[Petit mot d'avant lecture: Coucou ! A l'approche du week-end, je viens poster deux nouveaux chapitres (enfin, au moment où je publie ça c'est bientôt le week-end haha !) Dans ce nouveau chapitre, Rayan fait enfin la connaissance de Lysandre. Mais surtout, c'est Tallulah qui va le revoir après un long moment. Je vous laisse découvrir leurs réactions à tous, et surtout, ce qui en ressortira ;) Bonne lecture à tous !]


Rayan

Les parents de Tallulah semblaient sous le charme de revoir ce jeune homme qui sourit avec douceur tout en leur rendant leur accolade affectueuse. Il était bien plus grand qu'eux. Je soupçonnai même qu'il le soit un peu plus que moi. Distraitement, je portai mon attention sur un cadre photo posé sur une commode non loin du mur d'entrée du salon. Il y avait une photo de lui, en compagnie de Rosalya et de son frère. Le jeune homme et Rosa avaient les cheveux plus longs, cela datait peut-être du lycée… En ce jour, il les portait plus courts sur l'arrière mais sa frange était encore là, bien qu'il semblât la tirer souvent avec sa main. Un geste qu'il ne cessait de faire depuis tout à l'heure en tout cas…

Puis, me remarquant, il haussa des sourcils curieux, me sourit et s'approcha amicalement de moi en me tendant la main.

-Lysandre, enchanté.

Sa voix était vraiment grave mais extrêmement posée et profonde. Je me souvins des paroles du barista, « C'est un garçon si doux ». Oui…il dégageait beaucoup de douceur, c'était indéniable.

-Rayan, enchanté également, souris-je d'un air sûrement peu serein. Et j'ignorai pourquoi d'ailleurs, il semblait sympathique.

-Ah bah, t'es partout toi ! entendis-je. Castiel se leva à son tour pour me saluer : Alors, remis de la soirée ?

-Haha, oui merci. Et toi ? Je ne t'ai pas vu quitté la table.

-Il était trop bien entouré, renchérit Alexy, qui, je vins saluer également.

-Ah oui, vous connaissez tout le monde en fait, réagit Philippe.

-Il est des nôtres ! s'enjoua le jeune homme qui vint embrasser les parents de Tallulah : Alors, dites-nous tout, comment elle va ? Bon sang…mes cours ont fini si tard, je suppose que les visites sont terminées ? Demain matin je m'en vais la voir…

Lucia vint rassurer Alexy en le faisant s'asseoir sur le canapé tandis que Leigh me proposa également de prendre place. Tous très attentifs, les parents expliquèrent tour à tour la situation, venant parfois me concerter, comme j'étais celui qui avait retrouvé leur fille et amenée aux urgences. J'expliquai ensuite la partie concernant ce qui avait été filmé par les caméras de surveillances et vu par les gendarmes.

-Ils ont interrogé Tallulah aujourd'hui, je pense qu'on aura bientôt la sentence au sujet de Jordan.

-Et la fac ? Tes supérieurs en pensent quoi ? demanda Castiel.

A côté de lui, Lysandre me toisait avec attention. Assis à côté de son frère, penché en avant et accoudé sur ses cuisses, il eut joint ses mains suspendues à l'écart de ses genoux. Il avait…ce même genre de regard, aussi perçant que Tallulah, mais plus tranchant et cela jurait avec la douceur qui émanait de lui. Lui aussi avait les yeux vairons, mais son hétérochromie était différente. Lui, avait bel et bien un iris d'une autre teinte que l'autre. L'un vert d'eau et l'autre ambré.

-Hé, ça va pas ?

Ne m'ayant pas rendu compte que j'étais resté bloqué sur Lysandre, je papillonnai des yeux après que la voix du chanteur m'eut fait sortir de ma transe. Reprenant contenant, je lui dis qu'il était peu probable que Jordan reste dans l'établissement, d'autant plus que Tallulah et sa famille avaient porté plainte contre lui, et que ce point risquait d'entacher la réputation de la fac. Vraiment, rien n'y personne n'allait être du côté de ce petit con.

-Et si on allait tous la voir demain matin ? Proposa Alexy : Lysandre, tu voulais la voir aussi non ?

-Oui, rétorqua-t-il simplement.

Pas très éloquent comme jeune homme. Cela était étrange de me dire qu'il était l'ex petit ami de Tallulah, une jeune femme si pétillante et loin de tenir sa langue. Les opposés s'attirent dit-on… Oui, enfin, je ne devais pas partir dans ce genre de théorie farfelue, puisqu'on disait également « qui se ressemblent s'assemblent ! » Je soupirai, commençant à en avoir assez de mes propres sottises ! J'étais si troublé ce soir…

Nous continuâmes à discuter de Tallulah un petit moment avant que cela ne dévie sur le retour de Lysandre chez son frère et sa belle-sœur. Apparemment, sa première raison était de leur faire une surprise, la seconde s'ajouta après avoir appris la nouvelle au sujet de l'agression de Tallulah, dès qu'il eut posé un pied dans l'appartement.

-J'étais venu apporter des cadeaux pour le bébé et la maman et-

-Le bébé !? s'offusqua Lucia : Quel bébé ? A qui ?

-Ouais, c'est quoi cette histoire ? renchérit Castiel, tout aussi perdu.

Rosalya lança un regard de détresse à son chéri qui n'en menait pas large. Quant à Lysandre, il regarda tour à tour, les parents de Tallulah et Castiel, puis Alexy et moi qui nous fîmes tout petit.

-Ah…tout le monde ne savait pas, comprit-il enfin.

-Bon, bah j'ai tout intérêt à appeler mes parents demain ! ricana Rosalya qui ne pouvait retenir son amusement : Quelle histoire, Lyschou t'en rate pas une toi !

-Il fallait me le dire aussi…enfin désolé.

-Non…, s'exclama Philippe avec stupeur : Tu…vous… ? Un bébé ?

Leigh rit nerveusement, tandis que Castiel en avait la bouche ouverte.

-Cette semaine, ça fait un mois complet, confirma mon ami avant d'embrasser la joue de sa bien aimée qui souriait avec bonheur.

-Oh, viens là ma belle ! s'enjoua Lucia en se levant de sa place pour étreindre la futur jeune maman. Philippe et Castiel se levèrent à leur tour pour l'embrasser puis faire une accolade au futur papa qui rougissait un peu.

-Wah ! C'est pas ma fille mais ça fout une claque quand même, lâcha Philippe en se rasseyant.

-Bah pourquoi ? s'enquit son épouse vraisemblablement incrédule. Philippe s'agita un peu.

-Eh bien parce qu'elle est jeune quand même ! J'veux dire…elle a l'âge de notre fille ! (Il se tourna vers Rosa) T'as bien 21 ans ?

-Oui, 22 en octobre prochain. Mais ce n'est pas un souci de mon point de vue, c'est même le meilleur âge pour avoir un enfant selon moi. Bon, je vous avoue que cela n'était pas tant prévu que cela, mais ce n'était pas involontaire non plus…

-Je vois tout à fait ce que tu veux dire ma puce, assura Lucia en serrant la main de sa cadette qui souriait avec tellement de joie : Tu sais, j'ai su tardivement que j'étais enceinte, avant cela, ce n'était pas mon conjoint que je grimpai mais les parois d'une montagne !

Alexy recracha bruyamment toute l'eau qu'il buvait et Castiel toussa un rire qui manqua de l'étrangler. Bon, au moins je sais de qui elle tient son franc parler et son tempérament ! me dis-je non sans glousser. Philippe reluqua son épouse, hébété, coupé dans son élan alors qu'il fut sur le point de prendre la parole. Rosalya avait atténué son rire en plaquant sa main devant sa bouche, tandis que les deux frères avaient la tête qui décrochait de leurs épaules sous l'ahurissement des paroles de la mère de famille.

