[Petit mot d'avant lecture: Enfin je reviens avec le Gala au complet ! En deux chapitres, car en un seul cela faisait lourd ! Chaque chapitre sera découpé en ACTE et donc en scène également ! Cela donne une bonne fluidité à la lecture je trouve, à vous de me dire ce que cela donnera en fin de votre expérience :) ! Bonne lecture ! ]


GALA – ACTE I – scène 1 : « Le Grand Soir »

Chani et Tallulah terminaient de se préparer dans leur salle de bain, toutes deux devant le grand miroir qui projetait leurs reflets ainsi que le décor autour d'elles. Le portable de l'aventurière urbex posé sur le comptoir avec le haut-parleur d'enclenché, elles parlaient à leur amie Kelly qui était toujours chez elle. Si Tallulah se devait d'arriver une heure à l'avance afin de poser les derniers préparatifs avant le lever de rideaux, les deux autres l'accompagnaient tout de même, afin de l'aider à évacuer l'anxiété qui la faisait trembler alors qu'elle tentait tant bien que mal à coiffer ses cheveux.

-Et puis mince ! Je les laisse détachés…

-Les femmes des années 20 avaient tendance à s'attacher les cheveux en soirée, rit Chani.

-Elles sont mortes pour la plupart ! pesta la brune.

« Allez, tu ne devais pas mettre une épingle ? » souligna la surfeuse.

Tallulah soupira, non sans jeter un coup d'œil au bijou à cheveux qui complétait élégamment bien sa tenue. « Tu es sublime… » lui eut dit Rayan. La profondeur de ses mots, l'eurent touchée d'autant plus qu'il voyait l'entièreté de sa beauté. Rarement flatté à l'accoutumée, Tallulah s'avoua avoir envie de réentendre ses mots de la part de son petit ami, avec les mêmes inflexions amoureuses et suaves dans sa voix. Après un dernier soupir elle se remit à la tâche. Avec l'aide de Chani et les bêtises de Kelly, l'organisatrice fut fin prête pour rejoindre le gymnase. Elle embrassa ses amies, dont une qui sourit au contact sur sa joue, et fila rejoindre le parking.

-Soit c'est moi qui suis trop petite, soit c'est la robe qui est trop longue ! râla-t-elle en descendant comme une jeune mariée en galère avec sa robe, l'escalier qui la mena au hall. Ses talons claquèrent sur le marbre et firent un fabuleux écho dans toute la cage d'escalier. Une fois dehors, elle tenait toujours son jupon d'une main pour ne pas abîmer sa robe.

-J'aurais mieux fait de me changer là-bas…soupira-t-elle.

Un klaxon la fit tressauter, tandis qu'une voiture se garait non loin de la sienne, sur le parking du l'immeuble. Tallulah sourit, aussi joyeusement que bondissait son cœur dans sa poitrine alors qu'elle reconnut le véhicule et surtout, son conducteur qui descendait la rejoindre.

-Wah ! Dis-moi que t'as fait péter les bretelles ! rit-elle en trottinant jusqu'à Rayan.

Joueur, se dernier lui tira la langue en lui certifiant qu'elle ne saurait pas tout de suite.

-T'façon, je sais que le vendeur t'en a offert quand tu as acheté ton costume, maugréa-t-elle en faisant mine de bouder.

-Pourquoi tu poses la question dans ce cas ? gloussa Rayan qui vint la prendre dans ses bras, avant de déposer un long baiser sur sa joue poudrée : Oh, j'ai comme l'impression que t'as servi de cobaye à Chani !

-Elle voulait me maquiller à la mode des années folles, j'n'ai pas su lui dire non. (Elle tapota ses lèvres) en revanche, pas touche à mon rouge à lèvres !

-La touche personnelle à ne pas oublier, sourit-il avant de l'embrasser chastement. Il grogna au doux contact avant de plonger pendant de longues secondes ses yeux anis dans ceux vairons de sa compagne : On y va ?

-Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes me chercher…Merci.

-Toute Grande Dame se doit d'avoir son chauffeur, plaisanta-t-il avant de lui ouvrir la portière du copilote : Si Madame veut bien se donner la peine de monter.

-Oh ! Auriez-vous quelques choses à vous faire pardonner mon ami Raoul ? reprit-elle sur le même ton, quoiqu'un brin plus enjôleur. Cela charma son aîné qui s'humecta les lèvres lorsqu'elle passa sous son nez, le regard en coin posé sur lui.

-Je n'aurais jamais pour pardon, rien d'autre que votre sourire. Si jamais on me l'arrachait, cela tendrait à dire que ma faute serait fatale.

-Je tâcherai donc de garder mon sourire pour ne jamais vous voir culpabiliser.

