[Petit mot d'avant lecture: Enfin ! Le déménagement de Tallulah et Chani pointe le bout de son nez ! Avec, au rendez-vous, beaucoup de joie, un peu de larmes, de la confrontation mais surtout, beaucoup d'amour et d'humour !Prenez le temps, le chapitre est plutôt long, préservez vos yeux c'est important :) Bonne lecture à tous !]


Tallulah

Huit heures, lorsque le réveil de mon portable sonna…Prenant une profonde inspiration alors que je sortais de mon sommeil agité, je me tournai pour choper le petit appareil bruyant et l'éteindre. Les yeux toujours clos, je réhaussai la couverture sur ma frimousse, tant le froid de la pièce me dérangeait. A côté de moi, un long marmonnement inintelligible se fit entendre. Je haussai un sourcil, et répondit par un autre marmonnement interrogatif. Un autre suivit…puis je rétorquai…et ce fut comme ça jusqu'à ce que Chani et moi éclations de rire comme des idiotes.

Me mettant sur le dos, je m'étirai à m'en faire craquer les articulations des épaules. Celle de droite me dit d'aller me faire voir et m'infligea une horrible douleur.

-Naïaïaïe~ ! geignis-je en venant masser mon épaule luxée.

-Bah tu commences bien la journée toi…

-Alors ça y est ? on y est ? demandai-je comme si l'on allait m'annoncer qu'une nouvelle planète allait être visitée.

-Oui…mais faut sortir du lit, chuchota Chani qui s'était, elle, aussi, pelotonnée dans la couverture.

Nos partiels étaient finis depuis jeudi midi, et avec Chani, nous venions de passer notre première nuit, seules toutes les deux, dans notre appartement. Nous avions ramené nos valises, avec autant d'affaires que nous pûmes y mettre et qui venaient du dortoir de la fac. J'avais rendu le matelas gonflable à ma tante, et, après nous avoir aidé à repeindre les chambres, Charly avait reprit ses couvertures. Chani et moi, dûmes embarquer celles de nos chambres au dortoir, et même ainsi, nous avions beaucoup grelotté.

Il était certain que nous aurions besoin de brancher un petit radiateur.

-En fait, on n'aurait pas dû remettre le matelas sur ton lit, on aurait dû le laisser au salon, à côté du chauffage de l'entrée…baragouinai-je.

-'clair… ! affirma mon amie.

Quitter les bras de Rayan, dans lesquelles j'eus dormi toute la semaine pour le froid d'une piaule qui sentait la peinture. Il y avait des jours où je me demandai ce qui ne tournait pas rond chez moi ! Après vingt-minutes de « on sort du lit ? » ma petite camarade et moi partîmes nous préparer un petit déjeuner bien mérité.

-C'est cool, on a même le droit à des poêles et des casseroles ! dis-je en faisant tourner dans ma main, le manche d'une casserole que Monsieur Castillon eut oubliée et dans laquelle nous eûmes déjà mangé, lorsque Kelly et les garçons furent avec nous.

Il restait d'ailleurs les restes de notre petite soirée qui en eut cassée plus d'un. Comme quoi…pas besoin d'être nombreux pour faire la fête. Ce fut alors…que je réalisai une chose…

-Tu te rends compte…5 putains d'étages à descendre et à remonter le jour du ramassage des poubelles !

Chani, déjà bien blanche, pâlit d'un coup en faisant volte-face tandis qu'elle se faisait chauffer du lait avec le micro-onde que nous eut offert Monsieur Castillon.

-T'es pas sérieuse ?

-Bah, eh ! Tu crois qu'elles vont descendre les marches toutes seules, nos ordures ?

-Oh non, hein ! pesta-t-elle en trottinant jusqu'au balcon.

-Qu'est-ce que tu fais ? m'enquis-je en la voyant se pencher par-dessus la rambarde.

-Roh, dire qu'elles sont juste là !

Pieds-nus, je sortis sur la terrasse, fermai la porte sur nous tout en serrant mon gilet autour de moi, et me mis à regarder dans la même direction qu'elle. Sous notre façade, sur le trottoir, se trouvait les containers à ordures de la résidence, capot grand ouvert. Une idée me vint…sûrement pas la meilleure de l'année, mais tant pis, elle était là, puis au vu du regard que me lançait Chani, il n'était pas dur de comprendre qu'elle eut la même que moi.

-On fait un test ? Genre, une va en dessous pour aider l'autre à viser pour voir si ça peut le faire ?

-Ok, reste-là je descends.

-Prends ton portable et mets le haut-parleur ! (Je ris) Il faut qu'on investisse dans des talkies-walkies !

-Mais carrément !

Très vite, Chani m'appela et, avec le haut-parleur, nous tentâmes de mettre notre plan à exécution. Un plan, qui, s'il fonctionnait, allait nous éviter des nombreux allers-retours pour nos ordures ! J'avais un sac en papier avec moi, rempli de déchets recyclables. Je me penchai sur le balcon, examinant au passage si aucun de nos voisins ne jetai un coup d'œil par-là, ni même s'ils se trouvaient sur leur balcon, puis, une fois le champ libre je fis pendre le sac dans le vide en demandant à Chani si j'étais bien placée.

« Un peu plus sur ta gauche ! »

Je m'exécutai.

-Là ?

« Vas-y ! Envoie ! »

Comptant jusqu'à trois, je laissai le sac de papier tomber. Merde ! Cependant, nous eûmes fait une petite erreur de calcul…Le sac était rempli, certes, mais de déchets bien trop légers pour qu'il ne tombe à pic dans le container. Il s'ouvrit, libérant quelques débris qui s'envolèrent au gré du vent, tandis qu'en bas, je voyais Chani s'affoler et courir dans tous les sens dans le but de rattraper les déchets au vol.

-Mais quelle conne je fais ! m'écriai-je en courant rejoindre mon amie dehors.

Résultat des courses, on se retrouvait à avoir descendus cinq étages pour nos ordures et en plus, pour les jeter en plein hiver, dans le froid. Une fois que tout fut ramassé, nous jetâmes le sac et remontâmes chez nous.

-Pff…c'est bon, j'ai fait mon sport pour la journée, buffla-t-elle en prenant place autour de la table que Monsieur Castillon ne put descendre tant elle était lourde : Tu ne bosses pas aujourd'hui au fait ?

-Clémence nous a donné notre journée à Hyun et moi, comme on revenait de partiels et qu'on lui a prévenu que je déménageai. Puis, Hyun a un bus à prendre ce soir. J'te jure, elle a cru que je quittai la ville, elle a vite déchanté quand elle a compris que je changeai juste de quartier !

-Ah oui, elle s'est adoucie mais ce n'est pas encore ça…souligna Chani qui trempait son pain dans son chocolat.

Ayant une bouilloire électrique dans ma chambre au dortoir, j'eus forcément quelques tasses avec moi. Quant à Chani, ce fut des verres et quelques Tupperwares qu'elle put ramener. Pour le reste, c'était surtout des vêtements et nos cours qui se trouvaient dans valises, mais une fois que mes parents m'auraient ramené ma voiture, je comptai bien aller chercher le reste de nos affaires au dortoir. Nous avions prévenu l'administration que notre départ se faisait aujourd'hui. Nous nous devions de rendre les clés le soir même, après une vérification. Mon amie et moi avions pris les devants et avions littéralement décapé notre coin de fond en comble. Nos lits étaient déjà défaits, nos bureaux vidés avec nos affaires rangés dans des sacs ou des cartons. J'espère simplement que Yeleen ne s'est pas amusé à tout déranger ou à poser des pots de peintures n'importe où ! Quelle idée de poser un pot de peinture ouvert sur le bord d'un lit ? Si elle avait mis un panneau indiquant « salissez mon lit ! » ça aurait été plus clair, sérieux ! J'avais mes torts, mais fallait pas pousser mémé dans les orties non plus…

Enfin bon, son caractère lunatique et les soucis avec sa mère allaient être loin de moi maintenant. Cette semaine encore, alors que je rangeai mon coin, j'eus le droit à une nouvelle scène dans laquelle je me serais bien éclipsée mais Sibylle semblait avoir jeté son dévolu sur moi. Au secours… !

Pendant que nous mangions, je reçus un message de Leigh m'informant qu'il prenait la route avec Rayan et les autres. Je savais que Rosa et Alex ne seraient pas là, tous deux ayant encore un dernier examen à passer ce matin. Alors même que je répondais à Leigh, Chani reçut un appel de sa belle-mère et de ce que je compris, nos parents n'étaient plus très loin de la ville non plus.

Après notre repas, nous filâmes à la douche et je m'y rendis en dernière, guettant l'arrivée des autres. Je lançai une playlist au hasard sur Youtube avec mon portable, alors que je cherchai des sous-vêtements, une serviette autour de mon corps humide qui grelottait.

Soudain, j'entendis les notes d'une petite boîte à musique, jouant l'intro d'une chanson que je connaissais très bien…

« I don't want a lot for Christmas

There is just one thing I need »

-Oh ! Chani, chante avec ! m'écriai-je en enfilant un slip et une brassière de sport en courant dans le couloir.

Mon amie était dans sa chambre, en train de se sécher les cheveux et me toisa curieusement en me voyant me trémousser à l'encadré de sa porte de chambre, en chantant en chœur avec Mariah Carey.

« I don't care about the presents

Underneath the Christmas tree »

-Mais habille-toi, tu vas attraper du mal, rit-elle tandis que je continuais mon concert improvisé dans le salon.

« I just want you for my own (je la désignai d'un doigt provocateur et lui fit un clin d'œil)

More than you could ever know »

-Ah~, soupira-t-elle : Mais si, je sais que t'es devenue accro !

« Make my wish come true »

Je vins me frotter contre un mur en prenant un air dramatique.

« All I want for Christmas…Is…you »

Quand la mélodie devint plus entraînante, je fis abstraction de mon épaule qui me hurlait dessus, me crachant en plein visage la douleur et me mis à m'agiter plus énergiquement, en tournoyant au milieu de la pièce, moyennement chauffée. Au rythme de la batterie, je secouai ma tête et mes cheveux humides.

« I don't want a lot for Christmas

There is just one thing I need

And I don't care about the presents

Underneath the Christmas tree ! »

Chani jeta sa tête en arrière, tout en riant aux éclats et sa voix résonna dans le vide de l'appartement. Pour ma part, je continuai à chanter, si l'on pouvait vraiment appeler ça chanter au vu des fausses notes que je beuglai, tout en dansant, sûrement mieux que je ne chantai grâce aux cours que j'eus pris pendant quatre ans avec Stephan. Il me manqua drôlement sur le moment, nous étions le duo parfait pour ce genre de délire, quoi que Chani suivait bien le rythme et je la fis tournoyer dans mes bras et nous chantâmes en chœur :

« I don't need to hang my stocking

There upon the fire place

Santa Claus won't make happy

With a toy on Christmas Day »

Le téléphone gueulant la musique était coincé dans ma brassière, au chaud entre mes seins et je pus utiliser mes deux mains pour faire danser ma partenaire qui disait que j'allais trop vite et qu'elle allait finir par me marcher sur les pieds. Je m'en fichai, qu'elle me marche sur les pieds, même ! Tout ce qui m'importait c'était de m'amuser avec elle sur cette chanson qui me faisait vibrer en cette période de l'année !

« I just want you for my own

More than you could ever know ! »

Nous finîmes dans le couloir du palier, en face de notre porte d'entrée grande ouverte et Chani, épuisée, s'était défaite de mon étreinte mais je continuai à me trémousser sensuellement dans le couloir.

« Make my wish come true ! »

Je fis un tour sur moi-même, en enchaînant des mouvements qui me revenaient en mémoire.

« All I want for Christmas… »

Et pour le bouquet final, je tendis le bras en désignant un point invisible en face de moi. Je ne fis pas attention à Chani qui s'offusqua en me demandant de revenir dans l'appartement. Elle plaqua ses mains sur son visage tandis que je terminai ma danse.

« Is you ! »

Et là ce fut le drame…

-AHH ! croassai-je du fond de ma gorge.