-Oh, si vous vous offusquez pour ça, vous n'avez pas fini ! rit-elle : Bon, quoi qu'il en soit, c'est une nouvelle qui réchauffe le cœur, surtout après une journée aussi horrible que celle-ci ! Félicitation à tous les deux ! leur dit-elle avec beaucoup de chaleur et un sourire semblable à ceux qu'avait l'habitude d'offrir Tallulah.

-Ce n'était pas une critique, hein, reprit Philippe un peu penaud : C'est juste…bon, Leigh, je comprends un peu plus, il est plus âgé, c'est moins « perturbant » d'apprendre qu'il va être père. Mais Rosa… enfin je la revois encore aller au lycée avec Tal' quoi…leur soirée pyjama avec Alexy, leur pique-nique dans le parc en face de notre ancien loft !

Son menton se mit à trembler et, d'un geste émotif, il retira ses lunettes avant de venir cacher ses yeux humides.

-Je vais être grand-père !

Des exclamations attendries s'élevèrent dans le salon et Rosa vint secouer avec affection les épaules de Philippe.

-J'espère que le véritable grand-père aura la même réaction que vous, haha !

-C'est dingue, il nous a toujours couvé ! souligna Alexy à l'attention de Lucia.

-Ah bah, vous êtes comme nos deux enfants adoptifs, toujours à la maison, toujours avec notre fille ! renchérit-elle en venant embrasser Alexy qui souriait de toutes ses dents.

-Ouais, et personne ne prévient tonton Castoche…soupira Castiel en secouant la tête d'un air faussement dépité.

-Haha, tonton Castoche ! Je retiens, rit Rosalya avant de taper dans la main du chanteur qui rit à son tour.

C'était touchant. On s'entait que la pression avait besoin d'être relâchée, et ce moment d'émotions tendres fut le meilleur moyen de le faire.

-Et toi Rayan ?

-Hn ? grognai-je, très curieux de ce que voulais me demander Philippe qui se remettait de son émoi avant de reposer ses lunettes sur le nez.

-Tu as quelqu'un dans ta vie ? Une compagne, des enfants ? Oh…un compagnon peut-être ?

Ils savent que je suis ami avec Tallulah…Mais je me dis qu'il n'était sûrement pas nécessaire que je leur dévoile mes sentiments à son égard. D'autant plus, qu'on avait encore des choses à se dire ma cadette et moi. En tout cas, j'étais tout de même conforté vis-à-vis de la réciprocité de cet amour encore fragile. Trop fragile… me dis-je en croisant le regard vairon de Lysandre qui me soutenait avec une curieuse intensité. Comment réagira-t-elle en le voyant ? Je regrettai presque d'avoir quitté l'hôpital en compagnie de ses parents. Non, je regrettai encore plus d'avoir mis si longtemps à me rapprocher d'elle. Mes collègues ne se gênaient pas…L'emprise de Dana m'eut trop freiné…ma vie fut trop longtemps vécue dans la restriction… Aujourd'hui, j'osai vouloir aimer librement. Mais un passé, qui n'était pas le mien, semblait pourtant bien me rattraper et venir m'imposer un nouvel obstacle.

Je ne savais comment réagir. Même en sachant ce que Tallulah ressentait pour moi. Mon souffle s'était fait court, ma voix sourde, et… mes lèvres bougèrent d'elles-mêmes. Lysandre plissa un œil, et ce fut la seule réaction tangible de sa part.

-Je vois quelqu'un…(Je tournai mon regard sur Philippe et lui souris simplement) Mais non, je n'ai pas d'enfant.

-Tu y penses ? Tu dois avoir quoi…le même âge que Leigh non ?

-J'ai deux ans de plus, mais…

-Roh, mais l'âge ne fait pas tout Philippe, le coupa Lucia en lui donnant une petite tape sur le genou : Mais je suis curieuse, Lysandre, qu'as-tu apporté à la maman ? C'est rare ! D'habitude on pense souvent uniquement au bébé en oubliant la mère !

-Et le père on n'en parle ? s'offusqua son conjoint.

-Tu as porté Crachouille neuf mois ? gronda-t-elle.

-Non, mais je t'ai supporté pendant neuf mois !

-Oh ! Mais quel salaud !

Philippe gloussa en me jetant un regard taquin qui me fit pouffer de rire. Profitant de la bonne ambiance, Lysandre alla chercher ses présents. Trois pour le bébé, un pour son frère et un pour Rosalya.

-Ah, tu vois…il a pensé au papa ! souligna le père de famille en souriant à Leigh qui riait en secouant la tête d'un air désabusé.

-Merci petit frère, glissa-t-il en faisant pencher la tête de son frère, debout derrière lui malgré avoir donné les cadeaux, tandis qu'il était toujours aussi sur le canapé, pour l'embrasser sur la joue.

Rosalya fit de même puis demanda quelle était l'annonce que voulait faire le jeune homme. Il insista sur le fait que cela pouvait attendre plus tard, mais, trop curieuse, sa belle sœur lui arracha les vers du nez.

-Haha, bon très bien…Voilà, j'ai fini par écouter Tallulah. Je ne pouvais décemment par gérer cette ferme seul, surtout plus depuis son départ. J'ai trouvé cinq employés qui, après leur mois d'essai, m'ont prouvé qu'ils m'avaient enlevé une belle épine du pied en m'assistant comme ils l'ont fait. Cela explique aussi que je puisse descendre vous voir, plutôt que ce soit vous qui montiez à la ferme.

-Q-Quoi ? Tu t'es enfin décidé ? répéta Leigh dont l'incrédulité se mêlait au soulagement.

-Il fallait bien, les recettes commençaient à baisser, et pour le moment, je n'ai pas dans l'idée de vendre la ferme, même si…

Lysandre se tut, baissa les yeux avant de se mordre les lèvres. D'un bon, son frère se mit à genoux sur sa place, se retournant face à son cadet, qu'il vint étreindre avec force.

-Je suis content Lysandre…Enfin tu penses à toi.

-J-Je…c'est vous qui aviez raison.

-Cinq employés ? Wah, l'autre jour tu nous as seulement parlé d'un seul ! renchérit Lucia qui partit étreindre Lysandre qui s'enjoua face au geste.

-Oui, parce que c'était confirmé pour lui. Mais les autres, ça s'est fait la semaine dernière.

-Tu vois Lysandre, une chose à retenir, les femmes ont toujours raison ! prévint Rosalya avec humour.

-Dans ce cas là c'est bien vrai, haha ! s'esclaffa-t-il.

-Tu comptes lui dire, n'est-ce pas ? reprit Leigh : Dis-moi que tu comptes prévenir Tallulah.

-Et pourquoi crois-tu qu'il aurait fait tout ce chemin, railla Castiel : Bien sûr qu'il va la prévenir. Je suis persuadé que les cadeaux du bébé, c'était une excuse !

-Mais non, assura le jeune homme qui revint s'asseoir à ses côtés : Mais c'était bien une des raisons…

-T'as dans l'idée de reconquérir le cœur de ma fille ? s'enquit Philippe.

Ce fut plus fort que moi, mais je vins serrer les dents au point d'en faire crisper ma mâchoire.

-Qu'est-ce que vous racontez-tous là, sourit Rosalya d'un air calme, qui obtint l'attention de tout le monde : Laissez Tallulah se reposer. Lysandre, les émotions fortes on va éviter, d'accord ? Nous n'irons pas demain matin, ce sera sûrement un peu tôt et ils s'occuperont sûrement de ses soins. Le début d'après-midi serait sûrement plus approprié. Qu'en pensez-vous ?

A ces mots, elle m'adressa un regard fort curieux mais aussi très complice. Elle attendait une réaction de ma part et je ne pus que me sentir reconnaissant de la voir essayer de me donner une chance de voir Tallulah en tête à tête.

