. Les affaires ont été trouvées au même endroit où elle les a laissées, et le jeune homme n'a même pas chercher à dissimuler quoi que ce soit. Par contre, il reste introuvable pour le moment, il ne vit pas au dortoir de la fac, nous avons pris contact avec ses parents, avec qui il vit encore, mais eux non plus ne l'ont pas vu rentrer, soi-disant qu'il passait la nuit chez un ami. Une équipe a pris l'adresse du domicile et est partie confirmer les dires des parents.
-Vous savez pourquoi il s'en est pris à elle ? j'eus demandé cela d'une voix rauque, entre mes dents serrées d'un paraître calme tandis que je bouillonnai intérieurement.
-Les caméras montrent les images mais n'enregistraient pas le son. Mais nous avons interrogé le capitaine de l'équipe de rugby, qui se trouvait toujours sur le campus et qui attendait vos nouvelles. Apparemment, Jordan aurait tenté une approche intrusive après plusieurs refus de la victime, vous confirmez ? C'était bien dans votre cours ?
-Cela a commencé un peu avant mon cours et s'est poursuit dans ma salle, oui, j'étais là pour les séparer. J'ai fait remonter l'incident à mon supérieur.
-Suite à cela, le capitaine a fait part d'une demande d'exclusion de la liste des titulaires du joueur qui a agressé l'étudiante. La coach aurait accepté promptement, ajoutant que ce n'était pas la première fois qu'il se faisait remarquer de la sorte. Le capitaine soupçonne un éclat de colère.
-De folie, oui…maugréai-je avec dédain, en secouant la tête avec dégoût.
-Quoi qu'il en soit, nous allons devoir interroger la victime pour avoir sa version des faits. Une fois l'agresseur retrouvé, nous devrons également l'interroger. Est-ce que vous avez pris contact avec la famille de l'étudiante ?
-Pas encore, je-
-Rayan !
Derrière nous, Rosalya et Leigh accouraient dans notre direction. Les gendarmes les firent s'arrêter en demandant leur identité.
-Se sont des amis, à moi et à Tallulah, leur assurai-je.
-Où est-elle ? T'as eu des nouvelles ?
Penaud, je secouai la tête et lui expliquai tout ce que l'infirmière m'eut déjà dit. Ils reçurent à leur tour, les explications de la part des gendarmes qui, plus tard, nous informèrent qu'ils ne tenaient qu'à nous d'informer la famille de l'étudiante et que de leur côté, ils attendaient des retours du médecin pour revenir interroger Tallulah. Ils confirmèrent ensuite, qu'ils contacteraient l'université, une fois le jeune homme retrouvé et interrogé. Sur de dernières salutations, ils repartirent là d'où ils venaient.
Commençant à sentir la tension se transformer en fatigue, je me laissai lourdement tomber sur un siège non sans lâcher un long soupir.
-Je vais appeler les parents de Tallulah, dit subitement Leigh qui sortait son portable : Ils sont en droit de savoir.
-Tu as leur numéro ? m'enquis-je.
-Elle a été ma belle-sœur, rétorqua-t-il seulement avant de sortir pour passer son coup de fil.
Oui, c'est vrai… me dis-je intérieurement. A côté de moi, Rosa vint prendre place, et passa une main réconfortante dans mon dos.
-Merci Rayan, me glissa-t-elle, les yeux humides : Merci de l'avoir trouvée.
-J'aurais cherché toute la nuit si ce n'avait pas été le cas… murmurai-je, le cœur lourd.
Jamais plus je veux revivre une telle frayeur…Jamais plus. Reniflant, je compris que Rosalya s'était mise à pleurer. A mon tour, je vins l'étreindre chaudement alors qu'elle se confia avec amertume.
-C'est de ma faute, j'aurais dû prendre soin d'elle…
-Mais non, ce n'est pas de ta faute, soufflai-je doucement :Il n'y a qu'un seul fautif et il ne s'en sortira pas comme ça.
-Ce n'est pas ça…j-je…(elle soupira) Ne lui dis pas que je t'en ai parlé, mais elle s'est déjà fait agressé au début de l'année.
Un geste de recule me fit arrêter mon étreinte, et, déconcerté, je détaillai Rosalya comme s'il s'agissait de notre première rencontre. Quoi… ?
-On venait de célébrer son retour en ville, poursuivit-elle face à mon silence : P-personne n'avait voulu la raccompagner, à dire vrai, c'est quelque chose qui n'est pas tant dans nos habitudes, e-et nous avions tous plus ou moins d'autres choses à faire.
-Attends, il devait bien y avoir quelqu'un d'autre qui rentrait au campus non ?
-N-non, je te l'ai dit, nous avions tous d'autres projets. Alors voilà, on l'a laissée s'en aller seule sans faire plus de cas. Apparemment, ça s'est passé dans la ruelle juste en face de la fac…
Celle qui n'est pas du tout éclairée…pestai-je en mon for intérieure. Et c'est aussi là, qu'on s'est rencontré sous la pluie. Me souvenant de l'horreur qui s'était peint sur le visage de Tallulah ce soir-là, je compris que ce ne fut pas tant me rencontrer qui l'eut effrayé, mais plutôt la crainte de devoir à nouveau se confronter à une agression. Puis, je songeai à notre premier rendez-vous et de ce qui était survenu à cette vieille dame. Et enfin…la tension permanente qui dégagea d'elle lorsque nous eûmes pris le bus après la soirée au bungalow. Forcément qu'elle a été marquée…
-Heureusement pour elle, un ancien camarade du lycée passait par là…enfin, d'après elle, c'est Nath' qui l'a sauvée, mais personnellement, je pencherai plus sur l'idée qu'il aurait pu prendre part à l'agression…m'enfin…
-Et, elle n'avait rien ?
-De ce qu'elle m'en a dit, non, rien du tout. Mais…j'aurais dû faire plus attention, on n'a jamais pris le temps de réellement en parler elle et moi.
-Bon, arrête de te torturer. De toute façon, soirée ou pas soirée, si un con veut s'en prendre à nous il le fera, la preuve encore aujourd'hui… Mais il va falloir qu'on s'organise mieux que ça pour nos prochaines sorties. Personne ne doit rentrer seul.
-J-justement, Samedi soir, si Leigh et moi voulions que tu la ramènes c'est justement parce que je m'étais souvenue de ça. On n'avait songé à Castiel, mais comme…(elle sécha ses larmes et gloussa) comme vous étiez inséparables on s'est dit que tu accepterais.
Je souris malgré moi, non sans me sentir un tantinet gêné. Leigh revint, nous signalant qu'il avait pu joindre le père de Tallulah et qu'ils avaient discuté longuement de ce qu'ils pouvaient faire dans l'instant.
-Ils descendent en ville demain. Ils doivent s'organiser tous deux avec leurs boulots, mais ils veulent voir leur fille.
-C'est compréhensible, dis-je en me passant une main dans les cheveux.
Nous restâmes ensemble, se soutenant mutuellement et prenant notre mal en patience jusqu'à ce que l'infirmière que j'eus vu plutôt, nous informe, qu'enfin, notre amie avaient été assignée à une chambre de l'hôpital. Mais qu'en revanche…
-Les heures de visites sont terminées, vous devrez revenir demain si vous désirez la voir.
Je m'énervai un peu, lui rappelant que cela faisait des heures que nous attentions des nouvelles et qu'il m'était, dans l'état actuel des choses, difficile de patienter plus pour parler à Tallulah.
