[Petit mot d'avant lecture: Bonjour bonjour ! :)
Enfin, je reviens avec le nouveau chapitre qui...j'ai prévenu dans le précédent chapitre, sera doté d'un moment dur. Aucun détail inutile, je l'ai dit, je ne suis pas là pour dégoûter, même si certaines histoires s'y apprêtent (et ce n'est pas un mal attention ^^) mais c'est nécessaire pour autant l'histoire, que ce dont je veux parler. Tout comme l'agression avec Jordan, je m'excuse d'avance si le moment vous heurtera, mais j'espère quand soi, votre lecture se passera bien ! Attention, lecture à la 3ème personne !
Je souhaite à tout le monde une très bonne lecture :)]
Suite à leur dernière séance de self-defense ensemble, Rayan et Tallulah ne s'étaient ni revus ni contactés en privé. Il y eut un échange de mail dans l'optique de fignoler les dernières parties de son mémoire, mais ils ne s'en tinrent qu'à cela.
De son côté, la jeune femme s'était mentalement préparée pour sa visite chez Léon et Dimitri. Tous deux s'étaient contactés à nouveau au sujet des billets de train qu'il lui eut envoyés. Si elle en eut touché un mot à Chani, Tallulah resta tout de même très secrète quant à son premier échange avec Léon et Dimitri pendant la soirée. Elle ne tint simplement pas à mentir à une personne de plus, ni même à inquiéter sa colocataire, et même si cela ne fut que partiellement, se confier à son amie l'aida à se sentir...moins seule. Les cachotteries n'étaient pas son fort, et avec du recul elle se rendit compte que cela eut porté défaut à sa relation avec Rayan qui avait nécessité bien plus de discrétion qu'ils n'en avaient fait preuve. Bien qu'elle ne trouvait pas cela juste, Tallulah comprit qu'à trop vouloir sa liberté, les autres finissaient toujours par nous en priver. Par peur de la différence, par dégoût de ce qui ne se conformait pas aux mœurs. L'Art en était victime et l'Amour plus que n'importe quoi d'autre. Nullement besoin d'être anticonformiste pour se sentir libre...la tolérance suffisait, mais aujourd'hui, Tallulah préférait en être privée que de voir Rayan en pâtir.
Après un long trajet en train et une escale pour un changement de ligne, Tallulah se retrouva à la Gare Saint-Jean, en plein cœur du tumulte bordelais. Après avoir suivi l'attroupement des voyageurs qui n'eurent d'autre choix que de descendre et pour cause, ce fut la destination finale, elle se retrouva au rez-de-chaussée, accueillie par le brouhaha et la légèreté d'une mélodie jouée au piano en libre service à côté de la salle des ventes. Confuse, elle s'était arrêtée en plein milieu du passage et se fit bousculer par un homme à forte corpulence.
-Pardon je-...
L'homme n'eut que faire de ses excuses et continua sa route. C'était la première fois qu'elle se trouvait à Bordeaux. Si ses parents eurent étudiés ici, force était de constater qu'après leurs études et leur mariage ils n'eurent jamais remis un pied ici. Même si la raison était toujours déconcertante, Tallulah ne regretta pas d'avoir vu, au moins une fois, la magnificence de l'architecture de cette Gare, dont les rénovations semblaient s'éterniser, aux dires des voyageurs habitués qui patientaient dans le hall, tout en spéculant sur les nombreux changements qu'eut subits l'intérieur du bâtiment.
«T'as un couloir de fermé toutes les semaines ! Et un autre qui se métamorphose ! Pourtant, leurs travaux ne cessent de s'étendre !»
«Que veux-tu... Le sous-terrain n'était plus aux normes et devenait dangereux»
«D'accord, mais as-tu vu ce dédale pour se rendre au guichet d'informations ?»
«Oui ! Nous faire passer par la voie A qui est aussi en travaux, je trouve ça pénible ! Ma valise s'est prise les roux dans un filet de sécurité !»
«Oh, mais écoutez-moi ces parigots... Mais qu'ils se trouvent une autre gare s'ils ne sont pas contents ! Il leur faudrait tout, tout de suite ! Cela fait 40 ans que je vis dans cette ville, Monsieur, 40 ans ! Jamais je ne me suis plein de ces aménagements, il faut bien les faire pour entretenir une telle bâtisse !»
