[Petit mot d'avant lecture: Coucou ! On revient sur le point de vue de Rayan, car ce grand amoureux va avoir de quoi se tourmenter dans ce chapitre ! Je vous laisse découvrir par vous-mêmes :) Bonne lecture !]


Rayan

A force de greloter, nous dûmes écourter nos câlins sous les étoiles et nous rhabillâmes hâtivement Tallulah et moi.

-Au fait, cette couverture doit manquer aux autres non ? demandai-je tandis que nous descendions l'escalier pour rejoindre son palier.

-Charly est du genre frileux, il a ramené deux couvertures et ça leur suffisait à Camille et lui. (Elle referma doucement la porte et chuchota) J'espère qu'ils dorment tous…

-T'as prévenu personne que tu allais sur le toit ? m'enquis-je en la tirant doucement vers moi.

-Non, après avoir fêté la signature de notre bail à Chani et moi, ils étaient tous claqués. Camille a eu deux heures d'entraînement de bonne heure ce matin, et ils ont terminé les deux chambres à eux quatre ce soir. (Elle haussa les sourcils avec stupeur) J'suis tellement fière du résultat.

-Toi aussi tu t'es levée tôt auj-…hier, du coup, ris-je en me rappelant qu'il était plus de 2h du matin passé. J'examinai l'heure sur mon portable : Et dans 4h tu dois aller bosser au café pour l'ouverture… ça va aller ?

-Oui…susurra-t-elle avant de venir caresser ma barbe et le creux de mes joues. Je frottai mon visage contre ses mains, embrassai ses paumes tout en câlinant ses poignets avec délicatesse pour ne pas réveiller les douleurs de ses bleus : Cela me fait bizarre de sentir quelque chose sur ce poignet, dit-elle en agitant une main.

-Tu portais ta montre ici, c'est ça ?

Elle opina du chef, l'air amer. Aussitôt, je vins nouer autour de son poignet un bracelet de baisers qui la fit sourire.

-Cela m'arrive parfois de vouloir vérifier l'heure mais je ne vois rien d'autre que ces marques…avoua-t-elle tandis que je vins la blottir contre moi.

Qu'il était difficile de retourner chez moi, seul, après un tel moment d'amour. « T'as dit que je pouvais faire des caprices…La prochaine fois c'est ton tour ! » m'eut-elle dit.

-Si je comprends bien, vous avez terminé les derniers préparatifs avant le déménagement ? Plus besoin de passer tes soirées à peindre ?

-Oh, toi…tu as une idée derrière la tête ! rit-elle en atténuant sa voix comme pour préserver notre bulle d'intimité cachée.

Souriant contre sa tempe épargnée de toute blessure que j'embrassai avec amour, j'hésitai à poursuivre. Puis, frottant mon nez dans ses cheveux je pris mon courage à deux mains et lui demandai de venir passer le week-end chez moi. Ce n'est pas vraiment ce que je voulais demander…

-Oui, dit-elle avec évidence : c'était plus ou moins prévu non ?

Allez !

-En fait, je me disais que tu aurais pu rester aussi pendant la semaine des partiels. Comme avec tous les contrôles continus que vous avez accumulés, et que vous accumulerez encore au prochain semestre, vous n'avez pas beaucoup de jours d'examens, je me suis dit que…peut-être…enfin tu vois…

-Ouiiii, s'enjoua-t-elle soudainement telle une enfant : je vais connaître les réponses avant tout le monde !

-Haha, imbécile ! ris-je en oubliant mes doutes : Alors ?

-C'est d'accord, assura-t-elle avec plus de sérieux mais beaucoup de douceur dans sa voix : Cela nous donnera peut-être l'occasion de faire un tour au marché de Noël là-bas, dit-elle, en indiquant un peu hasardement la grande place non loin de non immeuble.

-Bonne idée oui, souris-je en venant l'embrasser.

A regret, nous nous séparâmes l'un de l'autre. Tallulah se posta sur la rambarde et m'observa descendre le premier palier et malheureusement pour l'un comme pour l'autre, nous ne fûmes plus en mesure de nous voir par la suite. Je reçus un texto, alors que j'atteignais ma voiture. « Je t'en prie, envoie-moi un message lorsque tu es chez toi, je sais que tu es fatigué, sois prudent… »

Mon cœur se serra face à son inquiétude. « Promis » lui rétorquai-je. Et comme promis, je fus des plus prudents, allumant la radio pour me maintenir éveillé, mais après de tels ébats, mes nerfs étaient encore bien électrisés. La route ne fut pas longue, nous n'habitions pas si loin l'un de l'autre quand on faisait le trajet en voiture.

J'envoyai un message de sûreté à Tallulah qui me répondit par un « Dormez bien Raoul » qui me fit sourire. J'eus plus de chance que ma cadette, et pus dormir au moins 5 bonnes heures avant de devoir me préparer pour aller embaucher. Néanmoins, je sentais mon cœur assez endolori et je maudis Tallulah pour le semblant de véracité de ses paroles, la veille, dans le bus.

-Je n'pensai pas que j'aurais la gueule de bois… grognai-je, en appui contre mon lavabo et la tête pendant entre mes épaules tendues : 'Va pas être facile ce matin…

Heureusement que je terminai de bonne heure le vendredi. Tout comme ma cadette, mais je savais qu'elle enchainait avec un rendez-vous chez le kiné pour son épaule. Je sais aussi qu'elle ne travaille plus le vendredi soir… songeai-je en me demandant si je ne pouvais pas à aller la récupérer directement après son rendez-vous. Je ne pensai pas être d'aplomb pour faire des heures supplémentaires ce soir, déjà que je doutai être très performant pour mes cours…

D'ailleurs je me rendis à la fac, non sans avoir salué ma petite amie qui grelotait en terrasse, malgré le pull en grosses mailles et à col roulé qu'elle portait. Elle servait des clients lorsqu'elle me vit approcher la terrasse, mais je restai derrière la barrière.

-Coucou toi, sourit-elle en se penchant pour m'embrasser.

Je passai une main derrière sa nuque pour la rapprocher et répondit à son baiser.

-Tu veux quelque chose ?

-Non, je passai juste te voir. Comment te sens-tu ? Me souciai-je.

-J'ai mal à l'épaule, j'ai hâte d'être en cours, être assise et ne pas bouger pendant deux heures ! Et toi ? Pas trop dur ce matin ?

-Vas-y doucement quand même…lui dis-je en courbant les sourcils avec inquiétude : Moins dur que toi je suppose, mais je dois t'avouer que la migraine dès réveil ce n'est pas génial non plus.

Elle eut un sourire jusqu'aux oreilles mais je la vis se retenir de faire tout commentaire. Méfiant, je haussai un sourcil, me doutant pertinemment que ça avait un rapport avec mon âge.

-Une suggestion ? Une remarque ? Un commentaire peut-être ?

Riant en levant les yeux au ciel, elle se pencha pour me chuchoter à l'oreille :

-Vu tes performances de cette nuit, non, je n'ai aucun commentaire à faire si ce n'est qu'on refait ça quand tu veux !