-Elle dort de toutes façons, je suis désolée mais je ne peux rien faire de plus pour vous. Tout ce que je peux ajouter, c'est qu'elle n'a rien de grave. On a dû lui faire trois points pour refermer la plaie à sa tempe, le reste est superficiel. Seule la fièvre reste inquiétante mais elle a surtout besoin de repos.
-Mais j-
-Rayan, allez, viens…intervint Leigh en me tirant gentiment vers la sortie : Ils savent ce qu'ils font, et je comprends ta nervosité, crois-moi…j'ai vécu ça.
Sachant de quoi il parlait, je finis par la mettre en sourdine et suivre mes amis hors des urgences. Moi non plus, ce n'était pas la première fois que je vivais cela…Mais cela faisait longtemps, et pas pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui, bien qu'une fois de plus je me retrouvasse à être celui qui avait le cœur gonflé de chagrin, piégé dans l'attente d'une longue nuit avant de pouvoir voir celle que j'aimais. Il n'était plus possible pour moi…de faire semblent de ne rien voir. J'étais amoureux de Tallulah. Et mes sentiments ne faisaient que s'accroître de jour en jour. Nous avions certes encore beaucoup à apprendre de l'un l'autre, mais ne passions-nous pas notre vie à le faire qu'il s'agisse d'amour ou pas ? Les sentiments eux, étaient déjà là et l'alchimie nous avait devancé.
Nous promettant de rester en contact le plus souvent possible demain, mes amis et moi nous saluâmes chaudement et montâmes chacun dans nos voitures respectives. Je retournai à la fac afin de récupérer mes affaires et échanger quelques mots sur l'état de santé de Tallulah avec Miss Paltry qui était toujours en salle des profs. Elle me promit de se charger de prévenir le responsable du dortoir pour prévenir la colocataire de Tallulah qu'elle pouvait désormais fermer sa porte et qu'elle serait seule quelques temps.
-Si vous croisez les trois jeunes gens, aussi…
-Si je les croise, je leur donne des nouvelles de leur amie.
-Merci, sinon je m'en chargerai demain s'ils viennent en cours. Qu'avez-vous fait des affaires de Tallulah ?
-Elles sont là, je ne sais pas quoi en faire…Tu veux les prendre ?
Haussant un sourcil, je l'interrogeai du regard. Puis, elle me sourit en me tendant les affaires.
-Ce n'est pas vraiment le moment de parler de ça…mais tu connais mon point de vue sur ce genre de relation. Ce n'est pas moi qui viendra te critiquer Rayan.
Me souvenant de ses allusions l'autre jour lorsque ma cadette m'eut rejoint en salle des profs, je compris qu'il ne servait vraiment à rien de feindre l'ignorance avec Hélène. Nous étions seuls, et parmi tous mes collègues, elle était bien la seule que je pouvais qualifier d'amie. Je pris donc les affaires de Tallulah avec moi.
-Merci. Je lui adressai un sourire amical : Bon, je vais vous laisser, rentrez chez vous également, vous avez besoin de repos.
Après de dernières salutations, je regagnai ma voiture et pris la route de chez moi. L'estomac encore noué par l'angoisse ressentie ces deux dernières heures, je partis au lit sans manger. Une douche aurait pu me faire du bien, mais j'était bien trop éreinter pour me relever. Ne prenant même pas la peine de sortir mes vêtements de nuit, je dormis en sous-vêtement en essayant d'apaiser mon esprit par des images plus attrayantes. Je songeai, avec tendresse à notre premier rendez-vous…à la soirée au bungalow. Nos mains jointes pour se guider…nos jambes entremêlées pour danser… nos fronts collés pour se parler…nos bras noués pour se sentir… Elle était glacée… avec effrois, je me souvins de son corps dans mes bras alors que je l'eus retrouvée inconsciente sur la terrasse du bungalow, ce soir. Les yeux grands ouverts dans la pénombre, je me dis, que c'était bien là la seconde nuit la plus pénible de toute ma vie.
Le lendemain, je partis assurer mes cours sans entrain. J'eus tout de même profité d'une pause entre deux heures pour appeler l'hôpital et avoir des nouvelles de ma cadette qui s'était enfin réveillée. Les gendarmes n'étaient toujours pas passé la voir, et risqueraient de le faire plus tard dans la journée. A l'heure où je devais avoir, justement, la classe de Tallulah, à l'instar des autres classes ayant eu vent de la nouvelle qui semblait s'être répendue comme une traînée de poudre, tous les M2 semblaient vouloir savoir le vrai du faux de tout ce qu'ils avaient entendu au sujet de l'agression d'une étudiante de leur classe. Le directeur m'avait chargé de faire l'annonce, comme j'étais leur professeur principal. Mais cela ne m'enchantait guère d'afficher les soucis de mon amie, même si je savais qu'ici, c'était surtout pour un geste préventif.
-Avant de commencer le contrôle, accordez-moi dix minutes de votre attention, dis-je après les avoir salués : Vous en avez sûrement déjà entendu parler, mais je me dois de vous informer qu'une de vos camarades ne sera pas présente cette semaine, après avoir…été victime d'une agression hier, dans l'après-midi. Son état est stable, mais nous n'avons pas de retour sur son état psychologique. Nous savons, qu'après cet évènement, une vague d'insécurité plane sur notre établissement et une réunion est prévue, ce week-end, à cet effet.
-C'est vrai qu'il s'agit bien d'un étudiant l'agresseur ? demanda timidement une étudiante du second rang.
Je déglutis, ne sachant si j'étais disposé à divulguer ce genre d'information. Puis, n'ayant pas reçu plus d'instruction de la part du directeur je poursuivis :
-Oui, la gendarmerie l'a appréhendé cette nuit et je tiens à préciser que cet acte ne sera pas impuni. Il s'agit d'un délit grave, et je doute fort que nous revoyons cet individu à Anteros. Je tiens à préciser, que ce qu'il s'est passé hier est intolérable et je m'adresse à vous tous assis devant moi : Rien n'excuse un tel comportement. Rien. Homme ou femme, nous n'avons pas à agir de la sorte les uns envers les autres. Aussi, pour votre propre sécurité, je vous conseillerai de ne jamais rester seul le soir et la journée également. Si vous avez un trajet à faire, faites-le accompagné de quelqu'un. Et surtout, n'hésitez pas à accompagner vos amis ou d'autres personnes prenant le même chemin que vous. Dites vous qu'avec ce geste, vous sauverez peut-être quelqu'un, ou vous rassurerez au moins quelqu'un qui n'ose se rendre à tel endroit, seul.
-On n'arrête pas de faire remonter le manque de sécurité des allées du campus ! s'écria un jeune homme : Ce n'est pas éclairé partout, même a plusieurs on n'est pas à l'abri de se faire interpeller par un individu complètement taré !
-Nous allons en discuter durant la réunion. Maintenant reprenez votre calme, si vous avez des choses à dire, allez voir Miss Paltry, elle a dans l'intention de préparer un cours pour mettre au point avec vous ce que nous jugeons tous de nécessaire à faire dans un cas comme celui-ci. (Je tapai dans mes mains pour clôturer cet aparté et commencer le cours) Sortez de quoi écrire et venez poser vos sacs devant l'estrade. On éteint les portables, je ne veux aucune feuille devant soit, c'est moi qui les distribues ! (Je fixai l'heure sur l'horloge de l'amphi) vous avez jusqu'à 15h05, dis-je en notant en gros la durée du contrôle. Vous n'aurez le droit de sortir qu'au bout de la première heure et pas avant.
