[Petit mot d'avant lecture: Bonjour ! Les deux prochains chapitres sont des chapitres plutôt doux et calmes très euphorique pour nos deux tourtereaux, fraichement en couple ! Ils savent tous deux qu'ils ont encore beaucoup de chemin à faire et continueront à apprendre à se connaître et à s'aimer davantage, non sans connaître quelques soucis dans des chapitres un chouïa lointain ;) mais pour le moment, un peu de douceur et de calme! Bonne lecture à tous :) ]


Tallulah

Même avec le plus gros des efforts, Rayan ne parvint pas à éteindre son réveil suffisamment rapidement pour que je n'entende pas l'alarme. Je ricanai toute seule en l'entendant se retourner dans le lit, s'assurant certainement que je dorme toujours.

-Pas trop crevé… ? grognai-je d'une voix groggy et les yeux encore clos.

-Pardon, soupira-t-il en déposant un baiser sur ma joue : J'aurais dû couper le réveil et n'utiliser que mon portable.

-Et risquer louper le travail ? Rayan, je dors avec Yeleen et elle se lève habituellement bien plus tôt que moi. (Je me retournai en frottant mes yeux) J'suis habituée.

-Mais alors comment tu fais pour arriver tout le temps en retard ? s'étonna-t-il. Je sentis le second degré, pourtant, je l'envoyai paitre en lui fourrant mon oreiller dans la figure.

Il rit, d'une voix enrouée par le sommeil et je sentis mon cœur se laisser charmer. Même au réveil, il est irrésistible… me dis-je, en me souvenant de l'avant-goût qu'il m'eut donné le soir où il s'était endormi sur sa table, alors que nous travaillons ensemble sur mon mémoire. Mon mémoire…Je soupirai en pensant à tous les cours que je devrais rattraper et le mémoire que je devais absolument rependre.

-On n'a toujours pas passé notre premier entretient pour mon mémoire, lui fis-je remarquer en plaquant mes bras contre mes yeux alors qu'il allumait la faible lumière de son applique murale au-dessus du lit.

-T'es sérieuse ? Tu penses à ça dès le réveil ? Mais je comprends quand les infirmiers disaient que ta tension était haute… murmura-t-il en venant s'allonger sur moi. J'écartai mes jambes pour venir le caler plus confortablement et sans gêne, il souleva le t-shirt qu'il m'eut passé pour la nuit et se mit à embrasser ma poitrine : T'as vraiment besoin de te détendre, grogna-t-il, enjôleur.

-J'en connais un autre qui est tendu, ris-je en sentant son érection contre moi.

Rayan sourit contre ma peau. Ses grandes mains sur mes seins me faisaient allègrement frissonner et il me fut difficile de réprimer le désir qui ne m'eut pas tant quitté que cela depuis hier soir. Puis, le voir ainsi, les cheveux en bataille, le regard allumé par cette envie ardente qui me transperçait, sa peau chaude… Mon aîné vint placer mes mains au-dessus de ma tête, mes cheveux éparpillés autour de mon visage et vint m'offrir le plus tendre des baisers qui me fit grogner d'aise.

-Fais-moi l'amour… susurrai-je et son sourire se fit plus taquin.

-Comment dire non… ? me répondit-il sans vraiment attendre de réponse.

Retrouvant l'inspiration, nos corps redevinrent les maestros d'un orchestre accompagnant l'opéra le plus libidineux que les théâtres ne pouvaient offrir. Au terme de son acte final, Rayan retomba lourdement sur moi, pantelant, et ensemble, nous nous remîmes de nos batifolages qui nous firent sourire comme des biens heureux.

-On n'avait pas à se presser autant, souffla-t-il en regardant l'heure sur son réveil : On aurait pu gratter encore…dix minutes ? souligna-t-il avant de venir dévorer ma gorge.

Mon rire vibra contre sa bouche.

-Et ton petit déjeuner ? Je ne serai pas là pour te refiler une mandarine !

-Je peux toujours passer à ton lieu de travail et demander à ton si aimable collègue de me préparer un encas à emporter, renchérit-il, la voix entrecoupée par ses baisers. Je sentis une pointe de sarcasme dans ses dires.

-Hé…Il est professionnel, il te servira, dis-je calmement, en venant caresser son dos en sueur.

-Je ne dis pas le contraire, reprit-il en croisant mon regard : Mais comment réagira-t-il quand…(il marqua une pause) Il apprendra pour nous deux ?

-Tu crois qu'il ne s'en doutait pas ? fis-je, un peu sceptique : Rayan, soupirai-je avant de me dresser sur mes coudes : Ecoute, c'est réglé avec Hyun. Il aura la réaction qu'il aura, mais il sait que…

Même s'il s'agissait ici de Rayan, je n'avais pas envie d'exposer les sentiments de mon ami devant lui. Puis, semblant comprendre ce qui me taraudait, il me dit qu'il savait très bien que Hyun m'aimait bien plus qu'un simple ami pouvait le faire.

-Et il a tout de suite su que tu me plaisais. Il n'est pas crédule…Mais je ne veux pas que ce soit une source de conflit entre vous deux, s'inquiéta-t-il sincèrement en caressant mon visage.

-Je sais et je t'ai dit que c'était réglé, répétai-je gentiment en lui souriant avec tendresse.

Mon aîné avait compris. Son regard franc et son hochement de tête me le confirmèrent ainsi que le long baiser langoureux qui nous fit frissonner. Je m'étirai sous son corps en me sentant plus réveillée que jamais.

-Tu as l'air en forme !

-20 minutes de sexe valent mieux qu'une tasse de café, déclarai-je en dégageant son front d'une main, éloignant ses boucles brunes : Scientifiquement prouvé !

-Va falloir que tu me donnes les sources de tes recherches…gloussa-t-il avant de se lever.

Je fis de même, non sans sentir tout de même la lourdeur de mon corps qui sembla me clouer sur place. Nous n'avions que peu dormi, et nos folies se faisaient ressentir une fois debout. Rayan traîna les pieds jusqu'à sa salle de bain, tandis que je me permis de rejoindre sa cuisine, après m'être rhabillée.

Le café était déjà coulé, je compris que la machine était programmée à heure fixe. J'en servi une à Rayan, et, bien que je ne fusse pas très fan, je m'en contentai d'une pour moi également, en lisant les messages que j'eus reçus tard, la veille. Alexy et Rosa me demandèrent si j'étais disponible aujourd'hui, apparemment, ils avaient prévu une session shopping pour célébrer ma sortie de l'hôpital. Sachant qu'il était très tôt, je ne pris pas le risque de les réveiller avec mon message et me dis que je leur répondrai plus tard. Mais dans tous les cas, ça allait être un refus, bien que je fusse emballée par l'idée. Mais Chani et moi avions déjà prévu notre propre session « shopping » mais au magasin de bricolage pour notre appartement. Bon sang…j'ai encore du mal à croire qu'on ait cet appart de dingue ! me hurlai-je en mon for intérieur, souriant comme une idiote. Je lis les autres messages.

Camille me demandait si je revenais bientôt au dortoir. Il avait un match aujourd'hui, il allait être crevé le dimanche et ne bougerait pas de sa chambre. Il avait souhaité qu'on se voie. Je n'eus pas l'impression que cela fut pour une proposition coquine, tant le message restait très, voire, trop simple pour mon ami qui avait toujours le mot pour rire…Il faudra quand même qu'on clarifie cela aussi… Me dis-je, bien que l'on ne se dût rien l'un envers l'autre, j'estimai qu'il était plus sage de calmer nos fantasmes maintenant que Rayan et moi nous…

Nous quoi ? me dis-je en gardant ma tasse suspendue dans le vide, le regard perdu dans le lointain de mes pensées. On a couché ensemble mais comment nous voit-il ? Puis, me souvenant de ses dires au sujet de la réaction de Hyun, je me traitai d'idiote en réalisant que mon aîné aussi, nous voyait bien engagés l'un à l'autre. Mon cœur en fut bercé de joie, et mon sourire ne me quitta nullement.

Rayan revint, vêtu d'un jean blanc qui éblouissait sa peau sombre, et une chemise grise, entrée dans le pantalon, mal boutonnée au niveau du col. J'ignorai que mes lèvres pouvaient sourire si fort. Les manches remontées, je lui demandai s'il n'avait pas froid.

-J'ai un cardigan avec, ne t'en fais pas, assura-t-il en me dérobant un baiser avant de remarquer la tasse fumante sur le plan de travail : Pour moi ?

J'opinai, et l'observai s'installer sur la chaise à côté de moi. Nous étions à la même place que pendant notre dîner.

-Je vais filer m'habiller, dis-je en voyant l'heure sur mon portable.

-Quoi ? Tu veux rentrer si tôt ? s'étonna-t-il : ça ne va pas réveiller ta tante ?

-Pas sûre qu'elle dorme toujours, mais je ne veux pas te faire arriver en retard au boulot.

Rayan haussa une épaule avant de prendre une gorgée de son café. Il sembla hésiter, et je vis de la déception dans son regard. Il ne veut quand même pas… Ayant peur de me faire une fausse idée, je me mordis la lèvre inférieure avant de lui demander, le cœur battant.

-Tu veux que je reste ?

Un sourire en coin s'afficha sur ses lèvres collées au bord de la tasse. Mon aîné rougit, semblant pris la main dans le sac, et posa un regard presque suppliant sur ma personne. Attendrie, je reniflai un rire et revins vers lui. Il se tourna à demi sur sa chaise, m'offrant une cuisse sur laquelle je vins m'asseoir en passant mes bras autour de son cou.

-Fallait le dire, assurai-je.

Rayan détourna les yeux, un peu crispé et embarrassé.

-Je craignais être insistant…(Il se pinça les lèvres avant de croiser mon regard) Tu veux bien rester ?

Je hochai doucement la tête en souriant.

-J'appellerai ma tante. Mais demain matin, je devrai retourner chez elle, sûre, terminai-je avec sérieux.

Non pas que je n'aurais pas passé tout le week-end avec lui, mais j'avais prévu des choses avec ma tante et je ne voulais pas remettre ça à plus tard. Rayan comprit parfaitement, et me confia ses clés pour la journée.

