Rayan

-Ton côté ne te convient plus… ? grognai-je, la voix enrouée par le sommeil sentant une masse se poser sur mon dos, tandis que je dormais sur le ventre.

-Si… rétorqua Tallulah qui calai sa tête contre ma nuque : Mais… mieux là.

Je reniflai un rire attendri, puis regardai l'heure qu'indiquait mon réveil. 8h16… Trop tôt. Sans peine, je me rendormis, entouré par la chaleur du corps de Tallulah qui me servait de couverture. Ce fut vers les alentours de dix heures que nous émergeâmes pour de bon. Les cheveux en bataille sur mon front, les yeux mi-clos, je tournai la tête pour essayer de voir celle de Tallulah mais elle était toujours couchée sur mon dos.

-T'es réveillée… ?

-Oui…soupira-t-elle avant de se redresser sur les mains et se remettre sur son côté de lit. Assise en tailleur, un oreiller dans les bras, elle enfouit sa tête pour sûrement se cacher les yeux du soleil tandis que j'ouvrai le store de la fenêtre à l'aide d'une télécommande que je reposai ensuite sur ma table de chevet. Aussitôt, je roulai pour venir l'entourer des mes bras, autour de sa taille, et frotter mon visage contre ses reins. Ça y est… un beau rêve de terminé…me dis-je, en sachant pertinemment que j'allais devoir la ramener chez sa tante.

-Go petit déjeuner ? l'entendis-je murmurer en venant câliner mes cheveux. Puis, semblant apprécier ma barbe elle glissa sa main contre ma joue la plus proche et ma mâchoire en pinçant très doucement quelques poils qu'elle caressait entre ses doigts.

Mon sourire apparut et je grognai de contentement sous les frissons que me procuraient ses gestes tendres. Nous finîmes par sortir du lit et prendre un petit déjeuner tout en discutant avec légèreté. Nous en vînmes à réaliser que les vacances approchaient et me elle me demandait ce que j'avais projeté.

-Normalement il y a une réunion de famille…dis-je. Je reviens chez moi entre les fêtes : précisai-je avant de lui demander si elle rejoignait sa famille.

Elle me sourit et secoua la tête, le nez dans sa tasse de café. Note à moi-même, Tal' n'aime pas le café pur, songeai-je en la voyant froncer du nez entre chaque gorgée. Je lui proposai un peu de lait qu'elle accepta volontiers.

-Cela fait quelques années qu'on ne passe plus les fêtes ensembles, j'estime qu'il est temps pour mes parents qu'ils profitent un peu de deux, maintenant que j'ai quitté la maison.

Je haussai les sourcils, ne m'attendant pas à apprendre qu'elle serait donc…seule. Aussitôt, je rebondis sur le fait que Chani et elle allaient déménager, et qu'elles seraient donc toutes les deux.

-Oui, fit-elle simplement.

Après avoir terminé notre repas, je lui assurai qu'elle pouvait partir préparer ses affaires pendant que je m'occupai de la vaisselle. Tallulah revint avec son sac, habillée, et me tendit une tousse de toilette. Je fronçai les sourcils et lui demandai ce que c'était.

-Tu m'as dit que je pouvais revenir, non ? sourit-elle, taquine en m'adressant un clin d'œil.

Je pris donc la trousse avec moi, hochant la tête d'un air évident et l'amenai dans la salle de bain tandis que je m'y rendais pour me changer à mon tour. Face à mon reflet dans le miroir, je soupirai… L'euphorie redescend trop violemment… me plaignis-je en me rafraichissant au lavabo. Ce fut avec un pincement au cœur que je pris mes clés de voiture tout en l'observant enfiler ses chaussures laissées à l'entrée. Comment je vais faire Lundi ? Comment je faisais avec Dana ? Je pris une profonde inspiration et entamai un compte à rebours dans ma tête. Il fallait que je me calme. Tout ces malheurs datent d'il y a quatorze ans. Les mentalités ont évolué, et tant pis s'il reste des puristes coincés. Tallulah avait raison, tant que nous ne débordions pas à la fac, finalement, nous restions bien un couple lambda.

Alors pourquoi ça sonnait si faux dans ma tête ?

Je redoutai demain, comme jamais je n'eus redouté un début de semaine. J'aurais souhaité que ce week-end dure éternellement. Que je ne remette jamais les pieds dans cette fac…que je n'eusse pas à subir le regard de ceux qui pourraient nous surprendre en dehors des cours. Et hier soir ? Des gens de la fac nous auraient vu ?

-Hé ! Rayan ! s'écria ma cadette qui me tira de ma transe. Papillonnant un moment, je secouai la tête pour ensuite croiser son regard fort soucieux.

-Qu'est-ce qu-

-J'ai cru que tu faisais un AVC ! T'es blanc comme un linge, ça ne va pas ? s'enquit-elle en me ramenant dans le salon pour me faire asseoir sur le canapé. Telle une poupée de chiffon, je me laissai faire, le regard grand écarquillé sur un point invisible qui m'accompagnait.

Accroupie devant moi, elle chercha mon regard en posant ses affaires au sol à côté d'elle. Remarquant que mes mains tremblaient, Tallulah vint les saisir et sa voix se fit rauque et douce :

-Hé… qu'as-tu ?

-J-j-je peux pas…parvins-je uniquement à prononcer : Demain…j-je n'peux pas…

Fermant les yeux, ma cadette libéra un profond soupire avant de croiser à nouveau mon regard.

-Tu me fais une crise de panique… fit-elle, dans un murmure qui semblait plus adressé à elle qu'à moi. Puis, du bout des lèvres, elle embrassa le dos de mes mains : Rayan…on va y aller à ton rythme.

-Hein ?

-Nous deux…Peut-être n'était-ce pas une si bonne idée que cela, d'avoir fait perdurer notre euphorie, ce week-end.

