[Petit mot d'avant lecture: Bonjour, bonjour ! Aujourd'hui, Leigh nous fait l'honneur de nous partager ses pensées ! Je devais mettre Hyun également, mais en me relisant, je trouvai ça trop ...lourd pour la lecture. Donc, seul Leigh sera à l'honneur avec un PDV interne avant celui de Rayan :D

Encore une fois, chapitre plutôt tranquille bien qu'avec un apport émotionnel et de confusion pour notre cher Rayan... Je vous laisse découvrir cela et je vous souhaite une bonne lecture ! ]


Leigh

-Bon, je te l'embarque avec moi ! Rit Tallulah en prenant la main de Rosalya à qui elle ouvrit la portière du copilote : On sera de retour dans deux heures à peu près, j'ai mon cours de self-defense.

Souriant, j'opinai avec entendement.

-Je vais passer voir Rayan, lui dis-je et elle eut un regard bienveillant qui se perdit dans le lointain de ses pensées. Prenant appui au bord de sa fenêtre ouverte, je repris : Hé, je me doute que ce n'est pas évident…je te donnerai des nouvelles de lui, s'il le veut bien.

-J'essaierai d'en prendre, même si je ne sais pas comment m'y prendre, m'avoua-t-elle : Mais je suis contente qu'il t'ait.

-Et n'oublie pas que tu nous as également, lui assurai-je : T'as tant fait pour mon frère et moi…Pour Rosa. T'es pas toute seule, d'accord ?

Ce fut à son tour d'hocher la tête et de me sourire. Je crus y déceler une pointe de reconnaissance et de chaleur. Puis, après un dernier signe de la main, Tallulah et Rosalya prirent la route et je fis de même, plus tard, afin de rendre visite à mon ami qui m'inquiétait. Ce fut plus fort que moi mais je pris mon carnet d'esquisses avec moi. Rayan avait une silhouette très sensuelle qui s'accordait très bien avec n'importe quel style vestimentaire. Il était facile de trouver l'inspiration pour de nouveaux modèles de vêtements. Je me doutai qu'il ne serait forcément d'humeur mais si cela pouvait lui changer les idées…autant garder ça de côté au cas où.

Une fois sur le parking, mon regard se porta sur la voiture de Rayan. Au moins, il était chez lui…Enfin, sauf s'il est parti faire un tour à pied… Je serais bien bête. Secouant la tête, je me montrai plus optimiste et filai jusqu'à l'ascenseur. La première fois que j'étais venu chez lui, c'était pour son anniversaire, organisé en douce par Tallulah. Ce fut très simple, mais tellement chaleureux tous ensemble. Devant sa porte, j'hésitai quelques secondes, espérant qu'il ne me repousserait pas, puis, je sonnai. Ne sachant trop quoi faire, j'examinai le couloir, défroissai les plis de ma chemise jusqu'à ce que le cliquetis du verrou me fasse tressauter. Je déglutis lorsque je me retrouvai face à mon aîné, le regard cerné et curieux. Il me dévisagea un moment et j'osai un sourire…nerveux.

-Salut, fis-je : J-je sais que tu ne voulais voir personne mais… (Je baissai les yeux) J'ai croisé Tallulah et je me faisais du souci…, avouai-je simplement.

Un instant, nous restâmes là sans rien dire, puis, lorsque je voulus lui demander si je le dérangeais, une tête chut sur mon épaule gauche. Surpris, j'écarquillai les yeux en ne sachant quoi faire. Rayan ne me serrait pas contre lui, je crois qu'il ne réclamait pas vraiment de contact. Il avait l'air fatigué… ses muscles apparents sous son marcel gris étaient tendus, ses cheveux en bataille et sa voix brisée.

-J'ai beau me creuse la tête, ne pas en dormir la nuit à trop me repasser le Gala en boucle…je ne comprends toujours pas pourquoi elle a fait ça.

D'un bras, je vins enrouler affectueusement ses épaules et ma main se posa sur l'arrière de sa tête dans un geste qui se voulait réconfortant. Plus tard, mon ami me fit entrer chez lui. Une pile de dossiers jonchait sur sa table basse.

-Tu prépares tes conférences ? lui demandai-je tandis qu'il était parti nous faire du café. Je vis les titres sur les dossiers, et cela concordait avec ce qu'il m'eut déjà expliqué au sujet de ses futurs déplacements.

-Oui, j'ai ma toute première qui se déroule à Strasbourg début Avril. Je pars ensuite à Lyon, Bordeaux et je termine avec Paris. Cela va s'étendre jusqu'en Mai.

-Wah, lourd programme… et tes cours ?

-L'administration est en train de mettre en place des dates pour des déplacements de cours que j'aurais à rattraper.

Rayan revint, avec deux tasses en mains.

-Tiens, me sourit-il : ça va toi ?

J'opinai.

-Oui, merci. (Je pris la tasse fumante) Désolé, si j'ai insisté…

-C-ce serait plutôt à moi de m'excuser, reprit Rayan en se massant la nuque : Je n'ai pas été super présent ces deux dernières semaines.

-J'ai beaucoup bougé aussi, et je sais que ce n'était pas simple pour voir Tallulah. Normal que tu veuilles passer du temps avec elle.

Il pouffa.

-Ouais…enfin si c'était pour en arriver là. (Il secoua la tête) Elle t'a dit quoi exactement ?

-Au début, je pensais que c'était ma faute si tu ne voulais pas me voir aujourd'hui. Mais elle m'a dit que vous aviez rompu, et que je n'avais rien à me reprocher et ça avait sûrement un rapport avec votre rupture.

Rayan haussa les sourcils.

-Tu n'as à t'en vouloir pour rien du tout Leigh, me confirma-t-il à son tour : Vraiment, excuse-moi si je t'ai inquiété.