-Je te dirai juste à quelle heure je reviens ici, histoire que je ne me retrouve pas comme un con sur le palier, rit-il en levant les yeux au ciel : Tu seras prudente en rejoignant Chani pour vos courses, me prévint-il avec inquiétude.

-Promis. L'arrêt de bus n'est pas loin de ton immeuble, je n'ai pas grand-chose à parcourir, assurai-je.

Mais c'est plutôt les gens dans le bus qui m'effraient… Même si mes deux agressions s'étaient faites à l'extérieur, le bus restait tout aussi angoissant. J'avais la boule au ventre à l'idée de me retrouver coincer contre un type plus baraqué que moi. Réprimant un frisson, je vins camoufler un long bâillement qui fit rire mon aîné.

-Tu vas pouvoir te reposer encore un peu si tu veux. Si tu as besoin de quoi que ce soit pendant mon absence, tu n'hésites et tu fais comme chez-toi.

-Bien, souris-je avant de venir l'embrasser chastement.

N'ayant pas plus de temps pour manger quelque chose avec son café, Rayan m'indiqua où je pouvais trouver de quoi me sustenter pour mon petit déjeuner, avant d'enfiler son cardigan et son manteau pour se préparer à combattre le froid extérieur. Sa mallette sous le coude, il vint quémander un dernier baiser tandis que je lui souhaitai bon courage pour sa journée. Je me souvins d'un détail :

-Ne passe pas au cosy bear, il est fermé ! lui dis-je en me souvenant des dires de Hyun.

-Ah mince…bon, je trouverai autre chose, au pire il y a le réfectoire. (Il examina l'heure sur son portable) Bon je file, à plus tard.

Je lui souris et fermai la porte derrière lui après un dernier regard complice. Seule dans le couloir d'entée, je soupirai longuement avant de faire un tour sur moi-même, un peu euphorique après tout ce qu'il venait de se passer depuis hier, tout ce que j'avais appris… Il a passé 14 ans de sa vie à garder ça en lui…à vivre avec ça…

Le cœur serré, je revins dans la cuisine et me préparai de quoi manger, distraite. Je comprends mieux toute sa réticence à vouloir m'approcher. Rayan, avait compris bien avant moi, la nature de ses sentiments à mon égard et cela l'eut effrayé tous ces mois où nous n'avions fait que flirter d'un couloir à un autre, entre deux sous-entendus placés dans nos conversations banales, d'étudiante à professeur.

Maintenant que je connaissais l'explication à ses craintes, je me sentais doublement plus responsable de son bienêtre. Les temps avaient changé, certes, mais je ne tenais pas à ce qu'il revive un tel drame une seconde fois. Je savais ma spontanéité parfois un peu trop culotée, je me devais de faire attention avec sérieux, sans pour autant délaisser l'homme qu'il était et que j'aimais.

Je me doutai que nos proches allaient rapidement être au courant, sans avoir besoin de faire une annonce officielle. Mais sachant, qu'il arrivait parfois de nous retrouver à la même table au réfectoire, ç'allait être dans ce genre de situation que nous, et nos amis, aurions à faire bien attention à nos paroles. Je me souvins déjà qu'Alexy manqua de gaffer face à Madame Klamis.

Rayan semblait également beaucoup parlé à Leigh et Rosalya, je savais mon ancien beau-frère très discret sur ce genre de sujet, d'autant plus que ce n'était pas lui qui viendrait se présenter à la fac pour faire une telle annonce sans queue ni tête…Quant à Rosa, je la savais vraiment mûre pour la gestion des relations compliquées, ayant elle-même était dans cette situation dès l'âge de 16 ans.

-Il va vraiment falloir que je contrôle la langue d'Alexy, ris-je, désabusée, tout en me beurrant une biscotte.

Après mon repas, je terminai notre vaisselle inachevée et essayai de ranger chaque plat à la bonne place. Cela me faisant encore bizarre d'être chez lui. C'était si nouveau et l'odeur de sa demeure m'était à la fois étrangère et familière. Après une bonne douche, j'en profitai pour arranger ce lit dans lequel, si courte fut ma nuit, j'eus bien dormi. Sa chaleur, son odeur, le confort…Un brin d'amour ! Tout ça composait le meilleur des matelas !

Perdue sur les chaînes de sa télévision, je me retrouvai rapidement à l'heure convenue pour nous retrouver Chani et moi. Après avoir récupéré mes affaires, j'éteignis tout, fermai tout et quittai l'immeuble pour rejoindre l'arrêt de bus juste à l'angle de la rue. J'en profitai pour appeler Rosa afin de prendre de leur nouvelle à Leigh et elle. Mon amie me répondit très rapidement.

« Hiii, ma puce dis-moi qu'on part faire du shopping ! »

-Haha, bonjour à toi aussi Rosa ! ris-je, souriante et heureuse d'entendre mon amie si enjouée de m'avoir au téléphone.

« Pardon, pardon haha ! Alors, comment tu te sens ? Tu dois être soulagée d'avoir quitté l'hôpital. »

-M'en parle pas…(je soupirai) Enfin, je voulais savoir comment vous alliez. Et puis, désolée pour hier soir, je viens de voir ton message et…je crois que pour le shopping on va devoir repousser, dis-je sincèrement désolée.

« Oh, eh bien écoute tout va bien, Leigh est content, son frère l'aide à la boutique aujourd'hui ! Cela lui rappelle lorsque Lysandre vivait encore avec lui. (Elle marqua une pause) C'est vrai ce que nous a dit Lysandre… ? » demanda-t-elle subitement d'une voix grave et quelque peu hésitante.

-C'est-à-dire ?

« Eh bien, au sujet de vous remettre ensemble…Il t'a vraiment demandée ça ? »

Hochant la tête sans qu'elle puisse me voir, je confirmai simplement :

-Oui c'est vrai. Mais je ne compte pas accepter. Lui et moi, c'est du passé… Un bon passé, mais un passé quand même, souris-je.

« C'est bien…que tu n'aies pas laissé la nostalgie te gagner » dit-elle en souriant « Bien sûr, je ne vais gérer ta vie, mais j'ai le nez pour ces choses-là. Et j'ai bien senti, quand on en n'a parlé l'autre jour dans ma salle de bain, que tu étais encore très confuse vis-à-vis de votre rupture. Mais je sentais aussi…que tu avais été déçue par Lysandre, je me trompe ? »

Le bus arriva. Je mis mon kit piéton afin de poursuivre sans gêne, ma conversation avec ma meilleure amie.

-Disons qu'on a tous les deux eux des mots durs, que nous nous sommes naturellement pardonnés, car la fierté ne fait pas avancer. Mais la sienne, de fierté, était vraiment…dominante dans notre couple, et je ne savais plus quoi faire pour le faire comprendre que j'étais là pour lui, et non contre lui. Il n'y avait que dans nos lettres que nous nous comprenions. Mais ça ne maintient pas un couple si jeune avec des personnalités si opposées. Si j'étais confuse, et si je pensai encore à lui c'était surtout parce que je le savais encore très perdu et seul là-bas…

« Tu t'inquiétais, c'est légitime. Et qu'est-ce qui t'a fait savoir que tu étais passée à autre chose ? »

-Quand je l'ai senti si mûri…si bien dans ses pompes en fait. Je n'avais plus de souci à me faire, il a su reprendre les choses en mains et trouver sa place au domaine.

Mon amie rit avec douceur.

« Je comprends Leigh, lorsqu'il dit que tu étais parfaite pour Lysandre. Mais maintenant, pense à toi ma puce. Lyschou saura tourner la page ne t'en fais pas. »

-Il faut quand même que je lui réponde assez vite…quand repart-il ?

« Il a repoussé à demain soir. Tu voudras venir manger à la maison ? »

-On a déjà prévu quelque chose avec ma tante, mais si je peux le rencontrer dans la journée, s'il est disponible je crois que ce serait bien. (Je haussai une épaule) Je peux toujours lui envoyer un sms, pas comme si je n'avais plus son numéro…

« Fais-ça, et ne t'inquiète pas d'accord ? Toi aussi, t'as le droit de penser à toi ! »

Mon cœur s'emballa alors que je me remémorai ma soirée torride avec Rayan.

-Ne t'en fais pas, j'ai bien pensé à moi cette nuit, grognai-je avec délice.

« Houlà….houlà….houlà-là-là-là-là ! Toi… (je l'imaginai tellement agiter son index d'un air menaçant) Toi, t'as des choses à me raconter. »

Je ricanai, mordant le bout de ma langue.

-C'est bête, j'ai déjà prévu de voir Chani pour acheter deux trois bricoles pour notre appartement. On repousse le shopping ou bien… ?

« Tu te fous de moi là !? Tu m'aguiches avec tes sous-entendus et tu voudrais peut-être qu'on ne se voie pas ? Ne bouge pas, je vais y aller moi aussi acheter deux trois bricoles pour votre appartement ! T'es où ? »

-Haha ! Je suis dans le bus, en route pour rejoindre Chani. On s'est donné rendez-vous devant le campus pour prendre l'autre ligne qui doit nous mener au centre-ville.

« On vous rejoins ! »

-Ne me dis pas que tu vas récupérer Alexy ? Il n'a pas déjà un truc de prévu avec Mor-

« Si je lui dis que ça concerne un jeune Maghrébin aux yeux verts, et une petite sale chipie cachotière, ne t'en fais pas, même Morgan comprendra ! »

-Mais comment tu-

« Boh, j'te connais si bien que j'pourrais être ta mère ! »

-Tss, j'n'aime pas quand t'as raison…(Je souris) Bon, je préviens Chani qu'il y aura plus de monde que prévu et on se retrouve tous au centre-ville ?