-Un masque n'a rien d'un pardon…souligna-t-il : En parlant de masque ! Voici le tien, (il se pencha pour prendre un sac en papier qui se trouvait devant le siège de Tallulah) J'ignorai que le Directeur avait un faible pour le bal masqué. Enfin, j'aurais choisi une autre couleur que du noir et du blanc.

-Ils ont l'air d'être lourds…dit-elle en prenant le noir et bleu dans les mains : Pourquoi est-ce que ça doit recouvrir tout notre visage, il ne connait pas les loups ?

-Il trouvait que ça faisait plus vrais masques Vénitiens. M'enfin, il y avait un peu de tout, je trouvai que ceux-là iraient avec nos tenues, expliqua-t-il en examinant le blanc et or. Rayan se le mit sur le visage : T'en dis quoi ?

Souriant, Tallulah lui arracha le masque des mains et dit :

-J'en dis que Clémence va nous dévisager avec les dents si on arrive en retard.

-Haha, oui allons-y !

L'aidant à monter en voiture en prenant soin de sa robe, Rayan se mit ensuite volant et prit la route du gymnase qui servait de salle de réception pour cette nuit. Si les invités qui ne participaient pas aux enchères pouvaient quitter les lieux après le dîner, les organisateurs eux, participant aux enchères ou pas se devaient d'être là jusqu'au bout. Et les enchères devaient prendre fin vers 2h du matin, mais d'après l'expérience de Rayan, cela pouvait être repousser une heure de plus selon les arrangements.

-18h jusqu'à 2-3h du matin en talons…J'ai encore eu une bonne idée, grimaça Tallulah qui descendait de la voiture, le sac des masques dans une main et le jupon de sa robe dans l'autre.

-Tu n'auras qu'à faire comme lorsqu'on part danser, tu les enlèveras, personne ne verra rien sous sa robe.

Sa cadette haussa une épaule en trouvant le compromis intéressant. Aussitôt, elle rebondit sur les paroles de Rayan.

-Ne devrions-nous pas nous vouvoyer dès maintenant ? J'ai peur d'oublier dans le courant de la soirée, on n'est pas vraiment à la fac là. Enfin…pas dans un contexte familier.

-Si tu veux, mais tu sais, avec les rumeurs qui circulent à nouveau sur nous deux, je crains qu'on ne doive en parler rapidement au Directeur, fit remarquer l'aîné.

Tallulah songea aux deux dernières semaines d'écoulées. Son agression fut passée dans l'esprit des gens, comme un fait divers qu'on ne serait pas près de voir s'arrêter de sitôt. Quant au Gala, cela fut la raison même qui ramena les rumeurs à l'encontre de leur relation intime, à l'esprit des gens. Tous deux collaborateurs de recherches…maintenant organisateurs de la soirée qui était sensée sauver la branche d'Histoire de l'Art. De plus, tout le monde savait qu'ils n'avaient eu de cesse de se rencontrer pour l'organisation des enchères et du dîner. Et certains se souvenaient d'une serveuse du Cosy Bear accrochée aux lèvres de leur professeur. Pour les réguliers, ils n'étaient pas idiots, ils savaient qu'il n'y avait qu'une serveuse et un seul serveur en plus de la patronne qui tenait le petit établissement. Sans être un grand matheux, 1+1 faisaient toujours 2, et le prénom de Tallulah ressortait de plus en plus souvent.

-Peut-être…devrions-nous profiter de l'euphorie de la soirée pour en toucher deux mots à Culann ? proposa Rayan avec une pointe d'hésitation dans la voix.

-Culann ?

-Oh, le Directeur, informa-t-il : Alors ?

-Jaugeons d'abord son taux d'euphorise avant de prévoir quoi que ce soit, la soirée n'est pas entamée et je te rappelle qu'on a une filière a sauvée. Rien n'est joué encore…

Souriant à sa petite amie, Rayan lui prit la main qui portait le sac et l'amena à son visage. Dans un geste précieux il effleura le dos de sa main avec son nez.

-On n'embrasse pas la main normalement ?

-Un roturier ne touche jamais la peau d'une Princesse, ronronna-t-il non sans adresser un clin d'œil malicieux à sa cadette qui virait au rouge carmin.

Comme s'il lui avait échaudé la main, elle la retira promptement avant de reprendre son chemin jusqu'au gymnase, la tête haute afin de ne pas montrer l'embarras et la tension qui grimpait en elle. Bon sang…Cette soirée va être longue ! se plaignit-elle déjà en son for intérieur. Derrière elle, Rayan peinait à cacher son sourire amusé. Une fois dans le gymnase, ils furent pris par une bouffée de chaleur qui les fit suffoquer.