Compréhensif, je lui souris avant de lui demander comment il allait.

-Je ne m'y fais pas… et tant que je ne comprendrais pas, je ne suis pas certain d'y arriver.

-Mais pourquoi a-t-elle rompu ? Tallulah semblait pourtant si…ébranlée tout à l'heure comme si elle avait souhaité que ça n'en arrive pas là. « C'est mieux » m'a-t-elle simplement dit.

- « C'est mieux… » ouais, voilà, elle laisse tout le monde avec la même explication, pesta-t-il d'une voix sourde. Ses mains se resserrèrent autour de sa tasse. Un sentiment d'impuissance en fit de même avec mon cœur.

-Elle doit bien avoir ses raisons, essayai-je.

-Mais qu'elle me les dise bon sang, soupira-t-il : Je n'ai pas envie d'être empli de rancœur à son encontre. On a vécu de trop bons moments pour terminer sur de la colère. Mais j'n'y peux rien, cela me tue d'être laissé ainsi, avec juste des « faut le faire », « c'est mieux pour tout le monde ! »

-Oh, Rayan…

Redressant sa tête, il croisa mon regard du sien, aux traits tirés et la lueur fébrile.

-Je me fous du monde, ce que je veux c'est Tallulah.

Qui peut lui en vouloir ? Comment pouvoir s'intéresser aux autres alors que notre monde intime qui nous portait s'écroulait autour de nous ? Rayan était loin d'être égoïste, et ce fut bien pour cela que son subit retrait m'inquiéta. Aujourd'hui, je comprenais pourquoi.

-Tu parlais du Gala tout à l'heure, pourquoi ? Il s'est passé quelque chose là-bas ?

Après avoir bu une gorgée de son café, Rayan posa sa tasse et fit mine d'arranger sa table basse.

-J'en sais rien, mais j'en suis persuadé… Elle était complètement déboussolée à un moment, à croire qu'elle voulait s'enfuir si cela aurait pu m'empêcher d'être vu en sa compagnie. J'ai bien conscience qu'elle a rompu pour… (il grimaça de dégoût) m'éviter d'être la cible d'un licenciement. (Il agita expressivement ses mains) Mais j'ai bien relu mes droits, Leigh, il n'est stipulé nulle part qu'une relation comme la nôtre est sanctionnable !

-Mais le Directeur ne vous avait-il pas dit le contraire ? m'enquis-je, me souvenant du récit de mon ami au sujet de son entrevue avec son supérieur, à la suite des horribles moqueries qu'eut subies Tallulah.

-Il nous a surtout fait comprendre que ça le dérangeait oui. Mais finalement, c'est écrit nulle part. Sa parole ne vaut rien, de la même façon qu'il ne supporte que moyennement les homosexuels d'après les dires de mon beau-frère. Mais il ne peut pas virer quelqu'un pour son orientation sexuelle, sa nationalité, sa religion, enfin pour sa vie privée quoi ! Tant que ça ne porte atteinte à personne.

-Pourquoi vous avoir ainsi prévenu ? Même s'il avait eu vent des rumeurs qui planaient sur vous deux, finalement, il n'avait aucune preuve tant que vous ne lui aviez rien dévoilé.

-Il y a eu un incident entre deux enseignants il y a quelques années de cela…Je crois que ça fait plus de bruits que ça n'aurait dû et je suppose que ça l'a rendu méfiant.

-Oui, enfin, si je devais me montrer méfiant à chaque fois que mes employés commettaient des bourdes, je ferais commerce seul ! (Je secouai la tête) Je ne dis pas que leur attitude était excusable, mais il n'a pas à reporter ses appréhensions condamnatrices sur tout le monde. Tallulah… ne se méfie pas de tous les hommes malgré s'être fait agresser, dis-je, en détournant les yeux sur le fond de ma tasse encore tiède.

-C'est sûr qu'il y a pire dans la vie que de voir un enseignant en Fac sortir avec une étudiante, rétorqua mon aîné avant de soupirer : Je suis sûr qu'elle a été menacée. Tallulah m'a sorti des trucs incompréhensibles sur ma famille, comme quoi il fallait que je fasse attention maintenant que mon père était donateur… Pourtant, personne ne sait que je suis le fils de Sohan Arles, enfin je crois… (Il s'adossa au fond de sa place) si ça trouve quelqu'un était au courant et nous a surpris. Je ne sais pas…

-Ton père y était ?

-Non, mon beau-frère le représentait ainsi que mon frère, mais il n'était là que pour les enchères et je ne l'ai même pas vu, on est parti avant avec Tallulah. Donc, pour le moment je ne suis que le beau frère de Léon Van Fenema.

-Ok, là je t'envie…gloussai-je et je parvins à lui arracher un petit rire.

-Tu aurais pu en faire des croquis !

De fil en aiguille, Rayan parvint à sortir de sa coquille, que ce soit pour s'épancher sur ce qu'il gardait enfoui en lui ou pour en savoir plus sur le défilé auquel son père participa pour ma collection, et cela sembla l'alléger un peu. J'ignorai quoi faire de plus pour lui… une amitié comme celle que nous partagions, c'était nouveau pour moi. Je n'étais pas du genre à garder longtemps contact avec les gens, si ce n'était ma famille. Castiel et Tallulah, c'était différent, ils étaient comme un frère et une sœur pour moi… Mais Rayan, je me fus étonné de vouloir garder contact avec cet homme si souriant, à l'oreille attentive et au conseil toujours réfléchi. L'avoir connu m'aida à découvrir une part de moi, peut-être plus égoïste, qui me poussait à vouloir me confier à lui au lieu de tout garder pour moi et ruminer jusqu'à ce qu'implosion émotionnelle s'en suive.

Rayan m'eut aidé à me sentir serein et confiant…

-On devait se rejoindre pour sa 3eme séance de self-defense…Elle voudra me voir, tu crois ?

