[Petit mot d'avant lecture: Coucou ! :D Je viens poster un peu en avance ce chapitre, pour la simple est bonne raison qu'il met fin à la préparation du Gala, et comme j'ai prévu un forma un peu spécial pour le chapitre qui concerne le Gala, je ne tenais pas à poster les chapitres dans le même temps. Aussi, il faut savoir que je publie ma fanfic sur Wattpad également, et j'ai tendance à illustrer moi-même mes chapitres. Je voulais illustrer Tallulah et Rayan dans leurs costumes, cela demande du temps, j'ai pu finir celui de Tallulah, mais nullement celui de Rayan. De ce fait, pour ne pas trop faire patienter, je poste ce chapitre maintenant, dans l'optique de terminer l'illustration de Rayan à temps pour la semaine prochaine et la sortie du chapitre sur le Gala ! :) (le site ne prenant pas les liens, vous ne pourrez pas, ici, avoir une représentation de la robe de Tallulah, désolée)

Je vous souhaite une bonne lecture !]


Tallulah

Bien trop fatiguée pour continuer ma querelle avec Rayan, et surtout, ayant senti les larmes me monter une fois de plus aux yeux, je l'abandonnai et regagnai rageusement mon appartement, non sans maugréer mille et un reproches à son encontre. A croire qu'il avait tout calculer pour me saper le moral ! Comme si je n'avais été assez anxieuse pour la soirée… « T'aurais dû éviter de me faire ce cadeau »

-Mais pour qui il se prend !? pleurai-je, sincèrement en colère en piétinant les marches de l'escalier : T'es mon petit ami, pas mon conseiller bancaire !

Une fois devant la porte de mon appartement, je fouinai dans mon sac de cours pour trouver mes clés. Je remarquai alors la LED de mon portable clignoter. C'était un message de Chani qui avait essayé de m'appeler deux fois pendant que j'étais de service. Je lus message : « Désolée, je sais que tu bosses ! Fais pas attention aux appels, j'avais oublié que tu rentrais tard (elle ajouta un smiley qui tirait la langue) Je reste au dortoir cette nuit -non, je ne reviens pas là-bas- le coloc' de Charly n'est pas là, on va se faire une petit nuit Saint-Valentin ! Tu n'as qu'à inviter Rayan, enfin, si vous n'avez déjà prévu quelque chose haha ! Tu me raconteras ? Pour ma part, je crois que mes offrandes de la semaine ont fonctionné, j'ai le droit à ma dégustation de sucreries japonaises haha ! Je t'embrasse »

La Saint-Valentin ? Je posai mon attention sur la date marquée sur l'écran.

-C'est bien la pire fête de l'année…pestai-je en déverrouillant la porte que je claquai ensuite derrière moi.

Laissant mes chaussures à l'entrée, je déambulai en chaussette dans mon salon froid. J'allumai une lampe, branchée non loin du canapé, et décidai de me faire un bon feu de cheminée. N'ayant cours uniquement demain matin, car le directeur avait sacrifié notre après midi pour l'exposition des œuvres mises en vente aux enchères, je délaissai mes leçons pour ce soir, me pris une douche et me laissai aller avec un bon livre sur le canapé, en tenue décontractée et un verre de martini posé sur l'accoudoir tandis que la bouteille se trouvait à mes pieds. Déprimée, moi ? Du tout, j'étais trop en colère pour être déprimée, et justement, j'avais besoin d'endormir mes nerfs. Un verre de martini ou deux ne me feraient pas de mal. Des cornichons non plus d'ailleurs, j'allais donc en quête du pot de cornichons dans le placard. Chani n'aimait pas les manger trop froid, nous les laissions donc dans le placard au lieu de les mettre au frigo.

Continuant ma lecture, je zieutai l'heure sur la pendule du salon. On a quitté Hyun à 23h20…il faut 15 min en bus du campus jusqu'à chez moi et 15 autres pour aller chez lui… Depuis mon agression, je culpabilisai beaucoup quand je savais mes proches dehors, seuls. Et j'eus beau être très remontée contre Rayan, je vérifiai qu'il soit bien rentré en lui envoyant un sms. Je n'eus pas le temps de reposer mon portable à côté de moi qu'il me répondit : « Tu t'inquiètes de savoir si je suis rentré après ce qu'on s'est dit ? »

Je fronçai les sourcils et répondis : « Pourquoi ? Ça aussi j'aurais dû éviter ? J'ai compris, c'est le dernier message que t'auras de moi ! »

Sur ce, je posai mon portable, croquai un cornichon, bus le fond de mon martini d'une traite et me remis à lire. Mon portable sonna, cette fois-ci, c'était un appel. Raoul…vis-je de marquer, bien évidemment il s'agissait de Rayan. Je coupai directement le son, retournai le portable écran contre coussin et le laissai ainsi toute la nuit.

Finalement, cette histoire m'agaça bien plus que je ne l'aurais pensée. Je m'étais dit, qu'après quelques verres et une distraction, ça me passerait, mais il était maintenant 2h16 du matin, je ne dormais toujours pas, j'eus pleuré trois fois en le traitant de tous les noms, tout en vidant mon pot de cornichons. Bon, il était déjà bien entamé… Je partis en chercher un neuf. Le dernier… Je me promis dans acheter un autre lors des prochaines courses. Ainsi qu'une bouteille de martini…non, deux.

Je rangeai mon livre, terminé, avant d'aller en chercher un autre et mon doigt glissa sur la cote du roman de Rayan. Distraitement, et avec un pincement au cœur, je le tirai de l'étagère et le feuilletai. Je l'ai uniquement lu pour mes cours…Mais je me souviens l'avoir lu 4 fois. Me dis-je, me souvenant avec allégresse de la légèreté que parvint à faire ressortir mon aîné dans son roman jeunesse qui relatait pourtant, avec beaucoup de maturité, comment était trop souvent associés, art moderne et art contemporain. « Tu n'aurais pas dû… » Sa voix résonna comme un désagréable écho dans ma tête, et, rageusement, je remis le livre en place et pris finalement un magasine sur l'art décoratif scandinave. Je me servis un autre verre -me demandez pas le combien, j'ai déjà eu du mal à ouvrir le bouchon que j'ai dû le laisser ouvert- pris un autre cornichon. Manque de bol, le pot devait lui aussi avoir été entamé. Sacrée Chani ! Me dis-je en constatant qu'il n'était plus aussi plein que dans mon souvenir.

J'eus soudainement un renvoi…pas super agréable la sensation. Puis, libérant un long bâillement, je regardai l'heure sur mon portable, ne parvenant pas bien à lire la pendule.

-9 appels manqués !? Mais il en veut ce soir… grondai-je en rappelant Rayan.

Cela sonna…sonna…encore…

-Décroche…marmonnai-je.

Et cela sonna enc- ah non…il avait enfin décroché.

« Tal… ? T'as vu l'heure, qu'est-ce que tu veux… ? » grogna-t-il.

