Rayan

Mon premier cours se déroulait avec la classe de Tallulah. Chani semblait plus rayonnante que les autres jours passés loin de son amie hospitalisée, et, sachant que Tallulah avait pu recharger son téléphone portable, je me doutai qu'elles eurent pu enfin entrer en contact. Je profitai du temps qu'il nous restait avant le début de cours pour discuter avec elle. Elle me sourit et se leva de son siège mais je lui assurai qu'elle pouvait rester à sa place.

-Bonjour Monsieur, me dit-elle.

-Bonjour Chani, vous semblez avoir meilleure mine aujourd'hui.

Elle renifla un rire amusé tout en hochant la tête pour accentuer mes dires.

-C'est vrai, Tallulah sort ce matin, et même si je n'ai pas pu me rendre à son chevet nous avons pu nous téléphoner jusqu'à tard hier soir. Enfin, aussi tard qu'elle put en feintant les infirmiers de gardes !

Cela lui ressemble bien oui ! ris-je en mon for intérieur. Je regardai autour d'elle. Elle n'était pas accompagnée du trio habituel.

-Et les autres ? Comment vont-ils ? Comment va Camille ? me souciai-je, me souvenant dans quel état se trouvait le jeune homme ces jours-ci.

-Ils ne devraient plus tarder, je sais que Charly essaie de convaincre Camille de ne pas sécher ce matin.

-Oh… il ne va pas mieux ?

Chani haussa une épaule.

-Quelque chose le tracasse beaucoup, et, il garde ça pour lui tandis qu'il est plutôt bavard d'habitude. Il voulait voir Tallulah à sa sortie je crois, mais on a essayé de lui faire comprendre qu'elle serait sûrement en présence de sa famille, mais ça lui importe peu.

-Il ne devrait pas, je pense que ça inquiéterait Tallulah plus qu'autre chose…dis-je, avant de me reprendre, sentant que j'allais partir trop loin : J-je veux dire, elle risquerait de se demander ce qu'il fait là-bas…

Mon élève gloussa non sans me lancer un regard intense, et un sourire presque aussi malicieux que celui de Rosalya, lors de la soirée au bungalow. Si ça se trouve, elle est au courant… et cela ne m'étonnerait pas, après tout, elles vont devenir colocataires. Je regardai autour de nous, puis baissai le ton :

-Vous le savez qu'on se voie, n'est-ce pas ?

Son air bienveillant suffit à me répondre.

-Il n'y a que moi, les autres ignorent la nature de votre relation, m'assura-t-elle avec sérieux : Mais n'en voulez pas à Tallulah, c'est juste qu'on a pris l'habitude de tout se dire et-

Je secouai la tête et l'interrompis gentiment.

-Il n'y a pas de mal. Vraiment, souris-je simplement.

D'autres élèves arrivèrent en masse tandis que le début du cours approchait dangereusement. Je souris en voyant notre trio préféré à Chani et moi, entrer et s'installer à côté d'elle. J'entendis le jeune Camille pester dans sa barbe, un peu bougon. Sûrement vexé d'avoir finalement été convaincu par ses amis de rester à la fac.

Mais s'il savait à quel point je le comprenais. Et encore, pour ma part, j'allais avoir la chance de revoir Tallulah ce soir. Vraiment, mon impatience était à son comble. Et hier soir… Mes sens étaient en ébullitions. Je ne suis pas facile à choquer, mais l'image de ses seins nus et chauds ne me laissèrent pas indifférent, et encore moins ce baiser inachevé…

Ce fut en compagnie de la Frustration que j'eus regagné mon appartement et ma nuit fut quelque peu agitée par des vagues de désirs que je commençai à avoir du mal à réfréner. Ce soir, je ne nous avais encore trouvé aucun restaurant, et j'ignorai si nous allions toujours rejoindre le café lecture. J'étais sûr que nous aviserions, l'essentiel pour nous était de nous trouver et passer un moment, seul à seul.

Melody entra dans mon champ de vision et un sentiment de colère me gagna. Je n'avais toujours pas eu l'occasion de m'entretenir avec elle, pourtant, l'urgence se faisait ressentir. Tallulah reviendrait en cours la semaine prochaine d'après ses propres dires -bien que je trouvasse cela tôt-, je ne tenais pas à ce que mon assistante se permette à nouveau de lui tenir un tel discours. Surtout pas après ce qu'elle venait de vivre.

-Melody, l'appelai-je depuis l'estrade et d'une voix portante. Comme si j'eus réclamé le silence pour annoncer le début du cours, tout le monde se tut en me jetant un coup d'œil curieux. L'interpellée également, qui alla sourire avant de ne sûrement remarquer mon air contrarié.

-O-oui Monsieur Zaidi ?

-Nous avons des choses à voir ensemble, au sujet de la réunion de demain, sur l'insécurité que ressentent les étudiants au sein du campus et du harcèlement qu'ils subissent. Les assistants seront présents, je sais que vous m'avez déjà donné votre réponse, mais je tenais à m'assurer que vous seriez bien présente également.

Trouvant sûrement l'information inintéressante pour eux, la plupart des élèves se remirent à papoter allègrement.

-Oh, euh…

Allant certainement me rejoindre, je lui fis comprendre qu'elle pouvait me répondre depuis sa place où elle resta donc. Puis, me souvenant des photos qu'elle eut trouvées, je tiquai, et lui dit de venir me voir à la fin de l'heure.

-Nous en discuterons mieux.

-Bien Monsieur, fit-elle en me souriant.

Mais je ne pouvais apprécier cela. Je ne pouvais apprécier le sentiment satisfait qui vint la prendre. Le cours se déroula sans bavure et Chany parvint même à pousser Camille à prendre la parole, je le vis bien depuis ma position. Ce jeune homme semblait avoir un intérêt avec l'art contemporain vraiment très poussé et ses réflexions, soulignant le gros défaut de ce domaine, restaient sans malveillance ni ressentiment gratuit. Là-dessus, ils se ressemblaient beaucoup avec Tallulah, c'était agréable d'avoir des élèves qui savaient déjà se montrer impartiales, tout en conservant leur propre avis personnel qu'ils dévoilaient avec pondération pour ne pas trop jouer sur l'engagement ni le hors sujet. Cela leur permettait de comprendre et d'apprécier l'opinion de tout le monde non sans défendre le leur, mais ce, en toute cordialité.

Un trait de caractère qui faisait défaut à d'autres élèves, notamment Melody qui ne cessait de s'enflammer en soutenant chacune des propositions que je faisais dans l'unique but d'attiser l'esprit de contradiction de mes élèves, et faire élever leurs arguments, tandis qu'elle les prenait comme des vérités absolues. Bien que cela n'était qu'un moyen d'étoffer le débat et que ce n'était pas constamment mon véritable avis, il pouvait arriver que certains soient d'accord avec ce que je disais, ce qui était normal, la contradiction n'était pas toujours de mise. Mais dans le cas de mon assistante, force était de constater qu'elle n'était même jamais en désaccord avec mes arguments qu'elle n'étoffait que moyennement par des exemples tous droits sortis des livres et non de son cœur. Des arguments sans passion… ça ne me faisait pas vibrer ma critique.

Jamais je ne fus réellement capable de dialoguer avec Melody, aujourd'hui je comprenais pourquoi.

L'heure du cours arriva et comme demandé, elle me rejoignit à mon bureau. Je me fis violence pour ne pas paraître trop fermé, bien que cela me fut bien difficile. Je fouillai dans ma mallette alors qu'elle me demandait ce que l'on réservait pour la réunion.

-Si je peux préparer quoi que ce soit, je-

D'un geste sec, je posai un petit album photo sur le bureau. Melody se tut, et fixait l'album d'un air interdit et son visage devint livide. Je levai les yeux vers le haut de l'amphi, où les derniers étudiants sortaient enfin. Une fois seul avec elle, je fis tomber le masque.

-Vous savez ce que c'est ?

Les lèvres pincées, elle leva ses yeux sur moi et son visage se mit à s'enflammer. Elle secoua la tête, feignant ne pas comprendre et marmonna simplement d'une voix lointaine :

-Un album… ?

-Ceci, est ma vie privée. Il n'y a pas grand-chose que, nous autres professeurs, avons de vraiment personnel dans une université. Il n'y pas de salle attitrée et encore moins d'amphi à nos noms. En revanche, nous avons le droit à un casier, disponible également à l'utilisation des élèves pour déposer des devoirs ou récupérer des documents, mais surtout, nous avons notre bureau. Et ça, personne ni touche, hormis le professeur titulaire. Même vous, avec votre titre d'assistante, n'avez nullement le droit de fourrer votre nez là-dedans.

-M-Monsieur, jamais je n-…(Elle marqua une pause, et reprit d'un air défiant) C'est Tallulah qui vous a soufflé ses bêtises ?

-Maintenant cela suffit, votre petit jeu ne tient plus et je vous conseille de jouer franc jeu si vous voulez que ça continua à bien se passer entre nous. Vous m'avez été désignée pour assistante, mais il y a des limites à ne pas dépasser.

-Et je ne les dépasse pas ! s'offusqua ma cadette dont le visage s'enflamma de plus en plus : Je ne fais que vous soulager de votre trop plein de travail comme se doit le faire tout assistant !

-Non, mon travail, reste mon travail ! Mais il y a des choses que vous pouvez faire pour votre propre classe ! Pour vos camarades, pas pour moi ! (Je repris l'album et l'agitait devant elle) Et fouiller dans mes effets personnels n'en fait pas parti ! Je ne me souviens pas vous avoir déjà demandé de vous approcher de mon bureau ! m'emportai-je en faisant monter le ton.

-J-je cherchai les documents pour votre-

-Tous les documents nécessaires aux cours sont dans mon casier, Melody…vous le savez très bien.

Un silence s'immisça et ma cadette détourna le regard, non sans arquer un sourcil agacé. Puis, du coin de l'œil, elle regarda l'album.

-Vous ne parlez jamais de vous…Je voulais simplement…je ne sais pas ce que j'espérai trouver en tirant votre tiroir, mais comme vous ne faisiez aucun effort…

-Aucun effort ? répétai-je, incrédule : Des efforts pour quoi, Melody ? m'impatientai-je.