C'était à mon tour de l'aider à l'être.

-C'est tout à ton honneur de vouloir respecter sa volonté, mais t'as le droit de penser à toi également. Toi, que veux-tu ?

Mon aîné se pinça les lèvres, observa le sol évasivement avant de répondre :

-Je veux la voir.

Rayan

« Je veux la voir » Eus-je dit à mon ami. Ça, pour avoir envie de voir Tallulah, j'en mourrai même !

-Je vais voir avec Sarah si je ne peux pas changer mes horaires de session.

-C'est ce que tu veux ? lui eus-je demandé.

Et une fois de plus, elle me répondit que cela était bien mieux ainsi. Me retrouvant seul dans l'arrière-cour du dojo, après un échange plus que mouvementé et peu concluent avec Tallulah, je finis par déambuler comme un lion en cage avant de m'asperger le crâne d'eau froide, après m'être penché sous le robinet. Secouant mes cheveux pour les essorer, je posai ensuite ma serviette sur ma tête et épongeai le surplus d'eau. J'ai bien raison, il s'est passé quelque chose au Gala… songeai-je en retournant à l'intérieur du dojo. Reste à savoir quoi.

Finalement, le reste de la session, je laissai Tallulah dans son coin. Je m'étais déjà bien exercé de mon côté, histoire de me changer les idées et voir si j'avais encore des souvenirs des prises que devaient apprendre ma cadette. Nos regards se croisèrent une dernière fois avant que je n'aille aux vestiaires. Je pris une douche, remis mes vêtements simples et après avoir salué Samuel qui s'occupait de Tallulah ainsi que Sarah qui en eut terminée avec le groupe de gym du troisième âge, je rentrai chez moi.

Le reste des vacances se passa sensiblement avec… calme. Plutôt que de me centrer sur mes soucis, j'essayai de passer du temps avec Leigh qui, d'abord pour s'amuser, réfléchissait à une nouvelle collection pour nourrisson et avait fini par s'y mettre avec sérieux. Cela m'eut échappé mais je lui eus fait part de notre souhait à Tallulah et moi d'avoir des enfants ensemble… Tout était si confus pour moi. Tant qu'il était difficile de faire mon deuil sur notre relation. Je ne pouvais même pas essayer, même pas envisager de me retrouver seul une fois de plus, c'était juste grotesque comme situation que rien de cohérent ne se présentait devant moi pour me pousser à me dire : « c'est fini ».

Nous n'étions sûrement plus ensemble comme un couple pouvait le prétendre, mais un lien tangible nous restait. Tant que je ne saurai pas la vérité, rien ne pourra changer… Mais que pouvais-je faire ?

Je me posai cette question encore le jour de la rentrée. En tant que son Directeur de mémoire, j'eus pris des nouvelles de Tallulah lors de son séjour au Québec, chez l'autrice Aria qui l'avait hébergée. Finalement, l'interview fut bien plus riche que ce que nous crûmes et Tallulah eut même le droit de rencontrer un professeur en sociologie qui collaborait avec Aria, au sein même du département Histoire de l'Art de l'école UQAM à Montréal. Son mémoire touchant plusieurs matières, et la sociologie primant avant l'art contemporain, les conseils et le savoir que lui eurent apportés l'autrice et cet enseignant lui permirent de boucler finement son dossier. Dossier, duquel je relisais avec soin ses dernières parties donc, que je ne pouvais que valider avec un entrain certain. Dire qu'elle ne veut pas viser plus haut que le Master…soupirai-je en mon for intérieur. Puis, je me remémorai, un peu amèrement, de notre dernier rencard au bord de la falaise. Il était vrai, que son intérêt pour l'architecture et l'art décoratif semblait l'accompagner depuis des années à en juger par les anecdotes de sa famille, de ses vieux amis et de ce que je pus constater par moi-même. Même en cours, ses meilleures rédactions se trouvaient en cours d'architecture. Nathan, mon ami et collègue, put me le confirmer. Tallulah était d'ailleurs l'élève la plus motivée dans ce cours, et il eut regretté ne pas avoir eu sa place dans le mémoire de notre cadette.

Nathan passa justement derrière moi lorsque je rédigeai un mail de retour de bilan à Tallulah. Deux cafés en mains, il en posa un à côté de moi.

-Avec un sucre ! me sourit-il.

-Oh, j'te remercie. (Je soufflai avant d'en prendre une gorgée) Alors, ce retour à la fac ? lui demandai-je alors qu'il revenait d'un de ses cours.

-J'aurais préféré rester avec mes chiens chez moi que de me retrouver face à 245 zombies… (Il soupira) Les L1 sont morts, et pour la plupart, je me demande comment ils vont faire pour passer en 2eme année…

-Je reconnais que les L1 ne sont pas très motivés dans notre filière.

-Et toi, les M2 ce matin ? (Il baissa le ton) Au fait, ça va mieux pour Loss ? Vous avez eu un entretien pendant les vacances ?

Mon cœur se serra. Tout le monde fut au courant pour cette histoire de montage-photo. Ce matin, j'eus effectivement deux heures avec les M2 pourtant, Tallulah ne me fit pas l'honneur de sa présence à mon cours. A la fin, j'eus hésité à demander à Chani si, ça y est, elle ne tenait même plus à me voir en cours mais je m'abstins. Si nous commencions à demander aux autres de jouer les entremetteurs, cela tournerait foncièrement au ridicule. Je pris alors mon courage à deux mains et, je lui eus envoyé un message sur son portable avant de m'attaquer à son mémoire.

-Elle était absente ce matin, à toi de me dire si tu la vois à ton cours cet après-midi. En tout cas, plus personne ne semble en parler, je n'ai pas eu de commentaire à ce sujet en cours.

