[Petit mot d'avant lecture: Cette semaine, seulement un seul chapitre ! Il est écrit à la 3eme personne, alors préparez-vous à une petite gymnastique syntaxique x) Aujourd'hui, anniversaire de Tallulah ! (enfin dans la fic) Petit instant tiraillé entre la douceur et l'amertume avant le prochain chapitre peu réjouissant...:(

Je vous souhaite une bonne lecture ! ]


Le discours du Directeur aura eu le mérite de calmer plus d'un esprit, même celui des moins concernés dans toute cette sordide histoire de montage photo. Tallulah, avec le soutien de ses amis, avait pu finir sa journée de cours sans encombre. Mais également sans échanger une seule fois avec Rayan, que ce soit à l'angle d'un couloir, à la BU, à la fin du cours, à la cafétéria ou par sms. Pourtant… « Tu étais blanche… As-tu mangé ce matin ? Tu devrais rentrer te reposer, ne force pas trop. » Il s'était fait du souci, mais Tallulah n'avait rien répondu. Même cela, l'effrayait. Que quelqu'un s'aperçoive qu'elle et Monsieur Zaidi entretenaient une conversation par messages. Le soir venu elle alla faire ses heures au cosy bear. De son côté, Rayan terminait la correction de devoirs pour les premières années, installé à une table dans la salle des professeurs.

Tout en entrant les notes dans la grille évaluative transférée à l'administration qui se chargeait de remplir les dossiers semestriels, il fit dévier son regard sur son écran de portable dans l'espoir de pouvoir y lire un nouveau message de Tallulah. Mais les heures passèrent et il n'eut toujours rien. Pour ce soir, Rayan décida de prendre sur lui, n'insista pas. Il ne rejoignit pas non plus Tallulah au café, bien qu'il en mourrait d'envie. Elle était si…blême, après l'intervention de Culann.

Lorsqu'il jugea qu'il était bien trop tard pour poursuivre ses corrections, Rayan sortit son carnet afin de noter sa progression et se laissa un mémo se rappeler sa date butoir d'entrée des notes. En ouvrant le carnet, des pages se tournèrent et il remarqua que deux étaient collées entre elles. Fronçant les sourcils, il glissa ses doigts pour les séparer et fit tomber un post-it bleu. Son cœur rata un battement. Son anniversaire… Il s'agissait du post-it qu'il eut glissé dans son carnet le soir où il rendit visite à Tallulah à l'hôpital. Etant donné que son anniversaire n'apparaissait pas sur le calendrier, il voulut « rectifier » cela par une note au marqueur.

-Comment je vais pouvoir la convaincre de venir à la soirée de samedi ?

Rosalya et leurs amis avaient dans l'optique de célébrer l'anniversaire de Tallulah au restaurant, sous couvert de l'excuse trouvée qui était célébrer le premier trimestre de la grossesse de Rosalya. Tout cela se déroulerait le 2 Mars, le soir même de leurs vacances d'Hiver.

-Elle n'acceptera jamais s'afficher avec en public avec moi après ce qu'il vient de se passer avec le Directeur, soupira-t-il. Aussitôt, il se gifla intérieurement, se souvenant où il se trouvait.

Rayan balaya nerveusement la salle autour de lui, heureusement, plus personne n'était là. Et il finit par quitter les lieux également. A pied sur le chemin du retour, aussi court était son trajet il se dit qu'il faisait bien froid ce soir pour être dehors. En chemin, il tomba sur Hyun qui retournait au Campus.

-Oh, salut, sourit le plus jeune.

-Bonsoir, Hyun. Rayan s'approcha pour lui serrer la main. Presqu'aussitôt, il retira sa main comme s'il s'était brûlé : T-tu ne veux sûrement pas être vu avec moi, toi non plus… s'inquiéta-t-il.

Hyun courba ses sourcils avec une pointe de dédain et de stupeur et dit.

-Je ne suis pas du genre à me laisser marcher sur les pieds, si quelqu'un a un problème avec le fait que je sois ami avec un professeur, qu'il vienne me le dire.

Rayan pouffa, tiraillé entre l'attendrissement et l'exaspération. Elle réagissait comme lui avant…

-Tu dis ça à cause de Tallulah ? s'inquiéta Hyun.

-Ouais, elle…se méfie de tout, ces jours-ci.

-Oui, ce soir elle n'a pas cessé de vérifier l'activité à la porte du café. Quand je lui ai demandé ce qui la rendait nerveuse, elle m'a répondu qu'elle guettait ton arrivée.

-Elle m'attendait ?

Hyun secoua la tête, avec une mine navrée sur le visage : Je croyais que c'était ça, mais non. Elle espérait justement que tu ne viennes pas…

-Bien, je ne suis plus le bienvenu au Cosy Bear… (Il haussa les sourcils, presque vexé) Super.

-Rayan, viens quand tu veux venir. J'ai dit à Tallulah qu'on n'allait pas perdre un client pour des idiots qui vont se faire poursuivre en justice et renvoyer d'Anteros.

Soupirant profondément et avec une pointe de lassitude, Rayan expliqua qu'il craignait que le rendez-vous avec le Directeur fût bien plus en cause que ces immaturités publiées sur la page Facebook de la fac. Le plus jeune fronça les sourcils et avoua que son amie été restée bien secrète à propos de cette entrevue. Le professeur lui expliqua tout dans les détails, pas tant pour éclairer son ami mais sûrement pour se confier un peu. Il savait qu'il en reparlerait avec Leigh, qui se faisait beaucoup de souci pour Tallulah et lui, mais mettre Hyun dans la confidence de ses doutes…Ce n'était pas la première fois qu'il le faisait, et les deux hommes avaient un lien qui ne pouvait être compris par personne d'autre. Leur rivalité subjective les rendait complices malgré tout.

Ils finirent au parc, assis sur un banc, sous la lumière d'un lampadaire qui faisait danser les papillons de nuits sous son halo artificiel. Il arrivait parfois que l'on entende des clapotis provenant de la rivière, sûrement un animal qui la longeait.

-C'était la première fois… Qu'en m'appelant « Monsieur », j'ai eu l'air d'un étranger pour Tallulah. (Rayan avait un genou plié, le pied sur l'assise du banc, et sa tête reposant sur la rotule) Elle qui… m'a toujours fait subtilement savoir qu'elle me voyait comme un homme à part entière, elle me parlait d'égal à égal… je n'aurais jamais pensé qu'elle réinstalle une « hiérarchie » entre nous… Pas alors qu'on sort ensemble.

Hyun hocha la tête avec entendement, les mains jointes entre l'écart de ses jambes tandis qu'il regardait évasivement ses chaussures, à l'inverse de son oreille, attentive.