-Bon sang, mais baissez-moi ces chauffages !

Aussitôt, Tallulah se dirigea vers le palier technique afin de régler la chaleur que dégageait le chauffage central. Pour une meilleure ambiance, ils avaient décidé de chauffer la salle toute la journée, or, entre les rideaux, les panneaux isolants et autres tapisseries décoratives, la température avaient rapidement atteint des sommets ! D'autant plus qu'avec la chaleur corporelle de la populace qui arriverait dans un peu moins d'une heure, ils avaient besoin de plus d'air.

-Il fait plutôt beau, peut-être devrions-nous laissez ouverte la porte de derrière ? proposa Rayan : après tout, le dîner se fera majoritairement debout, les invités pourront se déplacer à leur guise, autant laisser un accès libre.

-Pourquoi pas, avec les rideaux, la fraicheur de la nuit n'entrera pas de trop.

Février ne fut pas si frisquet que cela, à croire que le Printemps avait décidé de pointer le bout de son nez de bonne heure. Les nuits restaient tout de même fraîches, le soleil déclinait au loin et Tallulah sentait déjà l'air glacée de début de soirée qui jurait avec l'horrible chaleur du gymnase. Frictionnant son chandail contre son bras, elle tourna la tête par-dessus son épaule alors qu'elle entendait un crissement de pneus.

-Oh, Clémence doit-être arrivée !

Alors qu'elle se précipitait pour rejoindre sa patronne, Rayan la prit par l'intérieur du bras pour la retenir.

-Hé, tu veux me faire le plaisir de respirer… ? fit-il, l'air bienveillant : T'es si tendue !

-Et vous, bien trop détendu ! Je vous rappelle que votre classe attend beaucoup de ce Gala.

Rayan fronça les sourcils, penaud, à l'entente du vouvoiement que sa petite amie employait à son égard. Plus les mois passaient, plus il devenait étrange pour lui de l'entendre tenir un discours si formel envers lui.

-N'est-ce pas un peu trop ? Je veux dire, ta…v-votre patronne me connait et Hyun aussi.

-Clémence n'a, par je ne sais quel miracle, encore rien vu ni su pour nous deux. A croire qu'il n'y a que les étudiants qui ont l'œil pour ce genre de chose…Où alors elle me laisse vraiment tranquille, je ne sais pas. Mais par prudence, pour ce soir, rien qu'un soir, il serait bon ton d'être discrets…Monsieur.

Au moins, Tallulah ne perdait pas ses inflexions emplies de sous-entendus lorsqu'elle le nommait « Monsieur ». Rayan sourit en coin, de nouveau charmé par l'étudiante qu'il eut connue, spontanée et dangereusement bienséante.

-Dans ce cas…j'ai une faveur à vous demander. Quitte à vous vouvoyer, j'aimerais autant ne pas redevenir un étranger. Alors, pour cette nuit, puis-je vous appeler Christine ?

Hébétée, Tallulah haussa les sourcils et entrouvrit les lèvres de surprise. Pris de doutes, son aîné se pinça les lèvres avant d'étirer un sourire rayonnant et un brin charmeur. Tallulah gloussa, non sans secouer la tête, tiraillée entre l'amusement et l'exaspération.

-Raoul n'a jamais été à son aise dans ce genre de soirée…

-Seulement lorsque le cœur de Christine est loin du sien. Et ce soir, il a envie de se laisser tenter…

-Ne craignez-vous pas de finir avec le cœur brisé ? Raoul n'est pas un grand chanceux…

D'un geste caressant, Rayan remit en place une mèche de cheveux de sa cadette, derrière son oreille.

-Je prends le pari que cette nuit sera inoubliable.

Tendre, Rayan reçut comme réponse un sourire ainsi qu'un long baiser sur le coin des lèvres. Puis, après un dernier coup d'œil par-dessus son épaule, elle partit accueillir Clémence et Hyun, ainsi que l'équipe de serveurs qui avait été employée pour la soirée. Clémence eut un geste de recul en voyant arriver Tallulah dans sa longue robe de soirée, ses talons crissant dans les graviers. Quant au jeune Coréen, il resta coi un moment, les joues enflammées et le cœur en peine de ne pouvoir faire autrement que de la trouver élégante sans se permettre plus…

-Eh bien ! Tu as mis le paquet, sourit Clémence qui commençait à décharger le fourgon réfrigérant : Bon, les cuisines c'est par où ?

-On a dû faire quelques installations, j'espère que ça ira pour réchauffer les plats, fit Tallulah qui désigna une salle à côté du gymnase : On a aménagé la réserve. Tout devra se préparer là-bas.