-C'est vrai qu'elle dormira sûrement, renchérit Lucia : Laissons là se reposer. Et puis, demain matin nous avons un rendez-vous avec Philippe, ce sera tout de même plus agréable que nous partions tous ensemble.

-Bonne idée, nous n'aurons qu'à nous donner rendez-vous à une heure au parking de l'hôpital, ajouta Philippe : Rayan tu seras des nôtres ?

Poliment, je secouai la tête. Je n'irai pas lui dire que j'irai voir sa fille après eux, plus tard dans la soirée. Tout ce que j'espérai, était que ses retrouvailles avec Lysandre ne la rendent pas confuse, vis-à-vis de notre relation… Je ne voulais plus me dire, que nous ne serions que des amis.

Tallulah

-T'as pris cher toi… marmonnai-je, penaude, en tenant ma montre cassée dans mes mains alors que je l'examinai sous tous les angles.

Cela me faisait drôle de ne plus la porter à mon poignet. Je me sentais presque nue…Cela m'attristait beaucoup aussi. Je n'étais pas très matérialiste, mais cette monte, je l'eus reçue pour mon entrée à la fac et je comptai bien la porter à ma sortie. Elle s'était détruite avant, était-ce un mauvais présage ?

-Voilà que je me mets à raisonner comme Chani ! maugréai-je en reposant ma montre cassée sur la table de chevet.

Les infirmiers m'avaient réveillée de bonne heure pour la prise de mes médicaments avec mon petit déjeuner. Aussi, ils m'avaient prévenue qu'ils avaient avancé mon rendez-vous pour mon IRM et mon scanner, après avoir consulté mon dossier médical. Dans une heure, on allait venir me chercher pour me faire passer l'examen. Oh moins, tout ça sera fait ! En revanche, je risquai d'annuler la radio à la clinique de la fac. Cela ne faisait que deux jours que je me trouvai à l'hôpital, mais entre tout ce qu'on me fit passer à mon entrée aux urgences, et maintenant pour mon épaule et mon genou, je commençai à être bien gavée par les petits bonhommes et petites bonnes femmes en blouse blanche.

-Dire que je sors vendredi… Genre je dois vraiment passer une nuit de plus ici ? râlai-je en regardant tout autour de moi.

Même en m'ayant rapportée toutes mes affaires, mon portable lui, restait sans batterie. J'eus bien demandé à quelqu'un s'il pouvait me trouver un chargeur, mais personne n'était revenu depuis. Je voulais tant contacter mes parents, mes amis…Lui…

Oui, je voulais parler à Rayan. Je désirai le voir avec tant d'ardeur, sa présence hier, couplée à celle de mes parents chéris, me fit un bien fou ! Bien que je me sentisse toujours décontenancée par les paroles de Melody qui se mariaient à mes sombres souvenirs encore très frais dans mon esprit, les mots de Rayan m'eurent apaisée. Il me fit comprendre que je n'avais pas à me sentir coupable de mes agressions… « Ne t'étonne pas si des hommes t'emmerdent ! » Je secouai la tête. Je n'avais pas à me dire ce genre d'idiotie.

Ayant un roman dans mon sac, à lire pour le cours de Monsieur Lebarde, je profitai de ma convalescence pour terminer les chapitres qu'ils me restaient. Puis, je partis enfin passer mon IRM et mon scanner. Autant les examens se firent plus ou moins rapidement, mais le temps d'attente pour les résultats était plutôt long. Ayant récupéré mon portefeuille, je partis boire un café à la cafétéria où une infirmière vint me trouver.

-Mademoiselle, vos résultats vous ont été apportés dans votre chambre.

-Oh, m-merci ! dis-je en buvant rapidement mon café -non sans me brûler la langue- avant de regagner ma chambre.

Je croisai la médecin, qui me fit un bilan de mes résultats. Finalement, j'avais une luxation légère à l'épaule et un mail avait été envoyé au médecin de la clinique du campus, qui était en charge de mon dossier médical, pour qu'il me prescrive le bon nombre de séances à prendre avec un kiné.

-On voit que l'inflammation s'est étendue (elle pointa son doigt sur les images à des endroits précis, mais je ne voyais pas grand-chose tant je n'y connaissais rien) avoir été brutalisée y est sûrement pour beaucoup. Mais par chance, il n'y a aucun déchirement. Pour le genou, tout est bon. Les douleurs sont simplement dû au traumatisme, mais vous m'aviez déjà dit que ça commençait à passer.

-Oui, le baume est efficace et le bleu disparaît peu à peu.

-Bon, un peu de rééducation et tout redeviendra comme neuf ! Prévoyez quand même beaucoup de repos, il ne faudrait pas votre traumatisme se fasse nerveux. Ce sera plus long pour la guérison… Votre tension est toujours un peu haute, essayez de rester dans votre chambre le plus possible. Vous n'êtes pas en cours, profitez-en et dormez !

Après m'avoir adressée un sourire et un clin d'œil, la femme s'en alla et referma la porte de ma chambre derrière elle. Oubliant de lui demander où je pouvais me procurer un chargeur de portable, je me frappai intérieurement avant d'examiner une dernière fois mes résultats, puis, je les glissai dans mon sac de cours, posé au pied du lit. J'en profitai pour trier mes cours et je m'inquiétai au sujet de tout ce que j'allais devoir rattraper…Dire qu'il ne reste qu'une semaine avant les partiels… Je me sentais dépassée. Mais ne voulant pas me laisser submerger par l'anxiété, j'écoutai le conseil du médecin et partis faire une sieste. Je tournai un moment dans mon lit, en pensant à demain matin, quand je sortirai avant de pouvoir m'endormir. Une fois de plus, ce furent les infirmiers qui me réveillèrent pour m'apporter mon repas et mon traitement. Au moins, je suis sûre de n'avoir loupé aucun repas. Après avoir fait un tour à la salle de bain, j'étendis ma serviette sur le bord de mon lit puis, vraiment soucieuse de savoir comment se porter Chani et les autres, je décidai de partir à la recherche de quelqu'un susceptible de pouvoir recharger mon portable.

Les couloirs étaient interminables dans ma tête…et ce silence trop calme…cette odeur trop propre…je n'aimais pas cela du tout. J'allais prendre l'ascenseur pour rejoindre l'accueil, lorsque mon œil fut attiré par le mouvement d'une silhouette que mon esprit sembla reconnaître à l'instar de mon cœur qui rata un battement. Ce n'est pas possible, il ne peut pas être là… Les portes s'ouvrirent mais je n'entrai pas dans la cabine. Guidée par le mirage de ce corps élancé, de cette chevelure argentée, je tournai les talons et pris la direction du couloir opposé à celui qui menait à ma chambre. Mes pas traînèrent d'abord un peu au départ, puis, plus vite battait mon cœur, plus vite je m'avançai au point de me mettre à courir. Lorsque j'arrivai à l'angle, je me retins en agrippant le mur pour tourner, et criai :

-Lysandre !

Aussitôt, dans un crissement de semelles qui résonna autant que ma voix, il se pivota d'un geste en ma direction. Le regard ahuri, les bras légèrement écartés sous la surprise tout comme ses lèvres qui s'étaient entrouvertes. Ne papillonnant pas d'un cil, il s'avança d'un pas…puis d'un autre avant de foncer vers moi et me prendre dans ses bras avec une fougue qui me fit reculer des trois pas avant de me faire décoller du sol. Seul la pointe de mon pied gauche resta en contact avec mon chausson tandis que l'autre s'était déjà glissé et retiré.

-Un an et demi…déjà…

Les bras ballotant le long de mon corps, je ne me sentais plus à même de réagir. Mes souvenirs affluaient en moi, tous mes sens étaient en éveil. La chaleur de son corps m'eut tant manqué, ces dernières semaines je l'eus tant réclamé dans mon inconscient. Me retrouvant seule dans mon lit, je n'eus de cesse de penser à lui. Prise de maux, je cherchai son apport de réconfort. Étreinte de joie, je m'imaginai son sourire.