-Je ne m'attendais pas à cela, avoua le plus jeune : Je suppose, qu'on ne fêtera pas son anniversaire Samedi ?

-Je ne sais pas… Mais je crains qu'elle ne trouve une excuse pour se défiler et nous laisser en plan.

-Et si on lui dit la vérité ? Si elle apprend qu'on organise cette soirée pour elle, Tallulah acceptera sûrement, non ?

Rayan haussa une épaule.

-Qu'importe, elle ne voudra pas s'afficher en public avec moi. Soit, je devrais rester chez moi, soit c'est elle qui ne viendra pas… Et fêter l'anniversaire de ma copine sans que l'on soit ensemble, merci mais non merci.

-Forcément, murmura Hyun, penaud : Je ne pensais pas qu'elle réagirait ainsi. C'est étonnant, elle qui semble toujours se battre pour ce qu'elle veut.

Son aîné réagit aussi en croisant son regard, s'emportant un peu :

-Mais voilà ! J-je… (il soupira) Je suis persuadé qu'il s'est passé quelque chose au Gala…, se confia-t-il en se massant le visage comme si ce geste aurait la force de balayer ses soucis.

-Comment cela ?

-Elle était prête à venir avec moi voir le Directeur afin de tout lui révéler sur notre relation. D'autant plus que des élèves nous avaient déjà vu nous embrasser et que ça se répandait comme une traînée de poudre aux oreilles de mes collègues qui commençaient à me poser des questions. (Il secoua la tête, l'air décontenancé) Puis… bien que je réalise maintenant que ce n'était pas une si bonne idée, je voulais user de l'influence de mon beau-frère afin d'obtenir les faveurs de Culann. Mais je ne sais pas… quand j'ai retrouvé Tallulah à la salle de Réception, elle était blême, et m'a supplié, en larmes, de ne rien dévoiler au Directeur. Et depuis le Gala, elle ne cesse de prendre ma carrière comme argument.

Hyun donna une tape amicale sur l'épaule de Rayan.

-Comprends-là, je ne me sentirais pas non plus à l'aise de savoir que la personne que j'aime risque de tout perdre par ma faute…

-Mais je le sais très bien ! hurla subitement Rayan en prenant son visage entre ses mains avant de fondre en larmes : Je le sais mieux que personne…sanglota-t-il.

Confus, Hyun le regarda d'abord avec une pointe d'embarras, pas tant face aux larmes de Rayan, mais très craintif d'avoir dit ou fait quelque chose qui aurait pu le mettre dans cet état. Pour la première fois depuis longtemps, Rayan se laissa aller à côté d'un homme qu'il eut envié pendant des mois… et qu'il enviait encore beaucoup en cet instant. Tout cela ne serait jamais arrivé avec Hyun… Elle n'aurait pas versé autant de larmes avec lui… se répétait-il en son for intérieur, pris de spasmes qui entrecoupaient sa respiration. « C'était une erreur…Tu étais une erreur, Rayan. »

Comme s'il recevait un coup à l'estomac, Rayan fut pris d'une violente nausée qu'il ne put réprimer. Portant une main à sa bouche, il se leva du banc et, ne sachant où trop se rendre, il déversa son mal-être au pied d'un arbre. Affolé, Hyun bondit de sa place et vint soutenir son ami qui s'était laissé ronger par l'angoisse, depuis plusieurs jours.

-D-déso-..hmpf… !

-T'excuse pas ! Laisse aller, Rayan, laisse aller ! le rassura-t-il du mieux qu'il pouvait, sans jamais cesser de masser son dos avec fermeté.

Une fois plus ou moins calmé, Rayan alla se rincer aux toilettes publiques, se faisant guetter par un Hyun qui lui maintenait la porte afin de laisser l'air frais de la nuit chasser un brin l'odeur nauséabonde à l'intérieur. Secouant ses mains humides, Rayan ressortit, et se laissa guider par Hyun qui le fit s'asseoir à nouveau sur le banc.

-Hé, ça va mieux ? s'inquiéta-t-il : Eh beh dis-moi, quand tu te prends une race, tu fais pas semblant !

-Castiel, sort de ce corps…pouffa Rayan qui essuyait ses mains encore ruisselantes d'eau contre son jean : Pas vrai, ils ne connaissent pas le papier hygiénique ?

-Le jour où t'en auras dans cette cabine, on sera déjà tous à la retraite.

Se remettant de ses émotions, l'enseignant chercheur renifla bruyamment comme pour ravaler ses dernières larmes et regarda autour d'eux.

-Merci, Hyun… et encore désolé, pour ça.

-Bah, à ce qu'il paraît, tu m'as aidé à me rhabiller après mon « joyeux strip-tease » du jour de l'an, on va dire qu'on est quittes.

Il eut un paisible silence, que l'aîné brisa dans une confidence douloureuse.

-Ma première petite amie était une enseignante chercheuse en fac.

Hyun, qui s'était mis à regarder virevolter les papillons de nuit autour du lampadaire, vint poser son regard confus dans un lent mouvement de tête qui semblait correspondre à la vitesse à laquelle l'information se relia à son cerveau. Sans voix, il incita indirectement Rayan à poursuivre. Et ce fut ce que fit ce dernier… Après Tallulah, il ne pensait pas en reparler un jour, pourtant… la douleur à ses tripes de plus tôt lui fit prendre conscience qu'il était bien autant touché que Tallulah par tout ce qu'il se passait autour d'eux depuis trois semaines. Après tout… Je suis en train de revivre ce même cauchemar.

Et une fois encore, il voyait impuissamment la femme qu'il aimait être la cible de la jalousie d'autrui et souffrir de leur intolérance.

-Elle a tout perdu par ma faute, Hyun…Et jusqu'à la toute fin, elle m'en a voulu. Mais à cette époque encore, j'étais celui qui échappait à la vile cruauté des plus fermés d'esprits. Je n'ai rien pu faire… Et aujourd'hui je… (il secoua la tête, désespéré) Je ne sais pas quoi faire non plus.

Encore troublé par la révélation de son ami, Hyun observait celui-ci avec une pointe d'amertume et de compassion. Son cœur s'était serré tout en long du récit. Puis, faisant abstraction de sa gêne, il revint s'asseoir à côté de Rayan qui dissimulait son visage au creux de ses bras, replié sur les coudes, posés sur ses cuisses, les mains perdus dans ses cheveux qu'il tirait avec force.

-Est-elle au courant ? demanda-t-il à voix basse : Tallulah…

Son aîné eut seulement la force d'opiner du chef.

-Dans ce cas je crois comprendre ce qui la pousse à mettre autant de freins à votre relation.

Curieux et presque blessé, Rayan interrogea d'un regard son jeune ami.