Sur ces dernières paroles, je fis passer les copies de rédaction que les étudiants se firent passer rangé par rangé, colonne par colonne. Puis, je vins distribuer le sujet, recto contre table pour que tout le monde le découvre en même temps. Une fois de retour à l'estrade, je leur signalai qu'ils pouvaient commencer et ce, dans le silence le plus total au risque de se voir recevoir un zéro d'un coefficient important. Je profitai de ces deux heures pour me calmer les nerfs à mon bureau, mon ordi sous les yeux dans l'attention des répondre à des mails d'étudiants dans la galère avant les partiels. Mais en toute franchise, je ne parvenais pas à me sentir investi pour eux.
Distrait, je posai un regard sur la brochette habituelle que formaient Chani, Charly, Kelly et Camille qui, le nez sur leur feuille, rédigeaient aussi sérieusement que possible. Pourtant, je voyais bien à leur tête que ça n'allait pas. Surtout la petite Chani qui faisait tressauter nerveusement sa jambe sous le bureau. C'était bien la première fois que je la voyais ainsi. Elle d'habitude si posée et toujours prompt à calmer Tallulah qui était naturellement anxieuse. Mais le pire… C'était bien Camille. L'air sombre et épuisé, il fixait sa feuille sans bouger sa main qui était suspendue devant son brouillon sans rien rédiger. Il n'avait pas la tête d'un étudiant en pleine réflexion à propos de son sujet, non, il avait la même expression que moi, hier, assis dans ma voiture à ressasser les recherches de Tallulah. J'imaginai très bien sa douleur, et sûrement sa colère. Déjà, hier soir, lorsqu'il eut raconté les faits, il se jugeait coupable d'avoir laissé Tallulah toute seule. Mais il n'y est pour rien…
Une heure passa, et Camille fut le premier à me rendre sa copie… quasiment blanche. Je le pris à part pour lui parler, loin des tables où composaient encore les autres étudiants.
-Hé, ils vous restent encore une heure, jamais encore vous ne m'avez rendu de copie si vide…m'enquis-je, sur le ton de l'inquiétude.
-Désolé, mais si Kelly n'avait pas été là, je ne serais même pas venu. Je n'ai pas la tête pour un quelconque contrôle là… lâcha-t-il froidement en fixant autour de lui, agité.
-Je me doute bien, assurai-je, sincère : Mais dites-vous que Tallulah ne pourra pas le passer, ce contrôle, et je n'aurais pas le plaisir de corriger ses idées entremêlées de passion !
Il sourit en coin, le regard tendre.
-Vous, si. Et vous pourrez toujours la briefer lorsque vous la reverrez. (Je lui tendis sa copie) Une heure de plus…Vous n'avez pas signé encore, vous pouvez vous rasseoir.
Prenant une profonde inspiration, le rugbyman me sonda avec une détermination nouvelle avant de récupérer sa copie et foncer se rasseoir à sa place. S'humectant les lèvres, il reprit son brouillon et je le vis, cette fois-ci, se mettre plus attentivement au travail. Je vis Chani poser un regard presque reconnaissant sur moi, et m'adresser un signe de tête. Je lui répondis par un sourire avant de, à mon tour, me remettre au travail. Je répondis à tous les mails en ciblant les soucis de chacun de mes élèves. L'heure passa plus rapidement ainsi, et petit à petit, les élèves me rendaient leurs copies au compte-goutte. Entre temps, Chani et Camille m'eurent réclamé une autre feuille de rédaction. Ce qui donnait du baume au cœur, vu l'anxiété qui les taraudait. Quand les dernières secondes s'écoulèrent, j'annonçai la fin officielle du contrôle et réclamai leurs copies aux étudiants restants.
Sans grande surprise, les quatre amis voulurent rester plus tardivement pour me parler. N'ayant rien d'autre après eux, j'acceptai avec plus ou moins plaisir, sachant d'emblée ce dont ils voulaient que l'on discute.
Une fois seuls, ils s'approchèrent de mon bureau où j'étais installé pour rassembler les copies. Je souris à Camille :
-Oh moins vous n'aurez pas zéro.
-O-ouais…merci m'sieur, baragouina-t-il, non sans gêne, se passant une main dans son épaisse tignasse dépeignée.
-Vous avez des nouvelles Tal' ? s'enquit Chani : J'ai tout appris cette nuit, par mes amis, mais c'est Alexy qui m'a prévenue que vous étiez celui qui avec retrouvé Tallulah.
Hochant la tête, j'expliquai à Chani les évènements de la veille pour ensuite terminer sur le fait, que Tallulah se retrouvait hors de danger, à l'hôpital de la ville.
-Elle sort quand ? s'empressa Kelly.
-Je l'ignore…je suis en contact avec les médecins, je suis comme vous j'attends de ses nouvelles.
-Et pour Jordan ? Ils vont lui faire quoi à votre avis ?
Je vis Camille crisper la mâchoire en regardant sur le côté, l'air sombre.
-La police s'occupe de lui. Il n'est plus mineur, il risque de se retrouver avec au moins une amande voire plus si les blessures de Tallulah sont plus graves que ce que l'on pense.
-Une amende ? s'offusqua Camille.
Je levai les mains en signe d'apaisement.
-Les lois sont faites ainsi ! Déjà, il est en garde à vue, et je le redis, mais je doute fort qu'il remette les pieds ici. Et il sera forcément surveillé par les autorités. Si, comme le dit votre coach, ce n'est pas la première personne à qui il s'en prend, des mesures seront prises.
Nous discutâmes encore un moment avant que je ne leur demande de partir. J'avais encore des cours à assurer, et cela me fut pénible de me montrer droit et impassible jusqu'au bout. Néanmoins, je ne fis pas d'heures supplémentaires. Je n'avais nullement la tête à cela, et je voulais surtout rendre visite à ma cadette.
J'allais monter dans ma voiture, lorsque je me fis interpeller.
-Rayan !
Je fis volteface, en reconnaissant la voix de Rosalya. Semblant remarquer avec quelle familiarité elle m'eut appelé, elle plaqua se main sur sa bouche en faisant attention s'il n'y avait eu personne autour.
-Laisse tomber, je m'en fiche un peu là…lui assurai-je avant de lui faire la bise.
-Tu vas voir Tallulah ?
J'opinai du chef et je lui demandai si elle avait pu lui rendre visite.
-J'ai eu le temps oui, mais ses parents sont arrivés. Je n'ai pas osé m'imposer, même si j'étais morte d'inquiétude… Je compte repasser demain matin, j'ai un cours d'annulé.
-Oh, s-ses parents sont là ?
-Oui, mais va la voir, ça lui fera plaisir. J'ai eu le temps de parler un peu en priver avec elle, je lui ai expliqué que c'était toi qui l'avait trouvée. Elle s'est demandé comment tu allais, vraiment, n'hésite pas et va la voir.
-T'es mignonne, mais autant devant vous notre relation passe, mais devant ses parents ?
-Roh, arrête de te prendre la tête, tu crois qu'elle y pense en ce moment ? Regarde, il n'y a pas deux secondes, tu te fichais bien que je te tutoie ! (Elle marqua une pause en haussa un sourcil sceptique) A moins que…vous ne nous ayez pas tout dit ?
Je fronçai curieusement les sourcils.
