[Petit mot d'avant lecture: Houlà-là-là ! Fait longtemps 10 jours plus exactement que je n'ai rien publié xD J'ai été tellement submergée ! Comment allez-vous ? Allez, on se retrouve avec deux nouveaux chapitres et là, je peux vous assurer qu'on arrive enfin à la fin de la fic ! Je dis enfin, car il faut savoir dire stop à un moment, même si j'ai encore beaucoup d'idées qui fusent sûrement pour un OS qui suivra la fic d'ailleurs, je ne sais pas !

En revanche...je spoile un peu, excusez-moi, mais pour ce qui est du bébé de Rosa et Leigh, je n'avais absolument pas l'intention de faire perdre le bébé à Rosa, non, en corrigeant mes fautes, je n'ai pas du tout changer l'histoire. Pour moi, la perte d'un enfant est un sujet vraiment brutal, j'ai mes raisons, et je ne vais pas vous cacher que je n'ai pas la force d'écrire une scène qui retranscrit le sentiment de Rosa et de Leigh dans un tel drame. Puis de vous a moi, Leigh a déjà subi suffisamment de drame dans sa vie, alors perdre son enfant, pour moi, niette. Je voulais qu'ils aient cet enfant, et ils l'auront dans ma fic en bonne santé ^^ Voilà pour le spoil, navrée mais quand j'ai joué à l'épisode 10 j'ai aussitôt rebondi à mon scénario de fic et je me suis dit qu'une petite note s'imposait ;)

Mais ce sera tout ! Maintenant je vous laisse découvrir le nouveau chapitre ! Bonne lecture à vous :D]


Rayan

-Garde tes coudes pliés devant ta tête, dans le vif, l'agresseur tape d'abord la tête avant de toucher les jambes. C'est instinctif, il faut que tu bloques en protégeant ton visage !

-Comme ça ?

Une semaine s'était écoulée depuis le Gala. Tallulah et moi avions eu des remerciements privés de la part de mes supérieurs, et surtout, du Directeur qui s'adonna par la suite à faire un discours face à toute ma classe principale. Si fier fut-il, le résultat nous laissa un goût amer. Ma petite amie fut la cible de la jalousie de bon nombre de ses camarades qui n'hésitèrent pas à lui transmettre de fausses informations, un jour où elle devait se rendre au cours de Monsieur Lebarde.

Chani et les autres n'étaient pas avec elle, et, revenant de la BU, des camarades l'interpellèrent pour lui signaler que le cours avait été déplacé et que l'emploi du temps serait modifié dans la journée. Tallulah eut attendu toute la journée, pour finalement rater complètement le cours de Monsieur Lebarde qui s'indigna ouvertement devant toute l'équipe enseignante. « Ah ! Maintenant que le Directeur l'applaudit et qu'elle a reçu les cartes de visites de certains artistes, Madame se sent suffisamment confiante pour rater les cours ! Bien ! Bel exemple ! » Cela nous étonna, Madame Klamis, Hélène, Nathan et moi-même…

Le soir même, Tallulah m'expliqua ce qu'eurent fait ses camarades. Chani essaya de la contacter, mais ma cadette avait déjà plus de trente minutes de retard lorsqu'elle fut en chemin. Elle savait qu'André ne l'accepterait pas en cours… Elle avait donc rebroussé chemin. Depuis, elle ne parlait plus à aucun de ses camarades en dehors de son cercle d'ami.

Bien sûr, il n'y avait aucune preuve tangible à mettre sous le nez des coupables pour leur faire ravaler leur bêtise. J'étais finalement pieds et poings liés, et cela me tuait de ne pouvoir rien faire si ce n'était hausser le ton lorsque ça s'agitait en cours. Puis…

-Haha, non, ça c'est pour les personnes qui ont des lunettes. Bon en soi, ça te protège, mais toi tu dois les plaquer devant toi, les mains sur le haut de ta tête.

Depuis la fin du week-end qui a suivi le Gala, Tallulah a refusé tous nos rendez-vous galants. Après l'accord de son médecin et de son kiné qu'elle voyait toujours pour de dernières séances, j'eus cherché une salle où était enseignées des techniques de défenses personnelles, comme je lui eus promis. Finalement, mon ancien entraîneur d'Athlétisme, avait ouvert une salle d'arts martiaux que ses enfants exploitaient également. Sa fille fut d'ailleurs notre mentor bien qu'elle me laissât m'entraîner avec Tallulah après avoir vérifié que je me souvenais de mon propre apprentissage. Elle pouvait s'occuper d'autres personnes, mais venait vérifier que tout se passait bien de temps à autres.

Première fois que l'on se voyait dans la semaine. Pas que cela me déplaise, au contraire, je me sentais très impliqué dans son entraînement et je comptais bien la suivre jusqu'à la fin. Jusqu'à ce que je puisse la voir sereine de monter dans un bus ou d'aller travailler. Elle ne se permettait même plus de rester à la BU jusqu'à la fermeture, seule ou accompagnée elle quittait le campus avant la tombée de la nuit.

-Ok, je crois que j'ai compris, m'assura-t-elle : Recommence.

Je me remis en place, prêt à la surplomber dans la mise en scène d'une agression. Tallulah protégea, cette fois-ci, parfaitement son visage et ses tempes.

