[Petit mot d'avant lecture: Hey ! Nous nous retrouvons enfin avec la première partie du séjour au chalet ! Nous recommençons avec le point de vue de Rayan mais nous continuerons de plus belle avec celui de Tallulah tout du long :) Je vous laisse dans votre lecture, en espérant qu'elle soit bonne ! ]
Rayan
-Tout le monde est prêt ? s'écria Leigh qui venait de fermer son coffre.
Afin d'éviter trop de frais d'essence pour les uns et les autres, nous voulûmes minimiser le nombre de véhicules et favoriser le covoiturage. Castiel me relayerait pour les trois dernières heures de conduite, sachant qu'on en avait compté au total, entre 6h30 et 7h. Pour ce qui était de Leigh, Rosa le relayerait, Morgan se portait également garant. Il était 20h, tout le monde était au rendez-vous… …Hormis Tallulah.
-C'est bon, je ferme de mon côté, prévins-je en claquant mon coffre que je bouclai avant de récupérer ceux qui montaient avec moi : Castiel, copilote ? Hyun, Priya, passagers ?
-On est bon, sourit l'indienne : C'est pratique quand même, un chalet familial !
-Je comprends mieux pourquoi on n'avait pas de participation à la location, souligna Hyun.
Alors que tout le monde se fut inquiété au sujet du linge de maison, des oreillers et autres ustensiles qui pouvaient parfois manquer, car il y avait plus de personnes que de chambre, je dus bien avouer à nos amis que le chalet appartenait à ma famille et que nous ne manquerions de rien. Ils n'eurent qu'à prendre de quoi se changer, des chaussures pratiques, des produits de soins mais surtout des vêtements chauds. La neige qu'eut Tallulah chez ses parents menaçaient les Vosges, par importantes chutes, déjà que le coin où nous nous rendions était connu pour ses froids secs.
-Je te le répète, si elle ne te demande pas en mariage ça m'étonnerait, rit Rosalya qui se rendait à la voiture de Leigh.
-Faudrait-il déjà qu'elle puisse venir, marmonnai-je, l'air sombre en vérifiant une dernière fois mes pneus.
-Hé, me souffla Rosa qui était revenue vers moi, les mains sur mes épaules d'un geste réconfortant : Elle a encore 4 jours devants elle avant le 31, les routes et les voies ferroviaires vont peut-être se dégager, sois patient.
Je lui souris faiblement, mais je lui étais reconnaissant. Une fois tout opérationnel, nous prîmes enfin la route. Avec Castiel, Priya, Hyun et moi, nous nous amusâmes à envoyer quelques messages en morse aux autres roulant juste derrière nous, à l'aide des phares arrière. Les rires s'élevèrent à chaque fois que Leigh nous répondait. Rosalya finit même par nous appeler, me confiant qu'elle trouvait que Leigh et moi nous étions bien trouvés !
-Mais elle doit être sacrément vieille en fait ! Elle avait quel âge quand tu y étais ? s'esclaffa Castiel tandis que nous parlions de la directrice, Shermansky, du lycée Sweet Amoris.
-Je n'sais pas, pouffai-je en levant la main avec désintérêt : Mais elle avait déjà les cheveux gris, haha ! Qu'est-ce qu'elle était pénible…
-On parle bien de Shermansky, renchérit Priya : Je n'ai fait que ma Terminale là-bas, mais je dois avouer qu'elle était spéciale.
-Spéciale ? Casse-couille, lâcha le chanteur sans demi-mesure : Bon, après je dois avouer que je lui en ai faite des vertes et des pas mures…
-Ça c'est sûr, rit Priya : Mais et toi, pourquoi est-ce qu'elle t'avait en ligne de mire ? me questionna-t-elle.
-Bah… (je soupirai) j'étais du genre premier de la classe mais je n'en avais pas l'allure en fait. J'étais doué partout, enfin, hormis la physique-chimie et je m'en sortais moyennement en biologie, mais uniquement parce que je bossai beaucoup. Mais à côté, je faisais pas mal de conneries.
-Du genre ?
-Du genre, je ne sais pas s'il y est toujours, mais dans notre salle de biologie -enfin, quand ça s'appelait encore la biologie- il y avait un miroir derrière le tableau. Tu avais le mur, le miroir qui prenait la longueur du mur, et le tableau noir. Pour les contrôles, notre instit' n'avait pas vraiment eu l'idée de nous surveiller depuis le fond, mais bien depuis sa place au bureau, à l'avant. Ce n'était pas difficile de tricher lors des contrôles, un bon marker, une ardoise, et le tour est joué !
-Jusqu'au jour… ?
-Jusqu'au jour ou j'ai oublié mon ardoise au sol. Si tu veux, pour éviter d'être trop voyants, on posait nos ardoises au sol avec la réponse inscrite dessus et une fois que la réponse avait été lue, on refourguait nos ardoises dans le sac. Un jour, j'ai oublié, et la prof a fait sa petite ronde entre les tables…
Des gloussements s'élevèrent dans la voiture. Je poursuivis de conter mes anecdotes, partant de la fois où mes amis et moi eûmes fait de l'art à l'aide de ballons de baskets, en les trempant dans de la peinture que nous eûmes répandue lors d'un match totalement improvisé dans le gymnase, jusqu'à la course d'orientation -qu'eurent également Castiel et Tallulah, de ce que j'eus compris au Bungalow- où nous eûmes littéralement monté un campement le temps que la course se termine.
-On a fait un feu à l'aide de deux bouts de bois ! On était tellement fiers…ris-je : Mais ça n'a rapporté aucun point dans la moyenne, soi-disant que c'était une course d'orientation, pas un stage de survie !
-Ah ouais, même nous, on n'a pas fait pire que ça…s'outra Priya.
-Dis Miss Ninja…
-Oh ça va !
Nous allions repartir dans nos partages de souvenirs lorsque je remarquai l'air hébété de Hyun qui écoutait en silence depuis le début.
-O-Oh, désolé ce n'est pas très sympa, m'excusai-je, me sentant un peu stupide d'avoir délaissé ainsi Hyun.
-Haha, ça va, vos histoires étaient drôles, réagit-il, l'air sincère.
Après deux heures de conduite, nous nous posâmes dans un établissement à restauration rapide pour manger un bout et faire le plein de café. J'en profitai pour appeler ma chérie, qui décrocha rapidement.
« Bonsoir, toi…Alors, comment tu te sens ? La route, ça va ? »
-Cela va bien, souris-je, sans joie : Aussi bien que ça puisse l'être sans toi…
« Hé, la neige a encore le temps de fondre tu sais ! Ne sois pas si pessimiste, c'est toi-même qui me l'a dit ! »
-Quand ? pouffai-je.
« En cours ! Pour mon mémoire, nou-nouille ! »
Le nou-nouille m'avait manqué, tiens ! me dis-je en souriant.
« Déjà, ça capte de mieux en mieux, pas besoin d'attendre des plombes pour que tu reçoives mes messages et mes appels » je l'entendis sourire.
Après quelques minutes d'échanges, je dus raccrocher afin de reprendre la route. Ce fut avec un pincement au cœur que je le fis, et je mourrai d'envie de la rappeler dans la voiture avec l'option du tableau de bord. Mais les choses que j'avais à lui dire, n'avaient nullement besoin d'être entendus des autres. Une heure et demi plus tard, Priya et Hyun s'étaient endormis, et Castiel s'était également accordé une sieste avant de me relayer à la première aire d'autoroute de trouvée. Rosalya fit de même pour Leigh, et nous entamions la dernière ligne droite. Enfin, façon de parler, car Castiel se mangea tous les cols montagneux et si je compris bien, c'était la première fois pour lui qu'il roulait sur ce genre de sentier.
-Au retour, c'est toi qui t'occupes de cette partie ! râla-t-il alors que je somnolai à côté de lui.
-Si tu veux, marmonnai-je.
Je me devais de garder les yeux ouverts, afin de le guider dans le sillon des villages que nous traversions.
-Prochaine intersection, tu prends à gauche, la plus serrée, dis-je en lui assurant que nous arrivions.
J'appelai Leigh
« On arrive ? »
-Bientôt, la prochaine à gauche ensuite il n'y a plus qu'à suivre la route. Après quoi, on va grimper assez haut, comment se sent Rosalya ? Je me sentirai mieux en sachant que c'est Morgan qui fait le reste…
« Elle se sent bien, mais te remercie. Je lui ai déjà demandé tout à l'heure, mais étrangement ça va. Le fait que nous n'ayons pas eu d'embouteillage aide peut-être ? »
-Je te l'avais dit, partir de nuit c'est toujours mieux. En revanche, on en a deux derrière qui ont rendu l'âme.
« Haha, pareil du côté d'Alexy ! Une vraie locomotive. »
Après s'être assuré que tout le monde allait bien, nous raccrochâmes et Castiel et moi continuâmes à discuter pour nous maintenir éveillés l'un et l'autre. Je regardai l'heure sur l'écran du tableau de bord…3h34 du matin…Elle doit dormir, me dis-je en relisant nos derniers messages.
-Accro, hein ?