-V-vous…c'est votre faute aussi ! Vous jouez les soucieux, m'invitez même à boire un verre pour me laisser en plan ! Depuis votre arrivée, je suis celle vers qui vous vous tourniez sans cesse, vous me demandiez mon aide et je prenais plaisir à vous l'apporter parce que votre travail vous tient vraiment à cœur !

-Vous inviter à… ? De quoi !? m'offusquai-je mais elle m'interrompit.

-Puis, vous me demandiez de faire de moins en moins de choses pour vous, trouvant que j'en faisais trop, j'ai d'abord pensé que vous ne me voyez plus comme une assistante mais bien plus encore…Je voulais simplement que mon travail soit à la hauteur du vôtre et que vous me parliez d'égale à égale !

-Parce que je ne suis pas en train de le faire à l'heure qui l'est ? lui demandai-je, rhétoriquement : Melody, mon travail est à la hauteur de mon titre d'enseignant chercheur, voilà tout ! Mais ce n'est pas uniquement ce que je suis, bon sang ! La preuve avec cet album que vous avez allègrement épié !

-Vous ne me disiez rien…gronda-t-elle.

-Parce que je n'ai rien à vous dire, à vous !

-Mais elle, oui !? Qu'est-ce que Tallulah a de plus pour que vous vous permettiez d'outrepasser vos droits en vous pavanant avec elle au beau milieu d'un bar !?

J'eus un geste de recul, et songeai aux paroles de Tallulah qui soupçonnait Melody d'avoir agi en connaissance de cause après nous avoir vu ensemble. Mais jusqu'où allait-elle aller comme ça !? m'écriai-je, ahuri, en mon for intérieur. Cela frôlait la malsanité et me fit rebondir sur les horreurs qu'elle eut prononcées à Tallulah.

-Outrepasser mes droits ? En quoi j'outrepasse mes droits à danser avec une jeune femme ?

-Une étudiante !

-Oui, comme vous, mais osez me dire maintenant que vos actions étaient innocentes… lâchai-je en triturant distraitement les recoins de mon album. Ma voix fut plate, et mon regard ne se détournait pas d'elle.

Peut-être ressentait-elle de la pression, c'était sûrement le cas, mais il était temps de calme le jeu avant que ça n'aille plus loin encore.

-Vous saviez que j'allais au bar, je vous l'avais dit.

-Bien sûr ! Vous m'aviez invité !

-Jamais de la vie je vous ai invité à faire quoi que ce soit nulle part avec vous, Melody ! m'outrai-je en écarquillant les yeux : Vous sembliez simplement avoir besoin de vous détendre, je vous ai recommandé quelque chose, libre a vous par la suite de faire ce que vous vouliez de ça ! Mais sûrement pas de vous imaginer un mélodrame !

-Donc vous l'invitez elle ?

-Je n'ai pas invité Tallulah et je n'ai certainement pas à me justifier devant vous, et devant personne d'ailleurs ! Cela relève de ma vie privée !

-A-Alors quoi ? Elle vous fait du charme ? insista-t-elle en haussant curieusement les sourcils : Elle n'a pas changé…, pouffa-t-elle avec dédain.

Je tiquai. Je n'étais pas de nature méchante, mais il arrivait parfois où je lâchai prise. Comme maintenant.

-Visiblement vous avez un problème avec votre camarade… qui, pourtant, se faisait beaucoup de souci pour vous il n'y a pas si longtemps.

Melody baissa les yeux avant de les lever au ciel de façon excédé.

-Vous êtes vraiment un ingrat, pesta-t-elle : Après tout ce que j'ai fait pour vous…me parler de cette façon…

Des larmes roulèrent au coin de ses yeux, pourtant je n'y croyais pas une seule seconde.

-N'espérez plus de moi que je m'apitoie sur votre sort. Vous jouez les fouineuses pour satisfaire vos désirs personnels. C'est un délit ! Puis, vous harcelez votre camarade qui vous a pourtant soutenu ces dernières semaines. S'il y a une personne ingrate dans cet amphi, ce n'est certainement pas moi.

-H-Harceler ? Elle vous a raconté quoi comme mensonge en plus ?

-Des mensonges ? Lui avoir dit que c'était normal qu'elle se fasse violenter par les hommes, vous expliquez ça comment ?

-Elle dérangeait tout le monde dans avec ses manières !

-Ce n'était pas Tallulah le problème, mais bien ce jeune homme abusif !

Soudain, Melody leva les mains au ciel, excédé, et sembla vouloir partir.

-Je n'ai pas terminé ! m'écriai-je au point de lui faire tressauter les épaules de surprise : Vous fuyez à chaque fois que cela devient sensible pour vous ! Tallulah a-t-elle fui lorsque vous lui avez sorti de telles atrocités !? Vous me…décevez, pour ne pas dire, dégoutez, Melody. Il y a des choses à garder pour soi, sauf si votre intention est de blesser votre vis-à-vis. Vous n'imaginez pas les dégâts psychologiques que cela peut engendrer de dire de telles conneries ! fis-je sans retenu : C'est du harcèlement ! C'est de l'agression verbale ! C'est de la violence psychologique ! Tout ce dont nous allons essayer de nous battre demain pendant la réunion, vous le représentez ! Je ne sais plus quoi penser de vous et de votre assiduité en tant qu'assistante ! Cet album n'aurait jamais dû sortir de mon bureau, en tout cas certainement pas entre vos mains. J'ignore ce que j'ai pu faire ou dire, pour que vous pensiez que je m'intéressai à vous de façon intime, et peu importe ce que c'est, j'ai ma part d'erreur et je m'en excuse ! Mais je ne peux plus vous faire confiance quant à votre travail, je me passerai de vos services dès à présent bien que je reste reconnaissant pour ce que vous avez fait jusque-là.

J'ignorai depuis combien de temps nous étions là à argumenter, mais le silence qui s'installa à nouveau sembla faire éterniser le moment. J'allais ranger mes affaires et partir, lorsque Melody reprit.

-Vous ne valez pas mieux que ces profs qui couchent avec le premier élève venu. Mais bon, Tallulah semble du genre facile, pas étonnant que vous tentiez votre chance, elle n'a rien d'un défi.

Sur ces mots, je me retournai face à elle, et, la sondant un moment, je finis par m'avancer lentement vers elle, tendit qu'elle m'eut dit cela de dos. Faisant crisser mes semelles sur le plancher de l'estrade, je la surplombai de mon regard froncé. La voix sourde, je lui demandai de me répéter cela en me regardant dans les yeux.

Melody ne fit rien d'autre que de détourner les siens, plus secs qu'auparavant. Du cinéma…

-A la fac, je reste votre professeur. En dehors, sachez d'emblée que vous pouvez me croiser dans la première supérette venue, vous serez gentille de rester à bonne distance de moi. (J'ajoutai en haussant les sourcils avec évidence) Et d'autant plus si je suis en présence de Tallulah.

-Donc vous avouez.

-Il n'y a que ça qui vous intéresse, pas vrai ? pouffai-je avec dédain : Prêcher le faux pour avoir le vrai ? La vérité vous la voulez, vous allez l'avoir : Oui, Tallulah et moi nous côtoyons. Mais comme je ne vaux pas mieux que mes collègues qui sont aussi humains que moi et qui apprécient la compagnie des personnalités en tout genre en les traitant d'égal à égal, cela ne doit pas vous surprendre.

-Cela sous-entend quoi ? Que je n'aime pas la compagnie des autres ?

-Pas celle des personnes qui contrarient vos caprices on dirait. (Je me reculai d'un pas et repris un ton normal) Pour en revenir à la réunion. Vous restez officiellement mon assistante, donc votre présence est désirée, mais si nous venez simplement pour expliquer que les jeunes femmes se doivent de se soumettre aux caprices de ces messieurs en rut, oubliez, Miss Paltry sera bien moins patiente que moi.

Sans plus de cérémonie, je lui demandai de partir pour que je puisse refermer l'amphi. Ce qu'elle fit sans demander son reste ni même présenter d'excuse. Si elle s'en portait bien ainsi, cela la regardait. Pour ma part, j'avais vidé mon sac, voire, un peu trop… J'espérai simplement que Tallulah ne m'en voudrait pas pour cela…

Terminant mon travail de bonne heure le vendredi, et surtout, ne me sentant pas d'humeur à faire des heures supplémentaires, je prévins mes collègues de m'envoyer un mail s'ils avaient d'autres informations à me partager pour la réunion de demain. Au passage, Hélène me prit à part et me demanda des nouvelles de Tallulah. Elle me demanda si je pouvais lui parler de son prochain cours qui porterait sur le harcèlement et les violences de rues et si, elle se sentirait apte à apporter son témoignage.

-Un témoignage ?

-C'est une idée d'un élève qui…enfin, n'a pas non plus vécu le meilleur moment de sa vie il n'y a pas si longtemps que cela. Il est prêt à témoigner sur ce qu'il lui ait arrivé, et il s'est dit que cela serait peut-être une bonne idée d'avoir d'autres témoignages. Pas pour se la faire à la « confession intime » mais plus pour prévenir les autres du danger potentiel en soirée, et quelle attitude adopter dans ses moments-là quand on est témoin ou pendant, afin d'éviter le pire.

Je hochai la tête avec entendement, puis, regardai autour de nous.

-Je dois la voir, je lui en parlerai mais ça reste encore délicat, si tu vois ce que je veux dire.

Mon amie hocha vigoureusement la tête en agitant les mains expressivement.

-Bien sûr ! C'est juste au cas où !

Je souris, la remerciai pour sa bienveillance puis la saluai avant de prendre le chemin de chez moi. Ce fut en lâchant un soupir d'aise que je vins m'asseoir à la table du salon, mon album photos sous les yeux. Il y avait que peu de clichés de Dana…Et seulement un seul de nous deux ensembles. « Le souvenir se doit d'être emporté par le temps et être oublié. La mémoire est aussi fragile que nous…les photos ne sont pas représentatifs de nos souvenirs. Ce ne sont que des mensonges. Le reflet d'un vécu que notre mémoire ne se souviendra pas. » Balayant mon appartement d'un coup d'œil, je me dis qu'il n'était peut-être pas nécessaire d'aller loin pour prendre un bon repas et discuter en toute intimité.