Sur ces bonnes paroles, elle me laissa et retourna travailler. Tout content et tout surpris, je la toisai avec curiosité jusqu'à qu'elle disparaisse de mon champ de vision à l'intérieur de la salle. Je n'étais pas vraiment du genre à me vanter sur ce genre de chose, car je savais qu'il n'était jamais simple de contente son ou sa partenaire, mais de savoir que nos performances avaient su faire mouche et se faisaient réclamer, il ne fallait pas se mentir, ça avait un certain impact sur l'égo !

Le cœur rempli de fierté, je repris le chemin en direction de la fac. Dans la cour, je croisai le Directeur en pleine conversation avec Sibylle, galeriste qu'on ne présente plus tant sa notoriété l'eut déjà fait pour elle depuis maintenant vingt ans. Elle ne passait que peu souvent dans le coin, mais à chaque fois, au vu de ce que les rumeurs disaient, ce n'était rarement pour apporter une bonne nouvelle. Et comme le Directeur du bâtiment d'art semblait aussi blanc qu'un cachet d'aspirine, je redoutai grandement la présence de la galeriste…Mais surtout, je compris qu'on aurait soit, le droit de se faire remonter les bretelles -quoi que pour une fois je n'avais rien fait- soit, le droit à une énième réunion qui me ferait quitter la fac encore plus tard que mon emploi du temps le marquait… Dire que je voulais profiter de mon après-midi pour me promener avec Tallulah…me dis-je en pressentant les ennuis arriver.

Et encore, j'étais loin de m'imaginer à quel point c'était grave. Ce ne fut qu'une fois arriver à mon amphi…

-Rayan, attendez !

Retenant les portes avant qu'elles ne se ferment sur moi, je vis mon supérieur me courir après. Il était encore tôt, aucun élève n'était présent dans l'amphithéâtre. Mon aîné, toujours aussi pâle, me prit par les épaules et nous engouffra à l'intérieur de la salle.

-Monsieur ? Vous me paressez très nerveux, est-ce que tout va bien ?

-Non, lâcha-t-il d'une voix sourde, non pas vraiment.

Mon pouls s'accéléra, mais je fis en sorte de ne rien laisser paraître. Je n'étais pas aussi bon que ma petite amie à ce jeu là mais je n'étais pas en reste non plus ! Se massant la nuque en regardant un peu partout autour de lui, mon supérieur finit par sortir un mouchoir en tissu avec lequel il s'épongea le front.

-Je pensai avoir encore du temps mais c'est peine perdu, soupira-t-il plus à lui-même qu'à moi : Ecoutez, cela fait quelques semaines que ça nous pend tous au nez, et j'ai joué avec le feu en attendant aussi longtemps avant de vous le dire…Mais je crains devoir fermer la section Histoire de l'Art de ce bâtiment.

Mon pouls tantôt rapide cessa toute pulsion pendant un quart de seconde avant de reprendre douloureusement. Aussi paradoxale fusse-t-il, une bouffée de chaleur me donna des sueurs froides. Mais mains devinrent moites et, interdit, je détaillai en silence la moue affligée de mon aîné qui reprit :

-Les fonds…commencent à manquer, et, les donateurs aussi. Comme ce n'est pas un cursus très en vogue, nous manquons cruellement d'inscrits et donc peu de frais de scolarité ont été perçues vis-à-vis de ce manque d'effectif. Les autres cursus rapportent plus, mais l'art restant encore peu mis en valeur dans le monde de l'éducation, ça reste assez juste pour le bâtiment d'art. (Il baissa les yeux, et soupira) Il nous reste qu'une seule solution, qui peut ne pas porter ses fruits. Et dans quel cas, nous- (il reprit, non sans crisper la mâchoire et serrer les poings) …je serais dans l'obligation de fermer le cursus d'His-

-Quelle est cette solution ? l'interrompis-je, la voix sourde et l'air confus.

Lâchant un énième soupire, mon aîné sembla vouloir garder bonne figure, -et je ne pus que le saluer pour ça- redressa le menton et me dit qu'il allait faire un appel aux dons et demander aux enseignants comme aux étudiants du cursus d'Histoire de l'Art, de faire leur possible pour partager l'information et récolter le plus de dons possibles peu importe l'organisme ou les particuliers qui offriraient.

-Quoi ? Un appel aux dons ?

-Sibylle n'est plus vraiment de notre côté, et reste notre plus importante donatrice. Elle m'a posé un ultimatum, soit nous trouvons une solution pour reflouer les caisses du bâtiment d'art avant que tous les cursus en paient les frais et ce, avant les vacances d'hiver de Mars prochain.

-Cela ne laisse pas énormément de temps…soulignai-je et il redevint pâle. Je me raclai la gorge : Vous avez averti mes collègues ?

-Pas encore… Je compte d'abord en faire part aux professeurs principaux, option par option. Etant celui de l'art moderne et contemporain, il était normal que je vienne vous voir en premier. Je suis vraiment navré…

-Je le suis aussi, dis-je, et ma voix vrilla un peu. Fermer la section de l'histoire de l'art ? Je n'eus de cesse de repenser à cela jusqu'au début de mon cours. Sans pouvoir me contrôler, mon regard s'était longuement attardé sur mon amante qui relisait ses notes avec ses camarades. Camille dut sortir une ânerie, car tous se mirent à rire, même les élèves devant eux, qui se retournèrent pour discuter avec eux. Mais…et leur année ? Semblant me remarquer, Tallulah haussa les sourcils et croisa discrètement mes yeux. Ma gorge se noua face à ce superbe sourire qu'elle m'adressait. Pourquoi doivent-ils en pâtir ? Je m'efforçai de lui répondre avec autant de chaleur possible, mais au vu de son inquiétude qui brillait dans ses yeux vairons, je compris que je ne pus cacher mes soucis. Avec autant d'engouement que je pus trouver en moi, j'assurai mon cours pendant ces deux heures qui me réchauffèrent le cœur grâce à l'enthousiasme de tous mes élèves qui participèrent avec bien plus d'énergie qu'il ne m'en restait.

-Allez, nous avons tout bouclé ! déclarai-je en laissant les élèves prendre en photo le tableau blanchi par les notes faites à la craie : Ils nous restent dix-minutes, vous pouvez sortir ou me poser des questions.

Quelques-uns sortirent, mais la plupart restèrent à leur siège et main par main, voulaient me poser des questions. Cela allait du plus évident, au plus inattendu, soit allant des partiels à ma vie privée.

-Vous avez des projets pour les vacances ou vous restez dans le coin ? me demanda une étudiante qui s'était déjà montrée très insistante depuis le début de l'année. A force, cela en devenait plus comique qu'autre chose.

-Nous allons arrêtez sur ce grand mystère ! ris-je en leur souhaitant un bon week-end et surtout un bon courage pour les partiels de la semaine prochaine : Maintenant dehors !

Leur souriant une dernière fois, et, recevant à leur tour leurs salutations, je soupirai discrètement en revenant à mon bureau. Supprimer la section Histoire de l'Art ? Comment, une faculté comme Anteros pouvait se retrouver avec de si gros soucis financiers ? Comme quoi, même les meilleurs pouvaient échouer…

-Monsieur Zaidi, puis-je prendre un peu de votre temps ?

Reconnaissant la voix de mon amante, je souris puis passai ma tête par-dessus mon épaule pour la voir me toiser avec une sincère inquiétude. Mon cœur se serra, elle n'avait pas à pâtir des problèmes de la fac. Aucun d'eux d'ailleurs…

Tallulah allait faire le tour de l'estrade pour monter par les escaliers, mais, me penchant un peu, je lui tendis la main pour l'aider à grimper.

