[Petit mot d'avant lecture: Enfin ! Les préparations du Gala vont avoir lieu ! :D Je vous préviens d'emblée que j'ai repris ce sujet à ma sauce, il se déroulera très différemment que dans Campus, et apportera un élément perturbateur MAJEUR dans la relation de Tayan ! Aussi, sachez qu'on entre dans la fin de la première moitié de la fin de la fic. Quand je première moitié, c'est surtout que ça va se faire sur plusieurs chapitres. La fin n'arrive pas tout de suite, mais d'ici une bonne dizaine de chapitres je pense, nous allons pouvoir faire nos aurevoirs au Tayan ! En tout cas, dans ce que j'ai en réserve, on est dans la bonne première partie de la fin !
Je vous laisse à votre lecture, en espérant qu'elle soit bonne ! :D]
Tallulah
Après de fabuleuses vacances de fin d'année, nous dûmes nous soumettre à la dure réalité qu'était la rentrée. Heureusement que la période des portes ouvertes nous laissa encore une semaine de flâneries avant de retourner en cours. Du moins, pour les étudiants, car la plupart des professeurs, dont mon petit ami, se voyaient faire de multiples allers-retours entre les réunions de préparation de rentrée, la correction des partiels, les journées de présentations pour les portes ouvertes et surtout…les décisions autour de notre suggestion de soirée de charité, je ne voyais Rayan que le soir ou pendant sa pause de midi, lorsqu'il passait au café. Et encore, ce fut qu'un fois ou deux depuis notre retour des Vosges. Le manque de nos échanges se faisait ressentir…
De notre côté, Chani et moi avions enfin terminé de ranger notre appartement et avions su organiser avec harmonie l'emplacement de tout notre mobilier. Nous essayâmes de nous tenir un planning pour les tâches ménagères et la cuisine. Mais il arrivait parfois qu'on se laisse guider par nos envies, notamment quand l'une était plus inspirée que l'autre pour faire la popotte.
Un peu comme ce dimanche soir, la veille de la rentrée, ou Chani se trouva le courage de faire une tarte aux poireaux. J'adorai ça. Et bon sang que ça sentait bon dans l'appartement ! Ah, et aussi…
-…Qu'on est bien…soupirai-je, les orteils en éventail le long du canapé, tandis que la cheminée faisait crépiter un agréable feu.
Nous nous procurâmes du bois, que nous dûmes certes, monter chez nous en gravissant 5 étages mais ma chère cheminée ambiançait chaleureusement nos cœurs et notre humble demeure. Le paradis, quoi.
-On devrait lui donner un prénom…
-A qui ?
-La cheminée ! Je sais pas…quelque chose d'un peu fantaisiste !
-Hn…Jack O'lantern ?
-Haha, Jack Daniel's tant que tu y es ! ris-je : Capitaine Flam !
-Après tu te plains de mes idées ? se moqua mon amie : Tu connais les films d'Hayao Miyazaki ?
-Of course ! Pourquoi ? Tu penses à un personnage ?
-Je ne sais plus comment il s'appelle…C'est avec une jeune femme qui se retrouve vieille et finit dans un château qui bouge là…Il y a une cheminée possédée par un démon dedans !
-LE CHATEAU AMBULANT ! beuglai-je en courant jusqu'à la bibliothèque : J'ai la trilogie en anglais !
-La trilogie ? C'est tiré d'un roman ?
-Oui ! « Howl's Moving Castle » de Diana Wynne Jones -dont les œuvres sont quasi' introuvables en français aujourd'hui à défaut de publication- est le premier volet, et il a inspiré Miyazaki pour son film d'animation. Et le démon dont tu parles s'appelle… (je tournai les pages) Calcifer ! Le démon s'appelle Calcifer !
-Eh bah voilà ! On l'a le prénom pour la cheminée, rit Chani dans la cuisine.
Je me posai sur le canapé, le roman en main et adressai un grand sourire à « Calcifer ».
-Te voilà baptisée ma belle !
-Et sur ses bonnes paroles, laisse-moi te dire…A table ! chantonna mon amie et tel un chat, je sautai sur mes pieds dans l'optique de mettre le couvert, laissant le livre sur le canapé.
Au passage, Chani tourna la télé d'une main, tenant la tarte dans l'autre, pour la mettre face à notre table tandis que nous avions prévu de regarder « Polar » sur Netflix.
-Bon sang, 50 ans le gars et regarde-moi ce canon ! m'exclamai-je en bavant littéralement devant la tarte et l'acteur jouant le rôle principal du film.
-L'acteur doit être plus jeune je pense…
-Que nenni ! la contredis-je : Mads Mikkelsen a 53 ans. (Je reniflai) Il est un chouïa plus jeune que mes parents…
-J'avoue qu'il est…
-Sexy ? Charmant ? Attise la décadence ?
-Houlà ! J'en connais une qui a les ovaires qui craquent s'esclaffa Chani.
Nous terminâmes notre dîner avant de sortir nos cours pour les relire et faire nos sacs par la même occasion, toujours devant notre film. Ce fut légèrement électrisées par la rentrée que nous partîmes au lit, après avoir vu la fin de notre film. Je me plongeai sur mon portable, envoyant quelques messages de bonne nuit à Rayan qui, au vu de son manque de réponse, devait déjà dormir, sûrement éreinté par son week-end chargé en boulot.
Le lendemain, ce fut le grand jour de reprise des cours et de poireaute semaines avant le résultat de nos épreuves ! Ah~ le meilleur moment des étudiants…Toute pimpante, je terminai de me laver les dents, assise sur le rebord de la baignoire en compagnie de Chani qui en faisait de même. Rinçant ma bouche, je lui demandai s'il était bien nécessaire pour elle de se lever en même temps que moi, tandis que j'allais bosser au café avant d'aller en cours.
-Je dois passer à la boutique ! m'avoua-t-elle en parlant de son propre lieu de travail : Apparemment, il y a eu de nouvelles trouvailles d'arrivées chez nous, ma patronne voulait voir avec moi au sujet de leurs expositions.
-Rooh, j'ai tellement envie d'y faire un tour. On y va ce soir ? Tu travailles non ?
-Non, la boutique est techniquement fermé le lundi. Mais dem…ah non t'es de fermeture…
-Mercredi ?
-Va pour mercredi ! Je t'attendrai avec impatience même, j'ai deux trois articles qui vont te faire craquer.
Couinant sur place, j'arrangeai une dernière fois mes cheveux, plongeai mon rouge à lèvres dans mon sac et partis en compagnie de Chani, jusqu'au bus. Je descendis à l'arrêt non loin du café, tandis qu'elle dut poursuivre son trajet.
-A tout à l'heure en cours ! la saluai-je en descendant du bus.
