[Petit mot d'avant lecture: Les préparations du Gala se poursuivent mais la pression devient palpable, et Tayan connaîtra sûrement un petit débordement émotif ! Entre l'école, sa famille et le Gala, Rayan aura bien besoin de faire preuve de patience. Quand pensera Tallulah ? Je vous laisse découvrir et je vous souhaite une bonne lecture :D !]


Rayan

-Deux semaines…Que veut-il qu'on fasse en deux semaines, pestai-je à côté de Tallulah tandis que nous étions en rendez-vous au café lecture habituel.

Son ordinateur portable devant ses yeux, ma petite amie confectionnait les invitations maintenant que nous eûmes reçu la liste. Et…il y avait un beau monde. Nous savions que nous allions devoir faire du tri parmi les invités extérieurs au Campus.

-Miss Paltry organise les recherches pour les appels aux dons des magasins déco et bricolage du coin. On aura forcément de l'aide, Rayan. Déjà, je travaille plus tard au café pour aider Clémence dans les préparatifs des menus et dans le plan des dispositions des tables. Quant à toi, tu as déjà trouvé des musiciens pour la soirée et tu te charges de l'organisation de l'exposition avec Anita, la patronne de « Présent Souvenir ». (Elle prit une gorgée de son chocolat chaud) Je vous connaissais plus tenace, mon ami Raoul ! me charia-t-elle, un sourire malicieux au coin des lèvres.

Je reniflai un rire, amusé, et je posai ma tête sur mon coude plié tandis que, de ma main libre, je jouai avec mes cheveux bouclés.

-Et je vous croyais plus prudente…

-Christine ? Prudente ? T'as vu ça où, toi ? railla-t-elle en faisant secouer ses épaules dans son rire.

-Elle s'éloigne de Raoul au détriment de son amour pour lui j'te rappelle ! Elle le protège, ainsi que les donateurs de l'Opéra où elle faisait ses représentations, lui rappelai-je.

-Mais ce n'était pas dans son caractère propre, la preuve, finalement, elle parvient à mener Raoul sur la piste de son maître chanteur. Elle n'était pas prudente lorsqu'elle repoussait Raoul, elle était effrayée, et démunie ! Elle se souciait également d'Erik jusqu'à ce qu'elle n'ait des soupçons… Ce n'est clairement pas la prudence qui dictait ses actes…

Sa voix se fit plus morne et profonde en fin de phrase. Curieux, je lui demandai ce qu'elle eut vu à travers les actes de Christine à s'être isolée de tout ceux qu'elle aimait au détriment de son bien-être.

-Du désespoir…déclara-t-elle. En s'arrêtant de taper sur son clavier, elle eut porté son regard par-delà son écran, sur un point visible unique du fond de son esprit : Elle était désespérée.

L'ombre de son regard me fit frissonner tout comme le timbre de sa voix. J'aurais pu écouter Tallulah me décortiquer le texte de Leroux pendant des heures. Chaque mot quelle employait, la passion qu'elle y mettait, quand bien même nous n'étions pas vraiment dans une situation à faire débat, nous nous stimulions l'un l'autre en jouant parfois sur les sous-entendus comme nous eûmes toujours eu l'habitude de le faire.

Cette subtile impudence nous émerveillait constamment, et nous enrôlait dans des scènes enjôleuses parfois risquées. Me mordant la lèvre inférieure, je laissai mes yeux se balader sur son visage de nouveau sérieux, tandis qu'elle s'était remise à l'œuvre. Félin, je me glissai plus prêt, et insinua une main sous son haut chauve sourit moutarde. Je l'entendis ricaner tandis que je venais embrasser son cou.

-Tu me chatouilles avec ta barbe…grogna-t-elle avec allégresse.

Ma main vint à la rencontre de sa chaude poitrine et totalement libre sous son vêtement. Je redessinai du bout de mes doigts le galbe de ses seins et effleurai les tétons. Tallulah réprima un soupire et tressauta sous mon geste. Faisant mine de poursuivre son travail, je ne décrochai pas mon regard de son visage et continuai mon exploration.

-Il n'y a pas de clients, mais il y a des caméras…me glissa-t-elle en se redressant et en se décalant de quelques centimètres, plus au fond de notre banquette d'angle sur laquelle nous adorions nous installer.

-De notre posture, à part voir que je t'embrasse, la caméra ne filme rien d'autre, souris-je tandis que je me plaquai à nouveau contre elle, la surplombant un peu alors que je faisais passer ses jambes sur mes cuisses, postées en biais sous la table. Tallulah délaissa finalement son clavier pour venir enrouler mon cou de ses bras. Mes baisers se firent plus pressants, tout comme mes caresses sous son haut.

-Je ne sais pas ce qu'ils t'ont mis dans tes antibiotiques, mais une partie de ton corps est en forme en ce moment…susurra-t-elle d'une voix rauque.

-Parler avec toi est le meilleur des remèdes, souris-je entre deux morsures dans son cou.

-Oh…je vais devoir arrêter de prendre la parole en cours, dans ce cas ! gloussa-t-elle.

-Je suis sérieux, dis-je en m'arrêtant deux secondes, le temps de caresser sa joue du bout de mon nez : Tu plaisantes, mais tu m'as déjà fait bander en plein cours…avouai-je.