-Tant mieux, puis, la plainte de Culann et de leur camarade a dû les calmer. (Il jeta un coup d'œil par-dessus mon épaule) Hé, c'est son mémoire ? Elle l'a fait lire à André et Ophélie, mais pas à moi ! (Il gronda faussement) Quelle bougresse… elle a dû se dire que ça ne devait pas m'intéresser comme ça ne touche pas ma matière…

-C'est possible, oui ! ris-je en me disant que c'était bien son style : Elle l'a bouclé au Québec, elle devait interviewer une autrice exilée de son pays.

-Oh… je trouvai déjà dur les sanctions sur nos performeuses françaises, mais je vois que c'est pire ailleurs. (Il haussa un sourcil) J'avoue n'être pas du tout calé sur la matière et je pense qu'Ophélie aurait été plus efficace comme Directrice de mémoire.

Je tiquai.

-Ça sous-entend quoi ?

-Haha, ne prends pas la mouche, Rayan ! Je dis ça car la sociologie correspond bien plus à son sujet que n'importe quelle autre matière. Bon, certaines s'immiscent, mais il faut être honnête, ta matière n'était pas prépondérante dans son sujet.

Bien que cela me fit mal de le reconnaître, Nathan avait raison. Mme Klamis aurait été plus compétente que moi dans l'aboutissement du mémoire de notre cadette. Il n'empêchait que ce fût vers moi que Tallulah se retourna. Certes, ce fut d'abord un subterfuge pour m'approcher plus intimement… mais cela eut terminé en une sérieuse proposition qui résultat sur un travail que beaucoup espéraient voir être publié. Et j'étais prêt à l'y aider si elle finissait par y songer.

M'être remémoré cet instant de notre début de relation me fit réaliser avec force que notre rupture n'aurait jamais pu voir le jour ainsi. Pas avec tout ce qu'on avait traversé, et comment nous avions galéré pour se mettre ensemble. D'un geste sec, je refermai l'écran de mon ordi après avoir envoyé mes formalités à Tallulah.

-Bah qu'est ce qui te prend ? s'enquit Nathan qui fut sûrement surpris de me voir rassembler si promptement mes affaires.

-Tu sais où je peux trouver Hélène ?

-Oh euh… essaie la salle d'imprimerie à la BU, elle m'a parlé de polycopiés pour son prochain cours.

-Merci ! m'écriai-je avant de foncer droit à la bibliothèque.

Une fois sur place, mon entrée se fit un peu bruyante et remarquée donc…Je m'excusai platement auprès de tous ceux qui me foudroyèrent des yeux et je me fis plus discret alors que je me dirigeai vers la salle des imprimantes. La porte était entrouverte et je pus entendre quelqu'un pester dans sa barbe.

-Roh…Comment ça, « bourrage papier » ? Je viens de décoincer la feuille !

Hélène, dos à moi car face à l'imprimante, souleva le capot de la machine et sembla vérifier si tout fonctionnait.

-Bah non, tout va bien… (elle referma le haut) et bah ma grande pourquoi tu fonctionnes pas ? bougonna-t-elle en réappuyant sur le bouton marche.

Arrivant derrière elle, je claquai du plat de ma main le bord de l'imprimante qui se mit à ronronner bruyamment avant de libérer un signale qui indiquait le début d'une impression. De son côté, Hélène sursauta farouchement et se retourna vivement, se retrouvant coincée entre mon buste et la machine. Je lui adressai un sourire carnassier.

-Faut savoir se montrer ferme devant l'indiscipline. (Je me reculai) Bonjour !

-Dis celui qui sort avec son élève, me charia-t-elle. Bonjour à toi aussi, Rayan. Alors, cette rentrée ? Je n'ai pas eu le temps de passer en salle des profs tout à-

-On a rompu, l'interrompis-je subitement. Hélène eut un geste de recul et me toisa curieusement avec ces grands yeux noirs.

-Pardon ? (Elle trotta jusqu'à la porte et la referma afin de ne laisser s'échapper aucune de nos paroles : Comment ça ?

Nonchalant, je pris appuis sur le bord de l'imprimante et laissai se perdre mon regard sur les impressions qui sortaient sur le côté.

-Elle m'a quitté. (Je reniflai) La veille de notre anniversaire de couple, j'te dis pas l'ambiance.

-M-Mais enfin pourquoi ? (Elle eut un mouvement de retenu) Je suis trop indiscrète…

-Je suis venu t'en parler en fait…

Elle perdit toute demi-mesure et mon amie retrouva son intérêt d'avant.

-Bah alors dis-moi ! s'impatienta-t-elle : Vous aviez l'air pourtant si amoureux… Pourquoi elle t'a quitté ? (Elle eut un cri d'effroi) Tu l'as trompée !

-Mais non ! m'énervai-je en cognant à nouveau contre la machine : Tu te bases sur quoi, hein !? Je prends soin de mon apparence mais cela ne fait pas de moi un séducteur impulsif pour autant ! Tu me prends pour qui, un salaud ou quoi !?

-Haha, du calme, rit-elle : Je plaisantais, haha !

Virant au rouge, je détournai mon regard embarrassé et grondai sourdement dans ma gorge. Je suis trop irritable ces jours-ci…me fis-je remarquer. Je dois me calme, sinon je vais encore être fermé face à mes élèves !

-Alors, pourquoi a-t-elle osé briser ton petit cœur d'artichaud ?

J'arquai un sourcil, me demandant si sa curiosité ne frôlait pas la moquerie. Secouant la tête, je repris :

-Je sais que je n'ai aucune preuve, mais je suis certain qu'on l'a menacée pendant le Gala.

Cette-fois, Hélène Paltry parut plus grave. Croisant ses bras contre sa poitrine, elle me fit comprendre qu'elle en attendait un peu plus que cela.

-C'est grave comme insinuation Rayan… n'oublie pas que j'y étais.