-Super, puce ! souris-je en m'approchant pour la prendre dans mes bras.

Elle se laissa faire, timidement fière d'elle et nicha son visage contre mon torse, habillé seulement d'un t-shirt anthracite à manches courtes qui moulaient mes biceps. J'embrassai les cheveux de ma cadette qui regardait autour de nous. J'arquai un sourcil, curieux, mais aussi quelque peu agacé de la voir se méfier du regard des autres lorsque nous n'étions même pas à la fac. Je levai les yeux au ciel lorsqu'elle s'éloigna promptement, mais pris sur moi et me remis en place.

-On reprend une dernière fois et on demandera à Sarah si on peut passer au plaquage.

Tallulah opina du chef.

Après trente dernières minutes d'entraînement, nous arrivâmes à terme de notre session et partîmes nous changer dans les vestiaires. Nous nous nous rejoignîmes dans le hall, saluèrent notre mentor et prîmes la sortie.

-Alors, première impression ?

-C'est … étrange, de t'avoir pour « agresseur », rit-elle avec une pointe d'amertume.

Je souris, et de mon bras libre, j'entourai ses épaules pour la rapprocher de moi et l'embrasser. Aussitôt, elle entra sa tête dans ses épaules et me demanda de faire attention.

-Hé… on n'est pas à la fac, lui rappelai-je avec douceur et faisant glisser mes doigts dans ses cheveux.

-Justement, faut qu'on se fasse discrets.

-Ecoute, je comprends que ces rumeurs t'agacent, mais on ne va pas s'arrêter de se voir quand-même, m'outrai-je face à sa réticence à me rendre mon étreinte.

Elle haussa une épaule.

-Sans arrêter de se voir, on peut sûrement faire plus…attention aux fréquences de nos sorties.

Prenant une profonde inspiration que je bloquai, je fermai les yeux en entamai un silencieux compte à rebours dans ma tête. Il y a des choses qu'elle ne me dit pas… J'en était persuadé. Le souvenir de ses larmes, de son alerte le soir du Gala tandis que Léon était sur le point de nous donner l'opportunité ultime de tout dévoiler au Directeur, m'eurent déjà mis la puce à l'oreille mais cette semaine, son changement bien trop radical d'attitude était flagrant et très inquiétant.

-Donc, manger un morceau au café lecture, ce soir, ce n'est même pas la peine que je te le propose ?

Tallulah baissa les yeux sur ses chaussures.

-Je travaille ce soir, tu le sais.

Je soupirai. Oui…quel idiot, me dis-je en ayant oublié ce détail tant j'étais agacé de la voir si réticente pour que l'on parte en rencard. D'ailleurs, c'était bientôt l'heure pour elle de devoir se rendre au café. Triturant sa montre, celle que je lui eus offerte au nouvel an, je la vis sourire face au cadran. Mon cœur fut enveloppé de douceur. J'étais heureux de la voir chérir cette nouvelle montre.

-Allez viens, fis-je dans un souffle tendre : Je peux au moins te déposer au café ?

Ma petite amie sourit, et posa finalement son regard aimant sur moi. Pour la rassurer, je regardai autour de nous, avant de me pencher et l'embrasser tendrement. Hésitante, elle glissa ses mains sur ma veste denim avant d'agripper les pans comme pour me rapprocher d'elle. Sur la pointe des pieds pour m'atteindre, elle colla son front contre le mien et nous profitâmes du moment avec une pure complicité qui m'eut manquée cette semaine.

Plus tard, après avoir déposé Tallulah au café je me rendis chez Leigh et Rosalya qui m'eurent invité avec Alexy pour passer un moment avec eux. Je me doutai aussi… qu'ils profitaient que Tallulah soit au travail pour se mettre au courant de certaines choses qui se répandaient comme une traînée de poudre à la fac. Je sonnai et j'eus Leigh à l'interphone. Il déverrouilla l'entrée et je pus rejoindre son appartement.

-Bonjour ! souris-je en me déchaussant tandis que Leigh me tenait la porte.

-Comment tu vas ? (Nous nous fîmes une accolade) Toujours ok pour le restaurant samedi prochain ?

-Ah bah oui, fis-je avec évidence et légèreté : Enfin…

Tallulah se refroidit de plus en plus à l'idée de sortir en groupe. Arrivé au salon je saluai la future maman au ventre qui commençait petit à petit à s'arrondir. Elle nous avait déjà montré des photos comparatives et évolutives de sa grossesse depuis le mois de novembre jusqu'à février. La différence était à la fois légère et flagrante, tout dépendait le vêtement qu'elle portait. Mais nu, on voyait que son ventre avait bel et bien pris du galbe. Je saluai Alexy qui me fit de la place à côté de lui sur le canapé.

-Comment te sens-tu ? souris-je à Rosa qui semblait avoir bonne mine aujourd'hui.

-Ça va, ça va…bon, je dois t'avouer que ça m'a fait bizarre de devoir en parler à la Directrice de ma section, mais bon, si jamais je devais rater un examen au moins je ne serais pas pénalisée.

-C'est ce que tu pouvais faire de mieux. Et votre première écho ? (J'eus un geste de recul) Enfin, c'est peut-être indiscret.

