[Petit mot d'avant lecture: Coucou :) ! Dans ce nouveau chapitre, nous terminons le déménagement de Tallulah et Chani mais surtout, nous rencontrons la famille de Rayan ! Je vous laisse la découvrir, et je vous souhaite une bonne lecture !]
Rayan
Tenant chacun dans sa main libre les sacs où se trouvaient nos repas pour la soirée, Tallulah et moi n'avions pas dénouer nos autres mains que nous aimions savoir jointes et au chaud, l'une contre celle de l'autre. Mon regard n'avait eu de cesse de se poser sur elle tout au long du chemin du retour. Parfois, quand elle s'en rendait compte, elle haussait curieusement un sourcil me demandant si tout allait bien, le sourire aux lèvres. « Tout va bien » Lui répondais-je alors, le cœur battant à tout rompre dans ma cage-thoracique.
Puis, je repartais suivre le courant de mes pensées. Je frissonnai encore…par le souvenir de la profondeur de sa voix qui me confiait ces mots que j'eus ardemment espérés d'entendre depuis ce fameux soir…depuis la nuit des Géminides. Je n'eus fait qu'espérer, en me montrant patient, mais surtout en m'imaginant des problèmes qui eurent finis par avoir raison de ma confiance en moi.
Tallulah, eut déjà si mal vécu son début de relation avec Lysandre, à cause des disputes que cela engendra entre son père et elle. Je ne voulais pas m'imposer. Finalement…ça me faisait paniquer plus qu'autre chose, et de la voir entourée de tant de personnes de son âge, qui la comprenaient aussi bien que moi au vu de notre relation si…Nouvelle ? L'était-elle encore ? Nous venions de passer un cap important, nous ne vivions plus dans la nouveauté de nos sentiments, et encore moins dans l'euphorie d'un début de relation. Enfin, nous tentions de prendre en considération ce qui nous entourait. Nous ne répétions plus « on fera avec », « on avisera », non…Nous pensions plus concrètement aux conséquences que pouvait avoir notre relation sur nous même plutôt que de nous soucier des celles que cela pouvait avoir sur les autres et les avis qui en ressortirait.
Nous fîmes semblant que cela ne nous toucherait pas, pourtant, chacun de notre côté nous pansions les plaies de l'autre en apaisant ses doutes et séchant ses pleurs. « Le directeur m'a dans le collimateur » Nous le savions…que le directeur tenait plus que tout à la réputation de son établissement, et même s'il existait autour de nous, des femmes comme Hélène Paltry ou des hommes comme Philippe qui ne se souciaient ni de notre écart d'âge ni de notre différence de statut scolaire, il y en avait pour qui cela comptait encore.
Nous savions, que ça n'irait pas bien tout le temps avec le monde.
Mais tant que ça irait pour nous deux.
Alors tout irait bien.
« Je t'aime. »
Mon cœur en rata un battement avant de repartir de plus belle en dégageant à chaque pulsation, une vague de chaleur qui embrasait mon âme au cœur même de cette nuit d'hiver. Car oui, enfin, ce soir nous étions réellement en hiver. Pourtant en moi, c'était bien le printemps qui me submergeait de joie et d'une douce fraicheur.
De retour à l'appartement, nous fûmes accueillis par des estomacs sur pattes qui s'esclaffaient devant l'écran de la télévision.
-C'est pas vrai, soupira ma chérie en levant les yeux ciel : Je savais qu'il commencerait sans nous…
-Bah alors Crachouille, comme ça on voulait doubler des films ? rit Priya qui semblait, comme tout le monde, bien profiter de la soirée.
L'ambiance nous fit sourire et, participant à la convivialité nous apportâmes les repas sur la table. Au passage je jetai un coup d'œil à la télévision où je pus voir une Tallulah miniature, qui, face à un vieux poste de télévision, s'amusait à reprendre les répliques d'un film qu'elle semblait connaître sur le bout des doigts.
-Mais non…cachez-moi ça ! marmonna-t-elle en cachant son visage rouge de honte d'une main.
-T'en cache pas ma belle, c'est adorable ! rit Catheline, la maman de Chani.
-Tu veux toujours faire du doublage ? s'étonna Stephan.
-Non…gloussa Tallulah : C'était un délire de gosse.
-Ça veut rien dire, regarde, ton intérêt pour la décoration d'intérieur, au début on pensait tous que c'était un délire de « gosse » comme tu dis ! Mais ça ne t'a pas quitté, souligna Philippe qui, à l'instar de sa fille, je crus comprendre qu'il partageait un véritable amour pour l'art décoratif.
Je me souvins alors de la première chose que Tallulah eut dit une fois qu'elle découvrit que son lit était escamotable. D'emblée, elle eut pensée au gain de place de la pièce. « Un rêve de gosse ! » eut-elle crié.
-C'est vrai, quand on a décidé de peindre les chambres, elle a bien failli nous faire tout un cours sur l'influence de l'art décoratif dans notre société ! renchérit Chani.
-C'est vrai que l'architecture est le cours qui t'intéresse le plus, ajouta Stephan.
A les entendre évoquer l'intérêt de ma cadette pour l'art décoratif et l'architecture, cela me fit me souvenir de notre premier rendez-vous au cinéma, et de la conversation que nous eûmes au sujet de l'évolution des bâtiments de divertissement audio-visuel. Ce n'est pas qu'un simple intérêt…songeai-je en la toisant avec sérieux et un brin de curiosité. C'est bien une passion.
Sachant qu'évoquer ses projets d'avenir était plutôt sensible, je passai outre et, écoutant l'appel de mon estomac qui ne fut pas tout à fait satisfait du repas de ce midi, je réclamai qu'on se serve tous. Avec Tallulah, nous nous étions pris un plateau supplémentaire que nous eûmes partagés à deux. Castiel tenta de piquer un de nos sushis, mais il eut bien compris, au vu de mon regard d'affamé, qu'il ne servait à rien de poser ne serait-ce qu'une baguette sur un maki.
-Mais c'est qu'il me boufferait en plus…
-T'as bien regardé la bête aussi, fit remarquer Rosalya : un corps comme le sien, ça a besoin d'énergie.
-Tu vas à la salle ? me demanda Philippe.
-Du tout, avouai-je en avalant ma bouchée : Mais j'ai fait de l'athlétisme. Cela étant, je dois reconnaître qu'on tient bien à table dans la famille.
-C'est ma fille qui fait rachitique à côté de toi, gloussa Lucia qui nous filmait tous depuis un moment. Apparemment, les Loss avaient l'habitude de filmer leurs soirées et repas de famille. Un autre camescope était installé sur le bord de la cheminée pour avoir une vue d'ensemble.
Assise à côté de moi, Tallulah me scruta curieusement puis, vint comparer la largeur de sa cuisse avec la mienne, pour ensuite comparer nos poignets. Elle eut un ricanement nerveux avant de se remettre à manger.
-Je vais devoir retrouver Kim à la salle, baragouina-t-elle.
-Soigne ton épaule avant, lui-dis doucement : pareil pour le self-defense, pas avant que ton épaule soit guérie.
Pour toute réponse, elle me sourit avant de venir m'embrasser du bout des lèvres. Nous eûmes le droit à des exclamations attendries, et à une « c'est dans la boîte ! » de Lucia qui nous eut pris en photo. Me pinçant les lèvres, je détournai le regard, un peu gêné mais très heureux d'avoir été ainsi accepté par les parents de Tallulah.
Je ne lui eus pas menti, tout à l'heure quand j'eus dit que c'était important pour moi… Et elle me comprit mieux que je ne le crus. Et le pire dans tout ça, était qu'elle se sentit coupable de ne pas avoir saisi plus tôt mes craintes alors que plus tôt, c'était moi qui avait fauté en lisant une de ses lettres.
Que je pus me trouver laid à cet instant. Et j'eus si peur…d'elle. Je craignais qu'elle me hurle dessus. Pourtant, elle se fut montrée si tranchante et froide que je crus mon cœur se briser pour de bon. Je l'ai déçue, je le sais bien… Malgré tout, elle prit le temps de me comprendre…Elle continua de m'attendre jusqu'à ce que je me montre prêt à lui partager mes insécurités. « Quand elle parle de toi, c'est avec de la fierté dans les yeux… » m'eut dit Hyun lorsque je lui avais fait part de ma jalousie vis-à-vis de la situation tellement plus avantageuse qu'il aurait pu offrir à Tallulah si elle avait été amoureuse de lui. Si seulement j'étais né dix ans plus tard… m'étais-je dit. Si seulement je n'avais pas écouté mon cœur et pas suivi ma passion pour les recherches et l'enseignement ! m'étais-je reproché.
Mais cela n'avait plus d'importance. Cela, n'en avait jamais eu aux yeux de Tallulah. Et j'en fus sûr, lorsqu'elle dévoila à ses parents, la nature de notre relation, avec cette flamme et cette droiture dans le regard. « Quand elle parle de toi, c'est avec de la fierté dans les yeux… »
Je me sentais aimé.
Et ça n'a pas de prix.
-Rayan ? m'interrogea ma cadette dans un souffle curieux tandis que je m'étais encore perdu dans une longue contemplation de sa personne.
-Tout va bien, lui assurai-je, sincère avant même qu'elle ne me pose la question.
Elle me sourit, semblant heureuse et lova son visage sous mon menton, que je vins poser sur le haut de sa tête. Soudain, nous fûmes plongés dans le noir total.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Alexy : Une panne de courant ?
-Oh bon sang Tal' regarde-ça ! s'écria soudainement Chani qui tourna son écran vers ma cadette et moi, en boule dans un coin du canapé, dans les bras de l'un l'autre.
Je la sentis se tendre dans mes bras alors qu'elle lisait l'heure que nous montrait Chani.