-Au contraire ! la contredis-je en portant nos mains jointes contre mon front : Au contraire…mais là, je sais que tu ne seras pas avec moi…et demain, on va devoir-

-On fera comme d'habitude. (Elle me sourit, taquine, et haussa une épaule) Je t'enquiquinerai à la fin de l'heure ! Tu trouveras la pire des excuses pour que je vienne te délivrer de la salle des profs, tel une preuse chevalière sur son destrier blanc !

Elle m'arracha un rire nerveux.

-Je t'appellerai Monsieur, en te lançant ce regard qui prouvera que je te voie comme n'importe qui sauf mon professeur principal… Et ce sera pareil les jours suivants. Et ce, tout en sachant que le soir, après notre travail, on se retrouvera quelque part, n'importe où, mais toujours dans nos bras.

Mon cœur se serra, mais cette fois-ci, d'un sentiment agréable qui se répandit partout en moi.

-Et que ferons-nous, si quelqu'un nous voit en dehors de la fac ?

-Je te l'ai déjà dit. On continuera à faire, comme on le fait toujours. Ces personnes sauront, mais nous resterons nous-même. Nous serons toujours professeur et étudiante à la fac, et nous serons toujours un couple en dehors d'Anteros. Les gens parleront, oui, beaucoup même. On se fera sûrement critiquer, comme mon amie et mon ancien professeur de géo, mais et ? Les mauvaises herbes ne sont pas si tenaces qu'on le croit. Même s'ils apprennent pour nous…tant qu'ils ne l'apprennent pas à cause d'un dérapage au sein même de l'établissement, alors ils ne pourront rien nous reprocher, assura-t-elle : Rien du tout.

Le ton employé à la dernière phrase fut tranchant, presque autoritaire et c'était bien la première fois que je l'entendais parler ainsi. Comme balayé par une vague, mon angoisse disparut et laissa place à une reconnaissance aimante que je lui montrai à travers un long baiser sur son front. Plus serein, je montai dans ma voiture à ses côtés, et, main dans la main, nous prîmes la route jusqu'à chez sa tante. Une fois arrivés, nous échangeâmes un regard qui en disait long sur le regret que nous ressentions à devoir nous séparer.

-J'étais sincère tout à l'heure, si tu as besoin de plus de temps, on n'est pas obligé de se faire des week-ends de ce type très souvent.

Le cœur battant, je secouai la tête.

-Je pense que cela serait justement bénéfique… Il faut que je ressente la différence entre le nous à la fac et celui que nous sommes en dehors. Sinon, j'ai peur de poser trop limites et que je finisse par me frustrer tout seul avant de commettre une bourde.

M'adressant un sourire rayonnant, Tallulah se pencha pour venir m'embrasser et je lui répondis avec passion. J'inspirai profondément alors qu'un frisson parcouru ma mâchoire et descendit jusqu'à ma nuque. J'eus encore les yeux fermés lorsqu'elle décolla ses lèvres dans un bruit humide, comme pour conserver le goût de notre échange, puis, après avoir récupéré ses affaires elle descendit de la voiture et me souhaita une bonne journée. Je la regardai se diriger vers l'escalier qui menait à l'entrée de chez sa tante, et, se retournant une dernière fois, elle me fit un geste de la main. Je lui répondis et je fus amusé de la voir me sourire bien qu'il était impossible pour elle de me voir à travers la teinte de mes vitres. Une fois que la porte d'entrée la sépara définitivement de mon champ de vision, je fis le chemin inverse jusqu'à chez moi.

Je passai le reste de ma journée à préparer mes cours pour demain, ce que je n'avais pas fait du week-end, entre samedi où je dus travailler et le reste de la journée passée chez Rosa et Leigh, il me fut hors de question de mettre Tallulah de côté pour le boulot. Notre soirée fut bien trop agréable pour ça…

Néanmoins, travailler m'aida à activer ma concentration, et à me rassurer au sujet de notre reprise de cours, en tant que couple, ma cadette et moi. En revanche, nous ne restâmes pour tout l'après midi sans s'envoyer au moins un ou deux sms. Notamment le soir, lorsqu'elle n'était plus avec sa tante et que de mon côté, je m'étais attelé à faire un peu de rangement dans mon bureau qui…

-Ressemble à vrai dépotoir…dis-je à moi-même en enjambant les boules de papiers froissées sur le sol, et les bouquins qui m'eurent servi sur les recherches pour mon second livre. Des tasses de café et de thé s'asséchaient sur le bureau en une belle colonie : Heureusement qu'elle n'a pas vu cette pièce, marmonnai-je, un peu honteux d'avoir laissé un tel désordre.

-Après ça reste un bordel organisé ! essayai-je de me convaincre en ramassant mes livres.

Finalement, je replongeai dans la lecture de l'un deux et j'en fis une critique pour la comparer avec mes plus récentes notes de recherches. Vers 23h, lorsque Tallulah m'envoya un message de bonne nuit, je réalisai que mon nettoyage n'avait pas beaucoup avancé. Soudainement très crevé, je partis au lit en répondant à ma cadette. Les plaisanteries fusèrent et une fois encore, je m'endormis sur mon portable.

Au matin, je me rendis compte que Tallulah s'était fait la conversation toute seule, jusqu'à se souhaiter à elle-même bonne nuit.

-Il lui manque vraiment une case… gloussai-je en partant prendre un petit déjeuner. Plus tard, sur le chemin vers la fac, je reçus un message de Leigh qui me demandait ce que je faisais pour le nouvel an.

N'ayant pas le temps de répondre, il m'appela et, manquant faire tomber mon portable je décrochai rapidement.

-L-Leigh ?

« Non ! Perdu ! »

-Oh, bonjour Rosa, souris-je : Tout va bien ? C'était pour quoi ce message ?

« Très bien merci, et toi ? Toujours amoureux ? (Je pouffai en secouant la tête) »

-Toujours oui…soupirai-je non sans sourire, amusé : Alors ?

« Voilà, avec Leigh on pressent que ça risquera d'être compliqué de refaire ce genre de grosse soirée lorsque le bébé sera là ! On ne dit que ce sera infaisable, mais voilà…on se disait que pour cette fin d'année, on pouvait se permettre de faire ça avec nos amis. Cela ne serait pas la première fois, mais on doit avouer que cette année on voit un peu plus grand, pour marquer le coup ! »

-Oui… ? dis-je, un peu sceptique et intrigué.