« Pas de souci ! »

Après de rapides aurevoirs, puisque nous nous reverrions bientôt, je raccrochai. Je reconnus la rue et me préparai à descendre au prochain arrêt. Quand j'eus atteint la fac, j'envoyai un texto à Chani pour savoir où elle se trouvait. Moins de cinq minutes plus tard, une petite blonde aux mèches rose pastel traversa la cour sous le regard un peu confus des professeurs et élèves, si peu furent-ils, qui se trouvaient autour de nous. Je trépignai, le sourire aux lèvres et ouvris en grand les bras pour accueillir mon amie qui me sauta au cou. Nous nous étions si peu vues hier alors que nous eûmes signé notre contrat. Nous n'avions rien eu le temps de fêter, et elle était partie presqu'aussitôt à son lieu de travail. Nous soupirâmes dans les bras de l'autre, heureuses de nous retrouver plus franchement.

Nos regards se croisèrent avec une certaine complicité, et, avec synchronisation, nous sortîmes nos nouvelles clés d'appartement qu'on agita avec excitation.

-J'ai déjà hâte d'être à la fin de ses fichus partiels, maugréa-t-elle : Mes parents tiennent les tiens au courant pour fixer une date pour descendre nos affaires.

-D'accord, oui il faut vraiment qu'ils fassent ça quand ils ont une journée tranquille ! (Je rangeai mes clés) Bon alors, comment tu vas ?

-J'avais hâte que t'arrives, je me sentais mal, ma colocataire semble un peu triste que je quitte ma chambre. J'avais l'impression de devoir me justifier, comme si elle pensait que c'était sa faute, mais non…

-Houlà, j'espère que je n'aurais pas le droit à la même scène ! (Je fis mine de réfléchir) Quoi que, Yeleen m'a déjà fait une remarque l'autre fois, quand je n'étais qu'en phase de recherche…

-Haha, elle va te séquestrer !

-Nooon ! piaillai-je. Oh fait ! Rosa et Alexy doivent nous rejoindre au centre-ville, est-ce que ça te dérange ? Désolée, je ne préviens que maintenant mais ça s'est fait un peu promptement…

Chani sourit et secoua la tête.

-Du tout, ils sont sympas, m'assura-t-elle : Mais personne ne critique nos achats, attention ! prévint-elle avec un air faussement menaçant.

-T'inquiète, quand il ne s'agit pas fringue, ils sont muets comme des carpes, ris-je en enroulant mon bras autour du sien, alors que nous partîmes attendre le bus.

-Mais comment en sont-ils venus à vouloir venir avec nous ?

Je lui expliquai donc les messages de mes amis et leur demande de partir faire du shopping, puis, je lui fis comprendre que j'eus plus ou moins attisé la curiosité de Rosa qui s'était mise en tête de récupérer Alexy pour une réunion confession. Chani me regarda en coin, taquine et je sentis l'interrogatoire approcher. Faisant mine de ne pas comprendre son air curieux, je regardai autour de nous, comme pour m'assurer que le bus n'était pas loin.

-Accouche, cachotière du dimanche !

-Ah ! du vendredi soir plutôt ! plaisantai-je en lui adressant un clin d'œil et elle haussa les sourcils.

-Genre…t'as vu le prof hier soir ?

Mes joues prirent feu en je ne pus m'empêcher de glousser nerveusement. Puis zut !

-Roh, puis mince, hein, je leur dirais quand on les verra ! m'agaçai-je, ne pouvant plus le garder pour moi : On a fait un peu plus que ce voir, si tu vois ce que je veux dire…lui avouai-je, dans un murmure joyeux.

Chani ouvrit la bouche en une expression de stupeur avant de demander si on n'était ensemble :

-Oui, assurai-je en reprenant contenance, mais le sourire ne quitta pas mes lèvres. Sans trop entrer dans les détails, je lui expliquai notre soirée à Rayan et moi : Le reste s'est fait naturellement. Tu sais, ça fait depuis Septembre qu'on se tourne autour, et je crois…(je baissai les yeux) Je crois que mon agression et tout ce qu'il y a eu autour, a eu un certain impact sur nous deux. (Je songeai en silence au passé de Rayan) un énorme, même…

Mon cœur se serra douloureusement, en imaginant l'anxiété qu'il dut ressentir aux urgences tandis que moi, je ne savais même pas où j'étais, ni même dans quel état réel je me trouvai, totalement inconsciente. Posant sa tête contre mon bras, Chani caressa le dos ma main, jointe à la sienne, avec son pouce.

-Tu dois être tellement heureuse…sourit-elle.

-Oui ! déclarai-je dans un rire cristallin : Je sais qu'on a encore un long chemin à faire pour consolider notre relation, et qu'il y aura sûrement de gros moments d'incompréhension entre nous, vu la situation dans laquelle on se trouve…Mais merde ! On n'est plus au siècle dernier ! m'outrai-je non sans repenser à la douleur de Rayan d'il y a 14 ans…

-Je suis tout à fait d'accord avec toi, renchérit Chani qui croisa mon regard avec sérieux : Et ne t'en fais pas, s'il y en a un qui vous fait une remarque, il ne sera pas près de m'oublier quand je lui aurais faire comprendre qu'il est tant d'ouvrir les esprits et de laisser les gens s'aimer et s'assumer comme ils l'entendent tant qu'ils le consentent !

Les paroles de mon amie me réchauffèrent le cœur. Ce que c'est bon de l'avoir à mes côtés… Puis, subitement soucieuse, elle demanda tout de même comment nous comptions agir à la fac.

-Nous restons professeur et étudiante. On ne va pas se parler moins qu'avant, mais nous garderons ne mains dans nos poches, comme tout couple qui se doit de se tenir dans un établissement scolaire en fait. On ne fera pas d'annonce officielle si tu veux par-là, mais en dehors des cours, on ne se cachera pas ça c'est certain, donc, si quelqu'un tombe sur nous, eh bien, je ne vois pas trop ce qu'on pourra nous reprocher.

-Tout à fait, faut pas s'arrêter de vivre à cause de deux trois crétins de passage. (Elle renifla férocement avant de reprendre, plus douce) Mais, ça ne le dérange pas…enfin je veux dire…haha, comment je dois l'appeler ?

-Comme tu le sens ma puce, je pense que l'appeler par son prénom, quand nous serons en soirée ça passera, ça le gênera moins, mais là, tu fais comme tu le sens, assurai-je, comprenant parfaitement le malaise de mon amie qui n'avait encore pas passé de temps en dehors des cours avec Rayan.

-Bon, je vais me contenter de Monsieur Zaidi pour l'instant, rit-elle : Mais, ça ne le dérange pas que tu m'en parles ? Bon, il est au courant que je sais que vous vous voyiez, mais là…

-Ah bon ? fis-je, stupéfaite : Il savait que t'étais au courant ?

-Haha, il s'est douté qu'on se disait tout, et pendant ton hospitalisation, il venait me parler au début et en fin de cours, comme je prenais de tes nouvelles à travers ses visites. On a fini par en parler.

Le cœur battant, je sentis mon sourire s'agrandir en apprenant que Rayan semblait être de plus en plus à l'aise avec l'idée de côtoyer une de ses étudiantes. C'était bien pour lui, de pouvoir passer au-dessus de cette restriction que le choc de la mort de Dana lui eut imposée. Cela prendra le temps qu'il lui faut…

-Je ne pouvais pas ne pas te le dire Chani, dis-je sincèrement : Et puis, je sais que Rayan risque d'en parler à Leigh.

-Leigh ? C'est bien le petit ami de Rosa, non ?

-Oui ! Rayan et lui se connaissent depuis son arrivée, cet été. (Je lui souris) On va être colocataires, ou plutôt… on est colocataires et je me vois mal te cacher quoi que ce soit. Puis, je me sens si bien avec toi, c'est vrai, nos conversations sont à la fois très passionnées et simples et ton soutien me fait du bien depuis mon retour dans cette ville. Je ne sais pas si un jour, je pourrais te rende la pareil, mais je t'apprécie beaucoup trop pour faire semblant que tu ne fais pas partie intégrante de ma vie privée Chani, lui avouai-je, le cœur ouvert : Je suis tellement heureuse de te connaître…

Assise à côté de moi, je vis ma petite camarade déglutir en ancrant un regard larmoyant dans le mien. Soucieuse, je lui demandai aussitôt ce qui n'allait pas et, riant aux éclats elle essuya le coin de ses yeux.

-Haha, tu vas finir par remettre en question mon orientation sexuelle ! (Elle se calma) Tallulah, ma relation avec Charly n'a pas encore atteint le même stade que Monsieur Zaidi et toi (elle leva les yeux au ciel) quoi que ça ne saurait tarder ! Mais sache, que tu seras la première au courant, et que, ça me fera un plaisir fou de te faire partager ça…Tu sais, en cinq ans d'études…non, depuis toute ma scolarité, je crois que je peux dire avec certitude que t'es bien ma première meilleure amie, souffla-t-elle, l'émotion semblant nouer sa gorge.

Trop d'empathie en moi pour que je reste de marbre, j'ouvris mes bras et vins la caler contre moi, en frottant mon visage contre ses cheveux. Ma Chani… Je ne pouvais déclarer ressentir la même chose pour Chani. J'aimais Rosa, Alexy et Stéphan comme des meilleurs amis, mêmes si oui, on avait nos coups de gueule, on pouvait même se critiquer parfois, mais on se retrouvait toujours pour mettre les choses au clair et s'aimer de plus belle d'année en année. Mais Chani, ce bout de femme que je tenais dans mes bras…c'était bien quelque chose à part ce que nous vivions. Comme une…âme sœur. Je devais la rencontrer, nous devions nous aimer, nous écouter et nous comprendre. On se complétait à nous deux.

-C'est moi, qui suis heureuse d'avoir croisé ta route… murmura-t-elle contre notre étreinte.

L'arrivée du bus interrompit notre moment câlin et nous rejoignîmes le centre-ville. J'envoyai un message à Rosa pour savoir où ils se trouvaient Alexy et elle. Finalement, ils nous rejoindraient un peu plus tard au café du grand centre commercial à côté du magasin de bricolage où nous nous rendions Chani et moi.

-Bon, eh bien il n'y a plus qu'à y aller !