-Bien, (elle se tourna vers les serveurs) allez, on se bouge ! On a 40 minutes pour tout mettre en ordre et faire les présentations des hors d'œuvres froids. Hyun, tu nous rejoins ?

-O-oui !

-Attend, je vais vous aider…intervint Tallulah qui s'apprêtait à décharger un carton de de bouteilles de champagne.

-Non, ta robe ! l'arrêta Hyun : Ce sera dommage de l'abîmer, on va se charger des repas. Tu ne devais pas terminer l'arrangement des tables ?

-Si, c'est vrai…souffla-t-elle en se sentant de nouveau nerveuse : J'aimerais que ce soit déjà fini.

-Haha, détends-toi voyons, gloussa son ami qui frictionna son dos.

-Câlin ! chouina-t-elle en le serrant dans ses bras. Hyun jeta sa tête en arrière et libéra des éclats de rire avant d'étreindre affectueusement son amie.

-Hé bien, ça bosse dure dites-moi ! entendirent-ils venir de derrière eux.

Rayan vint à eux, dévoilant enfin son costume dessous son manteau qu'il eut retiré et laissé dans le gymnase. Tallulah se pinça les lèvres, et écarquilla les yeux avec émerveillement en le voyant se pavaner, les mains dans les poches, le regard perdu au loin tandis qu'il détaillait les alentour, ébloui par les derniers rayons du coucher de soleil qui étendaient son ombre derrière ses pas. Sa chemise mentholée était recouverte d'un boléro sans manche en velours émeraude, qui s'irisait en blanc ou en noir selon l'éclairage sous lequel se trouvait Rayan. Ses longues jambes qui levaient sa silhouette longiligne s'étaient habillées d'un pantalon droit gris chiné légèrement satiné dont l'ourlet des jambières se terminaient sur des chaussures cirées à petits talons, bicolores, mariant le bleu cobalt au rouge terre de sienne, le tout discrètement voilé par un cirage noir qui assombrissait et unifiait les teintes. Harmonie que l'on retrouvait sur ses bretelles qui formaient un « Y » dans le dos. Des bretelles ! s'enjoua Tallulah qui devait bien avouer avoir un penchant presque érotique à l'encontre de cet accessoire. Enfin, telle un bouton de fleur sur le point d'éclore, une cravate nouée autour de son cou, égaillait son torse par une superbe et luisante couleur doré. Quoiqu'aux yeux de la jeune femme, cela tourna plus sur du pissenlit !

-Où avez-vous posé vos affaires ? demanda-t-elle.

Hyun lui adressa un regard curieux avant de froncer les sourcils avec incompréhension. Il interrogea Rayan en silence mais ce dernier lui affirma de ne pas s'inquiéter d'un simple sourire et un regard posé.

-Dans les vestiaires. Je me suis permis d'y poser votre manteau et votre sac également.

-Vous allez faire tourner des têtes ce soir, souligna-t-elle, suave.

-Dois-je y voir un compliment ?

-Sûrement !

-Eh bien, vous avez l'œil pour les chaussures dites-moi… s'immisça Hyun qui s'approchait pour serrer la main de Rayan. Il comprit d'emblée qu'il valait mieux jouer le même jeu qu'eux le temps du Gala.

Rayan le salua avec entrain et aussitôt, les deux hommes comparèrent leurs costumes. Hyun n'avait pas lésiné sur sa tenue. Serveur ou pas, il se démarqua des autres avec des habits chics et une veste en queue de pie. Mais la touche la plus surprenante était sans conteste ses derbies bi-matière, alliant daim et cuir. Le gris se dégradait en bleu nuit selon les reflets et Rayan et lui entrèrent dans un grand débat quant aux tenues à marier avec ce type de chaussures. Décontenancée, voire, sidérée, Tallulah croisa les bras sous sa poitrine, et observa les deux hommes sans dire un mot. Dire qu'il y a trois mois à peine ils étaient prêts à se crever les yeux ! Voilà qu'ils parlent de mode !

-Mais pire que des lycéennes ! s'outra Clémence qui rejoignit Tallulah, tandis que Hyun ne venait toujours pas l'aider : Mais qu'est-ce qu'ils font !?

-Bon, les jouvenceaux ! Lorsque vous aurez fini de vous auto-congratuler les pieds, on pourra peut-être préparer les tables, vous en pensez quoi ? Hm ?

Levant leur regard dans un geste synchronisé, les deux hommes rougirent avant de rejoindre respectivement les dames qui les attendaient de pieds fermes !

-De vrais coqs ! gronda Clémence qui entraîna Hyun avec elle.

-Désolé…marmonna Rayan.