La voix du chanteur me sortit de ma rêverie. Je lui adressai un regard interrogatif.
-Tallulah et toi, c'est du sérieux ?
Je ricanai en reportant mon attention sur mes messages.
-Toujours inquiet au sujet de la réputation d'Anteros ?
-Ce n'est pas de la réputation de l'Académie dont je m'inquiète mais des répercutions que cela pourrait avoir sur mon amie.
-Je sais… soufflai-je, la voix rauque : Permets-moi de te poser la question mais ne serais-tu pas un peu « trop » inquiet ?
Ce fut à son tour de ricaner.
-Je suis bien moins menaçant que le serveur qui ronfle derrière, fit-il : Quand bien même je serais amoureux d'elle, cela ne serait pas l'unique raison qui ferait naître en moi une telle inquiétude. J'ai beaucoup d'estime pour elle. Lysandre est peut-être mon meilleur ami, elle l'est tout autant aujourd'hui. J'ai toute confiance en elle, et je la respecte. (Il marqua une pause) Tu te souviens de tout ce qu'on t'a dit sur Tallulah, lors de la soirée du Bungalow ?
Je hochai la tête, l'écoutant attentivement, le regard de retour sur sa silhouette dont le profil s'éclairait et s'ombrait sous les lampadaires routiers à chaque fois que nous traversions leur halo.
-Elle m'a aidé, moi aussi…Elle a su soutenir l'adolescent un peu trop naïf et capricieux que j'étais. Je n'ai jamais su lui rendre la pareille. Alors, si je peux la soutenir dans les moments difficiles je-
-J'admire le respect que tu lui portes, avouai-je, quoi que peu amer : Mais aussi peu anodine puisse-être notre relation, ce n'est pas ça qui apportera de la difficulté dans sa vie mais les gens qui-
-Les gens qui tiendront à préserver leur façon de penser au détriment de votre bonheur, je le sais. Et crois-moi, le directeur sera plus prompt à préserver la réputation de l'Académie plutôt que de faire partie des gens qui se rendent compte que les temps changent. L'intolérance à toujours sa place partout… Et alors, Tallulah en souffrira et ça je ne le supporterais pas, renchérit-il calme, mais la voix claire et les mots articulés avec fermeté.
-Ne pourra-t-il nous donner une chance, comme toi et ton groupe ?
-Juste une… C'est maigre, comparé à la pression qui vous poursuivra. Une erreur, et c'est terminé.
-Cela ne vaut-il pas mieux qu'il sache d'entrée de jeu ce qu'il se passe dans ce cas ? Au moins, nous aurons une chance. Des collègues se doutent de quelques choses, et une est déjà au courant et je ne te parle même pas de vous tous. L'erreur, sera faite avant même que le directeur ne sache quoi que ce soit, autant lui préparer le terrain et qu'on n'ait plus besoin de faire attention à chacun de nos mots et gestes…Je parle des plus bienséants, bien entendu.
Castiel fronça les sourcils, mais garda son attention rivée sur la route.
-Voyez ça ensemble… termina-t-il et nous n'abordâmes plus le sujet. Nous nous concentrâmes davantage sur la route tandis que nous arrivions au chalet, qui se trouvait sur un sommet qui nous surplombait, parmi les arbres géants le bordant.
Je réveillai nos deux beaux aux bois dormants, qui sursautèrent dans leur sommeil respectif avant de s'émerveiller par la vue qu'ils avaient d'un lac de nuit, en contrebas. Le clair de lune se reflétait et les étoiles étaient plus scintillantes que jamais. Tallulah aimerait ce spectacle…
-Woh…mais c'est pas un chalet c'est une villa ! siffla Castiel qui se penchait sur le volant pour contempler la façade du chalet de ma famille : On loge à 15 là-dedans !
-10, pour sûr, mais avec des matelas supplémentaires, je dirai que 15 c'est faisable…
-Peu modeste…
-Réaliste ! me défendis-je, non sans rire.
Nous nous garâmes sous l'auvent qui protégerait les voitures de la neige, comme elle se faisait attendre sur la région. Prenant le temps d'aspirer une bouffée d'air pur et frais, nous nous étirâmes tous, me faisant craquer les muscles puis nous descendîmes nos valises.
-Mais il y a combien d'étage ? demanda Priya.
Ouvrant la lumière du jardin à l'aide du disjoncteur, nous pûmes atteindre la porte d'entrée qui se trouvait sur le premier balcon.
-Il y a le rez-de-chaussée inférieur, (je tiltai) on aurait pu entrer par-là, quel con, fis-je en déverrouillant la porte : Le rez-de-chaussée supérieur, (je désigne la porte en face de moi) celui-ci donc, un étage et un grenier.
-Et, vous le louez le restant de l'année ? Doit coûter cher en facture… (Hyun ricana) enfin si vous détenait un tel domaine c'est que vous avez les moyens, non ?
-On peut dire ça. Nous ne l'exposons pas mais on ne s'en cache pas non plus, ce serait hypocrite…Mais non, on ne loue pas le chalet, finis-je en ouvrant la lumière de l'entrée.
Enfin, nous y étions.
Tallulah
Quelle calvaire…Moi qui m'étais tant enjouée de retrouver mes parents pour Noël, je regrettai presque de ne pas avoir été seule chez moi, cloîtrée entre les murs de l'appartement. Au moins, j'aurais pu prendre la route avec mes amis…avec mon amant.
J'adorai la neige. Mais aujourd'hui, elle me rendait bien amère. Toutes les heures, je vérifiai le site du réseau de train dans l'espoir que ma ligne soit débloquée. Assise sur le rebord de ma fenêtre, un chandail autour de mes épaules alors que je ne portai qu'une chemise de nuit, je portai mon regard sur le petit paquet qui reposait tranquillement sur mon bureau. Ne pouvant lui offrir pour Noël, je comptai donner son présent à Rayan pour le nouvel an. Aujourd'hui, je redoutai un peu que cela puisse se faire.
J'avais des nouvelles de tout le monde, ils étaient arrivés entre 3h et 4h du matin au gîte. Nous étions maintenant le 29, presque deux jours qu'ils étaient tous là-bas, la fin d'année approchait, mes parents étaient partis pour profiter de leur séjour et moi je me trouvai coincée chez eux, seule, et la peine au cœur de ne pouvoir partager un peu de joie avec mes amis mais surtout un peu d'amour et de chaleur avec mon chéri.
Il n'était pas loin de midi, et, n'ayant que peu d'appétit, j'allais me poser sur le canapé devant une série sur netflix lorsque je reçus une notification sur le site de réseaux ferroviaires.
-Oh m…
Me précipitant à visiter le site, je me rendis compte que plusieurs lignes étaient débloquées, enfin, et des papillons s'éveillèrent en moi, caressant mon ventre de leurs battements d'ailes et qui me procuraient milles frissons. Les mains agitées, un peu tremblantes, j'allais chercher ma carte bleue et je me réservai un billet pour le premier train disponible.
Mes parents avaient gardé des vêtements à moi chez eux, pour quand je leur rendrai visite comme pour Noël, je n'avais donc que ma personne à amener à la gare. Une fois que j'y fus, il me restait 30 minutes à attendre avant l'arrivée du train. En même temps, je reçus un message de Rosalya, qui prenait en photo leur repas qu'ils prenaient tous dans un petit restaurant du coin. Je l'appelai.
« Hey, ma puce comment tu- »
-J'ai un train ! Rosa, j'ai un train ! Il arrive dans trente minutes, je serais chez-moi d'ici 2 ou 3h si le trajet se passe sans encombre !
« Non, c'est vrai ? Hé déconne-pas ! (Elle chuchota) Il y en a un qui frôle la dépression nerveuse si tu vois ce que je veux dire… »
-Je suis à la gare, Rosa ! Je rentre à l'appartement préparer ma valise et je prends la route pour le gîte ! Il faudrait que tu me donnes l'adresse en revanche.
« L'adresse ? A o-oui…l'adresse ! Euh…attends une seconde » je l'entendis parler à Leigh. « T'as de quoi noter ? Ou je te l'envoie par texto ? »
-Texto, mais fais-vite, je ne capterai plus dans le train !
« Je t'envoie ça tout de suite, bisou ma puce ! Et je garde le secret, ça fera une surprise à Rayan » susurra-t-elle.
Je souris, les joues rosies. Après des aurevoirs surexcités, nous raccrochâmes et j'attendis le train qui me mena jusqu'à chez moi. Je ne perdis pas plus de temps pour faire ma valise, j'eus beau être épuisée par le trajet en train qui s'était fait avec un bon retard, l'engouement qui m'étreignait, électrisait mes nerfs et je ne me voyais pas pouvoir attendre une journée de plus. Comme il était prévu qu'on y reste un petit moment, je fis en sorte de prendre suffisamment de vêtements, et ma paire de chaussures de randonnées. Hors de question que je reste enfermée ! Le grand air m'appelait…
Une fois que j'eus tout vérifié, et surtout, que j'avais bien introduit le cadeau pour Rayan dans ma valise, je bouclai tout, verrouillai la porte de l'appartement et rejoignis ma voiture. Je passai devant le café, qui était bien évidemment fermé puisque Clémence avait pris ses vacances, et continuai ma route qui, au vu du temps de trajet que me signalait mon GPS, allait être longue.