Sa fragrance… le musc de sa peau, et ses cheveux fleuraient bon le santal blanc. Je ne comptai plus, le nombre de fois, où j'eus laissé mes doigts se perdre dans cette superbe chevelure lisse qu'il eut fini par couper un peu afin de faciliter son travail à la ferme. Par la suite, j'eus pris l'habitude de lui couper les pointes à chaque quoi qu'elles poussassent d'une certaine longueur.

Aujourd'hui, j'étais comme paralysée. Je ne parvenais pas à répondre à son étreinte. Moi pourtant si câline, mon esprit semblait confus et ne répondait plus. Hébétée lorsqu'il me reposa au sol, je m'agrippai à ses yeux qui tremblaient d'émois et lui demandait ce qu'il faisait ici.

-Je suis venu pour toi, murmura-t-il de sa voix rauque : Puis j'ai appris pour…(Il souleva mon menton avec délicatesse et tourna mon visage pour l'examiner) Qu'est-ce qu'on t'a fait…

Je reculai d'un pas comme pour mieux le détailler. Il n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois que nous nous étions vus, pourtant…pourtant, sans comprendre pourquoi, il me semblait différent. Ou était-ce moi qui avais changée ? Comment me trouvait-il ? Toujours semblable à nos jours passés ensemble ?

-Ah ! Il est là ! entendîmes-nous provenir derrière lui. Je penchai ma tête tandis qu'il se tournait à demi, le sourire aux lèvres, pour voir Rosalya, Leigh, Alexy, Castiel, Hyun et mes parents, s'avancer vers nous.

-Heureusement qu'on t'a dit de nous suivre ! soupira Leigh qui, une fois de plus dut faire face au mauvais sens d'orientation de Lysandre.

-Tu t'es perdu ? lui demandai-je, un peu amusée de voir que sur ce point, il n'avait pas évolué.

-Plus maintenant, et encore grâce à toi.

Une fois de plus, mon regard se perdit dans le sien qui ne me lâchait plus.

-Mais laisse-là nous ! se plaignit Alexy qui vint me prendre dans ses bras.

-Oh mon Alex'…soupirai-je d'aise en venant répondre à son étreinte.

Mon meilleur ami était là. Tous étaient là, du moins, une bonne partie, et mon cœur en fut comblé. Finalement, nous rejoignîmes ma chambre et mon père me prêta son chargeur portable.

-J'ai voulu t'envoyer un message de bonne nuit, mais je me suis souvenu que tu n'avais rien pour recharger ton téléphone.

-Tu n'en n'auras pas besoin ?

-Mais non, prends-le ma puce, insista-t-il.

Je lui souris et remis aussitôt mon portable en charge.

-Je vais pouvoir contacter Chani et les autres, soupirai-je, rassurée.

-On les a cherchés, mais impossible de les croiser, s'enquit Hyun vers qui je revins pour quémander un câlin : Hé bien, hé bien ! rit-il.

-Clémence n'a rien dit pour le café ?

-Non, en fait disons que…on a dû fermer.

-Hein ?

Hyun gloussa nerveusement avant de m'avouer que la tuyauterie du lave-vaisselle avait explosé et avait inondé toute la cuisine. Par la suite, elles avaient fait appel à des réparateurs et le devis était plutôt conséquent aux vues des réparations à faire et du temps que cela prendrait.

-Il semblerait que certaines choses ne soient plus aux normes, on va devoir songer à faire quelques rénovations. Cela ne devrait pas prendre non plus des semaines, surtout avec le caractère de Clémence qui s'est déjà dégotée le summum des rénovateurs d'enseignes !

-Haha, elle y tient à sa réputation !

-T'es sûre qu'elle a bien fait de t'embaucher ? plaisanta Castiel.

Je lui jetai un regard noir tandis que Lysandre et lui rirent de bon cœur.

-Moi, c'est cet uniforme qui m'horripile, pesta Rosa en levant les yeux au ciel : C'est d'un mauvais goût !

-J'aurais vu plus de volants et de dentelles, je te l'accorde, renchérit Leigh, légèrement pensif.

-Hé ho, on se calme…se méfia Hyun qui nous éloignâmes d'eux en me gardant dans ses bras.

Nous rîmes tous de bon cœur, et ce, je pus le certifier. Après ces derniers jours très rudes, je me sentais si bien entourée et c'était bien là le meilleur des soins. Je voyais, qu'ils faisaient tous, beaucoup d'efforts pour ne pas revenir sur le sujet de mon agression, et les plaisanteries allaient de bon train. Recevoir autant de bienveillance mettait du baume au cœur. Mes parents semblaient au courant pour la grossesse de Rosa, et Hyun finit par le savoir aussi. Rosa et Leigh ne semblaient pas plus gênés que cela, et ils me confièrent que les parents de mon amie étaient enfin mis dans la confidence et qu'ils passeraient les voir ce week-end.

-Si t'avais vu la tête de ton père, j'te jure ! rit ma mère : Le jour que tu lui annonces que tu es enceinte, essaie de me prévenir avant lui, histoire que je le prépare psychologiquement.

-Depuis hier soir, je m'y prépare figure-toi ! J'ai bien compris que je pouvais devenir grand-père à n'importe quel moment de ma vie ! répliqua mon père sur un ton très sérieux et émotif qui fit rire tout le monde.

-Je te rassure, ce n'est pas dans mes projets…et puis, qui te dit que je n'adopterai pas ?

-C'est vrai ça ! me soutint Alexy bien plus concerné que tout le monde ici par ma remarque : Tu songes à adopter ?

-Si je n'ai pas pour projet immédiat d'avoir un enfant, cela m'a déjà traversé l'esprit de me demander comment j'allais être maman. Grossesse ? Adoption ?

-Tu ne m'en as jamais parlé, souligna Lysandre qui haussait les sourcils avec curiosité.

-Je ne devais pas encore y penser. Ma réflexion est assez récente, à ce sujet…

Il hocha la tête avec entendement. Mon père lui demanda s'il avait songé à avoir des enfants avec moi. Je m'offusquai un peu, lui demandant si nous ne pouvions pas changer de sujet.

-Philippe laisse-les avec ça, soupira ma mère.

-Bah quoi, il aurait pu non ? Tu sais, depuis hier soir…

-Haha, j'avoue ne pas y avoir pensé, la ferme me préoccupait déjà beaucoup lorsque je sortais avec Tal', mais je ne pense pas…que l'idée m'aurait déplu.

-Dis pas de bêtise, l'interrompis-je un peu sèchement : Je n'ai pas la carrure de Rosalya à ce sujet-là, mêler études et maternité ? Ce n'est pas fait pour tout le monde, ce n'est pas fait pour moi. On se voyait à peine même lorsque je vivais avec toi, et on passait notre temps à redresser les comptes de la ferme. Où aurions-nous trouvé le temps de nous occuper d'un bébé ?

-Ça va, je disais ça comme ça ! se braqua Lysandre qui eut un geste de recule non sans écarquiller les yeux, confus.

-On ne dit pas ça comme ça, terminai-je en détournant le regard.

Un lourd silence s'étendit sur nos têtes. Je m'en voulais d'avoir créer un tel froid…ce n'était pas mon intention. Mais pour des raisons que je ne saisissais pas complètement, ma réaction fut plus forte que moi. Certains remords, et certains reproches rejaillirent en moi. L'entendre parler ainsi avec légèreté de projet sûrement plus grand que lui, pour ça non plus il n'avait pas changé.

-On va faire un tour à la cafétéria, tu veux qu'on te ramène quelque chose ? fit soudainement ma mère.