-Oui, il est 21h et alors ? Monsieur Castillon n'a jamais parlé de coupure de courant à heure fixe, il a juste dit que les fusibles étaient sensibles.
-Rassurant… grogna Philippe.
-Mais tu ne comprends pas…on est quelle date aujourd'hui.
-Bah…Vendredi 21 ?
-Et notre appartement, c'est le numéro combien ?
-Le… (Tallulah déglutit bruyamment) …21 ?
-C'est les trois coups du Diable ! s'écria soudainement notre petite camarade qui en fit sursauter Tallulah de qui je me reçus un coup de tête dans le menton.
-Noo—ooon ! hurla-t-elle en se dégageant de mes bras.
-T-Tallulah, calme-toi ! tentai-je en essayant de la rattraper alors qu'elle allait glisser du canapé.
-Et le déménagement a principalement eu lieu dans le chapitre 21 de notre histoire, pas vrai ? renchérit Leigh.
-Oh ! 4 coups du Diable, Tal' !
-En voyageant au Japon pour mon travail, j'ai appris que le chiffre 4 était un signe de malheur là-bas, car il se prononce de la même façon que le mot « mort », surenchérit Philippe.
-Arrêtez ! beuglai-je alors que ma petite amie crevait de trouille. S'ajouta Alexy qui ne semblait pas plus à l'aise que sa meilleure amie.
-Morgan, on s'casse d'ici ! chouina-t-il.
-B-Bouge pas il fait noir !
-Mais comment font-il dans ce cas ? Demanda Rosa.
-Taisez-vous ! pleura Tallulah qui s'enfuit de mes bras et du canapé pour aller Dieu sait où.
-Ils évitent le plus possible le 4e étage de n'importe qu'elle immeuble, pire, ils retirent volontairement le chiffre 4 de certains immeubles et hôpitaux. Je suis tombé malade là-bas, et il faut savoir qu'il n'y pas vraiment de cabinet privé comme chez nous, il faut directement aller à l'hôpital. Je devais me rendre au 6e, et, dans l'ascenseur, le 4 était manquant sur le bouton correspondant.
-Je confirme, intervint Priya : j'ai étudié à Tokyo, et j'ai été confrontée à ce mystère. Quand je posais la question, beaucoup de mes camarades de classe me disaient qu'il ne fallait surtout pas parler du 4e étage dans un hôpital.
-J'm'en vais ! s'écria Alexy qui se prit sûrement les pieds dans un carton à l'écoute du bruit que sa chute fit.
-Hé, ça va !? s'inquiéta Morgan.
Du côté de l'entrée, nous entendîmes des pas de courses et une porte qui s'ouvrit avant de se claquer.
-Tallulah attends-moi ! s'empressa Alexy qui courut à son tour s'aidant de son portable pour se guider dans le noir.
La porte claqua à nouveau. J'entendis Morgan soupirer et remercier avec sarcasme les troubles fêtes qui avaient volontairement continués leurs histoires de terreur pour effrayer nos deux froussards.
-Je ne sais pas comment est Alexy, mais il est hors de question que j'approche Tallulah. Elle est du genre violente quand elle a peur ! ricana Stephan.
Même dans le noir, je pouvais sentir les regards se poser sur moi. Je soupirai. Ce n'était pas tant aller la réconforter qui m'inquiétait, mais plutôt, ses réactions. Comme l'eut souligné le comédien de music-hall, ma cadette était du genre…agressive une fois qu'elle baignait dans la peur.
Et je dus bien avouer que leurs histoires de chiffre 4 et 21 m'eurent bien collé les j'tons aussi. Ce fut donc accompagné de Morgan que je retrouvai ma petite amie, assise dans le couloir dans les bras d'Alexy, sur la première marche de l'escalier.
Je le gardai pour moi, mais je trouvai inquiétant que la lumière s'active dans le couloir, mais que l'appartement de Tallulah et Chani soit toujours dans le noir. Morgan examina les lampes à détection de mouvements et croisa mon regard, aussi sceptique que moi et je compris qu'il eut également remarqué le phénomène.
-Pas un mot…
-Compte sur moi…
En douceur, comme si nous approchions deux lapereaux sauvages, nous les appelâmes et ils tournèrent leur tête par-dessus leur épaule d'un geste synchronisé et l'air tout à fait stupéfait mais défiant.
-La lumière va revenir, allez, ne restez pas là vous allez attraper du mal avec ce froid, fit Morgan qui passa ses bras sous les esselles de son amant. Mais il refusa catégoriquement de remettre un pied là-bas.
-Tal', t'es pieds-nus et en débardeur…viens, lève-toi…
-JE NE VEUX PAS Y RETOURNER ! s'écrièrent-ils ensemble.
Et ce fut dans cet état d'esprit, qu'Alexy partit avec Morgan rejoindre le dortoir de la fac, une petite heure après avoir réussi à les ramener, lui et Tallulah, dans l'appartement avec tout le monde, et que cette dernière partit se coucher, sur les alentours de 2h du matin, après un bon moment de fête avec le reste du groupe, hormis Leigh et Rosa qui partirent un peu après Alexy et Morgan.
Je l'aidai à faire son lit au matelas complètement nu, tout comme le reste de ses oreillers. Puis, nous nous rendîmes dans la salle de bain ensemble, pour gagner du temps pour le brossage de dents. Ma cadette en profita pour retirer le pansement sur sa tempe. Sa plaie s'était refermée, et les points de sutures étaient tombés d'eux même. Il ne restait qu'un énorme bleu et une bosse qui désenflait doucement mais sûrement. Les marques à ses poignets avaient presque disparu eux aussi. D'ici la fin de l'année, sa peau redeviendrait comme avant…
Il ne restait plus qu'à aider son cœur et son esprit à reprendre un courant de vie, normal, sans appréhension ni concession. Ce n'était pas parce que les rues pouvaient être dangereuses que Tallulah se devait de ne plus s'y rendre.
Me souvenant de la réticence qu'elle avait à chaque fois que nous prenions le bus, même ensemble, je savais qu'il y avait encore du travail sur sa reprise de confiance en soi.
Penaud, je vins embrasser sa joue, alors que j'avais la bouche pleine de mousse de dentifrice. Tallulah m'eut donné une brosse neuve qu'elle gardait dans son stock. Les autres assurèrent qu'ils feraient sans pour cette nuit et qu'ils étaient trop crevés de toutes façons. On pouvait entendre le bruit des pompes électriques des matelas gonflables.
-Très mignon, dit-elle en examinant la mousse sur sa joue devant le miroir : un peu collant mais très mignon !
Après quelques taquineries nous laissâmes la place aux autres et partîmes aider ceux qui en avait besoin.
-On a apporté ton radiateur soufflant, ma chérie ! prévint Lucia à sa fille à qui elle donna un petit appareil qui ressemblait d'emblée à un ventilateur, mais pour diffuser de la chaleur.
-Oh, cool, il fait froid de mon côté, je suis plus éloignée du salon…
-J'avoue que je sens quand même la chaleur, dit Chani : Enfin, si je laisse la porte ouverte.
-On en a apporté deux autres, qui ne nous servaient à rien et qui prenaient la poussière dans le garage informa Emma : Prends en un pour cette nuit, puce, nous on va se brancher celui-là près du balcon, pour chauffer à côté du lit de Castiel et Stephan.
-Priyou dort où ? s'inquiéta ma chérie qui regardait les garçons faire du catch sur leur matelas, pour savoir lequel des deux dormirait près du chauffage : mais quels gamins…
-Avec Chani, sourit l'indienne, elle veut bien tolérer ma présence dans son antre sacrée !
-Haha, ça sonne bien pour la chambre de Chani, s'amusa Catheline.
-Bon allez, bâilla ma cadette qui se plaquait contre moi : dodo ?
-Dodo, acquiesçai-je en me sentant complètement cassé. Prochaine fois que ma petite amie déménageait je m'assurerai qu'il n'y ait pas 5 étages à monter et descendre 20 fois.
Après avoir souhaité la bonne nuit à tout le monde, je me laissai guider par Tallulah qui tenait son petit ventilateur chauffant d'une main, tandis qu'elle tenait la mienne de l'autre. Nous verrouillâmes la porte, craignant la visite de deux petits malins qui commençaient déjà se faire engueuler par les plus fatigués alors qu'ils continuaient leur cirque sur le matelas gonflable.
-Je crois que Castiel s'est fait un nouveau copain, gloussa ma cadette qui brancha son chauffage à côté de la prise près de la porte d'entrée, qu'elle posa sur une pile de livres qu'elle n'eut pas encore rangés.
-On ne pourra pas dire que tu n'aimes pas lire !
-Non c'est sûr, ricana-t-elle en poussant au loin les cartons qui gênaient le passage. Elle éteignit la lumière principale de la chambre après avoir allumé une petite lampe de chevet qui représentait une branche fleurie en pot. Elle la posa sur l'étagère au-dessus de son lit, et baissa un peu l'intensité pour créer une ambiance tamisée qui me séduisit.
Enjôleur, je lui souris et ouvris mes bras alors qu'elle s'approchait du lit où je m'étais allongé.
-Aïe ! pesta-t-elle en grimaçant de douleur alors qu'elle venait de se prendre les pieds dans ce que je crus être un carton caché : C'est lourd… souffla-t-elle.
En réalité il s'agissait de sa malle à la lanière brisée qu'elle vint poser dans un coin de la chambre, plus loin du lit. Aussitôt, mon cœur se serra alors que je me souvenais à regret de ce que j'avais fait. Lorsqu'elle croisa mon regard, je la vis sourire avec fatigue et elle soupira en me rejoignant au lit.
-Ne te torture pas l'esprit, ce qui est fait est fait.