«Je vous en prie, on n'a pas besoin que ce soit beau et neuf, simplement que ce soit fonctionnelle, qu'ils le rasent ce bâtiment, ils perdrait moins de temps !»
«La préservation du patrimoine n'est pas un sujet qui vous touche on dirait.»
«Cela ne me fera pas arriver plus vite chez moi!»
Commençant à trouver la tension palpable et envahissante, Tallulah décida de changer de secteur jusqu'à se retrouver dehors, sous la brume. Le temps n'était pas de son côté, il faisait frisquet et le brouillard était plutôt épais, même au milieu de ce trafic urbain. Léon lui eut indiqué quelle ligne de tram emprunter. Il semblait vraiment regretter de ne pouvoir venir me chercher, songea-t-elle, le sourire aux lèvres tandis qu'elle s'achetait un ticket utilisable pour la journée. Debout sur le quai elle examina autour d'elle cette partie de la ville très animée, autant par les voyageurs de bus, de tram que de train mais aussi des hôtels et des bars-cafés alentours. Un gong se fit entendre. Le tram approchait et Tallulah se fit de plus en plus pousser vers le bord du quai. Voyageurs descendant comme montant, personne ne voulait céder sa place, et la pauvre se retrouva compressée par la foule qui s'agaçait. Ce n'est pourtant pas compliqué de laisser les autres descendre en premier ! Gronda-t-elle en son for intérieur. Finalement elle se retrouva dans une voiture, et resta debout contre les portes qui ne s'ouvriraient pas pendant le trajet. Tête reposée contre une barre de maintien elle leva les yeux sur l'affiche qui représentait la carte des lignes et des arrêts. Ce n'est pas si loin... Léon habitait à 5 arrêts de la gare. Elle savait qu'elle avait un bus à prendre en revanche, pour arriver enfin à destination.
Son regard était à la fois contemplatif face à l'architecture classique des immeubles sûrement mal entretenus qui défilaient mais aussi distrait, car sa concentration se perdait souvent dans le trouble de son esprit. «C'est ce que tu veux ?»
Même avec le plus gros des efforts, Tallulah n'était pas à même d'oublier ainsi l'émoi de son aîné qui se rendait compte que la vérité lui était cachée. Mais c'est mieux ainsi...ne cessait-elle de se répéter.
Finalement, après un trajet un peu pénible, la jeune femme arriva enfin, un peu à l'extérieur de la ville, devant la propriété du mannequin, Léon Van Fenema. Mais elle sourit, attendrie, en voyant le nom «Zaidi», marqué sur la plaque de la propriété.
C'était plus reclus, le brouillard était vraiment plus dense de ce côté-ci et Tallulah ne sut dire si la maison était très entourée par le voisinage ou non. Après un dernier temps d'hésitation, elle pressa le bouton de l'interphone. Presqu'aussitôt, l'on vint lui répondre.
«Cendrillon ? Dis-moi que c'est toi, je me suis déjà tapé le honte avec le facteur...»
-Haha ! Oui, c'est moi, c'est «Cendrillon», assura Tallulah avec humour.
Léon n'ajouta rien de plus et raccrocha. Quelques secondes plus tard, le portail s'ouvrit dans un sourd grincement et lui permit d'entrer. Plus elle avançait sur le sentier à graviers blancs qui crissaient sous ses pas, plus elle distinguait une silhouette longiligne qui se détachait de la brume.
-Tu n'imagines même pas la tête du facteur quand je l'ai appelé Cendrillon, gloussa Léon qui vint l'étreindre avec une chaleur qui surprit la jeune femme. Si sa gentillesse s'était faite sentir pendant le Gala, elle n'eut pas songé à un tel accueil. Mais après la pénible route, Tallulah dut bien avouer que cela la détendit un peu.
-Je vois que ça t'amuse ! Sourit-elle.
-Mieux vaut en rire qu'en pleurer, assura-t-il en la guidant jusqu'au perron.
Au même moment, une voix se fit entendre sur le côté.
-Non ! Papa a dit non, Alan !
Puis, des pleurs...
-Carie, rentre je m'occupe de ton frère ! prévint-il en ouvrant la porte d'entrée: Fais comme chez toi, je vais chercher mon fils dans le jardin, je reviens.
-Oh, euh je-...d'accord !
