[Petit mot d'avant lecture: Finalement j'ai pu corriger ce chapitre plus rapidement que prévu ! J'espère que vous vous êtres préparés à relire du Tayan à la 3eme personne, on reprendra les points de vue dans le chapitre suivant :)

Parce que ce chapitre sera riche en émotions, je n'en dis pas plus et je vous laisse le découvrir par vous même.

Bonne lecture à tous et à toutes !]


Affalé sur son lit, les bras en croix et sur le ventre, Rayan dormait toujours profondément, laissant s'échapper de fébriles ronflements, au rythme de sa respiration lente qui soulevait et abaissait son dos. A côté, à bonne distance de lui pour contempler son profil assoupi, Tallulah s'était réveillée depuis un long moment, bien trop long pour ne pas laisser ses pensées se perdre dans ses soucis. Ils étaient le 6 Mars et n'avaient pas eu la force de se séparer de l'autre depuis leur folle nuit pour l'anniversaire de la jeune femme. J'avais pourtant pris une décision… se dit-elle en son for intérieur alors que ses doigts redessinaient sans l'effleurer les traits du profil de Rayan. Cela doit cesser…

Pourtant, chaque jour qu'elle passait à ses côtés leur ouvrait des moments de complicités desquelles ils s'abreuvaient sans rien perdre. Après tout, ils savaient tous deux qu'à la rentrée ils devraient redevenir, pour la grande moitié de leur journée, des étrangers. Je n'ai pas envie de faire perdurer cela pendant des mois…

Cela, la rongeait d'autant plus de voir qu'à travers tous ces autres jours, ils gâcheraient et perdraient des moments si forts, et si doux, comme ceux qu'ils eurent vécus depuis le dernier Samedi, et qu'ils en perdraient toujours plus qu'ils n'en vivraient les prochains mois. Il en souffre tellement… A trop redessiner son visage elle finit par le toucher. Mais je suis trop faible pour le quitter. D'abord la bosse de son nez jusqu'au bout arrondi. Puis, elle fit glisser son index sur ses lèvres jusqu'à atteindre la barbe de son menton. Il fait tellement d'efforts pour tout rendre meilleur…

-Pourquoi cela doit-il être si compliqué… ?

Pourquoi devais-je toujours quitter les personnes que j'aimais ? D'abord Lysandre et mainten- Sa pensée se fit interrompre par l'inspiration profonde de son petit ami dont les yeux remuaient sous les paupières. Puis, à travers la rainure de ses longs cils, elle les vit, ces clairs iris anis qui l'eurent captivée depuis longtemps maintenant. Groggy, un bon et grand sourire se peignit sur son visage.

-Bonjour… souffla-t-il, la gorge sèche.

Chassant une fois de plus ses douloureuses pensées, Tallulah soupira et fondit sur la bouche de son aîné qui, malgré recevoir le même traitement tous les matins maintenant, se retrouvait toujours à hausser les sourcils de stupeur sous la fougue que mettait sa petite amie à chaque fois. Prenant appui sur un coude, il enroula la taille de sa cadette qu'il ramena ensuite sur son buste et l'étreignit avec ferveur, ses bras recouvrant le creux de son dos et ses épaules parsemées de taches de rousseurs.

-Que de chances j'ai ces temps-ci…, commença-t-il entre deux baisers : de me réveiller auprès de ma-

Rayan s'interrompit, ses lèvres suspendues à celles de Tallulah qui grogna curieusement pour l'interroger sans mot.

-Rien, une pensée malheureuse et hâtive…sourit-il avant de se masser soucieusement le menton.

Tallulah arqua un sourcil, et jeta un signe concis de la tête en direction de sa montre que lui eut offerte Rayan pour le nouvel an.

-Tu te souviens... rien n'est trop tôt ou trop tard pour nous deux. Ce qui compte c'est qu'on…

soit toujours ensemble. Se souvint-elle avec amertume.

-Ce qui compte, c'est qu'on soit ensemble, oui, sourit-il avant de venir l'embrasser à nouveau à pleine bouche.

Tallulah se laissa à nouveau perdre par la vague de frissons qui électrifiaient sa peau et de la chaleur de son sang qui pulsait à ses tempes.

-Je voulais dire que j'étais heureux de pouvoir me réveiller à côté de… (sa voix ne fut qu'un souffle suave) … ma femme.

-Ok, là c'est trop tôt, ricana nerveusement sa cadette qui se dressa pour s'asseoir sur son côté.

Confus, Rayan papillonna un moment, les bras dans les vides, ne tenant plus le corps de sa petite amie contre lui.

-Mais tu m'as parlé d'enfants il n'y pas deux semaines ! s'offusqua-t-il en gardant un sourire curieux sur les lèvres.

-Pour te dire que je n'étais pas prête du tout pour être mère !

-J'ai bien compris oui, et moi non plus je suis pas prêt… Mais tu semblais avoir pour projet d'en avoir avec moi.

-Oui ! ne put-elle se retenir de dire avec une sincérité qui l'eut surprise elle-même au point d'en écarquiller les yeux. Je me souviens avoir presque craché au visage de Lysandre qu'il n'était qu'un idiot lorsqu'il en a parlé à l'hôpital et là je… secouant la tête pour chasser ses idées, elle reprit : P-pas maintenant.

-Justement, on pourrait sûrement songer au mariage avant, non… ? tenta son petit ami qui se tenait sur un coude, allongé sur le côté.

-Mais combien de projets entretiens-tu ? se moqua-t-elle : Tes conférences, ton second roman, les enfants, le mariage… C'est quoi la suite ?

-Mes conférences sont déjà organisées, et mon roman est en court d'écriture maintenant que mes recherches ont été approuvées, mais cela ne concerne que mon travail, c'est à moi de gérer ça, pas toi, déclara-t-il sans retour de commentaire. Puis, plus doux il reprit : Le reste, c'est de nous dont je parle.