-Donnez-moi votre mains…glissai-je.

Non sans regarder autour d'elle, ma cadette me donna timidement sa main que je vins prendre avec une délicate fermeté avant de la hisser sur l'estrade. Dans un geste caressant, nous nous lâchâmes et elle me remercia de l'avoir aidée. Et encore… si elle savait… Des étudiants vinrent me voir, sûrement pour me poser des questions et ils se mirent à former une file d'attente au pied de l'estrade.

-Excusez-moi, mais je suis en pleine discussion avec ma collaboratrice de recherches, cela va prendre du temps, si vous avez des questions merci de m'envoyer un mail.

Compréhensifs, mes élèves me sourirent en opinant avant de quitter définitivement l'amphi. Une fois seul avec ma cadette, l'un comme l'autre fit tomber le masque.

-Qu'as-tu ? se soucia-t-elle : T'es si pâle, j'espère que tu n'as rien attraper de mauvais cette nuit…(elle soupira) Excuse-moi c'était stupide comme idée…

-Non, assurai-je d'une voix chaude.

J'eus envie de la prendre dans mes bras, mais ne voulant pas risquer de nous faire surprendre dans un élan d'affection au cas où quelqu'un entrerait, nous restâmes à bonne distance l'un de l'autre. Seule la formalité de notre échange fut modifiée.

-Tallulah, cette nuit restera dans les meilleures que j'ai pu passer jusqu'à maintenant, lui souris-je, aimant.

Son regard se radoucit et ses pommettes prirent une adorable couleur pêche. Cela jurait avec le carmin sombre de son rouge à lèvres qui lui allait à ravir. Puis, secouant la tête, désabusé, je lui avouai tout ce que le directeur m'eut partagé tantôt. Après tout, elle allait recevoir un mail d'ici la fin des partiels. Le Directeur tenait à ne pas décourager ses étudiants. Et je le comprenais parfaitement…Mais je n'allais pas être en mesure de dissimuler l'information à mon amante qui eut déjà remarquer que quelque chose n'allait pas. J'espérai simplement que ça ne la touche pas trop brutalement.

-J'aurais aimé attendre avant de te le dire, mais-

-Je le savais déjà… m'interrompit-elle en baissant les yeux avec douleur : Je n'y ai pas cru, mais maintenant…

-Comment ça ? Qui t'en a parlée ? m'enquis-je à lui demander, très choqué d'apprendre qu'elle eut pu déjà le savoir.

-Yeleen…ce matin, après mon boulot je suis passée faire un tour dans ma chambre et elle y était. Elle ne semblait vraiment pas dans son assiette, et…je lui ai demandé si elle voulait en parler. Elle m'a simplement répondue que j'avais bien fait de quitter le dortoir, étant donné que le cursus Histoire de l'Art allait fermer. J'ai voulu lui demander des explications mais elle est partie…

Décidemment, les soupirs allaient de bon train car ma cadette en lâcha un profond à en faire s'affaisser les épaules. D'une main réconfortante, je vins frictionner son bras gauche et elle vint poser sa main sur le mienne. Pour le coup, ni l'un ni l'autre ne mit un terme au contact.

-Comment tu gères l'info ? se soucia-t-elle en reposant ses yeux sur moi.

-Difficilement, je ne vais pas te le cacher… Moi, ça me fait un boulot en moins et des recherches à reprendre, et… (je me pinçai les lèvres avec agacement) et vous…c'est toute une année à refaire. (Je secouai la tête) encore une fois, c'est l'Histoire de l'Art qui paie le prix fort !

-L'Art Appliquée est beaucoup trop demandé pour être clôturé ! Les débouchées ont un impact sur le monde du marché, pas nous…Enfin, à moindre coût.

-Je le sais bien, fis-je, las : Mais vous êtes quand même plus de 377 étudiants en M2 en Histoires de l'art, dont 202 dans mon option et 175 dans celle d'André ! Et je ne compte pas les autres promos ! Nous autres professeurs, nos années fac sont derrières nous ! Mais vous… (je déglutis) imagine tous ceux qui n'auront pas la force de vouloir recommencer leur année ?

-Il y aura bien des transferts de faits, non ? Après tout, nous sommes en contact avec d'autres universités, ils voudront bien nous accueillir p-

-Les démarches administratives seront énormes, Tallulah, je ne parle de celles que nous aurons à faire, je parle des vôtres… l'interrompis en venant prendra sa joue d'une main pour relever son visage qu'elle eut détourné.

Les lueurs dans ses yeux vairons en disaient sur l'affliction qui s'emparait d'elle.

-Toi qui a changée de fac, t'es bien placée pour savoir que mon option n'est pas dans toutes les écoles de France. Certains auront la force de déménager, mais pas tout le monde. Il y aura…la recherche des logements…les aides…les réinscriptions… le temps de recherches…les jobs à mi-temps à retrouver… L-

-Je n'veux pas partir…pleura-t-elle dans un soupir qui libéra sa fatigue.

Je soufflai une plainte alors que mon cœur se fut brisé… Oubliant où nous étions, je vins la serrer dans mes bras avec forces et avec un désespoir certain elle s'agrippa à mon cardigan. Mu d'une certitude qui me paraissait aussi limpide qu'un courant d'eau, je lui promis de la rejoindre peu importe où elle devrait se rendre pour terminer ses études.

Dans de muets sanglots, elle pleura dans mes bras, et je sentais son pouls se faire plus nerveux. Ayant trente-minutes d'attente avant son prochain cours, elle prit le temps de se calmer un peu, assise sur ma chaise, à mon bureau, tandis que je sortais un mouchoir en papier pour qu'elle vienne essuyer ses yeux et son nez.

-Je sais que ça ne sera pas évident, mais essaie de ne pas trop y penser…Et puis, les appels aux dons nous seront peut-être bénéfiques.

-Oui…

Nous étions peu convaincus, pourtant, nous nous efforçâmes de faire avec cette idée pour l'instant. Je changeai de sujet, afin de la faire sourire à nouveau.

-Eh, ce soir je passe te chercher après le kiné et on va au café lecture ? Quand dis-tu ?

Tallulah souffla un rire avant de m'adresser un regard aimant.

-Pour être honnête, j'aurais bien aimé une sieste.

-Va pour la sieste, ris-je : Au pire, on avisera quand je viendrai te chercher ?

Opinant du chef, Tallulah redressa sa manche et fixa son poignet. Soupirant avec une forte exaspération, elle sortit son portable et je compris qu'elle eut, une fois encore, oublié qu'elle n'avait plus sa montre.

-Mon cours ne va pas tarder. On se dit à tout à l'heure.

-Ouais…soufflai-je en souriant amoureusement.

Epoussetant ses collants en laine ainsi que son sa robe pull épaisse, je l'aidai à enfiler son manteau et, d'un geste devenu usuel, elle se mit sur la pointe des pieds tandis que je m'abaissai vers son visage pour l'embrasser. Ce fut chaste, car l'un comme l'autre se souvint avec violence où nous étions. Un élan de panique nous força à balayer la salle des yeux, puis, non sans rougir, Tallulah me salua avant de prendre ses jambes à son cou et descendre de l'estrade. Je la retins par la taille afin d'éviter qu'elle ne glisse, puis, je la laissai filer rejoindre son prochain cours.