Léon lui sourit et fit demi-tour avant de trotter en direction des pleurs qui semblaient fort capricieux.Il est grand... Se dit-elle, bien qu'elle l'eut déjà remarqué pendant le Gala. Tallulah suivit la demande de son aîné et entra non sans essuyer ses chaussures. Elle hésita à fermer la porte, ne sachant pas si Léon reviendrait par là ou non. Mais ressentant la chaleur ambiante de l'intérieur, elle préféra refermer et finit par se déchausser avant d'évoluer dans le hall d'entrée.
Des voix étouffées se firent entendre avant d'être plus distinctes. Tallulah s'approcha de la provenance et finit dans la cuisine. Un plan de travail central était entouré de chaises hautes et semblait servir de table de petit déjeuner au vu des tasses et du bol qui le jonchaient. Tallulah remarqua également un petit doudou abandonné aux pieds d'une chaise. Elle s'en approcha et le ramassa. Du pouce, elle caressa le duvet un peu souillé du petit pingouin.
Une vaste véranda donnait sur l'arrière du jardin, où l'on devinait une balançoire. Léon fit coulisser un battant, portant sous son bras un petit garçon qui pleurait toutes les larmes de son corps.
-Ça suffit Alan, je t'ai déjà dit qu'il ne faisait pas beau !
Mais ledit Alan refusa d'obtempérer et se mit à tirer sur le col du pull blanc-crème de son père, non sans lui tirer une mèche blonde au passage. Mais Léon ne fit que lever les yeux au ciel, soupirant d'exaspération, et reposa l'enfant au sol. Le petit n'avait toujours pas remarquer Tallulah et continua à pleurer tout en cognant ses petits poings conte les genoux de son père qui verrouilla la véranda.
-Et Carie tu seras gentille de ne plus ouvrir la porte ! S'écria-t-il.
-Mais Yuri voulait entrer !
-Yuri à trois kilos de pelage, il peut rester dehors une heure ou deux ! Interdiction formel d'ouvrir cette véranda, est-ce que c'est bien clair !? S'énerva-t-il finalement.
-Oui... Baragouina la petite que Tallulah ne fit qu'entendre sans savoir où elle se trouvait.
Lui adressant un sourire désolé, Léon reprit Alan dans ses bras et s'approcha de Tallulah qui lui tendit le pingouin.
-Hé, regarde donc au lieu de chouiner, t'as laissé ton doudou tout seul.
Interloqué, Alan tourna sa tête et montra son visage tiraillé par une grimaça chagrinée vers Tallulah qui tenait son doudou. Maintenant qu'il l'eut remarquée, le bambin tressauta violemment en écarquillant ses yeux plein de larmes. Il se remit à pleurer, mais cette fois-ci, de peur.
-Mais Alan, c'est la chérie de tonton Rayan !
-Oh ! L'amoureuse de tonton est là ! Entendirent-ils Carie s'exclamer.
Au vu de leur situation amoureuse actuelle, Tallulah se sentit fort embarrassée par la remarque de Léon. Comment je vais lui dire que ce n'est plus cas...? Se soucia-t-elle en présentant le pingouin à côté d'Alan. Le petit frotta ses yeux et osa à peine tourner son visage. Il observa longtemps le doudou mais surtout, la main qui le tenait.
-Bonjour bonhomme, sourit-elle en prenant une voix aussi chaude que rauque pour ne pas trop alerter l'enfant. Elle sentit bien, qu'il n'était pas vraiment à l'aise avec cette «étrangère» qui d'une part, venait de le voir pleurer, mais qui en plus osait tenir son doudou. Rien de plus scandaleux pour un enfant de 3 ans... Puis, dans un geste hésitant, Alan posa sa petite main sur le pingouin qu'il ramena doucement contre lui, sans détacher ses yeux de ceux de Tallulah. Il suffoqua, un dernier spasme de sanglot, la bouche entrouverte et la détailla avec attention.
-Il est très impressionnable, surtout quand il ne connaît pas la personne en face de lui, dit Léon qui vint passer sa main dans les cheveux courts de son fils afin de lui dégager le front.
-Pas de souci, rétorqua-t-elle.
-Puis, faut dire que t'as de très jolis yeux, je ne pense pas qu'il ait déjà vu un tel regard vairon, ricana le blond non sans faire rougir sa cadette.
Une fois l'enfant calmé, Léon le reposa une nouvelle fois par terre et Alan partit faire sa petite vie autre part, suivit de près par le chat qui sortit de Dieu sait où.
-Un lynx ! S'écria Tallulah et elle fit éclater de rire son aîné.