Je secouai la tête mais la remerciai pour sa proposition. Lysandre prévint qu'il allait rester là, et presque tout le monde comprit qu'il voulait qu'ils nous laissent seuls. J'entendis Alexy se plaindre en disant qu'il n'avait pu me voir hier et qu'il voulait profiter encore du peu de temps libre pour rester avec moi. Cela me toucha, mais je compris que Lysandre en avait gros sur le cœur. J'étreignis mon Alex' et le rassurai en disant que je sortais bientôt, et qu'il n'avait qu'à pas tarder à la cafet' ! Il jeta un coup d'œil à Lysandre qui lui sourit gentiment.

Finalement, ils sortirent au compte-goutte et Lysandre et moi nous retrouvâmes seuls. Le silence semblait plus profond encore, et pour m'excuser, je fus celle qui le brisa.

-Je ne voulais pas m'emporter. Je suis nerveuse, excuse-moi.

-Ne t'en fais. Rosalya m'avait bien prévenu de ne pas faire jouer l'émotion, et je n'ai pas été très subtil. Pardonne-moi également.

Il se leva. Je posai mon regard soucieux sur lui tandis qu'il vint prendre place à mes côtés sur le bord du lit.

-Cet échange de tout à l'heure, m'a fait comprendre à quel point on n'a pas beaucoup évolué toi et moi. Je veux dire, au niveau de notre relation. (Il porta ses yeux vers le paysage à travers la fenêtre) Tu sais, je n'ai jamais eu l'impression qu'on soit séparés.

Moi non plus… me dis-je. « On ne se sépare pas en disant qu'on s'aime ! » m'eut dit Leigh et je craignais qu'il eût raison.

-Mais c'était pourtant la seule solution pour qu'on avance.

-Non, c'était la solution pour que je comprenne que…que j'ai souvent parlé bien trop vite. Toi, tu parvenais à avancer tout en me soutenant alors que je faisais tout pour te mettre à l'écart. Je regrette certaines paroles, vraiment. Je ne réalisai pas à quel point tu avais raison…

-Lysandre, écoute tu-

Lysandre voulut prendre une de mes mains, mais je la retirai doucement. Chagriné, il m'interrogea du regard.

-On s'est mal séparé. Mais je ne vois pas comment les choses pourraient redevenir comme avant.

-Elles ne le seront pas ! m'assura-t-il par sa familière voix douce : J'ai suivi tes conseils, et aujourd'hui je me retrouve à superviser cinq employés, rit-il.

Mon cœur rata un battement à l'entente de cela. Il s'est décidé ? Mon expression dut indéniablement le surprendre, car il haussa les sourcils avant de rire nerveusement.

-Ne soit pas si choquée, je suis têtu mais pas idiot !

-Mais tu refusais catégoriquement d'engager du monde ! lui fis-je remarquer en secouant la tête avec incrédulité : « C'est mon fardeau, c'est ma responsabilité ! » Quand tu m'as dit ça, j'ai su qu'on ne pourrait plus s'entendre, et tu-

-Et je ne voulais pas revenir sur ma décision, parce-que j'étais bien trop fier. La mort de maman…(il baissa les yeux) m'a changée. Je me suis inventé des responsabilités, que j'assume entièrement aujourd'hui. Mais j'ai longtemps mal fait les choses, et la ferme a bien failli être saisie. Les factures s'accumulaient, je perdais des partenariats importants et les soins des bêtes commençaient à en pâtir. (Il les releva sur moi, larmoyant) Je n'ai même pas été capable de te garder, toi.

Un flot de larmes me monta aux yeux, mais je me fis violence pour ne pas les laisser jaillir.

-Tu étais ma meilleure amie, Tallulah, susurra-t-il en venant replacer une mèche de mes cheveux derrière mon oreille : Ma confidente et mon amour. Je l'ai compris maintenant. Et si je suis revenu ici, c'était pour te dire tout cela.

J'allais parler mais il poursuivit en m'interrompant gentiment :

-Je sais…que c'est loin d'être le moment pour toi, surtout après…(Il grimaça avec dégoût) après ce qu'il vient de se passer. Mais je t'en prie. Penses-y.

Incrédule, je fronçai les sourcils en secouant légèrement la tête.

-Penser à quoi ? osai-je demandai-je.

Sans détourner son regard intense du mien, Lysandre se pinça les lèvres avant de souffler chaudement :

-Tu ne veux pas qu'on réessaie ? Toi et moi, encore une fois.

Sans trop savoir comment, je m'étranglai avec ma propre salive. Paniqué, Lysandre courut me remplir un verre d'eau dans la salle de bain. Accompagnant son geste d'un rire, il me confia le verre que je bus doucement. Il ajouta qu'il me laisserait le temps qu'il faut pour répondre et que, si pour les vacances, je tenais à me reposer à la ferme avec lui en toute amitié, il n'y avait aucun souci de son côté. Pour ma part, je ne fis qu'opiner du chef, encore trop abasourdie par toutes ses révélations. Cependant, je restai trop soucieuse pour mettre ainsi un terme à notre échange, et je lui demandai de me donner des nouvelles de la ferme. Finalement, les choses étaient rentrées dans l'ordre.

Vu comment il me dépeignait ses employés, il en semblait plutôt satisfait, voire, très fier d'eux et du nouveau départ qu'ils lui permirent d'obtenir. Et enfin je compris ce qui avait tout de même changé chez lui, dans son regard, il avait muri. Il l'était déjà beaucoup à l'époque, mais restait aussi un adolescent avec ses soucis et son caractère bien trempé. Le décès de sa mère, lui fit entrer dans la vie active sûrement trop tôt. Mais aujourd'hui, je sentais qu'il s'était enfin donné les moyens de concrétiser tous ces projets qu'il m'eut longtemps partagés. Enfin, je sentais de lui, qu'il ne se sentait plus obligé de garder la ferme de ses parents, et qu'au vu des changements qu'il allait opérer dans les mois avenirs, ce n'était plus vraiment la ferme de ses parents, mais bien son propre domaine.

Nous discutâmes longuement, et j'étais persuadée que les autres faisaient exprès de tarder autant. Cependant, sur le moment, je ne vis pas le temps passer. Alexy revint le premier dans la chambre, suivit par Hyun et tous deux m'annoncèrent qu'ils voulaient profiter du peu de temps qu'ils leur restaient avant de retourner sur la fac. Ils avaient des révisions, et, à l'approche des partiels, je comprenais parfaitement. Pourtant, je sentis Alexy très soucieux, et surtout se faire très hésitant sur le fait de devoir s'en aller maintenant. Je compris qu'il y avait surtout autre chose derrière tout ça…

-Pouvez-vous nous laisser seuls un moment, demandai-je à Lysandre et Hyun.

Tous deux opinèrent, et me dirent qu'ils n'allaient pas tarder à y aller. Une fois seul, Alexy ne se retint plus et fondit en larmes en se jetant dans mes bras.

-Chut…calme-toi je suis là…

-J'suis désolé ! J'suis tellement désolé ! J'aurais dû te raccompagner ce soir-là ! Je n'ai pas arrêté de te reprocher ton départ toute la soirée et je n'ai même pas été fichu de te raccompagner après la soirée ! pleura-t-il et je compris ce qui le taraudait autant. Rosalya a dû lui dire…

J'eus le cœur brisé de voir mon ami si affligé. La dernière fois que je le vis dans cet état, c'était à cause de son frère Armin. Puis, en quatre ans, même en nous voyant pendant les vacances et les longs week-ends, je ne souvenais pas d'avoir eu affaire à un Alexy si dépité. J'ignorai depuis quand il était au courant, mais il était clair qu'il dut se ronger les sangs pendant tout ce temps sans avoir pu me voir. Ses épaules tressautèrent sous le soubresaut de ses sanglots. Me mettant la larme à l'œil, je souris pourtant avec tendresse tout en lui soufflant avec affection que je l'aimais. Cet amour qui suffisait à Hyun. Cet amour que me partageait Rosalya. Cet amour qui nous amusait avec Castiel. Cet amour que nous bénissions avec Chani.