A moitié nue dans le couloir, je me trouvai à pointer du doigt Rayan qui était entouré de nos amis et tous, me dévisageait avec des têtes d'ahuris, non sans rougir pour certains dont moi qui bouillait littéralement dans la honte.

-Bah au moins on sait ce qu'elle veut pour Noël ! s'esclaffa Castiel.

Mais qu'est-ce qui fout là c'ui là !? m'écriai-je en mon for intérieure tandis que je poussai Chani à l'intérieur non sans claquer la porte derrière moi. Mon téléphone continuait de chanter et je vins le faire taire.

-Cha-niiii~ pleurai-je en venant me réfugier dans ses bras.

-J'ai essayé de te prévenir pourtant, m'assura-t-elle en frictionnant mon dos d'un geste réconfortant.

Plus tard, Chani fit entrer nos amis tandis que je m'étais enfermée dans ma chambre pour me changer. Habillée d'un jogging gris clair, d'un marcel kaki un peu grand qui baillait un peu au niveau des esselles et d'un gilet noir, je revins dans le salon, avec tout ce beau monde assis sur une chaise ou debout en appui contre un mur, comme Rayan, qui avait opté pour un legging de sport noir à liseré bleu sur ses mollets et tibias et d'un grand pull gris qui lui arrivait à mi-cuisse. Un sourire en coin, il se redressa pour venir me saluer d'une étreinte chaude qui fit battre allègrement mon cœur. C'est comme rentrer chez soi…c'est aussi agréable.

-Alors, tu nous as dit que tu avais fait de la danse mais pas que tu avais opté pour l'option strip-tease ! rit Castiel à qui je lançai un regard noir.

-Mais qu'est-ce que tu fais ici ? T'étais perdu sur le bord de la route ?

-Oui ! Tel un pauvre petit chaton abandonné, Leigh m'a trouvé dans un carton, sous la pluie et le vent.

-T'es bête…pouffai-je : Puis il pleut pas j'te signal !

-Hé, la météo est capricieuse à certains endroits…

-Pour tout te dire, je partais chercher Hyun au dortoir quand j'ai croisé Castiel qui sortait de la BU. (Il désigna mon collègue puis Morgan qui souriait à l'entente de nos âneries Castiel et moi) Morgan s'est proposé pour nous donner un coup de main aussi.

-Oh, c'est gentil ! sourit Chani qui était assise sur une chaise, juste à côté du brun.

-Vous avez l'air surpris, pourtant j'ai bien dit à Alexy de vous en parler.

-A mon avis, vu le stress qu'il a emmagasiné à cause des partiels, il a dû oublier, soulignai-je en venant saluer tout le monde : En tout cas, merci à tous d'être venu, ça ne prendra trois plombes comme ça diminue les allers-retours.

-Vu le spectacle de tout à l'heure, crois-moi, je ne suis pas mécontent d'être venu ! me charia Castiel et je ne pus contenir le sang de me monter à la tête. Aussi rouge que ses cheveux, je crispai la mâchoire en le foudroyant du regard.

Ce fut le contact d'un bras qui enroula ma taille qui me fit détourner mon attention. Rayan vint m'étreindre, non sans quémander un chaste baiser qui me fit sourire.

-Prochaine fois que t'as ce genre d'idée, commença-t-il : on fait ça chez moi.

Je ricanai en repoussant son visage sans méchanceté, et il en profita pour embrasser ma main. Aussitôt, je vis les sourcils de Castiel se arquer. C'est vrai qu'il ne savait pas encore…me dis-je.

-Donc, je n'avais pas louché l'autre soir, c'est bien Rayan que j'ai vu avec toi.

-Pardon ? fis-je, sceptique.

-Vous avez fait un tour au marché de Noël, vendredi soir, sur les coups de 21h30-22h ?

Mon petit ami et moi échangeâmes un regard curieux, puis, nous acquiesçâmes d'un hochement de tête synchronisé.

-Je vous ai vus vous promener ensemble. Au début, je comptai saluer Tallulah, mais quand j'ai vu que vous vous teniez la main, j'ai compris qu'elle était en rendez-vous, mais je ne t'avais pas reconnu, enfin, j'avais un peu de mal à croire que c'était toi, dit-il en s'adressant à Rayan : La fac le sait ?

-Non, pas vraiment, fit Rayan : Pourquoi ?

Sa voix était plus sourde et ses mots tranchants. Cela m'étonna de lui, d'habitude patient et attentif. Son « pourquoi » sonnait nettement comme une défense, pourtant, pour connaître Castiel, je savais qu'il posait sa question en toute innocence pour le coup.

-Ça va n'montre pas les dents ! Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais pour une personne comme moi, constamment surveillée, je sais ce que ça fait de devoir faire profil bas dans une Academy comme Anteros.

Rougissant légèrement, Rayan baissa les armes et détourna le regard, penaud.

-Je m'inquiétai pour Tal', c'est tout…

Je soufflai un rire attendri.

-C'est gentil, mais tout va bien je t'assure, fis-je, sincère et souriante.

Castiel hocha la tête d'un air entendu, mais ajouta :

-Vous faites bien évidemment ce que vous voulez, mais si j'ai un conseil à donner, c'est de rester discret quand même… La directrice du bâtiment de musicologie est de mon côté, mais le directeur de l'Académie, lui, m'a bien dans le collimateur, tant que ma carrière n'entache pas la réputation de son école, il me tolère.

-A ce point ? s'étonna Morgan : T'es pourtant apprécié, j'veux dire, dans la classe, en dehors du fait que t'es chanteur, tu restes un type bien. J'comprends pas sa méfiance…

-T'es l'un des rares à me considérer comme une personne à part entière, les autres, ne voient bien que de moi le chanteur de Crowstorm, pareil pour le reste du groupe, ils se font tous épiés.

-Pas trop stressant à la longue ? demanda Chani.

Castiel grimaça un sourire en coin avant de reposer son regard sur Rayan et moi.

-Si, et tout le monde ne s'habitue pas, et les gens ont tendance à surréagir dans ce genre de situation. (Il pose son regard en direction de l'ombre colorée de la carpe, à la fenêtre, que les rayons du soleil étendaient sur le sol) C'est pour ça que je vous demandais si la fac était au courant.

Derrière moi, ses bras m'enroulant les épaules et le cou, Rayan se raidit. D'une main, je vins caresser sa barbe sous sa mâchoire. Sa voix résonna dans mon oreille alors qu'il annonçait :

-On ne fait rien de mal. (Il m'interrogea d'un haussement de sourcil) Pas vrai ?

L'amour sur les lèvres, je souris, fière de lui.

-C'est vrai, assurai-je et je le sentis se détendre un peu.

Les autres nous sourîmes, même Hyun, qui hochait la tête avec entendement. Après quoi, je revins sur les paroles de Morgan, sur le fait que Castiel et lui soient dans la même classe. Je compris alors, que Morgan était lui aussi en musicologie, et ça lui était arrivé de discuter avec Castiel entre deux cours.

-C'est bien le seul qui ne me prend pas le chou, il me rappelle un peu Lysandre dans le fond. Et lui aussi compose ! s'enjoua le chanteur en adressant un sourire complice à Morgan qui virait au rouge tomate.

-Qui ? osa-t-il demander.

-Mon frère, souligna Leigh : Le meilleur ami de Castiel, ils composaient leurs chansons ensemble, mais c'est Lysandre qui chantait à l'époque.

-Lysandre chantait ? Je savais qu'il écrivait des poèmes mais pas qu'il était chanteur, s'étonna Rayan.

-Il n'était pas chanteur à proprement parler, en tout cas, personne ne le produisait mais il aimait bien. Mais sa vraie passion, c'était la poésie.

-Oh…

-Rah ! J'aimerai bien faire un duo avec lui, voir ce que ma voix donnerait avec la sienne ! Il s'exerce toujours ? Castiel s'adressa à moi.

-Il préservait sa voix et faisait des gammes lorsqu'on était encore ensemble mais aujourd'hui, je ne sais pas.

-C'est vrai que je ne lui ai pas posé la question, souligna Leigh : J'étais tellement centré sur ses projets pour le domaine que je n'ai pas… (Il haussa une épaule) On doit se voir pour Noël, je lui demanderai.

-Au fait, qui vient pour le nouvel an ? s'interrogea le rouquin. Nous levâmes tous la main, sauf Chani.

Leigh lui sourit, il lui avait proposé de venir avec nous mais ses projets avec ses parents lui prenaient toutes les vacances, ou du moins, une bonne partie.

-Et qui d'autre ?

-Priyou, Rosa…-

-Of course ! rit Castiel. Je levai les yeux au ciel non sans sourire :

-Alex' (je désignai Morgan qui m'adressa un air évident) et Ly….Ah non, je ne sais pas s'il vient en fait ?

-Il risque de donner la réponse à la dernière minute, et s'il vient ça ne sera pas longtemps. Il a peut-être des employés, mais il doit redresser les comptes, et avec les demandes qu'on lui envoie en période de fêtes, il risque d'être pas mal occupé, m'expliqua Leigh.

-C'est normal que t'as les seins qui clignotent ? gloussa soudainement Castiel.

-Hein ?

Baissant les yeux sur ma poitrine, je me rendais compte que c'était vrai, mes seins s'illuminaient, ou plutôt, un d'eux. J'ai laissé mon portable dans la brassière ! me souvins-je en sortant le portable qui recevait un appel. Je dus couper tout son lorsque j'eus éteint la musique.

-Sergent papa ! Quelle est votre position ? dis-je en décrochant à mon père. Je mis le haut le parleur pour que Chani puisse également entendre.

« Sur votre parking, mon commandant ! On apporte les vivres ! Il y a-t-il besoin d'un code d'accès pour entrer à la base ? »

-Négatif ! C'est un accès libre…

« Bonjour la sécurité… » grogna mon père. On entendit les portes claquer. « Nous arrivons donc ! » Il raccrocha.

J'eus pu entendre ma mère rire derrière, et les autres autour de moi en firent tout autant.

-Mais vous avez un sacré grain dans la famille, pouffa Rayan.

-Hé ho, on en parle de la tienne ? Je me souviens des photos, hein !

-Oui, bon je n'ai rien dit…

Mon portable sonna à nouveau.

-Oui ? C'est ouvert papa, j't'ai dit.

« Je sais, mais j'aurais besoin que tu descendes. On n'osait pas t'en parler, mais le coffre de ta voiture a un problème. On voulait savoir si- »

Je déchantai d'un coup.

-Hein ? Comment ça ma voiture à un problème ?

« Bah c'est le coffre quoi…je peux rien faire… » soupira mon père. J'entendis ma mère dire qu'un garagiste ne pouvait pas s'en charger non plus.

Blême, je m'extirpai des bras de mon petit ami pour dévaler comme une furie les marches de l'escalier, mes amis sur les talons. J'avais toujours le portable en main, et je prévins mon père que j'arrivai avant de raccrocher.

-Tal' ! Fais attention à ne passe tomber ! entendis-je Chani s'affoler derrière moi.

Mais là, l'heure était grave. On me disait que ma voiture avait un problème, pire, que personne ne pourrait la réparer, et j'ignorai de quoi il s'agissait. Beaucoup dirait « Oh ! ce qu'une voiture ! » mais mince…j'y tenais à ma Twi-twi !

J'étais encore pieds-nus, et les gravillons sur le bitume du parking me griffaient les talons. Tant pis…

-Ma Twi-twi ! m'écriai-je en snobant complètement mes parents qui faisaient une tête de six-pieds de long.

Me plaçant face au coffre de ma Twingo, je détaillai les moindres recoins mais ne trouvai strictement rien, pas même une rayure.

-Mais y a rien…m'outrai-je, ne comprenant pas tout ce mystère autour de ma voiture.

-C'est…à l'intérieur fille, dramatisa ma mère en se massant le visage, accablée.

Soucieuse, je lui demandai de me donner la clé et, avec une grande appréhension, je l'insérai dans la fente.

-Oh, Rayan ! s'étonna mon père que je ne voyais pas, mais qui, je peux l'entendre s'enjouer de retrouver mon aîné : Qu'est-ce que tu fais là ?