-Quoi ? Quoi, qu'est-ce que je veux moi ? C'est toi qui m'a appelé 7 fois, les deux autres c'est Chani, elle avait oublié que- enfin bref…qu'est-ce que tu veux ?

« … »

-Ra-

« Mais tu te fous de moi en fait !? Il est 4h30 du matin ! dans deux heures je me lève ! Et toi, tu-…tu- ! Rah ! Tu aurais dû décrocher tout à l'heure ! » cria-t-il.

J'aurais dû, pas dû faire beaucoup de choses si on t'écoute…Haussant une épaule, nonchalante, j'acquiesçai.

-Ok.

Et je raccrochai.

-Ça devait pas être important, baragouinai-je en essayant de me lever du canapé pour raviver le feu : Puis…pourquoi il criait ? me demandai-je en tisant le feu : Moi…j'ai pas crié ! me fis-je remarquer : Hein Calcifer ?

La cheminée se remit à crépiter et de belles flammes dégagèrent un bon feu. Chantonnant, je me remis sur le canapé, et à peine eus-je repris mon téléphone en main que, silencieux, il se mit à sonner et je vis que Rayan m'appelait une nouvelle fois. Nerveusement, je me mis à rire, et je partis dans un fou rire incontrôlable, me faisant renifler comme une truie et secouer les épaules.

-Bah fallait me dire ce que tu voulais tout à l'heure, ris-je en laissant le portable sonner en silence sur la table basse. Je me mis en boule sous le plaid qui ne recouvrait qu'un quart de mon corps, puis, toujours en riant, je me laissai submerger par un foutu mal de crâne qui m'épuisa.

Le reste de ma nuit, ne se passa pas super bien. Les cornichons firent un tour aux toilettes et à trop faire d'allers-retours, je m'étais cherchée un coussin et le plaid et je finis ma nuit ainsi, près de la cuvette à gémir comme une truie à l'agonie.

Je parvins tout le même à traîner ma carcasse jusqu'à mon lit, après avoir pris un verre d'eau et des comprimés pour faire passer les nausées et la migraine. La gueule de bois ? Quelle gueule de bois ? Personne ne peut se saouler avec des cornichons ! Le martini… ? Quel martini ? il n'y en a pas, faut que j'en achète deux bouteilles je vous ai dit. Quoique le budget est serré ce mois-ci, une seule c'est bien…oh, puis c'est pas indispensable non plus…

Je me rendormis. Plongée dans le noir, je parvins à rattraper mon sommeil perdu. Jusqu'à ce que de petites secousses à l'épaule me réveillent. Je grognai…longuement…et péniblement… ma tête me faisait encore souffrir, mon estomac également.

-Qu'est-ce que tu fais… ?

-Chani… ? (J'ouvris un œil) T'es pas au dortoir ?

-Il est 14h ! Et on est Vendredi, t'es pas venu en cours ce matin…

-Les cours… ? 14h… ? (J'ouvris les yeux en grand et me dressai dans mon lit) LE CAFE !

-O-Oui…Hyun a essayé de te joindre, mais t'as pas répondu. Et en cours…

Plongeant mon visage exaspéré au creux de mes mains, je me maudissais intérieurement d'avoir été si stupide d'avoir coupé le son de mon portable et de l'avoir abandonné sur la table basse. Le martini…les cornichons… Me sentent pâlir, je toisai Chani en coin.

-J-j'ai…Je vais ranger mon bordel, promis Chani…

Mon amie me sourit avant de m'étreindre affectueusement.

-Haha, t'en fais pas, je pensai surtout que tu étais malade ! (Elle se ravisa) Bon, tu l'es mais pas comme je me l'imaginai, déclara-t-elle en se remettant au bord du lit : Que s'est-il passé ? Rayan n'était pas dans son assiette non plus, on a tous pris tarif ce matin.

-Q-Quoi ? Hé, s'il s'en prend aux autres juste pour une engueulade, il n'est pas près de-

-Mais non, pas dans ce sens-là…Disons qu'il s'est montré sec, peu ouvert d'esprit quant à nos propositions vis-à-vis de la problématique et je sentais bien…que ton absence avait un rapport. Après, je ne me doutai pas que vous vous étiez disputés. (Elle courba ses sourcils, soucieuse) Ce n'est pas trop grave, dis-moi… ?

-Non…enfin je crois. (Je haussai une épaule) Il faut simplement laisser le temps pour atténuer la colère, ça finira par passer, soupirai-je en me massant le front : Mal au crâne…

Chani renifla un rire avant de glisser une mèche de cheveux derrière mon oreille :

-Je peux te confectionner une poupée vaudou à son effigie, comme ça, tu pourras le torturer un peu lorsqu'il te contrarie !

-Haha, je vais y penser, ris-je non sans avoir l'impression que ma tête allait exploser.

Nous allâmes dans le salon, où Chani avait rassemblé mon bazar sur la table basse que je vins nettoyer. Je retrouvai mon portable sur l'écran duquel étaient affichés tous mes appels manqués. J'eus une boule au ventre en voyant les messages de Hyun qui ne comprenait pas pourquoi je n'étais pas venue faire l'ouverture avec lui. « Si t'es malade, ne t'en fait pas j'te couvrirai auprès de Clémence » m'eut-il écrit « Mais appelle » ajouta-t-il avec un smiley paniqué.

Aussitôt, je lui écrivis un message -à défaut de lui parler avec la voix tout éraillée que j'avais- et lui expliquai -dans les grandes lignes- que je n'avais pas la forme et j'ajoutai que je préviendrai Clémence pour mon absence. Ce que, un peu hésitante, je fis juste après. Pour cette-fois, je pris la peine d'appeler après avoir bu un grand verre d'eau fraiche pour m'hydrater un peu.

« Allô ? Tallulah ? Que se passe-t-il, je suis en plein service là ! Fais court s'il te plaît ! »

« S'il te plaît !? » me répétai-je, ahurie. Houlà là…elle ne va pas se montrer aimable longtemps.

-Clémence, bonjour…marmonnai-je. J-je, je tiens juste à m'excuser pour mon absence de ce matin. Je ne me sentais pas bien du tout, mais je vous promets de rattraper mes heures la semaine prochaine. Je peux vous remplacer pour des fermetures !

« Tu n'étais pas là ce matin ? »

-N-non…Hyun était seul pour l'ouverture…avouai-je. Je me pinçai soucieusement la lèvre inférieure sous son long silence.

« Bon, au moins tu es honnête. Tu seras donc de fermeture du lundi et vendredi prochain. »

-Je…Pardon, mais je n'ai raté qu'une matinée.

« Oui, mais tu appelles trop tard. Hyun a dû s'occuper du service tout seul si je comprends bien ? Moi qui pensai que tu étais simplement partie en cours quand je suis arrivée ! Et il était déjà convenu que vous rattrapiez la journée de demain, tu sais, le Gala ! Tout ça va nous bloquer une journée de service ! » gronda-t-elle.