Au bout d'une heure et demi, je me rendis compte que ma Twi-twi avait soif…mais j'étais encore loin de la prochaine station-service, il fallait qu'elle tienne.
-Me laisse pas, tape dans la réserve ! priai-je en me maudissant de ne pas avoir fait le plein avant de partir.
Quand j'eus atteint la station, je laissai ma voiture faire un break et étancher sa « soif ». Déjà qu'elle n'était pas vraiment habituée à faire d'aussi longs trajets, comme celui qu'elle était en train de faire, il fallait bien qu'elle reprenne de l'énergie ! Et de mon côté, après quatre heures de routes, il commençait à m'en manquer. Un peu après 20h, je m'autorisai une pause sur une aire de repos. Une petite sieste, mais je n'étais pas très habituée à dormir dans les voitures, et je dus me payer deux canettes de café instantané dans la supérette qu'entourait l'aire de repos. Rayan m'avait envoyée des textos, et bien que j'en mourrai d'envie, je ne lui répondis pas, et préférai rester en contact avec ma meilleure amie qui, malgré l'impatience qu'elle avait de me voir, avait tenu sa langue. J'arrive ma Rosa ! m'écriai-je en mon for intérieur en reprenant la route.
Il était presque minuit, quand j'arrivai près du gîte…Une allée pour dernière ligne droite, mais je craignais qu'on entende le crissement de mes pneus. Je m'arrêtai au milieu de l'allée, envoyai un message à Rosa qui m'appela quelques minutes après.
« Ma puce ? J'te vois pas dans le jardin, t'es où ? »
-Je suis dans l'allée, d'après le GSP, le gîte est au bout c'est ça ? Quitte à jouer l'effet de surprise, autant que je fasse ça bien, il me reste beaucoup à marcher ?
« Toute seule ? Bon, normalement il ne te reste pas grand-chose, mais éclaire-toi hein, il y a des nids de poule sur le chemin »
-I-Il y a des sangliers dans le coin… ? demandai-je, un peu apeurée tandis que je sortais de ma voiture : Personne ne se doute de rien ?
« Haha, normalement non ! rit-elle : Non, Rayan est cloitré dans sa déprime, même s'il s'amuse avec nous, on voit bien que quelque chose ne va pas » ricana-t-elle, aussi attendrie que moi à l'écoute de cela. « Bon, je pense que Priya a deviné, mais elle ne m'a pas posée de question, juste émis deux-trois sous-entendus haha ! Mais les autres, je n'ai pas l'impression qu'ils aient capté, comme j'appelle souvent mes parents depuis qu'ils savent pour le bébé, ils pensent que c'est à eux que je parle. »
-Décidemment, ce bébé est un petit miracle avant la naissance ! souris-je.
« Hm, Miracle, ça lui irait bien comme prénom ! Haha ! »
-Bon, je raccroche, j'ai besoin de la LED de mon portable. C'est toujours tout droit hein ?
« Toujours ! Il y aura des petits sentiers mais ne t'en souci pas, et encore t'as dû les dépasser avec la voiture. On se fait une partie de cartes, ne t'en fais pas, tu n'auras qu'à suivre la lumière du jardin. A tout' ! » s'enjoua-t-elle.
-Bien reçu, Bisou !
Presqu'aussi surexcitée qu'elle, je raccrochai et me mis à trottiner sur le sentier, mes chaussures crissant sur les pieds et la poussière. En chemin, je reçus un message « Magne-toi, ils veulent aller se coucher ! »
-Noo-oon ! Pas sans moi ! beuglai-je dans ma course.
En même temps je pouvais comprendre, il était minuit passé, et je savais qu'ils s'étaient promenés toute la journée. Rayan ! Je voyais le gîte, ainsi que la lumière qui sortait des fenêtres aux volets encore ouverts. Essoufflée, je ralentis, essayant de reprendre mon souffle et prévins Rosa que j'arrivai.
« J'ai laissé la porte ouverte, entre directement »
-Je t'aime Rosalya ! me dis-je, seule, alors que je repérai un escalier qui menait à une porte, laquelle, je supposai être celle d'entrée.
De ce que présentait les lumières du jardin, le gîte était vraiment beau. Très grand aussi, sûrement deux ou trois étages, je n'étais pas tout à fait sûre, mais le jardin alentour, et les arbres…Je me doutai déjà qu'on puisse avoir une vue remarquable depuis le dernier balcon. Un rideau cachait la vitre de la porte et, après avoir retiré mes chaussures, j'entrai discrètement dans le hall. C'était un long couloir, qui faisait face à un escalier, et, sur la gauche et la droite du couloir, se trouvaient deux arches donnant sur des pièces qui m'étaient encore inconnue. Cependant, je me laissai guider par les éclats de voix et, à pas de loup, je rejoignis mes amis qui étaient assis autour d'une table non loin de la cuisine, semblait-il. Je slalomai entre les fauteuils, installés à l'écart et je fus repéré par Leigh et Morgan mais je leur fis signe de se taire tandis que Rayan était en plein débat avec Priya, qui, au vu du regard en coin qu'elle me lança ne semblait que peu surprise en effet.
Comme a son habitude, à chaque fois qu'il était emporté dans une conversation qui l'intéressait, Rayan agitait expressivement ses mains, et les autres feignirent l'innocence en reprenant le jeu. Je ne voyais ni Hyun ni Castiel, je me dis qu'ils étaient partis se coucher.
Rayan n'avait absolument rien vu, ni senti, pourtant je me trouvai derrière lui, en train d'imiter certains de ses gestes alors qui parlait avec les autres et je vis Alexy sur le point de craquer tant il serrait les lèvres pour ne pas glousser.
-Ils en mettent du temps pour- (Rayan s'était retourné et tressauta en me voyant) Tallulah… ! geignit-il dans un souffle presque désespéré.
Faisant tomber sa chaise, mon chéri se leva pour m'étreindre avec force, à m'en faire décoller les pieds du sol. Les rires attendris s'élevèrent tous un à un tandis que je vins me suspendre à lui, les jambes et les bras entourant son corps tandis qu'il me portait plus haut dans ses bras.
-Hé bien, hé bien ! Je me faisais attendre si je comprends bien, n'est-ce pas ? lui murmurai-je en embrassant ses cheveux.
-Mais quand est-ce que tu… ? Ta voiture ? T'es venue comment ? questionna-t-il, en frottant son visage contre ma poitrine, alors que je câlinai sa tête.
Je lui demandai d'abord de me reposer au sol, mais ce voyou me garda dans ses bras, releva la chaise à l'aide d'une main, gardant l'autre autour de moi, se rassit en me fourguant à califourchon sur lui. Qu'il était bon de retrouver ses bras…sa fragrance…sa chaleur…. J'eus déjà ressenti cela auparavant, mais décidément, c'était bien auprès de lui que je me sentais chez moi.
Finalement, je m'écartai un instant de lui pour venir étreindre tous mes amis présents, les deux autres encore absents, mais j'eus compris qu'ils se relayaient pour la douche, mais que personne ne les avait vu revenir.
-Ils savent pourtant qu'il y a deux salles de bain, ils auraient pu aller chacun d'un côté… soupira Rayan qui me fit rasseoir sur ses cuisses mais je restai debout.
-Je dois aller chercher ma voiture, je l'ai laissée au milieu de chemin, lui dis-je avant de lui expliquer toute notre magouille avec Rosalya.
-Je me disais bien que tu appelais un peu trop souvent tes parents, gloussa Priya.
Rosalya lui tira la langue avant malice.
-Tu dois être rincée après s'être route, souligna Morgan : ça a été toute seule ?
Comme réponse, je baillai à m'en décrocher la mâchoire, plaquant mon bras devant mon visage afin de rester un tantinet polie. Mon estomac gronda bruyamment également. Ecarquillant les yeux, je posai une main sur mon ventre non sans rougir.
-Je n'ai rien mangé de la journée, avouai-je avant de demander : V-Vous avez des restes ?
-Haha, je te prépare quelque chose, rit Rayan qui se leva : Mais on va chercher ta voiture avant, viens.
Mon aîné me tendit la main que je vins attraper sans hésitation. Leigh bailla à son tour, en examinant les cartes sur la table.
-Je crois qu'on finira notre partie une autre fois, on a un peu abusé sur l'heure ce soir.
-Oh, moi j'ai encore la forme, se plaignit Alexy qui rassemblait les cartes : Tal' tu feras une partie avec nous ?
-Nous ? reprit Priya : J'suis claquée mon chat, moi je vais au lit ! Tu m'excuses ma belle ? s'inquiéta mon amie que j'excusai avec compréhension. D'ailleurs, je prévins Alexy que j'étais bien trop sur les rotules pour avec les idées claires.
-Déjà qu'en temps normal, je perds facilement, mais là je vais rager, donc mieux-vaut éviter une partie de cartes pour cette nuit, haha !