-Tu sais comme moi, à quel point elle peut garder les choses pour elle. Cependant, elle a toujours très bien analysé les personnes qui l'entoure et a toujours adapté son comportement en fonction de la sensibilité de ses proches. Elle ne me gronde pas autant que Castiel quand je commence à montrer un peu trop curieux, ou ne blague sur les mêmes choses avec moi qu'avec Alexy qui est plus rentre dedans. Pourtant, elle sait rester honnête et spontanée avec tout le monde. Mais tu sais comme moi, qu'elle est capable de se faire mal pour les autres. Souviens-toi, il y a quelques mois, elle et moi nous sommes disputés car elle ne tenait pas à se faire aider au café, de peur que je me fasse trop réprimander par Clémence. A une échelle différente, elle fait avec toi ce qu'elle a fait avec moi. Elle souffre pour t'éviter de te faire « réprimander » par le Directeur.

Comme une évidence, Rayan écarquilla les yeux en se souvenant de leur querelle passée, et laissa Hyun poursuivre, non sans rester attentif à ses mots.

-Si par-dessus le marché, tu l'as mise dans la confidence à propos de Dana, il n'y a, en mon opinion, rien d'étonnant à ce qu'elle te repousse autant. Ou plutôt, qu'elle s'éjecte elle-même de votre relation. Elle se fiche d'être vue avec toi, mais elle craint que tu sois vu avec elle. Elle n'en a rien à faire de ses montages-photos, du moment que ton visage n'est pas dessus. Elle essaie, consciemment ou pas, de faire ce que tu n'as pas pu faire avec Dana : te protéger.

Perdu dans le lointain de ses songes, Rayan laissa son regard se poser sur un point invisible au sol, et, silencieuse, sans sanglots ni brûlure, une dernière larme se décrocha de ses longs cils bruns, et vint se faire absorber par la fibre de son jean.

-Qu'est-ce que je peux faire pour la faire revenir près de moi ? Sans crainte…

Sa voix semblait aussi lointaine que son regard et le timbre grave et rauque d'épuisement.

-Montre lui que ton travail compte autant que ta relation…

-Tu vas me trouver « too-much » mais je suis bien trop romantique pour faire passer mon travail avant ma petite-amie.

Hyun sourit en coin et baissa les yeux sur les plis de son hoodie.

-Si t'es too-much alors qu'est-ce que je suis, marmonna-t-il plus pour lui-même que pour Rayan : Quoi qu'il en soit, reprit-il après s'être redressé : Prouve-lui que tu peux porter et ton travail, et votre relation. Tallulah endosse rapidement la responsabilité d'une relation. Il n'y qu'à voir tout ce qu'elle a fait pour Lysandre…

-T'es au courant ? s'étonna le plus âgé.

-Alexy et Rosa m'en avaient un peu parlé, et Tallulah est venue à se confier d'elle-même alors qu'on discutait lors de la fermeture du Cosy Bear, il y a pas mal de semaines maintenant…

Rayan ne fit qu'hocher la tête avec entendement en se remettant à contempler le sol et leurs ombres qui s'étendaient de biais, devant eux.

-C'est dingue à quel point tu la connais aussi bien que moi…

-C'est faux, ricana Hyun : Tu la connaîtras toujours mieux que n'importe qui, si tu restes aussi réceptif à ses changements, à ses émotions, à ses joies et ses craintes. Et si elle reste en confiance, elle t'en montrera toujours plus à toi qu'aux autres. C'est juste… Que part moment vous serez perdu et un œil extérieur ne sera pas de trop. Comme tout le monde sûrement ? (Il secoua ses mains devant lui) Je ne veux pas jouer les intrusifs, mais t'avais l'air d'avoir besoin de soutien alors-

-Merci, sourit Rayan, avec une sincérité qui déstabilisa le serveur : Vraiment. De m'avoir écouté…et de prendre soin de Tallulah quand je n'ai pas les moyens de le faire, merci.

-Je veux simplement faire honneur au soutien qu'elle m'apporte tous les jours depuis qu'on s'est rencontrés. Tu le sais qu'elle m'est précieuse, et même si je n'ai pas le privilège d'être à ta place, je sais que je compte pour elle et je veux qu'elle le ressente également. Je veux qu'elle sache, qu'elle compte pour moi également, s'épancha Hyun le visage légèrement teinté de rouge.

Attendri, Rayan sourit en coin et vint ébouriffer les cheveux lisses et noir ébène de son cadet qui rouspéta en agitant ses mains avec agacement.

-Hé ! Tu m'as pris pour ton frère ou quoi ?

-Houlà non ! pouffa Rayan en rangeant ses mains dans ses poches : Vous êtes bien trop différents.

Curieux par cette remarque, Hyun lui demanda comment était sa famille. Ils étaient venus à en parler un peu, pendant les vacances de Noël. Rayan en parla vaguement, un peu trop épuisé pour discuter de son frère et ses sauts d'humeur. Mais il se laissa aller à une anecdote qui les fit sourire tous les deux. Soudain, Rayan reçut un message tout comme Hyun quelques secondes après.

-Tallulah ? firent-ils en chœur et ils se surprirent simultanément.

Hyun, qui avait été de fermeture, avait promis à Tallulah de lui envoyer un message une fois entré au campus. Ce qu'il n'avait pas fait comme il était toujours dehors. De même pour Rayan, qui devait la prévenir lorsqu'il quitterait la fac. Près d'une heure s'était écoulée, et les deux hommes avaient fini par faire s'inquiéter la jeune femme qui leur demandait s'ils étaient bien rentrés. Se jetant un regard complice, ils se demandèrent quoi pouvoir lui répondre.

-Qu'on s'est croisé et qu'on a discuté ?

-Oui, tout simplement, pouffa Hyun qui envoya un texto à Tallulah, imité par Rayan : on va se rentrer ?

-Oui, nous savoir si tard dans les rues risquerait de l'inquiéter. Vu nos carrures on ne risque pas grand-chose, mais ne l'alarmons pas plus que de raisons. (Rayan se leva) Je te raccompagne jusqu'au campus.

-T'es sûr ? s'enquit Hyun : Ce serait plutôt à moi de te raccompagner non ? Tu te sens mieux ?

-Suffisamment pour m'assurer qu'un étudiant rentre sain et sauf chez lui ! (Il lui fit un clin d'œil) Surtout un ami.

Tendrement amusé, Hyun secoua la tête et suivit son aîné qui s'assura qu'il trouve bien l'enceinte de la fac sans encombre. Après un salut de tête, Rayan reprit son bonhomme de chemin jusqu'à son immeuble. Dans l'ascenseur, il envoya un message à Tallulah afin de lui dire qu'il était enfin arrivé. Craignant qu'elle ne dorme déjà, vu l'heure tardive, il replongea son portable dans sa mallette sans espérer de réponse, pourtant, sa petite amie l'appela. Faisant tomber ses clés dans la hâte, il décrocha, se cogna le coude contre la barre de maintien pour les personnes handicapées et ramassa ses clés.