« Donc on voulait savoir si tu étais partant de faire le nouvel an avec nous, et quand je dis, nous, Tal' incluse, hein ! »

J'imaginai facilement son clin d'œil complice. Je soufflai un rire, en me doutant parfaitement que Tallulah ferait partie de la liste des invités. Le souci étant…qu'il ne va pas me louper si je suis absent pour les fêtes…me dis-je, en songeant un mon frère aîné.

« Allô ? »

-O-oui ! Je suis là…désolé, je-…(je soupirai) je suis pris pour les fêtes.

« Oh ? Tal' et toi avez prévu quelque chose ? Petits cachotiers… ! »

Mon cœur se serra à l'entente de son engouement, alors que je n'avais absolument rien prévu de romantique avec ma cadette. Difficilement, car je commençai à connaître Rosalya et son tempérament aussi corsé, si ce n'était plus, que Tallulah…Et quand il s'agissait de sa meilleure amie…Pourquoi je redoutai sa réaction ? Car cela me faisait tout de même mal de me dire que pour le nouvel an, je ne serai pas avec la femme que j'aime, car j'étais relié à des histoires de famille complètement absurdes…

-Pas vraiment non, il est prévu que je me rende auprès de ma famille cette année, dis-je en retenant ma respiration.

« … »

J'eus quelques sueurs froides. Le silence devenait trop long et mon cœur cognait bien trop fort dans ma poitrine pour que ce ne soit pas douloureux.

-Allô… ?

« Attends, t'es en train de me dire que deux belles occasions de passer du temps avec ta copine se présentent et toi tu t'en détournes ? »

-Je n'y passe pas les deux semaines non plus, juste le 25 et la nuit du 31 au 1er. On pourra toujours se voir les autre jou-

« T'as oublié que Tallulah est serveuse et que le café ne ferme pas pendant les vacances ? Les autres jours, comme tu dis, Tallulah sera de service presque à plein temps ! Les jours de congés sont les jours de fêtes, et toi tu…tu- ! Raah ! Mais à croire que ces quatre mois ne t'ont servi à rien ma parole ! Elle a été sacrément patiente pour toi ! Toutes les femmes n'auraient pas fait ce qu'elle a fait pour s'approcher de toi ! Et toi tu-…Leigh rends-moi ce- ! (La voix de Rosa s'intervertit avec celle de Leigh) Rayan ? C'est moi… »

Mon ami soupira en demandant à sa compagne de bien vouloir se détendre un peu plus à cause de sa tension et du bébé. Je pus entendre : « Ma tension va mieux que celle de Tal' ! Et fichez-moi la paix avec ce mini-pouce nain ! Il va bien ! »

Je ricanai nerveusement, tout comme Leigh, qui reprit avec calme :

« J'ai entendu votre conversation, et je dois t'avouer que ça me surprend un peu de savoir que vous ne vous verrez pas pour les fêtes… Pourquoi, enfin je veux dire, c'est vraiment impensable pour ta famille que tu ne sois pas avec eux ? Et Tal' ? Elle n'ira pas avec toi ? »

-C'est encore un peu frais pour les présentations officielles, on n'en a discuté ensemble…Mais non, ce n'est pas le fait que ce soit « impensable » pour ma famille de ne pas me voir pour les fêtes…c'est juste compliqué avec eux pour que je me permette de ne pas les voir cette année…

« Compliqué au point de laisser Tallulah seule pour les fêtes ? » questionna gentiment mon ami, qui, je l'entendis, souriait.

Je baissai les yeux et m'arrêtai en plein milieu du chemin. Est-ce que ça changera grand-chose que je vienne de toute façon ? dis-je en pensant à mon frère.

-Elle ne sera pas seule, enfin, je veux dire…Chani sera là et on se verra pour-

« Quoi ? Tu n'es pas au courant ? Chani part avec sa famille une fois le déménagement fait. Eux aussi, ont déjà prévu un séjour au ski il me semble. On en parlait autour du jeu de carte samedi, tu ne te souviens pas ? »

Au loin, j'entendis Rosa préciser que c'était sûrement avant mon arrivée. Mais hier matin…Quand j'en ai parlé à Tallulah… Une fois encore, je réalisai que ma cadette avait fait preuve de stoïcisme, et ce, j'en étais quasiment certain, pour ne pas m'inquiéter. Sauf que ça a plutôt l'effet inverse là ! m'écriai-je en mon for intérieure, déchiré entre la contrariété et le chagrin.

« Ah, Rosa vient de me dire que … »

-Je viens Leigh ! l'interrompis-je en me mettant à courir jusqu'à la fac : Excuse-moi mais je te rappelle plus tard, d'accord ? Mais je viens, garde-moi sur votre liste pour le nouvel an !

« Oh… ! Hé bien d'accord, mais tout va bien ? Qu'est-ce que tu prends, j'ai l'impression que tu cours ! »

-Je te rappelle, dis-je simplement en raccrochant. Désolé Leigh !

Rapidement, je composai le numéro de Tallulah, mais je tombai sur sa messagerie.

-Merde ! J'ai oublié, elle avait rendez-vous avec le médecin du campus…

Je lui laissai un message, lui informant de me retrouver dans la salle de classe où nous avions travaillé ensemble pour son mémoire. Il était tôt, et j'espérai sincèrement que ma cadette n'ait pas trop de retard pour ne pas louper le début du cours. Bonjour la discrétion sinon ! Je récupérai les clés de la salle et m'y rendis. Une fois dans le couloir, j'aperçus Tallulah qui était adossée au mur et lisait un livre. Très peu d'élèves se trouvaient dans le couloir, mais c'était suffisant pour éveiller les soupçons si je me mettais à lui parler trop familièrement.

-Tallulah, la hélai-je en arrivant à sa hauteur.

Elle tressauta et leva le nez de son bouquin qu'elle remit aussitôt dans son sac. Les élèves avaient tourné les yeux vers nous avant de reprendre leur chemin

-Bonjour, me dit-elle.