-Mais non ! Leigh est parti chercher le dossier.

-Moi je les ai déjà vu ! Alexy se tortilla sur son siège avec excitation.

-M'aurait étonné ! ris-je en voyant Leigh venir s'asseoir avec nous.

Ce fut avec une certaine fierté dans les yeux que mon ami nous raconta le déroulement de leur première échographie. Rosalya nous confirma que le bébé allait bien mais qu'il était clair qu'elle eut accumulé beaucoup de stress ces dernières semaines et le médecin lui avait fortement conseillé de lever le pied dans ses tâches quotidiennes, autant les études, la boutique que la couture.

-Pour une fois que je peux avoir un peu d'autorité, rit Leigh content d'avoir pu persuader sa compagne de prendre du repos.

-C'est bon, je sais que je dois me calmer un peu sur certaines choses. Puis, il se peut que l'on m'accorde les cours à distance, ma section propose cette option, mais…j'ai peur de péter un câble si je reste enfermée chez moi ! (Elle soupira) Dommage que Tal' travaillait j'aurais bien voulu lui montrer ce mini-pouce nain !

-Oui…enfin, (Alexy se tourna vers moi) On pourra toujours lui montrer samedi prochain.

Je souris en coin. La subtilité n'est pas son fort… Leigh comme Rosalya, me lançait un regard à la fois curieux et soucieux. Alexy se leva et proposa de préparer lui-même le thé et café pour tout le monde. Leigh l'en remercia.

-Vous êtes au courant pour…les rumeurs ?

-Difficile de faire abstraction, le Gala a fait tellement parler de lui, fit la jeune femme.

-Rosa m'a raconté que…ça commençait à monter aux oreilles du corps enseignants. C'est vrai ?

J'opinai et je leur racontai les premières crasses qu'eurent subi ma petite amie par la jalousie des élèves à la suite du succès du Gala.

-En plus de cela, les rumeurs commencent à faire parler mes collègues. J'ai une amie d'au courant, Miss Paltry, je sais que vous avez cours avec elle. Mais les autres, à part me regarder de travers, ils n'osent pas vraiment me confronter avec leurs questions. On s'était déjà pas mal disputé les uns les autres quant au faut que certains profs couchent avec leurs étudiants pour…le temps d'une aventure ! Alors, une relation sérieuse, je crains que tous aient peur de faire fumer les esprits.

-Si tu veux mon avis ils ont sûrement besoin de ça que leurs esprits fument un peu comme tu dis, gronda Rosalya : Bon, je reconnais avoir été un peu…apeurée lorsque Tallulah me parlait déjà de toi avec légèreté en faisant abstraction de ton statut d'enseignant. Ou plutôt, un enseignant de sa fac et sa section qui plus est. Je craignais que déjà que cela tourne mal, ce n'est pas comme si vous étiez dans des établissements différents.

-Je sais, murmurai-je en attrapant la tasse de thé que me servit Alexy avant de se rasseoir.

-Mais il faudra bien qu'ils réalisent que vous ne faites de mal à personne.

-C'est plus délicat que ça Rosa. Déjà, à en croire les rumeurs, Tallulah « profite » de ses rapports avec les professeurs pour s'assurer de bon retour pour sa soutenance. J'ai mangé avec Chani l'autre midi, Tallulah bossait au café. Et des camarades de leur classe nous ont rejoint et ont demandé à Chani si elle n'avait pas eu également droit à un traitement de faveur comme elles étaient amies. (Alexy secoua la tête, incrédule) Tallulah a eu des cartes de visite de certains artistes apparemment et certains commencent à croire que Chani en profite également.

-Ils vont loin, là…gronda Leigh qui stoppa son geste tandis qu'il allait prendre une gorgée de son café.

-Il est vrai que… Monsieur Lebarde est venu à parler du mémoire de Tallulah avec certains artistes devenus donateurs. Beaucoup sont venus lui poser des questions et débattre avec elle. En soit, tout le monde a parlé avec tout le monde, mais qu'une étudiante en particulier se fasse autant remarquer. Oui, la jalousie n'est jamais loin.

-Elle était l'organisatrice, ils veulent quoi ? s'outra Rosalya.

-Sa place. Beaucoup auraient voulu sa place… alors, pour tarir la sienne ils jouent sur la moquerie. Le souci étant que la rumeur source est vraie : Je sors bien avec Tallulah. Le reste, chacun étoffe et creuse l'humiliation à sa façon.

-C'est dégueulasse, souffla Alexy le regard perdu dans sa tasse fumante.

-Comment vous vivez ça ? s'enquit Leigh.

-Pour ma part, ça me fait soupirer oui. Mais je n'aimerais pas qu'on vienne m'accuser de profiter d'elle…

-Pour le moment, c'est plutôt l'inverse qui se passe, souligna Alexy : On ne lui en a pas vraiment touché mot… D'ailleurs, j'ai plutôt l'impression qu'elle évite un peu tout le monde ces jours-ci.