-Oh euh…je-

Une fois le verrou débloqué, j'ouvris la porte d'un geste vif et pus constater les dégâts par moi-même. Mais je ne vis que mes affaires recouvertes d'un tapis. Je ne comprends pas, il où le problème ?

-Bouh !

-AAAHHHH !

Silant comme une demeurée, je sautillai sur place en faisant tressauter tout le monde autour de moi qui se firent, eux aussi, surprendre par un homme d'une taille imposante qui sortait de dessous le tapis. Quand je réalisai qu'il s'agissait de mon meilleur ami, gloussant comme un abruti alors qu'il s'extirpait du coffre, en se cambrant comme il pouvait au vu de sa grande taille, je me mis à trépigner d'excitation mais surtout à pleurer de joie.

-C'est pas vrai… !

-Eh bah si ! Ta-dam !

Une fois qu'il eut les pieds au sol, les miens se décollèrent dans un saut alors que je m'accrochai à lui, telle une étoile de mer sur son rocher. Stephan me fit tournoyer, virevolter comme nous l'avions fait tant de fois pendant les cours de danse et je riais comme une bien heureuse alors que je le retrouvai après cinq mois sans s'être vus une seule fois.

-Alors lui, il a le droit à un câlin, et nous rien ? se vexa mon père.

-D-Doucement sur la voltige, s'inquiéta ma mère, elle est encore blessée, tu sais.

-Oui ! Au fait ! Toi ! C'est bien de me sauter au cou, et tu comptais me dire quand qu'un sale petit con t'avais emmerdé ? Il est où ? Adresse, numéro de téléphone, nom de famille, mail ! Maintenant !

Je ris en jetant ma tête en arrière avant de croiser son regard qui en disait long sur la joie qu'il ressentait également de me retrouver. Je remarquai, par-dessus sa tête, les mamans de Chani qui l'embrassaient chaudement. Reprenant contenance, je vins étreindre enfin mes propres parents non sans les remercier pour ce cadeau humain qu'ils me faisaient.

Puis, après avoir salué les mamans de Chani : Catheline, sa mère biologique et Emma, sa belle-mère, nous fîmes les présentations avec le reste du groupe.

-Bon, Papa, Maman, vous connaissez tout le monde sauf Morgan, le petit ami d'Alexy.

-Oh, Vitoria nous a beaucoup parlé de toi ! sourit ma mère qui vint étreindre Morgan.

Ce dernier rougi, ne comprenant bien évidemment pas la réaction de ma mère. Je lui expliquai, à l'oreille, qu'Alexy était comme son propre fils, et qu'elle et Vitoria s'entendaient très bien. Il n'en resta pas moins embarrassé mais semblait pourtant enchanté. Mon père resta plus sobre en lui serrant la main, mais un large sourire égaillait tout de même son visage. Chani s'occupa de présenter ses mères à nos amis. Là où sa coinça…ce fut pour…

-Et voici…R…Mons… ?

Rayan rit, et se présenta aux parents de Chani comme étant un ami mais ne mentit pas non plus sur le fait qu'il était notre professeur principal. Les mamans parurent surprises au premier abord.

-Oh ! Eh bien…D'accord, fit Catheline : Depuis longtemps ?

Rayan expliqua brièvement qu'il était l'ami de Leigh, et qu'au vu de mes liens étroits avec ce dernier, et ceux qui me liaient à Chani, nous finîmes tous par se côtoyer. Je baissai les yeux sur mes pieds-nus qui bleuissaient dans le froid. L'ami de Leigh… A chaque fois c'était la même rengaine. L'amie de Leigh, Rayan se résumait à être l'ami de Leigh. Pas que ce soit une mauvaise chose…Mais je me rendis compte que je n'avais plus vraiment envie de taire la vérité à mes parents. D'autant plus, que Rayan m'eut déjà plus ou moins présenté à sa famille, même s'ils ne m'avaient jamais vu et que nous n'avions jamais eu de réels échanges, ils savaient tout de même que « Tallulah » sortait avec leur petit-fils, fils, frère, beau-frère et tonton…Rayan.

-Et moi, je sans le pâté ?

Tous, nous détournâmes notre attention sur Stephan, qui, du haut de son mètre 90 nous reluquait avec effarement.

- « Papa, Maman, vous connaissez tout le monde sauf Morgan ! » Bien, très bien ! Et moi ? Quelqu'un ici me connaît ? ronchonna-t-il.

-Ow, mon bichon ! m'exclamai-je, attendrie et désolée : Tout le monde, je vous présente Stephan ! On s'est rencontré dans nos premières années de licence, et on ne s'est plus quittés.

-Faux ! Madame voulait faire dans le contemporain, alors forcément elle m'a quitté… (Je le vis faire un clin d'œil à Rayan) Mais son excuse à une gueule sympathique alors on pardonne tout !

-Oh, eh ! Je vais le dire à Mélanie !

Nous rîmes tous puis, Hyun me fit remarquer que mes pieds changeaient drastiquement de couleur ainsi que mes lèvres. Rayan vint aussitôt à moi et dans son élan, je vis qu'il avait souhaité me prendre dans ses bras mais il stoppa son geste non sans jeter un coup d'œil à mes parents qui commençaient à décharger la voiture.

-Tu ferais mieux d'aller te chausser, on va commencer à déblayer ta voiture et le camion, me glissa-t-il et j'opinai du chef, un peu triste.

Mais son sourire bienveillant et son regard doux me suffirent pour me remettre du baume au cœur. Avant de repartir chez moi -oui, ça y est c'était chez moi et Chani- je pris quand même des cartons, histoire de ne pas faire un aller les mains vide. Je fis une courte pause au troisième étage, et me dis que ça commençait bien. Stephan passa à côté de moi, en se fichant royalement de ma figure, tout comme le reste de la troupe qui finit -forcément- par me rattraper. Je posai les cartons dans le salon, puis, partis mettre une paire de chaussettes et des tennis. Je sortais de ma chambre, lorsque je surpris Rayan qui m'attendait dans le couloir. Je tressautai, lâcha un juron dans un murmure puis repris contenance.

-Pardon, rit-il en prenant mon visage en coupe pour m'embrasser : Juste, ne te prends pas la tête avec tes parents pour l'instant. J'ai bien vu…que tu étais embêtée, mais pour aujourd'hui, dis-toi que c'est une journée de fac !

-Hm…grognai-je en détournant le regard : Je ne trouve pas ça très juste pour toi…Tu te souviens quand je t'ai dit que je n'avais pas toujours été très honnête avec mes parents lorsque je sortais avec Lysandre ? C'est à l'époque où mon père et moi étions en constant désaccord et qu'il ne me voyait pas grandir, mais aujourd'hui, c'est différent, largement différent. Et je-

Si ça se trouve, c'est lui qui ne veut pas… me dis-je, en repensant à son vécu plus que douloureux. Rayan eut beau me dire que je pouvais me permettre quelques caprices, lui forcer la main à dévoiler notre relation ne devait pas entrer en compte. « Le directeur m'a dans le collimateur » les paroles de Castiel, provoquèrent un pénible écho dans ma tête, bousculant les autres pensées. Certes, nous nous sentions bien plus en confiance pour agir librement en dehors de la fac, mais peut-être redoutait-il tout de même la réaction de mes parents ? J'étais pourtant si sûre qu'ils comprendraient, et, en cas contraire, j'étais prête à défendre mon couple de toutes les façons. J'étais peut-être plus jeune que Rayan mais j'étais loin d'être une enfant. Je restai comme tout le monde, j'avais mes doutes, mes peurs et par moment tous les conseils étaient bon à prendre, mais tant que ma vie privée n'empiétait pas sur celles des autres, je ne voyais absolument pas le problème de le dévoiler à mes parents…la seule gêne qu'il pouvait y avoir, était qu'ils ne comprennent pas, mais alors là, je n'y pouvais rien… Cela ne changerait pas le fait que je l'aime ! me dis-je en scrutant intensément mon aîné qui courba soucieusement ses sourcils. Mais j'ai promis d'y aller à son rythme.

-Hé…m'appela-t-il avec douceur en caressant mes joues avec ses pouces : ça va ?

Etirant à sourire aussi chaleureux que possible, je vins entourer sa nuque pour me suspendre à lui et lui donnai le baiser le plus tendre que ma force pouvait lui transmettre, tout en lui partageant mes sentiments aussi forts que ma tendresse conservait. Je le sentis frissonner, et retenir son souffle avant de lâcher un grognement d'aise qui me fit sourire. Son pouls s'était accéléré un bref instant avant de retrouver son calme alors que je me détachai lentement de lui. Dans un inaudible bruit humide, nos bouches se détachèrent et nous libérâmes notre respiration prisonnière de nos poumons.

Je parvins à le faire rougir, et son regard tremblait alors qu'il me détailler intensément.

-J-je…vais les rejoindre…

-Oui..., lui dis-je en le regardant partir, l'estomac encore noué par les frissons que m'eut procurés ce baiser.

Un instant, mon aîné me lança une œillade curieuse par-dessus son épaule en effleurant sa lèvre inférieure du pouce, avant de secouer la tête et disparaître derrière le mur qui séparait le salon du couloir des chambres. Après avoir noués mes lacets, je redescendais au parking pour récupérer le reste des affaires. En chemin, je croisai Leigh, les bras chargés, ainsi que Hyun. Ma mère tint à ce que je ne force pas trop sur mes bras, à cause de mon épaule, mais je la rassurai en disant que je me sentais bien. Bon, j'admis en mon for intérieur que ça restait pénible et douloureux, mais il était hors de question que je laisse tout le monde faire le boulot à ma place. Pourtant, à chaque fois que je portais plus d'un carton, soit Hyun, soit Rayan venait m'alléger d'un poids. Stephan s'en amusa, en me demandant si je n'allais pas songer à me mettre en trouple.

-Ils sont trop jaloux pour ça…déclarai-je en me souvenant de leurs querelles au café qui ne dataient que de la semaine dernière.

Mon ami m'aida à porter un long tapis, assez lourd, que j'eus acheté lors de ma première colocation l'an dernier.

-Bon alors, moi j'y crois moyen à son histoire « d'ami de l'amie de l'amie ! » Vu comment il t'intéresse, enfin, de ce que tu m'as raconté au téléphone l'autre jour ! Puis…j'ai bien reçu ton mail au sujet de votre premier rendez-vous hein…

Je gloussai, en faisant attention où je mettais les pieds. Je fis également garde à ce que personne ne soit dans les parages, les voix résonnaient drôlement bien dans la cage d'escalier. En chuchotant, je lui avais dit la vérité. Stephan m'écouta sans m'interrompre, en revanche, nous fîmes une pause à chaque palier, un peu comme un « check point » dans un jeu vidéo à chaque fois qu'on avançait dans l'histoire ! Houlà…ma console me manque… Les vacances arrivaient, l'appel des jeux vidéo retentissait en moi.

-Mais…ce n'est pas un petit peu injuste que ses parents soient au courant et pas les tiens ? demanda mon ami qui me fit signe de reprendre notre chemin. Encore un étage… Je commençai à les sentir passer.

-C'est ce que je me suis dit, mais… (Je me pinçai les lèvres) disons qu'il y a un « en dessous » qui complique les choses, qui complique notre relation… Mais ça relève de sa vie privée, je me vois mal t'en parler bichon… lui dis-je, sincèrement penaude.

-Ne t'en fais, si tu dis que c'est compliqué, je te crois. Au moins, ça expliquerait que vous preniez autant de pincettes, car je ne peux pas croire que ce soit juste la réputation de la fac le problème. D'accord, Anteros a une certaine notoriété, mais quand même, ce sont des humains qui dirigent cet endroit, pas des robots sans cœur ! C'est sûrement mon âme de comédien qui me sensibilise autant, mais je trouverai ça affreux qu'on vous oblige à vous séparer pour le « bien-être » d'une école. Doris et Manu en savent quelque chose, eux !

-Manu ? Ah oui, Monsieur Bielle ?