-Mais non, c'est Yuri, mon Main coon ! (Il gloussa en secouant la tête) Un lynx...
-Oh, ça va, c'est la première fois que j'en vois un en vrai... Marmonna la brune.
Elle se tourna vers lui et fut surprise de le voir lui sourire avec tant d'allégresse. Intriguée, elle demanda ce qui le faisait tant sourire.
-Je ne sais pas trop, fit-il en se massant la nuque: Depuis le temps que je voulais parler avec toi, je crois que je suis vraiment content que tu aies accepté mon invitation. (Il leva les yeux ciel) T'aurais pu me demander de t'envoyer tes chaussures par la poste après tout... D'ailleurs, reste ici je te les amène.
-Oh, ça peut attendre mon départ tu sais, assura-t-elle et sans prévenir elle le retint par l'intérieur du coude.
D'abord surpris, Léon opina finalement et se mit à débarrasser le plan de travail central.
-On s'est levé tard, s'excusa-t-il en désignant les tasses: Tu as mangé ? Je peux te préparer un encas si tu veux.
-Merci, mais j'ai mangé dans le train, assura Tallulah: Mercredi tranquille ?
-Oui ! S'enjoua Léon: Carie n'avait pas école et Alan m'a laissé dormir.
Un peu hésitante, elle lui demanda:
-Et Dimitri ? Il travaille aujourd'hui ?
Le sourire de Léon perdit un peu de sa splendeur et Tallulah se mordit instantanément l'intérieur de sa joue, coupable d'avoir retiré un peu de joie à son hôte.
-Pour tout te dire, il travaille oui, mais ne doit pas rentrer avant la nuit. Il sait que tu es là, je voulais qu'il se prenne un jour de congé, mais il a refusé et est parti à son cabinet à l'aube.
Tallulah lui adressa un regard compatissant.
-Oh, ne te fais pas trop de films, on n'est pas en crise ou quoi que ce soit, gloussa-t-il en cachant un brin de son sourire avec ses phalanges: Dimitri a toujours mené un rythme de vie assez effréné. Si Rayan aime profiter de la vie, ce n'est pas du tout le cas de son frère aîné.
Tout en parlant, Léon se mit à rincer sa vaisselle et reprit les deux tasses avec lui. Il proposa une boisson chaude à sa cadette qui opta pour un café au lait.
-Je peux te faire un chocolat chaud si tu préfères..., sourit-il un peu narquois.
Grillée... Faisant fi de son embarras Tallulah accepta volontiers.
-Je peux en avoir un aussi s'il te plaît ?
Tressautant, Tallulah se retourna sur sa chaise pour voir le visage de la petite fille qui venait de parler.
-Dis bonjour Carie, lui sourit Léon: Et oui, je te fais un chocolat. Tu demandes à ton frère s'il en veut un ?
-Il répondra pas...
-Carie...fit Léon d'une voix sermonneuse.
S'approchant de Tallulah avec un sourire timide, la petite fille se dressa sur la pointe de ses pieds pour lui faire la bise, et elle se pencha pour lui répondre.
-Bonjour, je suis Tallulah.
-C'est toi l'amoureuse de tonton...?
La jeune femme eut des sueurs froides. Est-ce qu'elle comprend le terme même d'une rupture dans un couple ? Sans foncièrement penser que les enfants étaient idiots, Tallulah savait que certains concepts leur restaient tout de même hors de portée si on ne leur expliquait pas longtemps. Et ne connaissant que très peu Léon, et pas du tout ses enfants, elle ignorait si Carie ne resterait pas là à poser mille et une questions auxquelles Tallulah ne se sentit pas le cœur de répondre.
Elle hocha simplement la tête et lui sourit.
-Tu t'appelles Carie, c'est ça ? Rayan m'a beaucoup parlée de toi et de ton petit frère.
-J'l'adore tonton Rayan ! S'exclama-t-elle avec une spontanéité qui réchauffa instantanément le cœur de la brune qui ne put faire autrement que de lâcher un soupir attendri. Si tu savais comme il vous aime aussi ! Se dit-elle en repensant aux lueurs de fierté dans le regard et l'amour dans la voix de son aîné lorsqu'il parlait de sa nièce et de son neveu.
Après quoi, la petite fit demi-tour dans le but de trouver son petit frère. A côté, Léon lui apporta son chocolat chaud et vint s'asseoir après avoir préparé ceux de ses enfants.