-Puce ? Tu dors pas ?

« Haha, non… Je ne trouvai pas le sommeil. »

-Oh, pourquoi ? Tu vas bien ?

« Maintenant que je sais que toi et Hyun êtes bien rentrés, oui, je vais bien… »

Rayan pouffa, secouant la tête comme pour chasser son embarras.

-Pardon…on ne pensait pas traîner autant.

« T'inquiète, je te faisais pas une crise, tu fais ce que tu veux, mais j'attendais ton sms, je commençais à m'imaginer des trucs un peu chelous, je crois qu'il faut que j'arrête de jouer aux jeux de Charly », rit-elle.

-Pour avoir connu des femmes qui me faisaient des crises je sais très bien que tu n'en faisais pas, sourit Rayan en entrant chez lui. Il y eut un silence un peu gênant pendant lequel il en profita pour retirer son blouson et ses chaussures.

Se mordant la lèvre, il ne sut quoi trop lui dire. Finalement, ce fut Tallulah qui brisa le silence.

« Pour ce matin… ce n'était pas contre toi. »

-Je sais, murmura-t-il, toujours planté dans l'entrée, une épaule en appui contre le mur et les jambes croisées : Je te promets d'être moins…familier, désormais. J'ai bien compris que Culann n'était pas très sensible face à la relation qu'on entretient.

« Je n'ai pas aimé, la façon dont il a parlé de ta promotion. A croire qu'il ne te fait pas confiance… »

-Laisse ça, je peux gérer, lui dit-il en sortant de l'entrée pour se retrouver au salon, traînant les pieds sur la moquette.

« Mais la moindre er… »

-La moindre erreur peut me coûter ma place, c'est bon, j'ai bien compris, puce…, assura Rayan en essayant de contenir sa lassitude : Mais il va bien falloir que tu ne tombes pas dans le jeu du Directeur, aie confiance en moi s'il te plaît. J'enseigne depuis que j'ai 28 ans, je sais que je manque d'expérience mais quand même…

Il l'entendit soupirer.

« Oui, j'ai confiance toi… mais tu vois bien la réaction de certains ? Cela pourrait vite te devenir… lourd à porter »

-Si tu avais réellement confiance en moi, Tal', tu comprendrais que je suis en mesure de gérer la bêtise des autres et mon travail. Et je n'ai pas envie que notre coupe en pâtisse. Je-… (Il serra les dents alors qu'il se sentait perdre patience) Je comprends… ton inquiétude. Mais n'en fais pas de trop non plus. Voyons comment évolue la situation après votre déposition de plainte à Culann et toi.

« Oui…d'accord. » dit-elle simplement d'une voix tellement lointaine que cela ne rassura guère Rayan qui sentit son cœur se serrer.

-Hé, l'appela-t-il d'une voix suppliante, assis sur l'accoudoir du canapé, son front dans sa main libre : Ne décide pas de tout, toute seule… On est deux.

Il empoigna ses cheveux, la gorge nouée, sa voix vrilla sur les derniers mots. Sentant les larmes lui remonter aux yeux, Rayan prit une profonde inspiration et leva les yeux au ciel : T'es pas toute seule, chérie, alors ne me laisse pas.

« Oui… » la petite voix de Tallulah lui fendit le cœur mais il prit sur lui. Je veux la voir, la sentir près de moi…

-S-samedi, begaya-t-il en reniflant pour ravaler ses larmes : Samedi, faisons une soirée rien que tous les deux. On sera discret cette semaine si tu veux, mais j'ai besoin de te voir Samedi, insista-t-il.

Le temps de réponse de Tallulah l'angoissa. Ses tripes se nouaient à nouveau il porta une main à son ventre, respirant aussi calmement que possible pour apaiser son anxiété.

« D'accord » l'entendit-il souffler et il se demanda si elle n'était pas en train de s'endormir. Sa voix était si faible… Il voulait tellement la voir.

-On se fait ça ? Tu viendras chez moi, on ne dérangera pas Chani comme ça…ça te va ?

« Oui… » Il l'entendit renifler et réalisa qu'elle essayait sûrement de faire bonne figure comme lui. Son menton trembla et Rayan tenta un sourire qu'elle ne pouvait malheureusement pas voir. « On se fera ça, chéri. On en reparle demain ? Je suis crevée, et demain… » sa voix se coupa et Rayan se mordit une phalange afin de ne pas ébruiter son propre sanglot. « Je suis d'ouverture… »

Hochant la tête avec entendement bien que sa petite amie ne pût pas le voir, Rayan opina du chef, et, avec le plus gros des efforts, contrôla sa voix pour répondre, comme pour soutenir l'effort de Tallulah qui peinait autant que lui pour maintenir leur conversation sans émoi.

-Pas de problème, on s'appellera demain soir. Allez, repose-toi, puce. (Il pinça son nez humide) Je t'aime…

« Je t'aime aussi, Rayan… »

Tallulah s'interrompit au doublon de sa déclaration qu'elle avait l'habitude de lui adresser. Le cœur de son petit ami bondit plus fort, attendant la fin de ses mots qu'il reçut dans un soupir.

« Je t'aime aussi. »

Pris d'une vive douleur, il raccrocha promptement et croisa ses bras sur son visage. Il déversa ses nouvelles larmes contre ses poignets et s'épuisa ainsi, les yeux rougis et brûlés de chagrin.

De son côté, Tallulah confinait ses sanglots au creux de sa main libre tandis que l'autre serrait le portable sur lequel était encore inscrit le prénom « Raoul », et qui affichait leur temps d'appel.

Ils l'avaient tous deux sentis à travers leur fort et désespéré désir de contenir leur tristesse, qu'ils essayaient de se convaincre que tout redeviendrait comme avant. Le restant de la semaine se passa comme le premier jour pour eux deux. Et cela fut long d'attendre Samedi et peu réjouissant à l'approche d'une tempête dont le vent soufflait déjà en force.

Presqu'uniquement des messages, même le soir, tant les appels les distrayaient de leur travail respectif. Ils avaient à la fois tant à se dire, pourtant aucun mot ne leur venait comme si leur complicité se faisait happer par cette angoisse persistante que Rayan espérait voir se dissiper une fois qu'ils seraient l'un en face de l'autre.