-Merci d'avoir fait vite… marmonnai-je en ouvrant la porte non sans jeter un coup d'œil autour de nous : J'ai quelques questions à vous poser, et ça ne peut pas attendre. Pardon de vous avoir fait dépêcher.

-Si ça ne peut pas attendre…

Je la fis entrer la première et, pour éviter toute sorte de malentendue, je laissai la porte entrouverte et je sortis un porte documents, plus pour dissimuler les apparences que pour une véritable utilité. Tallulah s'installa à une chaise et je m'assis devant elle, de façon à voir quelqu'un passer dans le couloir. Puis, à voix basse, je repris :

-On n'a pas beaucoup de temps, je sais, mais j'ai besoin de savoir quelque chose…

Ma cadette haussa un sourcil, l'air confuse.

-J'ai eu Rosa et Leigh il y a dix minutes, au téléphone. Ils m'ont parlé du nouvel an…

Tallulah ouvrit la bouche en une légère exclamation de surprise et me demanda :

-J'aurais dû leur dire que tu ne-

-Non ! Non, non ! repris-je en secouant les mains avec une pointe de véhémence : Ecoute, je t'ai fait venir pour savoir pourquoi tu ne m'as rien dit à propos de Noël !

Ayant haussé le ton, Tallulah me fit les gros yeux en faisant un signe concis du menton en direction de la porte. Je fermai les yeux et pris sur moi.

-Cela pouvait attendre, Rayan ! chuchota ma cadette mais je lui tins tête.

-Non, justement non…J-je…je n'ai pas ta capacité à lire dans l'esprit des gens et-

-Je ne lis pas dans l'esprit des gens, soupira-t-elle.

-Tout le monde le dit en tout cas, et je commence sérieusement à y croire aussi !

Elle renifla un rire en secouant la tête.

-Quoi qu'il en soit, même sans ce don, tu peux me parler Tallulah… Pourquoi ne pas m'avoir dit que tu…(je me pinçai les lèvres) que tu serais seule pour Noël ?

Soupirant profondément, je vis ma cadette arborer une mine penaude.

-Je ne voulais que tu te fasses le quelconque mouron à l'idée de me savoir seule ce soir-là. Je sais comment peuvent réagir les gens, « Oh pauvre amour, mais tu vas pas te sentir seule ? » Tss…

-Et moi, je suis les « gens » ? me vexai-je un peu non sans sourire en coin.

Tallulah leva les yeux au ciel et m'adressa un sourire provocateur.

-Mais non, (je sentis ses pieds se glisser entre mes jambes et je nouai nos chevilles sous la table) juste…je craignais que tu t'inquiètes trop pour pas grand-chose.

Pas grand-chose…Pourtant, son visage s'assombri. Evidemment que c'était toujours désagréable de passer les fêtes, seul, surtout lorsque nous ne sommes pas habitués à l'être en cette période de l'année. Il y aura toujours quelqu'un pour nous dire que ce n'est pas si terrible, mais ça foutait quand même le cafard…

-J'avais peur que tu changes tes plans à cause de moi…termina-t-elle en m'adressant un regard désolé.

Je secouai la tête, légèrement désabusé.

-Tu te souviens, lorsque tu m'as dit que tu étais assez grande pour savoir ce que tu voulais sans qu'on te prenne la main ?

Au vu des rougeurs sur ses pommettes, elle s'en souvenait.

-J'estime que le suis aussi, Tal', ris-je en faisant secouer mes épaules : Je sais que je fais jeune, mais quand même… !

Elle rit, en cachant son rictus derrière sa main.

-Et puis, je ne ferais jamais rien « à cause de toi »…mais pour toi, oui.

-Pas de niaiserie de bon matin ! pesta-t-elle en détournant le regard, sûrement dans le but de me dissimuler son embarras.

Posant mon menton sur la table, je levai les yeux vers elle avec tendresse.

-Hé…Je ne veux pas que tu te sentes délaissée… (je baissai les yeux un instant, repensant aux paroles de Rosalya, puis, les reposait sur ma cadette) je ne nous ai pas facilité la tâche ces quatre derniers mois…t'as le droit de te montrer égoïste et exigeante de temps en temps, assurai-je en fronçant le nez avec malice.

-Alors quoi… ? Il faut que je te demande de ne passer Noël avec te famille ? Je ne peux pas, moi-même je sais très bien que j'aurais aimé être avec mes parents.

Je me redressai en secouant la tête, posément.

-Je ne peux pas me défiler pour le 25, mais le 31…dis-je en laissant planer le sous-entendu.

Son regard s'agrandit et ses yeux vairons s'illuminèrent avec un espoir et une excitation qui pétillaient.

-Tu veux dire que tu viens ?

Je haussai mes sourcils avec charme et souris de toutes mes dents.

-Et je crois même savoir où nous pourrons fêter le nouvel an, renchéris-je : Enfin, si Rosa et Leigh n'ont encore rien trouvé.

Tallulah secoua la tête et m'expliqua que l'idée venait d'eux, mais pour l'organisation tout le monde y mettrait du sien.

-On voulait faire ça hors de la ville, histoire de voir du paysage en même temps, mais on ne sait pas où trouver un gîte, surtout maintenant, les réservations doivent-être clôturées…

-Je dois rappeler Leigh dans la journée. J'ai de quoi faire, assurai-je en lui adressant un clin d'œil.

L'expression de Tallulah se fit plus tendre et son regard chaud. Mon cœur accéléra…Bon sang, je mourrai d'envie de l'embrasser, et je compris qu'elle n'était pas mieux que moi. Je dus me faire violence lorsque le bout de son pied remonta l'ourlet de ma jambière, me provoquant un frisson qui chatouilla l'intérieur de ma cuisse. Soudain, elle regarda l'écran de son portable, puis, se leva.

-Je te promets de me montrer plus capricieuse…dit-elle seulement en me souriant avec provocation.