-Et puis, Tallulah et Rayan ont sûrement envie de rester un peu seuls, tu ne crois pas ? fit remarquer Morgan qui semblait aussi épuisé que les autres. Il veut surtout aller dormir, me dis-je, attendri par sa frimousse.
-Je suis d'accord avec Momo ! Tout le monde dodo, et on parie combien qu'on va retrouver les deux lâcheurs dans le fond de leurs pieux ? rit Rosalya qui se tapota les épaules de son compagnon qui somnolait au bout de la table.
Un sourire épuisé sur les lèvres, je fis un tour sur moi-même, afin de balayait un peu distraitement des yeux la salle. J'étais tellement pressée de retrouver mes amis que je n'eus pas vraiment pris le temps de le faire auparavant. Plusieurs photos, posées sur un petit meuble dans le fond de la pièce, où se trouvaient les fauteuils, attirèrent mon attention.
-Mais c'est ta mère…m'offusquai-je en lâchant la main de mon petit ami pour rejoindre le meuble : C'est quoi ce délire, que fait une photo de-
Me retrouvant confrontée aux regards penauds de mes amis, je compris qu'il y avait anguille sous roche. J'arquai un sourcil tout en interrogeant en silence Rayan qui me sourit, un peu crispé, tout en s'approchant de moi.
-Bon, nous on va se coucher ! rit Rosa qui vint me faire un énorme bisou sur la joue, tandis qu'Alexy vint m'attaquer l'autre.
J'offris de chaudes étreintes à Leigh et Priya, puis, au compte-goutte, la pièce se vida et nous nous retrouvâmes qu'à deux. Toujours aussi intriguée, j'examinai les autres photos qui semblaient dater. Entourant ma taille, Rayan posa son menton sur mon épaule et m'expliqua alors que ce gîte, n'était autre que son chalet familial. Sachant que j'étais une amoureuse de la montagne, il voulut m'en faire la surprise, et je dus avouer que c'en fut une !
-Ta famille détient un chalet ? Woh…j-je…
Quand je songeai à son appartement assez simple et minimaliste, j'eus du mal à l'imaginer venir d'une bonne famille à la Nathaniel et Ambre. Mais il m'expliqua le fond de l'histoire en détail alors que nous marchions sur le sentier, dans l'objectif de rejoindre ma Twingo.
-Ce chalet appartenait à ma grand-mère. C'est ici qu'elle vivait avant de rencontrer mon grand-père et c'est également ici que mon père a grandi. A mes treize ans, ma grand-mère est décédée dans un accident de la route, elle revenait d'un séjour chez son frère cadet. Ce fut un choc pour toute la famille, et se chalet revint à mon grand-père bien que ce soit mon père qui prend tout en charge.
-Quand tu dis, qu'il prend tout en charge, tu veux dire que c'est ton père qui paie les factures tout seul ? m'enquis-je un peu surprise.
-C'est ça, opina Rayan dans un souffle : Et avant que tu te poses des questions…Non, je ne viens pas d'une lignée de grands monarques ou quoi que ce soit de farfelus qu'ont pu me sortir les autres haha ! Il me voyait déjà « Bey » ou « Sultan » en Tunisie alors que tout ceci est dépassé !
-Oui…baragouinai-je, peu instruite sur le sujet.
-On vit bien, je ne vais pas te le cacher, mais c'est uniquement dû au travail de ma grand-mère qui était mannequin et à la carrière de mon père… (Il marqua une pause) T-Tu te souviens des photos du mariage de mon frère ? Tu m'as parlé…de deux artistes photographes que tu appréciais. Tu te souviens desquels ?
Sachant que l'une était une femme et l'autre un homme, même fatiguée il ne fallut pas longtemps pour comprendre ce qu'il essayait de me dire.
-Oh…fis-je : Je comprends mieux maintenant quand tu disais que tu baignais dans l'art depuis ton enfance, ricanai-je en venant porter le dos de ma main à mes lèvres.
-T-Tu n'as pas l'air plus surprise que ça, souligna Rayan dont je sentis la main se resserrer autour la mienne.
Je haussai une épaule.
-Je crois je suis trop anesthésiée par les trois heure et demi de train et les sept heures de routes pour vraiment réagir, gloussai-je avec lui.
Amoureusement, Rayan glissa sa main sur ma nuque et me fit approcher de lui avant d'embrasser ma tempe.
-Autant, j'aurais pu me sentir bête, comme j'ai vu une photo de ton père chez toi, autant je ne peux pas l'être non plus puisque « Sohan » est toujours resté très secret sur lui-même et son image. Je ne sais pas comment il s'est débrouillé d'ailleurs, pour maintenir si secrètement son identité.
-Quand tu es dans le milieu de l'image, tu progresses forcément dans le divertissement, l'édition et tu peux avoir une certaine influence sur tel ou tel studio. Et disons qu'avec le temps, mon frère a su couvrir ses arrières.
-Dimitri ? Comment ça, il est journaliste ou quelque chose dans le genre ?
-Pas du tout, il est un businessman enfin…il est recruteur international dans pour le studio Arles. Il a également son cabinet privé, et propose ses services à d'autres entreprises.
-Ouais, un chasseur de tête.
Rayan opina, dans un grognement sourd.
-Il a gagné une certaine notoriété qui est assez crainte par pas mal d'entreprises et banques qui évitent de se mêler des affaires de mon père. On peut dire que grâce à lui, notre famille n'a jamais été confrontée à la pression des médias, et je lui en suis reconnaissant pour ça…
Il marqua une pause et je souris.
-Mais ?
Il rit.
-Mais…j'sais pas, ça fout les j'tons non ? De te dire que sans ses interventions, on pourrait être tous les quatre matins assaillis par la presse et les demandes de galeristes et autres artistes sans « pouvoir » qui désireraient un peu l'influence de mon père pour les propulser.
Je haussai les sourcils avec stupeur.
-Dit comme ça, oui, ça fait peur…cela me fait un peu penser au propriétaire du café lecture qui aide les jeunes artistes à grimper les échelons.
Une minute… Soudain, alors que nous arrivions à ma voiture, quelque chose fit sens dans mon esprit. L'Académie a besoin de donateurs…
-Pourquoi n'y a-t-il pas pensé ?
-Hein, j'ai oublié quelque chose au chalet ? s'inquiéta Rayan qui semblait déjà prêt à faire demi-tour mais je le retins en le tirant par le bras.
-Noooon ! capricionnai-je (oui, oui, du verbe capricionner !) : Je parle de la fac !
-Ah non, on est en vacances Tallulah ! rouspéta mon aîné.
-Mais, écoute-moi deux secondes, nou-nouille ! Le bâtiment d'Art a besoin de fonds, d'où l'appel aux dons pour sauver la section Histoire de l'Art. Mais si on n'a seulement jusqu'aux vacances d'Hiver pour en récolter suffisamment, ça ne tiendra pas plus d'un an et les donateurs ne seront pas non plus une sûreté si ce ne sont que des particuliers, des parents d'élèves et si le don n'est pas répété par semestre ! L'Académie a besoin d'une sûreté en faisant appel à des influenceurs, et quoi de mieux que de faire appel à des artistes, puisqu'il s'agit de sauver le bâtiment d'Art ? Le directeur doit organiser un événement qui inciterait les artistes à se porter garants pour le bâtiment d'Art ! La mère de Yeleen le fait déjà, mais il est sûr qu'à elle seule, ça n'a pas beaucoup de poids au fur et à mesure que l'école accueille de nouveaux étudiants. Je sais pas moi, des enchères, un gala de charité… ! Quelque chose qui les attire !
-Maintenant c'est toi qui me fous les j'tons…marmonna mon chéri qui s'appuya contre le capot de ma Twi-twi.
-Bouge tes fesses de Twi-twi !
-Pardon, pardon ! s'exclama-t-il en se redressant, les mains bien évidence et les fesses éloignées.
-Elle s'assoit pas sur toi, elle !
-Cela m'ferait mal, rit-il à gorge déployée.
Nous montâmes à l'intérieur, et Rayan me guida jusqu'au auvent où je pus garer de justesse ma petite voiture. En descendant mes affaires, soit, ma valise et le plaid qui m'eut recouvert les jambes pendant ma petite sieste, nous continuâmes notre conversation de plus tôt.
-N'empêche, ça peut marcher ce que tu racontes, là…
-Ah ! Tu vois, crevée et affamée j'ai encore les fils de connectés !
-Il faudrait que tu envoies un mail au directeur pendant les vacances, histoire qu'il y réfléchisse et prépare ce qu'il faut au cas où l'idée l'intéresserait.
Enfin, nous fûmes au chaud. Rayan s'occupa d'éteindre les lumières du jardin, maintenant que tout le monde était couché, et ferma la porte à double-tour. Je fis bien plus attention à l'aménagement et je devais bien admettre que cette ambiance chaleureuse, légèrement confinée et intime m'avait manquée. Cela fait un moment que je n'avais pas mis les pieds à la montagne, et les chalets, bon sang… Epouse-moi… plaisantai-je en mon for intérieur en lançant un regard amoureux à Rayan qui plaçait ma valise dans un coin. Il me proposa si je voulais manger quelque chose, et j'acquiesçai, tout comme mon estomac.