-Je vais voir ce qu'elle en pense…

Sortant mon portable, je composai le numéro de Tallulah qui décrocha plutôt rapidement.

« Bonjour. » l'entendis-je souffler avec tendresse. Un sourire se dessina sur mes lèvres.

-La plupart des gens ont tendance à dire, « allô ? », soulignai-je, taquin.

« La plupart oui ! Mais avoue que je fais tâche parmi eux… »

-Haha, donc tu fais tâches à côté de moi ?

« Ah non, dès que je t'ai entendu faire ton discours au début de l'année, j'ai compris que tu étais la plus grosse tâche que le Campus pouvait dévoiler ! »

-Je ne sais pas comment je dois le prendre, gloussai-je en secouant la tête, désabusé. Elle m'a manquée… me dis-je en repensant à cette journée sans l'avoir encore vue : Je te dérange ? repris-je, plus sérieusement.

« Un peu, tu viens de faire fuir mon ennui… »

-Idiote, soupirai-je tendrement.

Je l'entendis sourire.

« Chani et moi, on vient de signer officiellement notre contrat. Mes parents aussi, et comme nous avons déjà des garants, les parents de Chani pourront envoyer leur propre lettre, signée, plus tard. (J'entendis un cliquetis métallique) J'ai mes clés ! » s'enjoua-t-elle et je pouvais l'imaginer trépigner sur place. Sa bonne humeur fut contagieuse.

-Alors ça y est, tu t'évades enfin ?

« Ouiii ! Demain, on s'est mise d'accord pour aller acheter les pots de peinture que le proprio nous déduira de nos factures. Il savait que des peintures seraient à refaire, tout comme la pose d'un linoléum qu'il fera faire la semaine prochaine. Normalement, on va pouvoir s'installer après les partiels. Sauf si on veut se retrouver entourées de bricoleurs torse-nu en salopette ! »

-Ah...j'ai le torse nu mais pas la salopette, plaisantai-je.

« Bah toi aussi, t'oublie les codes vestimentaires ! » se plaignit-elle faussement. « Bon, bah au moins t'en as un sur les deux ! »

Nous rîmes de bon cœur avant d'en venir à parler de notre soirée.

« Cela se fait toujours, pas vrai ? Je n'ai pas trop pris le temps de regarder pour un restaurant… »

-Ce n'est pas grave…oublie le restaurant, tentai-je de la rassurer : Je me disais qu'on pouvait faire ça chez moi, si tu es partante.

« Oh… »

Je déglutis tout en me montrant patient alors qu'elle semblait réfléchir.

« D'accord, mais on prépare le repas ensemble ! »

Je haussai les sourcils, ne m'attendant pas à cette condition qui me séduit pourtant beaucoup.

-Ça marche, je passe te chercher vers 18h, ça ira ? Tu es chez ta tante ?

« Oui, je t'envoie l'adresse par texto. Je dois aller acheter quelque chose ? »

-Non, on fera simple ne t'en fais pas. Juste…(Je souris) J'ai juste besoin de toi.

Un petit silence reprit notre échange. De son côté, je l'entendais respirer doucement. Puis, timidement :

« Tu m'as manquée » m'avoua-t-elle et mon cœur se serra.

-Toi aussi, tu m'as manqué Tallulah, rétorquai-je avec sincérité dans un souffle chaud : Je vais voir ce que j'ai dans mon frigo. On ne sait jamais, si ça se trouve on va faire plus que du « simple » !

« Haha, d'accord je te laisse ! A ce soir. »

-A ce soir…

Avec hésitation et lenteur, nous raccrochâmes. Posant mon portable sur le plan de travail de la cuisine, attendant qu'elle m'envoie l'adresse du domicile de sa tante, je vérifiai mes placards et mon frigo.

-Hm, je vais peut-être faire quelques courses quand même…songeai-je en lisant le sms que je venais de recevoir. C'était l'adresse.

Avant cela, je filai me doucher histoire de m'aider à me relaxer un peu. Ce n'était pas tant notre dîner qui me rendait nerveux, mais plus…Comment elle réagira quand elle apprendra la vérité ? Me fuira-t-elle ? Nous étions parvenus à établir une confiance réciproque mais qui était encore fragile. Nous nous devions de la préserver, de la consolider. J'espérai que ce dîner n'allait pas avoir l'effet inverse.

J'optai pour un pull beige en laine à col roulé et un fuseau noir comme tenue pour ce soir. C'était confortable et c'était idéal pour ce genre de soirée. Je partis faire mes courses une bonne demie heure avant d'aller chercher Tallulah, profitant que cela soit sur le chemin pour la récupérer au passage. J'entrai l'adresse dans mon gps, et je finis par tomber sur un pâté de maisons. Il y avait un parking commun, je me garai, laissai le moteur tourner et appelai Tallulah afin de savoir où elle se trouvait.

« Je vois ta voiture ! » me dit-elle alors que je vis passer une petite tête derrière un rideau de fenêtre, à la maison juste en face de là où je m'étais garé. Je coupai le moteur, et descendis pour toquer à la porte. Enfin, j'eus dans l'idée de le faire, mais ma cadette me devança. Sortant de chez sa tante, elle referma la porte derrière elle, puis, dévalant les quelques marches elle trotta vers moi avec le sourire et cela me fit chaud au cœur. D'abord les mains dans les poches, je les sortis rapidement lorsque je la sentis sur le point de me prendre dans les bras.

Ce qui fut le cas, et sans retenu, je répondis à son étreinte, non sans déposer un long baiser sur sa tempe neutre de toute blessure. Un profond soupire m'échappa tandis que je profitai encore un peu de la chaleur réconfortante de son corps. Ses mains sous mon manteau, elle s'agrippa à mon pull et me rapprocha d'elle. Je souris, comprenant que je n'étais pas le seul à en profiter également. Eloignant nos visages afin de croiser nos regards aimants, nous nous sourîmes et, d'un commun accord, gagnâmes ma voiture afin de nous rendre chez moi.

En chemin, je demandai des nouvelles de ses parents et j'appris qu'ils étaient retournés chez eux afin de préparer son déménagement à venir et aussi, parce qu'ils ne pouvaient plus s'absenter de leurs travails respectifs plus longtemps. Puis, je lui demandai comment elle se sentait…

-Honnêtement ? Soulagée d'être enfin sortie de l'hôpital. Je sais, des personnes y restent plus longtemps, mais vraiment, je n'étais pas à l'aise là-bas.

-Haha, trop glauque pour toi ?

Elle grogna dans sa gorge en jouant avec les plis de son pantalon qui se serrait à ses chevilles, au paterne quadrillé à l'écossaise, mêlant teinte beige, écrue, et marron. Une large ceinture caramel unissait son bas avec son pull ivoire qui se croisait dans son dos, dénudant le creux de ses omoplates et sa nuque, dégagée de tous cheveux qu'elle eut relevés en un chignon doublé d'une tresse qui l'enroulait.

Soudain, elle tourna la tête par-dessus son épaule et remarqua les sacs de courses posés au pied des sièges arrière.

-Je croyais qu'on ferait simple, s'enquit-elle d'une voix intriguée et chuchotant.

-Il me manquait de trois condiments, et je me suis dit, qu'avec tes médicaments on éviterait l'alcool. Ils faisaient des cocktails vierges, j'en ai profité.

Mon regard était porté sur la route, mais je la sentais m'observer. Je souris en coin, tendis une main qu'elle vint nouer à la sienne et je laissai l'autre sur le volant. Même pour changer de vitesse, nous restions ainsi, sa paume contre le levier que je guidai par ma poigne avant de reposer nos mains jointes sur ma cuisse.

Arrivé à bon port, nous descendîmes les courses ensembles et je guidai donc ma cadette jusqu'à chez moi. Je lui proposai des pantoufles pour qu'elle se sente plus à l'aise puis, nous rejoignîmes la cuisine pour y déposer nos courses. Elle s'arrêta devant un cadre photo, posé sur le meuble collé au mur qui séparait ma cuisine du salon et sourit.

-C'est ta mère ?

Je la rejoignis et souris avec elle.

-Oui. Je sais, on ne ressemble pas beaucoup…pouffai-je en désignant un autre cadre où nous étions au complet : Je tiens plus de mon père, et encore, je n'ai pas de photo de lui jeune à te montrer.

-Boh, au pire, t'as qu'à attendre d'avoir quelques cheveux gris supplémentaire et ça devrait être bon ! plaisanta-t-elle non sans me faire lever les yeux au ciel.

-Tu vas me le payer, ça, grondai-je, taquin.

Tallulah sourit de plus belle, sans décrocher son regard de la photo.

-C'est ton frère, Dimitri ? demanda-t-elle en désignant un homme aussi grand que moi, posté à côté de mon père qui se tenait entre lui et ma mère qui me tenait par les épaules alors que j'étais assis dans l'herbe.

Je hochai la tête. C'est bien l'une des rares photos où nous sommes tous les quatre… songeai-je en repartant dans la cuisine. Ma cadette m'emboîta le pas, et commença à déballer les sacs.

-C'est ça que tu appelles des condiments ? questionna-t-elle en sortant une barquette de filets de blanc de poulet.

-Oui, bon…regarde mon frigo et tu comprendras ! fis-je simplement en rangeant le reste.

Non sans rire, Tallulah ouvrit le réfrigérateur et me demanda :

-T'as prévu quelques choses avec tes courgettes ?

-Non. Pas dans l'immédiat, pourquoi tu penses à quelque chose ?

-Eh bien, si tu as du riz et des oignons, un riz pilaf aux courgettes avec le poulet ça pourrait être pas mal, t'en dis quoi ?

Mon estomac qui avait déjà grogné dans la voiture répondit plus expressivement que des mots.

-T'as ta réponse ?

Riant aux éclats, Tallulah sortit de quoi préparer notre repas de ce soir. Je nous servis deux coupes d'un des cocktails sans alcool que je nous eus achetés, et, tout en faisant chauffer une cocote, nous discutâmes allègrement.

-Ah mais tu lui as tapé dans l'œil à 100% ! expliqua-t-elle en parlant de son père qui n'eut de cesse de demander de mes nouvelles.

-Ta mère n'est pas trop jalouse ?

-Elle est comme moi, ça la fait rire ! Mais je dois avouer que ça m'a bien…(elle fit mine de chercher ses mots) surprise ? Calmée ? Décontenancée ?