-Haha, oui, mais maintenant c'est Manu pour moi ! me dit-il fier de compter notre prof de géo -enfin, mon ancien- parmi ses proches.

-Comment vont-ils ?

-Ils roucoulent ! Bon, ils essuient quelques chamailleries mais rien de bien dramatique non plus, et ça n'a rien à avoir avec la fac en règle générale. Exemple, la dernière dispute pour laquelle ils m'ont fait participer contre mon gré, était au sujet de l'emplacement d'un paravent qui obstruait la lumière de leur salon ! (Stephan fit une grimace faussement compréhensive qui me fit glousser) J'te jure, j'ai failli t'appeler pour que tu leur donnes des conseils en déco d'intérieur !

-Haha, oui, des scènes de ménages quoi…

-C'est ça ! C'est pour ça…vraiment, je ne pense pas que le monde puisse être si horrible que vos craintes le perçoivent. Les gens vous regarderont de travers, et alors ? J'suis noir ! Certaines personnes me regardent de travers mais je ne vais pas me dépigmenter la peau pour autant, haha !

-Oui, c'est sûr…ricanai-je dans un reniflement amusé.

Lorsque je vis ma mère venir vers l'escalier que nous venions enfin de gravir, je lui fis les gros yeux pour lui faire signe de changer de sujet.

-Et tes partiels ? Je n'ai pas encore lu ton dernier mail, me fit-il, l'esprit vif.

Ma mère nous fit un grand sourire et descendit les marches. Stephan leva les yeux au ciel, tandis qu'il nous arrêta un instant, dans le couloir. Il porta une main à mon bras qu'il frictionna avec réconfort.

-Si je me fous du regard des autres qui sont dérangés par ma peau, c'est bien parce que je sais que toi, et d'autres personnes m'acceptent comme je suis, et m'aiment pour qui je suis et que je n'ai pas avoir honte de quoi que ce soit ici ou ailleurs ! Et vous non plus…n'ayez pas honte de ce que vous ressentez pour l'autre.

Mon cœur se serra, et ma gorge se noua d'une émotion qui vint bruler mes yeux. Lâchant le tapis qui tomba au sol non sans éparpiller un nuage de poussière, je vins étreindre mon grand ami qui me souleva dans ses bras avec un aisance qui ne me surprenait plus. Je savais Stephan fort, autant physiquement que dans l'âme, mais la tendresse de son cœur confrontait toutes les épreuves.

-Ce que je suis contente de te retrouver, soupirai-je dans son cou.

-Moi aussi bichette… Mélanie regrette de ne pas avoir pu venir, mais elle t'embrasse.

Je souris.

-Ça va vous deux ? Bientôt deux ans, dis !

-Oui ! rit-il en me reposant au sol : Elle me comble…j'te jure, si je ne l'avais pas, je crois que je souffrirai bien plus que ce n'est le cas de ton départ. Je t'ai connue avant elle, tu es ma confidente, aujourd'hui j'essaie d'apprendre à m'ouvrir à Mélanie comme je le faisais avec toi…Mais, c'est justement parce que t'es ma meilleure amie que je peux te parler si ouvertement, avec Mélanie, c'est plus compliqué, il y a certaines choses que je garde pour moi, mais elle semble apprécier ce changement chez moi. Je crois qu'elle avait peur que je me renferme sur moi après ton départ…

Nous déposâmes le tapis dans le salon, puis, au moment où nous allions ressortir, nous fûmes interloqués par des voix d'hommes braillant à tue-tête les paroles de la chanson « Smoke on the water ».

« They burned down the gambling house

It died with an awful sound

(Uh) Funky Claude was running in and out

Pulling kids out the ground When it all was over

We had to find another place

But Swiss time was running out

It seemed that we would lose the race »

Je reconnus aisément les voix, qui n'étaient autres celles de mon père et de mon petit ami qui portaient un large carton, également haut, que je pensai être pour Chani, comme je ne voyais absolument pas ce qui, parmi mes affaires, pouvait être si imposant.

-Chaud devant ! s'écria mon père et je m'écartai, prenant Stephan par le bras pour leur faire de la place.

-Contente de savoir que je ne suis pas la seule à chanter comme un pied…glissai-je au passage, et je reçus un clin d'œil de Rayan que personne ne vit : C'est à Chani ?

-Ah non, entendis-je cette dernière me dire alors qu'elle se trouvait dans le couloir.

-Joyeux Noël ! s'enjoua mon père, une fois qu'ils eurent poser le carton contre le mur du salon : Les autres parties arrivent !

-Pardon ? Les autres parties ? Mais de quoi ?

-Mais ! De ton lit chérie…Tu te souviens, ton cadeau de Noël on a dit.

-M-mais…pourquoi en plusieurs parties ? C'est quoi l'idée ? Mais chambre ne fait que-

-Que 10 mètres carrés, oui ! Justement, quand tu vas t'amuser à monter tout ce bazar comme une grande fille, tu nous remercieras.

-Poussez-vous ! entendîmes-nous hurler Castiel et Hyun qui ramenaient, eux aussi, un large carton que je compris être une « autre partie » de mon lit.

Effrayée, je lançai un coup d'œil à Stephan qui haussa les épaules.

-J'te jure que je n'suis pas dans le coup ! assura-t-il en levant les mains comme pour prouver son innocence.

-Le mieux serait que tu commences à le monter maintenant, ma puce, déclara mon père qui m'expliqua que le montage risquait de demander de la main d'œuvre et du temps : Il ne reste plus grand-chose à sortir du camion et de sa voiture, on a eu beaucoup plus de mains que prévus, et ce n'était pas plus mal, sourit-il en donnant une tape amicale à Rayan qui gloussa en lui jetant un regard complice.

Cela me tue, de les savoir si bien s'entendre…et de devoir garder ma langue dans ma poche.

-Bon, on va chercher son matelas ? proposa mon père à mon petit ami.

-Allez !

Se remettant à chanter, les déménageurs du dimanche repartirent dévaler cinq étages pour le plaisir de me monter un matelas. Vraiment, ce soir je commande un festin de Roi ! me promis-je en consultant Chani au passage qui était dans sa chambre en train pousser ses affaires pour faire de la place pour le reste. Elle fut d'accord avec moi, et comme je lui avais promis de lui offrir des sushis nous nous mîmes d'accord que j'achèterai un assortiment de sushis tandis qu'elle s'occuperait de nous prendre des tacos. Ma mère en raffolait et apparemment sa belle-mère également.

Avec l'aide de Stephan, je ramenai les « parties » de mon nouveau lit dans ma chambre en les faisant glisser sur le linoléum. Après quoi, plutôt que de tout déballer maintenant, nous continuâmes à aider les autres avec le reste du camion, ma voiture étant désormais vide. Puis, je me dis que ça serait le meilleur moment pour récupérer le reste de nos affaires du dortoir. Chani se trouvait avec Emma, sa belle-mère, qui refermait le camion après avoir vérifié que tout avait été déblayé.

-Nini, l'appelai-je : Je me disais qu'on pouvait peut-être en profiter pour récupérer nos affaires au dortoir et rendre nos clés en même temps, qu'en penses-tu ?

-Besoin du camion les filles ? demanda Emma qui agitai ses clés.

-Oh non, je vais baisser la banquette arrière, il n'y a plus grand-chose, assurai-je.

-Tu peux prévenir les autres qu'on s'en va ? fit Chani avant de marmonner qu'elle avait sévèrement la flemme de remonter cinq étages pour les redescendre ensuite.

-Haha, pas de souci, filez vite !

Nous lançant un regard complice, ma colocataire et moi montâmes dans ma voiture -enfin je la retrouvai ! - puis, prîmes la direction de la fac. En chemin, nous croisâmes Rosalya, Priya et Alexy qui montaient dans le bus. Une fois garées sur le parking d'Anteros, je me dépêchai d'envoyer un message à Rosa pour lui annoncer que nous les avions tous les trois vus et qu'une fois devant l'immeuble, ils n'avaient qu'à monter rejoindre les autres.

-Bon, je baisse ça… (je m'occupai des sièges arrière) et zouh ! On aboule tout !

Sur ces bonnes paroles, nous rejoignîmes le dortoir, non sans faire un coucou à Camille, Charly et Kelly qui nous aidèrent également à porter le reste de nos affaires. Kelly était avec sa valise, dans le salon, et nous expliqua qu'elle partait rejoindre sa famille pour les vacances d'ici une heure.

-Cela me fait penser que Hyun à son bus à prendre aussi bientôt, me dis-je en examinant la salle de bain, espérant n'avoir rien oublié. Il y avait eu quelques produits ménagés mais ils étaient tous dans la voiture, tout comme mes produits de beauté, mes serviettes de bains et les produits électriques tel que mon sèche-cheveux et mon boucleur.

Le reste de mes livres, mes cours, mes fringues, mon linge de lit, mes oreillers, mes bibelots et autres effets personnels, tout avait été transporté. Je passai un rapide coup de balais, une seconde fois après avoir bien nettoyé mon coin de chambre, puis je vérifiai l'état des prises électrique, le bureau et lorsque je me sentis enfin prête, je détachai la clé de la chambre de mon porte-clé et m'apprêtai à sortir pour rejoindre l'accueil lorsque je me rendis compte que je ne reverrai pas Yeleen avant la rentrée, comme elle était déjà retournée chez sa mère, hier soir. Bon, ça ne me chagrine pas plus que ça mais un petit mot d'aurevoir quand même…

Revenant à ma voiture, j'extirpai une malle ronde en cuir marron marbré de rouge qui datait des années 50, trouvée dans une brocante quand j'avais 18 ans. Ce fut mon cadeau de moi à moi, et ce fut également dans cette malle, aussi lourde que remplie, que j'eus rangé les lettres de Lysandre, toutes celles que nous nous étions envoyées, en nombre, lorsque nous étions séparés par la distance, par mes études, par son devoir envers le domaine, par nos disputes, par nos manques…Nous y partageâmes nos désirs, nos excuses, nos joies, nos craintes et nos pleures faisant s'étendre l'encre de nos mots par-delà nos larmes chaudes, absorbées par le papier à lettre que je ressortais aujourd'hui, pour une destinée à Yeleen.

Assise sur le bord de mon coffre, le calepin sur les cuisses et un stylo en main, je laissai mon cœur parler. Et en une seule fois, en un seul essai, en quelques phrases, et une seule lettre je lui souhaitai bonne chance avec sa mère, non sans lui avouer que je regrettai un peu le départ qu'eut pris notre relation, mais pas l'amitié sur laquelle cela eut débouchée. Celle de Chani. Me trouvera-t-elle hypocrite ? Pourtant j'étais sincère…Me trouvera-t-elle blessante ? Pourtant je ne fus pas celle à jeter la première pierre…Mais j'en eus jeté également, et n'ayant que compris trop tard le mal-être que faisait croître sa relation avec sa mère, ainsi que…les faux amis qui l'entouraient pour la notoriété de sa mère… Alors oui, je regrettai, mais je ne lui demanderai pas pardon. Nous avions su nous entendre malgré tout, nous supporter comme nous l'avions pu, en vain. Cependant, le simple fait que nous ayons essayé parfois, me prouvait qu'une entente était tout de même possible, dans un autre futur sûrement.

Rangeant mon stylo, je pliai la lettre, puis, vins la déposer sur le lit de Yeleen. Un peu taquine, je me permis de poser un de ses pots de peinture sur le bord de son lit, mais en laissant le couvercle bien scellé et je vins coller un post-it où j'eus marqué « Maintenant tes draps ne risquent plus rien ! » avant de sortir rejoindre l'accueil où le gérant demanda à son collègue, qui était parti faire un état des lieux dans la chambre de Chani, de s'occuper ensuite de la mienne. Une fois cela fait, le gérant nous assura que tout était en ordre et que nous pouvions enfin, rendre notre clé et partir.

Le cœur battant d'excitation, nous rejoignîmes nos trois amis au salon, à qui nous fîmes de chaudes embrassades en leur stipulant que, maintenant qu'ils connaissaient notre nouvelle adresse, ils étaient les bienvenus.