Ils ont remarqué… En même temps, si Tallulah se mettait à éviter les sorties cela allait évidemment terminer par se remarquer. Nous continuâmes à discuter encore un bon moment, et avant que je ne j'aille rejoindre Tallulah au café, nous nous promîmes de la convaincre de ne pas annuler la sortie de samedi. Je saluai mes amis et pris à nouveau la route pour le Cosy Bear. Enfin, ça, ce fut avant que je ne reçoive un appel de Tallulah. J'enclenchai l'option d'appel de ma voiture.

-Hé, puce ! Je suis en chemin, je passe te chercher.

« Justement, je t'appel pour te dire que t'es pas obligé de t'arrêter, j'ai pris le bus. »

-Quoi !? Toute seule ? Mais…je pensai que je devais passer te prendre !

« C'est mieux si on ne nous voit pas ensemble au café… qui sait, ça pourrait atténuer un peu les soupçons de-… »

-Je ne vais pas m'arrêter de te voir, Tallulah, m'écriai-je d'un coup : Les soupçons… Oui, on n'a sûrement mal calculé, on s'est montré bien trop confiants. Mais maintenant, il va falloir qu'on assume. Et ce n'est pas en s'éloignant des autres qu'on atténuera quoi que ce soit. C'est si on ne clarifie rien, qu'on risque de donner raisons aux rumeurs Tal'…

« Mais c'est trop tard pour essayer de clarifier quoi que ce soit Rayan ! (Elle soupira douloureusement) Anteros vient juste de retrouver des donateurs, on devrait peut-être… »

Laissant sa phrase en suspens, j'activai mon clignotant alors que je prenais la route en direction de son immeuble.

-Tu vas chez toi ou chez moi là ?

« Chez moi, on s'est prévu un petit week-end révisions avec Chani et Charly. »

-Des révisions ? Vous n'avez pas de contrôle pour le moment pourtant, votre emploi du temps est allégé avec l'approche de la soutenance.

« Justement, on voulait s'essayer à l'oral. Même si j'ai toujours l'interview avec Aria à faire, cela sera du supplément, je peux toujours préparer mon oral avec tout ce que j'ai rédigé »

-J'ai tes dernières parties d'ailleurs, je te les enverrai par mail. Mais pour la soutenance, il va falloir qu'on voie ça ensemble, ton intro est trop longue.

« Je vais voir ça avec Chani et Charly je t'ai dit… » insista-t-elle gentiment. Je fronçai les sourcils. « Tu n'es quand même pas en chemin pour chez moi là, si ? »

-Un problème avec ça … ? osai-je demander, sceptique.

« Ce n'est pas une bonne idée…on pourrait te voir et-… »

-Mais enfin, la fac entière ne connait pas nos adresses, Tal'… soupirai-je en frottant mon front dans un geste agacé : Donc Charly peut voir sa copine mais pas moi ?

« Rayan… »

-En une semaine on se voit pourquoi ? Une séance de self-defense ! On s'est toujours gardé les week-ends pour se voir, on ne va pas arrêter du jour au lendemain, si !?

Il y eut un petit silence avant qu'elle ne reprenne :

« T'as raison. Excuse-moi, c'est juste que… la semaine n'a pas été terrible. »

J'eus un pincement au cœur. Essayant de reprendre contenance, je serrai mon volant en imaginant la mine épuisée qu'elle devait arborer.

-Je sais ma chérie… (Je me pinçai les lèvres) Mais tu me fais peur quand je te vois t'éloigner comme tu le fais…

« Je ne…m'éloigne pas. Je veux juste éviter de salir ton statut. Je te rappelle que tu as une première conférence après les vacances d'hiver. »

-Salir mon statut ? Tallulah, de nous deux, celle qui voit sa réputation entachée, c'est toi… A cause de ses petits cons.

« Faut pas se voiler la face, ça t'atteindra bien à un moment… et à ce moment-là… »

J'arrivai non loin de son immeuble et je la vis assise sur les marches du perron. Elle avait le portable collé à son oreille, et son sac de sport à ses pieds. Je klaxonnai, alors que je tournai pour me garer sur son parking. Le soleil déclinait au loin et le dessin des fenêtres colorés de l'immeuble luisait par milles couleurs.

-Je-

Je l'entendis raccrocher. Puis, alors que je rassemblai mes affaires, elle apparut dans mon champ de vision, la mine penaude et un sourire amer en coin. Je verrouillai ma voiture et ouvris les bras pour l'inciter à venir s'y lover. Ce qu'elle fit en laissant tomber son sac au sol. J'humai le parfum de ses cheveux en frottant mon nez, tandis qu'elle entourait ma taille sous ma veste denim.

-Excuse-toi, murmura-t-elle, la voix grave.

-Je sais que ça te perturbe… Je me sens tellement impuissant face à ça. Mais on est ensemble, c'est l'essentiel, tu ne crois pas ?

Ma cadette grimaça un sourire qui s'évanouit.

-Souris ! fis-je en prenant son visage en coupe.

Elle ferma les yeux, semblant tiraillée entre l'exaspération et l'amusement et lâcha un ricanement.

-Mieux…, souris-je avant d'embrasser son front.

Nous arrivâmes les premiers dans l'appartement. Tallulah me proposa de passer la nuit chez elle. Elle envoya un message à Chani pour la prévenir et cette dernière s'étonna qu'elle demande confirmation, pensant d'emblée que je passerai le week-end avec eux trois, Charly en plus, depuis le début.