Jouant les curieuses, nous traversâmes tous les rayons en discutant des cours que j'eus raté cette semaine. Camille et Chani furent des amours…Ils m'avaient déjà préparé des notes que je n'avais plus qu'à ajouter aux miennes sans que je me prenne la tête à passer mes soirées à tout rattraper.

-Je les miennes dans mon sac, Camille te donnera les siennes Lundi.

-Merci beaucoup…dis-je, gênée mais très reconnaissante.

Me souvenant du message du rugbyman, je lui répondis, m'excusant de ne pouvoir venir le voir Dimanche mais je lui assurai que, lui et les autres, je ne les lâcherai pas d'une semelle Lundi. Sa réponse ne se fit pas attendre. « Un peu déçu de ne pas te voir, mais je comprends, ta tante doit vouloir te garder pour elle, haha ! » Je le trouvai un peu plus serein que dans son précédent message. Il m'en envoya un autre « Tu sais, on s'est tous fait beaucoup de souci pour toi…Et je suis désolé, de ne pas avoir suffisamment surveillé Jordan. Je te promets que plus rien de tout ça ne recommencera… » J'allais répondre, le cœur serré, quand il ajouta : « Je suis tellement désolé… »

Mon cœur se brisa. Il n'allait pas du tout mieux. Je préférai ne pas rien envoyer pour le moment, nous avions besoin d'éclaircir cela de vives voix.

Chani et moi finîmes par trouver les couleurs que nous cherchions, et finalement, j'optai pour un vert d'eau foncé, que je mariai avec un blanc ivoire pour garder une certaine clarté dans ma chambre. Chani se reprit un pot blanc pour refaire les plinthes de sa chambre et un rouge carmin sombre et légèrement violacé pour les murs de sa chambre qu'elle mêlerait à de la déco plutôt argentée, me dit-elle. Je compris que nous mettions toutes deux un point d'honneur sur l'harmonisation de nos chambres.

Nous ne toucherions qu'à ça. La salle de bain, le salon et la cuisine étant refaits, il ne restait plus qu'à changer le lino des chambres et dans le couloir, les murs duquel nous ne toucherions pas non plus. Un peu chargées, nous prévînmes Alexy et Rosa que nous ne pourrions certainement pas aller au café avec tout ça. Mon amie m'envoya un message, m'indiquant qu'ils étaient chez elle, attendant simplement de pouvoir nous rejoindre, mais décidèrent qu'il serait mieux qu'on se voit à son appartement. « Chani est la bienvenue ! » Rajouta Rosa avec un clin d'œil.

Finalement, nous déposâmes nos pots de peintures chez ma tante, comme c'était plus proche que le Campus, et elle m'assura de pouvoir les conserver jusqu'à notre déménagement. Puis, soulagées d'un poids nous retrouvâmes Rosalya et Alexy qui nous accueillirent avec chaleur.

-Bienvenues ! sourit Rosa, en nous serrant dans ses bras. Alexy se rua vers moi pour me faire mille et un bisous sur la joue gauche, tel un papy gâteux.

-Tu baves ! râlai-je en riant.

-C'est pour que tu restes collée à moi ! Comme ça pouf ! je sais toujours où tu es, plaisanta-t-il, bien que je pusse toujours percevoir ce voile qu'inquiétude et de remords dans son regard. Oh, mon Alex'…

Après ce chaleureux accueil, nous nous installâmes à la table du salon, autour d'une tasse de café, de thé ou encore de chocolat chaud et de gâteaux. Midi était passé, et Chani et moi n'avions rien mangé et ces petits encas étaient les bienvenus.

Après avoir échangé quelques banalités, Alexy amena le point central qui nous eûmes réuni aujourd'hui.

-Bon ! On m'a parlé d'un jeune Maghrébin aux yeux verts… je me demande bien pourquoi ! s'offusqua-t-il, feignant l'ignorance.

Chani et Rosa gloussèrent sous les pitreries d'Alexy et, ne pouvant plus vraiment faire machine arrière, je leur partageai ce que j'eus raconté à Chani.

-Alors quoi, t'es en train de dire que le prof et toi avez fait la popote et hop ! Vous vous mettez ensemble ? C'est rapide dis-moi…

-Oh l'autre ! ris-je, quelque peu outrée : On en parle de Morgan ?

Il leva les yeux au ciel non sans sourire, amusé.

-Puis, ça fait un moment quand même qu'on se cherche hein, fis-je remarquer : Fallait bien lâcher prise à un moment-là !

-Oui enfin ça va, vous avez mangé ensemble ! super ! railla-t-il.

Chani, Rosa et moi nous lançâmes un regard ahuri, avant de le reposer sceptiquement sur Alexy qui ne semblait pas avoir compris. Faut vraiment tout lui dire mot à mot ?

-Si on te dit qu'il n'y a pas que le poulet qui s'est fait sauter aux petits oignons, ou encore la courgette qui s'est fait péter la rondelle, tu comprends mieux ? lâcha Chani sans vergogne : Puis…j'veux pas dire, mais elle a de belles marques dans le cou, hein.

Rosa ricana en haussant les sourcils avec stupeur tandis que je virai au rouge pivoine en portant une main à ma nuque, comme pour cacher les suçons. Je le sentais, mes joues prirent quelques degrés supplémentaires. Hébété, Alexy ouvrit la bouche en une expression quelque peu troublée, puis, me regarda en fronçant un sourcil interrogateur.

-Chani ! m'écriai-je.

-Non mais fallait l'aider là ! rit-elle en constatant les réactions choquées qu'elle eut suscitées chez chacun d'entre nous.

-Ah donc…t'as couché avec lui ?

Je levai les yeux au ciel, tandis que Rosalya se passait une main sur le visage, excédée, mais terriblement amusée.

-Non, non je lui ai lu l'horoscope de la semaine ! Bah OUI ! clarifiai-je enfin : Oui, j'ai couché avec Rayan ! J'te dis, ça fait des mois qu'on se tourne autour ! Alors oui, officiellement on ne se voit pas depuis longtemps en dehors des cours, mais crois-moi ça nous a bien mis en confiance, haha !

Alexy lâcha un long soupire d'entendement, comprenant enfin l'entièreté de l'histoire. Ah bah dis-donc !

-Mais moi je croyais que vous ne vous voyiez uniquement en tant qu'amis…c'est pour ça, je trouvai ça rapide en fait.

-Ah donc tu ne comprenais vraiment pas quand ils nous ont annoncé qu'ils se voyaient, l'autre soir au bungalow ? Genre, quand tu nous disais que tu vois Morgan… ? s'indigna presque Rosa.

Alexy haussa un sourcil avec évidence.

-Ouais, bon d'accord ! J'ai été long à la détente !

Sans méchanceté, je me moquai de lui en mimant quelqu'un qui pagayait sur une barque. Chani en rajouta une couche en mimant quelqu'un qui écopait un bateau en train de couler et Rosa nous acheva tous en mimant quelqu'un en train de se noyer.

-Allez bien vous faire voir ! Vraiment ! gronda Alexy qui rougissait d'embarras en contrôlant difficilement ses ricanements nerveux.

Le fou rire général ambiança le salon, à tel point que nous n'entendîmes pas Leigh et Lysandre rentrer. Ils durent se demander ce qu'il se passait ici, non sans sourire avec une pointe d'incompréhension pour nous faire réagir.

-Oh, vous êtes rentrés ? s'étonna Rosalya qui examina ensuite l'heure sur la pendule murale : Ah oui ! C'est à Bruno de fermer ce soir c'est ça ? demanda-t-elle à Leigh qui s'approcha d'elle pour lui déposer un chaste baiser sur les lèvres pour la saluer.

Il opina puis, lui et son frère nous saluèrent tous et je présentai Chani qui leur sourit timidement.

-Alors, notre convalescente comment elle va ? se soucia Leigh qui prit place à côté de Chani tandis que Lysandre s'était mis à côté d'Alexy, à l'angle de la table, tandis que j'étais au bout, sur sa gauche.

-Mieux, merci ! souris-je de toutes mes dents.

-Contente d'être sortie de cette chambre ? rit Lysandre : je sais que tu as horreur de ça.

-Oh, m'en parle pas ! m'accablai-je en levant les yeux : Puis tous les mêmes, levée telle heure, couchée telle heure ! Je sais que c'est pour les soins mais quand même…

Les frères en vinrent à nous raconter leurs mésaventures du jour avec trois clients un peu capricieux et surtout très indécis.

-J'aime conseiller, hein, je suis modiste…mais là, (il se passa une main sur le visage, l'air fatigué) j'ai cru que j'allais devoir remuer toutes les boutiques du quartier pour les contenter.

-Ce qui m'a furieusement exaspéré c'est lorsqu'ils n'arrêtaient de répéter « ce n'est pas ici qu'on trouvera ce qu'on veut ! » tout en continuant d'essayer les fringues et de te demander conseil, s'agaça Lysandre qui tira sa frange en arrière : Je ne comprends pas qu'on puisse rester dans une boutique qu'on n'apprécie pas.

-Haha, t'as jamais été un grand patient.

-Ah bon ? s'étonna Alexy : Bah j'sais pas ce qu'il te faut…

-Leigh dit ça car si on doit les comparer, il a trois fois plus de patience que Lysandre, crois-moi je sais de quoi je parle ! ris-je de bon cœur.

-Mon frère est un peu plus laxiste surtout, rectifia Lysandre qui sourit en coin : Mais je reconnais que je suis bien moins patient qu'à une époque. Puis je n'aime pas l'hypocrisie, et là, c'en était clairement !

-Oui enfin, la prochaine fois que tu viens me filer un coup de main, évite de leur balancer : « et si vous alliez voir ailleurs ? », ricana Leigh, assez nerveusement.

-T'as pas dit ça… ? m'outrai-je en haussant un sourcil.

-Quoi ? c'était un conseil comme un autre, déclara-t-il, taquin.

-Lyschou… gronda Rosa.

Les discussions se firent abondantes et légères les unes comme les autres. Puis, je reçus un message de Clémence qui me demandait si je reprenais du service Mardi. Apparemment, les réparations seraient finies pour Lundi, et pour le reste des rénovations, elle verrait pour la nouvelle année, afin de laisser passer les fêtes.