Je hochai la tête, sans rien dire.
-Hé, m'appela-t-elle doucement alors qu'elle se glissait contre mon torse nu : avec la frayeur que j'ai eue, je n'ai pas besoin d'un dépressif dans mon lit ! plaisanta-t-elle.
-J'suis pas dépressif ! la contredis-je en ricanant : Je suis navré…
D'un geste, elle me fit rouler sous elle avant de se poser à califourchon sur mon basin.
-Et tu as entièrement raison de l'être ! fit-elle avec un air comiquement compréhensif.
-Tu te fous de moi en plus, gloussai-je en nous faisant remuer tous les deux.
La chaleur soufflée par le radiateur commençait à se faire ressentir à cela fit du bien. Tallulah m'avoua que, maintenant qu'elle avait sa propre chambre et de l'intimité, elle pouvait dormir comme elle l'entendait soit, en slip.
-Tu pouvais déjà dormir comme ça chez moi, tu sais…souris-je.
-Non, je craignais trop qu'il y ait un invité surprise. La preuve, l'intervenant anti-parasite s'est pointé comme une fleur en compagnie de ton proprio Mardi !
-Haha, oui c'est vrai.
Alors que je jouai avec l'ondulation de ses cheveux retombant sur ses seins, Tallulah tira la couverture sur nous et éteignit la lumière de la lampe au-dessus de nous. Je nous fis rouler sur le côté, jambes mêlées et bustes collés, et après quelques gestes tendres et mots doux, nous laissèrent la fatigue accumulée de cette journée chargée en émotions nous conduire dans les bras de Morphée.
Je l'entendis sortir de la chambre sur les coups de 6h20 du matin, ce que je trouvai d'incroyablement tôt, vu l'heure à laquelle nous étions tous partis au lit. Ayant mal fermée la porte, je pouvais entendre les puissants ronflements qui provenaient du salon. Un véritable orchestre, c'était charmant ! Me frottant les yeux, et, faisant abstraction de mes multiples courbatures dues au déménagement de la veille, je me levai et, à tâtons, je rejoignis la salle de bain où je vis de la lumière. Je chuchotai :
-Ma puce ? ça va ? Tu prends quand même pas ta douche là, si ?
Impossible pour elle d'être aux toilettes comme elles étaient séparées de la salle de bain… Je ne voyais que l'option de la douche. Posant une main sur la porte pour me maintenir, celle-ci s'ouvrit -sûrement mal fermée auparavant- et me laissa voir une Tallulah à genoux, la tête reposant contre le rebord de la baignoire, une grimace de douleur sur le visage.
Inquiet, je refermai la porte sur moi après l'avoir rejointe dans la pièce.
-Hé… ! Qu'est-ce qu'il y a ? T'as pourtant pas beaucoup bu, tu-
Mon regard se posa sur ses mains, crispées sur son bas ventre. Puis, à côté d'elle, un emballage coloré jonchait au sol, non loin de la poubelle qu'elle dut manquer. Courbant les sourcils, soucieux, je jetai l'emballage et aida ma cadette à se lever. Elle était épuisée, et avec la douleur des crampes, elle ne dut pas pouvoir retourner dans la chambre.
-Attends…souffla-t-elle en se passant une main dans les cheveux.
-Qu'est-ce qu'il y a ? murmurai-je en la voyant ouvrir une boîte en métal que je compris être sa boîte à pharmacie. Je m'accroupis et l'aida à chercher : c'est quoi comme médicament ?
-Du naproxène…
Je fouillai mais ne trouvai rien. Je finis par vider la boîte, la main nerveuse en dégageant tous les médicaments qui ne portaient pas le bon nom.
-Là, fis-je en le trouvant enfin.
Tallulah me tendit simplement la main alors que je sortais la plaquette qui ne contenait plus qu'un comprimé.
-Merde…
-Tu veux que j'aille faire un tour à la pharmacie ? Elles ouvrent à quelle heure dans le coin ?
-Laisse-tomber, Rayan, c'est un médicament sur ordonnance.
Je fis claquer ma langue contre mon palais, avant de l'aider à se pencher sur le lavabo pour prendre de l'eau avec son médicament. Prenant une profonde inspiration, elle se retourna et me sourit, l'air un peu groggy et les cheveux encore en bataille. Je pouffai, compatissant, et lui dis qu'aujourd'hui, on ferait tous la grâce-matinée.
-Toi, si tu veux mais moi je dois aller bosser, t'as oublié ? (Elle poussa sa boîte à pharmacie du pied) d'ailleurs je vais finir par être en retard, je n'ai pas entendu mon réveil.
-Quoi ? Tu vas bosser dans ton état ? m'outrai-je, dans un fort chuchotement.
-Le café ne va pas s'ouvrir tout seul, et Hyun n'est pas là, il a pris ses vacances.
-Et toi ?
-Moi je bosse jusqu'au 24… Ensuite, la café et fermé jusqu'au 7 Janvier…(elle rit) Clémence s'est prévue des petites vacances au Texas.
-Je viens, déclarai-je en tirant le rideau qui entourait la baignoire.
-Au Texas ?
-Au café ! Tu ne vas pas faire le servie toute seule.
-M-Mais…Clémence ne-
-J'ai déjà aidé des amis qui étaient serveurs, comme toi, pour payer leur loyer, ricanai-je : Les patrons sont toujours contents d'avoir des mains supplémentaires à ne pas payer.
Penchant sa tête sur le côté avec un air aussi attendri que blasé, mon amante me sourit et déclara que j'étais l'homme le plus adorable du monde. Souriant de toutes mes dents, je pris un air évident :
-Tu ne le remarques que maintenant ?
Secouant la tête en souriant, Tallulah me prévint qu'elle alla chercher mes affaires dans sa chambre et me montra où se trouvaient ses nécessaires de douches et ses serviettes de bain. Je pris une douche expresse, autorisai ma chérie à me rejoindre alors qu'elle apportait mes fringues et que je m'essuyai. A son tour, elle prit une douche et, une fois habillée, elle prit son sac, ses clés, laissa un mot pour prévenir les autres que je partais travailler avec elle et nous filâmes au café en prenant sa voiture.
Même si nos places étaient inversées par rapport à d'habitude, nous gardâmes notre coutume de changer les vitesses ensemble, les mains nouées. Par des coups d'œil discrets, je vérifiai qu'elle aille bien. Comme toujours, elle ne laissait rien transparaître, si ce n'était quelques rictus agacés qui disparaissaient presqu'aussitôt.
-T'es de fermeture ?
-Non, Clémence doit s'en charger à la place de Hyun, m'assura-t-elle avant de venir embrasser le dos de ma main : Pourquoi ? sourit-elle : Tu aurais voulu fermer avec moi ?
-Cela n'aurait pas été la première fois, ricanai-je en indiquant une place libre, pas loin du café : Là, regarde.
-Merci.
Après s'être garés, nous rejoignîmes le café, que Tallulah ouvrit à l'aide du code. Il faisait plutôt frais à l'intérieur et nous nous pressâmes d'allumer le chauffage au sol afin de créer une chaleur ambiante qui soulageraient les clients de ce froid mordant.
-Je vais te confier le comptoir, me dit-elle alors que je m'étais dirigé vers les tables et les chaises.
-Tu ne veux pas que je serve ? Et tes crampes ?
-Il faut que je marche, si je reste debout à attendre je vais me concentrer sur la douleur, m'avoua-t-elle en souriant d'un air désolé.
-Ok, alors montre-moi comment fonctionne la machine.
Je me plaçai derrière le comptoir avec elle, et, la tête par-dessus son épaule je l'observai me faire une démonstration.
-Alors, tu sors ce machin de là-haut, tu rinces le filtre, tu prends les grains dans ce tiroir là (elle m'ouvrit un tiroir chargé de grains de cafés en tous genres) Tu remets ça là, et tu appuies sur le bitoniau juste là ! me sourit-elle.
-Ne songe jamais à faire enseignante… lui conseillai-je, l'œil sceptique.
Tallulah fit la moue et je m'en amusai.
-Ne t'en fais pas, j'ai saisi. (Je l'embrassai sur la joue) On prépare les tables ?
-Oui, ah et si un client désire une autre carte -peu importe la raison- elles sont juste là, dans ce panier.
J'opinai puis, ensemble, nous préparâmes la salle et la terrasse. Après quoi, Tallulah partit en cuisine où sa patronne eut déjà posé quelques indications vis-à-vis de la livraison de la veille. Nous fûmes prêts un quart d'heure avant l'ouverture, mais Tallulah sortit tout de même l'écriteau pour signaler que l'établissement était enfin ouvert. Lorsque j'eus terminé de jouer les artistes en calligraphiant le menu du jour avec plusieurs craies de différentes couleurs, je vins placer le panneau à l'endroit indiqué par ma « collègue » d'un jour.
-Merci Rayan, l'entendis-je, alors qu'elle plaçait les dernières pâtisseries à emporter dans la vitrine.
-Pour ? me demandai-je alors que je faisais couler le café pour les prochains clients.
-Eh bien, de me donner un coup de main, sourit-elle, sincère et reconnaissante.
Mon sourire s'agrandit et je lui fis comprendre d'un regard complice que cela me plaisait bien plus que je ne le crus d'être là avec elle. Le temps que les premiers clients ne se pointent, nous en profitâmes pour prendre un petit-déjeuner dans la cuisine. Puis, lorsque la clochette retentit, nous nous mîmes tous les deux en service.