-Il n'y a pas de mal, sourit Tallulah : Mais l'heure tourne, Raoul, je n'aimerais pas que le Directeur se pointe sans que rien ne soit terminé.

-Vous avez raison, allons-y, sourit-il également en la suivant au gymnase.

Enfin, les dernières préparations et le dressage des tables allaient être faits.

GALA – ACTE I – scène 2 : « L'accueil et le baiser »

Tout le monde était à son poste. Tallulah joua les hôtesses, se tenant à l'entrée, son chandail sur les épaules et la liste des invités en mains. Quant à Rayan, il déambulait entre les tables, vérifiant que rien de manquait et surtout que toutes les lampes à huile étaient fonctionnelles. Il lui arrivait de laisser son esprit se balader, songeant aux enchères, il ignorait toujours qui son père avait désigné pour le représenter durant le Gala. Cela le mettait bien plus en stresse que la soirée en elle-même. Hyun se tenait dans l'antichambre, montée à l'aide de panneaux, où les invités seraient accueillis par une coupe de champagne avant même de poser un pied au cœur même de la salle de réception conçue dans le gymnase. Sans toutes cette fioriture, rien de tout cela n'aurait pu être réalisable. Ce n'était une salle de réception qu'en apparence, pourtant, l'atmosphère précieuse et lourde en élégance commençaient à peser sur les épaules de tout le monde. Les façades, étaient plus effrayantes que la réalité-même. Rayan commençait à comprendre le choix du Directeur, quant aux masques Vénitiens. Les années folles étaient déjà un amont de paraître, surtout avec l'explosion de l'art décoratif ! Mais les masques…Rien de mieux pour les gens de la haute pour se pavaner en toute liberté. En son for intérieur, il commençait à redouter l'ambiance de la soirée. Si cela peut sauver le cursus de mes élèves…on prendra sur nous.

Quand les premiers invités arrivèrent, Tallulah, Rayan et Hyun surent d'emblée que la Gala s'ouvrait enfin. Certains artistes jouèrent le jeu jusque dans leur arrivée en scène dans des voitures de collection. Ils y en avaient même qui dataient du début du 20e, Tallulah fut éblouie par le rouge d'une sublime Ford A décapotable. Bon sang…Cette soirée promet !

D'élèves en professeurs, et d'artistes en galeristes, Tallulah validait sa liste tout en saluant avec sa chaleur et son sourire habituels chacun des invités. Certains étaient venus accompagnés, comme l'eut prévenu le Directeur. Ce qui l'enjoua, fut surtout que tous sans exceptions avaient au moins un des deux thèmes mis en avant. Parfois seulement le masque ou seulement le costume des années 20, et pour un bon nombre, les deux ensembles. En tout cas, pour ceux n'en ayant pas apporté, un masque leur serait offert par Rayan qui les réceptionnait à l'intérieur.

On pouvait entendre les musiciens engagés par Rayan accorder leurs instruments derrière le gymnase. Tous les invités étaient presque là, Chani, Kelly, Charly et Camille avaient tenu compagnie à leur amie un court instant avant de rejoindre la soirée. Yeleen, accompagné de sa mère et d'autres artistes furent également là. Sybille n'oublie pas de mentionner le départ de Tallulah du dortoir. Elle en voulut l'explication, mais la jeune femme répondit humblement que ça ne concernait personne.

-Je comprends, mais ceci est bien dommage, ma fille aurait pu prendre exemple sur vous. Après tout, organiser une soirée de cette envergure, il faut se donner les moyens mais c'est surtout le résultat de votre fabuleuse ambition. J'aimerais pouvoir en dire autant pour ma fille.

-Son ambition la mènera où elle saura se donner les moyens d'aller. (Tallulah sourit à Yeleen, le visage masqué) Et je sais qu'elle ira loin.

Imperceptiblement, sa camarade et ancienne colocataire lui adressa un regard intense à travers la façade vernie qui camouflait les traits de son véritable visage. Tallulah sembla y lire de la reconnaissance, si ce n'était de la stupéfaction…peut-être les deux. Néanmoins, ses yeux se détournèrent bien vite lorsque sa mère mit fin à l'échange, sarcastique :

-Ambitieuse et pleine d'espoir, ne seriez-vous pas une Sainte ?

Les gens qui l'accompagnaient rirent et Tallulah leur sourit en dévoilant éclatement toutes ses dents.

-Voyons, non…Ce n'est que de l'humilité, une vertu qui fait défaut chez certain.