-Ah, je reprends du service Mardi !

-Faut vraiment faire quelque chose pour cette horreur, geignit Rosalya.

-Du service ? s'étonna Lysandre.

-Oui, je travaille dans un café comme serveuse, lui expliquai-je.

-Hein ? Mais et ton épaule ?

-J'ai déjà eu une semaine d'arrêt, Lundi je retourne voir mon médecin pour la prescription des séances de kiné, mais je ne peux pas me permettre de rater encore une semaine de boulot. C'est-à-dire qu'entre la chambre à la fac, et le mois d'avance sur mon nouveau loyer…J'ai beau avoir fait des économies, je veux pouvoir faire des courses pour manger haha !

Lysandre fronça les sourcils d'un air soucieux, puis, me demanda à voix basse si sa proposition de séjourner au domaine pour les vacances m'intéressaient. Les autres se remirent à discuter entre eux quatre et Lysandre rapprocha sa chaise de la mienne.

-Je dois déjà faire notre déménagement avec Chani pour les vacances. Et puis, je ne sais pas si c'est une bonne idée Lysandre.

-C'est juste pour que tu puisses prendre du repos, fit-il en détournant les yeux, non sans rougir.

-Tu sais bien que non, lui fis-je remarquer d'une mine chagrinée. Comprendra-t-il vraiment ? me souciai-je en repensant à ma discussion avec Rosalya.

-Eh bien, laisse-nous le temps de nous retrouver au moins, réessaya-t-il. Je le vis hausser les sourcils, alors que son regard s'était attardé sur mon cou. Je soupirai avant de rependre :

-Lys-

Mon portable vibra à nouveau et cette fois-ci ce fut un appel qui m'interrompit. Sans prendre le temps de voir qui c'était, trop concentrée sur notre échange à Lysandre et moi, je décrochai.

-Oui, allô ?

« Ah, tu te décides de faire moins tache ? »

-Ra… !

Je m'étouffai avec ma salive et partis dans une quinte de toux pénible qui me fit monter les larmes aux yeux.

« Hé ! Tal', ça va !? » s'alarma-t-il.

-O-oui oui ! (Je toussai) J-j'ai juste avalé de travers, c'est rien… assurai-je en essayant de me calmer : Tu vas rentrer ?

« Hé bien, je me demandai si tu étais toujours avec Chani, ou si tu étais rentrée. Je me suis dit qu'on aurait pu se faire un ciné', histoire de clôturer tranquillement notre week-end ? »

Je reniflai un sourire en fronçant du nez, comme si cela contrôlerait les rougeurs qui me prenaient les pommettes. En face de moi, Rosa haussa les sourcils d'un air taquin et je lui tirai la langue. A côté, Alexy mima des baisers avec ses lèvres, tandis que Chani se tapotait les joues pour désigner un sentiment de gêne mièvre.

-J'vous déteste tous, maugréai-je, faisant hausser les sourcils des frangins qui ne comprirent de nouveau pas ce qu'il se passait. Les trois autres comiques du Dimanche rirent à gorge déployée.

-Vous semblez savoir à qui elle parle, souligna Leigh.

« Oh, t'es chez Leigh et Rosa ? »

-Oui, on devait se voir avec Rosa et Alexy, expliquai-je.

-C'est Rayan ? sourit le Modiste : Qu'il passe, ça me fera plaisir, s'enjoua-t-il.

-Mais à nous aussi ! l'encouragea Rosalya.

-Ils te proposent de venir les voir, dis-je en faisant passer le message.

« Hé bien j'arrive ! On pourra toujours faire notre ciné plus tard si t'es partante ? »

-Bien sûr, assurai-je avec le sourire.

« A tout de suite. »

-Oui…

Un peu hésitante, je raccrochai. Leigh demanda aussitôt ce que signifièrent toutes ces minauderies autour de mon appel. Lysandre resta silencieux mais très curieux.

-Je pense qu'il aurait voulu te le dire lui-même…marmonnai-je, sincère.

Rosa courba les sourcils, soucieuse et lança un coup d'œil à son compagnon qui sembla comprendre.

-On verra quand il arrivera dans ce cas, sourit-il simplement : Je ne pense pas qu'il en aurait parlé devant tout le monde, assura-t-il gentiment.

Leigh comprenait Rayan et cela m'enchantait de savoir que quelqu'un d'aussi posé que lui se tenait aux côtés de l'homme que j'aimais.

-Mais…je suis à moitié surpris, reprit-il tout de même : Vous sembliez très proches…je sais que vous vous voyiez depuis un petit moment déjà, et la complicité était palpable à la soirée. Mais delà à ce que vous sautiez le pas…(Il lança un regard à son frère avant de le reposer sur moi) Je m'attendais à autre chose.

-On est bien placé pour savoir qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux, chéri, rétorqua avec calme Rosalya.

-Tout à fait, et je vous souhaite d'être heureux.

Le sourire de Leigh était si sincère qu'il me réchauffa le cœur. Cependant, à mes côtés, le visage fermé de Lysandre m'angoissa. Rosa secoua la tête, comme pour me faire signe de ne pas m'en faire. Mais c'était difficile, surtout après un an et demi à m'être inquiétée pour lui. Les choses s'allégèrent lorsque Rayan arriva, tandis que nous avions entamé un jeu de cartes autour de quelques boissons. Rosa et moi tournions sans alcool, tandis que les autres se permirent une bière ou deux.

Ce fut Leigh qui partit ouvrir à notre aîné, et nous les vîmes tous deux échanger des messes basses et des sourires complices avant d'arriver dans le salon. C'était presque affligeant de savoir que tout le monde attendait de voir nos actions à Rayan et moi. Et je m'étonnai de le trouver si à l'aise en venant quémander un baiser du bout de ses lèvres en me demandant si nos courses à Chani et moi s'étaient bien passé.

-On manquait de bras ! railla Chani en expliquant qu'on n'avait peut-être pas choisi le meilleur moment pour acheter de lourds pots de peinture : Puis dans le bus, on faisait un peu taches.

-Oh, Tallulah est habituée, plaisanta-t-il en saluant tout le monde.

Je fis mine d'être vexée et de le provoquer d'un signe concis du menton. Tout le monde gloussa et on lui proposa de se joindre à nous.

-Vous jouiez à quoi ?

-Au pouilleux. Viens, on va redistribuer les cartes, fit Leigh en ajoutant une chaise à côté de moi. Je me décalai vers Lysandre qui se replaça correctement, pour laisser de la place à Rayan.

-Au pouilleux ? c'est le jeu avec les paires de couleurs et le valet de pique c'est ça ?

-Ah, nous on joue avec un joker, dit Alexy.

-Ouais mais, prenons l'autre joker, celui qu'on a les coins usés, on trouve la carte facilement !

-Tu veux dire que nous trouvons facilement sauf toi, railla Leigh qui informa Rayan que j'étais celle qui avait perdu le plus de parties depuis le début de notre jeu.

-On peut l'excuser, elle a pris un coup à la tête, plaisanta Rayan qui m'embrassa sur la joue.

-Merci, un peu de soutien !

-Je n'aurais pas utilisé une de ses blessures pour exemple…vu le contexte c'est un peu déplacé, glissa Lysandre qui récupérait ses cartes.

Aussitôt, je sentis un froid me traverser le corps. Je savais comment pouvait être Lysandre en crise de jalousie, et ça commençait plutôt mal.

-Tu l'as mal pris ? me demanda simplement Rayan, en haussant un sourcil.

Il sait bien que non…

-Mais non, murmurai-je en lui prenant la main.

-Bon…

Rosa haussa un sourcil en lançant un regard intrigué sur Lysandre, puis à moi. Visiblement, elle ne s'y attendait pas. En revanche, Leigh lui, ne parut pas si surpris, mais se garda de faire tout commentaire, à l'instar des autres. Alexy et Chani essayèrent de redonner un peu d'ambiance avec des plaisanteries autour des précédentes parties jouées.

-Tu bosses le samedi toi ? s'étonna Alex'.

-Un samedi sur deux, et encore, aujourd'hui on a eu une réunion, je devais débaucher plus tôt normalement.

-Ah oui, d'ailleurs il a été dit quoi ?

-Un représentant de la Maire de la ville était présent, nous avons pu voir avec lui si l'on pouvait aménager plus d'éclairages au sein même du campus, ainsi qu'autour, comme la plupart des rues ne sont pas du tout éclairées. Une pose de caméras également. Il se peut que le règlement des dortoirs se durcissent un peu. Déjà, on a appris que le garde de nuit ne faisait pas constamment ses rondes, et qu'il ne répondait pas toujours aux appels des étudiants dans le besoin. Apparemment, beaucoup dérangent la nuit avec des soirées. (Il haussa les sourcils) Je n'ai pas trop voulu qu'on impose quoi que ce soit d'autres comme règles, je veux dire…c'est vos chambres, vous gérez ça comme vous voulez, mais il est certain que si le veilleur ne tourne pas et ne réagit pas quand ça dégénère, bon, faut bouger à un moment…Manquerait plus que des dégénérés rôdent dans le coin quand il ne fait rien !

-Si ça se trouve, des gens ont appelé quand on a fait la soirée dans ma chambre, m'inquiétai-je.

-Haha, si c'est juste pour demander de baisser le son, ils se seraient déplacés quand même, au moins une fois pour vous faire la demande, puis, si vous n'aviez rien arrangé, oui passer un coup de fil je veux bien, mais le plaignant se doit d'avoir au moins essayé de calmer la situation, reprit Rayan qui déposa une nouvelle paire de cartes.

Je ne voyais pas son jeu, mais je trouvai qu'il s'amincissait bien vite…Tandis que le mien…

-Mais j'ai une main pourrie, râlai-je tandis que c'était au tour de Lysandre de piocher dans mes cartes. Lui aussi, lança à nouveau une paire.

-Eh oh, on va se calmer ! ris-je en venant piocher chez Rayan.