Heureusement que j'avais encore quelques souvenirs du temps où j'aidais mes amis de fac, sinon, je pensais fortement que je me serais loupé plus d'une fois dans les préparations de café. Et encore, Tallulah vint me conseiller plus d'une fois. Après quoi, je pris le coup de main et heureusement, car les clients s'enchaînaient drôlement vite ce matin. Je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter pour ma petite amie qui faisait d'innombrables allers-retours entre la terrasse, la salle, le comptoir, la cuisine pour retourner ensuite en terrasse. Pour ma part, je m'occupai principalement des commandes à emporter. C'est ainsi…que Hyun la voit tous les jours. Je découvrais…comme une nouvelle facette de Tallulah, même si j'étais déjà venu au café, c'était là première fois que je la voyais en plein cœur de ses manœuvres de serveuse. Et si, d'habitude en tant que client, je ne faisais que peu attention à tous ses efforts, en ce jour, même pour un instant éphémère, je pouvais voir la manière dont elle s'investissait vraiment pour les clients.
A chaque prise de commande, elle prenait le temps de discuter une vingtaine de secondes avec les clients, autant les habitués qui la tutoyaient, que les plus rares, qui souriaient, charmés par sa prestance et ses petites intentions bienveillantes. Pourtant, les épaules raides, elle portait ses plateaux, la démarche rapide, le pas large, presque lourd, alors que son déhanché enjolivait la droiture de sa posture.
Son chignon eut beau être fait négligemment, la netteté et la propreté de la pose de son rouge à lèvres ajoutait une touche personnelle à son apparence qu'elle présentait parfaitement bien. Cela lui était propre à ses habitudes, mais cela s'accordait bien à son professionnalisme du moment. Pas besoin de son uniforme -qu'elle eut oublié d'ailleurs- pour savoir que c'était elle, la serveuse des lieux.
Ce n'était clairement pas une bonne idée pour moi de venir…Me dis-je, alors que je me mordis la joue pour calmer les vagues de frissons qui se dirigeaient droit vers mon bas ventre.
-Rayan ? entendis-je m'appeler avec une pointe de stupéfaction.
Oh, non pas lui… Le responsable administratif venait de faire son entrée, emmitouflée dans une doudoune et l'écharpe enroulée jusqu'aux yeux.
-Alors quoi, la section Histoire de l'Art est condamnée, et vous vous convertissez en serveur de café ?
-Faut bien prendre les devants ! plaisantai-je pour essayer de calmer mon malaise : Qu'est-ce que je vous sers ?
-Alors, c'est vrai vous êtes serveur ici ?
-Non, j'apporte juste un coup de main, dis-je simplement : excusez-moi mais d'autres clients attendent, que voulez-vous prendre ?
-Un coup de main ? (Il haussa une épaule) Soit… Un café long avec une goutte de lait et un croissant aux amandes à emporter.
-Tout de suite, m'exécutai-je.
Mais bordel, les partiels sont terminés qu'est-ce qu'il fout dans le coin !? Je devais me calmer. Si ça se trouve, il habitait simplement à côté.
-Vous avez tout de même de drôles de façons de commencer vos vacances…souligna-t-il non sans détacher son regard suspicieux de moi.
Je ne lui adressai qu'un simple sourire alors que je glissai le croissant dans un sachet en papier recyclé. Puis, une fois toute sa commande prête, je lui tendis, il paya et je priai pour qu'il ne me tienne pas la jambe plus longtemps.
-Un mocca, un déca long et un jus d'orange s'il te plaît, entendis-je de la part de ma cadette qui déposait son papier sur le comptoir avant de repartir en cuisine, trois plateaux vides en main.
-Ah, oui c'est vrai qu'elle-
-Bonne journée à vous ! lui souris-je en lui faisant comprendre que d'autres clients attendaient.
-Oh, oui ! Bonnes vacances Rayan ! Enfin… (il me toisait derrière le comptoir) aussi bonnes que vous pourrez !
Puis, il partit me laissant enfin avec mon sourire crispé. Je lâchai un véritable soupire qui fit arquer drôlement le sourcil de ma nouvelle cliente. Je la saluai avec le sourire, et, bien que je sois tout de même quelqu'un d'assez sociable quand je prenais le temps de laisser les autres m'approcher, je devais avouer que forcer les sourires pendant des heures et des heures était fatiguant, ou alors, j'eus tellement ri hier que j'en étais courbaturé jusqu'aux zygomatiques.
Lorsque Clémence, la patronne, se pointa sur les alentours de 11h, j'eus bien évidemment le droit à un interrogatoire et encore, le mien fut bien plus court que celui de ma cadette qui fut appelé en cuisines, à l'écart des oreilles et regards indiscrets. Je me souvins alors des dires de Hyun, et d'autres clients que j'eus rencontrés lorsque je venais rendre-visite à ma petite-amie, avant et après qu'on s'était mis ensemble. J'eus bien saisi que c'était du genre tendu entre elle et Clémence. Méfiant, je jetai des coups d'œil furtifs entre deux commandes.
Soudain, les deux femmes sortirent ensemble, Tallulah chargées des deux bras, tandis que Clémence la suivait, l'air sévère, les bras croisés à lui lancer quelques reproches.
-Et penser à m'appeler, ça, ça te passe au-dessus ?
-Je vous souhaite un bon appétit, sourit Tallulah à ses clients.
-Je te parle !
-Oui, et moi j'ai des clients à servir ! gronda Tallulah qui partit rejoindre la terrasse, sa patronne sur les talons.
Je l'interpellai :
-Excusez-moi, il y a un problème avec le fait que je vienne vous aider ?
-Pas le moins du monde, me sourit-elle en s'approchant, mielleuse, jusqu'au comptoir.
-Pourtant, ce n'est pas l'impression que vous donnez.
-Je faisais simplement rappeler à Tallulah qu'il y a certaines politesses à aborder. Et ne pas me prévenir qu'un…client -votre tête ne m'est pas inconnue- vienne nous aider de la sorte sans que je sois au courant, me met quelque peu dans l'embarras vis-à-vis de vous et mon enseigne.
-Je me suis porté volontaire, assurai-je en restant le plus neutre possible : Quant à votre enseigne, je doute fort que sa notoriété en pâtisse, vous avez un long savoir-faire après tout !
On va jouer la carte de l'amadouement, me dis-je en jetant une œillade à ma petite amie qui retournait en cuisine.
-Il est vrai que j'aurais toujours de quoi rattraper les bourdes de cette petite écervelée ! pouffa-t-elle sans scrupule et la moquerie dans le regard.
-Une écervelée qui a su satisfaire 43 clients depuis ce matin, souris-je, aussi faussement que la douceur de ma voix.
-Oui, bon, pas de quoi fouetter un chat ! dit-elle simplement avant d'aller accueillir de nouveaux clients.
Pendant notre pause, que nous passâmes dans la ruelle de l'arrière salle de l'établissement, je demandai à ma cadette si sa patronne était toujours aussi acerbe. Ricanant sans joie, Tallulah me confia quelques anecdotes qui ne m'amusèrent guère.
-Heureusement que Hyun est là, j'ai songé à démissionner plus d'une fois…souffla-t-elle : Elle s'est calmée depuis quelques temps, renchérit-elle : mais les vieilles habitudes sont les plus dures à perdre, dit-on.
Je haussai les sourcils, peu convaincu :
-Que te voulait-elle en cuisines ?
-Simplement me sermonner parce que j'ai oublié de lui signaler ta présence.
-Et il y avait besoin que ça dure devant les clients ?
-C'est Clémence…soupira Tallulah qui grimaçait en se massant le bas ventre.
Le reste de la journée fut difficile, c'était les vacances, pourtant, beaucoup d'étudiants semblaient être restés dans le coin. Le seul moment vraiment agréable, fut lorsque toute la clique restée à l'appartement vint prendre une collation pour se féliciter de leur dur labeur de la journée. Apparemment, ils eurent continué d'aider au rangement, du moins, après avoir longuement décuvé pour certains, tel que Philippe, Stephan et Castiel qui firent plus les larves qu'autre chose.
-Ah oui, donc, le seul mec à être vraiment frais c'est Rayan ! souligna Tallulah non sans se moquer des trois hommes qui semblaient encore souffrir de la crémaillère.
-Ton rire m'agace, arrête, grogna le chanteur qui souffrait d'un mal de crâne qui ne voulait décemment pas le quitter.
Cela ne fit qu'amuser un peu plus ma cadette qui s'en alla accueillir un autre client tandis que je restai au comptoir que remplissaient à eux nos amis. Tallulah installa le nouveau venu à la table juste à côté, non loin de l'entrée avant de prendre sa commande. Elle revint vers moi, un papier en main.
-Un thé citron et une part de tarte du jour.
-Tout a été vendu, lui fis-je remarquer : il va falloir lui proposer autre chose.
Tallulah alla aussitôt s'excuser auprès du client qui lui souriait avec bien trop de douceur à mon goût. Je lui préparai son thé, non sans garder un œil sur lui. Tallulah détailla avec lui la carte et lui proposa les meilleurs choix selon ses propres goûts. Le client sembla poser d'autres questions, et, au vu de la réaction de ma petite amie, ça n'avait rien à voir avec la carte.
-Doucement, on dirait que tu vas perdre ton œil à force de lui jeter dessus, gloussa Stephan qui m'observait.
-Hm…grognai-je simplement en posant la tasse fumante sur le comptoir.
Tallulah revint.
-S'il reste une part de flan il est preneur.
-Je lui apporte ça…marmonnai-je en prenant le plateau des mains de Tallulah qui m'adressa un air tout bonnement stupéfait.
Posant le flan et le thé, je fis le tour du comptoir pour servir le client qui parut surpris de me voir. Au premier abord, il semblait un peu plus âgé que moi. Il regarda autour de lui, à la recherche de quelque chose -ou quelqu'un- qu'il ne sembla pas trouver.
-Un thé et votre part de flan, souris-je en posant la note avec.
-Merci, mais…
-Il vous manquait autre chose ?