-Ah oui ? entendis-je grogner Charly avec une pointe de sensualité qui me surprit. Chani le provoquait d'un haussement de sourcil qui le fit rire.

Avant de reprendre la route pour l'appartement, j'envoyai un message à ma mère pour l'informer que nous avions enfin rendu nos clés. Je demandai au passage si je devais acheter des sandwichs pour une collation, mais elle m'informa que mon père eut préparé quelques encas, apportés dans une glacière. Nous fîmes simplement un tour à la supérette acheter des boissons fraîches d'un côté, et des canettes de cafés de l'autre comme nous n'en avions pas pour le moment chez nous.

Rayan en fut ravi, et se réchauffa avec une canette instantanée. J'avais bien envie de glisser ses doigts sous mon t-shirt, pour l'aider à le réchauffer mais au vu de ce que nous nous étions dit ce matin, ça n'avait rien d'une bonne idée.

-Alors, ça y est, tu as fait tes aurevoirs à Yeleen ? me demanda-t-il alors que je partageai avec lui un sandwich aux crudités que mon père eut préparé. Il ne pensait pas qu'autant de monde se pointerait pour le déménagement, malheureusement, ce ne fut qu'un repas fugace comme il manquait en quantité. Mais tout le monde en profita quand même, et Rosa, Alexy et Priya nous laissâmes leurs parts, comme ils avaient aussitôt mangé au réfectoire une fois leur examen terminé.

-Elle est partie depuis hier soir, avec sa maman. (J'avalais ma bouchée) Je lui ai laissé une lettre.

-Une lettre ?

-Oui, je tenais quand même à lui dire aurevoir correctement. On a partagé près d'un semestre ensemble, ce n'était pas rien non plus, malgré les hauts et les bas qu'il y a pu avoir.

Rayan souffla un rire attendri.

-Je me demande ce qu'elle aurait fait à ta place…

-Peu importe ce qu'elle aurait fait, ce qui compte c'est que j'ai pu lui dire ce que j'avais sur le cœur, assurai-je en lui souriant.

Il acquiesça derechef, et termina son sandwich. Après ce petit casse-dalle, certains allèrent vider le coffre de ma voiture, tandis que je fus conciliée avec les autres, à rester dans l'appartement pour ordonner un peu tout ce chantier. Hyun eut remarqué que je ne pouvais plus vraiment lever le bras. Alors, avec Chani nous commençâmes à ouvrir les cartons, à monter certains meubles et surtout à remplir la bibliothèque.

-Eh bah… s'étonna mon amie qui vint s'asseoir à côté de moi : Tu peux dire que je lire beaucoup, j'vois t'es pire que moi…mais ça ne logera jamais dans la bibliothèque tout ça ! s'exclama-t-elle en désignant les huit cartons qui m'entouraient.

-Hm ? Mais si… souris-je en lui montrant des caisses à vin qui étaient empilées plus loin dans le salon : ça, ça ira dans ma chambre.

-Sympa l'idée des caisses ! J'aime bien, s'enjoua-t-elle en m'aidant à placer mes livres.

Il était vrai que je lisais beaucoup. C'était déjà le cas à l'époque du collège et du lycée, mais une fois à la fac, j'eus comme une « crise » et je passai la plupart de mon argent récolté dans des petits jobs à droite et à gauche dans des livres parfois très rares, comme tout à fait banals, et ce autant en français qu'en anglais. J'appréciai les détails un peu kitch des bouquins Londoniens. Les anglais avaient tendance à jouer sur le paraître de leurs ouvrages. C'était une partie du monde de l'édition qui me plaisait énormément. C'était comme aider un nourrisson à se revêtir et faire face au monde critique qui l'entourerait prochainement. Aussi triste cela était c'était un fait qu'on ne pouvait ignorer… « Le directeur m'a dans le collimateur. »

Le paraître primait.

-Oh ! Je parie qu'il t'a aidé dans tes étudies celui-là, rit Chani qui sortit d'une pile de livres, un roman avec des post-it qui dépassaient un peu partout, ainsi que des notes au papier commençant à jaunir avec le temps.

-Oui ! C'était pour ma troisième année de fac, le point de vue de l'auteur vis-à-vis de la place de l'art moderne et de l'art contemporain dans notre société était intéressant. Bon, je n'étais d'accord avec tout, mais justement, ça m'a permis de travailler ma propre opinion, de l'étoffer en m'appuyant sur ses exemples ainsi que d'autre, comme dans ce roman-là (je levai un petit livre) et celui-ci ! (Et j'en désignai un autre).

-C'est qui l'auteur ? s'enquit-elle en examinant d'autres livres : Oh ! Tu as l'édition limité de « The Dark Artifices » ! Tu me le prêteras, dis ?

-Bien sûr ! ris-je : L'auteur ? Oh, j'ai tendance à ne pas faire attention à ce détail, ce qui m'a value de perdre quelques points lors de mon passage à l'oral. Je crois qu'il devait avoir un nom à coucher dehors un peu comme… (je retrouvai le livre dont nous parlions et lus la côte) … comme…

Blême, je jetai un coup d'œil derrière mon épaule pour le chercher du regard, mais il n'était nulle part.

-Comme ? C'est vrai qu'il y a des auteurs avec de noms compliqués, mais tu pourrais faire un eff- (elle se tut en lisant le nom sur la couverture et la photo à l'intérieur de la jacket, sur la face de présentation) Oh m…

-Ouais, comme tu dis…

Rayan ZAIDI. Voici le « nom à coucher dehors » dont je ne me rappelai pas, de l'auteur de ce roman qui m'eut pourtant tant soutenu lors de mon oral final de ma troisième année de licence.

-Ça fait beaucoup…entre ton père, son livre, et le fait qu'il soit ton prof…Si ça, ce n'est pas pour t'expliquer que le destin devait vous réunir, je ne sais pas ce que c'est ! déclara Chani qui lisait le roman de Rayan en diagonal.

Sans voix, je sentis mon cœur battre à nouveau alors que le concerné pointait le bout de son nez en me demandant où il devait mettre cette malle. Cachant rapidement le livre que mon amie tenait, je souris à mon amant en lui disant que ça allait dans ma chambre.

-Mais qu'est-ce que tu fais !? marmonna Chani, confuse.

-Je ne veux pas qu'il me voit comme une groupie !

-Haha, ça m'étonnerait, je pense qu'il commence à connaître ton côté tête en l'air, je suis même persuadée que ça le fera rire ! m'assura-t-elle non sans ricaner.

Rougissant un peu, j'arquai un sourcil, intriguée, et me dis que mon amie avait raison. Lui demandant si je pouvais lui prendre le livre quelques secondes, elle me le donna, et je partis rejoindre Rayan pour un instant. Le cœur battant, je poussai la porte entrouverte, et le vit, dos à moi, accroupie avec un genou à terre, face à la malle où je rangeai les lettres de Lysandre, grande ouverte, pour ne pas dire éventrée, sur le sol avec mon courrier éparpillé. Je retins mon souffle, alors que je surpris Rayan lire une de mes lettres…sa main tremblait. Les miennes aussi… Le roman me glissa des doigts et tomba lourdement au sol.

Mon petit ami tressauta et vira au rouge en me remarquant derrière lui.

-Qu'est-ce que tu fais ?

Ma voix fut aussi sourde que lointaine.

Se relevant promptement, il ne sembla pas quoi faire de sa main libre qui tremblait autant que celle qui tenait la lettre, et finit par se masser nerveusement le visage, sans même pouvoir croiser mon regard.

Je finis par le baisser sur le roman que j'eus fait tomber, épousseta la couverture puis, je passai à côté de Rayan, comme s'il n'était qu'une ombre dans cette pièce, pour me rendre compte des dégâts. Je constatai alors, qu'une des lanières de la mallette avait cédée… Même si je voyais mal Rayan fouiller volontairement dans les affaires de quelqu'un, surtout si grossièrement, avec toutes mes lettres qui jonchaient au sol, je dus bien admettre que de le voir lire mon courrier…surtout ce genre de lettre…

Me fit mal.

-J-je…

-Ah, je vois que la lanière a fini par lâcher ? ricanai-je sans joie. Je m'accroupis et redressai la malle pour commencer à y remettre les lettres : C'est bête, je m'y étais attachée…

-Tallulah…Je suis désolé… murmura-t-il, d'une voix morne et chevrotante. Osant à peine s'approcher de moi, Rayan me tendit la lettre qu'il eut repliée.

Je posai un regard sur lui, ne sachant pas vraiment quoi penser sur le moment, puis je pris la lettre que je dépliai pour voir ce quelle contenait. Il y en avait tant, je ne me souvenais pas de tout…

-Ferme la porte, lui ordonnai-je et il obéit.

Après quoi, il resta là, planté devant la porte, les mains agrippées à l'arrière de son pull, tel un enfant sur le point de se faire gronder. Pourtant, je n'avais pas vraiment envie de lui faire une scène. J'essayai juste de comprendre, en silence, ce qui l'eut poussé à lire le contenu de cette lettre, avant même de se dire qu'il serait mieux pour lui de me prévenir que ma malle était cassée et qu'il eut fait tomber mon courrier, qu'il eut renversé mon passé sur le sol de ma nouvelle chambre…de mon nouvel appartement, où j'allais commencer une nouvelle vie auprès de Chani.

Une nouvelle vie dans laquelle il faisait déjà parti. Pourquoi fallait-il qu'il s'intéresse à ce passé, que j'eus enfermé, auquel j'eus dit aurevoir dans les bras de Lysandre maintenant que je le savais prêt à dépasser la ligne de son propre nouveau départ.

-C-c'était lourd…je ne pensai pas que c'était fragile, j-j'ai…porté ça par la poignée mais ça a cédé…

-Je sais, j'ai bien compris…ça j'ai compris, dis-je en me relevant, le nez plongé dans la lettre : Tu as lu jusqu'où ?

-Q-Quoi ?

-La lettre, dis-je, d'une voix faible : tu l'as lue jusqu'où ?

-J-Je…peu importe, je n'aurais pas dû, je-

-Pourquoi tu l'as fait alors ?

Je ne comprenais pas. Vraiment, je ne comprenais vraiment pas l'intérêt, car à mes yeux il n'y en avait aucun. Alors j'étais là, patiente et calme, à attendre qu'il m'expliquer, les yeux ancrés dans les siens qu'il avait du mal à garder sur ma personne.

Cela m'agaça.

-Je n'aurais pas dû…répéta-t-il. Je te prie de me pardonner, Tallulah…

-D'accord, soit, je vais te pardonner mais ça ne répond pas à ma question en fait…soulignai-je sûrement plus froidement que je ne pus me contenir. Je soupirai alors que ses yeux anis tremblèrent avec confusion sur ma personne.

-Laisse tomber… finis-je par soupirer.

Le cœur serré, je revins vers la malle dans laquelle je vins déposer la lettre avant de refermer le battant supérieur.

-Je voulais comprendre…lâcha-t-il soudainement, d'une voix profonde, presque susurrante : Je voulais comprendre comment… le couple si formidable que vous formiez, d'après les dires des autres et des tes parents, a pu finir ainsi, séparé.

Décontenancée, je me retournai vers lui, les sourcils courbés soucieusement. Il y eut un court silence avant que je ne rétorque avec une pointe d'évidence couplé à de l'incompréhension.

-Ce sont des choses qui arrivent, enfin…Je ne vois pas ce qu'il y avait à comprendre de plus.

-Mais vous vous aimiez encore quand vous vous êtes séparés, n'est-ce pas ? m'interrogea-t-il, la douleur et l'inquiétude accablant son visage : Je ne voulais pas lire cette lettre, mais j'ai pu voir la date et…quand j'ai vu que tu l'avais reçue cet été, alors que vous étiez censés avoir rompu, je n'ai pas compris. Je me suis demandé « Pourquoi continuer à écrire s'ils ne s'aiment plus ? » La date restait plutôt…récente, si on compare avec le jour de notre rencontre, à la rentrée…et à celui où nous nous sommes mis ensemble… Je ne comprenais pas…et je ne comprends toujours pas… comment tu sois parvenue à surmonter cette rupture, alors que dans cette lettre, tout semble encore si fort entre vous ! (Sa voix s'érailla d'émois) Je crois que…je pensai qu'en…tout ça m'intriguait, et puis, je ne comprends toujours pas ce qui te plaît tant chez moi… Après tout, je ne pense pas être capable d'une telle passion, comme celle que Lysandre émet dans sa lettre…j-je… !