Rosalya et Leigh comprirent pour la soirée… Ils avaient souhaité l'anniversaire de Tallulah, dans la nuit du 28 Février au 1 Mars -tout comme ses parents et Stephan-, tandis que le 2, ils allèrent tous au restaurant sans le petit couple, célébrant uniquement le premier trimestre de la grossesse de la futur jeune maman. Tallulah appela tout de même son amie, qui l'embrassa chaudement au téléphone, ainsi que Chani, Charly, Kelly et Camille qui avaient été invité par Alexy et Hyun. La bande grossissait mais surtout les liens se resserraient.

Tallulah n'était pas dupe, elle avait bien compris que cette soirée aurait dû être sa soirée d'anniversaire. Mais cette année, les lieux publics étaient à éviter en son opinion. S'apprêtant devant le miroir de sa salle de bain, elle eut enclenché l'hautparleur de son portable afin d'entendre son petit ami qui lui racontait n'importe quel bobard afin de détourner toutes les questions qu'elle lui posait au sujet de la soirée qu'il lui avait préparé.

-On avait dit sobre ! rit-elle en bouclant ses cheveux.

« Sobre, sobre… Pour le mien d'accord, je travaillais le lendemain. Mais ce soir, c'est-les-vacances ! » s'enjoua Rayan à l'autre bout du téléphone.

-T'as travaillé aujourd'hui, souligna-t-elle : ça va ? Pas trop fatigué ?

« Tu plaisantes, j'ai attendu toute la semaine de pouvoir jeter mon costume d'enseignant pour revêtir celui de petit ami aimant au cœur qui se languit de retrouver sa moitié. Pas le temps pour la fatigue ! »

Riant d'une voix claire, Tallulah jeta sa tête en arrière et manqua se bruler le bout des doigts avec son boucleur.

-Tu me fais faire des bêtises ! pesta-t-elle non sans sourire : Allez, dis-moi ce que tu fais ! insista-t-elle d'une fois enfantine.

« Ok, un indice. Mais un seul ! » prévint-il.

-Oui ! s'émoustilla sa cadette en applaudissant avec excitation : Je suis tout ouïe.

« Il y aura des bougies. »

-Roooh ! Prends-moi pour une quiche aussi ! rouspéta-t-elle à travers les rires de Rayan qui se moquait visiblement de Tallulah : Je suppose qu'il y a un gâteau ! (Elle leva les yeux au ciel) J'te jure, tu-

Un éclatement céleste la fit tressauter et un flash blanchâtre s'infiltra dans la salle de bain.

« Woh ! C'est tombé dans le parc ! »

-S-sérieux ? A côté de chez toi ?

« Oui, oui ! J'étais dans ma chambre en train de me changer quand ça a éclaté ! » (Il soupira) « Ecoute, avec ta voiture au garage, je préfère venir te chercher »

-Je t'interdis de prendre la voiture avec le déluge qui approche, Rayan », prévint Tallulah d'un ton sérieux : « Ne t'en fais pas, je ne suis pas si loin de chez toi ».

« Dépêche-toi avant qu'ils n'annulent les bus…Cela ne me rassure pas plus que cela que tu prennes les transports en commun. Seule et, sous ce temps pourri… »

-Je file ! Déclara-t-elle en désolidarisant ses boucles chaudes avec ses doigts vernis en or mat.

« La porte te sera ouverte, pas la peine de sonner ! » informa-t-il avant d'ajouter : « sois prudente s'il te plaît… »

-Promis, souffla-t-elle contre le portable : A tout de suite.

Après un dernier baiser elle raccrocha et se contempla dans le miroir. Les cheveux naturellement ondulés, elle tint néanmoins à les mettre plus en valeur par des boucles raffinés qui caressaient ses épaules dénudées par le pull en maille bleu irisé qui laissait transparaître le bandeau de son soutien-gorge et son ventre nu. Elle enfila ensuite sa paire de collants gris et son short noir, tenu par une fine ceinture en suédine couleur caramel. A l'entrée, ses cuissardes noires l'attendaient et une fois son manteau sur le dos et son sac à main sur l'épaule, Tallulah vérifia que tout soit éteint avant de sortir, fermer son appartement à clé et prendre la route pour retrouver Rayan chez lui.

Malgré la grande réticence à se montrer en public avec lui, surtout non loin du Campus, elle s'avoua mourir d'envie de retrouver les bras de son homme « au cœur qui se languit de retrouver sa moitié » comme il aimait dire. Un nouveau grondement la fit tressauter. Il n'était que 19h20 mais le ciel était aussi noir qu'à minuit. Les seuls éclats lumineux n'étaient autres que les éclaires qui déchiraient les nuages par moment. Le bus se fit attendre, Tallulah prévint Rayan qu'elle serait en retard. Du moins, lorsque le réseau reviendrait.

-Merde… !

Soudain, une voix provenant de l'interphone de l'arrêt de bus prévint que les lignes A31 et C15 ne seraient pas desservies.

-Mais non ! gronda-t-elle en se mettant à trottiner en espérant échapper à la pluie.

Dépourvue de chance, la jeune femme jura à l'encontre de la météo dès la première goutte sentie sur sa joue. La pluie s'abattit si brutalement et en trombe que son manteau peluche beige devint une véritable éponge et l'eau traversa son pull en maille. Sérieusement ? Pour mon anniversaire !? Que racontait-elle, cette année, ce n'était même pas marqué sur le calendrier. En chemin, Tallulah vérifia le réseau de son portable mais aucune barre ne s'affichait.

Après une trentaine de minutes de courses en passant par des raccourcis qui gorgeaient d'eau tant les caniveaux étaient inondés, enfin, elle gagna l'immeuble de son petit ami. Mais dans quel état… De la coiffure aux vêtements, tout était fichu, elle était trempée, et ce, jusqu'aux os.

-Ras le cul… ! buffla-t-elle en cognant contre le bouton d'appel de l'ascenseur.

Comme lui eut affirmer Rayan, la porte de son appartement était ouverte et elle n'eut qu'à abaisser la poignée pour entrer.

-Je suis tellement désolée chéri, j'ai- Hhh- !

Lâchant son sac au sol par la surprise, Tallulah retint un cri en portant ses mains contre sa bouche ouverte en une exclamation émerveillée. Il faisait noir…du moins, toutes les lumières artificielles étaient fermées mais sur le sol jonchaient un sillon de petites bougies ocres qui lui ouvraient un chemin jusqu'au bout du couloir d'entrée. Prise d'un souffle d'impatience, elle fit un pas mais un bruit flasque la retint. Se reluquant de la tête aux pieds Tallulah n'osa plus faire un pas au risque de gâcher tous les efforts de son petit ami.

-Chéri ? l'appela-t-elle : J-je… (elle rit nerveusement) Tu peux m'apporter une serviette s'il te plaît ?

-Tu gâches…l'effet de surprise là, ricana-t-il de là où il se cachait.