-Elle est intenable depuis qu'elle sait que tonton Rayan s'est trouvé une chérie, glissa-t-il entre deux gorgées de son café.
-On n'est plus ensemble, rétorqua presqu'aussitôt Tallulah après s'être raclé la gorge.
La tasse suspendue dans le vide et le regard écarquillé de stupeur, Léon la sonda un moment avant de poser son bras. Il prit un regard sérieux que Tallulah lui vit pour la première fois. Il ne parla pas avant que sa fille ne revienne.
-Que fait Alan ?
-Il est dans sa chambre, il m'a demandée un dessin animé. (Carie réclama sa tasse) Je peux venir dessiner dans la cuisine ?
-Non, tu laisses tes affaires dans ta chambre, on te l'a déjà dit avec papa.
-Mais je veux rester avec toi !
-Fouineuse, tu veux surtout écouter ce qu'on se dit, rit Léon qui lui donna un petit biberon plein de lait chocolaté tiède: Amène ça à ton frère s'il te plaît, je passerai vous voir plus tard. Tu peux aller dans ma chambre si tu veux lire.
-D'accord... Soupira-t-elle en prenant sa tasse et le biberon qu'elle amena avec elle.
-Hé, l'appela doucement son père. Carie se retourna et l'interrogea du regard: Merci de t'occuper de ton frère.
Tiraillée entre la gêne et la joie, Carie peina à cacher son sourire. Leur tournant le dos, elle dit:
-Bah, faut bien t'aider, papa est jamais là !
-Haha, allez file !
Et la petite fille s'en alla d'une démarche plutôt guillerette. Aussi peu soit-il, vu ce que Tallulah savait sur le passé de Carie et de son petit frère Alan, elle trouva l'enfant très courageuse après ce qu'elle venait d'entendre.
-Elle est sacrément mature pour son âge, souligna-t-elle sans pouvoir décrocher son regard du couloir qu'avait emprunté Carie.
-N'est-ce pas ? (Il remua son café avec sa petite cuillère) T'es au courant pour eux...? Rayan t'a parlée un peu de mes enfants ?
-Oui... Sans entrer dans les détails, mais il m'a racontée le plus gros de l'histoire. Désolée, s'il ne devait pas.
Léon sourit, serein et assura que ça n'avait pas d'importance.
-Mes enfants n'ont pas à avoir honte de leur passé. Ce sont leurs tortionnaires qui devraient...(il pinça ses lèvres avec rage) mourir de honte pour ce qu'ils leur ont fait subir si jeune. (Il secoua la tête et se rectifia) Non, juste pour ce qu'ils leur ont fait subir...il n'y a pas d'âge pour être une victime de douleur morale ou physique. (Il plissa les yeux, le regard perdu dans son café) Personne n'a à subir de telles horreurs... Termina-t-il avec une voix si grave que Tallulah faillit ne pas comprendre ce qu'il disait. Ce ne fut qu'en lisant sur ses lèvres qu'elle parvint à intégrer la phrase et elle la sentit comme hors de son contexte tout comme l'esprit de Léon qui parut déjà loin.
-J'espère que ça ne te dérange pas que je sois au courant, maintenant que je ne suis plus...enfin, «liée» à votre famille, bien que je doute de l'avoir vraiment été.
Léon revint à lui et leva ses yeux sombres sur elle.
-Pourquoi vous-êtes vous séparés ? Demanda-t-il sans répondre à sa question qu'il ne jugea pas utile de poser.
-C'est mieux.
-Tu peux me le dire si tu ne veux pas m'en parler, je ne vais pas me vexer, se moqua-t-il sans se cacher: Mais je trouve ça malhonnête de ta part de repartir avec le passé de mes enfants sans même m'accorder le droit à une raison valable sur ta séparation avec mon adorable petit beau-frère.
Tallulah sembla prise de court, ne s'attendant nullement à une telle remarque de la part du mannequin. Sa gentillesse, ressentie le soir du Gala ou encore lors de leur précédente conversation, n'avait d'égal que sa mesquinerie. Finalement, elle se demanda, qui de Dimitri ou de Léon lui faisait plus peur. Si l'un jouait franc jeu l'autre faisait preuve de subtilité. Le couple parfait... Ne put-elle s'empêcher de penser.