Sans grande surprise, durant le déjeuner, les conversations autour de cet appel aux dons fusèrent dans la salle des profs du réfectoire. André Lebarde, qui, étant pourtant du genre à rester aussi pragmatique que possible, souligna avec émotion l'injustice du choix fait, quant à la fermeture de la section histoire de l'art pour primer les arts appliqués.

-C'est bon, on ne va pas sortir les violons, soupira Marine qui piquait dans son assiette.

Tous, moi y compris, posâmes un regard noir sur sa personne. Un lourd silence plana sur la table et je fus celui qui le brisa.

-On n'a pas le droit d'avoir mal au cul de constater que notre poste va sauter ?

-Ça y est, le mélodrame commence… pouffa-t-elle en posant ses couverts tout en croisant mon regard : Vous ne serez pas virés non plus, n'oubliez pas que vous n'enseignez pas qu'une seule matière, vous allez toujours vous occuper des étudiants en Art appliqué. Ils ont de l'histoire de l'art dans leurs emplois du temps, tu devrais le savoir non, tu as deux classes !

-Oui, je suis d'accord avec toi, on aura toujours la théorie à enseigner en Art Appliqué, mais ce n'est pas notre spécialité, et ce n'est pas non plus ce qui rentabilise notre salaire ! Rien que dans mon cas, là que tu parles des deux classes que j'ai, cela me fait un total de trois heures par semaine en combinant les horaires que je fais avec eux ! Trois heures, et ? Je suis professeur principale de M2 Histoire de l'art ! Pas M2 Art appliqué ! J'ai six heures par semaine avec eux ! Plus les étudiants de Licences qui m'ont en mineur et les M1 ! Les étudiants d'art appliqué ne sont pas représentatifs de toute la charge de travail que j'ai ! (Je pestai avec dédain) Mais ça toi, ça te passe au-dessus, t'es Prof Principales des M1 Art Appliqué ! Ce n'est pas ton salaire qui risque de sauter !

Marine leva les yeux au ciel :

-Eh bien, tu iras voir ailleurs, après tout, ce n'est pas la première fois que tu changes d'établissement, souligna-t-elle en prenant une gorgée d'eau.

-Mais c'était différent, je me suis fait muter !

-Alors t'as qu'à te dire que c'est pareil pour là, railla-t-elle.

Le rouge me monta aux joues, mais par pure colère qui faisait pulser mes tempes. Tous nos collègues même ceux qui n'étaient pas concernés par la fermeture de la filière d'Histoire de l'art s'indignèrent à l'entente des propos dénigrants de Marine.

-Et les élèves alors ? Je pense particulièrement aux doctorants mais surtout aux Masters ! repris-je, quelque peu véhément.

-Je soutiens Rayan, s'outra Monsieur Lebarde, je t'apprécie beaucoup Marine mais bien trop souvent tes propos dépassent ta pensée !

-Haha, c'est gentil à toi de te soucier de mes pensées mais ne t'en fais pas, elles ne sont jamais dépassées par mes mots, ils se concordent tous très bien même, gronda-t-elle, sarcastique : Et les élèves s'en remettront ! Au mieux ils seront transférés !

Miss Paltry leva les bras au ciel, scandalisée.

-Et les logements ! T'es au courant qu'on a des étudiants pères et mères de famille, tu penses peut-être qu'ils vont pouvoir se reloger avec facilité ?

-Merci ! s'écria une collègue qui était justement en train de souligner ce fait avec son voisin de table.

-Mais ce n'est pas notre problème ! Oh, on n'est pas des assistantes sociales, il va falloir qu'ils apprennent à se gérer !

-T-

Haussant le ton, j'interrompis Hélène en la faisant tressauter et les autres avec.

-Ça n'a rien à voir avec de l'assistanat, merde ! (Je cognai mon poing sur la table) Ils savent très bien se gérer sans t'avoir derrière leur cul, je te rassure, tu n'auras pas à faire plus d'efforts pour eux que tu n'en fais déjà en arrivant 15 minutes en retard à chacun de tes cours ! On te parle des partiels ! de leurs examens qu'ils ne pourront pas passer pour clôturer leur année ! des éventuelles galères qui vont s'ensuivre lorsqu'ils seront transférés, du moins seulement pour ceux qui pourront se faire transférer ! A ton avis, tu crois que ça va être tiré au sort et au petit bonheur la chance ? Non ! La sélection se fera par critères qui en valoriseront certains et en dévaloriseront d'autres qui méritent tout autant de voir leur année se clôturer décemment, et non par une décision injuste qui n'est même pas de leur fait !

-Rayan, doucement…m'appela Hélène qui posa une main rassurante sur mon avant-bras.

Je lui lançai un furtif regard avant de siffler mon verre d'eau afin de me rafraichir un peu et tenter de calmer mes ardeurs.

-Et moi je t'assure qu'on ne leur doit rien, on n'a pas à culpabiliser autant pour eux, trancha Marine d'une voix sourde sans même me regarder.

-Bon, Marine, ça va ! pesta André.

-On ne leur doit rien ? m'emportai-je en haussant un sourcil, l'air défiant : Tu te fous de la gueule de qui là en disant ça ?

-Vas-y, donne-moi une seule bonne raison de culpabiliser pour comme tu le fais ?

-A ton avis, les frais de dortoirs, les frais d'inscriptions, les frais d'assurance, tu crois que ce n'est pas ajouté à ton salaire tout ça ?

Marine ouvrit la bouche pour la parole mais sa voix resta comme coincée. Ah on dit plus rien !

-Bah oui, ces étudiants pour lesquels on ne doit rien, paient pour venir assister à nos cours, tu sais, ceux pour lesquels tu n'arrives jamais à l'heure et qui ne remplissent même pas un amphi.

-T'es avec moi pour savoir ça toi ? A quel moment tu te sens en mesure de me dire que mes cours ne remplissent pas un amphi !? s'énerva-t-elle en plantant son regard offusqué dans mes yeux.

Je ris avec une pointe de sarcasme, moqueur.

-Oh, oh ! Je pense que tous ceux qui ont déjà eu affaire avec les M1 et les L2 d'art appliqué savent de quoi je parle, dis-je simplement en laissant planer les sous-entendus. Nathan, le collègue que j'eus remplacé pour surveiller un contrôlé, savait à quoi je faisais allusion et sourit en coin. André, lui, ne fit rien d'autre que baisser les yeux. Il critiquait beaucoup les élèves, et avait tenté de me prendre en grippe à mon arrivée mais il n'avait su rester sur sa position malgré mon saut d'humeur du début d'année. Il eut beau apprécier Marine, il restait très hypocrite avec elle finalement, incapable de lui dire ses quatre vérités. Pourtant, nous savions tous que pour un cours devant accueillir 120 élèves, seulement une quinzaine se présentait.

Et pour cause, ses retards incessants couplés au pur désintérêt à l'encontre des élèves résultaient sur une performance des plus minables lorsqu'elle assurait son cours.