-Vous sortez vraiment ensemble ? demanda-t-elle avec une pointe de précaution dans la voix.
-Non, fis-je calmement avant de baisser les yeux, un peu penaud : Mais…si je dois me montrer tout à fait franc…j-je…
Posant une main amicale sur mon bras, Rosalya me força à croiser son regard.
-Écoute, il n'y a rien d'illégale là-dedans. Et puis, pour le moment tu te présentes comme un ami ! Oublie deux secondes ton statut de prof et va voir Tallulah. Et vas-y en tant que Rayan, notre ami, pas comme le prof super beau gosse qui fait craquer ses amphis en rameutant tous les étudiants excités de la fac !
-Hé ! m'outrai-je non sans lâcher un rire nerveux.
Me claquant les fesses pour m'inciter à monter dans ma voiture, Rosalya me fit un clin d'œil complice avant de repartir là d'où elle venait. L'esprit un peu plus serein, je pris la route en direction de l'hôpital. Malgré mon échange avec Rosa, je restai un peu nerveux quant à l'idée de croiser les parents de ma cadette. Mais la psychologue en herbe avait raison sur un point, je restai l'ami de Tallulah, peu importait mon titre d'enseignant chercheur.
-Bon, une place maintenant…grognai-je en faisant tourner ma voiture encore et encore à la recherche d'une place libre près de l'entrée. Je dus finalement me rendre au parking souterrain, payer ma place et je me rendis sans plus tarder à l'accueil où je demandai à voir Tallulah.
-Chambre 109, deuxième étage, me dit-on.
Je remerciai l'hôtesse et pris l'ascenseur qui me déposa au bon étage. Un peu confus, je déambulais dans les couloirs, les affaires de Tallulah en main, tout en regardant à droite et à gauche les numéros de chambre sur les portes. Puis, j'entendis des voix sortir d'une chambre à la porte entrouverte. Ne voyant ma le numéro, je dus m'avancer et je fus repérer par un homme d'un certain âge qui se tenait près de la porte. Il la poussa pour mieux me voir et j'eus un geste de recul.
-Je peux vous aider, demanda-t-il dans un murmure tandis qu'un médecin semblait discuter à l'intérieur.
-B-Bonjour, pardon de vous déranger mais je…(Je regardai le numéro sur la porte) Tallulah Loss est bien ici ?
-Vous connaissez ma fille ?
Déjà !? Il fallait vraiment que je tombe sur ses parents si vite ? Aussitôt, une nouvelle tête apparut et ce fut celle d'une femme que je doutai donc fortement être la maman de Tallulah, surtout avec le grain de peau qu'elles avaient en commun.
-Bonjour jeune homme, un souci ?
-Il prétend connaître Crachouille…chuchota l'homme.
Crachouille ? Ne connaissant personne de ne ce nom là je compris rapidement qu'il s'agissait du surnom de ma cadette. Je réprimai un sourire, puis finis par me présenter discrètement.
-Bonjour, je m'appelle Rayan, je suis un ami de-
-Oh, c'est vous !
Me poussant gentiment dans le couloir, mes deux aînés s'excusèrent auprès du médecin et de Tallulah, puis, refermant la porte sur eux ils se tournèrent vers moi.
-Vous êtes bien la personne ayant retrouvé notre fille ? Leigh nous a parlé de vous, vous êtes amis avec notre fille ? (Elle me tendit la main et je la serrai poliment) Enchantée, Lucia Loss, vous l'aurez compris mais je suis la mère de Tallulah.
-Et moi son père, Philippe Loss. Enchanté également et surtout…plus que reconnaissant pour ce que vous avez fait… soupira-t-il, l'air sombre. Également, nous nous serrâmes la main et je hochai la tête d'un air entendu et compatissant.
-C'était…tout à fait normal, dis-je en prenant une profonde inspiration. J'hésitai à poursuivre ma pensée, puis finalement, mettant de côté mon anxiété, j'avouai : Ecoutez, c'est vrai je suis ami avec Leigh mais je suis aussi le professeur principal de Tallulah.
-Oh…souffla la mère en haussant les sourcils avec stupéfaction. Le père, lui, arqua seulement un sourcil et attendit que je poursuive.
-Je supervise également son mémoire, et nous devions passer un entretient hier soir. Comme…l'incident s'est produit à la fac, c'est remonté finalement jusqu'à moi, et je suis parti à sa recherche.
-Je vois, je comprends mieux pourquoi Leigh nous a parlé de vous avec autant de familiarité, répliqua Lucia non sans plisser un petit œil. Je crus…ressentir du scepticisme comme si elle eut compris que je ne disais pas l'entière vérité. Mais comme je n'avais toujours pas discuté de cette situation avec Tallulah, je préférai prendre quelques précautions : Merci en tout cas… quand on a su ce qu'il lui était arrivée…
Mon aînée se tut, déglutit difficilement en baissant les yeux. Aussitôt, son époux vint la serrer dans ses bras et voir cette dame trembler me remua l'estomac. Je revis ma propre mère, dans tous ses états face à ma propre agression lorsque j'étais plus jeune. Depuis, cela me fendait toujours le cœur des voir des parents pleurer pour leurs enfants et je ne pouvais qu'imaginer ce que c'était d'apprendre que la chair de sa chair était dans une profonde détresse.
Me sentant de trop, je détournai le regard. Puis, la porte s'ouvrit doucement et la médecin que j'eus rencontrée la veille aux urgences, me reconnut.
-Oh, notre petit impatient ! dit-elle avec le sourire : Pas que nous ne sommes pas habitués, mais j'ai appris vous aviez fait un peu de grabuge hier, bon…je peux comprendre, mais sachez que votre amie va bien. Elle est tirée d'affaire, vous avez eu les bons gestes. Les gendarmes sont également passés tout à l'heure, j'ignorai qu'il s'agissait d'une agression.
-Je l'ai pourtant bien précisé quand je vous l'ai amenée ! grondai-je un peu.
-Les informations ont dû mal remontrer, mais c'est fini. (Elle s'adressa ensuite aux parents) Je peux vous voir un instant, nous devons parler de sa sortie et savoir si quelqu'un la prendra tout de même en charge où si nous devrons faire appeler un taxi. Son état reste un peu…
-Bien sûr, nous arrivons, signala la mère qui séchait les larmes aux coins de ses yeux : Rayan c'est bien ça ? (J'opinai) Vous vouliez voir ma fille ? Ce sont ses affaires que vous avez là ?
-Les gendarmes ont précisé que…commença la médecin.
-Qu'il s'agit de son sauveur et qu'il est en droit de savoir comment va Tallulah, reprit calmement le père : Mais sachez que nous revenons très vite la voir, termina-t-il non sans me jeter un regard intrigué avant de suivre la médecin qui les conduisait autre part.
La poitrine gonflée d'un sentiment étrange, à la fois stressé et impatient, je vins frapper quelques coups contre le panneau de porte avant d'entendre ma cadette m'autoriser à entrer. Je ne vis personne…Puis, remarquant la porte de ce que je jugeai être la salle d'eau, ouverte, je déglutis en me demandant si je pouvais me permettre de jeter un coup d'œil.
-Maman c'est toi ? A qui vous parliez Papa et toi tout à l'heure ? l'entendis-je demander d'une voix que je trouvai très éraillée, si ce n'était fatiguée.
-C-c'est pas maman… glissai-je en restant derrière la porte.