Ma cadette me toisa avec un air tout à fait coi. Je levai les yeux au ciel, regrettant de lui avoir révélé un tel fait.

-C'était…avant qu'on sorte ensemble, c'était pendant une semaine où nous avions eu de cesse de nous croiser dans les couloirs, et chacune de nos conversations s'enflammaient. Le souci, fut qu'une d'elle se fit interrompre au moment où tu allais me donner ta réponse quant à ton opinion sur une estampe japonaise. Maintenant que j'y pense, dès que le sujet virait sur l'art décoratif, tu avais cette flamme dans les yeux qui te rendait à la fois impulsive et inspirée. (Je croisai son regard) Tu adores ça, l'art décoratif, et je ne m'en rends compte que depuis peu. (Elle détourna le regard, rougissant, mais je pris son menton entre mes doigts et l'incitai délicatement à me refaire face) On devait justement en parler en cours…c'était un Mercredi, nous nous étions croisés le matin et j'ai dû me faire violence pour patienter jusqu'à l'après midi afin d'avoir le fin mot de notre échange. Je bouillais. Et toi, tu n'as jamais levé la main, il a fallu que je fasse littéralement semblant de m'intéresser aux critiques des autres, et je me suis maudis de faire preuve d'un manque de professionnalisme, mais je n'avais cure de leurs propos. Je voulais les tiens. Je voulais savoir ce que tu avais à l'esprit, je voulais à nouveau entendre cette voix profonde, retrouver ce pétillement dans tes yeux. (Je me mordis la lèvre) Ce tic, que tu as… à toujours caresser ta clavicule lorsque tu es pensante…Cela me rendait dingue, car je te voyais réfléchir, je te savais songeuse, mais tu refusais de me partager l'intérieur de ta tête. (Je soupirai) Comment veux-tu que je ne m'acharne pas à t'interroger, tu ne levais que si peu la main à ce moment-là ! Je frôlais la folie… Ma curiosité a pris le dessus et j'ai fini par t'interroger. (Je pouffai) Ce petit tressautement que tu as eu, alors que tu prenais des notes, très concentrée et à l'écoute de ce que disait ton camarade que j'ai interrompu, tout ça pour t'écouter toi. Tu as tout de suite arrêté de toucher ta clavicule et tu as laissé ta main dans le vide. D'abord hésitante, comme à chaque fois que je t'interrogeai, tu as commencé à libérer ce qu'il y avait en toi. Et là ce fut l'extase. Tous mes sens étaient en éveil, jusqu'au toucher, comme si tes mots me caressaient tangiblement et c'est alors… (je déglutis, un peu honteux) qu'une partie de me corps s'est réveillée comme jamais elle ne l'avait fait depuis un moment. J'ai dû finir le cours assis derrière mon bureau, le micro en main pour que vous m'entendiez bien.

-J-je…oui, maintenant que tu le dis je me souviens de ce cours. Cela m'a d'ailleurs étonnée de te voir assis, du moins, derrière ton bureau. Tu avais plutôt tendance à te mettre sur le rebord de l'estrade ou sur le rebord du bureau, mais jamais derrière.

Je souris, presque flatté d'apprendre qu'elle retenait également mes petits gestes usuels.

-Je me sens…presque désolée. Je ne pensais pas que…enfin, j'avais dit quelque chose de particulier pour que tu sois comme ça ?

Je réfutai ses dires en secouant la tête.

-L'intérêt que tu portes à mes passions, celles que tu me fais découvrir chez toi, la disponibilité dont tu faisais preuve, ton écoute, ta compréhension…C'est incroyablement stimulant d'échanger avec toi, puce. T'es merveilleuse…

Son regard se mit à scintiller un bref instant avant qu'elle ne baisse les yeux nos mains que nous avions jointes les unes aux autres. J'inclinai la tête, pour les croiser à nouveau mais, comme pour cacher son embarras, Tallulah porta une main à sa bouche, et me dit, d'une voix étouffée :

-Ch-Chani…ne rentre pas avant 23h ce soir…elle doit retrouver Charly. (Elle me regarda en coin) Tu penses que…Enfin, tu pourrais-

La faisant se lever d'une traite je rangeai ses affaires à sa place et nous quittâmes promptement le café après avoir payé notre ardoise. Ce fut un peu chaotique, mais entre nos baisers brûlants et nos caresses concupiscentes, nous parvînmes à gravir les 5 étages jusqu'à son appartement dans lequel nous nous enfermâmes. Après de fougueux ébats, nous nous retrouvâmes allongés dans son lit, moi sur le ventre, épuisé, et elle en tailleur, le dos contre la tête de lit. Je souris en sentant ses doigts se perdre dans ma chevelure.

Ce moment de plénitude me combla, et, mêlé à ma fatigue, il m'en fallut peu pour m'endormir. Ce fut une sonnerie tonitruante qui me sortit de mes songes, et ce, dans un sursaut qui me fit secouer les épaules et ouvrir les yeux en grand. A côté de moi, je sentis que ça remuait, et je compris que je m'étais endormi chez Tallulah, qui, éteignant son portable s'excusait de m'avoir réveillé.

-N-non, marmonnai-je : Ne t'en fais pas, juste…Pourquoi ne pas m'avoir réveillé hier ?

-Tu dormais si bien, et puis je n'ai pas franchement tardé à te rejoindre, m'avoua-t-elle dans un murmure.