-Excuse-moi, mais la pluie m'a prise de court, je suis trempée… (Elle se pinça les lèvres) Je mouille avant même que tu ne m'aies touchée, glissa-t-elle.

-Fin ! Très très fin, Tal' !

Des pas se firent entendre et Tallulah se mordit la lèvre inférieure avec excitation, se penchant sur le côté, afin de tenter de voir quelque chose. Enfin, la silhouette de Rayan apparut, une large serviette de bain en mains et un sourire amusé au coin des lèvres. Ce fut plus fort qu'elle mais Tallulah sentit ses larmes monter aux yeux. Elle sautilla sur place, lui tourna le dos au risque de le faire glousser avec moquerie, et tenta de retenir ses larmes. Bien que pour une fois, ce fut de joie.

-Dans quel état t'es, soupira-t-il avec douceur en posant délicatement la serviette sur ses cheveux ruisselant d'eau : T'as vu…Il y a des bougies.

-A-abruti ! ricana Tallulah entre deux petits sanglots. Vivement, elle se retourna, les yeux larmoyants mais l'éclat d'un sourire aux lèvres.

Rayan n'était pas en reste, ses dents répondaient aux sourires de sa petite amie avec joie et amour. Les bougies faisaient luire leurs yeux par mille éclats comme pour peindre leurs multiples sentiments qui jaillissaient de leurs deux cœurs.

Une chose était sûr, le chagrin accumulé s'était évaporé une fois leurs regards croisés. Fougueux, Rayan vint fondre ses lèvres sur celles glacées et humides de sa petite amie qui osait à peine le toucher par ses mains dans le même état que ses lèvres et vêtements. Lui qui s'était si bien paré, d'un pantalon chino slim couleur prune-sombre avec des ourlets qui laissaient voir la naissance de ses chevilles et ses pieds nus. Son buste laissait les courbes de ses muscles épouser le coton nervuré d'un pull à col rond et à manches longues, perle.

-T'es superbe, sourit-elle en le regardant des pieds à la tête.

-Toi aussi, rit-il mais il se reçut une gifle caressée sur le menton qui repoussa sa tête, ne le faisant que rire plus fort encore.

-Te moque pas, je suis ridicule, j'ai passé tellement de temps à… (elle leva les yeux au ciel et commença à retirer son manteau) peu importe maintenant.

Rayan vint glisser ses doigts dans les siens et son manteau tomba dans un bruit flasque sur le sol. Tallulah vit ses mots être tus par un nouveau baiser qui les fit frissonner avec une tension qui les faisait soupirer à chaque mouvement de leur tête et de leur mâchoire qui poussait celle de l'autre tant ils mettaient de force et que l'impatience les avait rongés.

D'une main, Rayan caressa le ventre de se son amante sous la maille trempée et la glissa dans son dos afin de la rapprocher de lui mais elle le freina.

-Tes vêtements…susurra-t-elle.

Aussitôt, son aîné retira son pull qu'il fit tomber au sol. Tallulah le détailla comme s'il s'agissait de la première fois qu'elle le voyait nu. Tremblante de froid, elle ne fit que survoler son torse, qui était la scène d'un spectacle d'ombres et de lumières que faisait danser la flamme des bougies qui les entouraient. Rayan prit ses mains, et, à reculons, la fit avancer, la serviette toujours sur sa tête. Son pas était hésitant bien que son regard franc ne lâchât pas celui de Rayan qui la tira dans ses bras. Tallulah prit ses mains et le guida jusqu'à sa ceinture qu'elle lui fit retirer, suivit de son short et de ses bas. Rayan resserra la serviette autour de son corps une fois qu'elle fut entièrement nue.

Sans un mot, sans un bruit si ce ne fut qu'un frottement de peau nue, Rayan souleva celle qu'il considérait depuis un moment sa femme et tous deux, les bras et les lèvres liés, s'adonnèrent à l'amour et la passion sur ce canapé qui les eut accueillis plus d'une fois.

-Je n'avais pas prévu ça…enfin, pas si tôt ! fit remarquer Rayan, la voix légèrement groggy, qui faisait parcourir ses doigts sur le dos nus de Tallulah qui triturait le téton de son pectoral gauche.

-Tôt ? Ce n'est jamais trop tôt pour l'amour, sourit-elle contre sa peau : le fait est que tu l'avais quand même prévu.

-Ah… je ne suis qu'un homme, se défendit-il maladroitement. Cela la fit rire et sa voix retomba dans un grognement d'aise. Soudain, ses dents se mirent à s'entrechoquer : Pardonne-moi, je m'extasie de te savoir là mais tu es gelée. (Il se dressa sur ses coudes) Attends-moi là je vais nous chercher une couverture.

Tallulah se redressa sur les genoux et laissa Rayan quitter leur couche de fortune non sans le dévorer des yeux au passage.

-Et l'épée dressée, le chevalier partit faire ses preuves envers sa Dame, conta-t-elle sur le ton de l'humour. Le brun leva les yeux au ciel, mais rit malgré lui à l'entente de la bêtise.

Lorsqu'il disparut dans le couloir qui menait à sa chambre, Tallulah prit la serviette tombée au sol, entoura ses épaules avec et rejoignit la cuisine où d'autres bougies faisaient crépiter leur flamme. La table fut dressée, et des vérines de plusieurs couleurs avaient été disposées dans des assiettes plates. Son estomac gonda sourdement… Plissant les yeux, hésitante, Tallulah succomba à la faim et plongea un doigt dans une vérine verte.

-Hm, avocat !

-Tu aimes ? demanda une voix suave et curieuse.

Une chaude couverture remplaça la serviette de bain que Tallulah reposa sur le dossier d'une chaise avant de s'emparer des deux assiettes. Elle sourit à son amant et lui fit signe de retourner sur le canapé. Enfin au chaud, lovés l'un contre l'autre, ils purent déguster le repas prévu par Rayan pour l'anniversaire de Tallulah.

-Avocat, betterave, concombre, courgette, carotte, tomate, et…comment t'as dit ?

-Vitelotte. Des pommes de terre violettes.

-Mais comment as-tu trouvé le temps de tout préparer avec ta journée de travail ? (Elle plissa un œil malicieux) dois-je m'attendre à te voir porter une cape et un slip rouge ?

-N'imagine même pas me demander ça, prévint-il avant de venir sucer le doigt de Tallulah, plein de mousse de vitelotte.

-C'est ma soirée d'anniversaire !

-Non négociable, ricana-t-il avant de resservir une coupe de vin rouge à sa compagne qui lui demanda de ralentir.

-Tu veux me saouler ou quoi ? Je tiens mal le vin rouge, tu le sais…

-Mets-toi à monter sur les meubles si tu veux, ce soir, la nuit t'appartient.