-J'ai une colocataire en or, gloussa Tallulah qui se changeait.

Installé à son bureau, j'examinai son dossier d'aide aux revenus qui financerait son voyage au Québec.

-Ah, t'as eu de l'aide de la CAF ?

-Oui, avec ça et l'aide de l'administration que j'ai eu droit, ça m'a remboursée mon billet. Heureusement que j'ai réservé depuis 3 semaines, les prix ont gonflé d'une traite j'aurais pu me retrouver avec un billet à 980 balles ! Bon, tu me diras, ce n'est pas le plus cher, mais quand même… (Elle fit la moue) J'suis étudiante merde…

-Et c'est toujours Aria qui t'héberge ? Non parce que…m'appelle pas en catastrophe pour me dire « Chéri viens me chercher je suis à la rue ! ». Avec le décalage horaire, t'as le temps de congeler sur place !

-Tu ne viendrais même pas m'aider ? Méchant…

-Mais si ! Je ris, remettant ses papiers à leur place, je finis par tomber sur le plan de sa soutenance.

-Woh, tu veux dire trop de choses chérie… Beaucoup, beaucoup trop de choses.

-T'as pas lu ! s'outra-t-elle en venant s'asseoir sur mes cuisses.

-Déjà, ton intro est beaucoup trop longue je te l'ai déjà dit. 3 minutes grand max pour l'intro Tallulah. N'oublie pas que tu n'as que 20 minutes et je sais que tu veux faire une ouverture sur les performeuses françaises.

-J'enlève quoi alors… ?

Nous nous penchâmes sur sa soutenance tout en préparant à dîner pour nous quatre, bien que nous attendions Charly et Chani. Ces derniers arrivèrent vers 20h, la jeune femme semblait sur les rotules après sa journée de travail.

-Ne me parlez plus jamais de vases chinois. Plus JAMAIS !

Nous rîmes sous sa mine déconfite avant de leur annoncer que le dîner était prêt. Le repas fut léger tout comme les discussions qui dévièrent sur la prise d'un rendez-vous de Chani.

-Pas encore, j'hésite à retourner la voir. La dernière j'ai cru que j'allais lui crever les yeux. M'a fait mal cette conne !

-Voilà pourquoi je le fais moi-même, puis la crème c'est nettement moins douloureux pour le kiwi.

Le kiwi ? Je lançai un regard confus à Charly qui me fit comprendre qui n'en savait pas plus que moi.

-J'ose pas les crèmes, ma peau fait pas mal de réaction à tout et n'importe quoi.

-Moi aussi, mais j'en ai trouvé une qui est mais alors tellement douce après le rinçage : Hein chéri ? me demanda-t-elle.

-Euh…bah…j-je…oui ? Vous parlez de quoi ?

-De kiwi, gloussa Charly qui manqua s'étrangler avec la gorgée de son eau.

Les filles reprirent leur conversation sans faire plus de cas à ma confusion.

-Mais elle parle de quoi ? Quel kiwi ?

-J'ai cessé de chercher et tu devrais en faire autant. (Il les hêla dans la cuisine) Hé, Tal', j'ai apporté mon jeu, je peux t'emprunter ta console ?

-Oui, oui vas-y ! s'écria-t-elle.

-Tu connais Resident Evil ? me demanda-t-il subitement.

-Euh…vaguement. Je sais qu'il y a eu des films, mais…

-Haha, pas ton truc hein ? Tu vas voir, les personnages sont intéressants en dehors de l'histoire un peu glauque.

Charly m'expliqua rapidement l'histoire de la licence. Je n'étais pas tellement jeu vidéo, mais pour ce soir j'étais prêt à faire une exception. Charly était vraiment quelqu'un de calme, cela jurait tellement avec le caractère électrique de son meilleur ami Camille et celui un peu plus rentre dedans de Kelly. Pendant qu'on attendait le chargement du jeu, il sortit un casque de réalité virtuelle et cela m'intrigua.

-Tu veux essayer ? me sourit-il, malicieux.

-Euh…à toi l'honneur, fis-je peu confiant quant au scénario un peu lugubre du jeu.

-Ok, on switchera au pire.

Il s'installa à côté de moi et nous continuâmes à plaisanter devant le jeu. Charly apporta un brin de légèreté entre les « jumpscares », et sortait une plaisanterie pour détendre l'atmosphère tant nous étions stressés l'un comme l'autre.

-Tu peux m'expliquer comment la jambe se soigne si rapidement avec une bouteille d'eau oxygéné de la pharmacie du coin ?

-Haha ! Ne raisonne pas logiquement dans ce type de jeu, ça ne sert à rien, gloussa-t-il.

-Non mais on me coupe la jambe comme ça avec une pelle, mais il me faut plus d'une bouteille oxygénée pour m'en remettre, ricanai-je avant de demander aux filles où elles étaient.

Les voyant sortir de la salle de bain, démaquillées et en tenue de nuit, elles vinrent à nous, chacune se lovant contre son petit ami respectif.

-Alors, le kiwi est tout frais ? gloussa Charly.

-Ah, je dois avouer que la crème de Tallulah est pas mal.