Sur le moment, je ne rétorquai rien. J'avais complètement déconné, c'était à moi de prendre les responsabilités. Pour cette fois…je ne peux que lui donner raison. Soupirant, j'acquiesçai puis je la saluai avant de raccrocher. Péniblement, je me laissai tomber sur le canapé

-Hé, m'appela doucement Chani : ça va ?

-Plus jamais je ne couple le martini avec les cornichons…marmonnai-je, le regard perdu dans le vide.

J'entendis mon amie glousser avant qu'elle ne s'installe à côté de moi.

-Et si tu me disais ce qui t'a amenée à faire un tel mélange ? Tu sais, j'étais sérieuse pour la poupée vaudou.

-Haha… (Je soupirai) On est venu à parler des petits soucis d'argent que j'ai ce mois-ci. Tu sais…mes économies.

-Le bouton ? demanda-t-elle, avec un air évident et une voix compréhensive.

-Voilà…C'est parti pour une connerie au sujet d'une tenue pour le Gala. J'en avais déjà parlé avec Rosa et toi, mais il est hors de question que je dépense le reste de mes économies, déjà bien maigres, pour une tenue de cocktail ! Puis, ce n'était pas obligatoire. Et monsieur a commencé à jouer les inspecteurs et me passer sous interrogatoire. Quand il a compris que le bouton m'avait coûté relativement cher, je ne sais pas, il s'est mis en colère et m'a clairement dit que je n'aurais pas dû lui acheter. Il m'a énervée, des mots ont peut-être dépassé ma pensée, mais je n'aime pas qu'on se mêle de mes affaires. Je ne lui dis pas comment gérer son argent moi, merde !

-Tout doux p'tit tigre, rit ma petite colocataire : Je ne veux pas trop m'avancer mais…je crois qu'il y a eu une méprise sur ses intentions.

-Non, il m'a reprochée d'avoir claqué ma thune pour lui. Je ne vois pas quelle méprise il peut y avoir en fait… (Je me levai, et partis vers la salle de bain) Mais sois en sûre, il n'est pas près de recevoir un autre cadeau de ma part.

Mince… Remarquant le ton que je venais de prendre, je sentis mon cœur se serrer et aussitôt, je fis volte-face dans le couloir pour croiser l'air penaud de Chani qui m'avait suivi du regard. Désolée, je revins vers elle.

-Pardon… murmurai-je en sentant ma gorge se serrer : T'y es pour rien, toi.

-J'te pardonne, sourit-elle.

-Ce n'est pas un peu trop facile ?

-Non…Ce n'est pas de pardonner qui est dur. C'est de savoir quand c'est le bon moment. La fierté ne fait avancer personne, Tal', renchérit-elle en prenant mes mains dans les siennes tandis que j'étais debout face à elle, assise sur le canapé : Attention, je peux être très têtue ! rit-elle : Mais il y a des choses plus graves dans la vie, comme le harcèlement, le meurtre, les violes…

Je détournai le regard, fébrile, et je sentis ses pouces caresser le dos de mes mains.

-Certains te diront que tout n'est pas pardonnable, d'autres que tout est pardonnable mais à des échelles différentes selon la personne qui a souffert. Je ne sais pas trop de mon côté, la preuve, je ne pardonne pas à Yeleen le comportement de salope qu'elle a eu en début d'année avec moi.

-Tu sais, le harcèlement scolaire est puni par la loi dès l'âge de 13 ans, t'aurais pu porter plainte.

-Cela soulevait plus de la remarque blessante que du harcèlement au stade où nous étions comme tu es venu me porter secours ! sourit-elle, l'air sincère.

Les larmes aux yeux, je souris à son tour.

-Ce que je veux dire, c'est que je ne peux pas décider à ta place de la profondeur de ta blessure quant à votre dispute entre Rayan et toi. Mais réfléchi, est-ce que ça vaut vraiment le coup d'agir comme ça et de te mettre dans un tel état ?

Je baissai les yeux, mes cils humides frôlant mes pommettes et je sentis une larme rouler le long de ma joue.

-Allez, va te doucher ça va te faire du bien ! insista-t-elle en m'accompagnant : Tu permets que je fouille dans ta garde-robe ? Même si ce n'est pas une tenue de soirée, on peut toujours te trouver quelque chose qui colle au thème, et t'es la mieux placée pour avoir ce qu'il faut !

-Haha, d'accord j'te laisse faire, ris-je et je me sentis plus légère maintenant que j'avais discuté avec Chani.

Nous passâmes donc notre après midi à nous trouver une tenue adaptée au thème, en fouillant dans mes vêtements vintages. Entre temps, nous reçûmes un message de Kelly qui était à l'exposition avec Camille et Charly. Elle nous envoya une photo de tous les invités du gratin des artistes qui participaient aux enchères. Il y avait un paquet de monde…

Soudain, mon cœur rata un battement.

-Le discours ! paniquai-je en chiffonnant un chemisier entre mes mains : J'ai complètement oublié de préparer ce fichu discours de clôture !

-Je vais t'aid- (son portable sonna et elle décrocha promptement) une minute, je reviens.

Trop balisée pour réagir, je laissai mon amie sortir de ma chambre tandis qu'elle répondait à je ne sais qui. Non…voilà ce que j'aurais dû faire hier soir ! me maudis-je. Laissant tomber le chemisier que je tenais, je m'installai à mon bureau et sortis un bloc à papier lettre sur lequel je commençai à brouillonner quelques lignes.

-Mesdames mesdemoiselles, messieurs … ? Pff…Bonsoir tout court c'est bien aussi. Alors…Bonsoir, je tenais tout particulièrement à vous remercier d'être venu si …non, non, ça c'est ce que devra dire Rayan. Quoique, je peux toujours les remercier non ? Bon, un remerciement ici, on ne sait jamais, je mets ça entre parenthèse. Ensuite… euh…

Cela m'agaçait de me voir si anxieuse face à des mots que j'avais pourtant appris à maîtriser. Je n'étais pas une oratrice experte, mais je manquai rarement d'idée quant à la formulation d'un tel texte. J'avais l'impression d'être une collégienne qui rédigeait pour la première fois un bilan de stage tandis que j'étais censée être en M2 en pleine rédaction de mon Mémoire et en phase de préparation de ma soutenance de Juin ! Je craquai complètement…

-Première et dernière fois que j'organise un Gala ! vociférai-je en froissant la feuille.

Chani choisit ce moment pour me dire :

-Désolée, on a besoin de moi pour l'exposition. On doit déplacer les œuvres, ça y est, la visite est terminée.

-Q-Quoi ? Mais je-

-No Panic ! précisa-t-elle avant de refermer la porte de ma chambre derrière elle.