Elle va me laisser là ? Comme ça ? Je bandai littéralement comme un cheval, et il était impossible pour moi de me lever et faire comme si de rien n'était.

-Il reste encore un quart d'heure avant le début du cours, je vais sortir la première, glissa-t-elle.

-A-Attends ! pestai-je dans un fort chuchotement : Tallulah Loss, revenir !

Je l'entendis glousser tandis qu'elle fermait la porte derrière elle. Je ris…très nerveusement mais je ris tout de même, l'air ahuri, pris de spasmes désabusés qui me faisaient tressauter les épaules et j'étais là…assis sur cette fichue chaise à ne pas pouvoir me lever.

Je reçus un texto… « Oh fait…comme je sais que t'aime bien ce côté de moi… »

-Oui… ? dis-je en voyant rien d'autre. Puis, mon écran fut égaillé par une poitrine que je connaissais maintenant très bien, et un soutien-gorge tenu par le bout des doigts pendait dans le vide. « Aujourd'hui, c'est excursion naturiste ! »

N'en revenant pas, je secouai la tête, incrédule par ce qu'elle venait de m'envoyer et je plaquai aussitôt mon écran contre la table en prenant mon visage d'une main, accoudé.

-Mais quelle connasse…ris-je en ayant plus que ses seins en tête : Mais quelle connasse !

Mon portable vibra à nouveau : « Pense à Monsieur Lebarde, j'ai vu que ça avait été efficace l'autre nuit ! »

En faisant l'effort le plus colossal qui me fut demandé de faire, j'inspirai profondément et essayai de penser à tout ce qu'il y avait de peu excitant autour de moi. Je me dis tout de même, que j'étais redevenu bien sensible depuis que j'eus rencontré Tallulah. Je me demandai -rapidement afin de ne pas gâcher tous mes efforts- s'il lui arrivait de se retrouver dans de tels états de frustration. Quand je fus certain que tout était rentré dans l'ordre, je sortis de la salle, la refermai et partis rejoindre l'amphi après avoir déposé les clés.

Tallulah se trouvait vers les rangées du fond, entourée de ses camarades habituels, dont le jeune Camille qui se fit plus bavard que jamais pendant les deux heures de cours. J'eus du mal à lui en vouloir, je me doutai bien qu'il était heureux de revoir son amie, et celle-ci lui répondit parfois mais essaya toujours de le calmer un peu. Les deux heures passèrent à vitesse grand V aujourd'hui, et arriva l'heure du déjeuner. Commencer tard avec une classe qui m'était sympathique, cela me mit vraiment de bonne humeur. Quand Tallulah sortit de l'amphi, nous nous adressâmes un regard complice furtif qui me donna tout de même du baume au cœur. Puis, me souvenant que je devais rappeler Leigh…je réalisai que je devais surtout appeler quelqu'un d'autre avant lui. Mais pas dans l'immédiat, au risque de voir mon humeur être sapée si la conversation devenait houleuse, surtout si mon frère se trouvait dans les parages. Mes cours se terminaient à 15h, cependant, j'avais encore beaucoup de travail à préparer pour la reprise de Janvier. J'eus envie de voir Tallulah également…nous en discutâmes par sms, et l'un comme l'autre avait pas mal de travail chacun de notre côté. Entre la semaine de cours qu'elle rata -pas de son plein gré- et ses jours d'examens la semaine prochaine, c'était tout à fait justifiable…Pourtant, c'était bien la mort dans l'âme qu'on se mit d'accord pour ne pas se voir ce soir.

Vers 18h, je décidai que j'en eu fait assez, et puis, je travaillai mieux chez moi. Sur le chemin du retour, j'en profitai pour envoyer un texto à Leigh et Rosalya pour leur demander s'ils avaient une idée où organiser la soirée du nouvel an, et surtout, combien allions nous être au total. J'eus une réponse claire, avec tous ceux qui avaient répondu présent pour le moment, et ça faisait quand même un beau monde…En ajoutant des matelas gonflables dans les chambres et au salon ça devrait loger, me dis-je en lisant qu'il avait essayé de contacter des gîtes dans la journée, qu'il eut rapidement des réponses et toutes, négatives pour le moment…

Un fois chez moi je décidai de prendre le taureau par les cornes et d'appeler mon grand-père. Cela sonna un moment, puis, je tressautai alors que j'entendais enfin la voix de mon aîné.

« Allô ? Rayan ? »

-Oui, bonsoir grand-père, souris-je : Alors, comment vas-tu ?

« Oh…Oh, je ne m'attendais pas à ce que tu appelles, mais ça me fait plaisir. Tu m'as déjà envoyé un mail il y a quelques semaines. Mais ça me fait plaisir (répéta-il), et je vais bien mon grand. Et toi ? Les études, tout va comme tu veux ? »

Je ris.

-Grand-père, je suis enseignant, plus étudiant…

« Ah oui… ! Mais c'est pareil, il y a des cours quand même, je suis bien placé pour le savoir ! » l'entendis-je rire dans une quinte de toux.

-Oui, en sommes ! Mais je vais bien, assurai-je en songeant à mon métier, mes recherches et surtout…Tallulah.

J'hésitai à me confier à mon grand-père. Nous avions toujours été très proches lui et moi, et il s'intéressait aux recherches que je faisais. Ecrivain lui-même, et ancien professeur de philosophie, il m'eut beaucoup guidé et soutenu dans mes projets. Aujourd'hui, sa santé faisait qu'il n'était plus a même de tenir un stylo, et bien qu'il sût maîtriser l'informatique grâce aux nombreuses leçons que je lui eus données, écrire demandait beaucoup de concentration, et avec l'âge, sa concentration et sa mémoire ne faisaient que s'effriter un peu plus chaque jour.

Un peu nostalgique de mon adolescence bercée par les enseignements de mon grand-père, je ne pus me montrer plus hésitant.

-Hé…Tu sais, j'en n'ai pas parlé aux parents pour l'instant, mais j'ai rencontré quelqu'un.