Prenant une profonde inspiration, je m'étirai dans son lit en lui demandant si elle partait travailler. Ma cadette opina du chef alors qu'elle sortait du lit après avoir allumé sa petite lampe de chevet. Je lui dis que je venais avec elle, ou plutôt, que je la déposerai au café en voiture avant que je ne retourne chez moi, récupérer les bons documents pour mes cours d'aujourd'hui. Je lui promis de la rejoindre pour un petit déjeuner au Cosy Bear, et elle m'assura que je trouverai mon café et mon pain chaud de prêts à mon arrivée.

Une fois chez moi, je préparai mes affaires, pris une douche et pris le temps d'examiner ma boîte mail. J'avais reçu des demandes du labo où je faisais mes recherches. J'avais envoyé la première partie de mon nouveau projet et le bilan allait bientôt m'être envoyé. Et apparemment, il se pouvait que les premiers chapitres soient susceptibles de se faire publier d'une période trimestrielle et cela me promettait une promotion certaine. « Je vous connaissais plus tenace. » m'eut dit ma cadette, et clairement mon dur labeur portait à nouveau ses fruits.

-Mais ça veut dire…que tu vas présenter ta propre conférence ? s'enjoua ma cadette lorsque je lui eus partagée la nouvelle.

-Il se pourrait bien que oui, dans différents secteurs. Il se peut que je sois absent quelques jours vers Avril. En tout cas, mes recherches intéressent d'autres écoles, j'espère juste qu'ils ne me feront pas de nouveau muter !

-Ce sont tes recherches qui t'ont amené ici ? me demanda-t-elle avant de saluer des clients. Ils s'installèrent à une table, et la patronne se chargea de prendre leurs commandes tandis que Tallulah tenait le comptoir.

-Oui. Le labo d'Antéros était en contact avec celui de mon ancienne ville et mes premières recherches, publiées sous l'allure d'un roman jeunesse, ont intrigué et je me suis retrouvé ici. (Je lui souris, taquin) Je ne suis pas mécontent !

Semblant comprendre mes allusions quant à notre rencontre, je la vis glousser, non sans rougir. Soudain, ma chérie se fit appeler par sa patronne en cuisine. Je me montrai sceptique mais elle m'assura que ça allait encore être au sujet du Gala. Me retrouvant seul au comptoir, je souriais comme un bienheureux tout en repensant au mail de ce matin. Puis, je sentis comme une présence qui ne m'était pas inconnue se poser non loin de moi. Je tournai la tête, par simple curiosité et je me retrouvai nez à nez avec le directeur d'Antéros. « Il venait la voir au café tous les matins avant d'aller à la fac ». Me souvenant des paroles du jeune Camille, je me rendis alors compte que plus d'une fois, le directeur aurait pu avoir l'occasion d'apprendre pour Tallulah et moi.

Puis, me souvenant que je n'étais pas au travail, et que je n'avais plus ce sentiment d'insécurité en moi, mon alerte s'envola bien vite et, poli, je saluai mon supérieur qui, apparemment s'était justement installé à côté de moi après m'avoir remarqué.

-Je suis content de vous croiser, j'ai appris pour la publication de vos recherches ! Bon, je suppose que vous commencez à être habitué maintenant, n'est-ce pas ? (Il me serra à nouveau la main) Mes félicitation en tout cas, ravi de voir que vous avez su garder votre sérieux. Vous faites honneur à l'Académie, ce sont vos élèves qui seront fiers de vous, haha !

Le directeur…Avait toujours cette fâcheuse manie de se montrer mielleusement oppressant. Il n'était pas ravi pour moi…Il était surtout en joie de savoir qu'un de ses enseignants continuait de faire luire la réputation d'Anteros. Je souris. Très sobrement et hochai la tête tout en acceptant sa poignée de main. Cela ne fonctionnera pas… me dis-je : Jamais il ne tolèrera ma relation avec Tallulah. Et pourtant, ma détermination quant au fait de lui dire la vérité, n'en fut pas ébranlée. Soudainement mu par une pulsion incontrôlée, j'ouvris la bouche pour reprendre la parole mais mes mots et ma voix n'atteignirent jamais les oreilles de mon aîné.

-Mais je ne suis pas uniquement venu vous féliciter, en fait je comptai déjà venir vous voir en salle des professeurs pour vous annoncer que j'ai ajouté un invité sur la liste des artistes présents pour le Gala. Je ne m'attendais pas à ce qu'autant de monde accepte, à croire que les événements caritatifs dans l'éducation touchent plus de personnes qu'on pourrait le penser, haha ! Mais parmi tout ce beau monde, il y avait bien une personne ou deux, pour lesquelles je n'attendais pas de réponse, ou bien du négatif tout au plus. Pourtant…Le photographe Sohan Arles va nous faire l'honneur de sa présence et a d'emblée assuré qu'il se présentait comme donateur semestriel !

Mon cœur rata un battement et mon souffle se fit soudainement plus court. Q-Quoi ?

-Il a pris sur son temps pour un entretien téléphonique et…il semblait particulièrement touché face à la décision que j'eus prise quant à la suppression de la filière de l'Histoire de l'Art.

Tallulah revint au même moment, et, d'abord surprise de se trouver face au directeur, elle reprit son sourire chaleureux habituel et vint l'accueillir comme à un simple client.