Mon amie me fit un signe de la main. Une fois devant la porte, j'entrai le code de l'alarme et pus enfin m'occuper de l'ouverture de l'enseigne. Une fois le panneau du menu du jour peaufiné, je le plaçai à l'entrée et fermai la porte afin de conserver la chaleur à l'intérieur. Il faisait nuit noire encore dehors, et les lampadaires se mêlaient aux lumières artificielles de la salle. Mon café était en train de couler lorsqu'un premier client vint s'installer. Quelle ne fut pas ma joie de voir mon petit ami pointer le bout de son nez…Il est bien rouge aujourd'hui…
-Hé…me salua-t-il d'une voix éraillée : ça va ma puce ?
-Mieux que toi j'ai l'impression, fis-je, les sourcils courbés avec inquiétude tandis que je faisais le tour du comptoir pour venir l'embrasser.
J'en profitai pour passer une main sur ses joues et son front.
-T'as toujours pas pris rendez-vous chez le médecin ?
-Pas eus le temps…grogna-t-il simplement, l'air épuisé, avant de s'asseoir lourdement sur un tabouret du comptoir : On a eu une réunion Samedi, et apparemment ton idée à fait mouche auprès de mes supérieurs, mais surtout auprès des conseillers d'investissements et de nos derniers donateurs.
-Notre idée, le rectifiai-je.
-Moui…si tu veux, m'enfin, c'est surtout que tu n'as pas voulu envoyer le mail, haha ! Quoi qu'il en soit, nous en parlerons ce matin, ça risque même de nous prendre les deux heures. Normalement, vous avez dû recevoir un mail du directeur ce week-end à ce sujet.
-Oui, mais il n'était pas très explicite.
-Normal, c'est moi qui doit me charger du reste ! J'te jure… dans un sens, ce n'est pas plus mal que tu n'aies pas envoyé toi-même le mail, il t'aurait chargé de tout organiser toute seule. Il tenait même à ce que tu participes à notre dernière réunion, je lui ai dis que tu avais « sûrement » ta rentrée à préparer et il sait que tu travailles ici.
Sachant d'emblée ce qu'il voudrait comme boisson, je lui préparai son café long avec son sucre, le touillai et lui fit glisser sur le comptoir.
-Je vais te préparer un gobelet de thé au citron avec du miel, ça te fera du bien.
Il pouffa.
-Oui maman…
-J'suis sérieuse Rayan, t'as pas l'air en forme du tout ! rouspétai-je un peu.
-Je prends rendez-vous chez le médecin ce soir, promis.
-Tu pourrais le faire maintenant !
-Tal'…il est tout juste 7h.
-Et ? La secrétaire du campus embauche à cette heure-ci ! Les visites commencent dès huit-heures !
Semblant peser le pour et le contre, mon amant se décida finalement à prendre rendez-vous avec le médecin du campus qui accueillait étudiants comme enseignants. Je pus entendre qu'il eut un rendez-vous pour 18h ce soir.
-Oh moins ça te fera quitter la fac plus tôt.
Mon aîné haussa les sourcils avec évidence avant de prendre une gorgée de son café. Il fit la grimace en se massant la gorge. Aussitôt, je partis lui faire son thé avec du miel. La sonnette retentit, et je saluai mes nouveaux clients qui étaient trois étudiants de ma classe. Que je connusse très bien !
-Ma beauté ! me salua Kelly, les bras ouverts alors qu'elle se permit de faire le tour du comptoir pour me saluer.
-Grouiii ! Comment tu vas ? T'es la seule que je n'avais pas vu encore depuis mon retour de vacances !
Kelly me conta ses vacances tout en s'installant au comptoir auprès de notre aîné et de nos deux autres amis. Il fut vrai que je pus revoir Charly et Camille, qui dormirent même à l'appartement pour nous raconter nos vacances et prendre le temps de nous retrouver. Et l'absence, la distance, poussèrent Chani et Charly à ouvrir leur cœur à l'autre.
Le jeune basané discutait joyeusement avec Rayan, et cela me fit étrange de me dire qu'aujourd'hui, le motard ne savait rien de ma relation avec notre professeur principal, alors que d'ici quelques jours, il risquait d'apprendre abruptement la vérité.
Préparant la commande de chacun d'entre eux, je réfléchissais aux conséquences que cela pourrait avoir sur Rayan. Je ne jugeai pas mes trois amis indignent de confiance, loin de là ! Cependant, plus il y avait de personnes au courant, et plus il serait compliqué de faire comme si personne ne connaissait personne.
-Tenez, souris-je en leur donnant leurs boissons et leurs viennoiseries.
Kelly me sourit en coin, tout comme Charly tandis que Camille continuait de discuter avec notre professeur. Je fronçai les sourcils, curieuse, et leur demandai ce qu'ils avaient. Tous deux se lancèrent un regard complice avant que Kelly ne sorte son portable pour me montrer une photo que je lui eu envoyée de mon séjour dans les Vosges.
-Bah quoi… ? ris-je, nerveusement sans comprendre.
Puis, remarquant que Rayan figurait sur la photo, je me giflai intérieurement.
-Ok…euh…
Camille et mon petit ami se turent et nous observâmes, intrigués.
-Honnêtement, si vous êtes potes dites-le nous, ça ira plus vite, fit Kelly.
-D'autant plus que le bruit court que Monsieur Zaidi t'a filé un coup de main au café pendant les vacances.
Je vis Rayan hausser les sourcils avec stupeur. Pourtant, il fallait bien que les rumeurs commencent par quelque chose… Avec mon aîné, nous nous échangeâmes un regard qui en disait long sur notre appréhension puis, il fut celui qui parla en premier.
-En fait nous… (Il se pinça les lèvres avant de reprendre) Tallulah et moi sortons ensemble.
Kelly manqua de perdre sa mâchoire. Quant à Charly, lui qui avait de petits yeux plissés, vint les ouvrir grands comme des soucoupes. Le motard fit rapidement le rapprochement entre le fait qu'il sortait avec Chani et que nous soyons colocataires.
-Oh, on sera amené à se revoir souvent alors…déclara-t-il en souriant, l'air emballé.
Charly était loin d'être un homme de mauvaise compagnie. Un peu discret, mais sans aucune timidité. Il n'était simplement pas du genre à parler pour ne rien dire, et n'aimait pas trop les discussions trop sérieuses. Il préférait la légèreté, les centres d'intérêt propre à chacun, mais nullement les débats au sujet sensiblement houleux.
-Oui, sourit Rayan.
-Ooh, bah moi qui vous croyais simplement ami, je tombe des nues ! Mais il ne s'appelle pas Raoul !? s'étonna la surfeuse, tout en me toisant avec un air ahuri.
J'éclatai de rire, en me souvenant que je leur avais avoué que je sortais avec un homme s'appelant Raoul. Tous, crurent que c'était mon petit ami tandis que je ne faisais que protéger l'identité de mon véritable amour.