-Quand un étudiant arrive en retard, c'est lui qui se met en difficulté pour suivre un cours…Quand un prof arrive en retard, que risque-t-il si ce n'est de perdre un peu plus d'élèves à son cours ? Nous leur devons d'être présents pour eux ! Je ne dis pas, nous sommes tous absents au moins une fois dans l'année pour x raison, mais absence et retard permanant, les élèves finissent par en avoir plein le dos. Ils paient pour assister à tes cours, pas pour te voir poster un bilan par semaine ! (Je pouffai) Je me demande comment t'as fait pour rester dans une académie comme Anteros. Vous pouvez tous me reprochez d'être jeune, mais moi, au moins, je remplis mes amphis et mes élèves me le rendent bien. (Je haussai le sourcil avec provocation) Tu peux en dire autant ?

-P'tit con, lâcha-t-elle avant de sortir de table en laissant son plateau sur place.

-Si ça te fait plaisir, pestai-je en sortant également de table en emportant mon plateau avec moi. Une fois les mains libérées, je retournai en salle des professeurs du bâtiments d'art pour récupérer mes affaires.

Je soupirai :

-Tal' a raison, une sieste ne sera pas du luxe !

J'avais les nerfs en pelote ! Cette nouvelle au sujet de la crise budgétaire d'Anteros me rendit bien plus anxieux que je ne l'eus imaginé. En même temps, dès que ça touchait l'avenir de mes élèves, j'étais du genre à me mettre dans tous mes états. Puis cette garce ! Bon sang, depuis le temps que je voulais vider mon sac ! c'était chose faite et sans demi-mesure…et après coup, je me dis que j'eus peut-être été trop dur avec elle.

Ce que je pouvais détester ce côté torturé chez moi…toujours à peser le pour et le contre sans vraiment savoir me décider ! Certes, tout ce que j'eus dit était bien le fond de ma pensée, mais les provocations puériles, ça, j'aurais largement pu éviter…

Le restant de la journée, j'essayai de passer outre cette altercation avec ma collègue et j'assurai mes cours avec autant de vigueur que cette petite baisse de morale m'eut laissé. J'avais encore un peu de temps avant de rejoindre Tallulah à son kiné, je décidai donc d'aller faire un tour à la boutique de Leigh pour saluer mon ami. Ce dernier était dans un rayon en train de replacer des vêtements laissés en cabine d'essayage.

-Rayan ! s'enjoua-t-il. D'une démarche toute aussi enchantée, il vint à moi pour me faire la bise et cela me mit du baume au cœur de retrouver mon cadet.

En revanche, il semblait aussi d'humeur à me faire essayer ses dernières pièces. Il m'eut déjà fait le coup à la fin de l'été, à l'approche de la mise en rayon de la collection d'automne. Il disait que ma silhouette de « mannequin » l'aidait à harmoniser les mannequins en plastique de vitrine et qu'il croquait ma silhouette pour l'aider à trouver l'inspiration.

-Vous avez la même carrure avec mon frère, je dois t'avouer que tu le remplaces un peu pour mes dessins !

-Haha, comment tu faisais quand il allait en cours ?

-M'en parle-pas…une fois, je l'ai fait déplacer entre midi et deux car j'étais soudainement très inspiré ! Je lui ai dit qu'il y avait une urgence, qu'il devait rentrer à la maison, et quand il s'est rendu compte que j'allais le dessiner une fois encore, il n'a cessé de rouspéter qu'il pensait qu'il y avait le feu. (Il gloussa) Lysandre s'est décomposé lorsque je lui ai sorti : « s'il y avait le feu petit frère, ce n'est certainement pas toi que j'aurais appelé ! »

Un rire franc s'échappa de ma gorge et Leigh termina son récit en m'expliquant que Lysandre ne répondit plus jamais aux « urgences » de son frère. Heureusement, la boutique était plutôt calme à ces heures ci, Leigh eut prévenu ses collègues de venir le chercher en cas de souci, et continua de me faire essayer moultes vêtements et accessoires pour homme. Mais ses yeux illuminés de curiosité le trahissaient…

-Un petit souci ? demandai-je, alors que je le surpris à me toiser en coins tandis qu'il repliait une chemise.

Leigh rit, secouant la tête d'un air dépité avant de sortir quelque chose d'un tiroir de son bureau. Nous nous trouvâmes dans l'arrière sale, là où il s'adonnait aux retouches de commandes spéciales, et personne n'osait s'y aventurer lorsque le patron y était. S'assurant que la porte était fermée, il me présenta ensuite un catalogue célèbre pour ses présentations détaillées et flatteuses autour de la mode. Leigh m'avoua alors que l'agence l'eut contactée pour parler de sa boutique, de sa carrière et surtout de l'ampleur qu'eut pris sa marque dans le pays, en remettant aux goûts du jour une mode tirée tout droit d'un film historique, mêlée à des idées audacieuses qui cassait les codes du genre.

Bouche bée, je l'écoutai avec une réelle admiration qui faisait battre mon cœur. Leigh semblait également en joie, il agitait les mains plus expressivement que jamais il ne l'eut fait depuis que je ne le connaissais et son visage se tordait d'expressions mariant surprise, excitation et impatience.

-Je ne l'ai encore dit à personne, je compte faire l'annonce pour le nouvel an, l'interview doit se dérouler en février, pour le catalogue de mars-avril.

-Tu vas réussir à cacher ça à Rosa si longtemps ? Bon, deux semaines en soit c'est rien, mais là… ! (J'ouvris les bras pour le serrer affectueusement) Vraiment, félicitation Leigh !

-Haha, à croire que cette arrière-boutique est porteuse de chance ! Ce n'est pas la première fois que tu me félicites !

-Bah, la prochaine fois c'est pour le mariage, non ?

Nous rîmes de bon cœur mais Leigh me fit comprendre que ce n'était pas tout.

-Attends ! Le meilleur, c'est que l'agence organise également un défilé pour présenter mes créations de printemps, et là je suis tombée des nues…C'est le photographe Sohan Arles lui-même qui s'est proposé pour le shooting.

Mon cœur rata un battement, et je sentis les muscles de mon visage s'affaisser d'un coup. Un shooting ? Il s'est proposé pour un shooting ?

-Il est connu dans le monde de la photographie, et je sais que la mode n'est que rarement son centre d'intérêt…tu n'imagines même pas à quel point je suis impatient de le rencontrer. Un tel artiste…se proposer pour promouvoir ma marque ? J'ai peur que ça fasse beaucoup pour Rosa…tu crois que je devrais lui annoncer en même temps ou bien… ?

Secouant la tête, je réagis enfin et je me rendis compte que j'avais gardé la bouche ouverte tout du long, comme un benêt. Reprenant un semblant de contenance, je souris et lui dis qu'au vu de son trépignement si rarissime, il ne serait sûrement pas en mesure de dissimuler la moindre nouvelle à sa compagne, qui, je l'étais sûre, serais aux anges pour son compagnon.

-Ouf… ! En tout cas je suis quand-même soulagé dans avoir parlé à quelqu'un, m'avoua-t-il non sans rougir.

Un tantinet honoré, je repris Leigh dans mes bras et mon ami me le rendit bien. Comment il va réagir quand il va savoir la vérité ? me dis-je en pensant au nouvel an. Quel idiot…je n'y ai même pas pensé…

Leigh rangea le magazine et me demanda si je vouais essayer un autre vêtement. Je lui demandai l'heure, et, me rendant compte que Tallulah ne devrait plus tarder à partir de chez son kiné, je déclinai son offre et le remerciai pour ce moment, où partage et complicité amicale furent, une nouvelle fois, au rendez-vous.