Je ris à gorge déployée en me souvenant de sa tête d'ahurie face à nos retrouvailles avec Philippe.

-Si ça se trouve c'était juste un gros coup monté et je suis l'amant de ton père.

-Tu sais que ma mère m'a dit la même chose, pouffa-t-elle en faisant dorer les oignons avec l'huile d'olive chaude dans la cocote.

M'occupant de laver et couper les courgettes, je lui dis qu'on ne pourrait pas tout mettre.

-Au pire, le reste on le fait en salade, me dit-elle simplement en croquant dans une rondelle crue de courgette.

Je haussai les sourcils, un peu confus.

-Tu manges ça cru ?

Interdite, elle papillonna un moment avant de me dire.

-Bah oui…pas toi ?

-Non ! gloussai-je en secouant énergiquement la tête : A vrai dire je n'ai jamais pensé à manger ça cru, c'est tout.

Piquant une autre rondelle alors que j'essuyai mes mains à un chiffon, elle me la présenta devant la bouche et je croquai du bout des dents, un peu hésitant.

-Mais quel gamin ! Ça n'va pas te tuer ! se moqua-t-elle en fronça un sourcil.

Un peu sceptique au départ, je mâchonnai le légume cru, ne trouvant pas spécialement de goût à cela.

-Moui… mais avec quoi d'autre ? Parce que là c'est un peu…fade…

Tallulah improvisa une salade avec des cubes de chèvres qu'il me restait et des tomates que j'eus achetées. Ajoutant un peu de sauce, ça passait nettement mieux.

-Ok, là je valide ! assurai-je avec engouement en prenant une bonne fourchette de salade que je mâchai goulument.

Ses éclats de rire me bercèrent le cœur. La voir si détendue tandis que nous faisions une tâche des plus commune, me mit en joie. D'autant plus que nous le faisions ensemble, et ça…ça rendait tout bien plus précieux. Son portable sonna, mais pas de sa sonnerie habituelle, cela ressemblait plus à une alarme.

-Ta pilule ? questionnai-je, curieux.

Elle haussa les sourcils, presque stupéfaite.

-Q-Quoi ? ça te gêne que je te demande ça ?

-Non ! Au contraire, c'est juste rare de voir un homme penser à la pilule ! Je n'en ai pas connu beaucoup qui réagissait comme toi, dit-elle en coupant le son du téléphone : Mais non, je ne prends pas la pilule, j'ai un stérilet, avoua-t-elle avant de fouiller dans son sac : par-contre j'ai des médicaments à prendre pour mon épaule.

Je hochai la tête avec entendement tandis que je l'observai revenir prendre son verre et avaler ses comprimés avec son cocktail sans alcool. Tendrement, je vins caresser le dessous de sa tempe blessée et couvert d'une compresse qui protégeait les points de suture. Câline, elle me prit la main et caressa sa joue avec. Sachant que j'allais alourdir l'ambiance…j'entamai un sujet que je n'espérai pas trop houleux.

-J'ai parlé à Melody aujourd'hui…

Ma voix ne fut qu'un souffle rauque et Tallulah vint poser un regard interrogateur sur moi.

-Pour les photos ?

J'opinai. Je la vis baisser les yeux sur la cocote dont elle surveilla la cuisson. Cela l'inquiète…évidemment, soulignai-je en mon for intérieur, pris d'un pincement au cœur à la savoir soucieuse et peut-être, douteuse à l'encontre de ma sincérité. J'espérai que cette discussion allait nous faire avancer plus encore.

Je commençai donc à lui expliquer mon échange tendu avec mon assistante, que j'eus plus ou moins remise à sa place, bien que j'ignore comment les choses allaient se dérouler désormais. Tallulah m'écouta sans m'interrompre, et n'eut pas beaucoup de réaction au niveau du faciès. Ce que ne me rassura que peu… Je n'avais pas son don pour décrypter les gens avec aisance. Puis, me demanda de remplir un grand verre d'eau, qu'elle versa ensuite dans la cocote avant de mettre le riz, elle dit enfin :

-Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose de lui avoir parlé de nous deux. Tu as fait comme tu le sentais, je ne sais pas ce que j'aurais fait à ta place. Mais je pense que tu as bien fait de lui rappeler que ta vie privée ne regardait que toi. Même si elle venait à colporter des rumeurs, cela n'aurait peut-être pas beaucoup de poids. Une amie de mon ancienne fac est en couple avec mon ancien professeur de géographie depuis un an et demi et j'ai appris récemment qu'ils avaient enfin emménagé ensemble.

Haussant les sourcils avec surprise, je la laissai finir :

-Tout le monde savait pour eux. Cela a fait du bruit au début, mais rien de bien méchant et par la suite, ils sont plus devenus le couple phare de la fac qu'autre chose, renchérit-elle en riant avec tendresse : cela faisait parler les plus curieux et les plus puristes mais penses-tu, les gens ont d'autres chats à fouetter, et comme leur couple n'a jamais commis aucune bavure, tout le monde s'est vite lassé, un peu comme n'importe quel couple qu'ils croisent dans la rue ou dans les bus.

-Mais ils doivent tout de même avoir une certaine pression. Je veux dire, maintenant qu'ils vivent ensemble, ils vont être confrontés à des dilemmes amoureux qui peuvent sûrement affecter leurs comportements à la fac…

-Ils en ont conscience…mais doivent-ils s'arrêter de vivre pour autant ? Si chacun d'eux se sent vraiment impliqué dans leur couple, le reste, c'est à eux de voir et pas aux autres de leur dicter quoi faire et encore moins comment le faire. (Elle baissa le feu et remit le couvercle sur la cocote tandis que je déballai les filets de poulet) Si on doit continuer à se voir, alors je vais forcément empiéter sur ta vie privée, autant que tu prendras de la place dans la mienne, Rayan. On n'a pas à dévoiler non plus au monde entier, tel le message du Général de Gaulle que nous sommes proches, déclara-t-elle avec une pointe de sarcasme qui me fit rire : Mais on n'a pas à faire semblant de ne pas se connaître plus que cela. Nous sommes responsables de nos actes, pas de ce que les gens voient et pensent de nous, termina-t-elle en venant suspendre ses yeux vairons dans les miens. Sincère, et soucieuse.

Hochant la tête, je lui confirmai que c'était bien pour ça, que j'eus dit la vérité à Melody.

-Au moins, elle évitera de se faire des films au scénario plus grotesques qu'elle ! pestai-je en buvant le fond de mon verre : Tromper ma compagne ! Tss…

Un peu agacé, je partis chercher mon album photos, prêt à en finir avec ce passé que je parvenais bien plus à assumer.

-Et le poulet ! l'entendis-je s'écrier alors que je n'eus pas fini de couper la viande.

Je ris en jetant ma tête en arrière, alors qu'elle grondait à voix haute dans la cuisine.

-Tu sais qu'on ferait presque un cliché du couple de vieux, mariés depuis 40 ans !

-Bah t'attends pas à ce que je te laisse abandonner le navire si rapidement !

L'album en main, je revins en cuisine pour terminer la préparation de notre dîner. Elle me lança un regard désabusé, non sans sourire comme une bien heureuse au coin des lèvres. Lorsque tout fut enfin cuit, je dressai la table mais nous préférâmes rester manger autour de celle de la cuisine. J'en profitai pour lui parler de la proposition de Miss Paltry.

-Je ne sais pas, dit-elle après avoir avalé sa bouchée : Cela aura lieu quand ?

-Lundi, pendant ton heure habituelle.

Le regard perdu dans le lointain de ses pensées, Tallulah se pinça les lèvres qu'elle ne remua pas pendant un moment. Me raclant la gorge, je lui dis qu'elle n'aurait qu'à aviser le moment venu et qu'elle avait le week-end encore pour y réfléchir.

-N'oublie pas, on fait à ton rythme. Pareil pour les cours de self-defense, on commence quand tu veux.

-Le plus tôt, trancha-t-elle en croisant sérieusement mon regard : Vraiment, maintenant que je sais que je peux recroiser l'autre type à tout moment au café, j-je…

Posant ma fourchette, je vins poser une main réconfortante sur son genoux droit, que je vins caresser du pouce.

-Je vais essayer de retrouver le numéro de mon entraîneur d'athlétisme, dis-je en me mettant à réfléchir : En espérant qu'il soit encore en vie…

-C'est glauque ce que tu dis…

-Bah, il avait déjà un certain âge quand je l'ai connu, donc…la vie fait que…(Je chassai cela) Enfin, je verrai bien. Mais ne t'en occupe pas pour l'instant. Toi, tu as tes partiels et ton déménagement.

-Mais cela me concerne quand même beaucoup, je ne peux pas te laisser tout gérer.

-Bien sûr que non. Tes révisions, ça te regarde. Ton déménagement, c'est Chani et toi qui voyez pour la date et pour l'organisation. Ton travail, tu vois ça avec Hyun et ta patronne. Mais pour le self-defense…c'était mon idée et je tiens à l'assumer jusqu'au bout. Ensuite, c'est à toi de me dire si tu es partante ou non. Tu m'as dit que tu voulais faire ça au plus tôt, et je ferais en sorte que tu commences d'ici la fin de tes partiels.

J'eus dit cela d'un ton très solennel, ayant également repris à manger, les yeux rivés dans mon assiette mais le cœur ouvert rien que pour elle. J'allais lui proposer un autre verre lorsque je la vis me détailler avec une pointe de fascination. Les yeux doux, un sourire discret sur les lèvres et une aguichante couleur pêche sur ses pommettes saillantes, je réprimais un profond désir de l'embrasser. Un frisson atteignit mon bas ventre et je m'agitai sur ma chaise. Détournant le regard avec lenteur, Tallulah se remit à manger. Mais elle ajouta :

-Merci Rayan…

Elle sourit, et je sentis indéniablement mon corps se réchauffer. Nous terminâmes notre repas avec des échanges plus légers, mais d'une complicité qui perdura encore et encore, même au moment de faire la vaisselle. Tallulah avait tenu à m'aider jusqu'au bout mais il me devenait difficile de ne pas réclamer plus de contact. Hier soir déjà, j'étais resté sur ma faim, et le moment que nous passions en cet instant, nous confortait de plus en plus dans une ambiance enjôleuse qui ne la laissait pas indifférente.