-Je sais, mais je ne te vise pas. Je ne vise pas uniquement mes collègues, je veux dire, quand on voit la fourberie de certains étudiants prêts à tout pour briser une de leur concurrente, je me dis que ça pourrait très bien être un élève qui a fait le coup.

-Mais comment en es-tu venu à une telle conclusion, pourquoi t'a-t-elle quitté ? me redemanda-t-elle avec attention.

Baissant les yeux sur mes pieds, je me remémorai, non sans amertume, notre dernier soir passé houleusement ensemble avec Tallulah.

-Elle prétend que c'est mieux pour tout le monde… Quand je lui ai demandé si c'est ce qu'elle voulait réellement, c'est tout ce qu'elle m'a dit, que c'était mieux ainsi. (Je haussai une épaule) Je suis censé la croire ? Il y a quoi de mieux à se faire volontairement du mal de la sorte ? Elle a pris cette décision après notre entrevue avec Culann, mais il s'est passé quelque chose le soir du Gala, je le sais, elle n'a eu de cesse de pleurer depuis ce soir-là ! m'emportai-je et Hélène vint me faire comprendre qu'il fallait que je baisse d'un ton non sans agiter ses mains expressivement. La porte eut beau être fermée, les cloisons n'étaient pas épaisses et vu le silence religieux qui planait en salle d'étude…qui savait ce que les gens pouvaient entendre ou non. Dans un fort chuchotement, Hélène reprit :

-Elle pleurait ? T'es sûr que ce n'est pas à cause de la page facebook de la fac ? Cela aurait normal qu'elle-

-Je l'ai retrouvée en larmes pendant le Gala…

Expliquant en détail le déroulement de la soirée de notre côté à Tallulah et moi, mon aînée commençait à comprendre ce qui m'eut tant alarmé.

-Je vois… présenté comme ça, j'entends mieux pourquoi tu soupçonnes quelqu'un. Mais pourquoi s'inquiète-t-elle autant pour ta famille ? Je veux dire, ton beau-frère n'est pas directement donateur, il n'était que le représentant de Sohan Arles. Même là-dessus je ne vois pas quel chantage ils auraient pu te faire ? Même en ayant découvert votre relation, à ce moment-là vous ne vouliez plus vous cacher alors…

Remarquant mon air penaud, Hélène comprit que je ne lui disais pas toute la vérité. Plissant un œil, mon amie me fit comprendre qu'elle était prête à entendre la suite et surtout qu'elle tenait à savoir…Après tout, j'étais venu quémander son écoute, je n'avais pas à lui mentir. Et je lui fais confiance.

-Sohan Arles… S'appelle en réalité, Sohan Zaidi, lui révélai-je à voix basse tout en faisant attention à la porte toujours fermée : Léon est marié à mon demi-frère, mais il vend également son image au studio de notre père. Je tends à croire que quelqu'un d'autre est au courant et qu'il a usé de cette information pour faire pression sur Tallulah… (Je secouai le menton, las) Je ne vois rien d'autre sinon, qui aurait pu autant l'effrayer, la faire s'inquiéter pour ma réputation et celle de ma famille.

Un ange passa. Hélène se tenait devant moi, non sans confusion sur son visage. Ses paupières étaient tellement écarquillées qu'elle ne semblait plus pouvoir les cligner.

-Hélène ?

-Bah merde alors… Souffla-t-elle d'une voix stupéfaite : T'es le fils de Sohan Arles. (Elle marmonna) En même temps, on n'a jamais vu sa tête à celui-là… certains se demandaient même si ce n'était pas une femme sous une couverture d'homme vu les œuvres féministes qu'il expose. (Elle secoua la tête) Comment aurions-nous pu faire le lien avec Rayan sans connaître son visage… Alors ça…

Levant les yeux au ciel, un brin excédé, je fis un signe de main devant le regard de mon aîné qui revint à elle.

-C'est bon, l'information est montée au cerveau ?

-J'veux une preuve ! fit-elle.

Elle veut surtout voir à quoi il ressemble, oui… Capitulant, je sortis mon portable et lui montrais une photo de mon père et de ma mère, prise le soir de Noël. Au loin, on pouvait voir Léon et Carie en train d'embêter grand-père Caleb.

-Oh ! Léon !

-Shhh ! la grondai-je en lui désignant la porte.

-Pardon, pardon ! chuchota-t-elle : Roh, vous vous ressemblez… donc c'est lui Sohan ? Sohan Arles ?

-Oui… (je fourguai mon portable dans ma poche) On peut en revenir à Tallulah ?

Hochant vigoureusement la tête en faisant mine de ne plus du tout être intéressée par la photo -qu'elle tenta de zieuter une dernière fois- Hélène me dit qu'elle comprenait un peu plus les inquiétudes de ma cadette.

-Rayan… en soit, il est logique qu'elle s'inquiète.

-Je ne dis pas le contraire, mais au point de…de rompre ? Même si le Directeur apprenait pour nous en plus que je suis le fils de Sohan Arles, tu penses vraiment que ça faire scandale ? Je veux dire… un scandale à conséquences désastreuses ?

-Je pense qu'au contraire, il verrait d'un bon œil d'avoir l'enfant d'un artiste et surtout d'un de ses donateurs dans son établissement. Puis, avec ta nouvelle promo au labo, personne ne pourra te pointer du doigt pour t'être fait « pistonner » puisque tout a eu lieu avant que Sohan ne soit donateur. (Je lui fis comprendre que ce genre de remarques me passaient au-dessus de la tête) En revanche, l'école pourrait s'appuyer sur tes fréquentations et de ton influence et vu le caractère de Culann, te savoir en couple avec une étudiante lui resterait coincé en travers de la gorge… Par fierté, j'ignore comment il pourrait réagir même si en soit, tu ne fais rien de mal et ça, on pourra me le graver sur ma tombe à force de l'avoir répété !