-Rayan je…

Tallulah sut d'emblée que son offusquement ne reflétait pas ses profonds désirs. Elle avait paniqué car l'épanchement soudain de Rayan sur de nouveaux projets d'avenirs ne faisaient que la freiner un peu plus dans ses nouvelles convictions.

-Je ne te fais pas ma demande, puce… Juste part d'un véritable désir d'union avec toi.

-Dana a dû bien rire de toi lorsque tu lui as fait par de ton désir ! rétorqua-t-elle avant de se rendre compte de son énormité. Derrière elle, le lit remua et les couvertures se retrouvèrent aux pieds : Ra-

La porte de la salle de bain se claqua sèchement avant même qu'elle n'ait eu le temps de voir la silhouette de son aîné s'y glisser. Aussitôt, elle bondit sur ses pieds et courut le rejoindre alors qu'il n'eut pas fermé la pièce à clé. Torse nu, Rayan se tenait penché au-dessus de son lavabo, la tête pendante entre ses épaules réhaussées et tendues, faisant saillir les muscles de son dos et de ses bras.

-Je te prie de me pardonner… mes mots ont dépassé ma pensée, c'était maladroit et abjecte, s'excusa platement Tallulah en cherchant le reflet de son petit ami dans le miroir.

-C'était blessant.

La voix de Rayan était sourde et profonde et elle en eut le cœur lourd d'avoir ainsi gâché sa bonne humeur.

-Je sais, c'est pour ça que je m'excuse, je n'aurais jamais dû dire cela.

Le visage tiré par le chagrin et la colère Rayan tourna sa tête par-dessus son épaule et croisa le regard sincèrement désolé de sa cadette.

-Cela ne te ressemble surtout pas, Tal'… !

-Je sais…c'est pourquoi je te présente mes excuses, reprit-elle une nouvelle fois, la gorgée serrée.

Rayan roula des yeux et laissa tomber à nouveau sa tête contre sa clavicule.

-On va dire qu'on est quitte…

-Quoi ? Quitte de quoi, Rayan j-je n'aurais jamais dû- !

-Lysandre a transformé ses larmes en mots dans la lettre que j'ai lue…la coupa-t-il avant de se tourner face à elle, les bras croisés, et le dos en appui contre le rebord de son comptoir : Tu m'as demandé jusqu'où j'avais lu la lettre, j'avais déjà tout lu lorsque tu es entrée dans ta chambre. Et il y mentionnait ses défunts parents… Tes premiers beaux-parents pour lesquels tu étais présente aux obsèques…

Détournant le regard, Tallulah secoua la tête comme pour l'aider à chasser au plus vite cette pénible conversation. Un silence, de la même atmosphère que leur échange, les entoura jusqu'à ce que Rayan le brise.

-Rien de cela ne nous ressemblait… piétiner ainsi le passé de l'autre. (Il essuya rageusement ses yeux humides) Je ne te parlerais plus de mes projets, si cela te trouble tant. Promis…

Il alla passer la porte lorsque Tallulah lui barra le chemin d'un bras qui enroula sa taille. Intrigué, le brun posa un regard interrogateur sur elle.

-Je n'ai jamais mentionné une seule fois le sujet des enfants avec Lysandre, lui confia-t-elle avec chaleur sans jamais détourner son regard du sien : Pas une seule fois.

Rayan, sentit son cœur rater un battement à cette révélation et, ne pensant pas que cela le toucherait autant, il se sentit soudainement très nerveux. S'humectant les lèvres, il décida de faire, lui aussi, un aveu :

-J'étais bien trop imbu de moi-même à 19 ans, je ne pensai qu'à moi. Et le mariage, ça se pense à deux… Pour deux. (Il leva les yeux aux ciels) Ou plusieurs, tout dépend ta culture…

Il parvint à arracher un gloussement à sa cadette et cela le détendit un peu et son cœur s'ouvrit plus lestement.

-C'est bien la première fois que je m'adonne à faire de tels projets avec quelqu'un. Et ça me plaît.

-Moi aussi, sourit-elle en essuyant à son tour le coin de ses yeux : J'ai juste une faveur à te demander.

-Laquelle ? demanda-t-il avec attention et douceur.

-Tu me laisseras te faire la demande…Comme Christine !

Rayan révéla ses dents en un large sourire et un rire attendri s'échappa de sa gorge.

-C'est Raoul qui finit le genou à Terre malgré tout !

-Mais c'est Christine qui a fait la demande la première, et je veux être celle qui fera la demande.

-D'accord, capitula-t-il : Très bien…Mais je te préviens, je suis un grand romantique, t'as tout intérêt à mettre le paquet le jour où tu seras prête à le faire ! rit-il avant de prendre son visage en coupe et de venir l'embrasser langoureusement. Tallulah s'accrocha à ses poignets comme pour ne pas le laisser partir.

Mais qu'est-ce qu'on fait ? déplora-t-elle en son for intérieur. Fais taire tes envies, fais taire tes désirs, Tallulah ! Elle ne trouvait plus aucun moyen, elle ne voyait plus aucune chance de pouvoir trouver la force de se séparer de Rayan. Après un dernier et sincère pardon elle laissa son amant se doucher. Celui-ci lui proposa de la prendre avec lui mais Tallulah refusa simplement, bien qu'il insistât un tantinet.

-Tu vas pas t'autoflageller quand même, on n'en parle plus d'accord… ? s'enquit-il un peu inquiet. (Il la tira par la taille) Viens te laver avec moi, supplia-t-il comme un enfant avant d'embrasser son cou : Allez, puce…

Lui faisant à nouveau face, Tallulah leva ses yeux sur lui et fut confrontée à la moue suppliante de son aîné.