Après un long soupir, elle donna à Léon ce qu'il voulait. De toutes façons, elle savait qu'elle s'était faite inviter non pas pour ses chaussures mais pour assouvir la curiosité du mannequin et la sienne par la même occasion. Force était de constater que l'un allait avoir ce qu'il voulait, bien qu'il ne dut pas vraiment prévoir leur rupture.
-Sortir avec son professeur dans une fac à l'élitisme véreux n'avait rien d'une bonne idée. Le succès du Gala a eu raison de moi, je sais m'incliner quand il le faut...
-Comment ça ? Tu as eu des remarques ?
-Tu as bien entendu les rumeurs pendant la soirée, non ?
-Oui... Enfin, delà à ce que cela vous pousse à rompre, je pensais Rayan plus amoureux que cela et toi aussi...
-C'est moi qui ai rompu. Rayan n'a rien à voir dans cette décision, je l'ai prise seule, avoua-t-elle avant de prendre une gorgée de son chocolat qui refroidissait.
Un silence plutôt gênant s'immisça entre eux seulement interrompu toutes les secondes par le bruit mécanique des aiguilles de la pendule murale qui tapissait tout en décorant, le mur du fond par sa largeur imposante.
-J'espère... Que la stupidité de mon mari, n'y est pour rien, reprit Léon. S'il sembla avoir hésité à prononcer ces mots, ce n'était pas tant par doute dans sa réflexion plus par peur de blesser son invitée qui ne réagit pas: Tu le croiras sûrement difficilement, mais il regrette la dureté de son attitude. Il n'a pas l'habitude qu'on lui tienne tête de la sorte et surtout qu'on le sonde si aisément.
-Le sonder aisément ? Répéta Tallulah avec une pointe d'incrédulité dans la voix: Je ne vois pas ce que j'ai pu sonder de si extraordinaire pour attiser autant sa colère !
-Tu as pourtant su voir qu'il n'agissait pas uniquement sous la demande de son père mais bien pour lui-même. Et ça, même Rayan n'aurait su le voir, il est trop aveuglé par ses querelles passées avec son frère pour se rendre compte de qui il est vraiment. Finalement, la neutralité de vos antécédents et ta vivacité d'esprit t'ont permise de voir plus clair.
-J'ai simplement fait le lien avec ce que m'a racontée Rayan sur son enfance avec Dimitri. Je n'y croyais pas au début, mais j'ai l'impression que Dimitri supporte mal que Sohan s'inquiète autant pour Rayan...
Soudain, Léon se mit à rire clairement.
-Haha, en voilà une façon aussi subtile que direct de changer de sujet ! Mais tu ne m'auras pas, je veux connaître les véritables raisons de ta rupture avec Rayan.
-Cela a-t-il vraiment une importance ? On ne se connaît pas tant toi et moi, fit-elle remarquer.
-Si cela n'avait pas eu d'importance, tu aurais annulé ta visite, je me trompe ?
Percée plus à jour qu'elle ne voulut bien se l'avouer, Tallulah détourna le regard et secoua la tête, semblant désabusée, et se mit à fixer le jardin recouvert de brume. Elle se faisait plus fine, et la silhouette d'un muret apparaissait.
-Tu veux savoir, n'est-ce pas ?
Tallulah fronça les sourcils, se concentra davantage sur le brouillard.
-Tu veux savoir pourquoi il est tellement jaloux de son petit frère, n'est-ce pas ?
-Tellement jaloux qu'il en vient à menacer sa petite amie... Soupira la jeune femme qui reposa un regard las sur Léon.
-Tiens, je vous croyais séparés ? La charia-t-il.
Tallulah sourit malgré elle, non sans rougir légèrement. Léon lui adressa un sourire sincèrement doux.
-Pas facile de se mentir lorsqu'on a un cœur aussi honnête que le tien...hm ? (Il soupira profondément) Tu sais, il y en a un autre qui est comme toi, c'est Dimitri.
-Dimitri ? Un homme comme lui a vraiment besoin de se mentir à lui-même ?
-Depuis plus longtemps que tu ne pourras jamais l'imaginer. Mais je regrette que son comportement t'ait autant oppressée... Tu sais, aussi sérieux semblait-il, je te l'assure, il regrette que ce premier échange avec toi se soit passé ainsi. Il n'a nullement l'intention de te faire quoi que ce soit et il-
-Si tu savais comme je me contre-fiche de ce qu'il peut me faire et pour être honnête, j'ai bien compris qu'il parlait sous le coup de l'impulsion, l'interrompit abruptement Tallulah, la mine affligée
Léon l'interrogea du regard, attendant la suite.