Je me retrouvai avec le joker. Mon aîné me lança un regard malicieux et je vis à son sourire qui s'agrandissait, les lèvres pincées, qu'il se retenait de se foutre de moi. Chani gloussa, me lançant un coup d'œil complice, elle laissa Rayan piocher dans son jeu.

Plusieurs tours passèrent tout en échangeant tous ensembles énergiquement, le rire léger, même Lysandre sembla se détendre de plus en plus quoi qu'il se permît de lancer certaines remarques à Rayan. Puis, ayant interrompu notre jeu sur une dernière défaite de ma part -à croire que ma chance avait valdinguée après avoir eu la confirmation pour mon nouvel appart'-, nous nous lançâmes sans grand sérieux dans un débat autour des prénoms. Apparemment, Leigh s'était déjà mis à en chercher pour le bébé.

-Ce n'est jamais trop tôt pour réfléchir à un prénom, chérie, s'indigna-t-il alors que Rosa s'exaspérée à lui répéter qu'ils ne connaissaient pas encore le sexe de l'enfant.

-Après, il y a des prénoms unisexes, soulignai-je : Vous pouvez toujours chercher dans ceux-là.

-Le prénom, ce n'est pas le plus important, railla Alexy : c'est surtout les sobriquets qui vont suivre ! haha !

-Justement, faut que sa colle avec le prénom, tu ne crois pas ?

Rayan gloussa :

-Pas forcément…(il me jeta un regard malicieux) Pas vrai Crachouille ?

Tout le monde autour de cette table, hormis Chani, connaissait le surnom que me donnait mes parents depuis ma petite enfance. Je rougis avec violence alors que les éclats de rire surélevaient ma honte. Je grondai, cramoisie, en lui donnant une tape sur le bras en lui demandant qui avait pu lui révéler ça !

-Ton père ! se justifia-t-il entre deux ricanements.

-Mais quel… ! (Je le menaçai de mon index) Faut vous calmer tous les deux !

-Ah oui, c'est vrai que tu connaissais déjà Philippe ! fit remarquer Alexy.

-Wah, l'autre il s'est mis beau papa dans la poche avant d'accaparer sa fille, plaisanta Rosa.

Rayan sourit mais leva les yeux au ciel.

-On s'est croisé à un concert i ans, et je ne savais même pas qu'il avait une fille…

-Tu penses que tu te serais laissé tenter par Tal' si tu l'avais connue i ans ?

Je vis Rayan pâlir et je dus bien avouer que la question d'Alexy me laissa un peu pantoise. Mon aîné et moi nous échangeâmes un regard confus, nous consultant en silence. J'avais quoi…16 ans ? L'âge de Rosa quand elle s'était mise avec Leigh qui avait déjà dix ans de plus.

-Avec le père qu'elle a, pas sûr qu'il aurait pu l'approcher même d'un mètre, intervint Leigh qui se souvenait sûrement de ses disputes avec mon père au sujet de Lysandre qui venait me rendre visite tard le soir.

-J'ai cru comprendre qu'il était plutôt émotif quand il s'agissait de toi, oui…ajouta Rayan un peu sceptique.

-Si Tallulah avait voulu voir Rayan, elle l'aurait fait, Lyschou peut confirmer ! rit Rosa.

-Plus téméraire qu'elle en amour, ça n'existe pas, rétorqua Lysandre, un sourire presque nostalgique au coin des lèvres alors qu'il posait sur moi un regard brulant.

-Oui enfin, je reconnais que je me mettais en danger… faire le mur à même pas 17 ans, pour te rejoindre en loucedé, tard dans la nuit…

-Tu t'es fait chopper ? s'enquit Chani.

-Deux fois, mais pas les autres…

-Mais tes parents ne voulez absolument pas voir Lysandre ? s'inquiéta Rayan.

-Ma mère si, elle le trouvait sympa mais mon père, pas la peine…Même quand j'ai fini par leur présenter officiellement, il est resté sur sa position. (Je me passai une main sur le visage) Combien de fois j'ai pu me disputer avec lui…

-Il a changé c'est quand il a vu à quel point mes parents t'avaient accepté, poursuivit Lysandre : Il était plus doucereux, et cherchait à me connaître.

-Le séjour à la ferme a beaucoup aidé… Avec des beaux-parents aussi incroyables que George et Josiane, s'était facile de se sentir bien.

-Après quoi, Philippe était souvent le premier à vouloir organiser des repas de famille, se souvint Leigh : C'était très animé lorsque les parents de Rosa pouvaient se déplacer aussi !

-Crystal est une femme pleine de ressources, ris-je en faisant tressauter mes épaules.

-Je sais de qui je tiens, termina Rosa avec un sourire carnassier.

La nostalgie mise à part, je regardai l'heure sur mon portable et dis à Rayan que je commençai sérieusement à avoir faim, n'ayant pas mangé ce midi et l'encas que nous eu préparé Rosa ne sembla pas combler suffisamment le creux…

-On ne va pas tarder à préparer à manger aussi, déclara mon amie qui haussa les sourcils en voyant que nous avions passé tout l'après-midi chez Leigh et elle.

-Je vous raccompagne au Campus ? proposa Rayan à l'intention d'Alexy et Chani.

-Cela ne va pas…poser de souci ? s'inquiéta ma petite camarade.

Mais mon aîné secoua la tête en lui adressant un sourire bienveillant.

-Eh bien merci, fit Alexy suivit de Chani. Nous rassemblâmes tous nos affaires puis fîmes nos aurevoirs au trio.

Quand Leigh me prit dans ses bras, il me glissa :

-Je parlerai à Lysandre… Il est têtu mais pas stupide. Mais je sais que ça va le travailler encore un moment.

-Je voulais avoir une conversation plus posée mais-

Leigh secoua la tête simplement et me sourit :

-Je comprends pourquoi tu n'as pas retenté quoi que ce soit avec lui. Je n'avais pas réalisé à quel point ça avait été si anxiogène pour toi comme situation. Bien sûr qu'il faut tourner la page quand ça devient pesant… Et il y arrivera, assurat-il en m'adressant un clin d'œil.

Et j'en étais certaine aussi. Malgré les quelques remarques plutôt froides à l'encontre de Rayan, qui sut se montrer patient, je savais Lysandre plus mûr et plus sûr de lui. Il ne me reparla pas de sa proposition de venir séjourner à la ferme, mais me dit que nous risquions ne nous revoir et qu'il en serait content.

-Moi aussi, Lysandre…assurai-je avec un air évident sur le visage.

Il me sourit, un peu penaud, mais comprit qu'il n'y aurait plus de nous entre lui et moi.

-Ce n'est pas tant à cause de lui, par vrai ? chuchota-t-il, tandis que les autres se saluaient.

-Non. Avec ou sans Rayan dans ma vie, toi et moi, c'est fini, déclarai-je avec douceur. C 'était toujours compliqué d'établir une atmosphère posée dans ce genre de conversation. L'angoisse face à l'imprévisibilité de son ancien partenaire, était toujours ancrée. Nous ne voulions pas souffrir, ni faire souffrir…En tout cas, dans mon cas, je ne voulais pas.

Quand Lysandre redressa la tête en prenant une profonde inspiration, il balaya le salon du regard avant de venir le poser sur moi. Je le vis déglutir, et mon cœur se serra alors que je reconnaissais ses mimiques qu'il faisait, lorsqu'il se retenait de pleurer. En revanche, son sourire chaleureux me conforta dans l'idée qu'il avait vraiment compris, et qu'il était prêt à passer à autre chose, aussi difficile cela sera pour lui, comme ce le fut pour moi en un an et demi.

-Je te souhaite d'être heureuse…vraiment heureuse.

Ma gorge se serra, et mes yeux me brûlèrent sous l'émotion. Après une dernière étreinte, nous nous séparâmes et je rejoignis Rayan et qui s'était affairé, tout comme Chani et Alexy qui n'attendaient plus que moi. Nous rejoignîmes sa voiture, et comme convenu, mon aîné déposa mes amis devant la fac, non loin de l'arrêt de bus. Ils n'avaient que quelques mètres à parcourir pour rejoindre le portail.

-Merci, et bonne soirée ! nous saluèrent-ils.

Je leur envoyai des baisers par la fenêtre et Rayan se mit à rire.

-Cherche pas, les vitres sont teintées.

-Ah oui…gloussai-je.

Presque avec nonchalance, je levai ma main pour aller chercher la sienne et Rayan venait d'en faire de même. Le dos de nos mains se cognèrent puis, nous lançant un furtif regard surpris mais très complice, nous joignirent nos doigts et prirent la route jusqu'à un restaurant asiatique, après nous être concertés quelques minutes et tomber d'accord là-dessus. Portable en main, j'en trouvai un d'ouvert jusqu'à 23h, pas loin du campus. Je sentis le pouce de Rayan caresser le dos de ma main, pourtant, malgré la tendresse du geste, je le trouvai tendu.

-T'as journée a été pénible ? m'inquiétai-je.

-Hm ? Non, pas vraiment, dit-il simplement en activant son clignotant gauche.

Il sembla vouloir ajouter quelque chose, mais se retint.

-Rayan…je vois bien que quelque chose te chiffonne, repris-je avec bienveillance.

Après s'être pincé les lèvres, il apporta ma main à son visage et embrassa la paume.

-Promets-moi… de ne pas t'énerver.

-Haha, mais non, promis. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu nous as réservé des places pour un film d'horreur ?

Il renifla un rire, et secoua la tête.

-Je repensai à Lysandre…Je me demandai si ç'allait bien se passer entre vous. J'veux dire…(Il prit un profonde inspiration avant de soupirer) Pardon, mais ses remarques m'ont un peu hérissé le poil. Franchement, j'ai pris sur moi pour toi et pour Leigh et Rosa qui nous accueillaient. Il cherchait quoi ?