Derrière moi, posé sur une chaise de la table de la cuisine, se trouvait l'album photos. Secouant la tête, je nous fis arrêter notre activité.

-Tal', ça attendra…dis-je calmement en épongeant mes mains avec le chiffon qu'elle tenait pour essuyer les plats : Viens.

Prenant sa main je la guidai jusqu'au canapé du salon, où nous nous installâmes, après que j'eus récupéré mes photos. Ma cadette sembla soudainement soucieuse. Et d'un baiser dans le cou, je vins la rassurer et finis même par lui faire étendre un délicieux sourire. J'éternisai le baiser, et, l'entendant grogner dans sa gorge avec plaisir, je vins la rapprocher de moi, la soulevant par les cuisses. Comprenant ce que je voulais, elle vint s'asseoir à califourchon sur moi, alors que je m'étais allongé de tout mon long sur le canapé, un coussin surélevait ma nuque.

-C'est le poulet qui te donne des ailes ? railla-t-elle à m'en faire glousser stupidement.

Puis, jetant un signe concis du menton en direction de l'album posé sur la table basse, elle comprit qu'elle pouvait s'en emparer. D'abord hésitante, ma cadette se pencha, et je la maintins par les hanches pour lui éviter une chute, puis, prit l'album avec elle pour me le donner.

-Ouvre-le, dis-je simplement en câlinant les courbes de sa taille : Vas-y ! l'incitai-je tandis qu'elle m'interrogeait avec scepticisme.

S'exécutant, Tallulah fit défiler les pages et, au vu de son expression fermée, je ne parvenais toujours pas à savoir ce qu'elle pensait.

-Mais elle est vraiment conne…

Haussant les sourcils avec stupeur, je lui demandai de qui elle parlait.

-Melody, nou-nouille !

Nou-nouille… répétai-je en mon for intérieur non sans échapper un gloussement amusé. J'eus bien compris que c'était devenu son petit mot d'amour vache officiel !

-C'est ton assistante, elle te voit disons…presque tous les jours, et depuis plus longtemps que moi, et elle n'est même pas fichu de différencier un homme d'âge mûr, à un -le prend pas mal- mais à un gamin ! T'as quel âge sur la photo ?

-J'ai 19 ans, souris-je en la détaillant avec un désir non dissimulé peint sur les lèvres.

Je la vis jongler du regard entre la photo et moi. Puis, fronçant les sourcils elle se mit à sourire en essayant de taire une bêtise, j'en étais certain.

-Dis la, ta connerie ! soupirai-je en m'aidant de mes coudes pour me redresser et venir enrouler sa taille.

-Je ne suis pas mécontente de t'avoir connu à l'âge que tu as aujourd'hui.

-Haha, ça veut dire quoi ? Je n'étais pas à ton goût à 19 ans ?

Elle haussa une épaule.

-Je dois être trop habitué au toi d'aujourd'hui, déclara-t-elle simplement. En revanche…cette femme, aussi jeune fait elle, semble tout de même plus âgée que toi, non ?

-Oui, affirmai-je tandis qu'elle croisait mon regard. Je vis à elle, que malgré la flamme de son désir dans ses yeux, elle attendait que je poursuive. Ma cadette se fit très attentive, et ne m'interrompit pas une seule fois le long de mon récit.

J'avouai à Tallulah, que l'histoire que nous étions en train de vivre ensemble, était un peu le reflet de mon passé. J'espérai simplement une fin différente. J'avouai ouvertement m'intéresser à elle plus que je ne l'eus voulu le croire jusqu'à récemment, et que, de tous points de vue, notre relation n'avait rien d'amicale. Son air évident me confirma, une fois de plus, sa réciprocité.

-Je n'ai pas demandé…à ce que cet amour tombe sur toi. Peut-être n'ai-je pas non plus été très malin en acceptant toutes tes avances. Et en t'en faisant également…mais cela faisait bien des années que je n'étais pas tombé amoureux. Je veux dire, sincèrement, au point d'être ainsi déboussolé à l'encontre de chacun de tes gestes et à l'entente de chacun de tes mots. (Je marquai une pause, elle, posa l'album sur la table avant de venir enrouler mes épaules avec tendresse) Dana était professeur d'art moderne. Comme moi aujourd'hui. J'étais déjà bien entouré par ça, entre ma famille et ma curiosité vis-à-vis des histoires qui étaient souvent plus incroyables que les œuvres en elles-mêmes. Mais voilà, en deuxième année, j'ai eu une phase de doute. Mes notes n'étaient pas excellentes, mon organisation non plus et des soucis familiaux s'ajoutaient à tout ça. Je me demandai ce que l'art allait pouvoir m'apporter dans la vie, ce que mon diplôme m'ouvrirait comme portes. L'histoire de l'art n'était pas non plus la branche la plus en vogue à l'époque où j'étais étudiants. Avec l'essor urbain et les nouveaux concepts architecturaux, les BTS et autres formations étaient plus enviables. J'allais changer de cursus, lorsqu'un ami m'a proposé de participer à un cours de M1, histoire de nous renseigner sur les options. Il espérait que ça m'aide à faire mon choix définitif de soit continuer l'histoire de l'art ou changer de filière. (Je pouffai) Tu te souviens quand tu as dit de moi que j'étais un cœur d'artichaud ? Imagine comment j'étais à 19 ans…

-Un amoureux transit.

Nous rîmes avec légèreté. Caressant amoureusement son visage du bout du nez, je grognai d'aise alors qu'elle massait ma nuque.

-J'allais abandonner l'idée, lorsqu'un M1, ami avec mon camarade, nous fit entrer en douce dans son cours d'art moderne. C'est là que les choses ont commencé. Dana était le genre de professeur qu'on n'oublie pas. D'un part, car elle parlait fort, et tu ressortais avec une migraine monstre à la fin de son cours ! (Tallulah sourit, amusée) Mais surtout…parce qu'elle se montrait très dénigrante vis-à-vis de l'art. Elle enseignait l'art moderne, mais personne n'a jamais su si c'était par passion ou par une quelconque obligation. Mais ce dédain qu'elle éprouvait à l'encontre de l'art, rendait ses courts les plus exhaustifs qui soient. Elle cassait ses élèves, un par un, leur demandant de lui démontrer en quoi telle œuvre avait eu sa place dans ce courant, et avec des arguments parfois injurieux qui frôlaient l'irrespect, et choquaient les mœurs de mon époque, elle brisait chaque idée reçue.

Fixant un point invisible dans les cheveux de ma cadette, je me perdis dans mes songes.

-Elle me fascinait. (Je baissai les yeux sur le pull de Tallulah) Ou plutôt, elle m'avait fasciné…ça n'a pas toujours été le cas. Dana, assurait ses cours comme elle confrontait les gens, en les taclant. Pour elle, c'était comme si elle analysait une œuvre d'art, un courant, et elle démontait tout le monde par un dédain et une condescendance qui faisait froid dans le dos. Peu de ses collègues l'appréciaient, et quand on lui faisait remarquer, elle répondait sans cesse que les gens n'aiment simplement pas être contredit et qu'elle haïssait être d'accord avec eux. Pour elle, ce n'était pas possible car tout le monde est unique, et elle ne comprenait pas que deux personnes puissent s'entendre sur un même point en osant dire qu'elles avaient débattu. « On ne débat pas sur un accord commun » disait-elle. « Il y a un forcément une des deux qui est hypocrite pour se faire accepter par l'autre. Les faux semblants, c'est le principe même d'une bonne relation. »

Doucement, Tallulah éloigna son visage pour croiser mon regard d'un air soucieux et sceptique.

-Tu te demandes comment j'ai pu tomber amoureux d'une femme pareille ? ris-je sans joie.

Mais elle réfuta mes dires en secouant la tête, puis dit :

-Elle devait se sentir vraiment seule pour penser ainsi…

Mon cœur rata un battement. « Elle trouve toujours les mots justes… » je me remémorai les paroles de Leigh. Mais comment faisait-elle ? Dana n'était pas devant elle, elle ne la connaissait même pas. Pourtant, elle eut compris en moins d'une soirée ce que je mis des mois à voir.

-Je ne le savais pas, au début de notre relation qui a d'ailleurs commencé sur les chapeaux de roues, mais elle était malade. Une maladie qui isole plus qu'on ne le soupçonne. Mais tout ça, je ne le savais pas, répétai-je : Je ne cherchai pas à savoir, car je ne voyais pas qu'elle souffrait. J'étais trop obnubilé par sa façon d'être qui me semblait si…décalée et qui cassait les codes de l'enseignement. A force de me perdre dans les cours des M1, j'ai fini par me lancer. J'allais la voir à chaque fin de cours, et j'ai alors su qu'elle nous avait repéré depuis longtemps, mon camarade et moi. Nous avons continué à participer à son cours en plus des nôtres, et j'avais toujours une excuse pour aller lui parler. Elle s'était rendu compte de mon petit manège et me demanda ce qui m'attirait chez elle. Mes yeux de jeune homme amoureux et éblouis par son expérience ont dû la captiver un tant soit peu, car elle accepta de sortir boire un verre en ma compagnie. Et crois-moi, il y a 14 ans, ça faisait beaucoup de bruits ce genre de relation. Mais Dana démentit, en répondant aux rumeurs qu'elle n'avait rien à recevoir d'un puceau prétentieux tel que moi. Mais je ne perdis pas espoir, je crois que j'étais assez sado quand j'étais jeune… J'allais souvent la voir pour lui demander des conseils ou débattre sur des œuvres d'art avec elle. Puis, à chaque fois, je lui demandai des choses personnelles, sans gêne aucune. Cela la faisait rire plus qu'autre chose, et elle me dit, que ça ne fonctionnera jamais entre nous si je me montrai si expressif. « Tu vois bien que l'amour gêne » J'ai aussitôt réagi. Je lui ai proposé de nous rencontrer discrètement et elle me répondit que je comprenais enfin. C'est alors, que notre relation cachée a commencée. Tout allait bien au début, ou plutôt, je voulais voir ça comme étant positif, mais c'était loin d'être le cas. On couchait ensemble, on se séparait juste après…(Je me massai le visage en ma relongeant sur le dos, Tallulah toujours sur mes hanches) Qu'est-ce que j'ai pu en dépenser de l'argent dans les hôtels…, soupirai-je.