Des bruits des pas, de pieds nus, sur un carrelage, se firent entendre et une tête dépassa de l'entrebâillement, aussi surprise que soulagée. Une serviette dans la main, les cheveux détachés sur ses épaules, Tallulah me détailla longuement avant de laisser tomber le morceau de tissus et de s'avancer avec hésitation vers moi. Mon cœur rata un battement et mon émoi prit le dessus. Soulagé de la savoir enfin réveillée, je posai ses affaires au sol, j'ouvris mes bras dans lesquels elle se jeta et je vins la serrer avec force et tendresse.
-Je me demandai si j'allais te voir…l'entendis-je soupirer dans un sanglot épuisé : Merci pour tout…
-Je suis là, chut… murmurai-je en caressant ses cheveux.
Nous restâmes ainsi un petit moment avant que je ne m'éloigne à contre cœur, dans l'espoir d'examiner son visage qui m'eut tant manqué l'espace d'un jour et d'une pénible nuit. Ses yeux humides brillaient avec tant de sentiments qui traversaient son regard que j'eus du mal à tous les saisir. Mais la confusion qu'elle dégageait était palpable. D'un geste rapide je ramassai sa serviette et lui demandai si elle voulait s'asseoir.
-J-Je voulais me changer, mes parents m'ont apportée des vêtements pour les jours restants de mon hospitalisation et les chemises médicales ne sont pas très chaudes… elle tira sur le vêtement bleu peu épais.
-O-Oui… Attends, où sont tes affaires je te les apporte. Je t'ai apporté celles-ci aussi, fis-je en désignant son sac de cours et son manteau.
-Derrière le lit, dit-elle en retournant dans la salle de bain. Et merci… C'est toi qui les a retrouvées ?
-Non, c'est Camille…avouai-je.
Je fis le tour et en effet, un petit sac de sport que je lui apportai. Elle me remercia avant de fermer la porte qu'elle rouvrit aussitôt, soucieuse.
-Tu t'en vas pas tout de suite hein ? Sinon je me change plus tard…
Je reniflai un rire attendri en lui assurant qu'il n'y avait qu'elle qui comptait en ce reste d'après-midi. Tallulah me sourit rapidement, non sans me regarder jusqu'à ce que la porte soit entièrement fermée, comme pour s'assurer que je ne me volatiliserai pas. La dernière vision que j'eus d'elle, fut la large compresse sur sa tempe gauche qui était en sang quand je l'eus retrouvée hier soir. Attendant qu'elle sorte, je balayai la chambre du coup d'œil désintéressé. Un cliquetis me sortis de mon observation et je vis ma cadette revenir habillée d'une robe t-shirt bleu pastel avec un numéro inscrit sur sa poitrine, en blanc, un peu à l'américaine, et un legging noir et une paire de chaussons gris. Ses traits étaient tirés et son teint plutôt pâle bien qu'elle semblât pouvoir rester debout.
-Je suis contente de te voir, murmura-t-elle, le dos plaqué contre le panneau de porte et la tête légèrement inclinée vers le bas comme pour fuir mon regard.
Me levant de la chaise qui se trouvait à l'angle de la pièce, je la rejoignis pour la faire s'asseoir sur son lit. Je pris place à côté d'elle, et, à demi tournés pour nous faire face, nos cuisses se touchaient et, un peu hésitant, je vins caresser son avant-bras nu du dos de ma main. Je m'arrêtai pile au-dessus du bandage autour de son poignet.
-Comment tu te sens ?
Elle haussa une épaule mais ne répondit rien, ses yeux toujours baissés et cela me peina. De son autre main, également entourée d'un bandage qui descendait jusqu'à ses doigts, elle essuya des larmes qui restaient coincées entre ses cils. Puis, renfilant pour ravaler son chagrin, elle étira un sourire bien trop faux à mon goût et me demanda comment s'était passé ma journée. Je compris parfaitement, qu'elle désirait parler d'autre chose que de son agression… Mais pour une fois, j'avais souhaité qu'elle s'ouvre un peu plus sur sa douleur. Peut-être était-ce encore un peu tôt après tout…
-Bah écoute, le contrôle sembla avoir inspiré Chani, souris-je du mieux que je pus : huit pages ! je sens que je vais en avoir de la lecture. Les L1 ont été un peu pénibles…mais rien de bien anormal quand on est en première année, rajoutai-je.
Elle força un glousse qui me brisa plus le cœur qu'autre chose. Surtout en voyant ses larmes de douleur se mêler à ce masque d'amusement.
-Tallulah, l'appelai-je dans un souffle qui se voulait bienveillant : Je peux comprendre que tu sois enc-
-J'essaie de comprendre tu sais, pleura-t-elle en croisant enfin mon regard : Je te jure que j'essaie !
Déconcerté, je papillonnai un moment avant de lui demander de quoi elle parlait.
-Melody pense que c'est ma faute, e-et…comme ça fait deux fois…je me dis qu'il doit y avoir une part de vrai…, se confia-t-elle entre deux sanglots. Secouant la tête avec incompréhension, le regard écarquillé dans le vide, ma cadette reprit : Mais je ne vois pas ce que j'ai fait de mal ! s'écria-t-elle avant de fondre en larmes, recroquevillée sur elle-même, le visage contre ses mains : J-je n'voulais pas moi, qu'il se fasse virer de l'équipe…j-j'n'ai pas compris pourquoi il était si en colère contre moi… !
Alarmé à l'écoute de tels propos, je vins la plaquer contre moi et sentant mon pouls s'affoler sous la pression de l'outrance qui m'envahissait. Outré, et surtout en colère de l'entendre se culpabiliser de la sorte alors que dans l'histoire, la seule victime c'était bien elle. Repensant à ma propre mésaventure d'il y a maintenant des années, je sentis ma gorge se nouer. Je me fis violence pour garder une voix calme alors que la colère chatouillait mes nerfs. Melody ? Dire de telles horreurs ?
-Tallulah, je veux que tu écoutes attentivement ce que je vais te dire. Vraiment soit bien attentive… : Aucune excuse n'est trouvable dans cette situation. Aucune. J'ignore comment Melody en est venue à te dire ça, mais vraiment, il n'y a absolument aucune vérité là-dedans. (Je m'éloignai un peu pour croiser son regard embué de larmes) Elle est venue te voir exprès pour te sortir une telle connerie ? m'offusquai-je avec décontenance.
-N-non…Lundi soir on s'est croisé et… m'a reprochée le chahut au début de ton cours…
Tallulah m'expliqua dans le détail son échange avec mon assistante. Petit à petit, elle se confia également au sujet de sa première agression, la même que m'eut fait part Rosalya la veille tandis que nous attentions aux urgences.
-J-je voulais simplement rentrer au dortoir, je ne les connaissais même pas, pareil pour Jordan, j-je n'ai rien fait ou dit qui aurait pu-
Je l'interrompis un peu sèchement.
-Qui aurait pu quoi ? Que tu les connaissais ou non, que vous vous soyez côtoyés ou pas, rien ne justifie un tel comportement, Tallulah.