Cet amour…

Un instant, je fermai les yeux. Et le visage de Rayan surplomba celui de Lysandre une fraction de seconde. Quand je les rouvris, je n'avais plus que lui en tête. Ses chemises mal boutonnées, qu'il hésitait parfois à rentrer dans le pantalon ou non. Son long manteau trench au col qui remontait toujours pour protéger son nez de la bise glaciale.

Cet amour…

« Tu ne veux pas qu'on réessaie ? Toi et moi, encore une fois. » Plus tard, tout le monde revint dans ma chambre avec de bonnes choses à manger bien que leur eusse assuré que je ne voulais rien. Néanmoins, ce grand partage d'émotions me creusa, et ce fut avec appétit que j'engloutis un croissant parmi toutes les viennoiseries posées sur la table, une fois qu'ils furent tous partis. Un peu morose, je m'installai au bord de la fenêtre qui s'ouvrait peu, sûrement pour la sécurité des patients, et, grignotant, je contemplai le ciel de cette fin de soirée, bleu profond, avec la première étoile du soir qui scintillait avec beaucoup d'ardeur.

Soudain, l'on vint frapper à la porte. Je prévins que c'était ouvert et qu'il ou elle pouvait entrer. M'attendant à entendre un infirmier pousser une charrette pour, une fois encore, la prise de mes médicaments, je n'eus pas préparé mon cœur à l'entente de sa voix ce soir encore.

-Tu n'as pas peur d'attraper froid ?

Faisant volteface, le croissant entre les dents, je croisai le regard à la fois intrigué et soucieux de Rayan qui refermait la porte derrière lui.

-Pardonne-moi, je ne savais pas si tu avais pu recharger ton portable, je ne savais pas si c'était bien nécessaire de t'envoyer un message si tu ne-

Cet amour qui convenait à mes amis.

Sans prendre le temps de réfléchir plus que de raison, j'engloutis le reste de mon croissant et accourus, le sourire aux lèvres, jusqu'à mon aîné qui écarquilla de grands yeux tout en se préparant à me réceptionner alors que je me jetai dans ses bras.

-Ouf ! Quel accueil, haha !

-Je ne pensai pas que tu reviendrais…

Je l'entendis sourire, tandis que nos joues étaient collées, l'une contre l'autre. Sa barbe était douce…et me chatouillait un peu.

-Dois-je en conclure que c'est une surprise ? Une bonne ?

Cet amour-là, j'espérai de Rayan, qu'il n'en soit pas satisfait. Et qu'il espérait bien plus de nous deux…

-Une superbe…murmurai-je, en me plaquant tout contre lui, tandis qu'il se laissait coller contre le panneau de porte avant de venir me caller plus confortablement dans ses bras.

-Alors tout va bien…me souffla-t-il.

Ce n'était pas tant Lysandre ou moi qui avions changés. Il fut un temps, où je m'étais sentie heureuse et épanouie dans ses bras. Mais tout à l'heure, lorsqu'il m'eut étreinte, même avec beaucoup d'affection, la confusion m'eut bloquée tout mouvement. Je ne parvenais pas à mettre le doigt sur ce que je ressentais encore pour lui. Puis, maintenant que nous nous étions revus après un an et demi de séparation…après l'avoir senti enfin confiant vis-à-vis de la reprise de sa ferme…le savoir muri…je compris. Je compris, que ce qui m'eut freinée à renouer une quelconque relation avec quelqu'un, n'était pas tant mes sentiments à l'égard de Lysandre, mais surtout l'inquiétude que j'eus conservée après notre rupture. C'était sûrement à cause de cela, que j'eus vraiment du mal à savoir si je l'aimais toujours ou non. Je m'inquiétai pour lui, parce que je l'eus sincèrement aimé. Sincèrement chéri. Mais c'était le voir se laisser aller ainsi, s'isoler ainsi qui changea tout. Mon amour, était devenu anxiété. Aujourd'hui… « Toi et moi, encore une fois »

J'étais certaine qu'il n'y aurait plus de nous, pour Lysandre et moi. Et la prochaine fois que nous devrions nous voir, aussi pénible cela sera-t-il, il sera à même de tourner la page. Parce qu'il n'avait pas à rester ainsi. Je l'eus trop aimé pour le faire chanter, pour le faire espérer en vain.

Car peu importe le temps que cela doit prendre…

Rayan et moi, nous éloignâmes de l'un l'autre, non sans nous sourire avec chaleur.

Mon avenir, je voulais savoir jusqu'où je pouvais aller avec lui.

Il était dix-huit heures trente, mais Rayan me promit qu'il resterait aussi longtemps que je le désirai. Inquiète pour son travail, je lui demandai si cela irait. Il m'assura que je n'avais pas de souci à me faire sur ce point.

-De toute façon, je n'ai pas une grande concentration depuis deux jours, m'avoua-t-il en s'asseyant à califourchon sur la chaise qu'il plaça près du bord du lit où je vins m'asseoir.

-Oh, toi aussi les examens te poursuivent ?

-Mais non, pouffa-t-il avec une pointe de désespoir dans son rire.

-Haha, je plaisante ne t'en fais pas…

Posant son menton sur ses bras croisés, il me jaugea d'un regard curieux. Je souris en haussant un sourcil interrogateur.

-J'ai quelque chose sur le visage ?

-A part les miettes de croissant tu veux dire ?

Pestant dans ma barbe, je vins essuyer ma bouche avec la serviette étendue au pied de mon lit.

-Alors, t'as dû voir du monde aujourd'hui, non ?

-Hein ? Comment tu sais ?

-Hier soir, tes parents m'ont proposé de rendre visite à Leigh et Rosalya avec eux. Ils ont organisé ensemble une visite groupée.

Attendrie, je souris en baissant la tête. Je jouai avec les plis que formaient les bandages autour de mes poignets, à défaut de triturer ma montre, et réalisai alors, que Rayan avait dû rencontrer Lysandre. Aussitôt, je levai la tête sur lui, l'air intrigué et dis :

-Alors, ils étaient tous là ?

Rayan sourit en coin, semblant comprendre où je voulais en venir.

-Oui. (Il haussa les sourcils) Malgré la couleur de cheveux, ils se ressemblent quand même beaucoup les frangins !

-Haha, oui, mais ils nous tiennent tête que c'est faux. Je demandai, curieuse : Et toi ? T'as des frères et sœurs ?

-J'ai un demi-frère de sept ans mon aîné. Mais on ne s'entend pas aussi bien que Lysandre et Leigh.

Mon cœur se serra, venais-je d'ouvrir un sujet sensible ?

-Haha, ne fais pas cette tête, ce n'est pas monstrueux non plus ! s'amusa-t-il en tendant la main vers moi pour venir me caresser furtivement la joue avec ses phalanges : Sans trop entrer dans les détails car c'est plus long que vraiment gênant, mon père s'est marié deux fois, et a eu un premier enfant de sa première union, puis, il y a eu le divorce, vraiment très peu de temps après la naissance de Dimitri. Un an ou deux années après (Il leva les yeux et fit mine de réfléchir) je ne sais plus trop…(Il haussa ensuite une épaule et reprit) , il a rencontré ma mère, Sherine. Ils se sont mariés et en un magnifique huit Janvier, un petit Rayan est né ! termina-t-il non sans humour. Mon frère a toujours eu l'impression que je lui volais son père, et ça n'a pas beaucoup changé, même aujourd'hui.

-« petit », ris-je en agitant mes doigts en forme de guillemets : Tu t'es bien rattrapé ! Mais bon, c'est triste ce que tu me dis au sujet de ton frère…

-Tu sais, on ne choisit pas sa famille. Mais c'est aussi notre premier lien social et notre premier apprentissage vers les relations humaines. Ce n'est jamais tout noir ou tout blanc.