Souriant en coin, le regard autre part que sur ma personne, je compris qu'il eut retrouvé ce qu'il convoitait réellement.
-Tout est parfait merci. L'établissement est charmant, je trouve.
-Oui…très charmant.
D'un affable hochement de tête nous nous saluâmes et je retournai au comptoir avec une Tallulah qui me reprit le plateau, non sans bougonner.
-Mais qu'est-ce qu'il y a ? pesta-t-elle.
-Rien…maronnai-je.
-Mais bien sûr, se moqua Stephan qui ne dut rien louper.
Plissant les yeux avec scepticisme, Tallulah partit s'occuper des clients en terrasse sans ajouter le moindre mot. Une heure passa, et c'était bientôt l'heure pour nous de débaucher. Nos amis avaient pris les devants et étaient rentrés à l'appartement, hormis Castiel et Priya qui prirent des directions opposées.
Assis à la même table, ce client n'eut de cesse de déranger Tallulah pendant son service. Mais il le faisait intelligemment ce con…Toujours pendant les moments les plus creux de ma cadette qui revenait me voir quand tout été calme. J'ignorai s'il était nouveau ou un habitué, mais il semblait avoir bien saisi que Tallulah était des plus sociables et prompte à la discussion. L'échange faisant parti de ce métier, ma chérie assurait dans ce domaine. Je n'entendais pas vraiment ce qu'ils se racontaient, mais Tallulah eut un rire clair et sincère qui attira mon intention.
Cela était étrange, il y eut plus d'un client et d'une cliente qui lui eurent fait du rentre dedans, mais aucun ne m'eut agacé autant, n'eut autant mit mes nerfs à vif que lui. Je le détaillai…Plutôt grand, cheveux cendrés et légèrement poivre et sel çà et là, en une coupe courte qui lui arrivait aux oreilles, avec des mèches se bataillant sur ses tempes et cachant en parti ses yeux. Pratique, pour passer sa main dans ses cheveux avec sensualité. Il portait la barbe de trois jours, qui descendait dans son cou et ses yeux noirs brillaient avec un intérêt qu'il semblait avoir du mal à dissimuler.
Un groupe de clients arriva, et Tallulah s'excusa auprès de l'homme qui sourit simplement en prenant une gorgée de son second thé au citron. Lorsque ma chérie revint à moi pour m'apporter la commande du groupe, Clémence vint nous voir pour nous dire que c'était enfin l'heure pour nous de partir.
-Je m'occupe de cette commande et c'est bon.
-Très bien, bon week-end ! fit la patronne avant de me sourire, me dire que j'étais le bienvenu plus tard et retourner en cuisine.
Après quoi, Tallulah vérifia la caisse, le comptoir pour s'assurer que rien ne traînait, puis m'assura que nous pouvions prendre la poudre d'escampette. L'homme, assis à côté, choisit ce moment pour se présenter au comptoir, sa carte en main.
-Vous venez régler la note ? C'est par ici, sourit ma cadette qui le prit en charge.
-Enfin, un peu de répit pour vous ? se soucia-t-il.
-Oui ! (Elle lui tendit le boitier de paiement) Allez-y insérez votre carte.
-Merci. (Il s'exécuta) Je n'avais pas votre courage, je n'avais pas de job étudiant lorsque j'étais à la fac. Anteros a beaucoup changé ?
-Oh, quand je vois les photos dans les vitrines du hall du bâtiment d'art, j'ai bien l'impression que vous auriez du mal à reconnaître l'endroit !
-Eh bien j'irais sûrement y faire un tour. Quand sont les portes ouvertes ?
-Du 21 au 26 Janvier, avec un planning pour chaque section, confirma-t-elle.
-Bien, je compte sur vous pour me faire visiter, lui glissa-t-il, la voix rauque en lui adressant un clin d'œil qui me fit hérisser le poil : Bonne fin d'après-midi, Tallulah.
Je plissai un œil, défiant, et me fis violence pour ne pas lui faire ravaler sa langue avec laquelle je rêvai dès lors qu'il s'étouffe !
-Vous de même, au revoir ! lui sourit-elle.
Après quoi, elle attrapa ses affaires et me fit comprendre que nous pouvions nous en aller. Presqu'aussitôt, je l'entendis ricaner.
-Qu'as-tu ?
-Si tu avais pu voir ta tête, haha !
Je me sentis légèrement blessé dans mon amour propre…Détournant le regard, je fourguai mes mains dans les poches de mon manteau en l'écoutant se payer ma tête.
-J'aurais bien voulu qu'on vienne me draguer, tiens, pour voir la tienne ! pestai-je.
-Parce que tu crois que Clémence n'a pas essayé ? rit-elle de plus belle : Et la grande blonde, avec son petit pull kaki, qui t'as bien tenue la jambe vingt-minutes le temps de choisir un café.
-T'avais pas l'air gêné…soulignai-je.
Arrivés à la voiture de Tallulah, nous nous zieutâmes par-dessus le capot, chacun arrêté devant sa portière respective.
-Qu'ils viennent te draguer, je m'en fiche…assura-t-elle : Je sais que mon homme est séduisant !
Mon homme hein… ? Indirectement ou non, Tallulah me fit tout de même comprendre qu'elle examinait ce qui se passait autour de moi, qu'elle « veillait au grain », comme qui dirait… Je pouvais comprendre son point de vue, et si je ne fus pas intervenu avec l'autre homme, c'était bien parce que je partageai son avis. Que pouvait-on y faire si notre compagnon ou notre compagne se faisait draguer ? Nous n'étions pas en rendez-vous, rien n'y personne n'aurait pu deviner que nous sortions ensemble. Cela risquait d'arriver encore lorsque nous ne serions pas ensemble.
-De la même façon que tu n'as rien à craindre, renchérit-elle en refermant la portière une fois assise sur le siège de la conductrice : « Ces autres » m'indiffèrent. Pour moi, je n'ai qu'un homme en tête et c'est toi. Si j'ai envie de flirter avec quelqu'un c'est bien toi. Ce serait te prendre pour acquis en cas contraire, mais ce n'est pas le cas… (Elle posa un regard soucieux sur ma personne) Je n'ai pas envie de m'ouvrir à d'autre, j'ai déjà encore du chemin à faire avec toi. J'ignore jusqu'où nous mènera notre relation, mais je n'ai pas envie que cela se résulte à une « habitude » de vie.
-Moi non plus ! m'enquis-je en venant prendre sa main : J'envie vraiment Hyun tu sais…lâchai-je, ne sachant guère où j'aillais subitement : Aujourd'hui, j'ai encore pu te voir sous un nouveau jour, et j'en ai été sincèrement heureux, Tal'.
Me sentant rougir, je tournai la tête, portai un regard sur un point invisible droit devant moi et plaquai ma main libre sur le bas de mon visage comme pour atténuer le tremblement de mes lèvres. D'une voix étouffée, je repris :
-C'est de pire en pire, j'ai constamment envie d'être près de toi…
Prenant une profonde inspiration, ma cadette démarra la voiture. Puis, reculant pour quitter sa place, elle soupira :
-J'ai déjà maudit mes règles, mais aujourd'hui ma haine envers elles est violente !
-Hein ? P-Pourquoi ?
-J'ai trop mal pour te faire l'amour, voilà pour quoi ! grogna-t-elle en reprenant la route en direction de son immeuble.
Je m'étranglai avec ma salive, non sans lui jeter un regard hébété qui resta ainsi jusqu'à ce qu'on atteigne son parking. Le rire dans le cœur et à la bouche, je la rejoignis pour la prendre dans mes bras, et elle accompagna mes éclats avec les siens. Dans l'escalier, la sentant peinée à gravir les marches entre les courbatures dues au déménagement et aux crampes de ses menstruations, je décidai de la porter sur mon dos pour les deux étages restants. Tallulah refusa avec une pointe de véhémence, mais pour une fois je ne lui donnai pas le choix. Du coup, à chaque palier gravi, j'eus le droit à un bisou dans le cou et à d'autres récompenses qu'elle me dévoila au creux de l'oreille qui me fit me mordre la lèvre inférieure, impatient.
Toujours sur mon dos, nous rentrâmes chez elle, accueillis par les autres qui avaient sacrément bien avancé dans le déballage des cartons. Un matelas gonflable se trouvait toujours au sol, et je lâchai ma petite amie dessus avant que je ne la rejoigne dans un râle épuisé.
-J'suis pas mécontent d'être enseignant…dis-je, la voix étouffée dans l'étreinte de Tallulah qui m'avait enroulé de ses bras et de ses jambes.
-Avoue que c'était sympathique de travailler avec moi, rit-elle, malicieuse.
Je souris contre sa clavicule. Moi qui rêvait d'être à la place de Hyun, j'ai été servi ! dus-je admettre en mon for intérieur. Nous trouvant non loin du radiateur, nous pûmes sentir la chaleur nous envelopper en plus de nos bras autour de l'un l'autre.
-Hé les amoureux, ricana Catheline : il y en a qu'essaient de ranger !
-Hhnmpfgr…baragouina Tallulah.
-Bon…
Soudainement, un bruit poussif se fit entendre et nos corps commencèrent à diminuer en hauteur. Redressant notre tête, nous examinâmes la maman de Chani, au pied du matelas qui faisait tourner autour de son doigt la goupille du piston d'où l'air était en train de s'échapper.
-Ne vous en faites pas, on sait que vous êtes fatigués, vous n'avez pas eu la chance de vous lever à midi, haha ! Mais on a besoin de cet espace, alors filez ailleurs.