Par la suite je lui demandai pourquoi elle n'avait pas porté plainte la première fois. Je compris, qu'elle eut minimisé les faits pour se rassurer mais que cela eut un impact sur sa santé, d'où la fatigue, le stresse et la perte de poids analysés par le médecin de la clinique du campus. Et que tout le monde avait remarqué… Il n'était pas dur de s'imaginer à quel point elle dut se ronger les sangs à chaque fois qu'elle sortait pour se rendre au café, ou pour faire de simples emplettes seules. Elle me confia enfin toutes ces craintes qui l'eurent usé tous les jours au point de perdre peu à peu confiance en elle. Je me souvins ce moment dans le bus avec ces deux ivrognes. Même ça, c'était de la torture pour elle…
-Et…je ne voulais pas…que tu penses de moi que je te manipulais… termina-t-elle alors que je lui apportai de quoi sécher ses pleures : J-je sais que ce ne sont que des mots, mais je ne me suis pas rapprochée de toi pour mon mémoire o-ou que sais-je encore ! Rayan je-
-Chut, soufflai-je en venant m'agenouiller devant elle, le visage relevé pour croiser son regard rougi et épuisé.
Elle a besoin de dormir et de calme…me dis-je alors qu'elle était tendue.
-Tu crois que je ne le sais pas ? Tallulah, je ne vois pas comment je pourrais penser que je me fais manipuler, pas avec l'effronterie dont tu as fait preuve jeudi soir dans cette salle de classe pour m'avouer que tu attendais de nous une sincère amitié, ris-je.
Cela eut pour effet de l'apaiser un peu et ce fut un véritable sourire amusé qui étira ses lèvres légèrement gercées.
-Et toi tu ne vas pas fouiller dans mes affaires pour apprendre à me connaître, soulignai-je en sentant de nouveau l'agacement monter en moi en repensant aux dires de Melody. Il est grand temps de clarifier certaines choses…
-Oui, souffla ma cadette en haussant les sourcils avec évidence. Je la vis quelque peu mal à l'aise et je compris aisément pourquoi. J'allais reprendre notre conversation lorsqu'elle me demanda : Tu t'en rends compte pas vrai… ?
-Quoi donc ? chuchotai-je pour ne pas briser cette bulle d'intimité qui nous enveloppait. Mains jointes à celles de l'autre, je caressai le dos des siennes avec mes pouces.
-Bah que tu me plais… ! gloussa-t-elle timidement en haussant une épaule comme si cela coulait de source.
Nerveux, je vins ricaner non sans sentir mes propres épaules s'affaisser autour de moi. Ma tête ballottait contre ma clavicule avec une pointe d'exaspération, tandis qu'une fois de plus, ma jeune amie eut pris les devants. Cela fait son charme en même temps ! Bien sûr que j'eus des doutes, notamment ces derniers jours et plus encore après avoir fini de me voiler la face avec mes propres sentiments. Notre intérêt était plus romantique que nous n'avions bien voulu le laisser croire à l'autre pour finalement se laisser tomber dans notre propre bêtise.
Les coups de foudre ne restaient jamais longtemps cachés à l'instar de la vérité, du soleil et de la lune. Je sentis l'imminent sourire niais s'étirer doucement au coin de ma bouche tandis que je relevai la tête pour m'agripper à ses yeux vairons qui me dévisageaient avec affection et désarrois.
-Mais si tu as quelqu'un…alors…je promets de ne plus avoir de geste qui-
-Je n'ai personne, la coupai-je avec sérieux mais douceur : Il y a une explication pour les photos, et crois-moi, tu l'auras. Mais pas ici. (J'embrassai le dos de ses mains toujours jointes aux miennes) Tu me fais confiance ?
Un éblouissant sourire, celui-là même qui m'eut temps manqué, éclaira son visage avec allégresse. Et presque pour mettre un terme à son chagrin, je vis une dernière larme se décrocher des cils de son œil gauche, celui où sa petite tâche bleu et grise jurait avec le brun autour et aussi de son œil droit. Un hochement de tête et un petit « oui » conclut notre échange à ce sujet. Elle m'ouvrit ses bras dans lesquelles je vins me blottir en relâchant un profond soupire de bien être. Me tête contre son ventre, ses mains dans mes cheveux, je lui murmurai à quel point j'étais heureux de la savoir seine et sauve. Puis, revenant sur l'anxiété qui la prenait lorsqu'elle se retrouvait seule dans un lieu public, je lui dis :
-Tu te souviens, je t'avais dit que j'avais déjà subi des violences de rue…(Elle acquiesça) Par la suite, j'étais comme toi, j'ai même fini par changer mes habitudes. Et à l'époque, je donnais des cours particuliers à des collégiens et des élèves de primaire pour me faire de l'argent de poche. Je prenais souvent le bus et je sortais souvent tard de chez mes élèves. Mais après mon agression tout ça…je ne pouvais plus le faire, tout comme les cours d'athlétisme que je prenais après les cours, et que je voulais arrêter pour ne pas traîner dans les rues le soir.
Elle hocha vigoureusement la tête avec une compréhension qu'elle sembla partager. Et encore, je n'ai pas l'impression qu'elle a changé son train de vie après ça… me dis-je en pensant à tous ces soirs où elle débauchait tard du café ou encore ceux où elle restait à la BU jusqu'à la fermeture. Cela lui était pénible mais elle a tenu à continuer sans prendre soin de son traumatisme… Le cœur serré, je repris :
-Mon entraîneur ne voulait pas que j'arrête et ne comprenait pas mes raisons. (Je haussai une épaule) Je ne vais pas te le cacher, mais je lui avais raconter un bobard si énorme que je ne m'en souviens même plus !
-Il ne savait pas pour ton agression ?
-Non, peu de gens le savaient d'ailleurs, cela n'avait pas fait beaucoup de bruit…(Je me raclai la gorge) Bref, il a fini par contacter mes parents, qui eux, savaient la vérité, et il a fini par me proposer de prendre des cours de self-defense.
Ma cadette m'adressa un regard stupéfait et je ris sans joie.
-Oui, oui, tu m'as bien entendu. On n'en parle pas assez souvent et à tort ! Déjà, à mon époque, ce n'était pas très répandu comme technique de combat, parce que, justement, ce n'était pas pris au sérieux et les agressions de rues étaient, mais alors, banalisées à un point de je-m'en-foutisme absolu ! Aujourd'hui, les langues se délient, mais ce n'est pas encore ça, pourtant il y a des mesures de sécurités à notre disposition. Le souci, vois-tu, c'est le manque d'information, c'est le manque de prise en charge et encore beaucoup de laxisme vis-à-vis de la gravité des séquelles psychologiques. Je suis presque certain que les gendarmes et les médecins t'ont conseillée d'aller voir un psychologue ? m'enquis-je sans paraître très curieux.
-J'ai un rendez-vous pour une première séance oui…
-Voilà, soupirai-je : Attention, je n'ai rien contre les psys, je ne veux pas me fâcher avec Rosa ! repris-je en secouant les mains d'un signe de paix : Au contraire, parler, se confier à quelqu'un ça a toujours du bon, et on critique trop souvent les psys pour des raisons absurdes car, comme je le dis, on ne prend pas assez au sérieux les séquelles psychologiques. Mais voilà, est-ce qu'ils t'ont parlé du self-defense ? Est-ce qu'ils t'ont même parlé d'une technique de défense personnelle consacrée aux femmes ?
Un peu confuse, Tallulah secoua la tête d'un signe de négation.
-Eh bien ça, c'est le plus gros manque de prise en charge que je puisse leur reprocher. Ils sont de la sécurité, ils sont au courant de ce genre de chose, parce que ces techniques, ils les connaissent eux ! Mais pas des victimes comme toi et moi…(Je levai les yeux au ciel) De mon côté, j'ai eu la chance d'avoir un entraîneur adepte de ce genre de technique de combat, et c'est grâce à lui si j'ai pu reprendre mon train-train quotidien sans avoir l'estomac…noué de peur à l'idée que des cons me retombent dessus !