Rayan…semblait complètement désarmé, comme s'il était pris au piège avec un tourment dont je ne soupçonnai même pas l'existence. Cela n'avait rien à avoir, avec de la jalousie, non, et je pouvais le certifier après avoir été témoin d'une telle scène au café, entre Hyun et lui. En ce moment même, je ressentais la peur dans les tremblements de ses mains qu'il fourguait un coup dans ses poches, un coup derrière sa nuque puis sur son visage…

Je ressentais, l'hésitation dans tout ce cafouillage de mots…de pensées…sa voix qui chevrotait.

Et surtout, je ressentais son amour, sa propre passion dont il n'avait pas conscience de l'existence si je le comprenais bien.

Aussi blessée fus-je par l'attitude indiscrète de Rayan, je craignais ne pas pouvoir totalement lui en vouloir. Encore, si nous n'avions pas été en couple, j'étais certaine que je l'aurais pourri jusqu'à la fin de ses jours pour cela…Mais là…

De nous deux, j'étais peut-être celle qui fut la plus patiente, mais je n'étais pas la plus bavarde, en tout cas, pas lorsqu'il s'agissait de m'épancher à l'encontre de mes sentiments. J'agissais souvent plus que je ne donnai de mot d'amour, mais si les mots étaient là c'était bien pour communiquer. Je me souvins alors, avec tendresse et amusement, de cette déclaration qu'il m'eut faite dans sa voiture, alors que nous revenions du cinéma. J'étais sûrement incapable d'une telle chose…d'exposer si clairement ce qui me plaisait chez lui, ce qui me faisait vibrer.

Paradoxalement, ça coulait tellement de source en moi que je n'étais pas à même de m'expliquer. Cela me rendait confuse, et je me sentis soudainement idiote de ne pas avoir vu plus tôt qu'il attendait de moi que je m'ouvre un peu plus. « Raoul ne comprend pas…Il ne comprend jamais les silences de Christine… » Il ne pouvait pourtant pas faire plus clair. Comme quoi, ce « don » dont tout le monde ma rabâchait les oreilles n'était pas si puissant que ça.

Je pouffai…n'oubliant qu'à moitié ma déception, mais je ne pus empêcher ce sentiment aimant de m'envahir. Tournant son roman dans mes mains, je lui mis sous le nez, et dis :

-Ta passion me charme depuis quelques années déjà…Monsieur le romancier.

-Hein ? souffla-t-il en prenant le livre : T-Tu as lu mon livre ?

-Je n'avais même pas fait attention qu'il s'agissait de toi. Je l'ai utilisé pour mon oral final en L3, et je ne parvenais même pas à me souvenir de ton nom…J'ai perdu 3 points pour ça !

Mon aîné gloussa, non sans rougir.

-Et aujourd'hui…je n'ai plus que ça à la bouche. Monsieur Zaidi. Toi, Rayan… Il n'y a pas une seconde sans que je ne pense à toi, sans que je ne parle de toi. A Chani… A Stephan… Et tous les autres jusqu'à ce que je me parle à moi-même quand plus personne n'est là pour m'écouter. (Je haussai une épaule, sceptique et ça l'amusa) Avec Lysandre…je te l'ai dit, tout est terminé. Si ça a mis du temps, c'est uniquement parce que je me faisais du souci pour lui…J'étais là lorsqu'on père est mort…J'étais encore là, quand sa mère l'a rejoint également, prise de chagrin. Lysandre…a tout laissé tomber, ses études, la chanson, la poésie…Il a drastiquement changé, il a brutalement muri, il s'est froidement renfermé sur lui-même jusqu'à oublier que j'étais là pour l'aider. (Je jetai un coup d'œil au bouquin) J'ai même failli rater ma L3, car je passai plus de temps chez lui qu'en cours. Je révisai de mon côté, je m'épuisai même, pour essayer d'être au même niveau que les autres, mais j'avais toujours un train de retard, alors, je donnais tout pour les partiels. Ton roman m'a soutenue dans mon apprentissage, même si parfois je râlai car tu contredisais mon avis et que ça m'énervait de me dire que j'étais d'accord avec ce que tu disais ! avouai-je en souriant : Mais le regard frais que tu apportais, ce tranchant que tu imposais en osant coucher sur papier les mots que les artistes n'osaient plus prononcer -enfin, que peu, non sans se faire poursuivre en justice- tout en comparant, à ta manière, en partageant ton expérience, ce qu'est l'art moderne et ce qu'est l'art contemporain aujourd'hui, pour les artistes d'une part, et pour la société de consommation de l'autre. (Je me mordis l'ongle du pouce, en rougissant) peut-être ai-je trompé Lysandre par la pensée, je me suis dit : « Tiens, si je pouvais lui parler…le rencontrer… Il est beau gosse en plus ! »

Rayan ouvrit la première de couverture et examinant sa photo en souriant d'un air gêné.

-Et aujourd'hui tu es là, avec moi, tu essaies de comprendre ce qui me plaît chez toi, tu essaies de savoir ce qui traverse ma petite tête pas facile à saisir, et tu doutes, avec moi. Tu as su me conforter dans les moments où je me posai des questions…

Aujourd'hui c'est à mon tour de le faire.

-Viens, lui dis-je en tendant ma main.

Confus, il m'interrogea du regard sans prononcer le moindre mot. Puis, se montrant plus confiant, Rayan glissa sa main dans la mienne et je le guidai hors de la chambre. Une fois sur le seuil du salon, l'arche nous entourant, nous attirâmes l'attention des autres qui s'arrêtèrent d'ouvrir les cartons, de pousser les meubles et autre activité…

-Ah ! Besoin d'aide pour monter le lit ? demanda mon père qui essuyait ses lunettes : Alors, t'en penses quoi ? Avec ta mère on-

-Philippe ! rouspéta ma mère qui lui fit les gros yeux.

Je souris, me doutant qu'elle avait compris depuis un petit moment ce qui se tramait entre Rayan et moi. Je tirai ce dernier pour qu'il se tienne à mes côtés, et le regard de mon père se fit drôlement ahuri. Mais il sembla comprendre à son tour, et désignant nos mains jointes, il nous interrogea avec curiosité :

-Vous…n'étiez pas en train de monter le lit…n'est-ce pas ?

-Je crois qu'ils préfèreraient monter dessus ! rit Emma.

Je reniflai un rire amusé, tandis que Rayan vint se masser nerveusement l'arrière du crâne en regardant ses pieds.

-Maman, Papa, je crois qu'il est temps de faire de réelles présentations.

Je sentis la main de Rayan se resserrer et j'en fis de même. Ce qu'il est nerveux ! Peut-être n'avait-il jamais vécu ça. Après tout, Dana et lui, c'était un secret caché de tous. Peut-être n'avait-il jamais rencontré les parents de Dana ? Je sais qu'il n'a jamais eu de relation sérieuse après elle… Bien sûr qu'aujourd'hui, ce moment devait être fort pour lui…

Être officiellement considéré comme le petit ami de quelqu'un. Ce fut plus fière que jamais, que je vins présenter Rayan comme mon compagnon.

-Rayan n'est pas uniquement mon professeur, l'ami de Leigh ou encore la connaissance fortuite de mon père…

Ma mère gloussa.

-Je pense ne m'être jamais autant battu pour m'approcher de quelqu'un, avouai-je en souriant à mon amant qui plongea son regard aimant dans le mien : Et je ne regrette pas. Parce-que je peux librement vous dire que je sors avec lui.

-Roh, on dirait une émission de télé-réalité !

-Alexy ! gronda Morgan.

-Oui, ça va j'me tais…

-Attends, intervint Castiel : T'es en train de dire que tes parents n'étaient pas au courant ?

Rayan et moi nous lançâmes un regard avant de secouer la tête ensemble.

-Ah ! Bah merci de me prévenir ! s'outra-t-il et je vis ma mère exploser de rire, sans comprendre pourquoi : Moi j'me ramène, ma gueule enfarinée, à dire à Lucia : « Oh, c'est bien que Philippe s'entende bien avec votre beau-fils, ça change d'avec Lysandre au début ! »

Cachant mon exclamation avec ma main, je ris, consternée de savoir que Castiel avait vendu la mèche sans le savoir. Au moins, je compris que ma mère avait eu de l'aide pour savoir ce qu'il se passait entre Rayan et moi.

-Ah donc j'suis vraiment le dernier à être au courant ? se scandalisa mon père qui balayait la salle d'un regard, nous zieutant un par un.

Ma mère aborda un sourire désolé en haussant une épaule, tandis que Stephan faisait mine de s'intéresser à mon petit cactus qu'ils m'avaient ramené.

-Si ça peut te rassurer, Philippe, nous on ne savait pas, plaisanta Catheline, en se désignant avec sa compagne qui gloussait à côté de Chani.

-Moi non plus ! souligna Priya qui nous regardait avec des yeux écarquillés comme deux ronds de flan.

Puis, outré, il lança un regard à Rayan qui déglutit. Quand soudain, mon père secoua la tête, semblant reprendre conscience et sourit comme un bien heureux.

-Cela veut dire que tu viens à la maison pour Noël ?

-Hein ? Mais vous partez pas en voyage tous les deux ? le coupai-je : Puis, tu retiens que ça dans l'histoire ? De toutes façons non, Rayan a déjà des projets pour les vacances…

-Ah non, je retiens aussi qu'il ne pourra rien refuser à son beau-père qui voudra bien se refaire quelques soirées avec lui ! Et, puis non, on ne part plus, pas avec ce qu'il t'est arrivé dernièrement Tallulah, ta mère et moi avons décidé de te ramener avec nous pour Noël !

Un mal de tête me prit tant j'étais dépassée par la situation.

-Tal', ça va ? s'inquiéta mon amant qui me soutint par la taille.

-J'ai besoin de m'asseoir, ris-je nerveusement en me laissant guider jusqu'au canapé que nous eurent ramené les mères de Chani.

-Je dois t'avouer Philippe, que je ne m'attendais pas à te voir si…enthousiasmé ? Cela fait longtemps que notre fille ne nous avait pas présenté quelqu'un.

-Justement, sourit mon père : Bon, je dois bien avouer que je ne m'y attendais pas. Mais comme tu dis, cela fait longtemps que Tallulah ne nous a présenté personne…Je suis trop vieux pour taper des crises de nerfs, et je sais que j'ai été bien trop loin dans la « surprotection paternelle » lorsqu'elle avait 17 ans. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'elle n'avait pas besoin de moi pour se payer quoi que ce soit, quand elle participait aux courses, qu'elle prenait le train sans se faire accompagner et… que ne parlait qu'à toi.

-Oh non, pas ce genre scène…sanglota soudainement Rosalya qui renifla. Soucieux, nous portâmes tous nos regards sur elle, et Leigh vint tapoter affectueusement son dos.

-Elle est sensible en ce moment, expliqua-t-il en riant, attendri.

-C'est pas moi c'est le bébé ! pleura-t-elle en désignant son ventre.

-Oui, voilà…c'est le bébé, rit-il de plus belle.

Je reniflai également, ravalant des larmes qui menaçaient de tomber. C'était rare de voir mon père s'épancher de la sorte et je me souvins pourtant que nos querelles, au début de ma relation avec Lysandre l'eut beaucoup marqué.

-Bref ! Je sais qu'après Lysandre, tu n'as eu que des relations disons…volages et nocturnes !

-On appelle ça des plans cul, Monsieur, intervint Castiel.