-J'ai un petit creux moi aussi, souligna-t-il en ouvrant le réfrigérateur.
-En vrai, je veux bien un lait chaud avec du pain et de la confiture, dis-je en retournant à ma valise de laquelle je sortis six pots de confiture de melon d'eau et d'agrumes : Je les ai faites chez mes parents ! Tu en veux ?
-J'en ai ramené à la myrtille de chez mon frère, mais c'est ma mère qui l'a faite, sourit-il en sortant deux pots.
Finalement, nous nous fîmes un chocolat chaud avec nos tartines, et Rayan grogna plus d'une fois en savourant les siennes, un coup tartinées de myrtille puis de melon d'eau.
-T'as super bien dosé le sucre, ma puce…baragouina-t-il entre deux bouchées.
Je souris et lui volai un baiser au goût de pain grillé et de chocolat. Le plus gourmand des bisous…
-Pour en revenir à ce qu'on disait, je pense que le mail devrait provenir de toi, repris-je en essuyant ma bouche avec un morceau d'essuie-tout.
-Hm, pourquoi ? demanda-t-il après avoir avalé sa bouchée.
-Hé bien, j-je me vois mal lui proposer ça, j'suis qu'une étudiante, ça risque d'être présomptueux, non ?
-Non, ça prouve seulement que tu te sens concernées par le bien-être de l'école, ça ne peut que t'être bénéfique tu sais. Cette école est assez élitiste quand on y pense, ça fonctionne à la meilleure réputation. Tu es en dernière année de master, l'esprit de compétition est partout ! Tu te dois de sortir ton épingle du jeu, et si, proposer cette idée d'enchère ou de gala, peut, à la fois sauver l'école et te faire gagner les bonnes grâces du directeur, je ne vois pas où est le problème.
-J-je…enfin, je ne pensai pas à ça quand j'ai dit qu-
-Haha, je sais, j'te taquine ! rit-il en me jetant un regard bienveillant : Mais mon frère aurait dit ça !
Je repris ses éclats de rire avant de plaquer ma main devant la bouche en me souvenant que les autres dormaient. Rayan me fit également signe de faire moins de bruit.
-La chambre de Castiel et Hyun se trouve juste au fond du couloir, après l'escalier. Les murs ne sont pas épais à ce niveau-là.
-La tête qu'ils feront lorsqu'ils me verront demain matin. Enfin…dans quelques heures !
-Sûrement pas la même que la mienne, mais je me doute bien qu'ils seront surpris, glissa Rayan, les yeux plongés dans son chocolat.
Je souris, attendrie par les couleurs que prenaient ses joues. Câline, je rapprochai ma chaise de la sienne et me glissai sous son bras, pour me blottir contre lui.
-Toi aussi tu m'as manquée, Rayan, répondis-je à son sous-entendu.
Ses lèvres plaquées contre mon front, sourirent. Après un bon « petit-déjeuner » de minuit, Rayan me guida jusqu'à la « chambre » où nous allions dormir. En vérité, mon aîné m'avait surtout conduite jusqu'au grenier qui était plus ou moins aménagé et où il s'était installé depuis leur arrivée. Ce qui me sauta aux yeux en premier lieu, fut le vasistas immense qui laissait filtrer le clair de lune sur le lit de fortune qu'il s'était fait avec deux matelas et des couvertures.
Subjuguée, je lâchai un soupire de fascination en tournoyant sous la lucarne qui offrait une superbe vue sur le ciel.
-Ça vaut tous les observatoires du monde ! m'exclamai-je, le regard ébahi.
-Quand même, je suis certains qu'ils t'offriraient plus, rit Rayan.
-Cela ne voudra pas forcément dire que c'est mieux, insistai-je en le tirant pour le ramener à mes côtés, le sourire aux lèvres et plus éveillée que jamais.
Et dire que la neige faillit m'empêcher de vivre cela. Pour beaucoup, les étoiles restaient et resteraient des étoiles, des éclats lumineux dans le ciel tout au plus, mais pour moi, elles étaient différentes en fonction de l'endroit où je les contemplais et avec qui j'étais pour cela. Et ce spectacle là n'a pas de prix !
-T'es belle…susurra-t-il soudainement, me faisant tourner hâtivement la tête face à la sienne. Son regard détaillait mon visage avec une intensité qui m'électrisa.
Le baiser qu'on échangea sembla prompt à propulser mon cœur hors de ma poitrine tant il se mit à pulser fougueusement. Les mouvements étaient lents mais tant appuyés que chacune de nos lèvres se faisaient entièrement dévorer par celles de l'autre. Rayan soupira profondément, comme s'il retrouvait son souffle alors qu'il s'entrecoupait avec le mien.
Après l'extase, nous nous séparâmes, dans un bruit humide qui tomba dans le silence du grenier ne laissant que derrière lui une brillance sous nos bouches échauffées.
-Je prendrai bien une douche chaude…murmurai-je.
Rayan hocha le menton, sans détourner son regard. Puis, marchant à reculons, il me tira d'une main et me guida jusqu'à la salle de bain de l'étage inférieur. Comme l'eau chaude semblait mettre du temps à arriver, il ouvrit l'eau, et la laissa couler le temps que nous nous déshabillions. Pas besoin de lui demander s'il avait pris la sienne, je m'en moquai à vrai dire et je l'autorisai à me rejoindre. Le jet froid m'arracha un frisson qui déchira la peau de mes seins qui se bombèrent en leur bout. Rayan vint m'en protéger de ses grandes mains caleuses et me plaqua contre le fond de la cabine. Je le sentis grimacer lorsque le jet fit couler l'eau dans son dos, et comme lui, je vins faire barrage sur sa hampe qui se lova dans ma main tandis que l'eau essuyait les gouttes d'eau sur son torse. Il avait la chair de poule. Le grain de sa peau semblait s'effriter sous mes doigts qui s'attardèrent sur un téton que je vins sucer, buvant l'eau qui se tiédissait peu à peu. Il soupira… J'ignorai ce qui, de l'eau chaude ou de mes caresses sur son torse lui arrachèrent cela mais j'en souris. Je levai mes yeux pour m'accrocher aux siens plongés dans les miens, alors que mes crocs s'acharnaient sur son mamelon. Ses cheveux étaient écrasés sur son front, ses boucles étaient lissées par l'eau et il faisait bien plus jeune malgré la barbe qu'il ne semblait pas avoir taillée ces derniers jours. Elle était plus épaisse, plus dure…Et bientôt je ne sus qui de sa barbe ou de son sexe j'étais en train de faire allusion.
Soudain, lourdement, comme essoufflé…comme impatient…Rayan se laissa tomber à genoux devant moi, nos regards échangeant de place, et bloquant mes hanches en plaquant ses mains sur moi, il vint m'ouvrir les cuisses pour y glisser sa tête.
J'aspirai un cri avant de me mettre à sourire et rire alors que sa chaude langue s'aventurait goulument dans ma fente. Il mordit doucement les lèvres qu'il vint élargir avec ses mains alors que j'eus passé une jambe par-dessus son épaule, le talon massant sa colonne. Au diable la pudeur, je laissai ma voix étendre des râles et des soupirs qui faisaient échos dans la salle de bain. Par spasmes, je me mis à onduler et mes mains agrippèrent sa tête, que je caressai, frictionnai entre mes doigts perdus dans ses cheveux mouillés tandis qu'il faisait face à l'humidité de mes poils et de mon intimité qui se contractait autour de la pression du plaisir qui s'élargissait en moi.
Mon clitoris s'émerveillait, mes nerfs, mes muscles, mon cerveau les abandonnèrent tous pour ce point bas. Si bas…mais qui me faisait grimper si haut. Je le sentais…je l'entendais…il déglutissais à chaque gorgée de cette eau qui s'écoulait sur mon corps, semblant chuter en quantité entre mes cuisses.
Commençant à frôler la folie, une de mes mains vint masser mes seins, s'attardant sur les tétons, que je pinçai entre le bout de mes doigts, me procurant une faible douleur plaisante. L'autre, s'agrippa une savonnette que je vins répandre sur mon corps avant de la laisser choir dans le bac. Rayan la récupéra vint la masser contre son sexe alors qui se faisait plus fervent avec mon clitoris. Dans un chant je libérai mon orgasme et j'eus à peine le temps de m'en remettre que Rayan se remit à dévorer le dessous de ma ceinture. Encore fébrile, l'orgasme suivant ne se fit pas attendre longtemps.
-Viens… ! geignis-je sous l'eau qui nous rinçait, nous chauffait autant que nos caresses.
Je lui tournai le dos voyant qu'il se relevait, me courbai contre le mur et avec une lenteur qui me rendit folle, je sentais enfin sa hampe fondre en moi. Je tournai le bras, afin de glisser ma main sur son ventre que je massai avec ses poils pubiens avant de venir me caresser alors qu'il enchainait les roulements de reins. Je me serrai autour de lui, lui faisant comprendre que j'en voulais cette nuit, et que je le prendrai avec moi avec impudence au point dans faire rougir le petit matin.