Soulevant sa carcasse, Tallulah me tendit la main pour m'aider à me redresser mais mon corps fut si lourd que nous retombâmes au sol, sous les éclats de rire de Catheline et Philippe qui virent la scène. Après un effort monstrueux, nous rejoignîmes sa chambre. Je ne mettais pas fait prier pour m'allonger, la pièce toujours plongée dans le noir, mais je pus entendre, grâce à la porte ouverte, que les autres n'allaient pas tarder à prendre la route du retour. Je rejoignis ma petite amie et les autres dans le couloir.
-Vous partez ? fis-je, curieux et un tantinet triste.
Des liens s'étaient crées en 48h, je devais bien admettre que je ressentis un petit pincement au cœur.
-On a quand même 4h de route beau brun, souligna Emma qui vint étreinte sa compagne par derrière : Chani, tes affaires sont prêtes ? demanda-t-elle en cognant quelques coups contre la porte menant à la chambre de sa belle-fille.
-Oui, oui, je cherche juste mes écouteurs pour la route !
-Ah, elle s'en va déjà… ? questionna ma cadette : Vous partez où, si ce n'est pas indiscret ?
-La Mongie, dans les Pyrénées !
-Ah~ soupirai-je rêveur : le col du Tourmalet !
Nous discutâmes voyages, et les parents de Tallulah vinrent poser des questions au sujet de notre séjour dans les Vosges pour fêter le nouvel an.
-Quelle aubaine que le gîte ait eu un désistement, fit remarquer Lucia : Mais tu viens toujours pour le 24, fille ? Au fait ! On t'a rapporté des melons d'eau et des oranges pour que tu te fasses une bonne confiture. Je sais que tu aimes ça.
-Ouiiii ! s'enjoua l'interpellée, d'une voix pourtant très fatiguée. Son père en gloussa, lui signalant qu'elle allait pouvoir prendre son temps pour le reste du rangement, avec les longues vacances qu'elle allait avoir.
-C'est vrai ça, ma classe rembauche le… (elle plissa un œil, semblant chercher) la semaine du 21 c'est ça ? Pendant les portes ouvertes ?
-Oui, lui assurai-je : Quant à moi, ce sera plus vers le 14-15 Janvier, j'ai des réunions de prévues justement en rapport avec les inscriptions des nouveaux étudiants.
Tallulah haussa les sourcils, trop épuisée pour camoufler son scepticisme. Les étudiants n'avaient toujours pas reçu de mail à propos de l'appel aux dons, fait par l'établissement. D'ici lundi, tout le monde saura… Bonjour les vacances de Noël…les pauvres. Ma poitrine se fit douloureuse, surtout face à la peine qu'affichait le visage de ma cadette qui était déjà informée de la crise budgétaire de la fac.
Stephan, qui me dépassait de 5 bons centimètres, tira sa meilleure amie vers lui pour l'étreindre tendrement. Son sourire revint au triple galop, et j'en fus soulagé. Elle n'avait pas à se tourmenter autant pour le moment, bien que je ne puisse que la comprendre.
Après de chaleureux aurevoirs, ils nous épargnèrent de descendre et remonter 5 étages, mais nous leur fîmes de grands signes de la main depuis le balcon. Une fois que le camion disparut de notre champ de vision, nous regagnâmes rapidement la chaleur du salon, qui grouillait de cartons, d'emballages, de livres et autres bibelots qui restaient à ranger.
D'un commun accord -soit un regard qui en dit long sur notre fatigue- Tallulah et moi nous accordâmes une sieste des plus méritées avant de nous préparer de quoi manger pour le dîner.
-Comment rejoins-tu tes parents ? En voiture ? En train ?
-En train je pense, en espérant qu'il n'y ait pas de perturbation.
-Tu crois que je peux rester ici jusqu'à ce qu'on parte chacun retrouver sa famille ? demandai-je, d'une voix suave en me plaçant derrière elle pour venir embrasser sa nuque.
Mes mains se posèrent sur les siennes qui hachaient un oignon tandis que j'eus mis des spaghettis à bouillir. Ce soir, pâtes-bolo maison ! En épousant les mouvements de ses poignets, nous continuâmes de cuisiner cet oignon ensemble.
-C'est ça où je te séquestre dans ma salle de bain, plaisanta-t-elle.
-Hou~ Je vais filer chercher des rechanges du coup…
-Je termine de préparer le dîner, me sourit-elle : En revanche, tu peux faire une halte à la pharmacie ?
Je réagis aussitôt.
-Oui, bien sûr. T'as besoin de quoi ?
Elle me sourit, non sans rougir légèrement, le regard attendri.
-De l'ibuprofène, ça suffira pour la semaine. (Elle essuya ses mains) Je te passe l'argent, attends…
-Laisse', je vais le prendre, pouffai-je en haussant un sourcil quelque peu blasé : Je fais vite, à tout'.
Après un chaste baiser, je quittai l'appartement en quête de médicaments pour ma chérie et de mes affaires. J'en profitai pour terminer ma valise, que je déposai dans ma voiture et qui y resta, le temps de mon court séjour chez Tallulah.
Ensemble, nous pûmes terminer le rangement de son mobilier, de ses effets personnels, et nous regroupâmes ceux de Chani dans le couloir, de façon à ne pas déranger la circulation. La cohabitation fut aussi agréable que la semaine que nous passâmes ensemble, pendant les partiels. Et le jour de notre départ respectif, ce fut un crève-cœur que de devoir se séparer, même pour trois jours. Je n'eus pas menti quand je lui eus dit que ça allait de pire en pire…
…Car il n'y avait plus un instant que je ne désire pas passer auprès d'elle. Et même si je fus des plus comblés de retrouver les miens, et d'avoir pu choyer ma nièce et mon neveu, le départ dans les Vosges se firent attendre.
Assis près du sapin, en tailleur, avec Alan sur mes genoux, je vis son père, Léon, débarquer dans le séjour, les cheveux en bataille et portant Carie dans ses bras, qui somnolait sur son épaule.
-Le père Noël est passé~ chantonna-t-il, groggy. Mais la petite ne voulait rien entendre, et grogna dans ses bras.
Alan poussa un cri de joie à m'en percer les tympans. Cela faisait un moment qu'il avait vu les cadeaux, et cette année, ce fut mon tour de les déposer sous le sapin. Petite misère…Carie avait veillé tard dans la nuit pour pouvoir prendre le père Noël en photo. Je dus attendre un long moment avant de quitter la chambre d'ami de chez Léon et mon frère, pour me faufiler au salon.
-Dim' dort toujours ? demandai-je.
-Toujours, gloussa Léon : j'ai envoyé sa fille, mais cette chipie s'était rendormie à côté de lui.
-…Hmm, papa…grogna-t-elle, se laissant replonger dans le sommeil.
-Il est peut-être un peu tôt tu n'crois pas ? fis-je.
Alan lui, rebondissait sur sa couche, les yeux bien éveillés, non sans tendre les mains en direction d'une guirlande sur laquelle il n'avait eu de cesse de s'acharner déjà, la veille.
-Non ! l'interdis-je en baissant sa main.
-Joyeux Noël au fait, pouffa Léon qui se pencha pour embrasser d'abord son fils, puis moi, à qui il fit la bise et je lui répondis chaleureusement.
Léon était aussi grand que moi tandis que nous dépassions mon aîné de trois centimètres. En revanche, côté carrure, Léon était un poseur qui se devait de garder une certaine ligne pour ses shootings et autres activités qui faisaient appel à son image. Il était d'ailleurs souvent réclamé aux beaux-arts, et performa de nombreuse fois pour des clip vidéo d'artistes vidéastes tel que Bill Viola. Il avait une peau bien plus pâle que nous, et ses cheveux blonds cendrés changeaient parfois de teinte, prenant parfois des reflets dorés comme les blés ou bien brin comme la cime d'un pin. Ses yeux, eux, étaient sombres, comme s'ils absorbaient chaque rayon de lumière autour de lui.
Il n'avait que 5 ans de plus que moi, et, tandis que je fêterai mes 34 ans en Janvier, lui, fêterait ses 39 ans en Mars. Et mon frère lui, ses 41 ans en Août. Dimitri était ce qu'on appelait un « chasseur de tête ». Mandaté çà et là partout dans le pays voire dans le monde, il faisait ensuite de nombreux de déplacement à la recherche de la perle rare pour l'entreprise qui l'eut engagé.
C'était lors d'un de ses voyages en Russie qu'il eut fait la rencontre de Léon, encore étudiant en césure. L'un était un jeune prodige de 25 ans et l'autre venait de célébrer ses 23 printemps. Je n'aurais jamais cru ça de mon frère…Mais il ne connut qu'un seul homme dans sa vie. Dimitri n'était pas ce type d'homme à s'épancher sur ses sentiments, le romantisme semblait le dépasser, pourtant Léon me tenait tête que j'avais tout faux, sans pour autant extrapoler plus que cela. « La vie privée a ses facettes privées ! » s'amusait-il à me répéter.
Ils se mirent ensemble…aménagèrent aussi vite que leurs nombreux déplacements leur permirent mais durent attendre que la loi du Mariage pour tous passe enfin, pour s'unir comme Dimitri en rêvait.
Ce fut bien la première fois que je vis mon frère aîné sourire autant, et si sincèrement. Devenir chasseur de tête lui obligeait à arborer tant de masques qu'il était parfois difficile de savoir si nous parlions bien au membre de notre famille ou à ce « hunter » urbain qui manipulait les esprits pour de l'argent.
Je n'avais rien contre son choix professionnel, mais il se détachait si peu souvent de ses différentes facettes qu'il m'était devenu bien rude de dialoguer avec lui.
-Alors, alors ? A quand les présentations ?
Sortant de ma transe, je haussai la tête et croisai le regard de mon beau-frère, l'air taquin et surtout très curieux. C'était bien connu chez lui, et il s'entendait très bien avec mon grand-père pour ça ! Tous deux ensembles, pouvaient devenir infernaux, et leur curiosité était parfois un peu malsaine…
-Eh bien, ta petite chérie ! Quand allons-nous pouvoir la rencontrer ?