-Ah bon ? fit Camille. Mais c'est quoi votre prénom ?
-Rayan, il l'a dit au début de l'année, reprit Charly : Mais toi il n'y a que ça qui te choque ? Qu'il ne s'appelle pas Raoul ?
-Bah…disons que je suis plus étonné d'apprendre que vous ne saviez pas qu'ils sortaient ensemble.
Cette-fois, un silence plat s'immisça entre nous quatre qui fut brisé par la venue d'autres clients de qui je m'occupai. Tout en préparant leurs commandes, je demandai à Camille s'il avait été mis au courant depuis longtemps.
-Un peu avant les partiels. Ce n'était pas dur de le savoir, comme tous les matins il passait t'embrasser au boulot avant de rejoindre la fac.
J'entendis Rayan marmonner dans sa barbe en se frottant le visage d'une main.
-Du coup, j'ai fait le rapprochement entre ce que tu nous as avoué et ce que j'ai vu. Deux solutions s'offraient, soit tu mentais en disant que tu sortais avec un étudiant pour garder secret qu'il s'agissait d'un prof. Soit, tu trompais l'un avec l'autre, et cela ne te ressemblait pas vraiment. (Il but une gorgée de son thé) Après, je pensai vraiment que vous vous appeliez Raoul, désolé pour le quiproquo.
-Haha, il n'y a pas de mal, ricana Rayan en agitant une main pour assurer ses dires.
-Et tu comptais nous le dire quand ? s'outra Kelly.
-Ce n'était pas vraiment à lui de dire ça, tranche Charly : Tu serais la première à casser des dents si ça t'arrivait.
-J'avoue… marmonna-t-elle avant manger un morceau de son croissant.
Je partis servir mes clients en transportant le tout sur un plateau, puis, je revins.
-Mais, beaucoup d'autres étudiants sont au courant ? Demanda Rayan, semblant sérieux.
-Déjà, toutes l'équipe de rugby. Les filles du club de volley aussi. En fait, beaucoup d'étudiants en club le savent. On passe tous souvent au cosy bear pour prendre un petit déjeuner comme nos entraînements commencent avant les cours. Et le bouche à oreille au sein d'une équipe se fait rapidement vous savez. Tout le monde est autant au courant de l'existence de votre relation que de l'agression de Tallulah dans le moindre détail. Et l'un était rendu public mais pas l'autre. Pour vous dire que ça va vite…
-C'est étrange, intervint Kelly : ça n'a pas l'air de faire plus de bruits que ça, pourtant, les filles du club de volley sont réputées pour leurs commérages et il y en a deux dans notre classe.
-Je pense…comprendre ce qui les as « sauvés », reprit Charly, le nez dans son café : Cela ne doit pas faire longtemps que vous êtes ensemble, pas vrai ?
-Un mois depuis le 7 Janvier, l'éclaira Rayan.
-Il y a eu l'agression de Tal' rendu public. Le renvoie de Jordan, le cours de Miss Paltry et les aveux de bon nombre d'étudiants et professeurs quant à leur sensation d'insécurité au sein du Campus. Beaucoup se sont montrés véhéments face cela, les langues se sont déliées, je pense que ça les intéressait plus que les parties de jambes en l'air d'un prof et de son étudiante. Pardon de présenter ça comme ça, mais si rien n'est rendu public, je pense que ça se limitera à ça dans la plupart des esprits.
-Je le suis, reprit Camille : C'est d'ailleurs uniquement ça qui alimentent les rumeurs, « un autre prof qui couche avec une étudiante ! » pas la première fois et on sait que ça ne sera pas la dernière. Personne ne semble voir le rapport sérieux entre vous, comme vous êtes plus ou moins les « premiers » après, on n'est pas derrière les fesses de tout le monde.
-Je vois, susurra Rayan en hochant la tête avec entendement : Puis, il y a eu les partiels et l'annonce de la fermeture prochaine de la section d'Histoire de l'Art.
-Voilà…D'autres « bruits » ont camouflés les rumeurs jusqu'à les faire taire finalement.
-Oui, enfin je pense que ça prendrait une toute autre ampleur s'ils venaient à rendre cela officiel auprès du directeur, souligna notre amie surfeuse.
-Ce n'est pas dans nos projets, lui dis-je en préparant à nouveau du thé : Même si je pense que, plus on assumera, plus ce sera accepté.
-Tout à fait, renchérit Rayan : c'est bien pour ça que je comptai en parler au directeur dans les prochains jours.
Je reposai promptement mes yeux sur lui, grands écarquillés.
-Et tu comptais m'en parler quand ? m'offusquai-je un peu.
-Roh là là, ça me fait tout drôle de les entendre se tutoyer, marmonna Kelly. Mon petit ami n'en eut cure et reprit :
-J-J'ai essayé…pendant les vacances…il y avait toujours quelque chose pou-
-Bonjour, pourrais-je avoir un cappuccino à emporter s'il vous plaît ?
Levant dramatiquement sa main en direction de ma nouvelle cliente, Rayan soupira et dit :
-Voilà ! Toujours interrompu ! Pas vrai… pesta-t-il.
La cliente lui lança un regard dédaigneux avant de se recentrer sur ma personne. Je m'occupai d'elle activement tout en lui proposant une collation avec son cappuccino. Elle se laissa séduire par un pain aux raisins, paya et s'en alla avec un sourire plus radieux.
-Tu veux faire fuir mes clients ? grondai-je à l'encontre de la subite mauvaise humeur de mon aîné.
-Tss…
Une quinte de toux l'empêcha de finir son café, et semblant épuisé, il soupira en se prenant la tête d'une main.
-T'es sûr que ça va aller ?
-Oui ! s'impatienta-t-il.
Je ne pris même pas la peine de répliquer. Je savais qu'il était un peu fiévreux, et bien que son comportement m'agaçât un poil, cela était inutile d'envenimer les choses. Néanmoins je lui adressai un regard qui en disait long sur la légère contrariété qui faisait surface.
-Oh, malade ? se soucia Charly.
-Un peu, mais ça ira pour aujourd'hui. (Il se leva et me paya son café et son thé qu'il emporta avec lui) A tout à l'heure ? Je dois filer rassembler mes affaires en salle des profs.
-Ok, souris-je.
Aussitôt, je vins accueillir les nouveaux clients qui s'étaient postés devant le comptoir. Charly, Kelly et Camille décidèrent d'accompagner notre professeur jusqu'au Campus. Rayan m'adressa un regard interrogateur, presque chagriné, comme je ne lui eus adressé qu'un sourire, peut-être un peu plus fade que d'habitude.