Je me retrouvai donc seule face à mon calvaire. Une heure s'écoula, et je finis par crouler sous les boules de papier. C'était ridicule, autant ne pas en faire de discours. J'allais abandonner lorsque je me souvins des derniers mots de Chani « No Panic ! ».

-Elle a raison, je peux y arriver ce ne sont que des mots !

Retrouvant une certaine niaque, je repris mon crayon et me penchai sur une feuille propre. Tandis que j'étais partie sur une bonne lancée de belles phrases, mon portable sonna. Je décrochai sans regarder le nom de mon contact.

-Allô ?

« Ah ouais, t'en es au stade où je n'ai plus le droit à mes « bonjour ! » habituels » entendis-je rire.

Tressautant, et lâchant mon crayon, j'écarquillai de grands yeux surpris alors que j'avais Rayan au téléphone.

-Rayan… ?

« Coucou… » dit-il, semblant hésitant. Me souvenant de notre dispute, je sentis mon cœur se serrer et je crispai la mâchoire.

-Qu'est-ce que tu veux ? demandai-je d'une voix sourde en me remettant à écrire.

« Prendre de tes nouvelles…Comme tu n'étais ni au café, ni en cours ce matin. Je pensais te croiser à l'exposition mais, même pas. »

-Je dormais, dis-je : Je n'étais pas en état de faire quoi que ce soit.

« Même pas de m'appeler à 4h30 du matin ? »

Je rougis, ayant un vague souvenir de ce moment. Sous mon silence, je l'entendis glousser.

« Quand je pense que tu n'as même pas décroché quand je t'ai rappelée…T'es culotée quand même. »

-Bon, tu veux quoi !? aboyai-je.

« On peut discuter de cette nuit ? Calmement… Et en tête à tête si possible. »

-Non, répondis-je, un trop sèchement. M'en rendant compte je secouai la tête et soupirai : Je…Je dois écrire le discours, tu te souviens ? Je ne l'ai pas encore fait.

« Il y a plus urgent que ça tu ne crois pas ? » soupira-t-il.

-Chacun ses priorités, hein…

« Sympa. Dis-donc, tu n'es vraiment pas facile après une dispute… Tu ne trouves pas que t'as surenchéri ?»

Mon sang ne fit qu'un tour.

-J'ai surenchéri !? Moi !? Ce n'est pas moi qui t'ai tapé une crise en te disant quoi acheter ou non pour le bien être de ton compte Rayan ! Les femmes ne se sont pas battues pour leur émancipation pour qu'un homme vienne leur dire comment gérer leur argent ! T'es pas banquier, t'es enseignant !

« Mais je n'ai jamais- ! »

-Je suis désolée pour ce que j'ai dit sur ton père, je n'avais pas le droit sortir une telle ânerie ! Je sais bien que tu ne t'appuies sur personne. Mais mêle-toi de ton argent, pas du mien ! E-et puis j'ai ce fichu discours à préparer j'ai dit ! Et je dois vérifier l'emplacement des invités avec Clémence ! E-et…et… (Les larmes me montèrent à nouveau aux yeux) Hhh-…

Un sanglot d'épuisement m'échappa et je vins prendre ma tête d'une main tandis que je tenais toujours le portable dans l'autre.

-Excuse-moi… pleurai-je dans un soupire : J'étais stupide…

« T'es à la BU ? »

-H-hein ? N-non, je suis chez moi, dans ma chambre pourquoi ?

« J'arrive. »

Et il raccrocha. Décontenancée, mes yeux fixèrent le portable comme s'il s'agissait d'une étrangeté nouvelle, tandis que des larmes continuaient de couler. Je décidai de mettre de côté le discours cinq minutes et partis dans la salle de bain pour me rafraîchir le visage. Je me trouvai pâle, avec d'horribles cernes sous les yeux qui étaient rougis par mes larmes. J'en profitai pour jeter un coup d'œil à mes cheveux, qui avait pas mal poussés depuis la dernière fois que j'étais allée chez le coiffeur, soit, en Août. Je soulevai les plus longues mèches, et constatai avec horreur à quel point la partie normalement tondue avait repoussée et frisotant par ci par là. Je vins les attacher un peu négligemment, de façon que les cheveux courts soient cachés.

Puis, après un quart d'heure de nettoyage de vaisselle dans la cuisine, j'entendis frapper. J'allais ouvrir et je tombai alors sur le visage rougi de Rayan qui semblait avoir couru un marathon tant il était pantelant.

-Ra-

Me serrant dans ses bras, mon aîné me fit reculer tandis qu'il entrait non sans claquer la porte derrière lui. Rayan me serra si fort qu'il me suréleva et je n'avais plus qu'une pointe de pied au sol.

-Moi aussi j'te dois des excuses, Tallulah…murmura-t-il dans mon cou : Je n'avais pas compris ce qui t'avais vexée… Maintenant si, et je suis désolé, mes mots étaient très mal choisis. Bien sûr que tu gères ton argent comme tu veux, et non, je ne ramènerai pas ce magnifique bouton de revers d'où il vient ! (Il me reposa au sol et me toisa avec sérieux) Mais j'étais inquiet. Tu ne peux pas me reprocher ça tout de même, pas vrai ?

Je secouai la tête pour appuyer sa négation.

-Bien sûr que non, souris-je la gorge encore serrée.

-En revanche, tu vas me faire le plaisir de te calmer un peu ! gronda-t-il : Le Gala, le discours, le Mémoire STOP ! Je comprends pourquoi tu étais en colère, mais je pense encore que tu surenchéris pour le reste. Oui, tu es l'organisatrice, mais non, personne n'a sa vie en jeu dans cette histoire ! Alors arrête de faire comme si tu portais le poids du monde sur tes épaules et détends-toi un peu !

Hébétée, je papillonnai longuement, en ne sachant pas quoi lui répondre. Son air sévère se tourna subitement en un rire cristallin qu'il camoufla du dos de sa main.

-Alors comme ça tu saoules aux cornichons ? Hahaha !

Je sentis mon visage prendre quelques degrés.

-C-Comment tu- ?

-J'étais à l'exposition et j'ai croisé Chani qui venait aider pour le rangement, hahaha ! continua-t-il de se moquer.

Traitresse ! pestai-je à l'encontre de mon amie, en mon for intérieur. En face de moi, mon petit ami se payait royalement ma tête et je vins lui pincer les joues pour le faire taire.

-Ah ! 'as si 'ort 'u 'ais 'al ! baragouina-t-il.

-Tu ne te serais pas moqué de ma gueule de bois, toi aussi !

-Haha, des 'ornichons ! l'entendis-je rire. Je pinçai plus fort : Aïe ! 'est 'on, 'arrête !

Je le relâchai, non sans bouder, avant de me lover contre lui, mes bras autour de sa taille. Mon cœur sembla s'être remis à battre après une interminable paralysie. Je me sentais mieux. En fait, je me sentais même très bien.

-Si tu savais comme j'ai mal dormi…soupira-t-il non sans sourire contre le haut de ma tête, le visage niché dans mes cheveux : Je n'aime pas nous savoir en froid.