-Haha, maintenant que ses parents savent pour nous deux, je pense que ça pourrait s'envisager pour le début d'année prochaine, on en discutera ensemble au chalet.
Soudain, Carie se réveilla dessus l'épaule de son père qui s'était installé sur le fauteuil, non loin du sapin. Le poil à bois crépitait dans le fond du séjour, et seule la lumière des flammes couplée à celle des guirlandes électriques ombraient nos silhouettes sur le tapis et les murs.
-T'as rencontré une tata, tonton ?
-Haha, oui on peut dire ça ! ris-je.
Alan, qui commençait à retrouver les bras de Morphée, s'était blotti contre moi, le doigt dans la bouche et ceux de sa main libre triturant ma barbe, comme il le faisait avec Dimitri qui la portait également.
-Vous étiez beaux sur les photos, sourit mon aîné qui fit descendre de ses genoux sa fille qui voulait retourner voir Dimitri : Ne le réveille-pas, prévint-il. Mais la chipie avait déjà filé.
-Il a eu un autre déplacement ? m'inquiétai-je.
-Oui, mais ça n'a pas été aussi long que les fois précédentes, assura-t-il : Mais dis-moi un peu, comment vous vous êtes rencontrés…Talia ?
-Tallulah, rectifiai-je gentiment : On s'est rencontré… (j'eus un temps d'hésitation avant de penser à la révélation faites aux parents de ma petite amie) On s'est rencontré à la fac, je suis son professeur principal, en fait.
-Oh… souffla Léon, l'air visiblement surpris.
Mon beau-frère, était au courant pour Dana, cela faisait un an qu'il sortait avec mon frère lorsque le drame a éclaté. Il me demanda tout de même si elle était en première année ou dernière…
-Dernière, dernière ! m'enquis-je, comprenant qu'il s'inquiétait pour son âge : Elle va avoir 22 ans en février.
Portant une main sur son cœur, Léon sembla soulagé.
-Je ne juge pas, mais je pense que je t'aurais conseillé de faire attention si elle n'avait pas eu 18 ans…
-Je peux comprendre, oui, ricanai-je, nerveux.
-J'ai hâte de la rencontrer, j'te jure ! s'agita Léon : Je suis un peu le seul « étranger » de la famille Zaidi, j'attendais que ça que tu rencontres quelqu'un, haha !
-Quoi ? Tu ne te sens pas bien avec nous ?
-Avec bientôt 16 ans de vie commune avec ton frère, je pense que je serais parti depuis un moment si je ne me sentais pas bien, s'esclaffa-t-il : Mais ce n'est pas facile de vous gérer quand vous vous prenez le bec, Dim' et toi, et un peu de soutien me ferait du bien ! Car c'est moi, qui me retrouve avec ton frère pour essuyer la tempête de vos disputes, gronda-t-il.
-Hé…on a été « mignons » hier, soulignai-je, la moue puérile.
-Oui, c'est vrai sourit Léon : Et tant mieux.
Des pas se firent entendre en plus d'une voix mi-suave, mi-amusée :
-C'est normal, il était à l'heure et m'a ramené mon disque dur. Pas besoin de le rouspéter.
Alan sursauta dans mes bras en entendant la voix de son père qui venait de se réveiller.
-Merci, Carie ! sermonna Léon à la petite qui bouda dans les bras de Dimitri.
-Laisse la, sourit mon frère : Elle voulait ouvrir ses cadeaux avec tout le monde. (Il se pencha, la petite dans les bras, pour embrasser longuement son époux sur la tempe) Joyeux Noël.
-Joyeux Noël beau brun…
-« Beau brun ! » S'esclaffa Carie en toisant tour à tour ses deux pères.
-Bah quoi, j'suis pas beau p't'être ? la charia Dimitri.
-Non, rit la petite qui revint sa cacher dans le creux de son cou.
Mon aîné rit mais arbora une boue légèrement offusquée.
-C'est qui le plus beau ? demanda Léon, et Carrie le désigna du doigt avant de réclamer ses bras.
-C'est ça, fuis vilaine ! gronda faussement Dimitri qui vint me faire la bise : Joyeux Noël l'amoureux.
-Joyeux Noël, le moins beau ! raillai-je en lui donnant son fils qui s'agitait avec excitation à la vue de son père qui vint lui chatouiller son petit cou de bambin avec des bisous barbus.
-Ris pas trop vite, me prévint-il : les gens ont tendance à dire qu'on se ressemble !
-Ah bon ? fis-je, en haussant les sourcils : Pourquoi ? Parce qu'on a les yeux verts ? C'est un peu simple non ?
-Que veux-tu ? Je n'y peux rien si les autres aiment mélanger les torchons avec les serviettes.
Je reniflai un rire blasé, secouant la tête, peu surpris par sa remarque.
-Vous êtes aussi pénibles l'un que l'autre, voilà ce que vous avez en commun, pesta Léon qui embarqua sa fille dans la cuisine sous le regard peiné de Dimitri qui soupira.
-Ça va je plaisantai, il a quand même dit que j'étais moche !
-Ta fille, pas moi ! m'outrai-je.
-Des gamins ! Voilà ce que vous êtes ! beugla mon beau-frère qui sortait de quoi sustenter ses enfants : J'ai vraiment hâte de rencontrer Talia, renchérit-il.
-Tallulah !
Ma voix se mêla à celle de mon frère qui corrigea également son amant. Nos regards se croisèrent, mais le sien scintilla avec indifférence avant de se reporter sur son fils qui réclamait des bisous. Mes yeux eux, restèrent bien plaqués sur lui avec curiosité.
-Tu sembles avoir retenu son prénom plus vite que Léon.
-Ce n'est pas compliqué.
-Ce n'est pas commun non plus…soulignai-je : T'as fait des recherches sur elle ?
Il pouffa, et me regarda avec dédain.
-Joue pas à ça, Rayan. Pas le jour de Noël, pas devant mes enfants. Cela se passait très bien jusqu'à ce matin, pas besoin de sortir les crocs. Cela me paraît normal de faire l'effort de me souvenir du prénom de ma belle-sœur, non ?
Honteux, je me sentis rougir et détourna le regard sur le sapin, tandis que j'étais toujours assis en tailleurs sur le sol.
-Allez, fit-il en glissant une main dans mes cheveux : viens manger, ta nièce à préparer une pâte à pancakes hier.
Portant Alan dans ses bras, Dimitri rejoignit son époux et sa fille qui faisaient une pile de pancakes sur lesquels ils s'amusaient à ajouter la garniture qui leur plaisait.
-Tu veux quoi, tonton ? me sourit Carrie.
-Je veux bien la confiture de myrtilles avec. (je regardais mon frère) Maman qui l'a faite ?
-Oui, elle nous en a apporté plusieurs pots, gloussa mon aîné qui posait son fils sur chaise haute.
Je m'emparai du pot, puis, sourit, un peu attendri en me souvenant que ma chérie comptait elle aussi préparer sa petite confiture de melon d'eau et d'agrumes pour le nouvel an. Elle aimerait sûrement… Je demandai alors à mes aînés s'ils pouvaient m'en donner un pot, quand je repartirai.
-Bien sûr, Sherine en a trop donné, assura Dimitri qui ouvrit son placard.
Sherine… Mon frère eut beau très bien s'entendre avec ma mère, il mettait un point d'honneur à l'appeler par son prénom. Cela m'eut toujours un peu dérangé, mais que pouvais-je y faire, elle ne restait que sa belle-mère finalement.
Pourtant…Pourtant c'est elle qui l'a élevé. Dimitri me donna un pot et je lui souris pour le remercier. Nous commençâmes le petit déjeuner tous les 5, mais nous fûmes petit à petit, rejoints par les parents et le grand père qui dormait dans la chambre d'ami du rez-de-chaussée, ayant des difficultés à gravir les marches de l'escalier.
Après quoi, les enfants eurent le droit d'ouvrir leurs cadeaux et, une année de plus, ils furent bien gâtés par tout le monde.
-Tiens Caleb, sourit Léon qui présenta sur la table basse du séjour, un paquet destiné à mon grand-père.
-Oh ? Cela m'a l'air bien lourd.
-Tes petits-fils ont eu l'idée ! souligna mon beau-frère.
Lorsqu'il s'agissait de notre grand-père, Dimitri et moi parvenions à trouver un terrain d'entente. Sachant que notre aîné adorait écrire, et qu'il était nostalgique des premières machines, nous « chassâmes » ensemble le trésor parfait pour notre grand-père : Une machine à écrire REMINGTON datant de 1920 avec certificat d'authenticité et la liste des anciens propriétaires.
-Oh…s'exclama notre père qui examinait en même temps que notre grand-père, la machine : Belle pièce !
-On peut encore voir la signature du fabriquant, regarde, penche-toi là Sohan…fit notre aîné qui se décalait.
A côté de nous, ma mère, nous lança des œillades malicieuses à mon frère et moi. Ce fut discret, mais Dimitri sourit, contemplant notre père et notre grand-père s'extasier devant la machine.
-Venez-là mes fils, s'enjoua ma mère qui nous attrapa par le bras avant de nous faire baisser nos têtes qu'elle embrassa, tour à tour.
-Mamie ! s'écria Alan qui sembla jaloux.
-Mais viens là toi aussi, (elle attira Carie) et toi aussi, coquine !
Le restant de la journée, nous partîmes tous nous promener dans les alentours, dans une clairière où randonneurs et joggeurs se croisaient souvent. Le chat de Léon, un maincoon à pelage gris, tigré noir, daigna se lever et nous suivre pendant la balade. Alan, qui, un peu fainéant lorsqu'il s'agissait de marcher, réclama les épaules de grand-père Sohan.