-Tu vivais chez tes parents ?

-Non, j'avais un studio. Mais mon immeuble restait universitaire, ça se serait remarqué, une prof qui débarque chez des étudiants. Au final, nous n'avions jamais vraiment l'occasion de nous parler intimement, et un soir j'ai craqué. Je lui demandai si elle était vraiment sincère envers moi, si elle m'aimait, si je comptai vraiment, si j'avais déjà compté…Et elle m'a dit que j'étais trop sensible, et qu'elle ne comprenait pas les gens comme moi…que personne ne comprenait les gens comme moi…Que je ne disais pas les choses clairement…Et que ceux qui disaient me comprendre et me connaître, ne le faisaient uniquement que par intérêt. Pour ne pas être seuls. « J'en avais assez d'être seule » Après cette conversation, j'en ai eu assez de faire semblent de ne pas l'aimer quand je la voyais. Assez, de devoir nous cacher à chaque fois que nous voulions nous voir. On n'a fini par se voir plus souvent, et moins discrètement aussi. Cela a fini par faire du bruit…beaucoup de bruit. Dana était plus vieille que moi, et tu sais comment étaient vues les femmes engagées dans ce genre de relation avec des hommes plus jeunes…Des cougars, pestai-je : Personne ne prenait au sérieux le fait que nous puissions nous aimer. Pour ma part, on me traitait de petit con naïf qui cherchait à être materné, voire, à réussir son année sans peine ! Pourtant, Dieu sait que j'étudiai beaucoup en plus d'entretenir assez péniblement cette relation houleuse avec une femme qui me méprisait sans cesse. Mais j'étais ce qu'on pouvait appeler, de dépendant. Ce que je n'avais pas prévu…était que cela lui cause plus de tort qu'à moi.

Ma voix s'était éraillée sur les derniers mots. Avec précaution, ma cadette vint s'allonger sur moi, les mains sur mon torse, joue collée contre mon cœur. D'une main distraite, je vins défaire son chignon et entrepris de faire courir mes doigts dans l'ondulation de ses mèches brunes.

-Ses livres étaient populaires à l'époque, ses recherches faisaient parler d'elle et plusieurs conférences lui avait été organisées. J'ai tout gâché. Petit à petit, notre relation a fait chuter sa côte de popularité au sein de l'académie régionale et les étudiants se méfiaient d'elle. On avait quand même 18 ans de différence, et ça choquait beaucoup de monde. Quand on y réfléchissait bien, j'aurais pu être son fils, si elle m'avait eu jeune.

-Mais tu ne l'étais pas ! s'emporta soudainement Tallulah, me faisant tressauter : Tu étais son petit ami, pas son fils ! s'indigna-t-elle.

Sa réaction me toucha sincèrement. Je devinais qu'elle calquait sa situation à la mienne, quoique dans notre cas, il était évident qu'elle ne pouvait pas être ma fille. L'écart d'âge n'était pas si grand qu'entre Dana et moi à l'époque. D'un geste caressant, je vins reposer sa tête contre mon torse et embrassa son front.

-Les autres ne voyaient que ce qui les dérangeait. Tu as dit tout à l'heure que nous étions responsables de nos actions, pas de ce que les autres voyaient. Je suis d'accord avec toi. Mais la limite entre les deux…l'opinion publique aime la faire basculer à son avantage. Et beaucoup d'enseignants désiraient la place de Dana. Une femme qui réussissait aussi bien, ce n'était pas pensable. Notre relation était du pain béni. Elle s'est fait lyncher par les médias et très vite, le directeur ne voulait plus qu'elle enseigne, afin de préserver la popularité de l'établissement et ne pas faire fuir les étudiants déjà peu nombreux dans la branche d'histoire de l'art. Dana ne m'a plus donné de nouvelles après ça. Pour ma part, on m'a également expulsé de l'établissement. Je n'ai pas terminé mon semestre, et je ne me suis pas réinscrit aussitôt dans une fac. Tout ce qui comptait pour moi, c'était de savoir comment elle allait. J'ai fini par apprendre qu'on l'avait hospitalisée. C'est comme ça que j'ai appris, qu'elle était atteinte de la mucoviscidose.

Dans mes bras, je sentis Tallulah tressaillir. Cela me traversa, et un nœud se forma dans ma gorge, atténuant ma voix.

-J'ai gâché sa carrière par égoïsme…Quand je me suis rendue à son chevet, c'était trop tard, tout le monde savait que ces jours étaient comptés. (Je me pinçai les lèvres, en essayant de contenir les larmes qui brûlaient mes yeux) « Tu n'étais qu'une erreur, tout ça n'était qu'une erreur » Ce sont les derniers mots que j'ai entendus d'elle, si ce n'était en plus qu'elle me demandait de ne jamais la commettre. Elle était au courant, pour mon projet de devenir enseignant. J'avais déjà mes propres résolutions, ma propre opinion sur certains sujets, et je n'eus de cesse de me passionner pour cette voie professionnelle en restant à ses côtés.

Après quoi, j'ai dû mettre une bonne année à me remettre de sa perte et de notre drame. Dana était partie, ne laissant derrière elle que l'ombre que j'étais devenue. Je devins la sienne. J'eus marché dans ses pas, en m'habituant à la solitude que pouvait dégager la compagnie de certaines personnes. Je me complaisais dans des relations sans avenirs sans jamais oublier la promesse faite à Dana. « Ne commets plus cette erreur ». Une promesse qui m'eut poursuivi longtemps. Je n'aurais jamais cru être capable de tourner la page en remettant les pieds dans cette ville. Et encore moins en tombant amoureux d'une de mes étudiantes…Pourtant, elle se tenait là, dans mes bras, le cœur battant contre le mien que je lui eus ouvert car c'était tout ce dont elle méritait.

-C'est faux ce que tu dis, murmura Tallulah qui se redressa pour croiser mon regard embué de larmes : Son ombre tu dis ? Alors, c'est le dédain de Dana qui a pleuré pour Leigh lorsqu'il t'a remercié d'être présent pour lui ? C'est encore son ombre qui m'a évitée une honte monumentale le jour de mes règles ? (Elle se redressa sur mon bassin, et je me dressai sur mes coudes, l'air confus) Ce n'est pas Dana qui m'a sauvée Mardi soir… (Elle secoua la tête, une larme roula sur sa joue) Tu n'es pas comme elle, Rayan. Tu sais débattre avec des élèves qui ont la même opinion que toi. Tu t'assures qu'ils ne se sentent pas isolés en période d'examens. (Main contre ma joue, elle essuya le coin de mon œil humide) Ce n'est pas un faux semblant se soucie de ma sécurité.

Sa voix se fit murmure…et elle baissa les yeux :

-Ne me dis pas que je suis si crédule…

-Tallulah… !

Dans un élan d'émoi, je me dressai d'une traite pour venir la serrer dans mes bras avec force comme pour m'assurer qu'elle se trouvait bien contre moi. Pour la sentir contre moi. La garder contre moi. Joue contre joue, mes larmes se mêlèrent aux siennes, dans un silence profond, atténué uniquement par nos battements de cœur qui se confondaient les uns aux autres. Je songeai…à ces heures passées au chevet de Dana, dans cet hôpital froid. Aussi froid de son cœur qu'elle eut muré même à mes côtés et le mien qu'elle tenta de confiner. Puis, à ces heures d'attentes aux urgences, après avoir trouvé le corps glacé de Tallulah, inconsciente et blessée… Plus jamais…

Redressant mon visage, je vins prendre son visage en coupe avant de fondre sur ses lèvres qu'elle eut entrouvertes pour prononcer mon prénom. Un gémissement de surprise s'échappa de sa gorge et vibra contre mes lèvres qui s'échauffaient contre les siennes, assaisonnées par nos larmes. Tallulah me répondit presqu'aussitôt, avec une violence que je ne lui connaissais pas. Tout était si franc, si cru chez elle, même l'impatience de son désir qui faisait écho au mien, creusant mon bas ventre. Dans un bruit de cliquetis, je débouclai sa ceinture avec empressement, sans jamais quitter sa bouche que je dévorai en aspirant son souffle alors que je lui partageai le mien. Elle me fit libérer un gémissement lorsqu'elle explora ma cavité buccale de sa langue chaude et tremblante, à la recherche de sa jumelle. Nos souffles se firent plus courts, et je grondai alors que le col de mon pull nous sépara un instant, après que Tallulah me l'eut retiré. Je tirai sur sa ceinture pour la rapprocher de moi, avant de nous faire basculer, moi sur le dos, elle sur mon buste. Ses doigts caressèrent mon torse d'un geste appuyé et avide, épousant le soulèvement de ma poitrine qui s'accordait au rythme de mon souffle saccadé. Mes mains se séparèrent de sa ceinture pour remonter le long de son dos et vinrent plonger dans le décolleté de ses omoplates, tirant sur les bordures pour dévoiler plus de peau. Je songeai à l'image de ses seins, qui eut par moment hanté ma nuit. D'un geste délicat, je glissai mes mains le long de ses bras, en crochetant le bout de mes doigts au tissu pour le faire descendre dans mon mouvement. Ses épaules…sa clavicule… la naissance de sa poitrine… la courbe de ses seins…ses tétons durcis qui captivèrent mon regard. Comme je me l'eus maintes fois imaginé, sa peau était recouverte de taches de rousseur. Ses mamelons eux, étaient sombres et comme pour m'accorder le temps de l'admirer, ma cadette se redressa, les joues en feu, les cheveux en bataille et les yeux qui me dévoraient. Finalement, c'était moi qu'elle voulait contempler…je la laissai faire, effleurant mon vendre que je vins contracter par réflexe alors qu'une vague de frissons libidineux me parcoururent à m'en faire pointer le bout de mes pectoraux. Elle se pencha pour venir en sucer un, m'arrachant un soupire rauque alors que je voulais retirer son haut. Dans un bruit humide, elle écarta sa tête suffisamment pour m'aider à enlever son pull, puis, revint dévorer le téton qu'elle convoitait. Mon regard s'attarda son l'ecchymose sombre sur son épaule droite. Du dos de la main, je caressai son bras, juste au-dessous de sa blessure. Puis, comme un chat qui venait s'étirer, elle s'allongea sur moi, sa chaude poitrine contre la mienne et vint parsemer mon cou de mille baisers. Je lui laissai le champ libre, alors que je sentais chacun de mes muscles se détendre.