-Bonjour, merci d'avoir choisi le Cosy bear ! Que puis-je pour vous ?

-Oh ! sembla-t-il surpris : Bonjour à vous, eh bien…je vous prendrai un thé vert au lait, avec un peu de cannelle s'il vous plaît ! lui sourit-il, enchanté : La préparation des invitations avance bien ? D'ailleurs, je vous ai envoyé un mail ce matin, pardon de vous donner encore plus de travail mais un invité est ajouté. Il risque d'être accompagné, mais son invitation lui est tout personnellement attitrée.

-Je vois, je m'en occuperai soyez-en sûr ! lui dit-elle en préparant son thé. Elle le déposa sous son nez et présenta un petit pot rempli de cannelle en poudre : Servez-vous à votre guise. Vous laisserez vous tenter par une de nos viennoiseries ? Sorties tout droit de la cuisine il n'y a pas trente minutes !

-Hé bien, pourquoi pas, laissez-moi voir, rit-il en se laissant guider par Tallulah.

La vitrine se trouvait juste à côté de ma place et le directeur en profita pour me dire :

-Je compte sur vous pour vous occuper personnellement de Sohan Arles durant la soirée. Il participe également aux enchères.

-Mais le catalogue n'est toujours pas prêt ! m'offusquai-je.

-Haha, je lui ai envoyé les photos des œuvres par mail, avec l'accord de la gérante de la boutique « Présent Souvenir ». Je me demande comment une experte d'Art comme Anita a pu se retrouver simple vendeuse !

-Cela est-il dévalorisant ? demanda subitement Tallulah, au risque de l'interrompre.

Le directeur, qui prenait en main sa viennoiserie enveloppée dans un sachet, resta sans voix et la détailla longuement avant de secouer la tête.

-Pardonnez-moi, je me suis mal exprimé, je ne voulais absolument par critiquer cette dame.

-Vous ne m'avez pas blessée, et si des excuses doivent-être faites ce n'est certainement pas à moi Monsieur. Mais sauf votre respect, il n'est pas rare que des experts d'Art se détournent de leur profession initiale. Mon père est rédacteur en chef dans une agence régionale pour le magazine « Archéo'moi » et il a souvent eu affaire à ce genre de cas. Le monde de l'Art est de plus en plus truffé de duperie, tout ça pour l'appât du gain. Si certains artistes contemporains sont critiqués par leurs expositions et performances à buzz qui font dégringoler les chiffres de leurs œuvres, eux, au moins ont l'honnêteté de se faire de l'argent par leur propre travail brut. Les experts, les façonneurs, les marchants de mobilier antique, on sait tous que les contrefaçons croulent sur le marché noir jusqu'à être revendues, de façons la plus malhonnête qui soit, à des artistes parfois à l'œil pourtant aguerri. Il arrive même que l'on graisse abondamment la patte des experts afin de leur faire sortir de leur tiroir une « authentification » validant l'ancienneté d'une œuvre qui sort à peine de l'usine, mais qui est maquillée de façon qu'elle soit plus ancienne qu'elle ne l'est. Et la plupart du temps, pour ne pas jouer la carte du risque, on prétend que les œuvres dates du 16e voire, du 18e…au vu d'un artiste, c'est trop récent pour être expertisé, alors, il achète « l'œuvre » à des prix exorbitants, tandis qu'elle ne vaut pas 10€ à prix d'usine. Tous les experts, reconvertis ou parfois simplement à la retraite, que mon père a eu la chance d'interviewer, sont des hommes et des femmes épuisés par toute cette escroquerie, qui, malheureusement, ne peut pas être sanctionnée si facilement si l'expert n'est pas reconnu par un syndicat de la profession. Et puis…ente nous, elle n'est pas « vendeuse » mais antiquaire. Finalement, cette dame est restée dans sa profession.

Bouche bée, mon aîné et moi toisions avec intensité notre cadette qui se mit à rougir violemment. J'eus l'impression de prendre une douche froide et au vu de la posture tendue du directeur, il n'en était pas loin lui non plus. Nous venions littéralement de prendre une leçon d'humilité et je crus fortement que ça lui fit personnellement du bien.

-J-je vous prie de m'excuser, bien sûr que vous saviez tout ça ! J-je…

-Hahaha !

Notre supérieur se mit à rire à gorge déployée, faisant tourner les regards dans notre direction.

-Ne vous excusez pas Mademoiselle Loss, vous pouvez être fière de vous et de votre père ! Hahaha ! (Il essuya une larme au coin des yeux) J'ai beau être au courant de ce qu'il se passe dans le monde du trafic de l'Art, avec le temps, nous avons la prétention de tout savoir mieux que tout le monde et nous oublions l'essentiel. Ne jamais juger. Je ne suis pas mécontent qu'une personnalité telle que la vôtre embellisse les murs de mon Académie, et surtout, de mon bâtiment que je supervise. (Il se rassit à mes côtés et paya pour son thé et sa viennoiserie) Fabuleux ! Avec vous deux ce Gala sera fabuleux !