Mais bon, malade oui. Désagréable, non. Je me savais têtue, et je savais que ça me porterait défaut plus d'une fois. Sûrement que cela irait mieux après mon service et en effet, ce fut le cas. Ma thermos remplie de chocolat chaud en main, je rejoignis mes amis dans l'amphi où se déroulerait le cours de Rayan. Il était déjà bien rempli, mais Chani m'eut gardée une place auprès d'eux.
-Alors ? Grandes révélations si j'ai bien compris ?
-Ah, ils te l'ont dit ?
-J'étais dans l'Amphi lorsqu'ils sont arrivés avec Rayan. (Elle écarquilla les yeux) ça y est, je me suis habituée…Pardon.
-Haha, t'en fais pas tout le monde parle. Mais mieux vaut éviter dans l'amphi, oui…
Installé à son bureau, j'entendis Rayan tousser malgré le brouhaha qui ambiançait la salle. Plus d'une fois il se pinça l'arête du nez, non sans soupirer. Lorsqu'il annonça le début du cours, sa voix, d'habitude si portante, se fit légèrement sourde et plus grave qu'à l'accoutumée. Tout le monde se tut jusqu'à ce qu'il mentionne le mail du directeur au sujet du Gala de charité que nous devions organiser pour sauver notre promo, celle de nos cadets et surtout la section Histoire de l'Art.
-Mais comment ce Gala va-t-il pouvoir sauver toute notre section ?
-Qui l'organise ? Et si c'est pour obtenir des fonds, c'est qu'on ne doit pas avoir beaucoup d'argent à mettre dans un Gala, non ?
-On va tous-
-C'est vrai que cette idée vient de vous ?
-Il est gonflé le dirlo de nous prévenir si tard !
-J'avoue, ce n'est pas franchement productif !
Plus qu'agacé, ce fut en faisant le plus douloureux des efforts pour sa gorge que Rayan haussa le ton.
-Mais vous allez me laisser parler, oui !? Fermez-là, tous ! Je comprends que cette situation vous inquiète mais il ne sert à rien de plonger dans la cohue ! Un peu de silence ! (Il prit une gorgée de son thé, je reconnus la cup du cosy bear) Premièrement, cette idée n'est pas de mon fait mais vient de ma collaboratrice de rechercher. (Il me désigna d'un geste de la main) Tallulah, si vous voulez bien me rejoindre...
Alors là, je ne m'y attendais guère. Je haussai les sourcils sur sa personne en lui demandant en silence s'il était sérieux. Son sourire carnassier me prouva que oui, il était sérieux. J'entendis Chani glousser à côté de moi et je lui tirai la langue pour toute réponse. Les joues un peu rouges, je descendis les marches de l'amphi tout en défroissant ma robe crayon pin-up. Les petits talons de mes escarpins noirs en velours, claquèrent contre les planches de l'estrade sur laquelle Rayan voulut m'aider à monter mais je privilégiai les escaliers. Il me sourit en coin, et leva un sourcil l'air sceptique. Quand je passai à côté de lui, il murmura :
-Tu boudes ?
-Non, je peux monter toute seule.
Il rit puis reprit maintenant que le calme était revenu.
-Pendant un de nos entretiens, Tallulah a émis l'hypothèse qu'un évènement de charité serait un moyen plus parlant quant au fait d'attirer des donateurs et ce, en visant bien évidemment des gros bonnets, comme on dit dans le jargon. J'en ai fait la suggestion au directeur qui s'est laissé charmer en prenant en compte le déficit contre lequel nous essayons de nous battre. Une somme, sera proposé pour la préparation de ce Gala. Cependant, l'idée venant de nous, Tallulah et moi avons été désignés organisateurs de la soirée. Il n'empêche que vous pouvez contribuer pour sa préparation, notamment par le choix du thème de la soirée ainsi qu'un lieu où l'organiser.
Il y eut quelques messes basses, des regards curieux échangés à droites et à gauches et des airs conquis.
-Eh bien, il y a les gymnases, proposa Camille : Tout dépend la date, on peut prévenir à l'avance les clubs qu'une salle sera réservée et eux pourraient modifier exceptionnellement les emplois du temps.
-Et ça éviterait les frais de location ! intervint une étudiante qui appuyait les dires de mon ami.
-Bon point ! fit Rayan.
Aussitôt, je me tournai vers le tableau, m'emparai d'une craie et écrivis l'idée des deux étudiants. Mais très vite, épuisé et la gorge en feu, Rayan changea de place avec moi et je me retrouvai confrontée face à tous mes camarades.
-Il reste encore à s'assurer que les clubs accepteront, repris-je : n'oublions pas que pour certains, ils sont en pleine qualification pour les tournois régionaux, les entraînements doivent battre leur plein. Au vu des fonds que nous laisse le directeur, louer une salle nous reviendrait bien trop chère, du moins, on ne pourra pas viser un grand espace.
-On peut toujours demander à des enseignes, non ? Le prix sera moindre si c'est un petit bistro du coin.
-Houlà, ricanai-je : cela déprendra de la réputation du bistro en question. Mais…
J'eus soudainement une idée que je notai dans un coin de ma tête.
-Et si nous nous occupions du thème ? repris-je.
Plusieurs idées fusèrent de toutes parts, et déjà l'on demandait s'il fallait se présenter costumé.
-Haha, commençons par un thème ! intervint Rayan, assis à son bureau. Il reprit sur une feuille tout ce qu'il y avait d'écrit sur le tableau et continua pour les autres idées.
-Un truc un peu cool, style hawaïen ?
-On parle d'une soirée élégante, pas de l'anniversaire de ton oncle retraité ! maugréa Yeleen : Plus classique, je dirai simplement une soirée habillée.
-Quand même, on est en Histoire de l'Art, un peu de fioriture ne ferait pas de mal ! ris-je : Mais je suis d'accord, le style hawaïen fait un peu too much.
-Et pourquoi pas un style plus vintage ! s'enjoua Chani.
Mon cœur s'emballa, et je portai aussitôt mon regard sur elle.
-Chic, élégant, festif ! On retrouve tout cela dans le 20e siècle !
-Oh oui ! Année 80 !
-J'suis pour ! vota Rayan en notant assidument l'idée.
-Bah voyons, gloussai-je dans un murmure non sans poser un regard rieur sur sa personne.
Il haussa ses sourcils avec un pointe de provocation, mais semblait tout aussi amusé que moi.
-Je pensai plutôt pour les années 20 ! Les années folles, reprit Chani.
-Oh ! L'explosion de l'art décoratif ! m'écriai-je : Des jupes bananes à la Baker !
-Woh, tout doux…j'suis d'accord avec les années 20, mais un peu moins avec la jupe Banane, intervint un camarade : Je la cache comment la mienne ?