Un pouffement provenant devant Sybille se fit entendre. Yeleen s'engouffra dans l'antichambre suivit de prêt par Sybille qui renoua son masque sur son visage. Quant aux artistes qui la suivaient, Tallulah les fit signer en leur souriant toujours. Leurs rires, eux, avaient d'emblée cessé. Lorsqu'ils entrèrent, Tallulah put entendre « Voici bien la première fois que je vois Sybille manquer de répondant… », « Oui ! La soirée risque d'être intéressante, je ne suis pas mécontent d'être venu ! », « Et moi dont ! »

De son côté, l'organisatrice ne put s'empêcher de renifler un rire amusé. Bien fait ! Quoiqu'elle redoutât un peu le revers de la galeriste si jamais elle venait à la recroiser.

-Au pire, je n'ai fait allusion à personne… se rassura-t-elle en triturant un coin de sa liste.

-Vous parlez seule ? Je peux sûrement vous tenir compagnie le temps pour vous d'accueillir tout le monde ! s'annonça un homme d'une voix claire et taquine.

Se sentant rougir, Tallulah redressa le nez pour croiser le regard masqué de l'homme qui faisait bien deux têtes de plus qu'elle. Bon sang, il est aussi grand que Rayan ! remarqua-t-elle en son for intérieur.

-Oh…j-je ne faisais que… (elle se reprit non sans rire) Bonsoir à vous, je suis Tallulah Loss, l'organisatrice de ce Gala.

-Je sais bien, votre nom était sur l'invitation : « Soirée organisée et animée par les pensionnaires de la maison Anteros, Pr Rayan Zaidi et l'étudiant Master 2 Histoire de l'Art, Mlle Tallulah Loss. » Un sacré beau couple !

Le cœur de la jeune femme rata un battement. C-Comment peut-il…

-C'est vrai, voir se démener un professeur et son étudiante à sauver leur filière, cela dégage une certaine beauté.

Quelle idiote… s'insulta-t-elle en s'entend la pression redescendre d'un cran. Pour garder contenance, elle sourit, amusée par la remarque de son invité qui lui donna l'invitation.

-Oh, vous êtes le représentant de Monsieur Arles ?

-Moi-même ! Seulement…ah…cela m'embête, mais je suis venu accompagné. (Il marmonna en levant une main dramatique) Non, là je suis seul ! (Il se redressa) Mon compagnon doit me rejoindre sous peu, il a eu un léger contre-temps. (Il gronda sourdement) Quelle idée de partir en voyage d'affaire la veille du Gala…J'te retiens !

Tallulah gloussa avec légèreté, cachant son sourire amusé avec le dos de sa main. Ses rires secouèrent ses épaules et son chandail manqua chuter de ses épaules. Aussitôt, l'homme plaqua ses grandes mains avec douceur le long de ses bras et fit remonter le tissu dans une caresse sensuelle. Il se trouvait, son masque, nez à nez avec le visage confus de Tallulah qui se suspendit au regard sombre de son vis-à-vis, qui semblait rieur, bien que son masque n'affichât aucune expression. La voix étouffée, il murmura, en s'éloignant d'un pas.

-N'attrapez pas froid, prenez soin de vous, murmura-t-il. Il fit glisser une main le long du poignet de Tallulah, lui prit la main et la mena à aux lèvres peintes de son masque dans un geste délicat qui lui parut sincère : J'espère que vous viendrez échanger quelques mots avec moi durant la soirée, je ne suis plus aussi friand qu'autrefois des mondanités. J'attends beaucoup de cette soirée…

Puis, après un froid baise main qui jura avec la chaleur de sa peau, il l'abandonna et fit son entrée dans l'antichambre. Encore toute chose par la curiosité qu'était ce personnage, Tallulah mena sa main à son chandail qu'elle ne comptait plus faire tomber le reste de la soirée !

GALA – ACTE 1 – scène 3 : « Lever de rideaux »

Rayan ne cessait de triturer sa cravate et ne savait que faire entre la desserrer ou la resserrer. Rare était les fois ou sa gorge fut si compressée, ou bien était-ce l'anxiété qui affluait en lui qui lui donnait cette impression d'étouffer ? Hyun l'observait du coin de l'œil tandis qu'il revenait avec des coupes de champagne qu'il proposa aux nouveaux venus.

-Hé, glissa-t-il discrètement : Vous êtes bien rouge, est-ce que tout va bien ?

-Je meurs de chaud ! pesta son aîné.

-Je peux vous apporter un verre d'eau si vous le souhaitez.

-Pas la peine, je vais aller remplacer Chri- enfin je veux dire Tallulah.

Sur ces mots le professeur d'art contemporain s'en alla en direction de l'antichambre, slalomant entre les invités déjà présents qui jacassaient et riaient entre eux. Et alors qu'il atteignait la sortie, une main plongea dans le creux de son bras pour le retenir.