-Et tu crois qu'il y'en a dans cette ville ? Déjà qu'il n'y a qu'une seule salle de sport…
-On cherchera ensemble ! S'il faut, je t'apprendrai les bases ! Mais il est hors de question qu'on te laisse baigner dans la peur comme ça. Et surtout, si cela devait -j'espère de tout cœur que c'était la dernière fois- à nouveau t'arriver, tu dois être en mesure de te défendre. Pas pour blesser l'autre, mais pour te protéger toi !
Un ange passa. J'eus dit cela avec une pointe de véhémence, me rendant compte qu'on ne guidait pas suffisamment les victimes d'agression de rue. Pas à nos jours, cela ne devait plus traîner ainsi. Et je savais ce dont j'allais parler ce week-end pendant la réunion avec mes collègues au sujet de cet incident. L'information doit tourner ! Après ce qu'il se fut dit ce tantôt avec mes élèves de M2, beaucoup de jeunes gens ne se sentaient que peu serein. Et le campus, ne devait pas être un endroit d'insécurité pour eux.
Tallulah m'assura qu'elle se renseignerait au plus vite. Elle fut trop longtemps envahie par l'angoisse pour se sentir à même de reprendre le boulot au café sereinement. Elle voulait se sentir à même de pouvoir se défendre seule, et surtout, retrouver cette confiance en elle, perdue. Puis, elle m'avoua même craindre de servir certains clients, comme ce fameux soir, où ce pauvre type avait cherché à avoir son numéro.
-Il était là…l'un des types qui m'a emmerdée. Il faisait parti de la bande. Je n'ai pas supporté…je ne voulais vraiment pas qu'il me reconnaisse et j'ai demandé à Hyun de les servir pour moi.
-C'est compréhensible, Tal', lui dis-je en frictionnant vigoureusement son épaule neutre de toute blessure : Mais ça, tu vois, ça ne doit plus t'arriver. Et tu verras, ça prendra du temps, le temps qu'il faudra, mais tu vas surmonter tout ça, et tu n'auras plus à craindre de retourner au travail.
Elle pouffa avant de lancer sur le ton du sarcasme :
-Cela m'aidera à supporter ma patronne ?
-Haha ! Je te parle de self-defense, pas de miracle !
Jetant sa tête en arrière, elle libéra un éclat de rire qui me charma et fit battre mon cœur avec allégresse. Finalement, deux heures passèrent et ce fut le temps que mirent ses parents à revenir. Tallulah voulut marcher un peu, je l'eus donc accompagnée tout en discutant avec plus de légèreté pour lui changer les idées. Dans le couloir, nous croisâmes ses parents qui furent surpris de nous voir hors de sa chambre.
-Tu ne penses pas que c'est un peu tôt pour te promener ? s'enquit son père, l'air soucieux.
-J'avais des fourmis dans les jambes, rétorqua Tallulah : ça va Papa.
-Fais attention quand même ma chérie, renchérit sa mère : Tu nous excuseras le petit contre-temps, mais nous avons filé chez ma sœur pour savoir si elle était d'accord que tu passes le week-end chez elle. Les médecins veulent te faire sortir vendredi matin mais…chérie, on n'a pas la conscience tranquille. Tu ne veux pas rentrer à la maison à cause des partiels, on comprend, mais ne nous en veut pas de douter un peu de la sécurité du dortoir…
Comment leur en vouloir ? me dis-je en posant un regard attentif sur Tallulah qui sourit avec amour à ses parents.
-Tata est d'accord ?
-Bien sûr qu'elle l'est ! rit son père : Tu connais ta tante, elle n'a qu'une poupette d'amour haha !
-Stop…gronda-t-elle. Les surnoms c'est entre nous, renchérit-elle non sans rougir.
Nos rires résonnèrent dans les couloirs et nous décidâmes de retourner dans sa chambre. En chemin, son père ne cessait pas de me lancer d'étranges regards et cela m'inquiéta un peu. Tout à l'heure déjà, son regard s'était fait assez insistant. J'ai l'air si louche que ça ? Puis, ressentant un subi sentiment de déjà-vu, je fouillai au fond de ma mémoire à la cherche d'un souvenir dont je ne saisissais pas l'importance. Ni même dans quel contexte il se trouvait… Et enfin, nous toisant avec ahurissement, joie et un brin de nostalgie, Philippe et moi nous reconnûmes.
-Ça y est j'me souviens ! s'écria-t-il en me pointant du doigt alors qu'il refermait la porte sur nous : Bon sang ! ça me taraudait depuis que je t'ai vu à la porte tout à l'heure !
-Vous étiez bien…au concert des Deep Purple il y a cinq ans ? osai-je demander avec excitation et hésitation, craignant me tromper mais j'en doutai fort vu sa réaction.
-Oui ! On était à côté dans la fausse ! Et nous sommes parti voire un verre juste après en chantant « Smoke on the water » dans le bus !
Incrédule et quelque peu dépitée, Tallulah me jeta un regard en coin, la bouche entrouverte en espérant de moi que j'explique un peu plus cette situation quelque peu…absurde et inattendue.
-Oui bah le monde est p'tit ! ha ! me justifiai-je comme un gamin pris la main dans la boîte à biscuits.
-Haha, ta tête est impayable ma chérie ! s'esclaffa Lucia qui embrassa le haut du crâne de sa fille qui gloussai nerveusement, non sans montrer son épuisement.
-C'est bien vrai ! s'enjoua Philippe : mais bon, j'aurais tout de même préféré te revoir dans d'autres circonstances.
-Bah pourquoi ? s'offusqua presque sa fille : ça prouve que c'est un homme bien ! déclara-t-elle avec un naturel qui lui ressemblait bien mais surtout une évidence déconcertante comme si elle venait de prouver que la Terre tournait.
Sa mère se mit à rire de plus belle non sans me lancer un regard qui me rappeler un peu trop celui de Rosalya et de Miss Paltry.
-C'est bien vrai, déclara son père qui me serra une fois encore la main : Merci, vraiment, merci pour tout ce que t'as fait pour ma fille.
Oh… arrêtez… voulus-je lui supplier en me sentant de plus en plus embarrassé bien que touché par sa sincère reconnaissance. Nous discutâmes ensembles encore quelques minutes avant qu'un infirmier vienne prévenir Tallulah que son repas et ses médicaments n'allaient pas tarder à lui être apportés.
-On va te laisser ma chérie. Leigh nous attend, nous voulions le voir pour le remercier également de nous avoir tenu au courant.
-Lysandre est dans le coin ? Il a téléphoné pour prendre de nos nouvelles récemment, c'était gentil ! Tu savais qu'il avait décidé d'employé quelqu'un pour l'aider à la ferme ? Enfin, il se décide !
-Ah oui ? Tallulah sembla surprise. N-non, je ne savais pas. C'était il y a longtemps ?
-Oh, on dit récemment mais tu connais Lysandre ! Deux ou trois semaines je crois, informa son père, l'air pensif : Enfin bon, on va passer la nuit chez ta tante, si jamais tu as un souci, tu nous contactes ma fille, hein ?
-Oui…sourit-elle.