Il suscita des rires et Rayan lui dit que ce n'était pas très fin de sa part. Pourtant, je le vis sourire en coin. Dur dur de jouer les professeurs modèle, hein ? Autour de nous, tout le monde approuva l'idée de Chani et ce fut officiellement notre thème pour le Gala. Nous n'imposâmes pas les costumes, mais autorisâmes à en avoir pour celles et ceux ayant les moyens de s'en procurer. Une élève se réveilla, semblant comprendre que notre classe était également conviée à la soirée.
-Tous ceux pouvant payer l'entrée seront les bienvenus, mais les invités primordiaux sont nous tous, et les futurs donateurs. Je vois d'écris sur le feuillet d'informations que nous recevrons une invitation et que nous devrons prévenir 7 jours avant la soirée si nous souhaitons inviter nos proches. L'entrée est de 25€ pour les moins de 25 ans, et 35 pour les plus âgés.
La poignée d'étudiants concernés par les tarifs plus importants, soupirèrent sans plus de commentaire. Hormis deux élèves qui me prirent grippe.
-Ça va, tu te fais pas trop chier de nous faire payer plus cher que vous ? Alors quoi, j'ai 26 ans, je dépense 35 balles pour une soirée ? Mais t'as cru qu'on avait tous les moyens ?
-Tu crois que c'est Tallulah qui a fixé les prix, abruti ? aboya Camille : On vient de te dire que c'était le directeur qui fixait la limite des fonds, mais à ton avis, il va bien falloir rembourser les dépenses du Gala.
-Encore un qui veut le beurre, l'argent du beurre et la crémière ! lança une étudiante qui prenait le parti de Camille.
-Haha, je dis pas non pour la crémière, glissa l'autre en me toisant non sans y mêler un rire gras. Je levai les yeux au ciel, excédée.
-Si vous êtes là pour lancer ce genre de remarque, quittez ma salle, tonna Rayan.
Le silence revint. Quant il m'eut donnée le feu vert pour reprendre, c'est ce que je fis en m'adressant aux étudiants concernés par les 35€ d'entrée.
-Sachez que je n'ai fait aucune proposition pour les tarifs. Mais je rejoins l'avis de mes camarades, il faudra bien rembourser les dépenses faites pour la préparation du Gala. Et justement…Si vous ne percevez pas la différence de frais à faire entre un Gala, une soirée élégante donc, et une soirée étudiante bon marché, c'est clair que vous n'avez pas compris l'importance de la cause.
L'étudiant qui m'eut prise en grippe avec son camarade haussa un sourcil mais je parvins à lui faire rabattre son caquet. Soudain, une étudiante proposa quelque chose d'intéressant et de très avantageux pour la fac.
-Mon père travaille dans un dépôt pour des fournitures de rénovation. Si ce n'est pas une trop grande perte pour le dépôt, on peut toujours continuer notre appel aux dons mais d'une façon différente. Au lieu de réclamer de l'argent pour la fac, on peut faire contribuer les magasins du coin pour nous aider à organiser le Gala. On essuiera des refus, mais on obtiendra forcément de l'aide ! Antéros est importante pour la ville, cela évite aux parents de payer de lourds frais pour envoyer leurs enfants ailleurs et la réputation de l'Académie n'est plus à refaire !
-Excellente idée, il y aura forcément des gens prêts à nous aider, s'exclama Rayan qui souligna cette idée : Je vois que vous vous donnez tous pour ce Gala, j'en suis ravi ! Vous savez, beaucoup d'enseignants se font du souci pour vous et font des pieds et des mains pour aider à l'organisation de ce Gala. On peut toujours agir en groupe et se répartir les tâches. Je demanderai à un professeur, d'accompagner des étudiants dans tel secteur de la ville afin de réclamer l'aide de magasins, prêts à nous donner voire juste prêter de quoi faire le Gala dans notre thème. (Il me toisa) On reste sur les années vingt, partenaire ? s'amusa-t-il.
Je souris, sûrement avec plus de chaleur que je n'aurais dû et confirmai ses dires. Nous restâmes de longues secondes ainsi, plongés dans le regard de l'autre avant que je ne me mette à rougir et à détourner mon attention. Quel chameau…impossible de lui faire la tête longtemps à celui-là ! Nous passâmes plus d'une heure et demi à organiser ce projet, en élaborant des plans et déposant des idées diverses et variées. Pour les trente dernières minutes, Rayan signala que nous allions présenter déjà tout ceci au directeur et qu'il restait bien trop peu de temps pour entamer le cours. Les élèves partirent au compte-goutte, et il m'invita à rester un peu. Je fis signe à Chani et les autres que je les rejoindrai plus tard.
Une fois complètement seuls, je ne pus m'empêcher de passer une main fraiche sur son front brûlant.
-Tu devrais rentrer…
Et finalement, il m'écouta. Il me promit de déposer notre bilan au directeur et de prévenir l'administration pour son absence, cette fois-ci, en bonne et due forme.
-Tu me rejoins ce soir ? peina-t-il à demander.
Je pus lire une pointe d'espérance dans ses yeux, à croire qu'il craignait visiblement d'essuyer un refus. Mais comment lui refuser ça ? D'autant plus que nous n'eûmes guère le temps de passer des soirées ensembles depuis notre retour du chalet. Aimante, je posai mes doigts sur son bouton de revers, accroché à sa veste noire qui recouvrait son sous pull émeraude. Lui, effleura ma montre à mon poignet. Mon aîné sourit, affectueux.
Nous nous quittâmes en essayant de ne pas rester trop longtemps seuls dans l'Amphi, puis, nous prîmes chacun une direction différente. Le hall n'était pas très animé, en revanche, je pouvais entendre du brouhaha dans la salle de repos. J'y fis un tour et retrouvai mes amis qui me firent de grands signes pour que je les repère.
Le reste de la journée se déroula plutôt rapidement, et, je ne sus si cela fut à cause de notre conversation de ce matin au sujet des rumeurs au sujet de Rayan et moi, mais j'eus l'impression de recevoir certains regards insistants. Notamment à l'heure du repas où l'on vint tout de même me confirmer si c'était vrai que « Monsieur Zaidi » était mon directeur de mémoire. Bien évidemment, je répondis par l'affirmative, d'autant plus qu'il s'agissait de filles de ma classe, et que Rayan ne s'était jamais caché d'être mon directeur de mémoire. Curieuse, je leur demandai donc pourquoi me poser une telle question.
-Comme ça.
-On ne pose pas ce genre de question comme ça, d'autant plus que le prof m'a encore présentée comme sa collaboratrice tout à l'heure.
-Bah non, c'était juste comme ça ! Fallait pas répondre si tu ne voulais pas !
-Oh, te braque pas, je te pose une question moi aussi, et comme ça me concerne, je suis en droit de savoir pourquoi vous demandez ça, non ?
-T'es en droit de rien meuf, redescends hein…railla sa comparse.
-C'est toi qui va redescendre, s'énerva Kelly : C'est complètement con de faire chier les gens pendants qu'ils mangent, juste « comme ça ! » pour le plaisir de péter l'oignon aux autres !