Me sentant un peu à côté de la plaque, je restai muet. Après une partie de Resident Evil, pendant laquelle Tallulah m'agrippa plus d'une fois la cuisse qu'elle lacéra à cause du casque qu'elle eut testé, nous partîmes nous coucher. Seul avec ma chérie, j'osai lui demander.

-C'est quoi cette histoire de kiwi ?

-Haha, sérieux t'as compris ? (Elle haussa un sourcil, l'ai enjôleur) Pourtant, j'ai cru comprendre que t'aimais bien ça.

-Qu'est-ce que…

Je me tus alors qu'elle commençait à faire glisser son short de nuit. Sur le moment, je me dis qu'elle se déshabillait pour venir au lit, elle qui ne supportait que moyennement les vêtements tant elle remuait parfois. Mais lorsqu'elle vint se poser à califourchon sur mon bassin, un sourire charmeur s'étira sur mes lèvres. Je vois que je ne suis pas le seul à qui ça a manqué, me dis-je, émoustillé, en mon for intérieur. Elle se pencha vers mon visage et chuchota : « T'es vraiment sûr de ne pas savoir ce que c'est ? »

Et étrangement, lorsqu'elle fit glisser son sous-vêtement le long de ses jambes et que le fruit défendu se retrouva nu devant moi. Je me dis qu'effectivement, le kiwi était l'un de mes fruits préférés. À la suite de notre étreinte libidineuse, nous nous retrouvâmes dans les bras de l'autre, tous deux encore éveillés. Ma tête reposait contre son sein gauche et je pouvais entendre son pouls paisible. Les yeux clos, je savourai les caresses qu'elle me prodiguait dans les cheveux.

-Je pourrais venir avec toi au Québec… susurrai-je.

-C'est trop proche de la rentrée. Imagine qu'il y a un empêchement, tu pourrais avoir du retard pour les cours.

-Je serai excusé… je veux dire, les retards des transports publics, ça rentre dans les excuses acceptées pour les absences et retard, de même pour le corps enseignant, gloussai-je.

-Oui, enfin, on serait tous deux en retard, et là…

Je haussai les sourcils avec évidence.

-Dis comme ça… (je vins m'étendre sur elle, le visage contre son cou) Tu dois être contente, depuis le temps que tu voulais visiter le Québec.

-Oui ! Enfin, le séjour sera bien trop court pour faire autant de visite que je veux mais j'essaierai de me promener un peu. Tu as déjà mis les pieds là-bas ?

-Non, mais j'aimerai beaucoup y aller aussi. (Je levai les yeux sur elle) Avec toi, si possible.

Ma cadette embrassa mon front avec amour. Soudain, elle me demanda :

-Tu veux des enfants ?

J'écarquillai les yeux avec stupeur et vint croiser son regard dans la lueur bleuté de la lune qui filtrait par les dessins de sa fenêtre. Une joyeuse carpe dans le salon, un élégant papillon dans la chambre de Chani et une délicate plume pour Tallulah. Les jeux d'ombres et de lumière tapissaient son rideau et le sol par un rai lumineux.

-T-Tu demandes ça à titre d'information ou bien… ?

-Je ne sais pas ce que je veux faire après le Master… Tous les jours, j'épluche différentes possibilités mais rien n'attise mon intérêt. J'aime étudier l'art, mais les métiers qui y débouchent, pas vraiment. Je voulais…Vraiment étoffer ma culture dans ses études et j'ai fait des stages incroyables et j'ai rencontré vraiment beaucoup de belles personnes avec des points que nous avons en commun. Mais voilà… Je vais faire quoi après ?

Sentant qu'elle n'avait pas terminé, je restai silencieux, et attentif à son épanchement soudainement très amer. Je savais qu'elle doutait parfois pour la fin de ses études. Je me disais, qu'après toutes les propositions de ses artistes pendant le Gala, cela lui passerait mais j'ai l'impression que ça n'avait fait qu'empirer.

-Je me dis…que toi, tu vas continuer à avancer. Et moi, si on est toujours ensemble… je ferai quoi ? Je me vois mal avoir des enfants, les éduquer, leur offrir un avenir alors que je ne sais même pas m'occuper du mien.

Mon cœur se serra.

-Tu… Je n'ai jamais eu de souci avec ton âge Rayan, mais il faut se l'avouer. Je reste plus jeune et…

-Tallulah, repris-je avec douceur : On n'en est pas là.

-J-je sais… (sa voix se gorgea d'émotion) Merde, soupira-t-elle, agacée de se savoir en larmes.

Je vins l'étreindre non sans lui dire qu'il fallait qu'elle se laisse aller plutôt que de tout garder pour elle.

-Tu veux savoir si je veux des enfants ? Honnêtement, j'y ai songé. Oui, je me vois être père. Mais pas maintenant. Comme tu dis, j'ai encore du chemin à faire et je me plais dans mes recherches. Je me suis toujours dit, si je devais avoir des enfants un jour, je voudrais être le plus présent pour eux, et pour le moment, je n'aurais pas vraiment l'occasion de m'occuper d'eux.

-Mais t-tu… Si le jour où tu te sens prêt…je ne le suis pas… ? pleura-t-elle à gros sanglot.

-Tallulah, Tallulah calme-toi.