-C'est bon, j'arrive ! capitula-t-elle en décrochant un sourire radieux à Rayan qui retira promptement ses vêtements avant d'arracher presque ceux de sa petite amie qu'il porta dans la cabine de douche.

Après quoi ils prirent un petit déjeuner en amoureux avant que Tallulah ne fasse une proposition qui, au premier abord n'avait rien de surprenant mais au vu de la situation dans laquelle ils se trouvaient…

-Cela te dirait…qu'on aille se promener un peu ? On n'a fait qu'une sortie est c'était ultra tard le soir. Je me disais, qu'on aurait pu faire un tour en voiture et se poser quelque part ?

Sa biscotte entre les dents et le regard ahuri posé sur sa petite amie qui sirotait son chocolat chaud -Rayan avait définitivement compris qu'elle avait besoin de son chocolat le matin- le brun se demandait s'il ne rêvait pas. Sa biscotte se brisa et des miettes tombèrent sur sa chemise en flanelle blanche avec des carreaux émeraudes, par-dessus un marcel noir et un blue jean. Levant les yeux au ciel, Tallulah lui en prépara une nouvelle qu'elle posa à côté de sa tasse de café.

-T'en fais pas un peu trop, là ?

-Vu comment tu refuses catégoriquement de t'afficher avec moi, non ! gloussa-t-il avant de la remercier pour la biscotte : Mais, je suis partant ! On prend ta voiture où la mienne ?

-La mienne, faut que je refasse de l'essence on va en profiter.

-T'es sûre que tu ne préfères pas la mienne ? Les vitres sont teintées… souligna-t-il.

Face à l'hésitation palpable de sa cadette qui semblait jouer sa vie dans la réflexion de sa réponse, Rayan trancha : « On prend la mienne » non sans rire allègrement devant la moue penaude de Tallulah. Il lui demanda si elle pensait à un endroit en particulier.

-La plage est plutôt calme en cette période de l'année, je me disais, à défaut de faire le tour d'un lac en pleine montagne, on aurait pu longer la plage. Je sais qu'il y a un sentier côtier pour les promeneurs du côté de la falaise.

-Ah oui, je n'ai pas eu l'occasion de m'y rendre et de voir les nouveaux aménagements, fit Rayan en terminant son café.

-Moi non plus, sourit-elle : On se prépare des sandwichs ou… (elle se pinça les lèvres) on se posera au Bungalow ?

Le regard franc ancré dans celui de son aîné, Tallulah essayait sincèrement de rendre moins pénible la situation dans la quelle ils étaient. Rayan fut suffisamment touché par son attitude avenante et déclara qu'ils se feraient de simples encas qu'ils mangeraient pendant leur balade. Une fois prêts, ils se mirent en route, apportant avec eux une couverture au cas où ils auraient froid pendant leur déjeuner mais le temps, malgré la tempête que la région essuya ce week-end, sembla clément et le vent plat. Le ciel en bord de côte n'avait guère de couleur, tiraillant entre le blanc et le gris. Il fallait lever la tête bien haut pour déceler une pointe de bleu pâle. Comme l'eut supposé Tallulah, le parking était désert. La saison de compétition de Surf était largement terminée, et il fallait que le karma soit contre eux pour croiser ne serait-ce un étudiant de la même classe que Tallulah ou un collègue à Rayan. Ils restèrent tout de même sur leur garde en sortant de la voiture. La jeune femme avait vidé son sac de cours pour y déposer le plaid qu'ils eurent pris et les encas. Son petit ami lui demanda si cela était lourd mais elle réfuta et enroula son bras du sien, tandis qu'il verrouillait les portières de sa voiture. Après s'être échangé un regard complice, ils empruntèrent un sentier dallé de planches en bois brut recouverts de sables et laissèrent la très légère bise danser dans leurs cheveux bruns.

Les premiers pas se firent dans le silence et l'apaisement, tous deux profitèrent de ce moment de clémence que leur offrait ce beau jour de Mars après une mois de Février épuisant.

-Je suis content que tu aies proposé cette sortie, glissa Rayan dans un murmure suave. Ils étaient suffisamment collés l'un à l'autre pour s'entendre : Je sais que ce n'est pas évident pour toi.

Tallulah ne répondit que par un sourire discret mais son regard se perdit sur le point de fuite de leur sentier. Ne pensant pas recevoir de réponse verbale, Rayan reprit :

-Tu ne dois pas calquer sur nous mon passé avec Dana… La situation n'est pas si comparable que cela.

Tallulah le regarda en coin et haussa un sourcil, peu convaincue.

-Bon, un peu oui… rectifia-t-il : Ce qu'il y a vraiment de similaire c'est qu'une fois de plus, je suis le plus impuissant. (Il soupira profondément) Je reconnais ne pas savoir quoi faire, Tal'. (Il la resserra contre lui et embrassa sa tempe où se trouvait sa cicatrice) Mais on va tous leur donner tort… J'y crois, moi, qu'on ne fait rien de mal. Et je continuerai à me tenir à tes côtés comme on l'a toujours fait. Après tout, ce qu'il se passe en dehors de la fac ne regarde que nous deux…

-Pas lorsque cela s'introduit dans le campus et remonte aux oreilles du Directeur, pas maintenant qu'on a la certitude qu'il n'autorise pas ce genre de relation.