-Oh, c'était simplement pour être fixée, comme ça pas besoin de perdre notre temps à lui demander d'être notre directeur ! s'emporta l'une d'elles en rougissant.
-Bah tu vois, c'était pas dur, avais-je pesté.
Après quoi, nous retournâmes en cours sans reparler de cette histoire et ce, jusqu'à ce que j'aille travailler avec Hyun au café. Je fis par de mon idée à Clémence quant à celle de faire le Gala au café. Ma patronne m'avoua que le directeur lui en avait déjà parlé comme l'enseigne était des plus connues sur le Campus, or, la salle était bien trop petite pour tous les invités. En revanche, le cosy bear offrait son partenariat pour l'organisation des repas. Principalement les encas et les desserts. Pour les plats d'entrées et de résistance, un traiteur s'en chargerait.
-Oh…cela veut dire…
-Que tu seras de servie pour le Gala, oui. Hyun aussi.
Mon ami et moi nous lançâmes un regard curieux avant de le reposer sur notre aînée.
-Ne vous inquiétait pas, bien sûr que vous aurez une promotion pour votre participation à la soirée. Après, si tu n'es pas disponible Hyun, j'engagerai des serveurs pour la soirée.
-Ce n'est pas trop ça, au contraire ça me ferait plaisir. (Il souffla) Quoi que, servir pour une soirée si élégante, ce sera une grande première !
-Et moi donc ! le suivis-je : Mais, je suis l'organisation, je ne pense pas pouvoir être de service pour cette soirée, prévins-je, penaude.
Elle eut un rire presque offusqué.
-Oh oh ! L'organisatrice ? Vraiment, toi ?
J'arquai un sourcil, tandis que je préparai mon plateau.
-Un commentaire ? grondai-je sans demi-mesure.
Clémence parut surprise par mon ton, mais je devais avouer que je n'étais pas d'humeur patiente aujourd'hui.
-Juste, bon courage c'est tout, fit-elle : Bon, dans ce cas je vais tout de même engager des serveurs et Hyun, tu les superviseras.
-D-D'accord, rétorqua mon ami en me jetant un regard soucieux tandis que je retournai en salle.
Je vais lui prouver que je peux mettre en œuvre mon idée jusqu'au bout ! pestai-je en mon for intérieur. A 19h, je débauchai. Je prévins Chani que je dormirai chez Rayan pour cette nuit, et elle me souhaita une bonne soirée. Dans le bus, seule, je me ratatinai sur mon siège, la tête tournée face à la vitre et le regard rivé sur le paysage de nuit. Il y avait beaucoup de monde…entre ceux qui débauchaient et ceux qui partaient en soirée. Demain, j'avais mon rendez-vous chez le kiné, et je priai pour que mon épaule se remette rapidement. Est-ce que les cours de self-defense m'aideront vraiment ? m'inquiétai-je en me disant qu'il n'était plus possible de craindre ainsi un moyen de transport public.
Arrivée à l'arrêt non loin de l'immeuble de mon petit ami, je trottais jusqu'à l'entrée et tapai le code sur le boitier digital. Pour une fois, je ne crachai pas sur l'ascenseur et le je le pris sens tarder. J'envoyai un message à Rayan pour lui dire que j'arrivai chez lui. Une fois devant sa porte, je sonnai et attendis impatiemment qu'il m'ouvre. Ce que Rayan fit aussi rapidement que je me jetai dans ses bras dès que je l'eus devant moi.
J'en lâchai mon sac de cours, qui s'éventra sur le seuil. La force qu'il mit dans notre étreinte me prouva qu'il eut attendu ce moment toute la journée également. Je pouvais l'entendre, son cœur, battre fort dans sa poitrine. Ou bien fut-ce le mien ?
-Enfin…souffla-t-il en glissant une main sur ma nuque.
Mes doigts se perdirent dans ses cheveux, glissant le long de ses joues barbues jusqu'au haut de son crâne. Sans savoir qui fit le premier pas, je lâchai un soupire d'aise dans un baiser brûlant que nous échangeâmes. Un baiser qui comblait notre manque. Qui soulagea nos maux…
« Le plus important est qu'on soit toujours ensemble »
Je me souvenais chaque jour, chaque seconde qui s'écoulait, de ses mots qu'il m'eut partagés alors qu'il m'eut offert ma nouvelle montre. Je savais que je ne serais jamais aussi forte que lui, pour me déclarer ainsi. Mais je lui promettais, en silence, dans ce baiser, que je démontrerai mon amour pour qu'il n'est plus à se poser de question, qu'il n'ait plus à douter comme il put le faire à l'encontre de la sincérité de Dana.
Et quand mon cœur s'en sentirait le courage…
-Je t'aime, susurra-t-il, les yeux clos et le front contre le mien.
…Je lui dirai ces mots qu'il adore tant et qui font vibrer nos deux cœurs.
-Je t'aime aussi, Rayan. Je t'aime aussi…
Semblant retrouver son souffle, il me ramena contre lui et m'étreignit. Plus tard, nous nous retrouvâmes en tenue de détente, nos corps réchauffés par une bonne douche, et, nos plateaux repas vides posés sur la table basse, nous regardions la télévision tranquillement. Rayan s'était allongé, la tête reposant sur mes cuisses, tandis que j'avais croisé les jambes et que je câlinai ses cheveux d'une main.
-Au fait, ton rendez-vous chez le médecin ç'a donné quoi ?
-Grippe…baragouina-t-il : J'ai trois jours d'arrêt, jeudi inclus. (Il leva ses yeux sur moi) T'as pas trop peur de choper le virus ?
-Je suis plus team gastro que grippe, ris-je.
Rayan pouffa et se réinstalla comme avant. Je remontai la couverture, qu'il laissait toujours sur son canapé, un peu plus sur ses épaules et je replongeai mes doigts dans ses cheveux.
-J'ai prévenu l'administration de modifier vos emplois du temps. Et je m'excuse d'avance, mais le cours de mercredi sera rattrapé samedi matin.
-Haha, Clémence va faire la gueule…
-D-Désolé, mais entre mon emploi du temps, le vôtre, celui des premières années, des art-ap-
Hé, fis-je avec douceur : T'as pas à te justifier, c'est toi le prof, Rayan !
-Certes, mais je savais que tu bossais samedi…
Je haussai une épaule.
-Et alors, je ne suis pas ta seule étudiante hein.
-Non, mais t'es ma seule petite amie, donc, il est normal que je me soucie de toi, déclara-t-il.
Je ris.
-Va dire ça au grincheux que tu étais ce matin…
-J-je sais, excuse-moi. Mais ce n'est pas le fait que tu te soucies de moi qui m'agaçai…mais le fait que j'ai, une fois de plus…
Rayan soupira en s'enroulant un peu plus dans la couverture.