Soudain, elle reprit appui sur ses mains qui m'encadraient, et je vins porter les miennes jusqu'à ses seins qui ballotaient au creux de ses bras. Nos regards suffirent pour nous trouver beaux. Nos lèvres étaient épuisées de mots. Elles ne cherchaient qu'à faire frissonner celles de l'autre en se mordillant, se suçant et se recouvrant d'un souffle torride. Rapprochant Tallulah de moi, tout en gardant une main sur l'un de ses seins, je réhaussai ses cheveux pour dévoiler son cou qu'elle m'offrit sans retenu et que je vins embrasser, lécher et mordre en me délectant de ses soupires qu'elle libérait.

Mon entrejambe s'était éveillé depuis un moment, mais l'érection n'était pas encore à son bout. Cependant, lorsque je sentis ses doigts s'attaquer à mon pantalon, débouclant la ceinture qu'elle fit glisser pour ensuite la laisser tomber au sol, je ne pus m'empêcher de déglutir et de venir la mordre plus fort encore, lui faisant comprendre que je la voulais. Ma cadette avait carte blanche, sur tout, cette nuit, mon corps était le sien et j'espérai d'elle qu'elle en fasse de même avec le sien. « Il représente le désir mais n'est pas forcément désirable » eut-elle dit en cours au sujet de l'œuvre d'Orlan.

Je ne pus réfréner ce léger doute qui me fit stopper mes caresses, pour venir croiser soucieusement son regard. Troublée, elle m'interrogea en silence en haussant ses sourcils avec inquiétude. Du bout des doigts, j'effleurai sa joue et remis derrière son oreille une de ses mèches de cheveux pour dégager son profil. Avec amour, elle embrassa le creux de ma main, fermant les yeux et ses cils chatouillèrent ma peau.

-Tu le veux aussi… ? chuchotai-je dans un souffle rauque.

Pénétrant mon regard du sien qui me surplombait, Tallulah hocha la tête et me rendit mon souffle. Le temps semblait être suspendu.

-Oui.

Ce furent nos dernières paroles. Après quoi, elle revint se lover contre moi et je fourrai à nouveau mon nez dans le creux de son cou à la peau fine et goûteuse que je vins parsemer de nouvelles tâches, plus larges et plus rouges que ces taches de rousseur. Ayant éventrée ma braguette, Tallulah ne se retint pas de découvrir mon sexe bandant contre mon ventre. D'une main chaude, et légèrement moite, elle vint en dessiner les courbes avant de le prendre d'abord avec douceur et de le masser. Un grognement sourd m'échappa et vint vibrer contre son cou, alors que j'éteignis le bout de mon érection.

Curieux de connaître l'état de l'intérieure de ses cuisses, je déboutonnai son pantalon, avant de plonger, en caressant au passage son ventre qui trembla à mon contact, ma main sous le tissu de son sous-vêtement humide et chauffé par son sexe prit de spasmes indécents qui m'enchantèrent. Mes doigts se firent accueillir sans cérémonie tandis que de ma paume, je massai son clitoris. Ce geste l'émoustilla à vitesse grand V et mon visage prit feu en contemplant l'expression de joie qui éclaira ses traits. D'un geste, j'inversai nos places et terminai de retirer son pantalon en embarquant au passage son tanga qui ne lui servirait à rien cette nuit. Mes mains glissées sous ses cuisses, je la fis glisser jusqu'à mon bassin pour la rapprocher plus intimement encore. Ainsi ouverte à moi, Tallulah m'offrait une vue imprenable sur son intimité et son visage à l'expression qui était la définition même l'envie.

Le sexe dressé contre mon ventre, je me libérai de mes derniers vêtements pour la laisser faire rouler ses yeux sur moi, aussi longtemps qu'elle le désirait. Tel un loup patient, j'étendis mes jambes et courbai mon dos pour venir me mettre à la hauteur de son entrejambe. Du pouce, j'écartai les grandes lèvres et admirai plus en détail ce qu'elle m'offrait. Mes doigts effleurèrent la fine toison brune sur son pubis avant de glisser de haut en bas de son ventre jusqu'à son sexe. Une nouvelle fois, je vins glisser mes doigts en elle, mais cette fois-ci, je remplaçai ma paume par ma bouche qui vint aspirer le bouton de chair qui la fit tant trembler.

J'utilisai ma salive et sa cyprine pour exciter un peu plus le clitoris et faciliter les caresses autour de ses lèvres qui se contractaient autour de ma langue. Son souffle se fit court et plus rapide, je levai les yeux sur elle tout en dévorant son intimité pour admirer ses seins qui se soulevaient et s'abaissaient au rythme de sa respiration. La tête jetée en arrière, je n'avais le droit qu'à la pointe de son menton. Mes propres bruits de succions m'excitèrent et de ma main libre, je vins branler mon sexe dure qui quémander encore les mains de ma cadette pour le chauffer plus encore.

L'odeur qui émanait de nous me rendait définitivement fou. La sentant accueillante, je glissai plus entièrement ma main en elle et très vite, je la vis onduler le bassin. Sa voix s'éleva d'abord timidement, mais ses soupires eux, ne se comptaient plus. Mais je voulais plus encore… Ma langue et mes lèvres ne perdirent pas le rythme, tout comme mes doigts qui massaient son point G. Une main vint agripper ma chevelure, sans violence, mais avec suffisamment de fermeté pour me faire comprendre que je n'avais pas intérêt à m'arrêter maintenant. Son souffle s'accélérait encore, son ventre se contractait, ses cuisses tressautaient…ça y est, me dis-je, quand son vagin se détendit autour de mes doigts et qu'elle se cambra avec souplesse, les tétons toujours dressés.

Il n'y eut pas de cri. Mais le long gémissement poussif qu'elle lâcha une fois le dos à nouveau collé au canapé me suffit à comprendre qu'elle avait eu le plaisir qu'elle eut attendu. Sur mes poings, qui l'encadraient de part et d'autre, je me glissai le long de son corps et revint quémander ses lèvres qu'elle me laissa volontiers. Paresseusement, et le regard embrumé par l'orgasme libéré, ma cadette leva ses bras pour les passer autour de mes épaules avant de venir approfondir notre baiser. Mon cœur…allait littéralement exploser à force de battre si violemment dans ma poitrine. Ses pieds enroulèrent mes jambes et me caressèrent avec insistance. J'ondulai au-dessus d'elle, gémissant à chaque fois qu'un frisson parcourait ma verge qui se sentait délaissée. Comme si elle lisait dans mes pensées -et j'allais vraiment finir par le croire- Tallulah me branla de ses deux mains, m'arrachant un hoquet de surprise lorsque ses doigts atteignirent mon périnée.

Bruyamment, je déglutis et fermai les yeux en prenant une profonde inspiration pour essayer de contrôler mes reins. Mais le plaisir était bien là, jamais trop, mais bien plus que suffisamment et je m'en délectai. Le visage niché au creux de son cou, je laissai ma voix vibrer contre sa peau, en poussant des gémissements qui me détendirent sous chaque spasme de plaisir qui m'envahissait. Mes mains ne se retinrent pas de masser ses seins dans un mouvement circulaire et lent, les remontant par moment en venant presser leur téton du bout des doigts. Je lui volai de petits cris qui firent partir mon esprit à la dérive en plus de ses caresses qui prenaient du rythme. Mes reins roulèrent d'eux même, accompagnant chacun de ses mouvements.

Avec une tendresse infinie, Tallulah vint embrasser mon front avant de venir frotter sa joue contre mes cheveux. L'amour dans ses gestes n'aida pas mon cœur à se calmer, au contraire, je le sentis rater un battement avant de repartir de plus belle au triple galop. Me sentant arriver au point d'orgue, je voulus me défaire de son emprise, craignant d'éjaculer sur elle. Mais ma cadette me retint entre ses jambes nouées autour de moi. Je m'affaissai sur elle, mes mains à la recherche de ses cheveux auxquels je vins me retenir comme si je pouvais m'effondrer à tout moment. La chaleur de ses bras et son corps n'arrangeait en rien mon état de fébrilité.

D'un coup, mon ventre se contracta, tout comme mes cuisses alors que je me libérai contre elle. Un gémissement éraillé se mêla à mes soupirs qui s'étouffaient contre sa peau que j'embrassai sans répit. Quand je repris contenance, je vins soulever mon corps lourd et en sueur pour venir croiser son regard. Je me reflétai dans ses yeux amoureux, et mon émoi lui était semblable. D'une main, je vins soulever sa nuque tandis qu'elle abaissait la mienne. Nos lèvres se retrouvèrent avec douceur et nous profitâmes de ce moment de plénitude pour échanger quelques mots, dans des murmures complices.

-Ton épaule va bien… ? me souciai-je.

-Un peu de mal à soulever mon bras, mais ça va…m'assura-t-elle en caressant mes joues et ma barbe avec son pouce.

Je souris contre poignet que je venais d'embrasser. Son pouls pulsait contre mes lèvres.

-Ta tante ne doit pas s'attendre à te voir rentrer demain matin…dis-je, d'une voix suave et taquine.

-Tu serais surpris.

Et ce fut le cas. Haussant les sourcils avec stupeur, je tournai mon visage vers le sien et la sondait avec curiosité. Elle gloussa, nous secouant légèrement tous deux par son rire.

-Si tu voyais ta tête !

-Mais tu lui as dit quoi ? m'enquis-je, intrigué et amusé.

-Que j'allais chez toi.

Secouant le menton avec incompréhension, je lui fis comprendre qu'il me fallait plus d'explications. Elle haussa une épaule.

-Quoi ? Je suis bien chez toi, non ?

-Mais tu lui as dit que je te ramenai à quelle heure ?

-Tu ne m'as jamais dit que tu me ramènerais…glissa-t-elle en m'adressant un clin d'œil.

Afféré, mais conquis de savoir que ma cadette me réservait encore des surprises, je laissai tomber ma tête contre sa clavicule, le front collé contre elle, et soupirai longuement en plaignant ses pauvres parents qui durent en voir de toutes les couleurs la première fois qu'elle eut quelqu'un dans son cœur. Ses rires suffirent à confirmer ma réponse.