Il était vrai que mon aîné eut toujours rétorqué avec calme aux subtiles provocations cachées sous certaines remarques de Lysandre pendant que nous discutions tous ensemble. D'autant plus qu'avec Rayan, nous avions depuis longtemps maintenant l'habitude de nous chercher par des sous-entendus qui restaient bienséants. Cela nous amusait, et ce fut autour de ça que notre complicité naquit. Tandis qu'avec Lysandre, nous agissions totalement différemment, mais cela, ne devait en rien être surprenant. Personne n'agissait réellement de la même façon face aux gens. On pouvait certes, rester soit même et notre état d'esprit, mais il y avait des choses en plus ou en moins, sachant ce que nous pouvions nous permettre ou non avec telle ou telle personne. Et Lysandre, aussi doux et posé puisse-t-il être, resté quelqu'un d'assez susceptible, ce que nous n'étions pas vraiment avec Rayan. Nous avions tout de même nos limites, mais nous savions comment nous taquiner avec bienveillance…

Je vins serrer sa main en peu plus fort, lui faisant comprendre que j'étais avec lui et que je comprenais son agacement.

-Ça va maintenant, qu'il te laisse faire ta vie… termina-t-il, la voix sourde et les sourcils froncés.

-Il a compris, lui assurai-je en lui indiquant dans tourner à la prochaine intersection : Oh, et on n'est pas loin du CGR en plus !

-Bah hop, première place qu'on trouve, on n'y bouge plus et on fait le reste à pieds !

Une fois garés, nous prîmes nos manteaux, nos portefeuilles et descendîmes de la voiture pour rejoindre le restaurant. Nous commandâmes un plat de ramen pour deux, partageâmes la note, puis nous nous installâmes à l'étage du restaurant. Nous avions un biper, qui nous signalerait lorsque notre plat serait prêt. Amoureux des banquettes d'angle, Rayan nous trouva une place à l'écart, du peu de clients qui se trouvaient à l'étage.

-Je suis quand même curieux, reprit-il : Ton père est si… (il cherche ses mots) exigeant que ça avec tes relations amoureuses ?

-Haha, t'as peur qu'il t'émascule ?

Je vis Rayan perdre des couleurs. Riant d'un air surpris, je vins embrasser sa joue avant de le rassurer.

-Il a changé, puis il sait qu'aujourd'hui je suis majeur, hein. C'est vrai qu'à l'époque, je n'ai pas non fait ce qu'il fallait pour gagner sa confiance au sujet de Lysandre, mais comme il ne faisait pas beaucoup d'effort, je prenais le risque de le provoquer un peu. Ma mère calmait toujours le jeu, mais à force, j'étais épuisée de me battre avec lui et je lui ai dis que je n'allais pas attendre mes dix-huit ans pour avoir une vie amoureuse épanouie. Quand il a dit que je me trouvai sous leur toit, et que je n'avais pas mon mot à dire, j'ai fait ma forte tête et, comme ça m'arrivait de faire du pet-sitting, je partais chez Lysandre en utilisant mon propre argent de poche. Je prévenais ma mère, qui prévenait ensuite mon père qui finit par comprendre que notre communication commençait à s'effriter et que, avec beaucoup de ténacité, je gagnais mon indépendance sans le concerter. Je crois qu'il a eu peur que je quitte un jour la maison sans qu'on mette les choses à plat, et… (Je haussai une épaule) Il se disputait de plus en plus souvent avec ma mère à ce sujet. Et comme nous avons tous un caractère bien trempé dans la famille, on sentait que ça allait finir plus mal qu'on ne le voulait. (Je vins me blottir contre lui avec le sourire) Mais…on s'aime aussi énormément, et Leigh en avait assez de voir son frère ainsi rejeté par mon père. Il a décidé de proposer une réunion de famille, et tous purent constater à quel point nous étions bien ensemble. Les choses se sont calmées lorsque chacun à bien voulu ravaler sa fierté.

Rayan embrassa délicatement mes cheveux, et pouffa :

-Rappel-moi de ne jamais me disputer avec toi.

-Il y aura forcément des disputes, mais je suis toujours prompte à l'échange avant de poser un froid…tu le sais. Tu l'as vu avec Hyun, et puis… (Je relevai la tête pour croiser son regard aimant) Je me suis montrée plutôt patiente jusqu'à maintenant, pour te faire tomber dans mes bras !

-Haha, donc c'est moi le capturé de l'histoire ? gloussa-t-il en frottant son nez contre mon front : Je suis assez d'accord avec cette idée, en fait.

Nous rîmes de bon cœur alors que le bipeur sonnait enfin. Etant la plus près, j'allai chercher notre commande rapidement en récupérant nos boissons. Pendant que nous mangions, nous regardâmes également les prochaines séances de projection au CGR d'à côté en nous rendant sur le site officiel avec nos portables. Il rit en constatant que le film qui commençait le plus tôt, était un film d'épouvante.

-Non…soupirai-je.

-T'as dit que t'aimais bien quand même non ?

-Oui, mais…(je soupirai) je te préviens, t'amuse pas à me faire peur…

Mon aîné ne promit rien, rit en faisant secouer ses épaules mais m'assura qu'il ne ferait rien pendant le film. Nous profitâmes de notre repas pour discuter mémoire, sans trop de sérieux, juste pour prévoir un nouvel entretient entre deux cours. Nous convînmes cela pendant l'heure juste avant le cours de Mme Klamis, le mardi. Au moins, nous aurions une limite de temps à nous imposer et cela créera l'ambiance convenable pour une entretient de ce type. Puis nous partîmes sur des sujets plus légers et intimes qui éveillèrent notre confiance et notre complicité. Après quoi, nous quittâmes le restaurant main dans la main et rejoignîmes le cinéma. J'utilisai mes réductions, gagnés au cosy bear café, pour réduire le tarif de nos places et nous partîmes directement en salle. Une fois encore, nous nous isolâmes du reste des clients tout en nous positionnant à une hauteur correcte pour bien voir la projection.

-J'adore l'ambiance des salles de cinéma, fis-je, le sourire aux lèvres : mais j'adore surtout ceux qui ceux sont construits dans des anciens théâtres. Tu te sens entouré d'histoire et tu ressens plus le côté artistique du cinéma plutôt que l'aspect commercial. Celui-ci est très beau, je ne dis pas le contraire mais je le trouve trop…basique, il n'y a rien de folichon qui fait de ce lieu un abri d'art.

-Je vois ce que tu veux dire, mais tu vois j'ai tendance à préférer ce type d'architecture. On sent l'évolution des bâtiments mais aussi, la place de la décoration plus moderne qui joue beaucoup sur un système d'ambiance tamisée et de psychologie des couleurs.

Nous avions soulevé nos reposes bras afin de nous caler plus confortablement l'un contre l'autre et discuter en toute intimité, tandis que nous regardions les pubs défiler. Quand ce fut l'heure du film, je coupai le son de mon portable et lui aussi. Vers 22h20, le film se termina. Le scénario fut plutôt prenant, et le film respecta bien les règles de l'épouvante et ne fut pas une simple projection de sang partout sans queue ni tête. Mais la tension de la musique…et des apparitions surprises de l'antagoniste m'eurent bien plus d'une fois frissonner et sursauter. Tout comme Rayan, quoique dans son cas, ce fut mes propres cris d'effrois aspirés qui l'eut fait tressauter. « Mais t'as fini ! » eut-il râler entre deux gloussements.

Plus que comblés par notre soirée, nous rejoignîmes la voiture, un peu euphoriques et encore dans l'ambiance du cinéma, main dans la main, en se tirant chacun d'un côté pour ramener l'autre dans nos bras, tout en riant comme des biens heureux. Vraiment, demain allait être compliqué… C'était surtout dans ce genre de moment de complicité que je redoutai de faire une gaffe, Lundi, quand nous nous retrouverions en cours devant plus d'une centaine d'élèves.

Arrivés à sa voiture, il sembla tout aussi difficile pour moi que pour Rayan, de prendre le chemin du retour. D'une démarche enjôleuse, il me fit reculer jusqu'à la portière du conducteur, me prit par la taille avant de plaquer ses lèvres sur les miennes. J'en retins ma respiration avant de lâcher un soupire d'aise. Cherchant sa chaleur, je glissai mes doigts froids sous sa chemise que j'eus légèrement retirée de son pantalon, et vins caresser l'os de ses hanches. Rayan grogna contre mes lèvres avant de venir coller son corps au mien. Mes mains s'aventurèrent plus encore sous sa chemise en essayant de ne pas trop dévoiler son corps. Il contracta son ventre et sa peau eut la chair de poule. Je vins taquiner non nombril et cela dut le chatouiller car il rentra le ventre d'un mouvement vif et un gémissement s'échappa de sa gorge. Je souris contre sa bouche, alors qu'il me souleva en me prenant par le dessous des cuisses. Enroulant sa taille par mes jambes, il se permit de se libérer une main qu'il vint discrètement glisser sous mon pull. J'aspirai un cri, alors que le froid de sa main qui caressait mon sein me fit frissonner violemment. Mes mains délaissèrent son abdomen pour agripper ses fesses et je rapprochai son bassin entièrement contre le mien. Me faisant reposer au sol, mon aîné ouvrit la portière et me fit entrer dans la voiture. D'un geste, il abaissa le siège et je tressautai de surprise en me sentant basculer d'un coup en arrière. Rayan se posta au-dessus de moi, le regard luisant d'envie, et claqua la portière et nous plongea dans la pénombre. Seul l'éclairage des lampadaires du parking ombrait nos corps. Sans plus réfléchir, je retirai son manteau, son cardigan et déboutonnai sa chemise tandis qu'il fit de même avec mes vêtements. Il ramena mes jambes autour de lui et vint se frotter tout contre moi, torse nu et l'entrejambe durci alors que je sentais le mien être pris de spasmes délicieux qui me rendait impatiente.

Je savais que nous étions dans l'euphorie et qu'en se début de relation intime nous lâchions la pression avec des mois à jouer notre petit jeu. Et ça nous faisait du bien… Après un long moment d'amour et de jeux intimes dans sa voiture, nous nous retrouvâmes couchés sous l'un l'autre, à reprendre nos souffles. Nos fringues étaient éparpillées un peu partout sur les sièges et le tableau de bord, et je précisai qu'il serait bien difficile de faire ça dans ma propre voiture.