-Je sais comment on appelle ça ! beugla mon père en fronçant les sourcils. Tout le monde rit, même Rosa qui se calmait un peu : Tout ça pour dire que je me faisais du souci pour toi, ma chérie, et que je suis soulagée de voir que Lysandre, c'est du passé. (Il s'adressa à Leigh) sans t'offenser ! J'aime bien Lysandre tu le sais !

-Haha, mais oui ! assura le modiste : l'essentiel maintenant, c'est que chacun reprenne sa vie en main à sa façon.

-Voilà ! Comme dit Leigh, l'essentiel c'est que tu saches ce que tu veux dans ta vie, et si Rayan doit en faire partie… (Il sourit à mon petit ami) Qui suis-je pour dire quoi que ce soit ?

-Roh, allez, avoue que t'es content qu'il fasse partie de la famille ! railla ma mère qui s'approchait de Rayan, assis à mes côtés : Bienvenu chez les Loss, mon grand !

-Oh ! J-je… !

Rayan se redressa alors que ma mère lui faisait la bise, ainsi que mon père de qui je vins quémander un câlin.

-J'aurais toujours besoin de maman et toi, souris-je en le serrant fort contre moi.

-Et nous aussi ma fille, on aura toujours besoin de toi… sanglota-t-il. Je m'écartai en le toisant avec confusion.

-Tu pleures papa ?

-N-non ! (Il renifla) Non, j'pleure pas ! (Il pointa le ventre de Rosalya du doigt) C'est pas moi c'est le bébé !

-Eh bah dites-donc, il a bon dos ce bébé ! rit Morgan qui consolait Alexy qui avait également fondu en larmes de son côté.

Nous rîmes tous, la joie au cœur, et il nous fallut un peu de temps pour nous remettre de ce grand moment d'émotions. Rayan discuta avec mon père, tout en décidant de monter ce fameux lit que je n'avais pas encore vu, tandis que j'étais avec ma mère et les autres dans le salon, faisant des allers-retours dans la cuisine, pour ranger la vaisselle, le linge de table et les ustensiles de cuisine. Ma mère m'expliqua aussi, qu'ils avaient repoussé leur séjour pour leur deuxième semaine de vacances, et passer le nouvel an ensemble. Pour ce qui était de Noël, ils avaient ressenti le besoin de m'avoir près d'eux et sans lui mentir, je lui avouai que je me sentais soulagée de ne pas me retrouver seule finalement. Mieux, j'étais ravie de repasser ce genre de soirée avec mes parents.

Pour le reste, tout le monde faisait connaissance avec tout le monde et je surpris même Stephan et Castiel chanter ensemble sur des musiques qu'ils aimaient communément. Sur les coups de 18h, je demandai à Chani s'il n'était pas judicieux de commander nos sushis et tacos tout de suite, pour être sûres d'être livrées à l'heure.

-Mais tout le monde reste ?

-Attends, je demande…fis-je en passant ma tête hors de la cuisine : Hé, Crémaillère ce soir ?

-Moi je vais devoir vous laisser, me prévint Hyun avec un air navré.

-Ton bus, oui c'est vrai ! Tu devais le prendre plus tôt d'ailleurs non ?

-J'ai repoussé l'heure, pour vous aider autant que possible.

-Ow, viens-là !

Me mettant sur la pointe des pieds, je vins étreindre chaudement mon ami qui allait devoir prendre la route afin de rejoindre sa famille pour Noël.

-On se revoit le 26, pas vrai ?

-Mais oui ! Nouvel an ! s'exclama-t-il en secouant ses épaules.

-C'est ça, fait genre tu veux danser, on a encore les vidéos de ta « tic tic tac » ! prévint Priya qui le regardait avec malice.

Mon collègue rougit en se raclant la gorge. J'étais certaine qu'il n'avait pas oublié ce moment gênant de la soirée…enfin, pour lui !

-Alors crémaillère, oui, mais dormir où ? fit Castiel.

-T'inquiète beau rouquin, se ramena ma mère : Tata Lucia a tout prévu !

-Houlà…, fis-je, craignant le pire.

-Je t'avais dit que ta mère n'allait pas passer à côté de la crémaillère, rit Alexy.

-Et nous ? s'outra Catheline : nous aussi on a prévu le coup ! Deux matelas gonflables et Lucia deux également de son côté !

-Trois ! J'ai récupéré celui de ma sœur, (elle s'adressa à Chani et moi) Apparemment vous en avez eu besoin ?

-Oui, pour la peinture, des amis sont venus nous aider, expliqua Chani.

-Il n'y en aurait pas un qui s'appellerait pas Charly par hasard ? glissa sa mère, taquine.

-Maman…rouspéta mon amie, qui rougit.

Je lui donnai un coup de coude amical.

-Chacun son tour !

-Par-contre, hum…intervint timidement Morgan : Je vais devoir rentrer au dortoir ce soir, j'ai un train de bonne heure demain matin, et mes valises sont dans ma chambre…

-Je rentrerai avec toi, assura Alexy.

-Ne te sens pas obligé, fit le brun, semblant embarrassé.

-Il ne va pas te voir avant le nouvel an, laisse-le rentrer avec toi, souris-je : Mais vous restez pour quelques verres quand même ! exigeai-je.

-Bien sûr, ma puce ! s'enjoua Alexy qui trotta jusqu'à moi pour embrasser ma joue. Je souris de toutes mes dents, comblée.

Finalement, allaient rester, nos parents à Chani et moi, Castiel et Priya et Stephan. Quant à Rosalya et Leigh, ils resteraient le temps du repas et quelques heures de fête avant de rentrer chez eux, ils devaient s'occuper de la boutique.

-Et ton professeur particulier ? Il reste ? plaisanta Stephan.

-Ah mais il a intérêt en fait…menaçai-je en traversant le couloir pour me rendre dans ma chambre.

Je poussai la porte déjà entrouverte, entendant les deux hommes parler entre eux.

-Rayan, dis, tu restes ce soi-

D'un coup de pied, mon père claqua la porte et je manquai me la prendre dans le nez.

-Hé !

-Attends encore un peu ma puce, on termine avec le lit !

-Non mais faut pas trente ans pour un lit ! m'outrai-je : Et je veux demander quelque à Rayan, je peux où c'est définitif, tu l'embarques avec toi ?

Aussitôt, j'entendis mon amant lui dire qu'il revenait avant d'ouvrir légèrement la porte et de se glisser dans l'entrebâillement, un peu décoiffé, mais souriant.

-Ça va ? me fit-il : On a bientôt fini.

-D'accord…mais c'est quoi comme lit là pour que ça mette plus de quatre heures ?

-Tu ne vas pas être déçue ! m'assura-t-il.

-Mais il ne prend pas beaucoup de place… ? m'inquiétai-je.

-Du tout ! C'est comme s'il n'était pas là ! gloussa-t-il.

Je grognai avec scepticisme…je redoutai un peu le duo qu'allaient former mon père et lui, dans un avenir proche. Passant outre, je vins agripper ses hanches et plongea un regard charmeur dans le sien.

-Dis…tu restes là cette nuit, pas vrai ?

Rayan haussa les sourcils, surpris au premier abord mais son sourire afficha son intérêt pour ma question, semblant séduit.

-Cela va déprendre d'où je vais dormir et avec qui…susurra-t-il en venant embrasser ma joue.

-Je suis sûre que le canapé est confortable !

-Vilaine, pouffa-t-il en faisant mine de me repousser.

Je ris avant de me recoller contre lui.

-Crémaillère ce soir, (je lui fis un clin d'œil) ce soir t'es à moi, pour moi, avec moi !

-Très bon programme, ricana-t-il : Bon, je retourne avec ton père. (Il m'embrassa chastement) On vient te chercher quand tout est prêt, mais tu n'triches pas tu ne regardes pas ! me prévint-il en prenant un faux air sévère.

-Promis ! dis-je en plaquant mes mains sur les yeux tout en faisant demi-tour pour rejoindre le salon. Je me pris un mur : Ouais bon, je vais garder les yeux ouverts, hein…

J'entendis mon aîné glousser avant de s'engouffrer dans la chambre avec mon père. Quand je revins avec les autres, avec Chani on leur assura qu'ils avaient fait suffisamment d'efforts pour nous deux et qu'on les remerciait de tout cœur pour leur aide.

-Mais maintenant, on va tous se détendre bien tranquillement ! s'enjoua mon amie que je vins étreindre par derrière.

-Qui veut boire quoi ce soir ? demandai-je.

-Ah ! Pas le choix, faut faire avec ce qu'on a ramené, s'exclama Emma qui nous présenta une glacière pleine de bières, de rhum blanc, de jus de fruits en tout genre, de thé glacé, de whisky, de gin, de tequila et de limonade.

Tout le monde leur porta un regard sidéré.

-On…est du genre à aimer faire la fête, dans la famille, s'expliqua Chani qui rougit légèrement.

-Il y a-t-il un jus de fruit qui te fait envie ma belle ? proposa Catheline à Rosa qui fut touchée par l'intention.

-Oh, un thé pèche s'il vous plaît, sourit-elle.

-Ce soir, tout le monde se tutoie, exigea ma mère : Et les deux amoureux, ils s'en sortent avec ce lit ? s'impatienta-t-elle avant d'aller chercher mon père et Rayan : Chéri ? Ouvre, c'est moi !

Curieuse, je me cachai derrière le mur et vit seulement ma mère qui entrait dans la chambre. Je sentis une main se poser sur ma hanche, alors qu'une tête s'appuyait sur mon épaule gauche.

-Tu paries combien qu'ils lui font des misères à ton chéri… maronna Stephan, l'air faussement sérieux.

-Arrête, connaissant ma mère, elle part parfois dans de ces délires…

Mon ami me prit les mains et m'incita à lui faire face. Puis, m'adressant un sourire aux lèvres il dit :

-Tu vois, ça va quand même mieux maintenant que c'est dit, non ?

-Oui…Je crois, qu'il en avait plus besoin que moi en fait, murmurai-je plus pour moi-même que pour Stephan.

Soudain, on me héla depuis ma chambre. C'était Rayan, qui, semblant surexcité, trotta jusqu'à moi, me prit par la main en disant aux autres qu'il « m'empruntait » un petit moment.

-Houlà ! Plan à 4 avec les parents ! beugla Stephan qui arracha des rires de la part des autres.

-Dégueu…pas avec les parents…grimaçai-je.

-Mais t'es bête ! soupira Rayan non sans glousser : ferme les yeux, j'te guide.

-Pour le peu de chemin qu'il y à faire…

-Tsk ! pesta-t-il d'un claquement de langue.

-Ça va, ça va ! J'ferme mes yeux…

M'exécutant donc, je plaquai une main sur mes yeux et tins celle de mon petit ami de l'autre qui me guida jusqu'à la chambre. Je savais qu'on y était car aucun chauffage n'était encore branché, et qu'il faisait -50 dans la pièce. Je frissonnai. Rayan lâcha ma main, me dit que je pouvais ouvrir les yeux et passa un bras autour de moi pour me ramener à lui.

-Surprise ! s'enjouèrent mes parents en me présentant une sorte de meuble module, comprenant un bureau qui faisait l'angle d'une large bibliothèque qui était reliée à une sorte de plaque en pin brut et blanc qui ressortait avec le vert d'eau foncé du mur où ils l'avaient placé. Au pied de cette plaque, se trouvait un canapé deux places.

Je souris, émerveillée par la beauté du meuble mais je restai crispée, et surtout très confuse car je ne comprenais pas bien l'idée. Où était mon lit ?

-T'es sans voix ?

-Oui…et sans lit, constatai-je en m'approchant du meuble, éclairé par la lumière artificielle de ma chambre : J'comprends pas…loin de moi de vouloir passer pour une ingrate, hein…mais on avait parlé d'un lit, pas d'un nouveau bureau et d'un canapé…

-Chérie ? sourit mon père et ma mère vint presser le haut de la plaque, qui vint se rabattre sur le canapé qui s'évanoui en dessous, pour laisser place à un lit escamotable.

Ma mâchoire s'en décrocha.

-Mais vous êtes fous ! Un lit escamotable, mais ! Bon sang, c'était mon rêve de gosse ! Mais bon sang, le gain de place de malade que les gens pourraient avoir s'ils décidaient se fabriquer ce genre de meuble ! Mais bon sang quoi !