-Tu n'vas pas me faire une crise de panique, dis ? J'ai plus quinze ans tu sais…

-Hm, je sais bien, grognai-je en souriant contre sa peau.

Oui, en beaucoup de points, et pas uniquement le plan physique, je te vois depuis longtemps comme une vraie femme… A défaut de la voir comme une étudiante.

-Du coup, pas d'inquiétude quant à sa réaction lorsque tu me ramèneras demain, m'assura-t-elle en embrassant mes cheveux, tandis que ma tête reposait contre sa poitrine.

Joueur, je demandai :

-Tu veux que je te ramène demain ? Sûre ?

Un silence me répondit. Curieux, et sûrement provocateur, je tournai mon visage de façon à croiser son regard et son expression crispée était épique. Tiraillée entre la raison et le cœur sûrement…

-T'es qu'un chameau…gronda-t-elle en étirant un sourire amusé.

Je gloussai contre elle, puis, me pinçant les lèvres je vins quémander un baiser brûlant qui attiserait notre envie de luxure encore bien ancré en nous. Nos mains se joignirent ensembles avant de glisser au-dessus de sa tête. Au contact de l'intérieur de ses cuisses, chaud et humide, il ne fallut pas longtemps pour faire frissonner avidement mon bas ventre contre lequel ma hampe tendue frétillait. Je me libérai une main pour guider mon mouvement et éviter l'éventualité de la blesser. C'était toujours stressant de pénétrer si intimement son partenaire, déjà par l'appréhension de lui faire mal mais aussi, par l'impatience de sentir sa chaleur autour de nous. La lèvre inférieure mordue, je la doigtai encore pour m'assurer de la présence suffisante de cyprine, puis, d'un geste aussi lent que direct, je m'insinuai en elle en entrouvrant la bouche afin de libérer ce soupire d'aise qui me chatouillait la gorge.

Tallulah n'était pas mieux, les yeux rivés sur nos bassins liés l'un à l'autre, elle peinait à calmer sa respiration qui se fit plus saccadée lorsque j'entamai les premiers mouvements. Une fois sûr de son confort, je me laissai tomber dans les bras qu'elle m'ouvrait avec tendresse et laissai mes reins rouler à leur guise. Puis, dans un glissement rapide qui épousa les courbes de mon dos, ses mains agrippèrent mes fesses qu'elle vint presser sans retenu. De long grognement de plaisir se glissèrent entre nos baisers alors que nous eûmes accéléré le rythme.

Ses seins tressautaient sous mes coups de butoir alors que mes muscles étaient tous plus tendus les uns que les autres. Tallulah massa mes épaules, mes reins, mes bras et mon buste avec une fermeté habile et un désir non dissimulé. Gourmand, je piochai sur ses lèvres pour récupérer de multiples baisers.

Les sensations autour de mon érection étaient si intenses… Et la savoir si chaude et accueillante me rendit vigoureux. Un à coup plus fort que les autres lui arracha un long gémissement et ma cadette en redemanda. Elle ne savait décemment plus où poser ses mains. Mes cheveux, mes épaules, mes fesses, mes reins…je la sentis confuse, abandonnée au plaisir et à l'amour que je lui offrais sans limite.

Le frottement de nos peaux moites, et leur claquement libidineux m'échauffaient davantage… Faisant attention à son épaule blessée, je la positionnai à califourchon sur moi avant de reprendre mes roulements. Tallulah ne se gêna pas pour prendre les choses en mains, imposant un rythme qui me dépassa en premier lieu. L'ondulation de son bassin et de son ventre était juste divine et le fond de son être semblait m'aspirer plus encore à chaque coup. Prenant appui sur les talons, j'essayai de suivre le rythme qui devenait aussi effréné que les battements de mon cœur sous mes gémissements et les siens qui caressaient mes oreilles telle la meilleure des berceuses. Je finis par jeter ma tête en arrière sous le plaisir qui me consumait et je sentis ses dents venir mordre sans violence ma pomme d'Adam.

Tallulah se resserra autour de moi avant se relâcher subitement la pression en se cambrant contre mon torse. Je compris, aux tremblements de ses jambes, qu'elle venait de jouir, et je n'étais plus très loin de la rejoindre. M'étouffant presque, ses bras enroulèrent ma tête avant de me plaquer contre son cou. Un cri plus puissant fit vibrer mes cordes vocales alors que je venais une nouvelle fois. Un frisson m'électrisa plus vivement, semblant déchirer ma peau et me laisse la chair de poule pendant un moment hérissant chacun de mes poils.

Au-dessus de moi, Tallulah se tenait toujours assise, une main en appui sur le dossier du canapé sur sa gauche. Sans mouvement brusque, elle me libéra d'entre ses cuisses avant de se laisser attirer dans mes bras où je la réclamai. Essoufflés, nous reprîmes nos esprits en s'échangeant des mots tendres qui nous réchauffaient autant que des caresses.

Nous nous excusâmes auprès du canapé qui n'avait rien demandé, et nous demandions si nous avions réveillés un quelconque voisin.

-Honnêtement, ceux du dessus m'ont tellement cassé les pieds avec leur foutu lit en ressorts que je ne demande que ça de les avoir réveillés ! pestai-je en me remémorant les horribles nuits passées à cause de mes voisins.

Tallulah rit aux éclats dans mes bras en comprenant pourquoi j'avais l'air si grognon certains matins.

-C'est ça moque-toi, pouffai-je en lui dérobant un baiser : De toute façon il n'est pas tard non plus, m'étonnerait qu'ils soient couchés.

-Non, mais pendant le repas ou devant « The Voice », ça ne doit pas être terrible, plaisanta-t-elle.

-Tu crois que Florent Pagny voudra de moi dans son équipe ?

L'euphorie nous emporta, et nous rîmes pour tout et n'importe quoi dans les bras aimants de l'un l'autre. Quand je disais qu'il n'était pas tard, il était tout de même 23h passé. Nous avions tant traîné pour préparer le repas et le manger autour de nos conversations, qu'on dut se retrouver à échanger nos confessions assez tard.

Tallulah demanda à emprunter ma douche et nous la prîmes ensembles non sans refaire l'amour une seconde fois contre la cabine. Une fois sortis, je lui donnai des vêtements pour la nuit, qui étaient bien trop grands pour elle et cela m'amusa de la voir se battre avec un de mes boxer. Agacée, elle finit par me le rendre et se contenta du legging que je lui eu proposé pour éviter qu'elle n'ait froid.

Avec le sèche-cheveux, nous primes le temps de nous les sécher, l'un l'autre tout en conversant légèrement. Elle était derrière moi, sur ses genoux, alors que j'étais assis au bord du lit.

-Tu embauches de bonne heure demain ?

-Oui, (je regardai l'heure inscrite sur mon réveil digital -01h12-) mais ça va être dur de m'endormir, avouai-je.

-Et ta réunion…c'est pour quand ?

-Après la pause déjeuner. Des cours ont été repoussés, mais c'est nécessaire.

Une fois mes cheveux secs, Tallulah éteignit l'appareil, le débrancha et me le rendit pour que j'aille le ranger à sa place. Je partis m'assurer qu'aucune lumière n'étaient resté allumées alors que je récupérai nos affaires dans le salon ainsi que ses médicaments qu'elle se sentit obligée de reprendre.

-Tiens, (je lui tendis son sac) Et désolé si j'ai été brusque…

-Ce n'est pas tant le fait que tu aies été brusque ou autre, on était deux à l'acte…souligna-t-elle en avalant un comprimé avec l'eau de la petite bouteille que je lui eus donnée.

Ce qu'elle était belle…peu importe ce qu'elle faisait, je partais toujours sur une longue contemplation qui faisait battre mon cœur. Une fois toutes ses affaires posées à côté du lit, elle m'adressa un sourire rayonnant et m'incita à la rejoindre. Je ne me fis pas prier, et, tirant la couverture, nous nous installâmes en cuillères et j'eus sa nuque pour visu. Elle me gronda alors que je mordillai sa peau.

-Dors, m'ordonna-t-elle dans un puissant chuchotement peu crédible qui me fit glousser.

Je serrai les dents en sentant une partie de mon corps s'éveiller à nouveau.

-Dors… refit-t-elle en soupirant : Pense à Monsieur Lebarde.

-Oh non j't'en prie…ricanai-je d'un air désabusé qui l'amusa grandement.

Néanmoins ce fut efficace.

Le nez dans ses cheveux et le souvenir de nos ébats tapissé dans mon esprit, je parvins plus rapidement que je ne le crus à trouver le sommeil. Tallulah avait noué nos doigts avant de ramener mon bras autour de sa taille. Ce fut le cœur rempli d'allégresse que nous passâmes notre première nuit ensemble. La première, d'une longue liste, je l'espérai bien…

A suivre…

[Alors...il faut savoir (enfin je l'avais dit je crois) que j'écris mes chapitres en avance, histoire de ne pas trop faire attendre entre chaque lecture. Et ce chapitre était écrit un petit peu avant que je ne joue à l'épisode 9...Si sur le coup, je m'en battais les reins, ce qui m'a rendue très hésitante quant à la publication de ce chapitre où Tallulah et Rayan passent leur première scène d'amour ensemble, ce sont les réactions plutôt houleuses des sucrettes sur le forum, vis à vis de l'épisode 9...Je ne m'attendais pas à ça, et je ne vais pas vous le cacher, d'habitude je m'en fiche, je publie et basta, mais là, je vous demanderais sincèrement, de ne pas vous montrer virulents ou autres, que ce soit entre vous dans les commentaires, ou contre moi, voilà, j'écris l'histoire avant tout pour moi, elle est classée mature, je ne peux pas faire attention à tout le monde en plus d'avoir fait ça. Si vous vous sentez d'humeur à commenter, faites le, les autres qui le font, doivent le savoir maintenant mais je leur réponds avec grand plaisir ;), mais restez courtois si cela doit être un commentaire négatif :/ La négativité ne se soit pas d'être agressive :) !

Pour les autres qui auront appréciés ce moment, je vous dis à la semaine prochaine pour la suite de leurs aventures ! Merci d'avoir lu :) ]