Je ris malgré moi à sa dernière remarque.

-En tout cas, sous cet angle, il est clair que si quelqu'un est au courant, autant pour ton père que pour votre relation, la pression a dû être énorme pour ta petite chérie… soupira-t-elle avant de refaire son chignon : Si ce que tu sous-entends est vrai, la personne qui a fait ça doit être sacrément dérangée ! Je peux toujours mener ma petite enquête de mon côté si tu veux ?

-Tu ferais ça ?

-Fais pas l'innocent, je sais très bien que tu es venu pour ça ! dit-elle en récupérant ses polycopiés.

Je souris en coin. Ce n'était pas tant ce que j'avais prévu, mais au moins qu'elle me dégotte deux trois informations au sujet de la soirée, un évènement que j'aurais pu louper et qui concernerait Tallulah.

-Je m'entends bien avec nos collègues, ça fera moins suspect que toi, surtout avec les rumeurs qui couraient en Février.

-Hé, je ne parle peut-être pas à tout le monde, mais je ne suis pas un ours non plus…maugréai-je.

-Ah oui ? Avec ta grosse barbe mal taillée, tes cernes et tes rides de lion sur le front t'es mal barré mon gars, se moqua-t-elle ouvertement avant de s'esclaffer : Puis, depuis ton crochetage avec Marine, elle guette le moindre faux pas pour te clouer le bec…

Peu touché par les intentions de cette p…petite cruche, je me giflai un instant pour avoir pensé qu'elle aurait pu être celle ayant menacé Tallulah. Pourtant elle n'a pas l'air d'avoir inventé l'eau chaude, c'est trop subtil pour que ça soit elle… me dis-je avant de sortir de la salle avec mon amie qui se dirigeait jusqu'à un amphi. Distrait, je balayai la cour d'un rapide regard et mon intention se posa sur une silhouette qui m'était familière. Melody… Assisse à côté d'une camarade sur un banc, elle discutait avec insouciance. Elle a été capable de se faire tellement de film… de fouiner dans mon bureau… Je réalisai alors que mon album contenait également des photos de famille dont une de mon père qui se tenait devant le « Studio Arles » avec Dimitri et moi à ses côtés. Si ça se trouve…elle a fait le lien lorsque Léon a annoncé être mon beau-frère ? Non…a moins qu'elle l'est supposé et que Tallulah ait avoué sans le vouloir ? Mon cœur se mit à battre plus rapidement et mon sang ne fit qu'un tour en me souvenant des horreurs qu'elle eut dites à Tallulah. Je l'ai destituée officieusement de son rôle d'assistante après ça… Melody aurait pu faire ça par vengeance ?

-…An ?

Mon esprit se dispersait et ma colère passée me revint.

-…Yan… ! Rayan, hé !

Sursautant, je réalisai que j'étais resté bloqué sur Melody qui quittait le banc en compagnie de sa camarade. A côté de moi, Hélène m'interrogea du regard et je lui fis signe que ce n'était rien. Je suis parano… C'est atroce ce à quoi je viens de penser… réalisai-je avec angoisse. Imperceptiblement, une voix suave me vint aux oreilles, mêlée à d'autres mais je pus la reconnaître aisément. Tallulah ? Relevant la tête, mes yeux se posèrent immédiatement sur un groupe de jeunes gens qui ne m'étaient pas inconnus, et parmi eux, je vis la femme qui faisait battre mon cœur sourire à ses amis. Tiens… Nous ne nous étions pas revus après la séance au dojo. Elle s'est coupé les cheveux… Ses longues mèches ondulées furent remplacées par un carré qui bouclait sur les pointes et s'ébouriffait lorsqu'elle passait sa main dans ses cheveux, comme maintenant. Le cœur plus léger qu'avant, je me sentis sourire.

-Alors ? T'as pu te régler ? lui demanda Camille.

-Oui, je me suis remise du décalage horaire… Je n'aurais pas dû choisir une date si proche de la rentrée, haha !

Ils passèrent à côté de nous, alors que nous nous étions mis à les observer. « Regarde qui va là ! » m'eut dit Hélène.

-Oh, bonjour Miss Paltry, bonjour Monsieur Zaidi, s'enjoua le jeune Camille qui fit s'arrêter ses camarades.

Semblant étonnée, Tallulah tourna la tête en notre direction faisant voler la pointe de ses cheveux qui caressèrent sa mâchoire. Comme dans l'impossibilité de respirer, je restai là, sans apporter de réponse à mes cadets qui se firent pourtant chaudement saluer par Hélène. Ses yeux vairons restèrent comme agrippés aux miens qui ne parvenaient plus à se détourner d'elle. Et dire que tout ce beau monde qui nous entourait savait pour nous deux…Hélène, Kelly, Camille, Chani et Charly…

Et ce fut plus fort que moi.

-On peut se parler…lui murmurai-je en gardant une posture neutre.

Tous, firent semblant de ne pas avoir entendu, si ce ne fut Hélène qui me glissa un « A quoi tu joues !? C'est pas le moment ! »

-Si c'est au sujet de votre mail, je vous enverrai ma réponse ce soir, me dit-elle.

-O-On va y aller nous… fit Kelly mais Charly la retint : Mais t'es fou !?

-Continue de parler surtout, marmonna-t-il : Q-Quel sujet avez-vous prévu pour le cours de DP ? questionna-t-il.

-Oh ! Eh bien voyez-vous…

Je glissai, entre leur échange.

-Ce n'est pas le mémoire…

-Pardonnez-moi mais j'ai cours. Et sur ses mots, elle fit un signe concis à Chani qui m'adressa un regard peiné.

Mon bras bougea seul et je vins agripper son poignet. Dans la foulée, Camille me retint.