-Moi non plus.

Retrouvant la chaleur du corps de l'autre, nous restâmes un moment ainsi, avant de nous enfermer dans ma chambre. Lui, assis sur le bord du lit, moi, à mon bureau en train de lui relire mon début de discours. Nous avions beau avoir dit mettre ça de côté, j'étais bien trop anxieuse et j'avais besoin d'un œil externe.

-Le mieux est que tu écrives ce pour quoi tu veux remercier les donateurs je pense. De ton point de vue d'étudiante qui risque de quitter l'Académie si jamais personne ne veut lui venir en aide, me dit-il, la voix un peu morne : C'est ce que je fais en tout cas, de mon point de vue d'enseignant.

Je souris, amère en lui reprenant la feuille qu'il me tendait. Ce pour quoi je veux les remercier ? me répétai-je en posant mon brouillon sur mon bureau. J'allais me remettre au travail, lorsque j'entends mon aîné se plaindre légèrement.

-Tu t'es fait mal ? lui demandai-je en tournant ma tête par-dessus mon épaule.

Rayan suçait le bout d'un doigt tout en fixant un bijou de coiffe qui était sur le lit, éparpillé avec mes autres affaires que nous eûmes sorties Chani et moi afin de faire quelques essayages pour la soirée de demain.

-Tu cherchais une tenue pour le Gala ? me demanda-t-il : Woh, tu ne plaisantais pas lorsque tu disais aimer les habits vintages ! gloussa-t-il en dépliant une robe des années 50. Le début des jupes plus courtes avant la mini !

-Oui, Chani voulait qu'on soit tout de même dans le thème, on a fait des essayages avant qu'elle ne parte.

Le rejoignant sur le lit, je lui pris le bijou à coiffe et souris en triturant les plumes. C'était une pince creusée au dos, la rendant plutôt légère malgré la fioriture qui l'encombrait. Deux plumes, une opale irisée de bleu et de gris et son socle était noir, laissant pendre de fines chaînettes de la même couleur. Il m'avait coûté cher ce bijou, et Dieu que j'en pris soin pour que les plumes gardent de leur splendeur.

-C'est une broche ?

-Non, pince à cheveux, rectifiai-je en souriant : Je vais sûrement la mettre pour demain, mais je ne sais pas encore avec quoi.

-La plupart de tes habits sont pour tous les jours, je ne vois comment cette broche pourra s'accorder.

-Haha, au moins je serais dans le thème, et je sais que les autres auront également des habits plutôt normaux, je me sentirai moins seule, ris-je.

-Mais tu n'es pas comme les autres, Tallulah.

Mon cœur rata un battement, et je vins poser curieusement mon regard sur lui. Bon sang, la profondeur de sa voix m'eut fait frissonner et son regard me faisait drôlement rougir. Bientôt trois mois que nous sortions ensemble et parvenir encore à me faire vibrer ainsi comme si nous nous courions sans cesse après, était magique. Jamais je ne me lasserai de tomber amoureuse de lui…

-Viens, susurra-t-il comme s'il ne voulait pas briser cette atmosphère tendre. Il me tendit la main et sans chercher à comprendre où il voulait m'emmener, je la saisis et le suivis.

Rayan m'ouvrit la portière du copilote avant de s'installer au volant. Enfin, je me décidai à lui demander ce que nous faisions.

-Je te pris sincèrement de m'excuser…dit-il : Jamais je n'aurais dû te dire de ne pas m'offrir ce bouton.

Décrochant son regard du volant il le posa sur moi l'air sincère.

-Cela t'a fait plaisir de me l'offrir ?

Je souris.

-Il était fait pour toi ce bouton, dis-je simplement.

Rayan sembla curieux.

-Quand je l'ai vu c'est ton visage qui m'est venu à l'esprit. Tu voulais que je fasse quoi à partir du moment où mon coeur battait même devant un simple bouton de revers de veste ! ris-je avec légèreté.

Je vis mon aîné prendre quelques couleurs, avant de tourner son attention sur le parking. Il démarra sa voiture et ajouta :

-Cela va être ta première soirée mondaine, et tu as le droit à de porter la tenue qui te conviendra le mieux. T'as le droit à ce plaisir, surtout après tous les efforts que t'as fournis pour que tout soit parfait pour les invités.

-Q-quoi, mais tu-

Un doigt se posa malicieusement sur mes lèvres. Taquin, Rayan me sourit et me fit un clin d'œil.

-Je te l'ai dit, tu n'es pas comme les autres. Alors, tenue spéciale pour une femme spéciale.

Ce fut à mon tour de rougir et de détourner le regard sur le bijou à coiffe que j'eus gardé en main. Nous fîmes la route en silence, rien de bien pesant, au contraire, vu les baisers qu'il déposait sur le dos de ma main qu'il eut jointe à la sienne pour passer les vitesses, avant de la reposer sur sa cuisse. Rayan m'amena dans une rue commerçante, où se trouvait de petites boutiques de vêtements, de jouets pour enfants en bois et de bijou de créateurs. Il me fit entrer dans une boutique où d'innombrables tenues plus chics les unes que les autres, pour tous les genres et tous les âges, habillaient des mannequins en pleine pose dans la vitrine.

-Bonsoir, saluai-je et le vendeur, caché derrière un étalage, se releva le sourire aux lèvres et nous répondit chaleureusement.

-Oh ! Vous revoilà ? sembla-t-il surpris en voyant Rayan.

-Oui, mais cette fois-ci, c'est pour ma compagne, nous voudrions une robe longue avec un chandail.

Il s'en est souvenu… me fis-je remarquer en repensant à notre conversation de la veille dans le bus.

-Toujours les années 20 ?

Mon aîné opina du chef.

-Suivez-moi, s'enjoua le vendeur. Ou bien…

-Vous êtes le propriétaire de la boutique ? demandai-je, curieuse.

-Du tout, ma sœur la tient mais elle est en congé maternité et comme nous travaillons ensemble je suis seul à m'en occuper en ce moment.

-Oh…félicitation pour votre sœur, et pour vous d'être tonton ! souris-je.

L'homme rit avec des éclats dans les yeux, apparemment ça lui faisait plaisir ! J'entendis Rayan ricaner légèrement à côté de moi, semblant attendri.

-Quoi ? questionnai-je, un sourire amusé au coin des lèvres.

-T'es mignonne, tu as peur pour un discours mais en moins de trois minutes et en une seule question tu viens d'apprendre que ce jeune homme a une sœur aînée qui est gérante de la boutique, jeune maman et donc qu'il est tonton ! Vraiment, tu n'as pas à t'en faire pour ce discours tu séduis tout le monde par ta spontanéité, ne change rien, puce.

-On va arrêter les compliments…marmonnai-je en ne sachant plus où me mettre.