Ses râles rencontrèrent les murs de la salle d'eau, cherchant les miens qui se faisait tout aussi libidineux. « Tallulah… ! Tallulah… ! » L'entendis-je gémir avant de se faire plus brusque, redressant mon torse d'un geste. Mes seins crissaient à chaque coup de butoir contre le carrelage habillant la cabine et mes mains tapèrent à la recherche d'un appui.
Bon sang que j'étais bien. Bon sang que c'était bon. Et à l'écoute de ses cris et complaintes mon amant en savourait chaque miette. Je le sentis m'agripper par l'intérieur des cuisses, laissant ses doigts s'amuser avec mon bouton de plaisir, et je lui hurlai de continuer. Que j'aimais ça et il vint me retourner, cuisses largement ouvertes lui offrant une vue imprenable sur mon intimité en laquelle il s'insinua derechef avant de se blottir tout contre moi. Les bras sous mon corps, je l'entourai de mes jambes et de mes bras respectivement autour de sa taille et de ses épaules auxquelles je m'agrippai toujours plus fermement entre chaque à-coup de son bassin endiablé. J'ondulai la taille pour accélérer un peu la cadence, le tenant toujours fermement entre mes parois qui épousaient le glissement de sa verge bien au chaud en moi.
Rayan cria plus fort, sa voix grave et rauque me rendaient dingue, et, jetant ma tête en arrière, je souris plus encore alors que je me sentais plus vivante que jamais. Lorsque sa poigne se fit plus ferme et puissante sur ma peau, je sus qu'il frôlait sa limite.
-Pense à Lebarde ! soupirai-je, ne voulant pas qu'il jouisse maintenant.
-Putain, Tal' ! gronda-t-il alors qu'il se coupait dans son élan.
-Encore… ! Rayan, j'en veux encore !
Secouant la tête pour essorer ses cheveux et les dégager sur le côté, il me mit sur une jambe, plaqua l'autre contre lui et l'enroula de ses bras avant de reprendre de plus bel ses roulements.
-Oh, oui…murmurai-je avant de me mordre les lèvres avec envie.
Et nous continuâmes à nous aimer si passionnément encore un moment. Délaissant la cabine pour le rebord sur lavabo et le miroir de la salle de main avant de s'occuper du tapis de bain sur lequel je le fis s'allonger pour mieux le chevaucher. Cette heure resta mémorable, quitte à nous vider de nos forces, nous le fîmes avec plaisir et gourmandise.
En revanche, ayant oublier nos vêtements de nuit dans le grenier, nous dûmes y retourner en serviette et bon sang ce qu'il caillait dans le couloir ! Le plancher grinçait un peu, nous fîmes le plus discrètement possible pour rejoindre le grenier bien mieux chauffé.
-Wah, il caille dans ton couloir, frissonnai-je en me hâtant de sortir des fringues dedans ma valise. Rayan en fit de même avec la sienne, posée à côté du canapé qui se trouvait dans le fond : Comment se fait-il qu'il fasse meilleur dans le grenier ?
-Il a été refait, et isolé, comme les pièces de l'étage du dessous. Il n'y a que le rez-de-chaussée qui à besoin de rénovations, m'expliqua-t-il en enfilant un boxer : Mais c'est vrai que les chauffages se trouvent uniquement dans les chambres et comme il n'y en a que deux d'occupées pour le moment au premier, ça ne chauffe pas beaucoup le couloir. (Il me sourit) Tu peux dormir sans t-shirt, personne ne montra jusque-là.
-On ne sait jamais, j'suis pas chez moi…baragouinai-je en me dirigeant vers les matelas. Un large tapis les protégeait du parquet qui semblait neuf, en effet. Me glissant sous les couettes, je posai mon portable à côté, non sans regarder l'heure au passage : Oh, 2h47…on a abusé un peu, non ?
-Un abus des plus agréables, si tu veux mon avis, grogna-t-il en se glissant derrière moi pour venir m'étreindre et embrasser ma nuque : En revanche, il va vraiment falloir trouver autre chose que de penser à André à chaque fois que je dois faire redescendre le jus, car clairement, c'est un coup à me foutre en l'air ma libido !
J'éclatai de rire que je vins atténuer dans mon oreiller.
-Ça t'amuse, toi ! Cela se voit que ce n'est pas toi qui es confrontée à ça à chaque fois qu'on fait l'amour !
-Oh moins tu pourras lui dire que tu as pensé à lui pendant les vacances, ricanai-je, les larmes aux yeux.
Mon aîné pouffa d'exaspération, ne sachant plus quoi faire de moi avant de se rouler sur le dos, en étoile. La joie au cœur, je me dressai sur un coude, le menton en appui sur la paume de main tandis que je caressai son visage et ses cheveux qui bouclaient, de l'autre. Rayan ferma les yeux, un sourire paisible sur les lèvres et soupira.
-Tu es bien ? lui demandai-je.
-Mieux que jamais, assura-t-il en venant me coller contre lui.
Nous profitâmes un moment de la vue que nous offrait le vasistas sur la nuit étoilée, avant de nous laisser bercer par les bras de Morphée. Ce fut les rayons du soleil qui nous réveillèrent, mais bien trop épuisés pour bouger le moindre muscle, Rayan s'arma d'une télécommande afin d'enclencher le mécanisme qui abaissa le store. Plongé dans le noir, roulés en cuillères, nous nous rendormîmes sans peine.
Nous nous réveillâmes à nouveau sur les coups de 11h, et lorsque nous descendîmes, nous trouvâmes Alexy et Morgan assis sur le canapé du séjour, que je n'eus pas encore vu, toujours en pyjamas et je compris que nous ne fûmes pas les seuls à être des lèves tard. Nous les saluâmes, leur demandant s'ils avaient bien dormi.
-Comme des bébés, assura Morgan, en revanche… Il se tut et lança un regard complice à Alexy qui gloussa :
-Ne posez surtout pas la question à Castiel et Hyun, vous allez être mal reçus.
Ma respiration se coupa et je ne pus faire autrement que rougir avant de me poser une question silencieuse à mon petit ami qui se mordit la lèvre avec doute. Il osa tout de même demander, pourquoi.
-Bah…si j'ai bien compris leur chambre se trouvent en dessous de la salle de bain de l'étage.
-Sérieusement !? grondai-je en frappant le bras de Rayan.
-Hé ! Je n'étais pas tout seul que je sache ! s'outra-t-il non sans rougir.
-Mais je connais pas la maison moi !
-Tu crois peut-être que j'y ai pensé sur le moment ? marmonna-t-il, penaud en se frottant le bras endolori.
Alexy éclata de rire, alors que nous rejoignîmes la cuisine, où se trouvait Priya qui gloussa aussitôt que nous fûmes dans son champ de vision.
-Alex' et Momo vous l'on dit ?
-Pitié, dis-moi que t'as rien entendu…
-Que dalle, honnêtement, je n'ai rien entendu. Ce qui est bizarre comme ma chambre ne se trouve pas loin de celle Castiel et Hyun.
-Super, au moins tout le sait que je suis là, maintenant, marmonnai-je, ironique, en prenant place autour de la table après avoir embrassé mon amie sur le haut de sa tête.
-Et ils sont où les quatre autres ?
-Rosa et Leigh sont partis faire une petite ballade en amoureux, et les deux loustics font le tour de la propriété. Ils avaient besoin, comme qui dirait, de se changer les idées !
-C'est pas vrai, soupirai-je en plaquant mon front contre la table.
-Oui, bon, ce sont des choses qui arrivent ma puce, ricana Rayan qui sortait deux bols.
-C'est pas drôle, Rayan ! gloussai-je malgré moi.
-Mais tu vois bien que si, rétorqua-t-il en me donnant une pichenette sur le nez.
Nous prîmes notre petit déjeuner en compagnie de Priya qui terminait le sien. Après quoi, nous allâmes nous rafraîchir et nous habiller. Cette histoire de ballade me plut bien, et j'en fis la proposition aux autres. Priya et Morgan acceptèrent tandis qu'Alexy râla un peu.
-On fait que ça marcher depuis qu'on est arrivé, j'ai les pieds qui n'en peuvent plus, sérieux !
Je fis la moue.
-Mais moi j'étais pas là…
Alexy croisa mon regard, auquel il ne tint pas deux secondes avant de soupirer de capitulation.
-Ça va, on va se promener !
Je lui sautai au cou en lui promettant qu'on ferait la première partie en voiture. Ayant repéré le lac en contrebas, je proposai d'en faire le tour. Ils m'avouèrent qu'ils s'y étaient déjà rendu à leur arrivée, après s'être reposé, mais ça ne les dérangeait pas de refaire le tour. Même Alexy approuva mon choix, disant qu'il avait bien aimé le sentier et le paysage.
-Dis surtout que c'est pas loin du chalet, le charia Rayan, faisant rire Morgan alors qu'Alexy leva les yeux au ciel.
-Même plus le droit d'apprécier un paysage, peuh !