-Là tu vas trop loin… chuchota-t-il en se mettant de façon que personne ne voit sa prise sur moi : Je te rappelle que vous n'êtes plus ensemble, quand bien même ce serait le cas, elle ne veut pas te parler. Laisse-là.

Mon sang ne fit qu'un tour et Hélène dut s'interposer entre lui et moi avant que je n'aie un geste plus que répréhensible. Tallulah eut également pris la main de Camille qu'elle attira à elle. Tous deux s'isolèrent un moment tandis que ma collègue me guidait discrètement jusqu'en salle des professeurs.

-Mais tu veux vraiment te faire virer ma parole !? pesta-t-elle pendant que nous marchâmes dans le couloir.

-J-je…pardon… Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai cru que j'allais le…

Plus que choqué par ma propre décontenance, je portai une main à ma bouche comme si ce geste me débarrasserait de ma stupéfaction.

-Moi aussi j'ai cru que t'allais le frapper…Rayan. Il faut que tu te recentres un peu sur le plus important, aujourd'hui t'es sur ton lieu de travail !

-Je sais, je vais me calmer… ça va passer. Oh…

Arrivé devant la salle des professeurs, plaquée contre le mur, les bras croisés, Tallulah se tenait un peu à l'écart de la porte et regardait en notre direction. Sans un mot, elle me fit signe de la suivre et s'excusa auprès de ma collègue qui entra en me disant simplement « bon courage pour ton cours ! » afin de camoufler la présence de ma cadette aux yeux de nos collègues dans la salle.

A la fois intrigué par sa présence ici, et honteux pour mon attitude de plus tôt, je la suivis. Puis, arrivés à un couloir désert, je la vis sortir un trousseau de clés.

-Où t'as eu ça ? chuchotai-je.

-T'occupe et entre donc… cette salle sert à passer des oraux et elle est totalement inoccupée cette semaine. T'as un cours là ?

-Dans une heure…Mais et toi ? Tu sèches ?

-Première et dernière fois, j'te préviens, me dit-elle en ouvrant la porte pour me faire entrer. Elle regarda autour de nous, avant de la refermer à double-tour une fois qu'elle m'eut rejoint.

Il n'y avait que quatre tables de collées les unes en face des autres, avec une chaise d'un côté, et deux autres de l'autre. Sûrement des passages en binômes… Retirant sa veste en velours qu'elle posa sur le dossier d'une chaise, Tallulah vint s'asseoir sur le bord d'une table, défroissa les plis de sa jupe crayon, et me dit :

-Je te donne une heure… après quoi tu as cours, et moi aussi et je ne compte pas sécher toute la journée. J'ai déjà raté ton cours ce matin, c'est bon, je ne veux pas foutre en l'air la fin de mon année qu'est loin d'être facile…

J'opinai simplement, sans trop savoir quoi lui répondre par des mots. Je lui demandai si elle allait bien, et pourquoi elle n'était pas présente ce matin.

-J'ai vu ton message tard… Je suis rentrée hier du Québec, me remémora-t-elle : Pas très sympa le décalage horaire, j'étais claquée ce matin.

-Oui, je veux bien te croire dis-je en me massant la joue. C'est vrai que ma barbe fait épaisse.

-T'as encore oublié de recharger ta tondeuse ? gloussa-t-elle.

-Oh euh… (Je me raclai la gorge, gêné) Je n'ai pas pris le temps de la tailler, j'avoue… (Je baissai les yeux sur le sol) Hélène dit que ça fait ours…

Je l'entendis ricaner avec légèreté.

-Oui, dit-elle singulièrement : Mais ça te va bien…

Mon cœur rata un battement…

-Surtout quand on sait comment tu as agi tout à l'heure…

…pour mieux se serrer ensuite.

-J-je…ne voulais pas lui faire mal. Ni à Camille et ni à toi. Je voulais te parler, c'est tout… Désolé, ce n'était pas intentionnel…

-C'est bien le problème Rayan, si tu dois être comme ça à chaque fois qu'on se croise, plus rien n'ira. On n'est pas censé se parler si informellement à la fac, même les autres jouaient le jeu avec Miss Paltry.

-Mais eux ne sont pas dans l'attente constante d'une vérité, Tallulah ! lâchai-je dans un fort chuchotement : J-je…je n'attends plus que ça pour tourner la page, la vérité.

Un silence s'immisça entre nous. Les yeux dans les yeux, ni l'un ni l'autre ne reprit le court de la conversation. Pour ma part, j'avais la nette impression de me répéter et faire face à un mur qui n'entendait ni ne ressentait dans quelle détresse je me trouvai. J'avais conscience de sa douleur et de sa tourmente, même en cet instant, son regard tremblait et semblait me jauger avec intensité. Que voyait-elle ? A quoi pensait-elle ? Que voulait-elle vraiment ? Soudain, je la vis déglutir et détourner les yeux en secouant la tête.

-Tu m'en demandes trop… murmura-t-elle.

-Je te promets qu'il ne t'arrivera rien, assurai-je avec une infinie douceur dans ma voix rauque et dans mes mains qui vinrent prendre son visage en coupe.

Presqu'aussitôt, je sentis ses doigts glacés se poser sur les miens et je frissonnai, retrouvant enfin un contact familier et duquel je me languissais.

-Oh…il ne me fera rien à moi, soupira-t-elle, semblant accablée : Mais je ne peux pas lui faire ça.

-« Il » ? Donc c'est un homme qui t'oppresse ? Tallulah, collègue ou pas, on d-

-Tu ne comprends pas, tu n'entends pas ce que je te dis, Rayan, se plaignit-elle. Ses mains se resserrèrent autour des miennes et je vins glisser mes doigts dans l'ondulation de ses cheveux désormais courts. Ils étaient aussi doux que le duvet d'une plume.