-T'as le permis ? s'étonna Rayan dont la joue reposait sur l'un de mes seins.

-Oui, mais je savais qu'en venant ici je n'aurais pas besoin de ma voiture alors je l'ai laissée chez mes parents. Mais ils doivent me la ramener pendant le déménagement.

-Une date a été fixée ?

-Pas encore, les parents de Chani et les miens n'habitent pas si loin les uns des autres, ils se tiennent au courant.

Rayan grogna d'entendement, avant de remonter jusqu'à mon cou qu'il embrassa délicatement, me faisant sourire.

-Comment on va faire Lundi… ? se soucia-t-il : J'ai déjà du mal à me dire que je dois te ramener chez ta tante demain matin…

Alors lui aussi, ça le tracassait… Evidemment que ça le tracassait Tal', bien plus que toi-même vu son passif.

-Sans se mettre la pression, on va essayer de maintenir une distance, au moins jusqu'à Mardi après-midi. Je vais retourner au dortoir jusqu'à mon déménagement qui se fera pour les vacances de Noël, ça nous laisse le temps de mettre au point une stratégie !

Rayan explosa de rire et ses soubresauts firent remuer mon corps sous le sien.

-Une stratégie ? On part pas en guerre haha !

-Si ! m'exclamai-je : contre nos ardeurs fraichement libérées de notre frustration bâtie sur… (je comptai dans ma tête) …quatre foutus mois !

-T'as vraiment un grain…

-Avoue que c'est ce qui t'a plu chez moi, fis-je en lui adressant un clin d'œil.

Je n'attendais pas vraiment de réponse comme nous échangions sur le ton de l'humour depuis un moment, et je tendis le bras pour récupérer nos affaires. Cependant, Rayan me retint, sans violence mais une douce fermeté qui attira mon attention, curieuse.

-Ta franchise… ton sourire… ta bienveillance… ta témérité… tes coups-gueules… ton anxiété… tes fichus retards… (il gloussa) ton écoute… ton impatience… ta fidélité envers tes amis… ton rire… tes sottises… tes lapsus… (il me fit un clin d'œil) ta spontanéité… ton brin de maladresse… (il enroula une mèche entour de ses doigts et embrassa mon épaule blessée) tes yeux… (les siens se firent plus intenses) tes larmes… ton agacement face à l'injustice… tes lèvres… ton rouge à lèvres… (Je ris en pensant à celui que j'eus perdu) ton parfum… ta peau… tes bras… (il se blottit contre moi et je glissai mes mains sur son dos) tes caresses… le roulement du « r » dans tu prononces mon prénom… le roulement de ma langue quand je prononce le tien… (Il marqua une pause avant de murmurer) Tallulah…Voilà tout ce qui m'a plu chez toi…qui me plait encore en cet instant…qui m'agaceront par moment, comme je t'agacerai aussi…mais qui me plairont à nouveau lorsque la tempête sera passée. Tu l'as dit toit même, nous nous disputerons sûrement. Mais nous n'avons eu de cesse de communiquer depuis que nous nous sommes rencontrés, de nous ouvrir à l'un l'autre, de nous confier à l'autre et j'ai bon espoir que cela perdure et nous fasse vivre de belles choses.

Ainsi dans ses bras, attentive aux moindres de ses mots comme si une bénédiction allait me couvrir de vertus et le cœur battant la chamade…je venais de retomber amoureuse. Soupirant faiblement, je laissai mes mains se perdre dans ses boucles brunes et je les couvrais de baisers.

-Et après tu te demandes comment on va faire Lundi ? grognai-je, encore prise d'embarras : on va commencer par se calmer sur les déclarations, je crois que ce sera un bon début.

Je l'entendis renifler un ricanement à la fois nerveux et amusé avant devenir cacher son visage contre ma poitrine.

-Ah et… j'aime bien ton côté naturiste, et le fait que tu ne portes pas souvent de soutif ' ! plaisainta-t-il avec une pointe de malice dans le regard qui me fit rire aux éclats.

Après encore quelques élans de tendresse, nous nous rhabillâmes et prîmes la route de chez lui. Rayan fut le premier à prendre sa douche tandis que je relisais les cours que Chani m'eut préparés pendant mon hospitalisation, assise sur le lit.

-Au fait, j'ai un stock de brosse à dents, j'ai oublié de te le proposer hier, l'entendis-je depuis la salle de bain, adjacente à sa chambre.

-J'ai ramené deux trois affaires pour mes soins que ma tante m'a passées, dis-je, le bout du pouce entre les dents alors que je lisais sérieusement les notes de mon amie : Mais merci.

-Tu voudras les laisser là ?

Je souris en jetant à coup d'œil à la salle de bain.

-Ça veut dire…que je reviendrais ?

Je l'entendis rire.

-A ton avis… ?

Mon sourire se fit plus grand, quand soudain, une envie pressante me prit. Je prévins Rayan que j'empruntai ses toilettes. Quand je revins dans la chambre, je discutai des notes de Chani mais rien ni personne ne me répondit. Pas très discret, je le vis planquer derrière la porte de la salle de bain. Il veut jouer à ça ? Faisant mine de ne pas l'avoir vu, je continuai de parler toute seule, me faisant les questions et les réponses et fis mine de repartir dans le couloir, prévenant que j'eus oublié quelque chose dans le salon. Puis, à pas de loup, je me glissai sous son lit. De longues secondes passèrent avant que Monsieur se décide à sortir de sa cachette, sûrement dans le but de se planquer dans le couloir et me faire peur. Lorsque les pieds de Rayan passèrent près du lit, je tandis la main et lui agrippai la cheville la plus proche.

-AAH !

Un cri suivit d'un juron se firent entendre dans la chambre alors que j'explosai de rire sous le lit.

-T-T'es sous le lit !?

Les larmes aux yeux, et sur le point de manquer d'oxygène, je sortis de sous le lit et vins m'écrouler sur le rebord, la tête contre le matelas alors que je ne contrôlai plus mes spasmes.

-Mais je croyais que t'étais dans le salon ! s'indigna mon aîné, riant nerveusement, l'air tout à fait incrédule.

J'essayai de lui expliquer que je l'avais vu derrière la porte de la salle de bain, mais je n'y parvenais absolument pas. La main sur le cœur, un sourire aux lèvres bien que la mâchoire serrée, Rayan secoua la tête, désabusé, comme si je venais de lui flanquer la frousse de sa vie.

-T'ai vraiment…

-Tu crois que j'ai oublié ce que tu m'as dit ? gloussai-je en essayant de calmer mes rires : Tu n'as effectivement rien fait pendant le film, mais tu n'as jamais dit que tu n'ferais rien après ! Haha !

-Oui bah, ça m'apprendra à te proposer de voir un film d'horreur, tiens ! pesta-t-il en faisant le tour du lit pour me soulever dans ses bras.

Mes rires reprirent de plus belle lorsqu'il me jeta sur le matelas, faisant s'envoler mes cours, avant de faire parcourir ses doigts un peu partout dans mon dos et sur mes côtes pour me chatouiller.

-Ah non ! Non ! ris-je en me tortillant.

Cela dura au moins cinq bonnes minutes avant que je ne m'extirpe et ne m'enferme dans la salle de bain pour me doucher et me…Merde, mes fringues sont dans sa chambre. Entourée d'une serviette, je passai ma tête dans l'entrebâillement et je le vis, assis en tailleur sur le lit, seulement avec un bas de jogging gris à cordons noirs, avec les affaires que j'avais récupérées chez ma tante dans les mains.

-C'est ça que tu veux ?

Je lui fis un grand sourire faussement charmeur. Je lui demandai s'il pouvait mes les donner. Rayan se leva, tint les affaires sous mon nez mais les recula lorsque je voulus m'en emparer.

-T'as pas été très cool tout à l'heure, souligna-t-il.

-Hé, c'est toi qu'a commencé ! fis-je, très puérilement.

Il leva les yeux au ciel et me donna finalement mes affaires. Je laissai la porte entrouverte pour que nous puissions mieux nous entendre. Après avoir tressé mes cheveux pour la nuit, je me lavai les dents, m'occupai de mes soins médicaux, rangeai mes affaires et rejoignis Rayan qui était déjà sous la couverture, le dos callé contre la tête de lit, un stylo en main en train de griffonner sur un grand bloc note, mes cours en face de lui.

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Je te rajoute deux trois notes sur une feuille à part, dit-il avec sérieux. Il y a le bilan de mon cours en ligne aussi, tu pourras aller le lire.

-Merci…Mais ce n'est pas très fairplay pour les autres non ?

-Je n'te remplace pas pour les partiels non plus, mais il faut reconnaître que tu as été dans une situation atténuante. Si ça avait été un autre étudiant, j'aurais fait pareil, si c'est ça qui t'inquiète, m'assura-t-il, et au vu du timbre grave dans sa voix, il semblait sincère : Mais tu peux tout de même profiter « gentiment » de notre relation pour demander des conseils supplémentaires. Tu crois que les professeurs parents d'élèves n'aident pas leurs enfants ?

Je haussai une épaule. Dis comme ça aussi…

-Tu sais bien que je n'aime déjà pas trop demander de l'aide… et je me sentirai mal par rapport à mes camarades, voire juste à mes amis. (Je marquai une pause, me souvenant de notre discussion au café quand je fus en froid avec Hyun) Mais…

Laissant ma phrase en suspens, puis, me glissant à côté de lui, sur la couverture, je posai ma tête contre son épaule et commençai à lire ce qu'il eut écrit :

-Merci, Rayan.

Du bout des lèvres, il embrassa mes cheveux et se remit à écrire. Après quoi, nous décidâmes de nous coucher, non sans passer de longues minutes à se câliner chastement. Nous discutâmes dans le noir, murmurant alors qu'il n'y avait personne pour nous entendre. Nous dormîmes en cuillères cette nuit encore, mais cette fois, ce fut moi qui encerclai son dos, reposant également ma jambe sur le sienne. Une nuit paisible, sans rêve, mais d'un sommeil profond et réparateur.

Une bonne nuit.

A suivre…