-Promis, je tiens ma langue ! fis-je en le saluant de la main alors que je quittai sa boutique.

Sachant que le cabinet du kiné de Tallulah ne se trouvait pas loin, je ne pris pas la peine d'attendre un bus et fis le chemin à pied. Une fois sur les lieux, je vis ma cadette assise sur la murette qui encadrait la maison, son portable en main, et j'accourrai pour la rejoindre. Sûrement alertée par ma course elle tressauta et, me sourit enfin lorsqu'elle m'eut reconnu.

-Tu attends depuis longtemps ? m'inquiétai-je.

-Pas du tout (elle agita son portable), j'allais justement t'envoyer un texto pour te prévenir que j'étais sortie, m'informa-t-elle en se relevant.

Elle semblait avoir meilleure mine que ce matin, et j'en souris, soulagé. Prenant son visage en coupe, je caressai ses joues de mes pouces et l'embrassai chastement sur le bout du nez. Elle rit, taquine, et embrassa la barbe sur mon menton. Puis, plongeant une main dans ma poche, ma mallette sous le coude, je désignai le sac de sport qu'elle portait en plus de son sac de cours.

-Tes affaires pour la semaine ? Lui demandai en venant la soulager d'un poids. Elle me remercia, quoi que difficilement, les joues rosies, et je compris qu'elle ne s'attendait pas à ce que je lui porte son sac.

-Oui, et je pensai laisser des sous-vêtements chez toi, ça éviterait que je me batte avec tes caleçons !

-Si tu veux, oui, ris-je.

Plus d'une fois, Tallulah bailla sur le chemin. La pauvre était épuisée et avait bien moins dormi que moi cette nuit. Les Géminides, s'étaient vraiment fabuleux, mais heureusement que ce n'était qu'une fois par an ! Une fois chez moi, nous optâmes pour une douche chaude que nous prîmes ensemble. Les discussions légères allèrent de bon train !

-Je le trouve pas si plat que ça, moi…dis-je en examinant le postérieur de ma cadette.

-Bien sûr qu'il est plat ! dit-elle en se tournant, la tête par-dessus son épaule : Du coup quand j'ai essayé ce short, je me suis trouvée bien moins sexy que la nana sur la photo…

-Haha, la plupart de ses filles sont retouchées tu sais…Bon, les lois se sont durcies, les monteurs se doivent de garder plus de naturel, du coup les mannequins sont sélectionnés avec des critères plus strictes car il y a certains critères de beautés malheureusement qui perdurent…

-Woh, tu t'y connais dis-donc, s'étonna Tallulah qui me demanda de lui présenter mon dos, qu'elle vint frotter avec l'éponge de bain.

-J'suis prof d'art moderne, les photos-montages sont de l'art tu sais ! Enfin, une technique de la photographie qui fait mouche. Et forcément, j'ai dû étudier les critères de beauté réclamés dans le monde de la mode. (Je passai outre) Bref, tout ça pour dire que tu n'as pas à comparer ton cul avec celui des autres, t'es très bien !

Je l'entendis souffler un rire.

-Pas que je sois mal dans ma peau, je me suis dit que ce short aurait pu te plaire…Mais bon, même à ma taille ça fait parachute !

-Tu veux te la jouer sexy avec moi ? Je te prends au naturel, toute nue c'est le mieux, ris-je et je l'entendis glousser non sans coller son front contre mon dos.

Je lui fis à nouveau face, enclenchait l'eau chaude que je vins légèrement tiédir et nous laissâmes le pommeau nous rincer. Plus que comblé de la savoir à mes côtés, le cœur battant, je plongeai mon regard dans ses yeux amoureux qui me dévoraient. Puis, d'un mouvement commun nous nous embrassâmes et profitâmes un moment de ce baiser qui fleurait bon le karité et le miel.

Une fois secs et confortablement habillés, nous restâmes dans ma chambre où je proposai à Tallulah de venir déposer ses affaires dans le placard. Je lui fis de la place et fus surpris de voir qu'elle n'eut vraiment pris que le strict nécessaire.

-Juste des sous-vêtements, un jean et un pull ? (Je gloussai) tu aurais pu laisser d'autres vêtements tu sais.

-Je ne vais pas m'imposer non plus…

-Haha, allez donne-moi ton sac !

Prenant le reste des vêtements qu'elle comptait ramener avec elle, je plaçai tout dans le placard en levant les yeux au ciel. Ma cadette rougit, se plaqua contre moi et embrassa mon torse que j'eus laissé nu. Plus tard, nous nous retrouvâmes allongés l'un sur l'autre, elle, s'accordant une sieste dans mes bras et moi, plongé dans la lecture du recueil de nouvelles de ce jeune auteur de qui elle me lut l'extrait d'un de ses écrits, durant notre premier rendez-vous.

Ma nervosité accumulée dans la journée, s'était dissipée une fois sa chaleur autour de moi. Sa présence, voilà tout ce dont j'avais eu besoin. Peu importe si nous ne parlions plus dans l'immédiat, peu importe si nous ne faisions pas la même chose…Tallulah était à mes côtés, et ça n'avait pas de prix.

Je souris, en tombant sur une nouvelle page remplie de petites bandes de post-it, collées en début et fin de paragraphe pour les parties qu'elle aimait le plus dans chaque nouvelle. Il y avait même des carrés de feuilles pliées et coincés entre les pages, avec des annotations, de courtes analyses. Je me demande si elle fait ça pour chaque livre qu'elle lit ? Je voulus lui poser la question, mais au son des fébriles ronflements qu'elle laissait s'échapper, je compris qu'elle était partie pour une longue sieste. J'embrassai sa tempe, et me remis à lire.

N'étant pas au plus haut de ma forme non plus, le sommeil me gagna au fil de ma lecture. Après avoir décroché un long bâillement, je vins placer le marque page de Tallulah entre les pages que j'étais en train de lire, posai le livre au sol et vins enrouler mes bras autour de son corps, avant de laisser ma tête s'enfoncer dans mon coussin, les yeux clos.

Je n'eus le temps de somnoler que l'espace d'une dizaine de minutes peut-être, quand mon portable sonna sur ma table de chevet. Craignant que ça ne réveille ma petite amie, je me hâtai de décrocher sans même voir de qui il s'agissait.

-Oui ? fis-je, d'une voix sourde.

« Comment ça oui ? » s'outra la voix au téléphone. Mes yeux s'agrandirent d'étonnement alors que je reconnus ma mère.

-Maman ? Oh… désolé, je n'ai pas fait attention quand j'ai décroché.

« Haha, ça ne te ressemble pas ! Tu étais occupé ? Je te dérange ? »

-Euh…(je jetai un coup d'œil à Tallulah qui dormait toujours profondément)…Non, mais je n'suis pas seul en fait.

« Oh ! Elle est là ? La belle-fille est là ? » s'enjoua-t-elle subitement. Je pouffai, l'air totalement excédé.

-Papy… ?