-Oublie, j'étais épuisé.
-Rayan… soupirai-je non sans sourire avec tendresse : C'est au sujet de ce que tu voulais révéler au directeur ?
Semblant hésiter à me répondre, je vis ses yeux se porter sur la table basse avant qu'il ne se mette sur le dos, ses yeux anis accrochés aux miens.
-Tu ne crois pas qu'il serait temps qu'on en parle au moins au directeur afin d'éviter toute cohue ?
Me souvenant de ce qu'il s'était passé à la cafétéria, et aux paroles très sérieuses que j'eus prononcées ce matin, je me retrouvai du même avis que lui. Néanmoins, nous conclûmes que le moment n'était pas si bien choisi avec la préparation du Gala et les conseillers d'investissement que le directeur avait sur le dos.
-Attendons que le Gala soit passé au moins, fit-il et j'opinai vigoureusement du chef.
Rayan soupira en lovant son visage contre mon ventre, et sembla clairement soulagé d'un poids. Je me dis…que les choses se seraient sûrement mieux passées, si Dana et lui avaient assumés leurs relations plus tôt. Mais ce n'était pas la même époque. Songeant aux dires de Charly et Camille, au sujet des préoccupations des étudiants, je me dis qu'on parlerait de nous un mois… mais cela risquait de passer bien plus promptement qu'à l'époque où Dana était encore de ce monde.
Du moins, je priai pour que ce soit le cas.
Le restant de la semaine se déroula à une vitesse fulgurante. Entre le café, les cours, mes séances de kiné, Rayan qui était cloué au lit, fiévreux…et la préparation du Gala j'eus la nette impression d'avoir fait un bon du lundi au samedi matin sans avoir rien eu le temps de voir passer. Rayan nous annonça que le thème avait été validé -le directeur s'ajouta un petit plaisir d'associer « bal masqué » à notre thème-, et qu'un lieu fut trouvé grâce aux coachs qui utilisaient le gymnase pour les clubs de basket et volley selon le jour. Camille me confia que c'était le plus beau gymnase qui avait déjà été le théâtre de quelques festivités organisées par le Campus et qu'il était l'ancien lieu où le club de théâtre faisait ses représentations il y a encore quelques années avant de leur trouver un nouveau local plus adapté et moins dérangé par les entraînements des autres clubs. Il y avait donc une scène où…
-Nous devrons faire un discours, termina Rayan en s'adressant tout particulièrement à moi. Un, d'ouverture du Gala de charité, et un, de fin ! Aussi, grâce à la participation de la boutique d'antiquité « Présent Souvenir » une véritable vente aux enchères aura lieu pendant la soirée et ce, en privée et sur liste d'inscrits. Ce qui veut dire que les places sont limités, et bien évidements les invités d'honneurs seront mis en priorité. Le but étant de récolter des fonds, pas de faire les poches des étudiants. D'autant plus que de véritables œuvres vintages seront aux enchères avec authentification fournie et exposées un jour avant le Gala et surveiller par la gérante de la boutique qui se fera le rôle de commissionnaire-priseur, sa grande expérience l'en jugeant digne.
-C'est là où tu travailles, non ? demandai-je à Chani qui me fit le signe de la victoire. Je compris qu'elle y était pour beaucoup dans cette histoire de vente aux enchères.
Des soupirs émerveillés ainsi que des exclamations de joies ambiancèrent l'amphi. L'auditoire semblait des plus emballés par ce Gala qui avait désormais une date et des allures très mondains.
Et tout se jouerait le 16 Février !
A suivre…
[EXTRA] :
Les aventures de Chani et Tallulah ! Episode 1 :
(Un soir, un peu après le retour de vacances)
-Cela ne te dérange pas qu'il vienne dîner avec nous ce soir, t'es sûre ? demandai-je à mon amie en parlant de Rayan a qui j'eus proposé un petit dîner tranquille avec Chani et moi après le boulot.
Nous étions en plein ménage. Ma colocataire s'occupait des meubles dans le salon tandis que je décapais la salle de bain. Un chignon un peu mal enroulé sur ma tête, un mini short et un hoodie à Rayan sur moi, j'étais assise en tailleur sur le comptoir du lavabo en train de nettoyer le miroir. Enfin…
-Pff…il a séché ! râlai-je en examinant un de mes vernis que je jetai dans le sac poubelle.
J'avais nettoyé l'intérieur de l'armoire à pharmacie qui nous servait surtout de remise à notre maquillage…Enfin, surtout celui de Chani, mais j'y trouvai de la place pour mes vernis, gardant mes rouges à lèvres dans ma chambre ainsi que mes médicaments. En tout cas, je me fus perdue loin du ménage et m'étais mise à tester mes vieux vernis.
-T'es là Ni-ni ? la hélai-je, n'ayant toujours pas de réponse. Roh, il était pourtant joli ce vert irisé. C'était quoi la marque … ? Oh ! Il y a une boutique pas loin ! (Je jetai un coup d'œil à l'entrebâillement de la porte) Ni-ni ! ça te dit une virée shopping ce week-end ?
Pas de réponse…Elle était morte.
-Ni-ni ?
Descendant de mon perchoir avec les doigts de la main droite écartés pour ne pas faire baver mon vernis fraichement mis, je tins mon chiffon dans l'autre et partis rejoindre Chani dans le salon.
-Cha-…Bah t'es où ? marmonnai-je en ne la voyant plus à son poste. Je me sentis bien seule tout à coup.
Puis, sentant un courant d'air provenir de l'entrée, je constatai que la porte était ouverte. Heureusement que personne n'habitait au même étage que nous ni même au 4e. Je partis donc où se trouvait mon amie. Dans le couloir face à la porte de l'appartement juste en face du nôtre.
-Ni-ni ? Qu'est-ce que tu fais ? Lui demandai-je tandis qu'elle se tenait devant la porte, une lampe de poche dans la main.
-Je n'arrive pas à me la sortir de la tête…je dois voir ce qu'il y a derrière.
-Hm ? Quoi donc ?
Je fermai notre porte derrière moi et la rejoignis devant celle de l'autre appartement.
-C'est l'appartement 20 non ?
Mon amie courba les sourcils d'un air soucieux en pointant du doigt le panneau de porte.
-T'as mal lu…
Intriguée, je l'interrogeai du regard avant de détourner mon attention sur le numéro…
-« 0 » ?
0… ? Mais je pensais que c'était…
-Ah…Ahah…ris-je, en me forçant un peu : c'est une blague c'est ça… ? (Je lui donnai un coup de coude) Toi ! T'as voulu me faire une vilaine plaisanterie ! Allez, tu l'as mis où le « 2 » ?
Mais le sérieux de mon amie resta plaqué sur son visage.