Sur ces bonnes paroles, il but son thé, tandis que Tallulah et moi échangeâmes un regard sceptique, avant de le reposer curieusement sur notre aîné. Ma petite amie se remit à servir ses clients, mais le directeur continua à échanger avec nous jusqu'à ce qu'il interpelle la patronne du café avec qui il s'entretint longuement. Pour ma part, je fis signe à Tallulah que j'allais rejoindre la fac et elle me sourit, m'accompagnant jusqu'en terrasse.

-Pffouh…j'ai cru qu'il n'allait jamais nous lâcher, soufflai-je comme si j'eus contenu l'air dans mes poumons bien plus longtemps que je ne l'aurais dû. J'eus un léger vertige, et je me maintins à la balustrade de la terrasse.

Une main vint frictionner mon dos avec fermeté et affection. Je souris à Tallulah, qui regarda par-dessus son épaule en direction de la salle. J'en fis de même, et voyant que le directeur suivait Clémence en cuisine, je reportai mon attention sur ma petite amie que je vins embrasser chastement.

-Je passerai te voir après mon rendez-vous avec la gérante de la boutique « Présent Souvenir ».

-Ok…sourit-elle, frottant son nez contre le mien : Passe une bonne journée.

-Toi aussi.

Nous nous séparâmes à contre cœur mais promptement, avant que le directeur ne pointe le bout de son nez. Si je fus prêt à tout lui révéler, je devais tout de même me contenir, nous nous étions promis d'attendre que le Gala soit passé pour faire la démarche, Tallulah et moi. Et dans l'instant une autre préoccupation hanta mon esprit.

Mon père sera vraiment au Gala ? Le fait qu'il soit donateur ne m'étonna guère, il soutenait déjà bon nombre d'œuvres caritatives, mais se déplacer, tout personnellement dans des soirées mondaines et surtout, prendre part à des enchères… Ce n'est pas son genre.

Autant mon grand-père en était friand, autant mon père, lui, n'était jamais très emballé par cela. Il était du genre discret, et prisait plutôt les foires d'Antiquités aux hôtels de vente. Et si une œuvre l'intéressait, il envoyait son assistant.

Pour en avoir le cœur net, j'attendis la pause déjeuner pour lui passer un coup de fil. Je tombai sur ma mère.

« Bonjour mon chéri, je suis contente que tu appelles ! Mais ce n'est pas dans tes habitudes de le faire quand tu es au boulot…Est-ce que tout va bien ? »

-Bonjour Maman, oui oui, tout va bien, ne t'en fais pas. Et toi ? Dis-moi, papa est dans le coin ?

« Tu parles avec le nez…T'es malade ? » se soucia ma mère et je levai les yeux au ciel.

-Maman, ce n'est rien ! J'ai eu la grippe mais je m'en remets ! assurai-je non sans rire : Où est papa ? T'es au courant pour le Gala qu'organise l'Académie où je travaille ?

« Oh, oui ! Ton père m'en a parlé et d'ailleurs…Tu aurais pu nous le dire que l'Académie avait des soucis d'argent. Tu es à deux doigts de perdre ton travail, Rayan ! »

-Ne t'en fais pas, tout le monde se bat pour maintenir le gouvernail.

« Oui, apparemment tu serais l'organisateur ! Enfin… Donc son nom de famille est Loss ? »

-Forcément, le directeur a également parlé de Tallulah, soupirai-je plus pour moi-même : C'est justement elle qui a eu l'idée d'organiser un évènement de charité.

« Ah vraiment ? Elle est très investie pour son école cette petite ! » rit ma mère « ou pour son professeur, qui pourrait le dire ? »

Je ne relevai pas et insistai pour parler à mon père. Ma mère alla le chercher et, après de chaudes embrassades elle me le passa enfin.

« Allô, Rayan ? »

-Bonjour papa, dis-moi…C'est quoi cette histoire ? Tu vas vraiment être là pour la vente aux enchères ? Mais tu détestes ça !

« Hahaha, toujours sur le qui-vive hein ? Je n'ai pas encore prévenu le directeur, mais bien évidemment, comme tu le sais, je n'aime pas les soirées mondaines et je ne serais pas là. De toute façon, j'ai déjà un projet pour cette date, tu te souviens, mon shooting pour la marque de vêtements de ton ami. »

Mais oui…

« Je vais désigner quelqu'un pour me représenter durant la soirée et la vente aux enchères. Cependant…avec ta mère nous sommes surpris que tu ne nous ais pas prévenu pour le déficit que connaissait l'Académie. La réputation n'est plus à faire, mais le système de gérance est encore élitiste et un coup de plumeaux serait peut-être à passer dans l'équipe de trésorerie. Le directeur ne peut pas se permettre de mettre des emploies en danger de la sorte. Ce n'est pas la faute à la section, mais bien à la gestion des finances. »

J'eus un rictus amusé.

-J'ai l'impression d'entendre Dimitri…

« Haha, il est mon fils, normal qu'il me ressemble un peu ! Toi aussi d'ailleurs, chacun à votre façon vous me ressemblez. (Je l'entendis sourire) Vous êtes mes fils, tous les deux… »

-Je le sais, moi.