-Mais ose me dire que ça ne sera pas un sujet de dispute de plus si jamais Rayan perdait son poste à cause de notre relation ?
Comme sonné, le mannequin haussa les sourcils avec stupeur. Il se demanda à quel point avait-elle pu voir au travers de la relation si conflictuelle des demis-frères.
-Leur père est désormais donateur à Anteros. Si jamais Rayan...(elle secoua la tête et se reprit) Si jamais notre relation venait à entacher le statut de Rayan, et que le Directeur décidait de le renvoyer, je doute que Sohan ne continue ses dons. Cela pourrait interloquer les autres donateurs, qui pourraient suivre, stupidement, le mouvement d'un photographe comme Sohan Arles et l'académie se retrouverait au même point qu'avant et dans le besoin financier.
-Pardon mais...cela ne te concerne en rien, tu n'es pas gérante des finances, ma belle, tenta-t-il de la rassurer.
-J'ai des amis dans cette fac, dans ma classe... Je ne pourrais même pas les regarder dans les yeux si la filière fermait à cause de tout ce scandale...E-et je ne veux pas que Rayan, se dispute avec son frère et encore moins avec son père. Il a toujours admiré Dimitri pour tous les efforts qu'il fait pour protéger votre famille des tabloïds et de l'influence parfois perfides des réseaux sociaux. Comment puis-je me permettre de lui faire perdre ce si fragile lien qui le relit encore à son frère ?
Sa voix vacilla un instant et pour se calmer, elle but le reste de son chocolat, désormais très froid.
-Dimitri a raison, un mensonge douloureux vaut mieux qu'une scandaleuse vérité. Rayan n'a pas besoin de ça...
-Mais il a besoin de toi, rétorqua d'une voix profonde le blond: Il n'a peut-être pas besoin d'une énième et ultime dispute avec son frère, mais il a besoin de toi. Et au risque de me montrer cru, si la famille doit interférer dans votre relation alors, mieux vaut s'en passer et vivre de votre côté, tous les deux. (Il eut un sourire amer) C'est ce que j'ai fait.
Interloquée, Tallulah courba soucieusement ses sourcils et lui demanda de quoi il parlait. Un peu mélancolique, Léon lui dit qu'il lui raconterait peut-être un jour, mais pas maintenant.
-C'est vraiment dingue à quel point tu ressembles à mon époux, redit-il avec une certaine peine: c'est sûrement pour ça que tu as su voir dans son petit jeu, à la soirée. Par doute et par crainte, tu as fait fi de tous tes projets d'avenir avec Rayan. Et pas uniquement pour le protéger lui, mais également tous ceux qui pourraient être touchés, de près comme de loin par le scandale que pourrait effectivement engendrer votre relation... Ou plutôt, l'intolérance des autres face à votre relation, il ne faut pas tout confondre, vous n'êtes pas les fautifs. Il faut cesser de culpabiliser les victimes... Et tu ne devrais pas te sentir autant coupable de faits qui n'ont d'ailleurs toujours pas eu lieu.
-Mais ils le pourraient ! Si ja-
- «Si je n'étais pas homosexuel, on ne m'aurait sûrement pas lyncher il y a 10 ans !» «Si je n'avais pas oublié de fermer les volets, Alan aurait fait sa sieste correctement hier !» «Si Dimitri n'était pas si têtu, il parlerait à son frère» ! S'exclama de façon très théâtrale Léon: Tu vois, ce sont tous les «si, peut-être, mais que pourrait...» auxquels je pense parfois lorsque j'ai un verre de trop dans le nez ou que Dimitri me laisse seul avec les enfants. Mais au risque de te sortir un phrase que le monde entier a dû te répéter: Avec des si, on refait le monde, mais ça tu vois, ce n'est à la portée de que fait-on ? Des sacrifices, en pensant naïvement que cela changera quelque chose, or, cela ne fait que nous détourner de l'inévitable c'est tout. Fuir un problème en en créant un autre, ce n'est pas une solution, c'est de la souffrance supplémentaire et...(Il tendit la main vers le visage de la jeune femme et replaça, d'un geste sensuel qui lui ressemblait, une mèche brune derrière son oreille) ...et parfois inutile.