-J'ai relu mes droits et mes interdictions puce, il ne mentionne nullement une interdiction formelle d'une relation entre un membre du corps enseignant, un personnel de service, un technicien et les étudiants. Il y a bien des sanctions pour des comportements injurieux, obscènes, discriminatoires et qui porteraient atteinte à l'intégrité d'une personne mais les rapports en dehors de la fac entre enseignants, étudiants ou les deux confondus, n'est nullement mentionné. (Il la força à s'arrêter et à croiser son regard) Qu'il craigne que sa réputation en pâtisse à cause d'une relation comme la nôtre, je te le dis honnêtement, autant d'un côté je comprends car il a frôlé la catastrophe avec la mauvaise gestion des finances de l'établissement d'Art, autant d'un autre côté je m'en moque car cela ne nous concerne pas. Je ne porte atteinte à l'intégrité de personne et surtout pas de la tienne, tu me l'aurais fait savoir quand même…

-Evidemment, s'outra Tallulah en portant une main à son visage d'un geste rassurant : Tout comme tu sais bien que je ne profite pas de toi ou de ton statut de chercheur…

Il rit et fit secouer ses épaules :

-Vu comment tu me fuis, c'est dur pour toi de profiter de moi, haha !

Comme retour il se reçut une tape sur le coude.

-J'te fuis pas ! bougonna Tallulah avant de reprendre leur marche en tirant Rayan par le bras : Enfin, pas vraiment…

-J'aimerais que ce ne soit pas du tout… fit-il en la bousculant légèrement avec son épaule et il la ramena ensuite contre lui dans un rire.

Leur promenade se changea en course poursuite, après que Rayan eut un peu trop taquiné sa cadette qui s'était mise à lui mettre des coups de sac.

-Je t'apprends à te défendre des agressions ! Pas à agresser les gens ! se plaignit-il en trottinant à reculons, les mains en avant pour réceptionner sa petite amie qui fonçait sur lui en riant autant que lui : Je suis innocent !

D'un bond, Tallulah sauta sur le dos de Rayan qui eut pour punition de la porter le reste du trajet. Lorsqu'ils trouvèrent une table de piquenique à côté du point de vue de la falaise, Rayan eut le droit de faire une pause à grandes gorgées d'eau. De son côté, Tallulah sortit le plaid qu'elle mit autour d'épaules de Rayan avant de s'asseoir à califourchon sur ses cuisses et de se lover dans ses bras. Rayan calla son dos contre le bord de table et regardait l'horizon, ses mains sous le hoodie oversize pêche de sa petite amie qui reposait sa joue contre son épaule gauche. D'une main, elle caressait sa barbe et cela le fit grogner d'aise et il sourit. Ils se partagèrent un sandwich, croquant chacun son côté bien que Rayan eût besoin de manger le second toujours avec l'aide de sa cadette qui eut bon appétit sous cet air marin.

-J'ai appris que Sweet Amoris proposait une MANAA… commença subitement Tallulah après un moment de plénitude dans les bras de son homme.

-Hm ? A bon ?

-Oui, je savais qu'ils allaient jusqu'au BTS, mais la MANAA j'ai bien l'impression que Pierrick y est pour quelque chose.

-Pierrick ?

-Un prof d'Art, il est arrivé pendant ma terminale.

Rayan haussa les sourcils et arbora une mine agréablement surprise.

-Mais c'est que le lycée à plus évolué que ce que je croyais. Pierrick… c'est lui qui t'avais parlé de l'Histoire de l'Art, c'est ça ?

-Un peu, et ça s'est renforcé grâce aux interviews de mon père avec tous ces archéologues et restaurateurs de patrimoine et pièces décoratives.

-Mais comment t'as su que le lycée proposait cette formation ?

Hésitante, Tallulah commença à se balancer de droite à gauche sur les cuisses de son amant.

-J'ai…je crois que j'aimerais bien poursuivre dans l'art mais plus de manière technique. La théorie, je pense avoir atteint mes limites et mes besoins.

Se souvenant de ses moments de paniques existentielles de ces dernières semaines, Rayan se dressa afin de croiser le regard sérieux de sa petite amie et l'écouta avec intérêt.

-J'y pensai sans sérieux pendant le déménagement, mais j'aime vraiment l'art décoratif. Plus encore, j'ai ce besoin constant d'évaluer l'intérêt d'une décoration, d'un emplacement de meuble et l'exploitation du potentiel d'une pièce. (Elle marmonna) Potentiel très mal exploité pour la BU mais ça c'est une autre question…

-Attends, l'interrompit-il avec curiosité : T'es en train de me dire que t'as un projet après le Master ? Tu partirais sur quoi ? Tu sais où te renseigner, tu veux que je regarde pour toi ?

-Tout doux ! gloussa Tallulah qui sentit son cœur être bercé de bonheur face à l'enthousiasme de son amant qui semblait plus que sincèrement heureux pour elle : Ce n'est qu'un potentiel projet, je ne veux pas partir dans des décisions hâtives. Pour être franche, la formation m'intéresse vraiment, j'ai toujours voulu m'améliorer en dessin et si je dois partir sur un BTS design d'espace je vais avoir besoin d'une MANAA comme je n'ai qu'un bac ES.

-Ah, toi aussi ? ricana Rayan : Douée partout, aucun intérêt nulle part ?

-Haha, c'est ça ! Bah, ça reste le bac le plus complet et général on va dire, ça ouvre pas mal de possibilités pour la fac.

-Clairement, même si je savais quoi faire depuis un moment après le bac.

Ensemble, ils continuèrent d'échanger sur l'idée de projet de Tallulah qui insista sur le fait que rien n'était sûr pour le moment et qu'elle était même partante pour faire une année sabbatique avant de s'engager dans quoi que ce soit d'autre comme étude.

-J'ai besoin d'argents, la formation coûte chère et je dois t'avouer…

Mais elle se tut subitement, sentant un nœud se former à son estomac. Son amant haussa un sourcil intrigué et l'incita silencieusement à poursuivre.

-J'ignore comment ça se poursuivra avec mes camarades, surtout si tout finit par s'ébruiter. Mais je reconnais que si c'est aussi exécrable qu'en Février, je vais avoir besoin de souffler un peu.