Elle est… comme inconsolable depuis ce Gala…Pourquoi !? J'allais finir par paniquer autant qu'elle à rester sans réponse avec toujours plus de questions qui fleurissaient de jour en jour et ses larmes qui coulaient à l'en épuiser. Puis, je réalisai les sous-entendus de ses paroles. « Si le jour où tu te sens prêt…je ne le suis pas… ? »

-Tallulah…tu…tu nous vois avoir des enfants ensemble ?

Elle s'exclama, presque outrée :

-Avec qui d'autre !?

Sans pouvoir me contenir je souris, et ris avec allégresse. Ma cadette me toisa curieusement, en séchant ses larmes, et elle me demanda ce qu'elle venait dire d'amusant.

-Rien, ris-je : Rien d'amusant ! Mais tellement…

Tellement porteur d'espoir et de projets d'avenir. Ces projets ne se réaliseraient pas maintenant, tant nous n'étions pas prêts l'un comme l'autre. Mais de savoir, qu'un jour nous en reparlerions avec sérieux, avec tendresse, avec doute, et enfin avec assurance… Cela m'emplissait d'une joie sans pareil. Nous finîmes par nous endormir. Tallulah fit une petite grâce matinée, et nous la laissâmes dormir.

Je retrouvai Charly et Chani dans le salon en train de petit déjeuner. Je les saluai et Chani me proposa du café et m'autorisa à faire comme chez moi.

-Je prends un petit déj' avec le professeur Zaidi. Tu parles d'un scoop, taquina Charly en s'étirant sur sa chaise.

Je gloussai et partis me faire griller du pain dans la cuisine.

-Ils sont sérieux… ? entendis-je venir de Chani qui paraissait quelque peu scandalisée.

-Elle a facebook ?

-Non…mais je sais pas si on va devoir lui montrer ça…

-On ne peut pas lui cacher, attend, faut le signaler au dirlo là…

Délaissant mes tartines, je revins à eux dans le salon et tous deux rougirent en me voyant. J'arquai un sourcil interrogateur, et sans que je ne pose aucune question, Charly se leva, son portable en main et me le mit sous les yeux. Il fit défiler la file d'actualité de la page de la fac, et une multitude de publications concernant l'article du Gala étaient raillées par des moqueries et des GIF humiliants qui représentaient ma petite amie avec le Directeur dans des mises en scènes obscènes et dégradantes. Là c'en est trop…

-Je peux t'emprunter ton ordinateur Chani ? Je pense qu'il est grand temps d'en toucher deux mots au Directeur avant qu'il ne s'en rende compte lui-même.

-Mais, et Tallulah ?

Je serrai les dents. Je resongeai à son état de ces trois dernières semaines. Et cela fut de mal en pis au point de se poser des questions existentielles qui la rongeait sérieusement tandis que pour certaines, il était sûrement tôt pour elle d'y songer. De plus, elle culpabilisait de plus en plus, quant au fait de s'être montrée si confiante quant au déroulement de notre relation, et ce, depuis notre première rencontre. Cependant, remonter la course du soleil était impossible, à moins d'assumer notre insouciance du début, je ne voyais pas quoi faire d'autre.

-Mais, Tallulah « quoi ? » entendîmes-nous provenir du couloir.

Chani s'était levée de table, un peu fébrile et elle vint nous rejoindre Charly et moi. Tallulah était là, et avait un sourire curieux mais face à notre retenue à lui répondre et sûrement à la stupeur de la savoir levée au pire moment de notre échange, elle s'approcha de nous avant même que Charly ne puisse ranger son portable.

-Tal'… commença-t-il en éloignant l'écran : T-tu devrais pas…

-T'es sérieux ? murmura-t-elle un peu froidement. Je fis un signe concis du menton à Charly pour qu'il lui montre la page.

A reculons, il le fit et Chani vint masser d'un geste réconfortant le dos de son amie qui lisait certains des messages. Quand je me rendis compte qu'elle était partie pour tout lire, j'éloignai le portable de ses mains et Charly le remit dans la poche de son jogging.

-Au moins, certains ont tout de même trouvé ça débile, soupira ma cadette en partant dans la cuisine.

-Tal'… l'appela doucement Chani.

Mais Tallulah fit un geste pour la repousser. La jeune femme aux mèches roses insista, parvint à retourner son amie face à elle et l'étreignit tandis que Tallulah se laissait glisser le long de l'encadré de l'arche. Cela me retourna l'estomac… Tiraillé entre la colère, le dégoût et cette fichue impuissance qui me rongeait, je m'accroupis près des filles et Chani se décala juste d'un cran pour me laisser entrevoir le visage de ma petite amie. Elle avait des cernes et son regard bicolore était terne comme vidé de toutes larmes à force d'en avoir versé ces derniers temps.

-J'en ai marre, chuchota-t-elle en croisant mon regard, la gorgé nouée : On fera quoi lorsque ça t'atteindra ? Hein… ?

-Déjà, on va envoyer un mail au Directeur. Il faut que ces gamineries cesses. Jalousie, j'entends bien, mais humiliation ? Cela non.

Elle alla répliquer et sachant d'emblée ce qu'elle allait dire, je la coupai en poursuivant, quitte à hausser un peu le ton.