« Oh ! Aussi séducteur que ton grand-père, haha ! Les intellectuels fascinent mon grand… »

Je ris avec légèreté. Mon grand-père était connu dans la famille pour son adoration envers la gente féminine, jusqu'à ce qu'il rencontre ma grand-mère pour qui son cœur n'aura jamais cessé de battre. Paix à son âme... Mais cela ne l'eut jamais empêché de nous raconter de croustillantes anecdotes.

« Mes félicitations Rayan », l'entendis-je sourire et je le remerciai chaudement : « Tu comptes nous la présenter pour les fêtes ? Oh, et comptes-tu voir sa famille ? »

-C-c'est-à-dire que je t'appelai pour ça…je-

« Comment s'appelle-t-elle d'ailleurs ? »

Amoureux, je souris et dit :

-Tallulah…Elle s'appelle Tallulah.

Ma voix se fit plus suave que je ne l'avais contrôlé. J'entendis mon grand-père soupirer une exclamation intéressée et charmée.

« A-t-elle des origines Amérindienne ? »me demanda-t-il du tac au tac. Pris au dépourvu, je haussai les sourcils en ne regardant pas vraiment de point précis, face à mon ordinateur à l'écran toujours éteint d'ailleurs.

-Alors là tu me poses une colle, avouai-je en démarrant mon ordi pour faire des recherches sur le prénom de ma cadette.

Je l'entendis rouspéter et j'étouffai un rire, me faisant tout petit sur ma chaise alors que j'enfonçai ma tête dans les épaules.

« Ignare que tu es ! En amérindien, cela signifie, « eau qui jaillie ! » « Eau bondissante ! » cela avait un impact fort sur les femmes qui portaient ce prénom, ou ce « titre », on perçoit d'elles beaucoup de détermination et d'altruisme, mais comme la rivière qui dort, l'eau peut sortir du lit et ces femmes pouvaient se montrer aussi patientes et émotives que courageuses et strictes ! (Je l'entendis racasser à l'autre bout du téléphone) Je me suis rendu en Géorgie avec ta grand-mère, il y a maintenant… des années de ça ! (Il rit) Il existe un parc naturel qui offre de magnifiques randonnées près des gorges Tallulah ! On trouve de belles chutes d'eau aussi ! Je te connais, tu aimes ce genre d'endroit, et ce serait un bon moyen pour vous de vous faire de beaux souvenirs…et toi de te rendre compte de la beauté de ce prénom. »

Je m'en rends bien compte… eussé-je envie de lui dire. Néanmoins, ce que j'eus appris sur la signification du prénom de ma cadette m'attendrit, je dus bien avouer que je retrouvai bien tous ces traits caractériels en elle. Un sourire sûrement très béat sur les lèvres, je cherchai d'autres informations au sujet de ce parc naturel.

-On n'y songera peut-être, dis-je, un peu distrait. Puis, me rappelant de ce pourquoi j'eus appelé mon aîné, je me ressaisi : Grand-père, je voulais savoir si le chalet des Vosges était disponible pour cet hiver.

« Attend voir mon grand, je regarde dans le carnet… »

J'entendis mon grand-père reposer le téléphone. Ayant des difficultés à ne tenir que d'une seule main l'appareil, lorsqu'il avait autre chose à faire, il préférait tout poser. Après un petit moment d'attente, il revint.

« Non, cette année, nous nous réunissons tous chez Dimitri, le chalet n'a pas été réclamé. (Il soupira) D'ailleurs…je me demande si on va pouvoir le garder encore longtemps. »

-Hein ? Pourquoi, que se passe-t-il ?

« Plus personne n'y va. Ton père est bien trop occupé, ton frère déteste la montagne et toi, Sherine et moi nous n'y rendons seulement une fois par an…Ce lieu…Il était cher à ta grand-mère, et de le voir vide ainsi…Je préfère autant le vendre et laisser place à une autre famille, mais ton père refuse. Il continue de payer les factures, et refuse de céder le chalet à d'autres. Pour lui, ce chalet était celui de sa mère… »

Un pincement au cœur me fit déglutir. Je savais pourquoi mon père n'allait plus là-bas. Il était occupé, certes, mais pas au point de se détourner de ce chalet. Depuis la mort de grand-mère, il avait un peu changé, et ne parvenait pas à mettre un pied là-bas. Je ne l'avais pas remarqué tout de suite. Il fallut que ce soit ma propre mère qui m'en parle, un jour alors que nous étions tous les deux au chalet.

-Justement, grand-père, je voulais savoir si je pouvais loger au chalet pour quelques jours, avec des amis.

« Pour quand ? En février ? »

-Non, pour le nouvel an. Voilà, nous nous verrons le 24 et le 25, mais pour le 31, je ne serais pas chez Dimitri. Comme je te l'ai dit, je suis avec quelqu'un maintenant, même si je sais qu'on a pour règle d'or de tous se réunir en cette période, cela fait longtemps que je n'y…(je soupirai) Pas que je n'y voie plus d'intérêt, mais pas besoin d'occasion de ce type pour que je vienne te voir, où que j'aille voir les parents et mon frère. Je sais que c'est tout de même le moment où on-

« Cela me ferait plaisir que tu redonnes un peu d'amour à ce chalet, mon grand. » m'interrompit mon aîné d'une voix épuisée et presque chagrinée. Mon cœur s'emballa. Je lui demandai si tout allait bien.

« Haha, mais oui…Je suis vieux, pas mourant. (Il renifla) Je sens à toi que tu hésites quand même…Mais tu ne dois rien à personne, Rayan. On a tous fait notre vie de notre côté, sans pour autant renier la famille. J'ai été jeune, je sais ce que c'est. »

Décontenancé, quoi que je n'eusse pas à l'être, connaissant mon grand-père…ma tête s'affaissa, et mon menton toucha ma clavicule. Très reconnaissant et touché par l'émoi de mon grand-père, je souris et le remerciai avec sincérité.