Le cœur en peine le brun opina vigoureusement du chef non sans baisser les yeux.

-Oui, je comprends… Vous avez des nouvelles de l'avancée de la procédure ?

-Ils ont eut une amande plutôt salée. Comme Jordan et les types qui m'ont agressée. Enfin, l'un des deux qui a été de nouveau poursuivi pour agression et j'étais loin d'avoir été la première.

Un profond soupir agacé s'échappa de Rayan dont le regard devint aussi sombre que les gros nuages qui se formaient à l'horizon. Pour le distraire de ses pensées aigries, Tallulah encadra son visage de ses doigts et vint l'embrasser avec ferveur. Taquin, Rayan tira sur le col du hoodie et dévoila le bas de la clavicule de sa petite amie qui fit glisser ses cheveux de l'autre côté afin de lui donner le champ libre pour un suçon. Avec beaucoup de sensualité, le brun travailla son œuvre en essayant d'être le plus doux possible. Tallulah en profita pour triturer les boucles de son amant et déposa parfois des baisers sur son front.

-Dis…, commença Rayan entre deux succions : T'as réfléchi à ma proposition ?

-C'est moi qui te demanderai en Mariage, fit Tallulah.

-Haha, non pas ça ! Mais je suis heureux d'entendre que tu prends cette idée au sérieux. (Il s'éloigna examina son suçon) Manque de rouge…

-Je le trouve bien, moi, enlève tes dents maintenant ! gloussa sa petite amie qui repoussa son visage et remonta son col de hoodie mais Rayan le tira de l'autre côté.

-Maintenant ce côté !

-Tu vas pas me faire un tatouage non plus ?

-Je voulais te faire un collier, bougonna-t-il faussement avant de rire après s'être de nouveau fait repousser.

-Arrête tes âneries et dis-moi plutôt de quoi tu parlais.

Rayan eut un mouvement de tête lancinant avant de venir nicher son nez contre le cou de sa cadette.

-Eh bien, au sujet d'aller voir mes parents… C'est à Paris. (Il haussa une épaule avec incertitude) Si…t'es partante, je leur ai déjà parlé de passer un week-end chez eux. Ils seraient d'accord, on attend surtout ta réponse.

Tallulah songea à Léon et à son invitation qu'elle eut acceptée. Elle n'en avait toujours pas fait part à Rayan et avait masqué son absence par une visite chez ses parents. Loin d'être fière de ce mensonge, elle ignorait toujours comment pourrait réagir Rayan en apprenant qu'elle se rendait chez son demi-frère, Dimitri, qui lui eut bien fait comprendre qu'il était aux aguets quant à la situation professionnelle de Rayan. Si jamais il venait à se faire renvoyer par ma faute… Tallulah était sûre d'être attendue par Dimitri au tournant et un énième conflit avec son petit frère éclaterait. Léon en semble épuisé… La jeune femme se demandait à quel point les frictions entre les deux frères pouvaient faire désordre dans leur famille mais elle ne tenait pas à être un élément perturbateur pour eux. Elle ne supporterait jamais d'avoir brisé un lien familial et de blesser l'homme qu'elle aimait par égoïsme d'entretenir sa propre vie privée, dans laquelle tous deux dessinaient déjà les ébauches de projets d'avenir.

-J'aimerai attendre encore un peu si tu le veux bien, avoua-t-elle en croisant son regard : Je veux voir comment les choses vont se tasser après les vacances maintenant que le Directeur a mis le holà.

Rayan arqua un sourcil soucieux.

-Tu sais, mes parents savent que tu es une de mes élèves… Mais ils ne feront rien. (Il haussa une épaule) Ils sont impatients de te voir, c'est justement pour ça qu'ils me pressent un peu de te présenter à eux, sourit-il tout en replaçant une mèche de cheveux derrière l'oreille de sa petite amie : Léon aurait bien voulu discuter plus amplement avec toi pendant le Gala, assura Rayan sans savoir que ce fut le cas, mais dans des circonstances plutôt tendues.

En un éclair, Tallulah se souvint de sa prise de décision qui se couplait au regard électrique de Dimitri, derrière son masque d'argent.

-On va attendre, termina-t-elle d'une petite voix.

Son sourire bien trop faux déplut à son aîné qui perdit le sien. Ils se jaugèrent un moment des yeux, l'une fermant accès à ses pensées, l'autre s'acharnant à vouloir y voir plus clair. Une fois de plus, il se retrouva face à l'incompréhension accompagnée par l'agacement. Détournant le regard, il mordit l'intérieur de sa joue et hocha la tête avec entendement sans ajouter un mot de plus. S'il s'était douté qu'elle lui cachait quelque chose il en était plus que certain en cet instant. Se sachant tous deux butés, il préféra abandonner mais ne fit pas l'effort de changer lui-même le sujet. Si Tallulah voulait parler, elle reprendrait d'elle-même, pour sa part, il contempla l'horizon menacé par des nuages de pluie et d'orage. Tallulah descendit de ses cuisses et rassembla leurs affaires dans son sac hormis le plaid qu'elle laissa sur les épaules de Rayan. Finalement, le silence pesant les dérangea autant que la météo qui se faisait mauvaise et ils prirent le chemin du retour. Dans la voiture, il y eut un moment de latence avant que Rayan ne démarre. Ils fixaient la pluie qui les avait finalement pris de court et qui avait légèrement mouillé leurs cheveux et manteaux.

Le crissement des essuie-glaces jurait avec le tambourinement des gouttes de pluie sur la carrosserie et les vitres. A côté d'eux, des personnes âgées et leur chien se précipitèrent à monter dans leur voiture et quittèrent le parking non sans les éblouir avec leurs phares.