Ce que j'étais heureuse d'avoir pu les rejoindre. Ils me comblaient tous par leur présence, leurs rires, leurs sautes d'humeurs et leurs personnalités si hétérogènes mais qui s'harmonisaient les unes avec les autres. Ils me contèrent leurs premiers jours ici, et le mont qu'ils gravirent à moitié, car Rosalya ne se sentit pas la force d'aller jusqu'en haut, Alexy non plus. Ni l'un ni l'autre n'aimait spécialement les efforts physiques, mais je savais surtout qu'ils n'aimaient pas beaucoup l'altitude. Castiel semblait favoriser également les tours des lacs et la visites des villages touristiques, plutôt de jouer les varappeurs.
Priya me parla d'une session d'escalade, qui se faisait dans un des villages du coin, elle semblait tentée par l'activité, me précisant qu'elle n'en eut jamais fait. Rayan assura que lui non plus.
-Je sais que ce n'est clairement pas le truc de Leigh, et hors de question que Rosa fasse ça ! Quant à Alex' (je toisai mon ami qui marchait un peu plus en avant avec Morgan) pas sûre qu'il dise oui, haha !
-Même si Morgan refuse aussi, on peut toujours se faire ça tous les trois, trancha Rayan.
-Bah j'espère bien ! Puis qui sait, Castiel et Hyun accepteront peut-être eux, fit remarquer notre amie.
Je redoutai un peu de croiser ces deux-là, je m'en voulais énormément d'avoir perturbé leur nuit. Priya sembla le remarquer, et assura que ce n'était pas la mer à boire et qu'ils s'en remettraient bien. Néanmoins, je ne pouvais m'empêcher de penser à Hyun, je devais bien me douter que Castiel n'en ferait pas toute une histoire, mais, bien qu'en sachant que Rayan et lui s'étaient plus ou moins rabibochés, les réactions de mon collègue restaient encore imprévisibles…
-Oui, bon on s'excusera mais je suis d'accord avec Priya, on ne va pas en faire toute une histoire non plus, termina Rayan qui vint prendre ma main tandis qu'il fourguait l'autre dans sa poche.
Nous poursuivîmes notre bonhomme de chemin, et j'utilisai souvent mon trépied pour prendre des photos avec mon portable. Je prévoyais de les envoyer à Chani, Kelly et les autres ainsi qu'à mes parents. Etant une adepte des courriers écrits à la main, je comptai également leur envoyer quelques cartes postales, notamment pour leur souhaiter la bonne année.
-Ce n'est pas un peu démodé d'envoyer des cartes postales ? demanda Priya : T'es bien la première que je vois faire encore ça !
Je haussai une épaule :
-J'aime bien, le fait prendre le temps d'écrire à main levée, reflète un peu notre état d'esprit, je trouve que ça crée une proximité indirecte.
-Puis, ça colle bien avec ton amour pour le vintage, rit-elle : C'est kitch mais ça a du charme !
-Sûrement, oui, gloussai-je.
Rayan haussa un sourcil.
-Tu aimes le vintage ?
-Oui ! J'ai beaucoup de vêtements, et d'accessoires un peu rétro et vintage pour d'autres.
-Maintenant que tu le dis, j'ai bien vu des affaires de ce style dans tes cartons, souligna mon petit ami en levant les yeux et faire mine de réfléchir : Tes malles de rangements aussi…
Sa voix se serra, et je sus d'emblée pour quoi. Pour lui certifier que j'étais passée au-dessus de ce faux pas, je lui enroulai le bras et posai ma tête contre son épaule, câline. Il me lança un regard désolé, mais sourit, paraissant touché.
-Oh, je n'avais pas vu qu'on pouvait faire un tour en bateau ! s'écria Morgan semblant enjoué : On fait un tour ? proposa-t-il à tous.
Priya, Rayan et moi nous lançâmes de curieux regards avant d'acquiescer en chœur. Même Alexy sembla emballé, et loua le bateau pour son chéri et lui. Cela fonctionnait à l'heure. Elle était inscrite pour le retrait du bateau, et à nouveau pour son retour et ainsi le tarif était calculé. Bien évidemment, nos cartes d'identités furent demandées. Les bateaux étaient classés par couleur, et par possibilité de contenance. Nous prîmes un bateau pour quatre, tandis que les deux tourtereaux en prirent un pour deux. Mais nous restâmes non loin des uns et des autres. Priya et Rayan n'avaient pas le pied marin, et Alexy était déjà à genoux dans le fond de la coque, faisant rire Morgan qui essayait de le faire asseoir sur le banc. Pour ma part, je restai debout, pagayant avec le sourire, à l'instar de Morgan.
Le moment le plus drôle, fut lorsqu'Alexy s'amusa à donner quelques miettes de pains aux canards du lac, achetées au stand pour louer les bateaux. Le souci fut que la plupart des canards semblaient bien habitués à la présence humaine, et sautaient directement dans le bateau.
-N-nooon ! Vade retro satanas ! hurla-t-il en rampant jusqu'à Morgan.
-A-Alexy ! Arrête de remuer, on va tomber !
-OUST ! PSTT ! Che, che ! OUST !
Les caquètements des canards si firent en nombre et plus fort encore alors qu'Alexy agitai la main qui contenait les miettes.
-Arrête de secouer le sachet ! s'écria Rayan qui se penchait pour attirer leur bateau jusqu'à nous et faire fuir les canards.
Des canards sautèrent dans notre bateau, et j'entendis Priya couiner.
-Ce n'est rien Priyou, ris-je.
-J-je sais, ça m'a surprise c'est tout, assura-t-elle en se calmant.
Finalement, Rayan et Morgan parvinrent à chasser le groupe de canards affamés en jetant le reste du sachet au loin, et une fois vide, Alexy le fourgua dans ses poches et put reprendre contenance.
-T'as failli y laisser quelques plumes, dis-moi ! plaisantai-je.
-Pas drôle, Tal' ! pesta-t-il, non sans rougir.
Un caquètement le fit tressauter.
-IL EN RESTE UN ! beugla mon meilleur ami en s'agitant de nouveau.
-Bon, Alexy ça suffit ! râla Morgan.
Tournant mon regard par-dessus mon épaule, je constatai qu'en effet, il en restait bien un mais sur notre bateau. Confortablement installé sur un banc, à côté de Rayan, le canard penchait le bec par-dessus bord, et semblait contempler les ondes provoquées par les mouvements de la rame.
-Tout va comme tu veux ? lui demanda Rayan.
Le canard caqueta, non sans faire rire Priya.
-J'te comprends, c'est plutôt agréable de se faire conduire.
Le canard lui répondit.
-Ah ? Je dois t'avouer que je n'ai pas ce souci-là, en revanche, l'essence se fait un peu chère donc, quand je peux, je prends d'autres moyens de transport.
-Il est sérieux ton mec ? gloussa mon amie et je ris aux éclats pour toute réponse.
Leur conversation dura un moment, sous nos rires à Priya -qui se mit à filmer- et moi, ainsi que Morgan et Alexy qui s'étaient rapprochés pour suivre le débat de Rayan avec le canard. Puis, le sujet sembla être un peu plus houleux. Le canard caqueta plus fort.
-Non ! Je ne concède pas à subir une telle véhémence de ta part, on peut discuter calmement quand même ? T'es pas d'accord, ok ! Mais et mon opinion dans tout ça, t'en fais quoi ? Hein ? Mal élevé !
Le canard s'énerva et lui donna des coups de bec.
-Ah, mais il n'y a que la vérité qui blesse mon petit bonhomme ! Ou ma petite bonne-femme, pardon, je ne sais pas si tu-
Un caquètement l'interrompit, puis, le canard lui tourna le dos. Rayan leva la main par-dessus son épaule, dans un geste nonchalant, et tourna la tête, semblant aussi vexé que l'animal. La tête par-dessus mon épaule, je la secouai, désabusée mais tellement amusée par la scène.
-Et après c'est moi qui ai un grain ! fis-je remarquer en me remettant à pagayer.
-Tu déteints peut-être sur moi ? sourit-il, en s'allongeant sur le dos, la tête entre mes pieds.
Je baissai les yeux sur lui.
-Ou alors tu libères un peu plus souvent le fou qui est en toi !
-C'est fort possible, ricana-t-il faisant tressauter ses épaules, un sourire sincère aux lèvres qui dévoilait ses dents.
Le reste de la navigation se fit plus calmement mais toujours dans la bonne humeur. Je gardai un bon rythme, là que mon épaule ne me faisait pas trop souffrir, j'en profitai. Au loin, Morgan héla :
-On n'fait pas une course tu sais !
-Haha, et pourquoi pas ? lui proposai-je.
-Je pagaye comme un manche, rit-il.
-Essaie toujours de me rattraper ! le défiai-je.
-Bouge pas ma petite…l'entendis-je marmonner, et prise par mon propre jeu, je forçai un peu plus pour le distancer.
-Tu veux que je te remplace ? proposa Rayan.
Mais je refusai, lui informant qu'il s'agissait de mon « honneur » ! il pouffa mais n'insista pas, et puis, Morgan ne semblait pas si bien s'en sortir, effectivement. Je stoppai ma course, l'attendant, fair-play, puis, nous reprîmes sur un même pied d'égalité. Je lui conseillai même de changer sa façon de pagayer.