-Oh, papy se fait vieux mon chéri, rit ma mère : demande à tonton !
-Tonton il a le dos tout cassé à cause d'un déménagement, soulignai-je, alors que je leur eu parlé du déménagement de Tallulah. Léon et ma mère ensemble, c'étaient de vrais enquêteurs -ou commères- du dimanche.
-Puis tu vas marcher mon grand, intervint Léon, un brin sévère.
Alan fronça les sourcils, semblant bouder et diminua la cadence.
-Viens Léon ! l'appela sa sœur aînée qui jouait avec le chat dans les feuilles mortes du sillage.
Un groupe d'enfants passèrent à côté d'eux et s'extasièrent devant la bête qui se roula sur le dos pour réclamer des câlins. Curieux, Alan se cacha dans les jambes de Dimitri, ne semblant pas oser approcher les enfants qui jouaient avec Carie.
-Quoi ? Tu fais le timide ? Tu veux y aller ?
Alan hocha la tête. S'il savait plutôt bien galoper pour ses 3 ans, mon neveu restait du genre muet. Nous savions tous, qu'aussi jeune fut-il lorsque ses parents biologiques les maltraitaient, sa sœur et lui, cela eut un impact sur lui. Pourtant, les fois où il parlait, c'était très intelligible. Léon et Dimitri prenaient le temps de discuter avec leurs deux enfants et ils assimilaient très bien ce qu'on leur disait, ce qu'ils entendaient.
Avec douceur, Dimitri posa sa main sur le haut de la tête de son fils. Un cliquetis mécanique que je connaissais bien me fit réagir, ainsi que mon grand-père, suspendu au bras de ma mère qui l'aidait à marcher.
-Ne faites attention à moi, sourit mon père : la scène était splendide… dit-il, d'une voix chaude alors qu'il examinait la photo sur son écran.
Curieux, je vins le rejoindre pour avoir un aperçu du résultat.
-T'as mis un filtre ?
-Pour réchauffer les couleurs et rehausser les résidus automnaux de ce début d'hivers. (Il me présenta son appareil) Regarde fils, ton frère dans toute sa splendeur…
Mon père eut calibré la netteté, qui se concentrait autour de mon frère et de son fils, qui se trouvaient en arrière-plan pourtant, vis-à-vis du découpage de la scène. Trois feuilles mortes s'étaient décochées dans leur branche, et elles aussi, étaient nettes. Quant aux personnages alentours, nous avions plus ou moins la silhouette floue, pourtant, notre attention se portait clairement sur l'enfant et son père attirant un peu plus l'œil de celui qui contemplait, à se poser sur le duo. Sur les photos…j'ai toujours l'impression d'avoir affaire à un inconnu…me dis-je en restant fasciné par l'expression presque fragile et tendre sur le visage de mon frère. Pourtant, sa main posée sur la tête de son enfant qui regardait droit devant lui les enfants qui jouaient, étaient ferme, imposant sa présence avec soutien dans un geste qui laissant entendre dans une voix lointaine, apportée par le vent soufflant dans les feuilles : « Je suis là mon fils… »
Songeant à Tallulah, je me demandai ce qu'elle aurait pu ressentir si elle avait pu contempler la photo.
-Elle aime ce que tu fais… dis-je dans un souffle, alors que je reportai mon attention sur mes pas.
-Qui ça ? sourit-il mon père qui rangeait son appareil dans sa sacoche.
-Tallulah. Elle aime ce que tu fais…elle connaît tes œuvres tu sais.
-Tu lui as parlé de moi ? s'étonna-t-il : Tu as pourtant tendance à cacher que tu es le fils de Sohan Arles.
-J-je…non, c'est juste que je lui ai montré un album photo, pour qu'elle puisse avoir un visage à mettre sur vos prénoms. Et… pour le mariage de Dim' et Léon, disons qu'elle a reconnu ta patte. Apparemment, tu rentres dans ses favoris avec Harriet Leibowitz.
-Content de savoir que mon travail lui plaît, fit-il en croisant mon regard, semblant sincère. Puis, tout comme moi il se remit à marcher, fixant nos pas, un peu en retrait des autres : J'espère…que tu sais dans quoi tu t'embarques avec elle, reprit-il.
-Non, ricanai-je et il me regarda l'air surpris : Comment veux-tu que je le sache, papa ? Tu sais, je comprends tes inquiétudes et j'en ai eu beaucoup avant de me lancer dans une relation sérieuse avec Tallulah. Mais, nous ne pouvons ignorer le fait que les temps ont changé.
-Oui, oui c'est vrai…Mais tout le monde ne reste pas si ouvert, et je connais la réputation d'Anteros et je sais comment fonctionnent les hauts placés académiques tu sais.
-On le sait aussi, assurai-je : Mais je veux rester avec elle. (Je me stoppai et croisai son regard avec sérieux) Quand tu la rencontreras, tu comprendras.
Mon père resta silencieux un instant, tandis qu'il me détaillait avec une lueur de fierté dont je ne saisissais pas bien encore les raisons. Puis, pressant mon épaule avec réconfort, il me fit signe de rejoindre les autres.
-Alors présente-la nous vite, rit-il.
Le reste de la ballade se fit agréablement, et, une fois le soleil commençant à décliner, ne décidâmes de retourner au chaud. Je jouai avec les enfants au salon, lorsque mon grand-père vint m'apporter la clé du chalet dans lequel nous allons nous rendre mes amis et moi pour quelques jours.
-Tiens mon grand, j'ai demandé qu'un chargement de bois te sois apporté le 28. En attendant, vous devrez vous débrouiller avec le chauffage central.
-Pas de souci, c'est gentil à toi, souris-je.
-Tu vas où ? me questionna Carie.
-Au chalet de grand-père Caleb. Tu sais, là où t'as vu les renards !
-Ah oui ! Oh, tonton, j'peux venir avec toi ?
-Où ça ? intervint Léon qui venait nous apporter des chocolats chauds sur un plateau : Où tu veux aller avec tonton ?
-Au chalet de papy Caleb !
-Non ! Tonton Rayan y va pour faire bêtises, une petite fille aussi sage que toi n'a pas à y aller, plaisanta-t-il.
-Comment ça des bêtises ? m'outrai-je.
-Mais papa il n'arrête pas de dire que je suis agitée, donc j'peux y aller…marmonna la petite.
-Dimitri est aussi bête que tonton Rayan !
-Hé ! m'offusquai-je en chœur avec mon frère qui passa une tête dans l'encadrée du salon.
Mon grand-père rit à gorge déployé en dévoilant son sourire aux dents manquantes à quelques endroits. Cela…me fit du bien de l'entendre rire ainsi. Cela me fit du bien, de tous les revoir pour Noël et j'eus un pincement au cœur au moment des aurevoirs. Mais il se réchauffait déjà à l'idée de retrouver les bras de mon amante, qui, je l'espérai, serait déjà de retour à son appartement.
Sur la route, j'utilisai mon option d'appel reliée à ma voiture pour contacter Tallulah. Mais je tombai sur sa boîte vocale.
-Coucou toi, je sais qu'on s'est eu au téléphone tout à l'heure, mais j'ai oublié de te demander à quelle heure tu serais de retour chez toi. Je t'embrasse, rappelle-moi quand tu pourras.
Je coupai l'option et me concentrai sur la route. Après une heure de route, je me stationnai à une aire de repos pour refaire le plein, ma jauge arrivant sur la réserve, je ne pus faire autrement. On prendra ma voiture ou la sienne ? Passant à la caisse, je reçus un appel de ma chérie à qui je décrochai promptement :
-Salut, souris-je en déplaçant ma voiture sur une place du parking de l'aire de repos, afin de laisser la place à la pompe : t'as écouté mon message ?
« Oui, je t'ap-crrrshhh-quées et j-zzzrrssh-. »
-Euh…Tal' ? Allô ?
Je vérifiai mon réseau et je captai pourtant bien. Cela devait venir d'elle…
-Tallulah ? Tu m'entends ?
« -crrrshh-yan ? »
-Oui !
« Tu m'entends là ? J'te -routes sont bloquées-crrsssh- trop et je ne vais pa-ccrrrsshhhzzzz-. »
-Quoi ? Quelles routes ? Tu es encore chez t'es parents ? Ma puce, essaie par message, car là je ne t'entends pas…
« Bip ! »
-Ah bah elle m'entendait…
L'inquiétude me prit. Le peu que j'eus entendu ne présageait rien de bon, et tout ce que j'espérai était qu'il ne lui soit rien arrivé de grave. J'attendis son message le restant de la route, mais je ne le reçus qu'une fois chez moi. « Il neige à gros flocons dans ma région, les routes sont bloquées, les trains sont annulés pour ce soir, je ne vais pas rentrer tout de suite et je ne sais même pas si je vais pouvoir partir en même temps que vous. Je te tiens au courant, bisou bonne route à toi »
Suivi de quatre photos qui montraient le quartier où vivaient ses parents avec les voitures recouvertes de neige ainsi que la route principale et les maisons. Sur la dernière photo, je pouvais voir Lucia en train de s'occuper de sa voiture tandis que Philippe, en arrière-plan, déblayait le bord de route. Libérant un profond soupir, je me dis que le sort était contre moi.
-Sérieusement ?
Morose, je ne pris même pas la peine de défaire mes valises et me laissai tomber sur mon canapé avant de lui répondre. Comme ma cadette ne captait pas beaucoup de son côté, je recevais ses textos avec un train de retard -c'était le cas de le dire- et ce fut comme ça jusqu'au jour du départ pour le chalet qui se fit sans elle…
A suivre…