-Tu ne démarres pas ?

-T'as retrouvé ta langue ?

Tallulah haussa les sourcils et lui adressa un regard hébété et fronça les sourcils. Elle eut bien remarqué l'attitude distante de son amant à la suite de leur échange sur la falaise, mais que cela retombe ainsi ne lui plaisait guère.

-T'as pas été plus bavard que ça non plus… lui fit-elle remarquer.

-Excuse-moi d'être plus que fatigué par ton attitude, dit-il froidement.

-Quoi mon attitude ? Explique-toi.

-Que je m'explique ? Pourquoi ? Tu le fais toi ? Tu ne fais que me parler à demi-mot d'avenir pour ensuite reculer de dix pas lorsqu'il s'agit de rencontrer mes parents, tu vois pas un problème là ?

-J'ai le droit d'avoir besoin de temps, non ? Je te rappelle combien il t'en a fallu toi, pour daigner faire un tour au café ?

-La donne est différente là ! s'emporta Rayan en levant les mains avec exaspération avant de les faire retomber lourdement sur le volant : On flirtait ! On n'était loin de se parler de mariage et d'enfants !

-Ok, tu sais quoi ? oublie tout ça, ça te monte beaucoup trop à la tête. Si tu crois qu'on va se marier dans les semaines qui suivent faut redescendre un peu.

-Mais prends-moi pour un con tant que tu y es ! Je sais très bien que ça n'a rien d'imminent, mais ose me dire que tu n'étais pas sérieuse !

-Bien sûr que j'étais sérieuse, attends ! Mais si ça doit te foutre les boules parce que je te dis non pour un truc, on va remettre l'ardoise à blanc !

-Pour un truc ? Merde, tu me dis non pour tout, ces temps-ci ! C'est la première fois que tu fais une proposition de sortie depuis le Gala. Je te demande de rencontrer mes parents on dirait que je te propose de quitter le pays ! Avant le Gala, t'étais plus que partante pour les rencontrer !

-Avant le Gala, j'étais un peu plus naïve qu'aujourd'hui, je ne voyais pas le mal qu'il y avait à sortir avec mon professeur !

-Le mal !? s'outra Rayan qui perdit son souffle : Mais depuis quand tu vois ça comme étant un mal ? (Il secoua la tête et posa son attention sur elle qui avait le regard rivé sur l'extérieur) Il s'est passé quoi, pendant le Gala ? On t'a fait une remarque ? Des professeurs t'ont menacée, j-je ne sais pas, dis-moi pourquoi t'étais complètement dévastée quand je t'ai retrouvée à la salle de réception, bon sang !

Tallulah ferma douloureusement les yeux et cette grimace assura un peu plus Rayan dans sa conviction qu'elle ne lui disait pas toute la vérité.

-Ils t'ont menacée ? C'est ça, les profs étaient déjà au courant, pas vrai ? (Il alla démarrer) J'te jure, je vais les remettre à leur place !

Une main stoppa son geste et la voiture resta à l'arrêt. Décontenancé, Rayan regarda en coin sa petite amie qui secoua la tête.

-Tu devrais faire plus attention à la réputation de l'Académie mais surtout à la tienne Rayan. Ta famille peut-

-Mais en quoi ça te concerne !? lâcha Rayan avec virulence : En quoi tu te sens concernée par la réputation de l'Académie !? A quoi ça te sert de te préoccuper de ça tu sais déjà pas quoi foutre après le Master !

-Va te faire voir, Zaidi ! cracha Tallulah avant de prendre ses affaires et de quitter la voiture sous la pluie battante.

-Tallulah !

Descendant à son tour, Rayan essaya de la rattraper mais elle le repoussa avec force et non sans lui interdire au passage de la toucher. Il voulut insister mais elle repoussa une dernière fois sa main avant de se mettre à trotter jusqu'au bus qui venait de faire descendre des passagers. Rayan lui courut un court instant après avant de s'arrêter et de se retrouver seul sur la chaussée en suppliant inlassablement de lui pardonner. Tenant ses clés dans sa main, il finit par les jeter au sol avant de venir s'asseoir sur le banc de l'arrêt de bus, accablé par leur dispute. Après avoir crié plusieurs jurons il ramassa ses clés trempées et retourna à sa voiture avant de prendre la route de chez lui.

Après une douche chaude, il vint se poser sur le bord de son lit, une serviette sur la tête afin d'éponger ses cheveux. Mais quel gros con ! s'insulta-t-il en son for intérieur. Elle a déjà du mal à savoir où elle en est ! Finalement leur journée se termina comme elle avait commencé, sur des mots maladroits et blessants.

-La réputation de l'Académie, la réputation de l'Académie…ressassa-t-il, agacé : Qu'est- ce que je m'en fiche ! pesta-t-il avant de jeter sa serviette au sol, de se lever et de choisir des vêtements secs dans sa penderie.

A force de se faire passer en boucle leur querelle, Rayan souligna un fait qui l'inquiéta. Elle a mentionné ma famille…

« Tu devrais faire plus attention à la réputation de l'Académie mais surtout à la tienne Rayan. Ta famille peut- »

-Ma famille peut, quoi ? murmura-t-il, en fixant son sweat évasivement.

Qu'a-t-elle voulu dire ? Après une telle dispute et vu la façon avec laquelle il l'avait interrompue, Rayan n'était pas certain de savoir un jour le fin mot de l'histoire. Pourtant…cela le tarauda des heures, d'autant plus que Tallulah ne lui avait envoyé aucun message pour le prévenir si elle était bien arrivée chez elle. Il ne savait même pas si elle avait pris le chemin de son immeuble et il n'avait pas le numéro de Chani pour avoir une certification.