-Je suppose, oui…(Je souris) Un huit Janvier ? retins-je. Rayan sourit : C'est bientôt dis-moi !

-Un peu moins d'un mois, oui. Et toi ?

-Ha-ha ! Mon anniversaire n'est pas marqué sur le calendrier, dis-je en faisant planer le mystère.

-Quoi ? souffla mon aîné avec une tête impayable : Tu me dis quoi ? C'est les médicaments qui commencent à te déboussoler ?

-Mais non, nou-nouille ! pouffai-je : Si je te dis que ça fait trois ans que je n'ai pas vraiment souhaité mon anniversaire parce que le calendrier ne l'affiche pas, ça t'aide un peu ? Et l'an prochain non plus, je ne le fêterai toujours pas aux yeux du monde !

Haussant les sourcils avec stupeur, Rayan sembla enfin comprendre.

-Oh ! T'es née un 29 Février ?

J'opinai du chef.

-C'est triste non ? Maintenant qu'on en parle, je ne suis jamais posé la question…je ne sais pas, comme si c'était impossible de naître à cette date-là. Mais si, c'est juste que je l'oublie.

-T'es pas le seul tu sais. Je crois qu'il faut vraiment être né le 29 Février pour se rendre compte que c'est bien une date à part entière. (Je soupire) Même les ordinateurs, oublient ! Rien que pour mon inscription lorsque l'étudiant, qui s'occupait bénévolement des dossiers, a dû entrer ma date de naissance dans son registre informatique, le logiciel refusait catégoriquement d'admettre que j'étais né le 29 Février, haha !

-Ah mince ! Cela ne doit pas toujours être évident, oui…Mais c'est dommage…comment tes parents faisaient ?

-Boh, penses-tu, on fêtait ça la nuit du 28 au 1er Mars. Mais mon père avait pour coutume de noter sur tous les calendriers de la maison, un 29, pour « compléter l'année » comme il disait.

-C'est adorable, sourit Rayan sincèrement attendri : Attends…

Un instant, je le vis fouiller sa mallette qu'il eut descendu avec lui.

-Je ne pense pas pouvoir changer le calendrier électronique de mon portable mais…ça…

Un post-it bleu en main et son agenda pour la nouvelle année de l'autre, Rayan fit défiler les pages, dont quelques-unes étaient déjà bien rempli, sûrement à cause du programme du second semestre, et s'arrêta net entre deux. Puis, sortant un marqueur dont il arracha le capuchon avec ses dents, il griffonna quelque chose, puis, vint coller le post-it entre les deux pages et referma sèchement l'agenda. L'air se brassa, et ses mèches de cheveux volèrent sur son front.

-Voilà…déclara-t-il d'une voix chaude en rouvrant le carnet : Maintenant c'est complet.

Sous mes yeux, le post-it plié et coincé dans la séparation de deux pages, dévoilait la note noire qui n'était autre que ma date d'anniversaire : « 29 Février : Tallulah ». Mon cœur se serra, mais sans douleur. Ou du moins, celle-ci était agréable, et je ne me lassai pas de la ressentir. Elle me rendait vivante, et chassait ma mélancolie et me faisait frissonner avec délice.

-C'est dur de ne pas t'aimer quand tu fais ce genre de chose…murmurai-je en effleurant la note du bout des doigts.

Soudain, sa main vint agripper mon avant-bras. J'en lâchai le carnet de surprise, tandis que je sentais mon corps basculer en avant. Ayant glissé la chaise tout contre le bord du lit, Rayan me tira ensuite jusqu'à lui, alors que j'étais à genoux sur le matelas, et vins me plaquer contre lui. Le dos légèrement voûté, son visage contre mon ventre, il plaqua ses grandes mains contre mes reins, et me maintint avec fermeté mais tendresse. Mon aîné fit rouler mon t-shirt sous ses mains, alors qu'il se mit à caresser mes hanches et le creux de mon dos. Mon visage s'enflamma. Un peu hésitante au début, je vins glisser mes doigts dans sa chevelure bouclée, puis, me mis à la caresser avec affection, faisant s'effiler chacune de ses mèches qui se torsadaient autour de mes phalanges.

-J'ai peut-être fait une bourde, hier soir, commença-t-il, les yeux clos, et la voix étouffée contre mon ventre.

-Ah oui ? souris-je en l'incitant à poursuivre.

-On est venu à discuter de nos projets « familiaux », de chronologie biologique, descendance tout ça tout ça…

-J'ai cru comprendre oui, j'y ai eu le droit aussi.

-Ah oui ? (Il pouffa) Ton père risque de faire un arrêt cardiaque si tu décides d'avoir un enfant.

J'allais ouvrir la bouche pour rétorquer avec absurdité, mais me ravisai en remarquant une chose. « Si tu décides… » c'était bien le premier que j'entendais parler ainsi, en ne laissant pas supposer que j'allais forcément avoir un enfant un jour. Non, lui, se demandait quand même si j'étais intéressée par le fait d'avoir un enfant. La différence était fine pour certains, pourtant… Secouant la tête, je passai outre ce sujet et lui demandait où il voulait en venir.

-Oui…hum…comment dire, ton père a fini par me poser la question si j'avais quelqu'un dans ma vie et si je songeai à avoir des enfants…

-Mais oh, qu'il se mêle de ses affaires ! râlai-je en levant les yeux au ciel.

-Haha, ne t'en fais pas, je crois qu'il était simplement curieux d'en apprendre plus sur moi, mais ça n'avait rien de malveillant. Mais ce n'est pas tant sa question le problème mais plus ce que j'ai répondu.

Je me pinçai les lèvres non sans repenser aux photos que vit Melody dans le bureau de Rayan. Un instant, je… « T'as confiance en moi ? » Chassant ses stupides doutes, je me raccrochai à la sincérité de Rayan qui s'ouvrait chaque jour, toujours plus à moi. Vraiment, depuis le début de l'année scolaire, depuis que nous nous étions rencontrés, nous en avions parcouru du chemin.

-Mais pourquoi ? demandai-je dans un murmure. Jouant toujours avec ses cheveux, je vins dégager son front et il me paraissait si fatigué. Je pouvais voir ses cernes, alors qu'il eut tourné la tête pour parler plus aisément.

-J'ai dit que je voyais quelqu'un, avoua-t-il finalement.

Je haussai une épaule.

-Et c'est ça ta bourde ? Samedi dernier, ça, c'en était une ! ris-je en me remémorant sa gaffe au sujet de mon proprio.

Rayan rit nerveusement et sa voix résonna contre mon ventre.

-Dans ma tête, ça sonnait comme une bourde…

-Plus qu'une bourde, je suis un peu confuse je dois te l'avouer, rétorquai-je : Hier soir tu m'as pourtant dit…

-Je n'ai personne, non, assura-t-il avec calme : Mais je n'ai pas menti aux autres non plus… Si tu veux, mes pensées étaient différentes et la situation aussi.

-Tu me perds Rayan… Je ne suis pas trop en état de faire un quelconque raisonnement très profond en ce moment, lui partageai-je en glissant ma main contre sa joue jusqu'à sa mâchoire avant de lui faire relever doucement sa tête et ses yeux vers les miens. Il me sonda, en silence et ce pendant quelques secondes avant de rétorquer :

-A toi je t'ai dit que je n'avais personne et c'est vrai, et je ne pensai à personne. Aux autres, je leur ai dit que je voyais quelqu'un parce que c'est également vrai, et j'ai pensé à toi.

Ma bouche forma une exclamation stupéfaite tandis que ma voix resta coincée. Je ne m'y étais pas attendue…

-Dis quelque chose je t'en prie, paniqua mon aîné en enfouissant à nouveau son visage contre mon ventre.