-Ne plonge pas autant la rame, juste la palme doit toucher l'eau.
-Comme ça ? (Il s'exécuta) Ok, accroche-toi chéri ! signala-t-il à Alexy qui s'agrippai déjà comme si sa vie en dépendait.
Souriant d'un air carnassier, je repris mon rythme tandis que Morgan semblait encore peiner à trouver le sien. Mais bien vite, il parvint à me rattraper, et je dus forcer un peu plus, au grand damne de mon épaule qui chouina. Soudain, une ombre s'étendit dans mon dos et des bras plus larges couvrirent les miens.
-Rayan ?
-Tu vas finir par te faire mal, glissa-t-il en prenant la pagaie : Va t'occuper du canard, sourit-il.
-Wah non, ce n'est pas juste ! s'écria Alexy : Mon chéri il n'est pas si baraqué ! Je proteste !
-Encourage-moi plutôt ! s'outra le brun.
-Mais non ! grondai-je en le repoussant gentiment : Je suis l'adversaire de Morgan, tu n'auras qu'à te confronter à Alex' au retour !
-Je déclare forfait…baragouina l'autre, nous faisant tous rire.
-Au pire, tu confrontes Morgan et au retour je prendrai sa place et je confronterai Rayan, trancha Priya : Mais interdiction de me ménager sous prétexte que je suis une femme, menaça mon amie.
-Bon, très bien, termina Rayan.
Et la course pu reprendre. Je devais bien avouer que mon épaule me lâcha plus d'une fois et qu'à trop forcer sur l'autre pour compenser, je dérivai. Mais je pouvais prendre avantage du manque d'expérience de Morgan, qui, malgré ses épaules neutres de toute blessure, avait du mal à garder mes conseilles en tête, et plongeait bien trop profondément la rame.
-Morgan, on va perdre ! râla Alexy.
-J'fais ce que j'peux !
Au coude à coude, nous arrivâmes à l'extrémité du lac, et, sous les encouragements de Priya, Rayan et son ami le canard, je vainquais mon adversaire, Alias : Momo Le Timide, qui s'était bien lâché aujourd'hui. C'était agréable de savoir Morgan plus à son aise à nos côtés au fil du temps. Il s'ouvrait à tout le monde, et le fait que Hyun en plus de Castiel, son camarade de classe, se comptaient parmi les amis d'Alexy, semblait lui apporter plus de confiance en lui-même et il ne se gênait plus pour sortir des plaisanteries et proposer des activités avec tout le monde.
-Bravo, Tallulah ! s'enjoua Priya qui avait le canard sur ses cuisses.
Je tirai une langue de six-mètres, essoufflée, et changeai de place avec mon chéri qui me récompensa d'un chaste baiser. Il me demanda au passage comment se portait mon épaule, et vit à ma grimace que ça tirait un peu. Haussant les sourcils avec évidence, il me dit qu'on rentrerait se reposer après la course du retour. Priya confia notre ami le canard à Morgan qui enjamba, avec un peu d'appréhension, l'écart entre les bateaux que nous eûmes rapprochés au maximum. Une fois tout le monde en place, avec Alexy, nous donnâmes le top départ, et nos amis furent partis pour leur course.
-Vas-y Priyou ! m'écriai-je.
-Hé, mais non ! C'est ton homme que tu dois encourager pas, l'adversaire ! s'outra Morgan.
-Vas-y Rayan ! m'écriai-je encore pour mon aîné qui rit aux éclats.
Mon amie se défendit vraiment très bien, et maniait mieux la pagaie que Rayan, mais la différence de force était assez tangible. Notre bateau rejoignit le quai en premier, suivi de celui d'Alexy et Priya.
-T'as vu, je t'ai fait honneur, je ne t'ai pas ménagé, souffla Rayan qui s'était bien donné pendant la course.
-C'est bien, souffla à son tour Priya qui se tenait les côtes : J'suis morte ! rit-elle en se laissant choir entre les jambes d'Alexy qui vint lui masser les épaules.
Le gérant de la cabane à bateaux, vint nous aider à remonter sur la berge et nous fit passer en caisse. Nos bêtises durèrent bien une heure, mais nous fûmes tous très satisfaits de cette balade en bateaux !
Nous terminâmes notre tour du lac avant de retourner au chalet où nous fûmes accueillis par nos quatre autres amis, dont deux, qui me lancèrent des regards taquins. Castiel se leva pour me saluer, suivi par Hyun.
-Tu sais faire tes entrées en scène, toi ! me charia-t-il : Mais je suis moyennement fan des ébats sexuels amateurs lorsque je n'ai pas l'image.
-Andouille…
Hyun vint m'étreindre, non sans souffler un rire et cacha difficilement les rougeurs sur ses pommettes.
-On pourra dormir, cette nuit ?
-Désolée…lui dis-je, sincèrement embarrassée.
Nous racontâmes notre aventure à nos amis, qui n'avaient pas été témoins de la course sur le lac, et Priya partagea sa vidéo du débat entre Rayan et le canard que nous dûmes abandonner. Rayan en profita également pour me faire visiter le reste du chalet, puis, j'eus le droit à un massage des épaules, notamment la droite qu'il m'enduit du baume que le médecin m'eut prescrite. Nous étions dans le grenier, sur le lit placé sous le vasistas. Mon ordinateur portable sous les yeux, j'en profitai pour choisir un abonnement internet pour l'appartement. Avec Chani, nous en avions vu un pas très cher qui offrait la fibre dans notre secteur.
-J'te fais pas mal ? se soucia-t-il en massant mon épaule luxée.
Je secouai la tête, lui assurant que tout allait bien. Puis, s'allongeant sur moi, il posa sa tête sur mon autre épaule, l'air curieux, et regarda ce que je faisais.
-Tout le monde est claqué par les ballades, ricana-t-il : Tu ne veux pas dormir ?
-Dormir ? Tu parles, je serais bien d'attaque pour visiter les villages du coin mais bon…je me rends bien compte que ça ne sera pas très productif pour vous.
-« Productif » ? haha, Tal', c'est les vacances, les mots tels que « productifs » ou « travail », ne devraient même pas effleurer tes pensées.
-J'me suis mal exprimée, gloussai-je : Je voulais dire, que ça n'emballera pas tout le monde de refaire le même trajet.
-On pourra toujours y aller tous les deux, tu sais. Le soir, les villages sont sympathiques. Et les autres n'ont pas tout vu non plus.
-Mais, ça ne te dérange pas ?
-Tu sais, j'ai plus ou moins grandi ici. Enfin, enfant et ado je passai mes vacances ici. Tous ces villages je les connais sur le bout des doigts, et je prends toujours plaisir à m'y promener et saluer les connaissances qui s'y trouvent.
Avec une agréable délicatesse, il déposa un baiser sur mon épaule nue.
-On ira quand tu voudras.
Je le remerciai, frottant mon nez contre le sien, puis terminait l'achat de notre abonnement internet à Chani et moi. Je lui envoyai la confirmation sur sa boîte mail et au passage, j'en profitai pour en écrire un au directeur.
-En fait non, tu pourras lui en écrire un toi ?
-Quoi ? Mais non, c'est ton idée Tallulah…
-Pas grave, l'important c'est qu'il y songe au moins !
Soupirant, Rayan se pencha un peu plus par-dessus mon épaule, entra ses codes sur le site de la fac puis, rédigea un mail dans lequel il mentionnait avoir échangé avec sa collaboratrice de recherches -donc moi- au sujet de l'appel aux dons lancé pour sauver la section Histoire de l'Art du bâtiment d'Art et que j'eus proposée une idée d'enchère ou un gala de charité dans le but d'attirer des artistes et autres influenceurs dans le domaine de l'art.
-N-non, t'es pas obligé de me mentionner ! râlai-je.
D'une main, il bloqua les miennes qu'il plaqua sous ma poitrine, alors que j'étais en débardeur et de l'autre mon aîné termina de rédiger son mail. Après s'être relu et corrigé, il envoya le tout.
-Voilà ! C'est dans la boîte ! sourit-il fièrement.
Nous chahutâmes un moment avant de retrouver le salon. Priya dormait toujours sur le canapé, et Castiel, Hyun et Morgan et Leigh discutaient sur le balcon. Nous les rejoignîmes.
-Alors, la sieste fut bonne ? demanda Leigh.
-On ne dormait pas, sourit Rayan qui prit place à côté de son ami.
-Pas besoin de détails, gronda Hyun.
-Quoi ? Mais non, imbécile, pestai-je en lui donnant une tape sur les fesses : on se reposait mais on n'dormait pas, c'est tout, roh !
Tout le monde rit avec légèreté. Après leur sieste, nos trois amis nous rejoignirent et nous passâmes le reste de la soirée tous ensemble, à s'amuser et profiter des alentours, mais surtout à resserrer nos liens.
Des liens qui nous sublimaient tous.
A suivre…
[Prochains chapitres la semaine prochaine ! Avec la fin de séjour au chalet et la reprise des cours mais surtout la préparation du Gala ;) A bientôt !]