Pour lui cacher mon embarras, je me mis à examiner la boutique et je crus perdre la vue en tombant sur le prix d'une simple paire de chaussures. 265 € !? Je réprimai un frisson. Puis, voulant faire machine arrière, je tirai discrètement sur la manche de Rayan.

-Hm ?

-Euh… (je jetai un coup d'œil au vendeur qui fouillait dans le rayonnage tout en se parlant à haute de voix) T'as vu les prix !?

-Haha, c'est moi qui offre, rit-il.

-Je sais, j'ai bien compris dans la voiture ! pestai-je dans un fort murmure : Mais jamais je pourrais choisir en mon âme et conscience, une tenue dans cette boutique !

Mon aîné se mit soudainement à réfléchir en se triturant la barbe au menton.

-Oui, c'est fâcheux si tu refuses de choisir quelque chose… Après, si je choisis à ta place et je te fais essayer, ça t'irait ?

-Je pourrais toujours voir le prix tu sais…

-Non, je lui ferai retirer. (Rayan m'adressa un sourire carnassier) Allez, détends-toi, il faut juste tu que me fasses confiance pour le style de la robe et du chandail.

Je souris.

-Je ne me fais pas de souci, ça se voit que tu t'y connais en mode, nou-nouille !

Le vendeur gloussa, amusé, à l'écoute du surnom. Je rougis et fis mine de regarder ailleurs.

-Voilà, je vous ai rassemblées toutes les robes longues qui reprennent la mode des années folles. Regardez, on retrouve même les broderies en sequin sur ces modèles. (Il nous les présenta) Pour les chandails, nous avons du crochet, du satin, de la soie, de la tulle, du velours et en mousseline ! Pour les chaussures nous-

-J'ai ce qu'il faut ! l'interrompis-je avec un sourire quelque peu crispé.

Je vis Rayan sourire également non sans lever les yeux au ciel.

-Les cabines se trouvent de ce côté, mais Monsieur connait, souligna-t-il : Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis là-bas !

-Oh, attendez un instant, l'interpella Rayan qui se retira avec le vendeur un peu plus loin de moi.

Je jouai le jeu et évitai de regarder les prix. Enfin… après avoir vu celui d'une simple paire de chaussure, je n'osai même pas imaginer celui des robes. Je compris un peu mieux le ressentiment de Rayan quant au bouton de revers de veste que je lui eus offert. Cependant, s'il voulait me l'offrir cette robe, soit ! Je n'irais rien lui dire… Mon petit ami revint et me demanda de patienter dans une cabine.

-Ah je n'ai pas du tout le droit de voir ? ricanai-je en m'engouffrant derrière un rideau : Cachée !

Je l'entendis rire aux éclats, s'éloignant, et je l'attendis derrière mon rideau noir. L'intérieur de la cabine et la moquette, étaient pourpre et la couleur se reflétait dans mes cheveux chocolat leur donnant une teinte acajou. On est tout de même mieux ensemble que chacun de son côté…songeai-je, le cœur en joie de retrouver mon petit ami et son sourire chaleureux.

Petit ami qui mettait un temps fou à choisir une robe. Passant ma tête derrière le rideau, je demandai au vendeur où se trouvait Rayan.

-Il médite sur son choix, me sourit-il : Il joue sa vie on dirait.

-Haha, hé ! le hélai-je un peu dans le hasard de la boutique, comme je ne le voyais pas : Te torture pas longtemps, je finirai bien toute nue à la fin de la soirée, non ?

-Mais t'as pas honte de dire ça comme ça !? l'entendis-je beugler entre deux gloussements : Roh, celle-là !

J'arrachai un fou rire au vendeur qui repartit voir Rayan tandis que je m'engouffrai à nouveau dans la cabine. Après quelques minutes d'attente, assise sur le tabouret, faisant des grimaces dans mon reflet que projetait le miroir, une grande silhouette s'introduit dans la cabine, les bras chargés de robes.

-Bah, t'es encore habillée ?

-Comme si j'allais me geler les miches ! T'as mis trente ans !

-Désolé, haha ! (Il accrocha les robes sur les crochets du fond de la cabine) Bon…je vais être honnête…il y en a une pour laquelle j'ai vraiment craqué. Vraiment, je me suis dit que je voulais te voir dedans. Après, c'est toi qui va la porter, donc, j'en ai choisi d'autres pour que tu voies laquelle te plaît le plus.

-C'est laquelle que tu aimes ?

-Je ne dis rien ! Tu essaies, tu me montres, et tu feras ton choix selon tes goûts, pas les miens.

-Ce n'est pas juste, le bouton tu n'étais pas avec moi…

-Oui, enfin ce n'est pas pareil.

-Ah bon ? C'est un accessoire que tu portes à toutes occasions, rares comme quotidiennes, forcément ça a de l'importance ! m'outrai-je.

-Bon, bon ! Essaie-les, et dès que tu porteras celle que j'ai choisie, enfin, qui me plaît, je te le dirai, me promit-il.

Opinant du chef, je commençai à me déshabiller une fois qu'il fut sorti. Il y avait en tout 6 robes, mais je lui en rendis deux qui, vraiment, ne me plaisait pas.

-La tienne n'est pas dedans ? demandai-je tout de même.

-Non ! Et je me doutai que ces deux là n'allaient pas te plaire, et encore, j'avais ajouté une troisième.

-Ah ?

J'essayai une robe ocre, remontant jusqu'au cou. Elle était courte avec de longues franges et tirait plus sur le charleston qu'une vraie robe longue. Je la retirai et la donnai à Rayan.

-Voilà, le compte y est, l'entendis ricaner.

-Pourquoi les avoir choisies, si tu savais qu'elles n'allaient pas me plaire ?

-Les autres qui restaient, ne te conviendraient pas du tout, j'ai simplement eu un faible doute pour ces trois-là. Alors, autant te laisser les voir.

Poursuivant mon essayage, nous discutâmes des enchères et je lui demandai s'il avait eu des nouvelles de son père.

-Du tout, il était occupé pour la préparation de son shooting avec Leigh, je crois qu'on va devoir attendre demain qu'une personne se pointe avec l'invitation de mon père.

-Je vois…

Alors que j'essayai une robe rouge et noire, tout en sequins, mon regard n'arrêtait pas de se perdre sur l'une des robes qui me restaient. Elle est vraiment ravissante celle-là. N'y tenant plus, je retirai l'autre robe sans même me contempler dans le miroir et enfilai enfin celle que mes yeux convoitaient. Elle était le genre de robe de soirée, longue, que j'eus longtemps rêvée. Le bustier aux épaulettes tombantes, était en mousseline, tout blanc, avec plusieurs couches au niveau de la poitrine au décolleté échancré, pourtant une touche de sensualité si ce n'était d'érotisme s'en dégageait… Si l'on y faisait bien attention les mamelons étaient à peine visibles. Le tissu plus fin formait une robe transparente à franges blanches, laissant ensuite éclore en dessous un long jupon de satin d'une poudreuse couleur lavande aux reflets légèrement argentés. Je retrouvai le sequin, et en moindre quantité que sur les autres robes et j'en étais que plus conquise. C'était un détail que je trouvai toujours brodé trop en charge sur les vêtements de cette époque. Et ce n'était pas toujours agréable au toucher. Ici, cela partait de la pointe du décolleté pour ensuite s'étendre en filaments d'argents semblables à des chainettes entourant ma taille. Hésitante, je me regardai enfin dans le miroir. Jamais de ma vie…je ne m'étais sentie aussi belle dans un vêtement. Peut-être était-ce prétentieux et narcissique… mais je me plaisais dans cette robe. Tant et si bien que je me fis le plaisir de tournoyer sur moi-même en me contemplant, le jupon tenu dans une main pour ne pas le laisser traîner.