« Alors n'oublie pas. N'oublie jamais que vous êtes et resterez mes deux seuls enfants. Et je ne laisserai jamais un des enfants dans des problèmes qui n'auraient jamais dû les atteindre. Dimitri a commencé à avoir des ennemis sur le dos après avoir assumé son homosexualité, aujourd'hui, chacun de ses agresseurs s'en mordent les doigts. Je ne tolèrerai pas que tu perdes ton travail à cause de la mauvaise gestion financière d'un établissement comme Anteros. Je sais, que tu n'as jamais voulu que j'intervienne financièrement dans ta vie… Et tu t'es toujours débrouillé, là-dessus, ton frère et toi, vous pouvez vous reprocher ce que vous voulez, vous êtes pareils. »

Je déglutis et baissai les yeux sur le bloc de post-it avec lequel je jouai, installé à mon bureau de mon petit local privé où je m'étais enfermé le temps de la pause déjeuner, loin des mes collègues et des élèves.

« Mais je dois bien t'avouer, qu'avoir appris que ta petite amie était, tout comme toi, organisatrice du Gala, m'a redonné espoir en cette vieille école. Je ne remets pas en cause sa réputation mais il faut que certaines mesures soient prises et que ça change un peu. Tallulah et toi, serez sûrement l'apport d'un changement, qui sait ? En tout cas, de voir la jeunesse se battre ainsi pour sauver ce que le passé à laisser s'abimer, je trouve ça extraordinaire et vous avez tous deux du mérite. »

Je souris, sincèrement touché par ses propos.

« Finalement, je ne me fais aucun souci pour vous deux. Et j'ai bon espoir que l'Histoire ne se répètera pas. »

-Moi aussi, soufflai-je.

Nous restâmes un moment au téléphone avant que je me rende compte que mes cours allaient reprendre. Je raccrochai, après de chaudes salutations et repartis travailler. A l'heure de débauche, je rejoignis la boutique d'antiquité, et auprès d'Anita, l'experte en Art reconvertie en antiquaire, nous pûmes peaufiner le catalogue présentant les œuvres mises en vente lors de l'enchère, que nous allions envoyer à tous les invités afin de monter une liste de participants aux ventes.

Cela nous coûta personnellement cher en papier glacé, néanmoins, la présentation fut à la hauteur des attentes du directeur, tout comme les invitations de Tallulah, qui fut donc mise au courant pour la « venue » de mon père au Gala. Je lui expliquai donc la version de mon paternel afin de l'éclairer un peu.

Les jours, les soirées passèrent, et les appels aux dons auprès des dépôts de décoration et rénovation furent plus fructueux que nous ne le crûment. Nous avions essuyé beaucoup de refus, certes, mais tout ceux ayant répondu à nos appels nous donnèrent tant que nous nous retrouvâmes avec des décorations de qualités et dignes d'un Gala de charité.

Afin de revêtir les murs un peu tristes du gymnase, nous installâmes de grands panneaux que nous procurèrent les étudiants en Art Appliqué, tous, décorés d'un papier peint rouge, strié de paternes dorés. Des lampes à pétrole nous furent prêtées, avec des charges si jamais nous venions à en détériorer une seule ! Compréhensible, et nous jugeâmes bon des les poser à la dernière minute. De hauts et fins vases nous furent également prêtés avec de fausses plumes d'autruches noires que nous mîmes en bouquets, avant de disposer les pots aux quatre coins de la salle.

Cependant, le gymnase dut être scindé en deux partie une, réservée au dîner et à la piste de danse et une seconde, pour les ventes aux enchères. Des installations furent de mise afin de dresser des rideaux noirs et légèrement pailletés, pour ne pas déroger au thème de la soirée.

Finalement, la somme que nous donna le directeur servit à payer les menues, chaque repas, ainsi que suppléments de boissons et encas fournis par le Cosy Bear Café et un autre traiteur. Le café nous prêta des tables et des sièges que nous habillâmes avec ce que les magasins de décorations nous eurent donné. Nappes cuivrées et chemin de table dorés. Les revêtements de chaises et les coussins furent noirs.

Pour recouvrir nos deux « salles », et camoufler les néons du gymnase que nous n'allions pas utiliser, le club de théâtre nous aida à installer des armatures qu'ils avaient l'habitude de disposer sur scène pour les lumières. Nous y accrochâmes de grands draps en tulle anthracite, et à défaut d'avoir des lustres, nous suspendîmes de fines guirlandes à lumières chaudes pour à la fois éclairer et ambiancer d'une lueur tamisée la salle du dîner.

Mon scepticisme du début d'organisation s'était fait remplacer par une impatience et un trac certains. J'eus des nouvelles de mon père, qui me prévint qu'une des œuvres proposées en vente l'intéressait diablement. Et il ne me fallut pas longtemps pour savoir laquelle il s'agissait.

Un appareil photo Leica 0. L'un des 31 modèles fabriqués dont, l'un d'eux fut vendu au prix record du monde de 2 400 000€ lors d'une incroyable ventes aux enchères à Vienne. C'était l'un des plus beaux trésors de la boutique d'Anita en plus d'un coffret à bijou à la mode de Louis XIV. Mais ce dernier, n'étant pas dans le thème, ne serait pas mis en vente. J'eus néanmoins l'occasion d'y jeter un œil en compagnie de Chani qui travaillait donc à « Présent Souvenir ».