-Ah et, on n'a aussi eu un appel de ton proprio au sujet des garants. Il voulait une confirmation et il aura besoin de notre signature. On le voit demain matin ! Il voulait te faire signer également, comme il a eu la confirmation de Chani déjà, mais on lui a expliqué ta situation. Il a compris, et nous avons dit de voir avec toi quand tu voudrais signer le contrat.
-Vendredi, assura ma cadette avec vigueur : Le plus tôt possible, et comme je sors vendredi matin…
-Très bien, on lui dira, rétorqua son père avant de s'adresser à moi : Tu fais un bout de chemin avec nous ? Qu'on se remémore ce fabuleux concert, haha !
Un peu surpris, mais plutôt ravi, j'acceptai de partir avec eux, au moins jusqu'à rejoindre nos voitures respectives. Tallulah nous sonda avec un brin de bienveillance et d'affection, et il me fut bien difficile de garder mes bras le long de mon corps. Cela était un crève-cœur de devoir la quitter maintenant, surtout après cet ascenseur émotionnel vécu en presque 48h. Ses parents l'étreignirent avec beaucoup d'amour et je vis son père hésiter un moment avant de s'éloigner. La main sur la poignée, il se pinça les lèvres avant de demander à sa fille si tout irait bien pour cette nuit. Elle opina du chef en souriant simplement, avant de nous faire un petit signe de la main. Nos regards se croisèrent, et je lui souhaitai une bonne nuit. Je lus sur ses lèvres un : « bonne nuit à toi aussi » qui me fit sourire avec tendresse. Je crois qu'elle hésitait un peu à me tutoyer devant ses parents et pour le moment ce n'était pas des plus urgents. Nous verrons plus tard, dans l'instant, elle n'avait pas à s'en soucier.
Sur le chemin en direction du parking, je fus encadré par les parents de mon amie. Si l'un me demanda comment je me portais depuis la dernière fois que l'on s'était vu, l'autre me demanda comment j'en étais venu à nouer une amitié avec sa fille.
Philippe regarda son épouse avec étonnement tandis que cette dernière leva les yeux au ciel, consternée.
-Je t'en prie, Philippe, un prof ne passerait pas deux heures en compagnie de son élève, même en étant son superviseur de mémoire !
Clairement, je me sentis rougir. Je ne m'étais pas trompé, la mère avait compris la véritable nature de ma relation avec Tallulah.
-Q-Quoi ? Mais, il lui a sauvé la vie donc je…
-Tu étais surtout obnubilé sur le fait que son visage te rappelait quelqu'un que tu n'as même pas fait attention aux explications du médecin ! rit-elle : « Votre amie va bien ! »ou encore, « L'ami de votre fille a eu les bons gestes ! » « Dites à son ami de ne plus faire autant de grabuge ! » Tu vois l'idée ? (Elle me toisa en coin) Dis quelque chose bon sang !
Je déglutis avant de m'éclaircir la voix et de m'adresser à Philippe.
-E-en fait…C'est vrai, votre épouse-
-Lucia ! me sourit-elle.
-L-Lucia…a raison.
-Donc tu n'es pas le prof de ma fille ? s'enquit mon aîné.
-Hein ? Ha ! Si, si, et je supervise bien son mémoire…mais ça…c'est ainsi lorsque nous sommes en cours. En dehors on est un peu plus…disons…amicaux.
-Mais comment en êtes-vous venus à devenir ami ? se soucia-t-il, perplexe.
Ok, là je voulais clairement retourner parler à Tallulah pour lui demander conseil. Comment pouvais-je étaler toutes nos magouilles et les pincettes prises pour nous voir en dehors de la fac. Puis, comment expliquer à son père cette sympathie que j'eus éprouvée pour elle…ou plutôt, le coup de foudre qui nous eut frappé.
-Sérieusement, chéri ? Leigh nous a dit qu'ils étaient amis. Tu oublies qu'il était le beau frère de Crachouille, mais avant tout son ami depuis le lycée. Forcément, je pense qu'elle et Rayan ont dû finir par se rencontrer en dehors des cours !
-Aah…s'exclama le père qui hochait la tête avec entendement : Oui, je n'avais clairement pas fait le rapprochement. (Il se tourna vers moi) Excuse-moi, j'ai dû te paraître un peu froid, mais je ne comprenais pas bien, haha ! Avec tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui…renchérit-il en se passant une main sur son visage comme pour chasser sa fatigue.
Lucia fit le tour pour se poster à côté de lui et prendre sa main. Ils se sourirent, avec une complicité que je trouvai une fois de plus, très touchante mais gênante, plus par rapport à eux qui subissaient ma présence.
-Enfin, c'est chouette dans un sens, reprit-il en m'adressant un petit sourire : A l'époque, j'avais trouvé dommage que nous n'ayons pas passé plus de temps ensemble, je te trouvai pourtant sympa !
-Haha, merci, le sentiment était partagé aussi !
-Hé, mais ! réagit soudainement Lucia : Pourquoi ne pas venir voir Leigh avec nous ? Tu es venu en voiture ? En bus ?
-J'ai ma voiture, au parking sous terrain.
-Alors c'est réglé, tu viens avec nous ! s'enjoua Philippe en me donnant une tape amicale sur le bras.
C'était bien difficile de refuser, d'autant plus si c'était pour voir Leigh et Rosalya. Sur la route, nous nous suivîmes, eux me guidant jusqu'à chez mes amis et ils me firent même découvrir un raccourci. Nous arrivâmes sur le parking de l'immeuble où vivaient Rosalya et Leigh, puis, nous rejoignant, nous nous rendîmes devant l'interphone. C'était la première fois que je venais chez eux, et je compris que cela était pareil pour les parents de Tallulah. Une voix féminine nous répondit.
« Oui ? »
-Ma petite Rosa ! s'écria la mère de Tallulah : On revient de l'hôpital ma puce !
« Oh, Lucia ! Venez, entrez ! »
Les portes se déverrouillèrent et nous pûmes entrer dans l'immeuble. Une fois devant la bonne porte, nous n'eûmes le temps de frapper deux fois seulement et la porte s'ouvrit promptement sur une Rosalya semblant en joie et un Leigh très souriant. Il haussa les sourcils en me voyant avec eux.
-Rayan ! Tu es venu aussi ?
-Nous nous sommes croisés à l'hôpital et disons que nous avons appris des choses, rit Philippe qui serrait la main à mon ami qui vint par la suite m'étreindre chaudement.
-Oh, bah ça ! C'est la grande réunion aujourd'hui, s'exclama Rosa qui nous guidait jusqu'au salon.
-Comment ça ? s'enquit Lucia.
-Une surprise vous attend !
-Quoi ? gloussa-t-elle, aussi perdue que son époux et moi.
Puis, arrivés dans le salon, eux semblèrent comprendre tandis que de mon côté, les choses s'embrouillaient encore plus. Assis sur un canapé, nous vîmes Alexy, Castiel et un autre jeune homme que je ne connaissais pas du tout. Pourtant, son visage m'était bien familier… Cette mâchoire allongée…ce sourire discret… Je posai mes yeux sur Leigh qui s'approchait de lui. Ce jeune homme inconnu se leva de son siège, et une fois côte à côte, je compris… C'est son frère.
A suivre…
[Oui, j'ai repris le passage entre le père de su' et Rayan, mais j'ai trouvé cela tellement fun que je ne pouvais pas m'en empêcher x) Désolée si de votre côté vous aviez trouvé cela too much, moi j'ai bien trop ri pour ne pas l'introduire dans ma fic ;) ]