-J'espère qu'elle va bien, souffla-t-il en se passant une main dans les cheveux. Il faisait les cent pas dans son bureau alors qu'il s'était mis en tête d'avancer sur un chapitre de son nouveau roman : Eh puis zut !

Fourrant sa main dans la poche arrière de son pantalon, il y sortit son portable et appela sa cadette. Celle-ci décrocha promptement et cela apporta un peu d'espoir à Rayan.

« Allô ? »

-Tal'… ? (Il se frotta la nuque) ça va… ?

« Tu veux une réponse franche ou une qui te rassure ? »

-Tallulah, soupira le brun : écoute, je suis déso-

« Ne t'excuse pas, t'as bien raison ça ne me regardait pas. Je vais me mêler de mes affaires à l'avenir, t'as pas de souci à te faire. Tu m'excuses mais je ne suis pas en pause là. »

-Q-quoi ? Ta pau-

Il se tut en constatant qu'il était l'heure pour elle de travailler. Il avait prévu de venir la chercher comme elle devait passer la nuit chez lui.

-Attends ! Je viens toujours te chercher ?

« Pas la peine, je passerai chercher mes affaires en débauchant, je serais là pour 20h, c'est bon pour toi ? Je dois récupérer ma voiture sur ton parking. »

-Tes affaires ?

« Oui, j'ai vidé mon sac de cours. Je te rapporte ton plaid aussi. Bon, je dois vraiment y aller là, c'est bon pour toi 20h, oui ou non ? » se pressait-elle à lui demander, bien que sa voix ne présentât aucun signe de colère.

Rayan eut un geste de recul et fronça les sourcils.

-Oui, oui ! Ok, passe à 20h…

« A plus tard »

Et elle raccrocha. Le brun eut l'impression d'être encore sous la pluie, tant cet échange l'eut refroidi. Soupirant, il s'affala sur son siège tournant et fut plus qu'épuisé par la dent dure de sa cadette. Lorsqu'elle passa chez lui récupérer ses affaires, il s'avoua ne pas avoir envie d'entamer le dialogue. Se toisant un moment sur le palier, il fit un pas sur le côté et la laissa se déchausser.

-Je n'en ai pas pour longtemps, dit-elle à voix basse : Je prends mes affaires et je m'en vais.

-Tu pouvais rester cette nuit, souligna-t-il : On s'est engueulé, mais c'est pas en restant dans notre coin que ça va s'arranger.

-Je sais. (Elle entra dans le salon où ses affaires reposaient sur la table basse) Mais il va bien falloir qu'on s'habitue à être chacun de notre côté, comme tu dis.

Confus, Rayan lui demanda ce qu'elle entendait par-là. Puis, la sentant bien tendue, il força Tallulah à lui faire face et cette dernière lui adressa un sourire amer et désolé.

-Tu vois bien que cette situation nous dépasse plus qu'on veut bien le croire, Rayan. Je suis vraiment désolée, si je me suis montrée…intrusive ou-

-Mais non, souffla-t-il en levant les yeux au ciel agacé par ses propres propos dans la voiture : Je ne le pensais pas, j'ai dit ça sur le coup de la colère. Mais tu ne me dis rien ! C'est frustrant, puce…

Aussitôt, Tallulah secoua la tête et s'éloigna d'un pas. Cette fois, l'aîné sentit son cœur se serrer. Qu'est-ce qu'il se passe là… ?

-Non, reprit-elle, la voix chevrotante : Non, non on va arrêter. C'est frustrant comme tu dis, tant pour toi que pour moi.

N'aimant guère la tournure de la conversation, Rayan plissa un œil et prit des gants avant de demander.

-Tu vas bien… ? T'avais l'air, pressée…au téléphone. Ce n'était pas que le travail, n'est-ce pas ?

Elle secoua la tête.

-Non, non ce n'était pas que le travail, non. Mais il fallait que je me dépêche.

-Te dépêcher de quoi ?

-De prendre une décision… Parce que c'est pas toi qui le fera. T'es… comme Lysandre là-dessus. A me reprocher d'être inquiète pour vous, de vous soutenir comme je peux, mais non ! Non, moi, il faut que je me mêle de mes affaires.

-Tallu-

Dans un élan de désespoir, Rayan voulut l'étreindre mais elle le repoussa gentiment. Son menton trembla et elle reprit avec autant de droiture qu'elle le put.

-Mais tu sais quoi, j'ai bien compris que vous aviez raison. Tous les deux, je n'ai pas à me mêler de votre vie, ou à me faire du souci pour vous. C'est vrai, ça ne me concerne pas le fait que tu puisses te faire virer par ma faute…

-J'essaie juste de te faire comprendre que c'est à moi de gérer ça, d'accord ?

-Je ne veux pas m'immiscer dans ton travail, je veux simplement t'éviter un scandale, Rayan, reprit Tallulah en articulant chacun de ses mots : Je te rappelle que ton père est donateur !

-Et rien que pour ça Tallulah, je sais qu'on ne me virera pas ! Et même, si jamais cela devait arriver je-

-Je ne pourrais jamais me regarder dans une glace ! hurla-t-elle avant de fondre en larmes : J'ai pas les épaules assez larges pour me dire qu'à cause de moi j'ai fait perdre son poste à mon homme ! Je ne pourrai pas supporter de te voir te… (elle se pinça les lèvres avec dégoût) …te briser avec les tiens une nouvelle fois ! T'as tant à perdre et si peu à gagner avec moi ! J-je… j'ai rien à t'apporter moi !

-Tu m'aimes ! sanglota-t-il, entre ses dents serrées : Et je t'aime, tellement Tallulah ! Si tu crois que j'ai peur de la morale que pourrait me faire ma famille, j'ai en mangé suffisamment pour être repus, maintenant !

-Mais tu ne comprends pas !

-Explique-moi, c'est tout ce que je te demande Tallulah !