-J'ai bien compris que tu ne voulais pas en parler ! On n'en parlera pas au Directeur, quitte à mentir fermement sur ce qu'il… aura pu entendre ou encore lire sur la page de la fac, on avisera…aussi intelligemment qu'on le pourra. Mais tu sais ce que cela voudra dire… ? Qu'on n'aura vraiment plus aucune liberté, puce… Le café, nos sorties…

Chani fronça les sourcils, l'air agacé.

-C'est ce que je te répète depuis des jours ! s'épuisa Tallulah.

-Mais ça te convient !? m'outrai-je un peu.

-Oui !

L'insistance de sa réponse et du désespoir dans sa voix me fendit le cœur. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle réponde avec tant de ferveur, et sans hésitation tangible dans sa voix. Je serrai les dents au point dans crisper les muscles de ma mâchoire…

-Je vais envoyer un mail à Culann…

Laissant mes cadets dans le salon, je partis dans la chambre de ma petite amie à qui j'empruntai l'ordinateur portable. Connaissant son code, notre date d'anniversaire de couple, j'ouvris son bureau et utilisai le navigateur. C'est vraiment ce qu'elle veut ? Entrant les mots clés de ma boîte mail personnelle, je me préparai à écrire un mail au Directeur dans l'optique d'avoir un entretien avec lui le plus tôt possible. Je savais qu'elle voulait faire attention…mais de là à ce qu'on en arrive à ce stade ? J'appelai Charly, lui demandant de m'envoyer des screens de la page facebook de la fac. Je lui assurerai que je couperai son prénom et son nom de famille, ce que je fis en toute honnêteté. Mon cadet resta avec moi.

-T'encaisse comment… ?

-Mal, dis-je, franc.

-Hé, Chani et moi sommes prêts à faire fermer quelques clapets…

-Cela pourrait envenimer les choses. Tallulah veut mentir, on va mentir… dis-je un peu froidement en rédigeant mon mail.

J'entendis Charly soupirer longuement.

-Ne lui en veux pas, ell-

-Je ne lui en veux pas ! m'emportai-je un brin en me tournant vers lui : Mais…D-depuis le début de notre relation, c'est grâce à elle si on a su aller si loin sans se morfondre et on a assumé pleinement notre couple. (Je tournai face au bureau, faisant grincer la chaise) Je ne nous voyais pas devoir faire machine-arrière si brutalement. Je sais pas…depuis le Gala… (Je secouai la tête) On avait une occasion en or de faire éclater la vérité sans que cela ne nous pèse. Elle s'est braquée, elle a refusé…

-C'est-à-dire ? Quelle occasion ?

-Tu dois être au courant non ? Mon beau frère est Léon Van Fenema.

-Ah oui ! Oui, ça fait parler ça aussi… Et tu voulais t'appuyer sur son soutien ?

-Il était prêt à le faire.

Un silence s'immisça entre nous. Puis, après avoir pris une profonde inspiration il reprit :

-Cela…n'aurait pas été pire pour elle ? Le seul que ça aurait sauvé, c'est toi. Mais pas Tal'…

Ne comprenant pas bien, je fronçai les sourcils et l'interrogeai curieusement du regard, ma tête par-dessus mon épaule.

-Les élèves qui s'en prennent à elle, pensent déjà qu'elle profite de ton influence et de celle du Directeur avec…enfin, en couchant avec vous… Il y a des risques que ça t'atteigne aussi. Là-dessus, c'est triste mais ça va te tomber sur le coin de la gueule, dit-il sans demi-mesure : Mais dans la situation que tu m'exposes, le seul qui aurait eu une protection c'est toi, tout le monde se serait écrasé après avoir appris que tu es le beau frère d'un mannequin huppé. D'ailleurs… je trouve que tu passes à travers les mailles du filet trop rapidement. Avant le Gala, vos deux noms sortaient dans les rumeurs, là, on ne parle plus que de « Tallulah ceci », « Tallulah cela… ». Alors, imagine deux-secondes Rayan. Juste, deux secondes, si vous aviez fait « éclater la vérité » comme tu dis… (il eut un geste de recul) Prends pas mal ce que j'dis, hein, tu fais ce que tu-

-Non, non mais continue Charly…lui dis-je gentiment, commençant malheureusement à comprendre où il voulait en venir.

-Si tout le monde savait pour vous deux, maintenant qu'ils savent pour Van Fenema et toi, déjà que beaucoup ragent de ne pas avoir eu le droit à un entretien privé comme Tallulah a pu avoir avec certains galeristes, mais là… savoir qu'elle pourrait approcher le mannequin des Studios Arles comme elle l'entend, imagine un peu le carnage. (Il secoua la tête et passa une main dans ses cheveux longs décoiffés) A sa place, pas sûr que j'aurais accepté non plus…

Semblant m'être pris une gifle, mon regard se perdit dans le lointain de mes pensées. J'ai été trop sûr de moi… Je manquai cruellement de recul depuis m'être ainsi libéré de mon passé et de la promesse faite à Dana. Finalement, le monde eu beau avoir changé, certaines choses restaient les mêmes.

Quand l'amour dérangeait, le monde nous le faisait savoir.

A suivre…