-Hé bien, pressé de partir à ce que je vois.

-Léon !? s'étrangla presque le brun en reconnaissant la voix et la silhouette familière de son beau-frère : Mais qu-…Attends, c'est toi que mon père envoie pour le représenter ?

-Ne fais pas cette tête, je me vexerai presque, maugréa le blond derrière son masque : Eh oui, c'est bien moi que Sohan a envoyé. Je suis l'un de ses mannequins après tout, et pas le moins connu. Il fallait bien envoyer la fine fleur du studio Arles pour le représenter.

Avec son palmarès, difficile de démentir ses propos quelques peu prétentieux. Léon Van Fenema, mannequin Néerlandais qui débuta à Paris dès ses 8 ans. La grâce infantile qu'il dégageait, conquit d'abord Paris, Brooklyn puis les écoles d'art de Saint-Pétersbourg où il devint poseur tout en poursuivant ses études d'Art. Ce n'était pas un secret qu'il vendait son image pour les studios Arles. Et au vu des regards posés sur eux, beaucoup l'avaient déjà reconnu malgré son masque doré qui recouvrait tout son visage. Un blond d'un mètre quatre-vingt huit ça se remarque en même temps, souligna Rayan qui se fit doucement entraîner par son aîné.

-Regarde-moi toutes ses vipères, prêtes à siffler plus fort que leur notoriété pour savoir quand chutera ton père.

-Ils t'ont déjà reconnu, c'est dingue…

-Cache le soleil et il réapparaîtra, souviens-toi de ça ! s'amusa Léon d'une voix profonde qui inquiéta son cadet : Rayan, reprit-il avec plus de sérieux : Je ne serais pas seul ce soir.

Le cœur du brun rata un battement. Pourtant, j'aurais dû m'en douter… Tendu -un tantinet plus que plus tôt- Rayan déglutit et commença à balayer la salle de réception des yeux.

-Ne le cherche pas, il a eu un contre-temps, s'agaça l'autre en croisant les bras.

Fronçant un sourcil, le plus jeune osa demander ce qu'il se passait.

-Un voyage de dernière minute, Alan a été ingérable, je ne te dis pas l'ambiance à la maison.

-Encore ? Mais je croyais qu'il freinerait.

-Il… (Léon secoua la tête) Quoi qu'il en soit, sache que je ne devais rien te dire. Soi-disant pour prévenir le scandale, mais ce que vous ne comprenez pas l'un comme l'autre, c'est que ce n'est pas en vous évitant que vous vous entendrez mieux. Maintenant tu sais que Dimitri sera là, à toi de te tenir à carreau !

-M-moi !? s'offusqua Rayan, d'une voix si portante qu'il attira un peu plus l'attention sur eux.

Dessous le masque, il put voir son beau-frère le fusiller par ses yeux noirs.

-O-ok…je me tiendrais à carreau. Mais pourquoi est-il là ?

-Je n'en sais pas plus. Une idée de Sohan, trancha Léon : Sache que j'ai fais la même remarque à Dimitri, j'attends vraiment de vous que vous ne vous fassiez pas remarquer. J'aime ton frère, mais participer à ce genre de soirée avec lui tourne toujours au vinaigre, surtout quand vous êtes ensemble. (Il releva le menton et regarda au loin) Et…je dois t'avouer que j'attends beaucoup de ce Gala.

Intrigué par le timbre malicieux qu'il venait d'employer, Rayan osa passer sa tête par-dessus son épaule pour essayer de voir ce qui enjouait tant Léon. Puis, déambulant, droite, le regard franc et le carmin aux lèvres, il la vit. Son cœur, son âme, son esprit et son corps, tous, reconnurent cette femme qui s'en allait disparaître derrière les rideaux qui cachaient le couloir des vestiaires.

-Tu sais quel a cloué le bec à Sybille ?

-Quoi !? Qu'est-ce qu'elle a fait encore !?

-Haha, ta réaction veut tout dire ! Je crois comprendre qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche. En tout cas, rien de bien méchant rassure-toi. Mais une piqûre de rappelle pour faire se souvenir à ses lèches bottes que le respect ne doit pas mourir, même entre hypocrites, ne devrait pas leur avoir fait trop de mal. (Il gloussa) Enfin, je n'en dirais pas autant de leur fierté !

-C'est tout elle, ricana Rayan : Je dois te laisser, on se croisera plus tard.

-Bien. Je vais essayer de joindre Dimitri. Si ta dulciné est rentrée, c'est bien parce que tous les principaux invités sont là, et je ne le vois toujours pas.