Si j'agissais comme un enfant en plein émois, dans l'attente de voir arriver le Gala, ma petite amie était bien plus nerveuse qu'au départ de ce projet. Déjà, l'organisation de la décoration fut un véritable champ de bataille. Les avis s'étaient surplombés les uns aux autres et Tallulah dut intervenir et trancha pour tout le monde. Je m'étais d'abord dit qu'elle serait de toutes façons la mieux placée pour décorer avec goût la salle et ce fut le cas ! Néanmoins, nous eûmes le droit à son caractère très directif. Après les incessantes disputes ayant précédées son management, ma cadette s'était montrée intransigeante et avait installé, dirigé, détaillé, et vérifié chaque recoin des deux « salles ».

J'eus l'impression qu'elle jouait sa vie à chaque fois qu'elle faisait un bouquet de plumes d'autruche… C'était mignon. Mais très stressant…autant pour nous que pour elle, d'autant plus que nous nous retrouvâmes avec un discours à préparer. Je faisais celui d'ouverture et elle de clôture.

S'ajoutai à cela, son mémoire et l'interview qu'elle préparait. Elle avait finalement choisi une date, pendant les vacances d'hiver en Mars. Aria, l'auteure, lui avait proposée de l'héberger le temps de son séjour au Québec.

Tout ce stress emmagasiné en elle…je crus qu'elle exploserait à tout moment et finalement un soir qu'elle fermait le café, je la retrouvai en larmes, appuyée contre le comptoir, une main sur ses yeux et l'autre bras plié conte sa poitrine, comme appui pour son coude.

-Hé…soufflai-je en refermant la porte derrière moi. J'avais vu l'écriteau « fermé », mais je savais que Hyun et elle m'autorisaient toujours à venir les rejoindre lorsqu'ils fermaient tous les deux : Puce, qu'est-ce qui ne va pas ?

-T-t-t'aurais jamais dû dire que j'avais eu l'idée, je me sens pas du tout capable de terminer l'organisation de ce Gala ! sanglota-t-elle à chaudes larmes.

-Chut…Viens-là, susurrai-je en la serrant contre moi : Bien sûr que t'en es capable, tout est quasiment terminé ! Puis, déconne-pas, si j'avais été seul à organiser tout ça, je ne t'explique même pas le foutoir que ça aurait été ! Je me serais pas fait chier longtemps, une guirlande par-ci, une autre par-là, des bougies de table et c'est bon !

-Menteur, t'es plus soigné que ça ! gloussa-t-elle entre deux sanglots.

-Oui, bon…j'avoue, j'aurais mis des ballons !

Je lui arrachai finalement des éclats de rire, bien que son corps tremblât toujours nerveusement. Hyun sortir de la cuisine, un mouchoir en main.

-Ah ! T'es arrivé … Impossible de la calmer depuis près d'un quart d'heure… me confia-t-il : Elle a fait une crise de panique…

-J'ai cru comprendre, murmurai-je en dégageant les mèches de cheveux qui obstruaient le visage de ma cadette dont les joues étaient sillonnées de traces de larmes. Je les essuyai avec mes pouces avant de laisser Hyun lui donner le mouchoir qu'il était parti lui chercher. Embrassant son front, je lui dis que tout se passerait bien.

-Elle ne veut pas faire de discours, railla son collègue qui plaçait les tables.

-Comme c'est étonnant, me moquai-je gentiment, et Tallulah leva les yeux au ciel : Mais tu sais…ta soutenance, c'est bien à l'oral que ça va se passer.

-Mais là c'est pas pareil, mes crédits sont en jeu !

-Elle marque un point ! souligna Hyun.

-Encourage-la ! pestai-je, sarcastique : Je sais que prendre la parole devant du monde t'effraie, mais quand tu es lancée, personne ne t'arrête et tu t'en sors toujours très bien. Tu as un charisme incommensurable, Tallulah. Je repense encore au ton que tu as pris avec le directeur, l'autre matin haha ! J'étais si fier de toi ! ris-je et j'eus le droit à une tape de la part de ma chérie qui vira au rouge vif.

-Ma spontanéité me perdra…bougonna-t-elle avant de se moucher.

Nous arrachant quelques rires à Hyun et moi, Tallulah finit par se détendre et reprendre contenance. Le nettoyage de la salle l'aida à se défouler. Et après avoir raccompagné Hyun jusqu'au Campus, nous prîmes le bus jusqu'à chez elle où je la ramenai.

-Il va falloir se trouver des tenues, dis-je sur le ton de la réflexion : Tu penses à quoi comme style ? Plutôt robe ou tu vas te la jouer pantalon ? (Je me massai le menton) Cela te ressemblerait bien, forcément, tu aurais été militante pour les droits des femmes et le port du pantalon en fait partie !

Je l'entendis glousser.

-Quitte à choisi, je vais être franche je prendrais une robe longue avec un chandail, mais tu crois vraiment que j'ai de l'argent à dépenser dans une robe de cocktail ?

Je haussai un sourcil.

-Mais, il me semblait qu'avec tes heures supplémentaires du mois de décembre, tu avais pu faire des économies ?

-Haha, les fêtes sont passées ne l'oublie pas ! rit-elle avant de reporter son regard sur le paysage.

-J'étais là quand tu as acheté les cadeaux pour tes parents et tu me parlais déjà de tes économies. Le chalet…à part la participation aux courses…l'essence, tout le monde à payer aussi… Mon anniversaire, on a fait sobre…

-Au lieu de chercher à faire mes comptes, descends, on est arrivé ! souligna-t-elle en appuyant sur le bouton d'arrêt demandé.