-Alors mets un beau costume de super héros !

-Non.

Leurs rires se firent purs tout comme le son des verres en cristal qu'ils entrechoquèrent une nouvelle fois. Ses lèvres posées sur le bord de son verre, le regard de Tallulah se perdit sur le rang de bougies alignées sur le meuble de la télévision.

-Cette semaine j'ai…

Levant un sourcil curieux, Rayan l'interrogea en silence.

-Je sais que je n'ai pas été facile avec toi…je te demande pardon.

Rayan reposa leurs verres sur la table avant de faire s'allonger de nouveau Tallulah sur lui alors qu'il s'était étendu sur le dos. La couverture les recouvrant entièrement ils reprirent avec tendresse leur discussion.

-Je ne pense pas que tu aies besoin de t'excuser d'avoir voulu m'épargner un scandale, Tallulah, glissa Rayan en se souvenant de son échange avec Hyun, dans le parc : T-Tu…Tu as agi comme j'aurais dû le faire avec Dana. Mais une fois de plus, je ne l'ai pas compris.

Il sentit la tête de sa petite amie remuer sur son torse tandis qu'elle callait sa joue contre son cœur. Distraitement, il laissa ses doigts se balader dans l'ondulation de ses cheveux qui s'étaient noués par le vent, la pluie et l'amour. Tous deux tressautèrent sous l'éclat de l'orage qui grondait toujours dehors. La box internet de Rayan perdit tous ses éclats ainsi que la lumière de la cuisine. Cela ne leur changea pas énormément puisque les autres pièces étaient déjà plongées dans le noir, veillées par le halo des bougies, néanmoins ils surent que le courant était coupé.

-C'est ma faute… je n'ai fait que t'induire sur une euphorie dont la chute serait inévitablement douloureuse et pénible.

-Un couple fonctionne à deux, Tallulah. Te souviens-tu lorsque tu me disais que je ne ressemblais en rien à Dana. (Il pencha sa tête, le menton collé à sa clavicule et chercha le regard de sa cadette) Tu te disais ne pas être crédule… moi non plus je ne le suis pas. J'ai voulu cette liberté, parce qu'on la mérite, tous. Nous n'avons pas tort d'agir comme nous le faisons.

Levant les yeux sur lui, Tallulah arbora une mine bien penaude.

-Mais je sais ce que j'encoure désormais et je serais prudent. Si tu penses que je ne tiens pas à mon poste de chercheur, détrompe-toi, j'y tiens beaucoup… Mais pas au point de tout plaquer pour ça, je ne me priverai pas d'une vie intime pour le travail, je regrette.

La sincérité perçante dans sa voix et son regard, atteignit la jeune femme qui le sonda un moment de ses yeux vairons. Une main caleuse se posa sur sa joue libre et Rayan caressa sa pommette du pouce.

-Ne regrette pas… C'est ton droit après tout, sourit-elle avec chaleur. Le cœur de Rayan bondit dans sa poitrine et un semblant d'espoir pour des jours plus paisibles le gagna.

Soudain, Tallulah se dressa sur son bassin et lui demanda ce qu'il avait bien pu préparer d'autre pour leur dîner. Tout sourire et fier, Rayan alla leur chercher le reste du repas qu'ils prirent au salon en se perdant dans la lecture du recueil de nouvelles que Tallulah avait finalement offert à Rayan, alors qu'elle y tint énormément. Ils relurent ensemble la nouvelle qui fit gagner le prix au jeune auteur et qui eut marqué l'esprit et le cœur de la cadette.

Le mouvement de ses lèvres, sa diction fluide et son timbre profond… Rayan ferma les yeux un instant, laissant courir son imagination qui peignit dans son esprit les histoires que lui contait sa femme, camouflant le grondement de l'orage au dehors. A croire que sa voix et ces mots chassaient en lui toutes ses ombres de doutes et de chagrin qui l'eurent étreint ces derniers jours et le prévenaient afin de s'en détourner et rester sur le sentier paisible que lui ouvrait l'amour.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était seul, avait la couverture posée sur son corps. Mu d'un sentiment de panique, il se dressa sur ses pieds et balaya son salon du regard. Certaines bougies étaient éteintes, notamment celles sur le meuble télé et la table basse.

-Tallulah ? appela-t-il : Chérie ?...

N'ayant cure d'être encore totalement nu, il déambula de pièce en pièce afin de trouver sa petite amie qui ne lui répondait pas. Puis, remarquant une masse d'ombres à l'entrée, il approcha à tâtons, évitant les bougies encore vivaces et constata que son pull était toujours aux côtés de ceux de Tallulah ainsi que ces cuissardes. Il ramassa leurs vêtements et les mena dans sa buanderie, à côté de son bureau. Ce fut alors qu'il remarqua un rai lumineux sous la porte de sa chambre. Rayan l'ouvrit à la volée, et remarqua que les quatre bougies qu'il eut préparées avaient été allumées et éclairaient sa petite amie qui cherchait des vêtements dans son placard.

-Réveillé ?

Dans un soupir aspiré, il vint l'étreindre et laissa son cœur se soulager par sa présence.

-Hé bien, hé bien ! rit-elle en se faisait bercer par son homme : Tu m'as cru partie ?

-Envolée, partie, évaporée… J'ai depuis quelques temps la sainte horreur de me réveiller seul, avoua-t-il dans une fébrilité que Tallulah lui connut au début de leur relation.

-J'étais simplement partie prendre une douche. (Elle désigna le placard) Et des vêtements !

-Haha, j'ai mis les tiens dans la panière de linges sales, je m'en occuperai dans la semaine, assura-t-il avant d'embrasser longuement la tempe, où siégeait une cicatrice, de Tallulah qui sourit à ce contact.

-Dis…reprit-elle malicieusement : T'as mis des bougies partout mais mon gâteau il est où ?

Eclatant d'un rire franc, Rayan lui demanda de patienter un instant. Après avoir enfilé son boxer et son pantalon le brun sortit le fraisier qu'il avait fait préparer pour sa petite amie, elle qui lui avait commandé une forêt noire, après l'avoir subtilement questionné sur ses goûts, pour son propre anniversaire en Janvier.

Après avoir allumées 22 bougies, Rayan s'adonna à pousser la chansonnette dans sa langue maternelle.

« Sana hiloi ya gamil »

-Noon- ! Chante pas ! beugla-t-elle en cachant son visage entre ses mains pour cacher son embarras.

-Tu m'as fait subir ça devant tout le monde, ne te plains pas c'est entre nous ! rit-il tout en entrant dans la chambre avec le gâteau qui scintillait dans la pénombre. Il reprit :

« Sana hiloi ya gamil »

-Tais-toi ! gloussa-t-elle.