Je ris. Rayan resserra son étreinte et pour enfouir un peu plus son embarras, je vins cacher sa tête sous mon t-shirt non sans oublier un détail.

-Euh…Tallulah…T'es sûre de toi là ? marmonna-t-il d'une voix chevrotante, entrecoupée par ses rires nerveux.

-Je t'aide à cacher ta honte, un problème ?

-Ah bah si tout est d'accord de ton côté… On va dire qu'il n'y a pas de problème.

Jetant un coup d'œil depuis le col de mon t-shirt, je le vis lever les yeux sur moi à travers le tissu et surtout, je réalisai alors que je n'avais pas de soutien-gorge.

-NO-ON ! hurlai-je presque en virant au rouge pivoine alors que je dégageai dessous mon t-shirt le visage de mon aîné à la chevelure ébouriffée et aux yeux anis grand écarquillés par l'ahurissement.

Le pauvre était aussi rouge que le rouge à lèvres que j'eus perdu au Bungalow en écrivant mon numéro de portable sur un ticket de caisse. Je m'affalai sur le lit, face contre matelas en enroulant ma poitrine de mes bras.

-Non, non, non, non, non ! répétai-je, la voix atténuée par les couvertures.

A côté de moi, je pouvais l'entendre rire à en perdre son souffle. De grands gémissements poussifs lui donnèrent finalement une quinte de toux. Il rouvrit la fenêtre qu'on n'eut précédemment fermée à cause du froid, et prit l'air en essayant de calmer ses spasmes.

-Bon sang, haha ! T'en rates vraiment pas une ! haha ! s'esclaffa-t-il.

-Ferme-là ! beuglai-je en lui jetant un coussin derrière la tête.

Rayan le réceptionna d'une main et, une fois ses rires plus ou moins calmés, il vint me redonner le coussin. Essuyant les larmes de rires aux coins de ses yeux, il m'avoua dans un gloussement qu'il avait mal aux zygomatiques. Voulant oublier ce moment de gêne intense, je remis le sien sur le tapis :

-P-Pour en revenir à ta « bourde », dis-je en me passant une main dans les cheveux alors que je venais m'asseoir avec sérieux sur le bord du lit.

Il gloussa moins soudainement, adossé contre la fenêtre qu'il eut refermée.

-Tu leur as dit que c'était moi que tu voyais ?

-Q-Quoi ? Sois-pas folle, le cœur de ton père aurait lâché…

-Mais non ! pouffai-je en levant les yeux au ciel : Mais c'est la vérité non ?

-Hé bien…on se voit, oui. Mais la manière dont on traitait le sujet hier était loin d'être amicale, enfin…

-Merci, j'ai compris, assurai-je en posant mes yeux sur lui. Il détourna les siens en se massant la nuque : Mais…c'est bien la vérité quand même, n'est-ce pas ?

D'un geste vif, il tourna le visage face à moi et plongea ses yeux presque interdits, dans les miens. D'abord confus, il sembla chercher si je ressentais un quelconque apriori vis-à-vis de mes paroles, mais je restai surtout soucieuse de savoir sa réponse. C'était dans ses moments d'attentes, que je regrettai qu'il ne soit pas un peu plus spontané. Mais ce côté prude lui allait tellement comme un gant, que je ne pouvais lui en vouloir.

-Avec toi, oui, dit-il enfin, dans un souffle et d'une voix profonde : C'est à toi que je pensai après tout.

Je reniflai un rire avant de me pincer les lèvres. Puis, taquine je dis :

-La situation de tout à l'heure devient moins gênante pour le coup…

Rayan gloussa à son tour, faisant tressauter légèrement ses épaules, puis il me tendit une main que je pris, avant de me faire descendre du lit et m'attirer contre lui. Chastement, il déposa un baiser dans mes cheveux et nous nous laissâmes aller à quelques caresses le long de nos bras et épaules. Il évita soigneusement celle qui était blessée, glissant alors sa main contre ma nuque et remonta dans mes cheveux.

-Demain soir, pour le dîner…repris-je en pensant à notre rendez-vous de demain.

-On fait comme tu le sens, m'assura-t-il : Si tu es trop épuisée ou si tu n'as pas envie de sortir, tu me le dis et on remet ça à plus tard.

-Au contraire, avouai-je en levant ma tête, le menton posé contre son pectoral gauche : J'ai besoin de me vider la tête avant de retourner en cours. Mais je voulais savoir comment tu te sentais.

Mon aîné me sourit avec tendresse, dévoilant toutes ses dents. Il avait deux petites fossettes aux coins de son sourire, qui creusaient un peu plus ses joues.

-Moi aussi, j'en aurais bien besoin, murmura-t-il, rauque et quelque peu suave.

D'une main, il vint étirer doucement mes cheveux vers l'arrière, dégageant mon front et mes tempes. Je vis ma blessure se refléter dans ses yeux clairs. Puis, une ombre passa dans son regard avant qu'un sentiment chaud ne l'allume. Ses lèvres captèrent mon attention une micro seconde, et je revins m'agripper à son regard. Son souffle était serein, mais son cœur lui, prit un rythme plus effréné. Dans un bruit humide j'entrouvris mes lèvres et osai approcher mon visage du sien. Son étreinte se fit plus pressante, et je dus me mettre sur la pointe des pieds pour poursuivre mon trajet. Rayan inclina légèrement la tête, et à l'instar de ce qu'il s'était passé à l'amphi, nos souffles se croisèrent, mais cette fois, de façon plus volontaire. Mon cœur, calqua son pouls avec le sien et une main vint désespérément s'agripper à son pull noir en grosses mailles. Nous fermâmes les yeux alors que nos lèvres inférieures se pressèrent contre l'une l'autre.

Trois coups frappés à la porte nous firent tressauter, non sans douleur pour mon épaule qui ne supportait que moyennement les réactions de ce genre. L'infirmier n'attendit même pas que je l'autorise à entrer qu'il ouvrit la porte en faisant couiner un chariot où était disposé mon repas et mes médicaments.

-Bonsoir, bonsoir ! Voici votre repas et vos-

-Médicaments, terminai-je pour lui alors que Rayan et moi nous étions promptement éloignés de l'autre, non sans gêne : Avouez que vous voulez me droguer avant ma sortie de l'hôpital, pour que je sois dépendante de vous ! plaisantai-je, plus pour me calmer que pour vraiment vouloir faire de l'humour.

Mais cela amusa tout de même mes aînés. L'infirmier me prévint également qu'il reviendrait changer mes bandages demain matin, ainsi que la compresse à ma tempe. Partant me chercher de l'eau dans la salle de bain, Rayan en profita pour me dire qu'il n'allait pas tarder à rentrer et rassemblait déjà ses affaires. J'opinai, en lui souriant avec affection. Il me répondit sans retenu dans sa tendresse, puis, se penchant sur le lit alors que je venais de m'y asseoir, il déposa un long baiser dans mon cou qui me fit froncer du nez alors que je tentai de réprimer un gloussement tant sa barbe me chatouillait.

-A demain, bonne nuit, murmura-t-il en m'adressant un clin d'œil.

-Oui, et passe une bonne nuit toi aussi…rentre-bien.

Son sourire ne le quitta pas, même en passant la porte de ma chambre. Il salua l'infirmier qui revenait avec la carafe pleine d'eau, puis disparut derrière le mur où il tournait pour longer le couloir. Le cœur bondissant, je lâchai un long soupire de bien être qui sembla écraser tous les tourments de ces derniers jours.

L'amour battait à lui seul n'importe quelle thérapie.

A suivre…

[Chapitre un peu court comparé aux derniers, mais je me concentrai uniquement sur la dernière journée de Tallulah à l'hôpital et de ses retrouvailles avec Lysandre qui auront apporté une assurance au sujet de ses sentiments ! Je vous laisse avec le prochaine chapitre :) ]