-Mais oui… !

Fouinant dans mes vêtements, je retrouvai mon bijou à coiffe que je vins aussitôt attacher dans mes cheveux en chignon, légèrement sur le côté afin de bien laisser paraître l'opale et les plumes.

-Tu dis que je mets du temps à choisir les robes mais t'es pire quand il s'agit de les essa-

D'une traite, je tirai le rideau afin de me présenter à Rayan, qui, assis sur un siège qui lui eut proposé le vendeur, se leva subitement en me voyant enfin sortir. Les yeux aussi écarquillés que sa bouche, coi, il ressemblait à une truite à la recherche de son oxygène.

Le sourire aux lèvres, je lui demandai s'il s'agissait de celle-ci. Je vis à sa tête que c'était bien elle.

-Attends, surtout ne bouge pas ! me prévint-il en mettant ses mains en avant, comme pour m'inciter de ne pas remuer un petit doigt. Puis, il s'éclipsa, l'air un peu fou-fou, ses boucles qui s'étaient décoiffées, striées son front lorsqu'il tournait la tête.

Jouant avec les plis de la robe, je tressautai lorsqu'il surgit brusquement devant moi.

-J'avais demandé à Timothé de les mettre de côté, si jamais une robe te plaisait.

Il s'agissait de trois chandails. Un couleur crème, en crêpe avec des franges dorées, un autre en crochet, blanc, et un dernier, tout en mousseline métallisée et recouverte de paillettes sur la partie dévoilée qui entrapercevoir mes bras nus. Tranché au milieu, il me laissait la possibilité de recouvrir mes avants bras et de chuter sur mes reins. Le dessous était doux, lisse de toute paillette pour un meilleur toucher. Rayan souriait en coin, un regard presque charmeur tandis qu'il reposait les deux autres chandails sur son siège.

-Tiens, approche un peu…

Il ouvrit sa main et me présenta un ras de cou, de la même couleur du jupon, sur lequel se suspendait courtement une perle en forme de goutte d'eau, ocre. Je le laissai me mettre le collier, non sans rougir. Je pouvais voir notre reflet dans le miroir, et bon sang que nous étions beaux…Rayan embrassa ma joue avant d'enrouler ma taille de ses bras, son menton posé sur mon épaule.

-T'es sublime…me dit-il, la voix suave et profonde. Ses yeux, luisant d'intensité, semblaient me sonder de part et d'autre.

J'arquai un sourcil.

-J'ai toujours l'impression que tu ne parles pas réellement de mon physique lorsque tu me fais de tels compliments.

Son sourira s'agrandit.

-Tu commences à vraiment bien me cerner…je ne m'attendais pas à cette remarque, pourtant, je ne devrais sûrement plus être étonné avec toi.

-Les gens ont tendance à dire « tu es beau », « t'es superbe », lorsqu'une personne est plutôt jolie, enfin, entre dans les critères, si j'ose dire. Pas toi. Qu'est-ce que tu vois au juste ?

-Je dois t'avouer, que je ne suis pas un grand fervent des codes de beauté. Une personne qui s'assume, qui a confiance en elle dégage forcément de la beauté. Elle impressionne. Le culte de la beauté vient de là, il faut être « au-dessus ». Mais pour ma part…ça n'entre pas dans mes critères de séductions. J'aurais même tendance à trouver une personne belle, une fois avoir appris à la connaître, mais pas avant.

Il ne serait pas…

-Tu ne serais pas sapiosexuel, par hasard ?

Mon aîné renifla un rire, semblant amusé, ou dépité, je ne sus trop…

-Dimitri n'arrête pas de me sortir ça… (Il colla son front contre mon épaule) Honnêtement je n'en sais rien et je m'en fiche. Cette manie qu'ont les gens de tout communautariser, ça me débecte un peu. Je comprends qu'on ne veuille pas s'assimiler à ceux que ne nous ne sommes pas. On a besoin de son identité, de son entièreté, mais après ? Cela fait quoi ? D'autant plus qu'on a tendance à me dire que je serais bisexuel, comme le physique n'a jamais été un élément de séduction pour moi et qu'il serait possible qu'un homme me plaise donc. Pourtant je suis certain de n'avoir jamais été attiré par un homme ! Alors je suis quoi ? sapiohétérosexuel ? Non-sens… Oui, je suis attiré par l'esprit et la curiosité des gens. Et, oui, objectivement il peut m'arriver de trouver plus jolie une autre femme que ma partenaire, mais à mes yeux, elle restera la plus belle et la plus attirante et elle sera la seule à me procurer du plaisir.

Il est clairement sapio…Jamais d'accord sur le fait d'être la cible d'une orientation quelconque… ris-je en mon for intérieur. Cela étant, c'était un sujet encore trop peu étudié dans nos contrées européennes, et je n'étais certainement pas la plus apte à lui dire qui il était.

-Tu me trouves étranges, avoue…Dana n'arrêtait pas de dire que personne ne me comprendrait, que ça n'existait pas. Pourtant, j'ai bien rencontré quelqu'un comme ça et je la tiens dans mes bras en ce moment.

Serrée mon cœur fut… et amer le goût dans ma bouche resta. Détournant mon regard de nos reflets, je vins chercher ses yeux affligés qui me sondaient avec un certain désespoir qui me trancha l'âme par vagues d'émois.

-T'as mis quatorze ans pour apparaître dans ma vie Tallulah… soit sûre que je te chérirai longtemps.

Peu importait nos orientations sexuelles, j'étais juste folle de lui, conquise par cet homme qui ne cessa et ne cesserait sûrement jamais de me faire vibrer, de me faire aimer la vie, dans ses hauts comme dans ses bas. Je me sentais si belle depuis que je l'eus rencontré. Je me sentais si forte depuis que ses bras me portaient. Je me sentais si confiante depuis le premier jour où nous nous étions parlé. Dans un soupir, je vins l'embrasser avec une passion qui me fut inconnue jusqu'à lors. Rayan en écarquilla les yeux avant de les fermer en même temps que les miens et ainsi, nous approfondîmes notre échange. Il inspira profondément avant de gémir entre mes coups de langues qui caressaient ses lèvres.