« C'est moi qui te remercie Rayan. Toi et ta mère vous êtes toujours montrés très patients avec moi et Dieu sait que je ne suis pas une vieille carcasse facile à vivre ! (Il toussa un rire) Ne t'en fais pas pour le nouvel an, on se verra le 25 c'est l'essentiel, et je sais que tu passes toujours me voir à chacune de tes vacances. Ne t'en fais pas, tes parents comprendront aussi, et je suis certaine que Sherine sera en joie d'apprendre que son fils s'est enfin engagé ! »

-Haha, on n'est pas fiancés non plus, soulignai-je : Cela fait quatre mois qu'on se connait mais on s'est officiellement mis ensemble très récemment.

« Le temps ne compte pas quand on est amoureux. » renchérit mon grand-père, « j'espère quand même que tu nous la présenteras ! »

-Pour le moment, on attend, mais j'espère aussi qu'on arrivera à ce moment. Pour en revenir au nouvel an, je me doute que les parents ne diront pas grand-chose, mais Dim-

« Dimitri rouspétera sûrement, mais quand ne le fait-il pas ? » plaisanta mon aîné. « Il va falloir cesser vos querelles…Vous n'avez plus 10 ans. »

-Je veux bien. Je ne fais que lui répéter mais-

« L'un comme l'autre, vous ne cessez de vous reprochez des choses. Je sais, que Dimitri est un homme difficile, mais ça ne sert à rien de rentrer dans son jeu. Pas de dispute cette année. »

-C'est en parti pour ça que je redoute les fêtes de fin d'année…avouai-je : A l'époque, ses crises me passaient au- dessus de la tête, mais en vieillissant, je reconnais devenir moins patient.

« Tu as toujours été un grand émotif, mais ça ne t'a pas toujours causé que du tort, au contraire. Mais je me fais vieux, et je me dispute assez souvent au sujet du chalet avec ton père, je ne veux pas que le dernier souvenir que j'ai de mes petits-enfants soit celui de deux frères qui se déchirent… »

Très loin d'être insensible aux paroles de mon grand-père, je baissai les yeux en sentant mon cœur être blessé par mille éguilles de remord mais aussi de contrariété. Je passai outre, en lui promettant de tout faire pour ne pas rendre le repas plus désagréable que mon frère sera capable de le faire.

« Voyou… » soupira mon aîné. « Bon, je t'apporterai la clé du chalet. N'aie crainte là-dessus, j'y penserai ! Ce chalet est bien la seule chose que j'arrive encore à me souvenir ! » railla-t-il et je levai les yeux au ciel non sans sourire.

Avec mon grand-père nous discutâmes encore un moment, avant de nous embrasser fort et de raccrocher. Presqu'aussitôt je passai un coup de fil à Leigh pour lui confirmer que je nous avais trouver un lieu où passer le nouvel an.

« Wouah ! Dis-moi, c'est le savon que t'a passé Rosalya qui t'a motivé de la sorte ? » rit-il.

-Haha, on peut dire ça oui, je dois bien avouer que ça m'a permis d'oser prendre un peu plus les devants lorsqu'il s'agit de passer du temps avec Tallulah.

« Haha, c'est pour elle que tu fais tout ça, avoue ? »

Malgré son rire, je savais sa question bienveillante.

-Un peu, oui…Mais ça me fait plaisir de passer du temps avec vous tous aussi, assurai-je, sincère.

« Je me doute bien ! Les Vosges tu as dit ? Cela va faire pas mal de route, et puis, on peut y rester combien de temps ? »

-Autant de temps que l'on veut. T'as pas de souci à te faire là-dessus, on peut même partir le 27 au soir, pour être tranquille sur les routes. Et profiter des autres jours pour voir du coin et bien s'installer au chalet.

« Il y en a une qui t'écoute attentivement à côté de moi, crois-moi elle ne loupe rien ! » rit Leigh qui, je le compris, venait de mettre l'hautparleur.

-Cela vous convient, votre Majesté Rosa ? plaisantai-je et je l'entendis :

« Ah mais, je suis même conquise par l'idée de passer le nouvel an à la neige ! Enfin, j'espère qu'il y en aura ! »

-Je n'me ferai pas trop de souci si j'étais toi, le lieu est réputé pour ses paysages blancs !

« Haha, j'en connais une autre qui va te passer la bague au doigt si tu l'amènes à la montagne », entendis-je Leigh souligner « Tallulah est une grande amoureuse des randonnées, des lacs et a fait de l'escalade avec sa mère. A croire que t'es vraiment le beau-fils parfait ! »

-J'espère qu'elle sera contente, oui…

« Je crois que le simple fait de te savoir près d'elle lui suffit, Rayan. » fit remarque Rosalya, derrière Leigh. « Tu lui as dit ? »

-Que je venais ? Oui, mais pas encore pour le chalet…Et de ce que j'entends, j'ai bien envie de lui faire la surprise.

« Bonne idée ! On peut toujours lui dire qu'on a trouvé un gîte dans une bourgade montagnarde ! Déjà elle sera surexcitée à l'idée de partir respirer le grand air ! Mais le chalet, ça va être la cerise sur le gâteau si tu veux mon avis… Après toutes les émotions fortes qu'elle a vécues ça va lui faire du bien. »

Je souris, un peu amer. Tout était encore frais et Tallulah portait encore les marques de son agression. Je songeai au cours de Miss Paltry, je me demandai comment ma cadette l'eut vécu. Je n'eus pas revu Hélène non plus. Soudain…un vent de panique m'emporta, et je me demandai si ma cadette ne se cachait pas derrière l'excuse de ses cours pour ne pas avoir voulu me voir ce soir, de peur que je lui parle du cours de développement personnel. Je partais sûrement loin, mais sachant qu'elle ne m'eut même pas dit qu'elle passerait Noël seule, je la voyais bien capable de refouler son mal être à la suite de ce cours.

Essayant de paraître serein avec mes amis, nous discutâmes encore un moment de l'organisation pour le nouvel an, puis, après de chaudes embrassades au téléphone, je raccrochai puis, envoya un message à ma cadette pour lui demander si elle pouvait m'accorder quelques minutes sur son temps de révision. Tallulah me répondit presqu'aussitôt, et ce, par un coup de téléphone.

« Bonsoir ! » l'entendis-je, et je sentis son sourire.