-Haha, ça fait trois fois que tu le dis ! rit Rayan qui m'incita à m'asseoir sur le matelas : On a eu le malheur de s'y installer avec ton père, on a mis trois plombes avant de ses relever.

-C'est pour ça que vous mettiez du temps ? plaisantai-je en venant prendre place. Depuis de longues heures, c'était la première fois que je m'asseyais et je devais bien admettre que j'étais claquée, sûrement comme tout le monde en fait.

Je me laissai choir sur le dos, les bras en croix et soupirai d'aise. Ah…il couine pas trop on dirait. Je souriais littéralement comme une idiote alors que j'eus laissé mon esprit vagabonder l'espace d'une seconde. J'eus un ricanement nerveux.

-Pourquoi tu te marres ? questionna mon père et je partis dans un fou rire très nerveux qui me fit rougir.

-Houlà, j'en connais une qui est sacrément fatiguée, renchérit ma mère qui eut du mal à retenir son propre rire.

-Quand j'vous dit qu'elles sont folles ces deux-là ! gloussa mon père : Bon ça te plaît ?

-Oui ! parvins-je à dire entre deux éclats de rires. Je finis par me rouler sur le côté, le visage aux creux de mes mains pour essayer d'atténuer ma crise, mais rien à faire, j'étais partie !

-Je pense à ça aussi, quand j'essaie un lit avec ton père, lâcha ma mère qui arracha un rire offusqué à Rayan.

Je repartis de plus belle, les larmes aux yeux avec ma mère et mon petit ami qui comprit enfin. Quant à mon père, il mit du temps, mais ça finit par percuter et il soupira derrière son sourire embarrassé.

-J'vous jure… (Il leva les yeux au ciel) Vous serez priés de ne pas tester la sonorité du lit cette nuit, merci… dit-il, d'une voix nasillarde en jetant un coup d'œil à Rayan qui secoua la tête non sans rougir.

Nous fûmes rejoints par les autres, alertés par nos rires tandis que nous eûmes laissé la chambre ouverte. Après celle de Chani qui fut visitée toute la journée, ce fut au tour de ma grotte privée d'être complimentée. J'ouvris mes bras pour accueillir Chani, qui se lova contre moi et aussitôt, nos parents prirent une photo de nous. Cela fini en un selfie de nous tous, avec un Hyun qui partit presqu'aussitôt la photo prise, après que je lui eus fait de derniers câlins.

Plus tard, nous nous retrouvâmes tous au salon, des verres à la main, discutant joyeusement tandis que mon père essayait d'installer son disque dur sur ma PS4. Apparemment, il avait dans l'idée de nous montrer quelque chose et je craignais savoir ce que c'était.

-Bon, je crois que je vais aller chercher directement les sushis au restaurant, hein ! prévins-je en partant chercher mon manteau.

-Hein ? On se fait pas livrer ? demanda Chani qui sortait son portable pour commander les tacos.

-Tu n'y échapperas pas, ma fille ! rit mon père avec machiavélisme.

-Il se passe quoi ? s'interrogea Priya : ça sent comme le gros coup monté, je me trompe ?

-A peine, Philippe nous a déjà fait le coup, renchérit Stephan : On va avoir le droit au petit cul de bébé de Tallulah.

-M'en fou je vais acheter les sushis.

-Mais…ça n'empêchera pas qu'on te verra, nous, souligna Rayan.

-Tu connais le « J'te vois pas donc tu me ne vois pas ! » bah là c'est pareil, « je ne vois pas donc vous ne voyez rien ! », expliquai-je une tantinet puérile.

-J'vous coupe ! intervint Chani, très sérieuse : On va effectivement devoir se déplacer. Ils ne livrent pas de ce côté-ci de la ville.

-Sérieux ? On est si loin du campus ?

-Cela ne fait pas longtemps que le réseau de livraison est apparu ici, faut laisser le temps aux choses de se faire, fit remarquer Leigh.

-Oh ! (Je pris un air dramatique) N'ayez crainte, je me sacrifie pour vous ! Non, non ! Ne me remerciez-pas, je sais que c'est dur, mais ayez confiance mes amis, je nous ramènerai de quoi nous sustenter !

-Eh mais arrête la bière tout de suite, toi ! me coupa Castiel qui haussait un sourcil intrigué non sans rire à ma bêtise.

D'un ton plus sérieux, Rayan me dit que je n'irais pas dans les rues toute seule et qu'il venait avec moi. Tout le monde acquiesça et promit de nous attendre pour le « moment de la honte » bien que je susse que mon père ne tiendra pas cinq minutes, maintenant qu'il avait eu cette idée. Nous précommandâmes tout de même par téléphone à chacun des restaurants, et ils nous assurèrent que dans trente minutes tout serait prêt pour les tacos, et il fallait compte dix minutes de plus pour les sushis. Avec Rayan, nous calculâmes le temps que nous allions avoir pour faire le trajet, et nous décidâmes de faire le chemin à pieds, tranquillement et cela me séduisit grandement.

Nous n'avions pas eu le temps d'avoir un moment à nous, même après la révélation faite à mes…mon père du coup, comme Castiel avait gaffé auprès de ma mère.

-Bon, à plus tard !

-Soyez prudents !

Main dans la main, nous dévalâmes les escaliers -que je commençai déjà à maudire- puis nous prîmes la direction du restaurant de tacos, avec l'aide de mon portable pour afficher le trajet sur la MAP. A côté de moi, mon aîné lâcha un long soupire de bien-être.

-On se les gèle et toi t'es content ?

-Mais non, rit-il en venant embrasser ma tempe : Mais je suis soulagé…vraiment, je crois que j'avais besoin de me sentir accepté par tes parents. De m'assurer de ne pas être un sujet de conflit pour vous trois.

-Je savais que ça ne se passerait pas comme à mes 17 ans. Mais je craignais…que ça aille trop vite pour toi, et finalement, j'ai l'impression qu'on aurait dû commencer par ça. (Je souris) Je te sens…soulagé, comma tu dis.

Hésitant, j'osai tout de même lui demander :

-Est-ce que… la famille de Dana, savait pour toi ? Pour vous deux ?

-Non, m'avoua-t-il d'une voix sourde : enfin, ils l'ont su quand la presse locale s'en est mêlée et que sa carrière de chercheuse en a pris un coup. (Il se pinça les lèvres) Je n'ai jamais…enfin, personne ne m'a jamais…

-…officiellement considéré comme un petit ami ? terminai-je pour lui.

Rayan hocha la tête.

-Ce qui est paradoxale avec le fait que je trouve ça pourtant important… Je suis loin d'être si vieux jeu que ça, mais je sais pas, j'ai tellement été fier de mon frère, qui, né à une époque tellement intolérante face à l'homosexualité, a su présenter si ouvertement Léon à toute la famille, c'était un moment marquant pour moi. (Il s'autorisa une pause et reprit, plus timide) J'ai…toujours admiré mon frère pour son assurance et sa grande franchise. Je suis plus jeune, je voulais tellement prendre exemple sur lui, pouvoir parler de ma vie privée avec tant d'aisance à mes parents, se montrer presque autoritaire sans être blessant… « Je l'aime et ça ne changera pas ! » nous a-t-il dit. (Rayan baissa les yeux, un sourire triste sur les lèvres) Pourtant… j'ai fait tout le contraire, et je l'ai regretté. J'ai regretté, de ne pas avoir parlé de Dana plus tôt à mes parents.

Paisible et éloigné du monde de la grande place où s'animait le marché de Noël, nous trouvâmes un banc sur lequel nous nous installâmes un instant, assis de biais, pour se faire face autant que possible. Notre cuisse touchait celle de l'autre, ainsi que nos épaules alors que nos mains se tenaient encore.

-Avec toi, je n'ai pas hésité, reprit-il, plus solennel : J'en ai certes, d'abords parlé à mon grand-père, mais j'étais prêt, c'est surtout ça qui m'a surpris et qui me surprend encore aujourd'hui.

-Peut-être…que m'avoir parlé de ton passé, t'a un peu aidé ?

-Sûrement, fit-il en opinant du chef : Avant toi, je n'ai jamais parlé à personne de Dana. Mes amis… étaient déjà au courant et ma famille également. Je n'avais pas besoin de m'épancher, tout le monde savait pour notre histoire…

-Ils connaissaient la forme mais pas le fond. Et surtout…ils ne pouvaient pas se mettre à ta place. Même moi j'ai du mal quand j'y pense…, lui partageai-je en venant prendre son visage en coupe pour coller son front au mien.

Rayan ferma les yeux, un petit sourire aux lèvres et je me dis qu'il profitait de la chaleur de mes mains.

-Rayan, l'appelai-je dans un souffle tendre : Tu n'as pas à douter de ce que je ressens…Tu n'as plus besoin de t'interroger.

-Je voulais… simplement te préserver en m'effaçant le plus possible mais j'ai fini par m'inquiéter bêtement. (Il baissa la tête et mes doigts plongèrent dans ses boucles) Je suis vraiment désolé d'avoir lu ta lettre. J'ai eu beau faire la morale à Melody je ne suis pas mieux qu'elle…

-C'est faux. Le geste n'est pas beau, mais l'intention n'est pas la même. Tu ne devais rien à Melody, et en soit…je reste aussi libre de mes pensées et de mes choix, mais je te dois de l'honnêteté, et je me dois de te soutenir autant que tu me soutiens.

-Et tu me soutiens plus que tu ne le penses ! s'emporta-t-il, sans pour autant pouvoir relever la tête.

-Oui…peut-être, mais je n'ai pas su comprendre plus tôt que tu avais besoin d'entendre plus de mots que de recevoir de gestes. Et les mots, quand il s'agit de ce qu'il y en moi… (Je me pinçai les lèvres) Tu as compris à tes dépends que ce n'était pas une tâche facile pour moi. Et j'ai l'impression qu'il manque encore quelque chose…

Curieux, la voix étouffée dans mes bras alors que je venais l'étreindre tout contre moi, Rayan me demanda ce qu'il manquait, lui, qui, aujourd'hui, venait de vivre l'un des moments qu'il eut le plus attendu dans sa vie. Qu'on le reconnaisse…Qu'on reconnaisse son amour…Et qu'on l'accepte pour l'amour qu'il donnait en faisant abstraction de l'image que cela présentait…

Je déglutis, pris une profonde inspiration alors que je fermai les yeux, le visage niché dans ses cheveux bruns. J'étais certaine qu'il pouvait entendre mon cœur battre tant mon pouls s'était emballé dans ma poitrine.

Nous fûmes bercés par les ronrons du trafics alentours, aussi faible fut-il, vu l'heure qu'il était, couplé au brouhaha du marché, qui partageait rires, cris d'enfants et comptines de Noël. Le sapin de la grande place brillait de mille feux à l'inverse des étoiles que nous ne pouvions pas contempler ce soir.

-Je t'aime.

Le temps sembla se suspendre autour de nous. Je n'entendis plus rien d'autre que mon cœur qui pulsait contre ma tempe, le sien qui semblait vouloir se réfugier contre mon giron. Lentement, comme partagé entre la peur et la fascination, Rayan redressa la tête pour venir planter ses grands yeux anis dans les miens. Puis, une vague d'émotions traversa son regard qui scintillait sous les guirlandes de la place. Doux, son sourire se fit. Aimant, son regard fut sur moi. Serrée, sa voix sembla :

-Je t'aime, Tallulah.

Soufflant un rire, je souris, plus émue que je ne le crus d'entendre de tels mots. On avait pourtant l'habitude de l'entendre. Par notre famille, nos amis…Pourquoi cela devait-il se montrer si fort quand il s'agissait de l'être aimé ? Comment trouver la réponse ? Pouvait-on mettre un frein à cette joie presque folle qui m'envahissait ? Si oui alors je ne voulais pas, non, moi je voulais continuer de ressentir ça encore longtemps.

-Je t'aime aussi, Rayan. Je t'aime aussi…

Avec lui.

A suivre…