Confronté aux larmes de l'un l'autre, ils tremblaient autant de peur et de colère. Après s'être mordue une énième fois la lèvre inférieure, Tallulah entama leur conclusion.

-Il faut rompre.

Redoutant ces mots, Rayan ferma les yeux et inspira profondément, comme pour ravaler sa douleur. Il secoua la tête.

-Non…Non, il ne faut pas rompre. C'est ce qu'ils cherchent tous !

-Rayan… c'est suffisamment dur comme ça.

-C'est dur à cause des autres ! cria-t-il en pointant un lieu invisible du doigt, qui désignaient tous ceux s'étant acharnés sur Tallulah le mois dernier : Pas à cause de nous.

-Peu importe à cause de qui, c'est épuisant ! On n'est plus d'accord sur rien… Tu voudrais continuer comme avant mais je refuse de prendre ce risque.

-Au départ, moi non plus je ne voulais pas prendre ce risque, et pourtant j'ai fini par comprendre qu'on ne faisait rien de mal ! Tu m'as aidé à me sortir de cette promesse absurde faite à Dana et à comprendre qu'on n'était pas en tort, jamais on ne le sera !

Mais Tallulah resta sourde à ses mots et secoua la tête en baissant les yeux.

-Cela ne concerne pas que nous… Je ne veux pas quitter Anteros mais mon renvoi aura moins d'impact que le tien. On vient juste de sauver ton poste Rayan, pas la peine de mettre de l'huile sur le feu, t'as d'autres élèves, t'as des obligations.

-Que je connais ! Et en aucun cas je suis obligé de choisir entre ma vie privée et mon travail ! (Il agita un doigt défiant) Et je ne le ferai pas.

-Je sais… sourit-elle autant avec fierté que chagrin : C'est pour ça que je le fais.

-Mais t'as pas à la faire non plus, pleura-t-il avant de relâcher les épaules qui s'affaissèrent : On n'est pas obligé…

-Je n'étais pas non plus obligée avec Lysandre mais il fallait bien le faire. Et je n'ai pas envie d'allonger notre peine sur autant de mois qu'avec lui…

-Mais ce n'est pas pareil ! insista-il fébrilement : Vous ne vous parliez plus !

-On ne se comprenait plus, comme maintenant…

-C'est faux, car t'as une seule chose à m'expliquer Tallulah. La vérité !

Accablée par l'insistance de Rayan, la jeune femme fourra son dernier livre dans son sac et voulut prendre la direction de la sortie mais Rayan la retint par le poignet.

-Dis-moi, est-ce que l'un de mes collègues ou…un camarade ! Je ne sais pas ! Quelqu'un t'a menacée pendant le Gala ?

-C'est terminé, Rayan ! trancha-t-elle d'une voix aussi distincte que les tremblements dans ses mains : C'est fini.

Et il la relâcha… Ses doigts glissèrent sur les siens et leur bras respectif retomba contre leur flanc.

-Réponds-moi franchement : C'est ce que tu veux ?

Une larme se décrocha de ses cils bruns, tandis que d'autres faisaient luire ses yeux anis.

-C'est fini, répéta-t-elle avant de s'en aller.

Comme son ombre, Rayan resta derrière elle, immobile à la regarder se chausser. Elle ouvrit la bouche comme pour parler mais face au visage affligée de son aîné, elle baissa les yeux, déverrouilla la porte et la referma une fois sortie. Le souffle court, elle pressa le pas jusqu'à sa voiture qu'elle démarra sans même attacher sa ceinture. Je l'ai fait… Elle essuyait rageusement ses larmes tout comme ses essuie-glaces chassaient les gouttes de pluie qui revenaient sans cesse brouiller son pare-brise et sa visibilité. Elle arriva à un feu rouge dont l'attente l'excéda autant que ces derniers jours d'indécision qui la firent souffrir jusqu'à ce qu'elle daigne trouver le courage de m'être un terme à ce semblant de calme auquel ils tinrent tous deux à s'accrocher naïvement. Ce fut ce qu'elle voyait, de la naïveté. Lâchant son volant, Tallulah se mit à frotter nerveusement son visage et son cou, comme si cela balayerait sa peine. Perdue dans son déboire, elle ne remarqua pas le feu vert et se reçut un coup de klaxon de la part du conducteur qui la suivait. Tressautant, elle passa une vitesse et accéléra abruptement au point d'en faire crisser ses pneus sur le bitume trempé. Elle arriva d'une traite à son immeuble et courut dans l'escalier pour rejoindre son appartement, laissant une traînée de traces de pas boueuses derrière elle.

Une fois chez elle, Tallulah se laissa tomber le long de la porte, lâcha un soupire poussif tandis qu'un nouveau sanglot la prenait. Alarmés, Charly et Chani qui se trouvaient ensemble, se précipitèrent sur leur amie qui s'agrippa à la jeune femme aux mèches roses et pria silencieusement qu'elle ne la laisse pas seule.

Car elle savait de son côté, Rayan, n'avait aucun bras pour le réconforter…

Dehors, la pluie cessa bien avant leurs larmes.

A suivre…


Nooon, baissez vos armes Vous devez bien vous douter que je ne vais pas les faire se séparer jusqu'au bout ^w^ ! Mais ils devoir se confronter à des ultimatum pour pouvoir se remettre ensemble et à d'autres peines. Mais comme nous arrivons clairement sur la fin de la fic, cela ne s'éternisera pas sur une dizaine de chapitres, non, pour moins que ça même ! Toutes les parties ne sont pas assemblées, mais je pense que d'ici 5 chapitres, tout sera fini :)

On se dit à la semaine prochaine pour la suite, enfin, à quand j'aurais corrigé la suite haha x)

Gros bisous à vous tous et merci de me suivre ! :)