-Tu n'avais pas fait attention pendant la visite ? Il n'y a jamais eu d'appartement « 20 ».
Un terrible frisson me déchira le dos et me hérissa les poils jusqu'à ceux dans le fond de mon slip.
-T-t-t-t-t-t-t'es s-s-s-s-s-sérieuse là !? bégayai-je en faisant quelques pas en arrière.
-Oui, assura-t-elle l'air de rien : Et depuis quelques nuits, j'ai entendu des bruits, je me demandai ce que c'est.
-D-d-d-d-des bruiiiiits !? (Mon âme me quitta) Q-q-q-quel genre de bruiiiiits !?
-Cela varie…au début ça claquait un peu et maintenant ça se combine à des grattements.
Au même moment, un boucan monstre provint de derrière la porte de l'appartement « 0 ».
-Hiiii ! couinai-je en me plaquant contre le mur du fond : c-c-c-c-c'était quoi ça !? beuglai-je, les larmes aux yeux.
-Il n'y a qu'un seul moyen de savoir, dit-elle en se mettant à genoux devant la serrure avec d'étranges piques en ferraille entre les mains.
-C-c'est quoi ?
-Des crochets à serrure ! Il m'arrive parfois de les utiliser pour mes explorations, vive le « lockpicking » héhé !
Elle me dit ça fièrement en plus ! Délinquante ! m'écriai-je en mon for intérieur. Je la regardai s'affairer, sans trop savoir quoi faire, mon dos se faisait aspirer par le mur derrière moi tant je me pressai contre lui. Après quelques frottements, un cliquetis se fit entendre et la porte s'entrouvrit dans un grincement qui me donna la chair de poule.
-C'est fait ! (Elle me regarda) Viens ! Je t'avais promis qu'on ferait de l'urbex ensemble, le grand jour est arrivé !
-Le grand jour !? Hein !? Maintenant !? M-m-mais…Ah ! Ahaha, n-non, je dois préparer le dîner pour ce soir…P-puis, Rayan ne doit pas tarder je vais donc m-
-Donc tu n'as pas peur que je me fasse déchiqueter par un esprit frappeur ?
-…
-Hn ?
-Tu joues sur les sentiments ! hurlai-je en tremblant de partout.
Prenant une grande inspiration, je serrai mon chiffon entre mes mains, bousillant mon vernis encore frais et, m'approchant de mon amie, je lui dis que je la suivais. Oui, courageuse mais pas téméraire et j'assume !
Chani poussa la porte d'une main et éclaira l'intérieur avec sa lampe. C'était vide, du moins, il n'y avait pas grand-chose hormis des meubles sous draps, un tas de laines de verres sur notre gauche et d'autres équipements pour rénovation d'intérieure. Il y avait même du matériel neuf…
-Je me demande pourquoi ils ont laissé ça en plan. (Elle éclaira dans le fond du salon) Regarde, il y a des bouteilles encore pleines.
-Cela n'explique pas le bruit qu'on a entendu ! couinai-je.
Nous nous aventurâmes en enjambant le matériel de rénovation en direction des chambres. L'appartement était plus petit que le notre et ne comportait qu'une chambre sans bureau. Soudain, des grattements très audibles se firent entendre.
-Hiiii ! Ch-Ch-Chaniiiii !
-Shh…je ne sais pas d'où ça vient !
-On s'en fout, viens on se casse ! geignis-je en tirant sur l'arrière de son pull.
-Je veux savoir d'où venait ce bruit.
Je me liquéfiai de toutes parts et mes jambes se firent aussi fragiles que du coton. En plus, je me trouvai en mini short, mes jambes frissonnaient autant de froid que de peur. Un claquement sec retentit derrière nous et Chani sursauta.
-Non, la lampe !
Dans sa frayeur, elle lâcha sa lampe de poche qui s'éteignit. A tâtons, je la ramassai et la cognai dans le creux de ma main mais aucune lumière ne se diffusa.
-Noooo-oooon ! pleurai-je.
-Dis-moi que t'as ton portable…me demanda-t-elle d'une voix chevrotante.
-Naon ! Je l'ai paos !
-Moi non plus…
Un long silence intervint jusqu'à ce que le grattement se fasse à nouveau entendre.
-AU SECOURS ! hurlâmes-nous en courant dans le noir.
Chani se prit quelque chose et moi avec, me faisant chuter dans la poussière du parquet grinçant. Il faisait vraiment noir. La nuit était tombée à l'extérieur et les volets étaient tous fermés. Et lorsque nous vîmes un rai de lumière sous la porte d'entrée nous comprîmes que celle-ci était la source du fort claquement qui nous fit sursauter plus tôt, alors que le courant d'air l'avait refermée.
-Au secours ! hurlai-je en me relevant.
-A-Attends Tal', j'ai mes cro-
Mais mes poings cognant contre la porte camouflèrent sa voix et je continuai à m'égosiller tout en appelant à l'aide.
-Tallulah !? entendis-je depuis le couloir.
Cette voix !
-Rayan, ouvre cette putain de porte ! Hurlai-je.
Un simple tournoiement de poignet sembla suffire, car Rayan ouvrit la porte bien facilement. Mais oui ! Chani l'a crochetée !
-Rayan ! soupirai-je en me jetant dans ses bras, tremblante comme une feuille.
-Hé bien ! Que faites vous ici, vous déménagez encore !?
Je baragouinai dans mes pleurnichements notre mésaventure mais je crus bien qu'il ne comprit pas un traitre mot de ce que je lui eus dit. Chani prit la relève, tandis qu'elle verrouillait la porte derrière nous avant de regagner notre propre appartement, mille fois plus chaleureux et moins douteux.
-Je vois, fit Rayan à la fin du récit de mon amie : Mais c'était risqué, et puis…ce n'est pas franchement légal ce que vous venez de faire, dit-il.
-UN FANTÔME ESSAYE DE ME BOUFFER ET TOI TU PARLES DE LOI !? (Je le maudis) C'est ta crève qui t'a fait péter les neurones !?
-Un fantôme, les grands mots… (sourit Chani) Ne sautons pas sur les conclusions trop hâtives sans preuve, nous ne savions même pas d'où provenaient réellement ses bruits.
Rayan, toujours malade, fut pris d'une quinte de toux et je vins partager mon plaid avec lui, tandis que nous étions assis sur le canapé.
-Hm…on n'y retourne plus jamais ! tranchai-je.
Chani ne promit rien, mais tenait tout de même à appeler Monsieur Castillon pour avoir plus d'information au sujet de ce fameux appartement « 0 ». Et ce fut, sauvées par mon chéri, que nous pûmes préparer notre dîner, nous remettant peu à peu de notre mésaventure, et ce, sans jamais savoir ce qu'il s'était passé là-bas…
Les aventures de Chani et Tallulah ! Episode 1 : Fin.