-S'il est masqué, cela va être difficile pour toi de le reconnaître parmi cette foule, d'étudiants, de professeurs et d'artistes !

-Cache le soleil et il réapparaître, tu as déjà oublié ?

-Oui, enfin pour lui, ce serait plutôt la lune…

-Haha, ton frère est une éclipse qu'il ne faut pas avoir peur de contempler si l'on veut en déceler sa nature. Dimitri pourra porter le masque qu'il veut, mes yeux sauront où chercher et où regarder pour le trouver. Imagine-toi, demain ta petite amie se rase la tête à blanc et se met à porter des lentilles. Crois-moi, tu sauras où regarder.

Sur ces étranges paroles, Léon s'en alla loin de son cadet qui observa sa démarche souple et assurée qui fit se dégager la foule sur son passage, comme le grand Prince qu'il était. Après avoir longuement badé, il s'en retourna vers les vestiaires où il trouva sa cadette en pleine bataille avec son masque noir et bleu. Félin, il se glissa derrière elle, et enroula sa taille avant de dévorer sa nuque avec gourmandise. Dans un sursaut, Tallulah lâcha le masque qui tomba sur le banc devant eux.

-Que faites-vous !? gronda-t-elle dans un fort chuchotement. Elle s'était retournée pour le courroucer des yeux.

- « Cache le soleil et il réapparaîtra », je pense avoir enfin saisi les sens de ses mots ! rit-il.

-Déjà saoul… soupira-t-elle en essayant de se défaire gentiment de l'étreinte de son homme qui dévorait sa gorge.

-Nullement, je venais simplement récupérer mon masque et je vous ai vu. Plus rayonnante que le soleil.

-Eh bien, allez dire ça à la lune plutôt ! Bientôt pleine et déjà bien éclatante.

-J'ai d'ailleurs appris que nous allions pouvoir assister à une super Lune le 19 ! Nous pourrions…peut-être retourner sur le toit de votre immeuble ?

-Haha, malheureux, la super Lune de ce jour ne sera pas visible chez nous. (Elle embrassa sa joue) Mais l'attention était touchante, j'aime à savoir que vous n'oubliez pas mes passions.

Rayan sourit simplement, passa à côté d'elle et s'empara du masque sur le banc. Il lui proposa de le nouer, et Tallulah accepta avant de lui tourner le dos. Il roula ses bras autour de sa taille et fit remonter ses mains, tenant le masque, jusqu'à son visage et glissa ses doigts sur les lanières satinées qu'il vint nouer sous son chignon.

-Vos cheveux ?

-Cela ne tire pas, assura-t-elle avant de lui faire face, les yeux scintillant à travers les orifices. Puis, rouvrant le casier où se trouvaient leurs affaires, elle s'empara du masque blanc et doré, qu'elle posa sur le visage de son aîné, caressant les joues cirées des ses doigts avant d'entourer son cou de ses bras, son corps collé au sien, afin de nouer les lanières entre ses boucles.

-Vos cheveux… ? susurra-t-elle, la voix étouffée derrière son masque.

-Cela ne tire pas non plus, confirma-t-il à son tour, le nez de son masque caressait celui de sa cadette.

-Alors ça y est, la soirée commence ?

-Oui…je vais devoir vous laisser, je dois prendre la parole pour l'ouverture.

-Je me tiendrais juste devant vous.

-Dans ce cas je m'en vais réaliser le plus beau lever de rideaux.

Sur ces mots, les deux amants s'éloignèrent l'un de l'autre, n'ayant que pour seul lien leurs regards encore aimantés jusqu'à rejoindre, chacun de son côté, la salle de réception. Une estrade de fortune, habillée de rideaux en velours, fut installée pour non seulement partager le discours du Directeur et de Rayan, organisateur de la soirée, mais aussi et surtout pour présenter l'orchestre qui ambiancerait le Gala, et la piste de danse que certains semblaient vouloir impatiemment envahir. Se tenant aux côtés de Hyun qui lui servit une coupe de champagne, Tallulah ne mentit nullement à son petit ami et vint se placer juste devant l'estrade pour l'écouter.

Ce dernier, malgré le masque sur son visage, parla d'une voix claire et distincte. A croire que peu importait le public à ses pieds, il n'existait pas sur cette Terre une personne qui ne buvait pas ses paroles. Son éloquence et son charisme firent pulser plus fort encore le cœur de Tallulah…ou de Christine, elles-mêmes ne savaient plus, tandis qu'il complimentait, remerciait et s'enjouait pour l'aide et la présence de tout ce beau monde ce soir. Cela dura l'espace de quelques minutes, mais il se fit applaudir avec enthousiasme, tout en déclarant, que la soirée, enfin, commençait.

A suivre…