-Je t'écoute, promis je t'écoute… me lamentai-je : mais parle-moi.

-Je sais que ç'a été bien plus loin qu'on ne l'aurait cru… mais maintenant c'est trop tard, Rayan. Cela ne ferait qu'empirer… sache juste, qu'il ne me fera rien. C'est juste mieux pour vous que je ne dise rien…

-Il ne te fera rien ? Donc…personne ne te menace ? Mais alors, pourquoi as-tu rompu !? Tallulah ! Je t'en prie, j'ai besoin d'en savoir plus si tu veux que je comprenne !

-T'as dit que tu voulais la vérité pour tourner la page et je te la donne, Rayan. Je me suis mêlée d'affaires qui ne me concernaient pas, et si quelqu'un doit te parler ce n'est certainement pas moi ! T-Tu te mettrais forcément en colère… et puis il…ç'a été trop loin, ce n'est pas à moi de te parler.

Dans un excès de colère et de fatigue j'envoyai valser ma mallette qui laissa s'échapper des polycopiés.

-C'est comme ça que tu veux que je passe à autre chose !? Par des énigmes !? Si personne ne te menace, alors elle est où la logique dans notre rupture, hein !? Tu- !

Sans crier gare, des lèvres chaudes et humides scellèrent les miennes et je fus acculé avec force contre l'angle de la pièce, non loin de la porte. Je n'y crus pas tout de suite mais…mais si…

Tallulah…

Dans un souffle avide, je vins reprendre ses lèvres qu'elle osait éloigner. Comme un anesthésiant, mes nerfs se relâchèrent et mes muscles se décontractèrent peu à peu. Aucun son ne provenait du couloir complètement désert, aucun autre bruit que la succion de nos bouches ne s'élevait dans la pièce. Nos visages pris en grippe aux creux de nos mains respectives, nous nous rapprochâmes de l'un l'autre en essayant tous les angles possibles pour faire perdurer ce moment qui nous rendit fougueux…pressés par le temps… langoureux… faméliques après avoir jeûné nos caresses et baisers pendant des jours. Et dans la perspective que cela ne risquait plus de se reproduire, je mourrai déjà des prochains jours de manque.

Je vins quémander plus…

Cependant, lorsque mes mains vinrent rouler le bas de sa jupe et que je caressai l'arrière de ses cuisses nues, les siennes me stoppèrent et Tallulah mit fin à ce calmant émotionnel. Comme pour préserver ce souvenir, je me pinçai les lèvres et rouvris les yeux lentement, de peur de tout voir s'évanouir une fois mes pupilles face à la réalité.

Nous deux c'était terminé. Et pourtant, ni mon cœur, ni le sien battant à ton rompre dans sa poitrine ni croyaient.

-Pourquoi nous infliges-tu ça ?

-Je n'aurais pas dû t'embrasser… ex-

-Ne t'excuse-pas, j'en avais envie, lui assurai-je dans un fébrile murmure : Qui essaies-tu de protéger de ma colère ? Mérite-t-il vraiment ton attention ? Cela ne me fait que le détester encore plus… Pour la première fois de ma vie j'avoue crever de jalousie.

-Oublie tout ce que j'ai dit. Oublie tout… mes mots, le baiser. C'était le dernier. Cesse de tout rendre si compliqué et accepte qu'on soit séparés. (Elle soupira) On est parfois obligé d'abandonner certaines choses pour avancer.

-J'accepterai quand j'aurais la vérité…

-Dis-toi que tu es mon professeur, moi ton étudiante : ça, c'est la vérité, trancha-t-elle en portant sur moi un regard las.

Reculant, ma cadette reprit sa veste, son sac et déverrouilla la porte.

-Je sors la première…je te laisse les clés pour que tu refermes la porte, mais remets-les discrètement à leur place, personne ne m'a vu les prendre.

Elle ne me laissa pas le temps de lui répondre et de toute façon je n'en eus pas la force, et sortit. Encore plus perdu qu'avant, je me laissai glisser le long du mur et fis tomber l'arrière de ma tête contre la paroi cloisonnée. J'avais si peu avancé mais tant reculé…

« On est parfois obligé d'abandonner certaines choses pour avancer » me remémorai-je avec douleur. J'ai déjà entendu ça…

Je m'en rendrai compte bien plus tard, mais je venais d'entendre la plus parlante des révélations.

A suivre…


[Prochain chapitre, révélations sur les étranges paroles de Tallulah et cette dernière sera amenée à prendre une lourde décision. Nous remontrons quelques jours avant la rentrée, soit, avant ce qu'il vient de se passer en fin de chapitre pour ensuite avancer dans le temps ! Je vais faire au mieux pour rendre la lecture du prochain chapitre fluide et compréhensible avec tous ces décalages de scènes

Aussi, c'est un semi spoil, mais sachez que le prochain chapitre va introduire un sujet grave sans qu'il ne soit pourtant autant détaillé, je ne suis pas là pour "dégoûter" mais si j'en parle ce n'est pas que pour le personnage mais surtout car c'est, pour moi, ce personnage qui peut en parler le mieux. Je vous laisse avec beaucoup de mystère mais c'est juste pour vous prévenir que le prochain chapitre contiendra un moment relativement marquant à l'instar de l'agression de Tallulah avec Jordan. Ce ne sera pas non plus dans l'optique de vous faire apprécier se personnage ou le détester encore plus, mais vraiment je pense qu'il est le mieux construit dans ma tête pour être le "porte parole" de cette pression. Cela ne durera qu'un chapitre, bien que j'eusse déjà introduit ce sujet auparavant, mais ne vous inquiétez pas, tout fera sens pendant votre lecture prochaine :) (et là, vous êtes complètement paumés xD)

Gros bisou à vous tous ! Merci, du fond du cœur, de tenir encore la course et on y arrive au bout du bout !

A bientôt~~ ]