-Tallulah… ! souffla-t-il avant de me pousser dans le fond de la cabine.

Me souvenant où nous nous trouvions, je le freinai promptement dans son élan alors qu'il remontait ma cuisse contre sa hanche.

-Hop, hop hop ! La robe !

-Je te l'enlève moi, la robe ! s'indigna-t-il en commençant à défaire la fermeture éclair.

-Rayan…, grondai-je, légèrement amusée.

Penaud, il leva les yeux au ciel avant de se pincer l'arête du nez.

-Je vais t'attendre dehors. (Il récupéra les autres robes) Je vais redonner ça à Timothé, viens nous voir quand tu seras changée.

J'embrassai chastement la barbe de son menton avant de le laisser filer. Je troquai donc la robe, pour mes propres habits, puis, après avoir retiré tous les accessoires, je revins, les affaires sur le bras, retrouver mon amant le vendeur.

-Alors ? Tout s'est bien passé ? Le collier vous a plu ?

-Oui, beaucoup ! souris-je en lui remettant les affaires en mains.

-Bon, je vais vous emballer tout cela. (Il arqua un sourcil et toisa Rayan) C'est toujours vous qui payez, on est d'accord ?

Mon amant opina du chef.

-Très bien, donc signez ceci, c'est pour la garantie et pour confirmer le retrait de la création de notre collection.

Ah carrément !

-Vous ne m'avez rien fait signer l'autre jour, fit remarquer Rayan.

-Les articles que vous avez pris sont plus souvent demandés, et donc, plus souvent réalisés et plus facilement commandables. La robe de votre compagne demande plus de travail et de finitions, et est réalisée en moindre quantité. Aussi, ce type de modèle est rarement demandé, mais nous avons besoin de le signaler sur notre site internet pour acheteur en ligne. En revanche, la garantie de votre costume se trouve sur votre facture, si jamais vous deviez le ramener.

Rayan acquiesça avec entendement et tous deux se sourirent. En tout cas, aussi chers étaient les prix des articles, le service après-vente était à la hauteur de la qualité de leurs créations. La robe fut mise dans une housse argentée qui fut ensuite pliée et déposer dans une boîte rose poudré entourée par un ruban noir en satin. Le chandail fut déposé et recouvert d'un papier crépon bleu, dans un sac ocre, en papier. Et enfin, le ras de cou, fut emballé dans un petit écrin avant d'être mis dans le même sac que le chandail.

-Le collier est un cadeau de la maison, souligna le vendeur.

-Oh ! Merci, vous m'aviez fait pareil avec les bretelles de mon costume, n'est-ce pas ? rit Rayan.

-Dépassé une certaine somme, la maison à pour coutume d'offrir l'article le moins onéreux, expliqua ledit Timothé.

« Une certaine somme » je me demandai bien quelle somme il fallait dépasser pour obtenir un collier et des bretelles…Non, non ! Après notre stupide dispute, or de question que je revienne sur ma décision. Rayan tenait à m'offrir cette robe, je n'avais rien à lui reprocher ! Je me sentais…certes, un peu coupable, mais je devais avouer que son geste me fit diablement plaisir.

Au moment de donner la somme, je continuai à respecter le choix de Rayan qui intima l'ordre de ne pas dire le prix ni de me le montrer. Le vendeur tourna simplement l'écran de son appareil en direction de mon aîné et je fis mine de regarder ailleurs pour jouer le jeu. Une fois cela fait, il donna en main propre la facture, la garantie, à Rayan puis, nous sortîmes après de chaleureuses salutations, les bras chargés. Enfin, surtout pour Rayan qui tenait la robe tandis que je m'en sortais avec le sac en papier.

Une fois à sa voiture, nous déposâmes le tout sur ses sièges arrière avant de prendre place à l'avant. Lâchant un soupir satisfait, Rayan plaqua ses mains sur le volant en souriant. Il avait de ses réactions parfois…Il est mignon.

-Rayan…l'appelai-je doucement.

Curieux, il haussa les sourcils et posa son attention sur moi. Portant une main à son visage, je le rapprochai du mien avant de l'embrasser avec douceur. Nous restâmes le front collé à celui de l'autre, longtemps après l'échange langoureux et je murmurai :

-Merci.

Je sentis qu'il eut rouvert les yeux car ses longs cils me caressèrent la joue. Je vins croiser son regard anis. Mon aîné sourit, presqu'avec timidité, avant de venir à nouveau m'embrasser avec plus de ferveur que précédemment. Après quoi, il me ramena chez moi. Je l'invitai à entrer et nous retrouvâmes Charly et Chani en pleine préparation du dîner. Je sortis mon portable et constatai que mon amie m'avait envoyé un message pour me signaler que son petit ami mangerait avec nous. Un peu à l'improviste, j'invitai Rayan à prendre place avec nous, en demandant si cela ne dérangeait pas ma colocataire qui l'accueillit même avec joie. Elle me sourit, et je me plaisais à croire qu'elle était rassurée que je me sois réconciliée avec Rayan.

Le repas fut très animé, même à seulement nous quatre. Charly et Rayan s'entendirent plutôt rapidement, et ils nous avouèrent qu'ils discutaient souvent dans les couloirs avec Kelly et Camille. La plupart de nos camarades étaient d'ailleurs habitués à voir notre table au réfectoire être entourée également par Rayan, Mme Klamis et parfois Miss Paltry ainsi que Monsieur Lebarde qui s'incrustait de temps à autres. Des bruits couraient comme quoi nous essayions de nous mettre les profs dans notre poche, mais heureusement, tous ne pensaient pas ainsi et il arrivait parfois que l'on prenne notre défense, en stipulant que l'on pouvait manger avec qui aimait notre compagnie ! Nous n'étions pas les seuls, mais le fait que Monsieur Zaidi, l'un des professeurs les plus populaires de l'Académie, passe autant de temps avec une même poignée d'élèves, en faisait jalouser certains.

De mon point de vue, tant que personne ne s'en prenait à mon homme, tout allait bien.

Oui…Tout allait si bien. Ce bonheur, je savais que je ne pourrais plus jamais vivre sans.

A suivre…


Voilà pour cette semaine ! Préparez-vous donc pour la déroulement du Gala dans le prochain chapitre ! :D (avec le costume de Rayan en prime !) Aussi, quand je disais que le format changerait, c'est surtout vis-à-vis des points de vues. La logique voudrait que je passe à celui interne de Rayan, or, le Gala, se déroulera de leur point de vue, externe, c'est à dire, la narratrice ! Donc préparez vous à une lecture à la troisième personne, cela risque de troubler, mais autant vous préparer maintenant pendant les jours d'attentes avant la prochaine publication (qui sera sûrement en fin de semaine) x) Cela sera uniquement pour le Gala, après quoi, je reprends les formats habituels :)

Merci d'avoir lu ! On se retrouve bientôt ~~