-T'es sûre que je ne te dérange pas ?

« Non, j'ai stoppé mes révisions, je traînai sur le web… » m'avoua-t-elle, d'une voix lointaine. Je l'entendais taper sur son clavier.

-T'as mis l'hautparleur ? Yeleen n'est pas là ?

« La colocataire de Chani n'est pas là, du coup, cette nuit j'en profite pour dormir avec elle. Yeleen est un petit peu nerveuse ce soir. J'ai essayé de lui en parler, mais elle m'a dit que je n'étais pas apte à comprendre. (Elle renifla avec mépris) …m'a soulée, je suis partie. »

-Oui…grand temps que tu quittes le dortoir, c'est ça ?

« Oui ! Oh…Chani te dit bonsoir. »

-Passe le lui aussi de ma part, souris-je : Dis-moi, je me demandai… (je me mordis la lèvre inférieure, hésitant) c-comment ça va ? Je veux dire, comment s'est passé le cours de développement personnel aujourd'hui ?

Je l'entendis souffler un rire.

« On s'inquiétait ? » l'entendis-je se moquer gentiment. Je rougis en levant les yeux au ciel : « Honnêtement, je vais pas te le cacher je n'ai pas été très bien. J'ai témoigné…Comme Nolan, le jeune homme qui avait fait la proposition à Miss Paltry. Ce qui a suivi…m'a touchée. Enfin, ça a touché tout le monde. Un professeur est venu témoigner. »

-Un professeur ? Du bâtiment d'art ?

« Oui…Et je pense que tu en entendras parler dans la semaine. Sans rentrer dans les détails, il nous a confié un moment vraiment…rude, de sa jeunesse, et surtout, qui s'est passé lors de sa première année en tant qu'enseignant, dans le lycée où il enseignait avant de passer les concours pour enseigner à l'université. Au final, ça parlait surtout de harcèlement d'élèves à l'encontre des professeurs et du manque total de soutien de la part de ses collègues, et des remarques sexistes qu'il a pu subir. Mais ce harcèlement « scolaire » a vite tourné à la violence de rue, par ses propres élèves qui l'ont pris en grippe. »

Elle marqua une pause, tandis que je fronçai les sourcils.

« A la fin de l'heure, Nolan, ce professeur et moi-même avons fait une proposition à Miss Paltry, qu'elle doit présenter au directeur : organiser une campagne de sensibilisation sur tout le campus, à l'encontre du harcèlement scolaire, et des violences des rues. Mais aussi pour faire ouvrir les yeux aux plus machos des hommes…et des femmes. Quand je repense aux paroles de Melody, je ne sais pas si on peut vraiment l'appeler une féministe, et encore moins une égalitariste. Quoi qu'il en soit, on veut faire quelque chose, à notre échelle, mais on veut le faire. J'ai justement arrêté mes révisions pour traîner sur le site d'Amnesty et m'inspirer de leurs propres campagnes, pour me rendre compte de…rah, je n'sais pas trop comment dire, du savoir-faire ? De la façon de nous y prendre ? Savoir ce qui serait le mieux pour marquer les esprits mais surtout faire comprendre ? (Elle soupira avec agacement) Quand je pense qu'il y a encore 37% des hommes qui pensent qu'un homme ne doit pas pleurer et que 58% d'entre eux pensent que c'est « être le meilleur ! » Au final, les non-dits sont similaires qu'on soit un homme ou une femme, l'oppression sociale nous rend tous muets. »

-Ta-

« C'était la première fois que ce professeur ouvrait la bouche là-dessus. Et il a 42 ans. »

Mon cœur rata un battement. Il est à peine plus âgé que mon frère… Si cela datait de ses débuts en tant qu'enseignant, cela devait donc faire déjà un bon moment qu'il traînait ça derrière lui à supposer qu'il commença à enseigner entre 25 et 30 ans. Soudain, je pensai à quelqu'un…

-Et Hyun ? Il ne pourrait pas vous filer un coup de main ? Après tout, le bâtiment d'art propose le projet, mais tout le monde est tout de même concerné.

« Mais pourquoi Hyun en particulier ? »

-Il est bien en , non ? Ce genre de projet, c'est son domaine, souris-je.

« Mais oui ! Oui, oui ! Tout à fait ! Oh Rayan, t'es super ! » s'enjoua ma cadette que j'entendis s'agiter : « Chani, viens ! » Toujours avec l'hautparleur, je pouvais l'entendre expliquer à sa petite camarade qu'elle allait retrouver son collègue.

L'engouement de Tallulah me rassura. Je l'eus senti très froissée pendant qu'elle m'eut conté le déroulement du cours de Miss Paltry, et je comprenais mieux pourquoi je n'eus pas croisé cette dernière en salle des profs. Elle devait avoir demandé un entretient avec le directeur.

J'entendais les deux jeunes femmes rire dans les couloirs et se sermonner l'une l'autre de faire trop de bruit. Puis, Tallulah lâcha.

« Roh, tout est mort ! Je pourrais me m'être à poil, tout le monde s'en foutrait ! »

-Non, pas moi.

« Oh mince ! » elle rit : « Je t'avais oublié ! »

Je gloussai.

-J'ai bien compris, oui. (Je secouai la tête, mi amusé, mi désabusé) Bon, on se recontacte par message ?

« D'accord ! » chuchota-t-elle avec malice : « A plus tard. »

-Oui…A plus tard.

Nous raccrochâmes, et comme promis, nous nous reprîmes par message au moment d'aller nous coucher. Les jours suivants se déroulèrent ainsi. Du moins, presque tous.

A suivre…

[Je passe rapidement pour vous informer que je réutiliserai l'idée du gala dans les prochains chapitres, en la reprenant à ma sauce ;) et ce, dans le but d'apporter de nouveaux soucis pour notre petit couple Tayan (Amalial si tu passes par là, merci à toi :D ) et nos deux amants verront leur amour frais, mis à l'épreuve ! Je vous dit à la semaine prochaine, pour les prochains chapitres :) A bientôt~~ ]