« Bah oui, ce n'est pas toi qui informerait ta vieille mère que tu t'es trouvé quelqu'un ! Hmpf ! »

-Je comptai vous en parler à Noël, avouai-je en venant jouer avec une mèche de cheveux de mon amante, assoupie : En revanche, je comptai t'appeler Mercredi, comme j'ai ma journée, pour te parler du nouvel an mais je suppose que pour ça aussi, le grand-père t'a prévenue ?

« Oui, fils. Justement je t'appelai pour ça, » fit ma mère : « Bon, ton père et moi avons été surpris, mais on est contents de savoir que le chalet va rouvrir ses portes pour quelques temps. Vous allez avoir de longues vacances cette année en plus, non ? »

-Oui, on va tomber dans la période des portes-ouvertes et des pré-inscriptions des lycées. Et pour certains étudiants, ce sera encore une période de partiels, donc forcément, les cours sont suspendues. (Tallulah soupira dans son sommeil, je paniquai) T-Tu veux pas qu'on se rappelle ?

« Pourquoi ? Je ne peux pas t'appeler quand ta chérie est là ? »

-Hé, je n'ai pas dit ça ! m'outrai-je : C'est simplement qu'elle est épuisée et qu'elle dort actuellement…

« Oh…He bien change de pièce, je comprends que tu ne veuilles pas la déranger, fils ! »

Je soupirai en jetant un nouveau coup d'œil à ma belle endormie qui semblait si bien calée qu'elle n'avait sûrement pas l'intention de bouger de sitôt. Bon… Passant outre, je prévins donc ma mère que je resterai quelques temps au chalet, et que cela me rassurait vraiment, de savoir que ça ne dérangerait personne. Quoique…

-Dimitri a dit quelque chose ? osai-je demander.

« Il voulait savoir si tu nous présenterais ta petite-amie pour Noël, mais votre grand-père nous a dit que vous ne comptiez pas faire les présentations tout de suite ? Je suis curieuse…T'as des photos de vous deux ? » l'entendis-je glousser avec malice.

J'allais rétorquer sur la négative mais je me souvins des photos de la soirée au bungalow que Rosalya et Leigh m'eurent envoyé. Je demandai à ma mère de ne surtout pas quitter, et, tout en revenant dans mes messages, je lui envoyai quelques clichés. Je souris, tombant sur une où nous étions front contre front, le sourire aux lèvres, en train de danser.

« Roh, beau brin de femme dis-moi ! Vous vous êtes rencontrés comment ? »

Je ris.

-Tu venais me parler du nouvel an ou de Tallulah ? fis-je, amusé.

Mon rire provoqua quelques secousses et mon corps fit légèrement remuer celui de ma cadette qui grogna dans son sommeil. Grimaçant, je me giflai intérieurement alors que je la voyais se dresser sur mon torse, les cheveux en bataille et les sourcils froncés.

-'qui tu parles… ? baragouina-t-elle dans un souffle groggy.

-Désolé, murmurai-je bien que je n'eusse plus besoin de le faire maintenant que je l'avais réveillé : J'ai ma mère au téléphone, lui dis-je.

-Oh… (elle croisa mon regard et se mit à remuer les lèvres sans émettre un son) elle sait que je suis là ? pus-je lire sur ses lèvres.

J'opinai du chef en souriant.

-Bonjour Madame ! s'enjoua-t-elle, la voix rauque et empreinte de sommeil.

Je ris aux éclats et vins l'embrasser sur le front.

« Bonjour mademoiselle ! » rétorqua joyeusement ma mère : « C'est bien, elle est polie en plus ! Elle marque des points ! »

-Plus poli que Tallulah ça n'existe pas, je te l'assure, ricanai-je en caressant le dos de mon amante qui s'était rallongée tranquillement sur moi.

« Ne tardez pas trop pour les présentations, hein, t'en as un qui est impatient, je te dis pas ! »

-Léon ? ris-je : Il se sentait seul, et les enfants voulaient une tata je crois.

« Tata, tonton, eux s'en fichent, ils ont juste bien compris que si tonton Rayan se trouvait quelqu'un, ils auraient plus de cadeau, haha ! »

-Tu sais que ces deux-là…

Tallulah me questionna du regard, je lui fis comprendre que je lui expliquerai plus tard. Elle tourna la tête loin de moi pour réprimer un bâillement, puis se roula directement sur le lit avant de s'y lever. La regardant quitter la chambre, je repris :

-Sinon, comme allez-vous, tous ?

« Oh, la routine, ton père travaille sur un nouveau projet mais pour l'instant il profite surtout du calme de la maison et de nos promenades alentours. En février par-contre, je sais qu'il va devoir faire passer des castings pour un shooting. »

-Oui…Oui, j'ai appris oui, dis-je en repensant à Leigh : Je connais le modiste avec qui il va collaborer.

« Ah oui ? Bah dis-moi tu sais t'entourer, et tu le connais d'où ? »

-Leigh est un ami, on s'est rencontré dès mon retour dans cette ville. (Je haussai les sourcils) Si tu voyais à quel point ça a changé ici, tu serais surprise.

« Hm, je pourrais peut-être te rendre visite ? »

-Si tu veux, mais essayons une période de vacances, histoire de ne pas te retrouver seule toute la journée pendant que je serais au travail.

« Evidemment, banane ! »

Je râlai :

-Roh, toi et Tal' vous aimez ça, hein, m'insulter avec la nourriture…

« Pourquoi ? » gloussa ma mère.

-J'ai le droit à nou-nouille ici…

Le rire de ma mère me fit chaud au cœur.

« C'est décidé, je l'aime ! » déclara-t-elle en se remettant doucement de son amusement. Ou de sa moquerie, je savais ma mère avoir la critique facile.

Nous discutâmes encore un moment, et Tallulah revint au moment où nous nous dîmes au revoir. Je souris, alors qu'elle nous eut préparés deux thés chauds.

« 'ana 'ahbik ya waldi… » me souffla tendrement ma mère.

-ahbk ya amy… souris-je, tendrement : Embrasse papa, Dim', Léon et les petits de ma part, on se voit bientôt.

Après ces mots tendres, nous raccrochâmes. Ses cours sous les yeux, Tallulah sirotait son thé, à genoux sur le lit, à côté de moi. Aimant, je vins caresser sa joue d'une main et replaça ses cheveux derrière son oreille afin de dégager son profil et admirer l'angle presque tranchante de sa mâchoire. Tallulah eut beau hériter de la peau de sa mère, ces cheveux et son visage tout comme sa mâchoire carrée provenaient de son père.

Taquine, elle frotta le bout de son nez au creux de ma main avant de l'embrasser.

-Alors, ça y est…ta maman sait pour nous deux ? demanda-t-elle avec une pointe d'hésitation dans la voix.

Je lui expliquai alors comment j'en étais venu à parler de nous à mon grand-père ainsi que la relation très proche qu'il entretenait avec mon frère et moi.

-On échange beaucoup les uns avec les autres, même si avec mon frère c'est toujours assez houleux, dans un sens, on échange quand même !

Tallulah rit jaune, sûrement affligé de me voir m'amuser des tensions qu'il y avait entre mon aîné et moi.

-Mais tu as des neveux ? (Elle gloussa) Ils veulent une tata, c'est ça ?