Pour ne plus l'entendre, Tallulah s'approcha de son petit ami qui essaya de la maintenir à bonne distance avec un seul bras, comme l'autre était plié pour tenir le gâteau tel un plateau sur la paume de sa main. Tallulah plaqua l'une des siennes sur sa bouche.

« Sana hiloi ya gamil ya Tallu-Hmpf »

Taquin il glissa sa langue sur ses doigts et elle retira sa main avec dégoût. « Je vais faire tomber le gâteau, arrête ! » Puis, il termina, fier de lui :

« Sana hiloi ya gamil ! »

Résignée, et la mine plus que gênée, Tallulah était assise sur le bord du lit, en tailleur, et ne put se retenir de rire.

-J'aurais dû t'enregistrer tiens, pour montrer à mes parents !

-Mais j'ai pas honte moi, ricana l'aîné qui s'accroupit face à elle en lui présentant le gâteau : Prends-le je reviens !

-Encore ? Pourquoi, tu vas où ?

Rayan ne répondit rien et fonça au salon. Tallulah se retrouva face aux bougies qu'elle se retenait d'éteindre avec son souffle qu'elle faisait court. Enfin, son compagnon revint avec son portable en main, en train de filmer sa petite amie, entourée de bougies et qui riait nerveusement en tenant son gâteau.

-Dis-moi que je peux souffler, je suis en apnée là !

-Vas-y, rit Rayan, le cœur en joie.

En un long souffle, Tallulah eut raison de ses 22 bougies. Elle s'applaudit, sous les félicitions de son aîné qui la filmait toujours.

-Regarde dans ma poche, je nous ai pris des cuillères, prévint Rayan.

-Laquelle ? gloussa-t-elle en venant lui faire une fouille au corps : trop grosse celle-là pour être une cuillère.

-Abrutie ! C'est pas une poche ça ! éclata de rire Rayan tout en filmant de près Tallulah qui le taquinait.

Elle sortit finalement les deux petites cuillères et retourna sur le lit en faisant attention de ne pas renverser le gâteau. Rayan éteignit son portable qu'il posa sur sa table de chevet avant se faire rouler, Tallulah et lui, sur le lit, sous leurs éclats de rire qui jurait avec le vent qui soufflait atrocement fort dehors.

Toutes ses peurs volatilisées, Rayan s'excusa auprès de son amante de s'être endormi ainsi plus tôt.

-Je savais que tu allais être fatigué, la semaine a été pénible et je sais que le Samedi où tu travailles t'as toujours les classes un peu chiantes.

Rayan s'offusqua sous le « un peu » qui ne représentait que peu l'exécrabilité de certains élèves de licence qui semblaient avoir choisis l'Histoire de l'Art par défaut. Dégustant goulument le gâteau tous les deux, ils remirent à discuter tantôt avec engouement et malice et tantôt avec calme et sérieux. Puis, sous une énième ânerie de Tallulah, celle-ci se retrouva à courir dans le couloir pour éviter de manger son gâteau par les joues. Rayan finit pourtant par l'attraper, la portant comme un sac jusque sur le canapé où il l'assaillit de chatouilles jusqu'à ce qu'ils réveillent les voisins du dessous qui leur demandèrent de faire moins de bruit.

Il était près de 3h20 de matin et tous deux chahutaient comme des enfants sans retenir leurs voix. Le visage et les cheveux mouchetés de crème, Rayan s'excusa auprès de son voisin et promit de faire moins de bruit. Se pinçant les lèvres pour tenir son fou rire, Tallulah vit Rayan revenir en gloussant.

-J'espère que t'étais plus sérieux que ça devant lui car j'ai comme un doute sur ta bonne foi, éclata-t-elle.

-Oh, merde, c'est ton anniversaire !

-Oui, enfin on n'a pas invité tout l'immeuble non plus. (Elle haussa les épaules) Tu crois qu'ils sont jaloux ?

-M'en fiche, pesta-t-il, un sourire en coin avant d'aller faire un saut dans sa salle de bain.

Le reste de la nuit ne se fit pas plus tranquille mais un peu moins bruyante. Et, au petit matin, l'électricité revint enfin. Ils avaient éteint depuis longtemps les bougies, pour ne pas risquer un incendie, du moins, ils en eurent gardé deux pour ne pas rester totalement dans le noir. Entre ses doigts humidifiés par sa salive, Tallulah éteignit finalement leurs mèches qui laissèrent se déployer deux volutes de fumées blanchâtres.

-Merci pour cette superbe nuit, Rayan. Sa voix ne fut qu'un murmure rauque, empli de sincérité et son regard amoureux le caressait.

-L'an prochain, on fera ça dignement le jour même de ton anniversaire. Et, on n'aura plus besoin de se cacher, ou de faire semblant du moins.

-Non, on n'en aura pas besoin, sourit-elle en baissant ses yeux sur la gorge de Rayan : ça ne sera pas la peine.

Ils avaient regagné le lit, dans lequel ils s'étaient chaudement installés, commençant à sentir le poids de leurs chamailleries qui les épuisait.

-Rayan…

-Oui ?

-Je ne serais pas en ville le 13 Mars, je vais voir mes parents. Cela s'était prévu dans la semaine, j'ai oublié de t'en parler.

-Pas grave…on pourra quand même se voir les autres jours dis-moi ?

-Oui, souffla-t-elle : Bien sûr.

Il y eut un silence paisible, que Rayan interrompit après un long bâillement.

-Je me disais… ce serait peut-être temps que tu rencontres mes parents non ? La fin de ton année approche et je me disais que Mars ou, à la limite Avril serait une bonne période pour toi de rencontrer ma famille. C'est loin d'être tôt et puis ça ne te coupera pas en pleines révisions de Mai et Juin. (Il embrassa son front) T'en dis quoi ?

Il l'entendit rire d'une voix enrouée.

-J'en dis que j'y réfléchirai après dodo…

-Haha, entendu… Bonne… (Il leva un œil et fit mine de réfléchir) bon matin.

Tous deux sur le côté, enlacés l'un à l'autre et leurs fronts collé, ils tombèrent d'épuisement dans un profond sommeil. Cette soirée les avait fait se retrouver plus complices encore, et ne sera qu'une entrave de plus dans la décision prise par la jeune femme qui n'était plus sûre de rien.

A suivre…


Le prochain chapitre sera également écrit à la 3eme personne, et je vais faire en sorte de le publier en début de semaine prochaine :) Je vous fais à tous et à toutes pleiiiins de bisous et merci de me suivre et me soutenir comme vous le faites ! :D J'espère que la fin imminente de la fic vous plaira !

A bientôt~~