Pourtant, cela me travailla. Tallulah était plutôt consciencieuse dans son travail mais également dans la gestion de son argent. Elle savait combiner ses petits plaisirs, nos sorties et son loyer sans jamais tomber dans le rouge, en tout cas, jusqu'à aujourd'hui. Je voulais bien croire que les fêtes pouvaient être une période de grosses dépenses, mais je fus à ses côtés pour l'achat des présents pour sa famille. Je ne voyais lequel des cadeaux auraient pu…

Le bouton.

Aussitôt, tandis que nous marchions côte à côte en direction de son immeuble, je vins la fixer intensément, comme si j'avais le pouvoir de sonder son esprit, or, mon gros problème depuis que je la connaissais était que j'étais quasiment incapable de savoir ce qu'elle avait en tête. Ce qui m'eut toujours frustré…

Cependant, j'étais persuadé, ce soir, que la cause de ses problèmes d'argent venait de l'achat de mon cadeau de Noël. Au risque de créer une petite friction, je lui demandai…

-Dis-moi…(Je me massais la joue) Ma question est un peu indélicate, mais le bouton de revers de veste, il t'a coûtée combien ?

Je la vis fermer les yeux, l'air exaspérée et avant même qu'elle ne cherche à me duper, j'insistai.

-Ra-

-Puce, je t'en prie j'ai besoin de savoir si c'est à cause de ça que t'es dans le rouge !

-Je ne suis pas dans le rouge, Rayan, soupira-t-elle : Je dois juste…faire attention ce mois-ci, mais quand j'aurais ma paye, ça ira mieux.

-Mais ça ne te ressemble pas ! (Je baissai les épaules) Ne me mens pas, je sais que ça coûte cher une pièce pareille. Je connais le créateur…

Elle déglutit. Libérant un nouveau soupire, nous nous arrêtâmes devant le perron de son immeuble que nous vînmes d'atteindre. Tallulah me fit face, leva ses yeux penauds sur moi.

-Par principe, je ne te dirai pas le prix, mais je reconnais que ça n'était pas bon marché. Mais je t'ai dit que je pouvais le prendre, alors, tu n'as pas à te faire de souci quant à ma situation financière de ce mois-ci.

-Tu pouvais le prendre, au détriment de tes économies ! J-Je…je ne suis pas ingrat, vraiment, je chérie beaucoup ce bouton…

Ma cadette gloussa, tendrement.

-Je sais, je te vois tous les jours avec et Dieu sait que ça me fait plaisir ! Tu le portes bien mieux que le mannequin en vitrine.

Je ris malgré moi.

-Quand bien même, peut-être aurais-tu dû t'abstenir de me faire un tel cadeau…

-Tu deviens vexant, là ! gronda-t-elle en détournant le regard : Si tu me fais une telle crise juste parce que je ne peux pas me payer une robe de cocktail, je te trouve vraiment injuste ! Mon père n'est pas un grand photographe, hein !

Mon cœur rata un battement.

-Cela veut dire quoi ? Que sous prétexte que je suis le fils d'un artiste, je ne suis pas capable de me payer mes affaires moi-même ? Je n'ai que mon salaire d'enseignant chercheur, et mes droits d'auteurs pour mon roman, mais tout ça, c'est mon propre travail, pas celui de mon père ! m'emportai-je.

-Eh bien ton propre travail va te permettre te payer un somptueux costume !

-Mais tu le fais exprès ou bien ? Ce n'est pas le costume pour le Gala le souci, mais que tu te mettes dans des situations financières compliquées à cause de moi !

-Tout ne tourne pas autour de toi, Rayan, mais je voulais simplement te faire plaisir ! Personne ne m'a forcée ! Mais si ça te dérange tant que ça, je te donne l'adresse du magasin tu n'auras qu'à le ramener !

-Je n'ai jam- (Elle me plaqua un post-it contre la poitrine où elle avait écrit à la va-vite une adresse) Tal' !

Ne m'écoutant déjà plus, ma cadette tourna les talons et s'engouffra à l'intérieur de son immeuble en laissant les lourdes portes se claquer derrière elle. J'eus tout juste le temps de la voir s'essuyer rageusement les yeux, en larmes. Comme un con en plein milieu de la rue, je fixai la porte un moment, hébété par ce qu'il venait de se passer. Je m'attendais à ce qu'il y ait des frictions, mais pas que ça tourne en dispute si sèche.

-Merde…pestai-je dans un murmure, las.

Confus, je rentrai chez moi. A moins de deux jours du Gala, il avait fallu que je m'embrouille avec Tallulah. Merveilleux… Me dis-je en réalisant alors qu'elle jour nous étions. Joyeuse Saint-Valentin, Rayan...

A suivre…


La tension semble à son comble pour le couple, est ce que le Tayan parviendra à surmonter cela avant l'ouverture du Gala ? Une chose est sûr, ils n'ont pas fini d'en voir de toutes les couleurs et pas uniquement à cause de leurs querelles de couple ! Si ces deux chapitres étaient plus courts, c'est bien parce qu'ils servent de transition aux dénouements du Gala, qui lui, sera plus long comme le séjour au chalet ! :D

Je vous remercie d'avoir lu, on se dit, comme toujours, à la semaine prochaine et gros bisou ~~ !