-Haha, j'ai une nièce de 5 ans et un neveu de 3 ans, mon frère et son conjoint les ont adoptés il y a deux ans, expliquai-je : Sans trop entrer dans les détails, Carie et Alan n'ont plus le droit d'entrer en contact avec leurs parents biologiques. Ils les maltraitaient, et la famille autour aussi. Dimitri s'est battu pour avoir le droit d'adoption de ces deux petits, et après de nombreuses démarches (je soupirai) et de nombreux procès pour répondre aux attaques homophobes… (Tallulah leva les yeux au ciel, aussi excédée que moi) la famille Zaidi s'est agrandie ! terminai-je par un sourire éclatant qui amusa ma petite amie.

-Ow…c'est mignon ! Tonton Rayan !

-Arrête !

-Imagine en cours je t'appelle tonton Zaidi !

-Bécasse ! lui lançai-je non sans ricaner.

Nous chahutâmes sur le lit après avoir posé nos tasses au sol, poussant ses cours au loin. Puis, tandis que mordillai chacun de ses doigts, elle me dit :

-T'es sexy quand tu parles dans ta langue natale…

Tout content, mais surtout très surpris, je haussai les sourcils et souris curieusement autour du doigt que j'avais en bouche.

-T'aimes bien l'arabe ?

-Pourquoi je n'aimerai pas ? s'outra-t-elle en riant : Ça m'arrive d'écouter quelques chansons, j'aime bien la chanteuse Hiba Tawaji.

-Ah, mon grand-père aussi, c'est sa « Dalida » comme il dit ! (Je haussai une épaule) J'ai bien deux langues natales, du moins, sur un point de vue territorial, sinon, d'un point de vue maternel, oui, l'arabe est ma première langue. Mais j'ai les deux nationalités, comme mon père qui, malgré les origines tunisiennes de mon grand-père, est né en France et en plus sa mère était française. Je suis né en Tunisie, mais j'ai grandi et vécu en France. Mon frère, lui, est américain du côté de sa mère qui est resté vivre aux states. Mais nous avons tous les deux appris le français dès notre plus jeune âge, en plus de la langue de nos mères respectives et nous les parlons couramment.

Tallulah hocha la tête d'un air entendu et resta très attentive à chacune de mes paroles. Cela m'encouragea à parler un peu de mes proches, qui, je dus bien me l'avouer, commençaient peut-être à me manquer. Surtout mon grand-père et je crois que Tallulah l'eut bien saisi… Mu par la nostalgie, je sortis un album photo ou je lui présentai donc la famille au complet, allant de mes grands-parents, passant ensuite par mes parents pour finir sur la famille de mon frère.

Ma cadette eut une exclamation émerveillée lorsque je lui montrai les photos de mariage de Dimitri.

-Bon sang qu'ils sont beaux…s'émue-t-elle en détaillant Dimitri et Léon qui furent pris en flagrant délit par mon père, entrain de s'échanger des mots doux à l'écart de la foule, sous le feuillage d'un gigantesque saule-pleureur.

Presque craintive, elle approcha le bout de ses doigts sur le film qui protégeait le cliché, et osa à peine redessiner le contour de leurs silhouettes.

-Que veux-tu ? que des belles-gueules dans la famille ! plaisantai-je, non sans rougir. Ce n'était pas mon fort ce genre de propos narcissiques.

Tallulah rit en se cachant avec son poing, mais reprit :

-Oui, ils ont plutôt un physique avantageux mais je ne parlais pas de ça… (elle tourna la page suivante et resta subjuguée) Non, ce que je veux dire…Oh bon sang j'en rougi… marmonna-t-elle en détournant les yeux.

Arquant un sourcil, je crus commencer à comprendre ce dont elle parlait, mais je la laissai continuer :

-J'ignore qui est le photographe qui a fait les clichés, mais vraiment, c'est du grand art ! J'ai l'impression d'être ses yeux…Non, en fait je suis gênée parce que j'ai la nette impression d'être une voyeuse, qui dérange l'intimité de ces amants. Ce n'est pas qu'une simple photo de mariage, ils sont là…amoureux et semblant même épuisés. Je les imagine facilement avoir posé pendant des heures à diverses endroits, avoir fait bonne figure devant le monde qui ont contemplé leur union et…après quelques soupires et murmures au creux de l'oreille, ils ont tenu, enfin, à ne vouloir rester que tous les deux, l'espace d'un instant, d'une fraction de seconde même. Ils ne s'embrassent même pas, non, ils se regardent, se parlent, apprécient se calme ambiant et la discrétion que leur offre ce saule-pleureur. Et moi…je joue les indiscrètes en les épiant… Tant de beauté ressort de ce cliché, pourtant j'ai honte de l'avoir vu.

Le visage encore empourpré et le regard illuminé par la fascination, Tallulah vint accrocher ses yeux aux miens, tandis que je restai coi :

-Il n'y a que deux photographes qui m'ont émue autant, ce sont Harriet Leibowitz et Sohan Arles.

Mon cœur rata un battement. Alors elle le connait… Bien sûr, elle était en histoire de l'art, il était fort probable qu'elle eut entendu parler de lui. Une de ses œuvres servait de sujet d'étude depuis quelques années, qui dénonçait le trafic de femmes et le proxénétisme, qui était vulgairement nommée « l'enchère du viole ».

Me pinçant les lèvres, je lui avouai qu'on n'avait simplement pas fait appel à un photographe, que mon père s'était chargé des clichés.

-Eh bien crois moi que je ne vais pas tarir d'éloges à son sujet quand je le rencontrerai, vraiment !

-Je n'en doute pas, souris-je en venant l'étreindre tout contre moi, alors que j'étais assis en tailleur derrière elle, toujours à genoux dans l'écart de mes jambes : Tu lui diras tout ce que tu m'as dit…Tu lui partageras cette honte que tu as ressenti…Tu lui diras que tu les as trouvés beaux… Il en sera heureux je pense.

Tallulah sourit contre mon cou. Nous reprîmes à contempler mes photos de famille, nous amusâmes à critiquer certaines grimaces, et elle rit aux éclats lorsqu'elle me vit sur une photo, aux côtés de mon beau-frère, tous deux ivres et fermant les yeux alors que nous sourîmes comme des andouilles, le torse découvert et le t-shirt retroussé derrière notre nuque, couvrant nos épaules.

-Bah je vois qu'on ne s'ennuie pas pendant les repas de famille, dis…

-Oui bon, passons ! ris-je nerveusement.

Plus tard, après avoir dîné, Tallulah se sentit d'attaque pour une petite balade nocturne. Les rires que nous avions échangés plus tôt m'ayant bien ragaillardi aussi, je lui proposai de nous balader au marché de Noël sur la grande place en face de son immeuble. Je mis des vêtements plus chauds, elle aussi, puis nous prîmes la voiture avant de nous poser quelque part et faire le tour du marché à pied. Nous y restâmes plus d'une heure, profitant de chaque stand, et des décorations que la ville offrait à nos yeux. Le coin où habitait désormais Tallulah était agréable et longeait un canal où il était possible de louer des bateaux.

Cette soirée fut aussi merveilleuse que le restant du week-end. Après quoi, nous dûmes nous confronter aux partiels, chacun à notre échelle, non sans se retrouver plus tard, chez moi, au parc, au café, partout et ailleurs… Parfois seuls, parfois entourés de nos amis… L'essentiel, était qu'à chaque fois, nous étions ensemble.

A suivre…