Se redressant sur sa chaise, il reprit:
-Tu as toute la vie devant toi pour souffrir des aléas de la vie. Ne t'impose des regrets maintenant, t'es trop jeune pour ça... Dimitri a passé sa vie entière à faire un métier qu'il n'aime pas, alors qu'il avait un rêve des plus merveilleux, mais là, je ne suis pas objectif, rit-il.
-Il n'aime pas ce qu'il fait ? Vraiment ?
-Tu sembles surprise, fit remarquer le mannequin.
-C'est à dire...qu'il semble pourtant très impliqué dans son travail, en tout cas, Rayan n'a eu de cesse de me conter ses faits et actions, aussi perturbants puissent-ils être, mais dans un métier comme le sien, je doute que ce soit si facile d'être...tendre ?
-C'est bien la preuve que Rayan ne sait rien de son propre frère et sans trop m'avancer, que personne dans sa famille ne sait rien de lui... Mais on ne peut pas foncièrement leur en vouloir. Si Dimitri était plus ouvert...(il pouffa) tu vois, je me fais avoir tout seul ! On ne refait ni le monde, ni une personne...
Même quand cette personne est votre monde...se dit-il, amer.
-Que voulait-il faire, si ce n'était pas chasseur de tête ? Osa demander Tallulah.
Un instant, Léon se pinça les lèvres et pour la première fois elle ne le sentit plus aussi assuré qu'avant. Il cligna des yeux, la jaugeant du regard un long moment, avant de se lever et de lui tendre la main.
-Des images valent mieux qu'un long discours (il lui adressa un clin d'œil) Viens.
Ayant déjà trop longtemps hésité avant de lui poser sa question, la jeune ne se fit pas prier et se laissa guider par son hôte. Elle s'avoua que ce n'était que de la curiosité, mais Léon sembla tenir à lui montrer quelque chose qui lui parut important. Maintenant que tous deux avaient dépassé le stade de l'indiscrétion, ils assumaient leurs actes jusqu'au bout.
-Je te demanderai tout de même de ne pas en parler devant Dimitri, il me priverait de sexe pendant des semaines ! Plaisanta-t-il à mi-voix alors qu'ils gravissaient les marches qui menaient à l'étage.
-Haha, bien reçu. Mais... Il en a honte ?
Léon haussa une épaule.
-Il y a renoncé...c'est tout.
Ils s'échangèrent un regard complice et Tallulah comprit qu'il ne valait mieux pas insister de trop. Dans le couloir, ils virent Alan, dans sa chambre, posé sur un tapis de sol, en appui contre un pingouin géant en train de regarder un dessin animé sur le petit écran installé sur un meuble couleur pastel. La jeune femme sourit en reconnaissant les répliques du film «Bambi».
-Où comment passer du rire aux larmes...sourit-elle avec nostalgie.
-Oui, et ça vient de commencer j'ai l'impression répliqua Léon qui lui demanda se patienter devant une porte, éloignée des autres pièces. Il alla faire un tour dans sa chambre pour récupérer une clé, non sans embrasser le front de sa fille au passage, qui lisait un livre d'images sur le lit de ses parents.
-Dimitri... A un certain don pour la mise en scène, mais surtout un amour certain pour le théâtre.
-Le théâtre ? Tu veux dire...en tant qu'acteur ?
-Acteur, dramaturge, machiniste, il est en mesure de s'occuper de plusieurs tâches mais oui... Jouer sur scène a été un rêve pour lui.
Un instant, Tallulah se remémora cette voix portante derrière le rideau de cette scène sur laquelle le club de théâtre d'Anteros performa il y eut quelques années avant de se trouver un nouveau local. A n'en point douter, il lui eut affublé le rôle d'Erik, le fantôme de l'Opéra. Cette voix sans corps qui s'insinua dans l'esprit de Christine pour la faire chanter nuit après nuit, jour après jour...Bien que dans son cas, cela tint plus du chantage que d'un chant.
-C'était un rêve de devenir acteur, ou du moins de percer dans la comédie, mais cela a été son activité d'enfant et d'adolescent, reprit Léon qui laissa négligemment la porte entrouverte. Le son du dessin animé que regardait Alan parvenait à leurs oreilles.
La pièce n'était pas bien grande, et sobrement décorée. En revanche, un immense écran de projection tapissait le mur du fond et en face, un canapé deux places siégeait au milieu de la pièce. Sur le mur de gauche, celui en face de la porte, se trouvait une haute et large bibliothèque ébène, lustrée et remplie de livres et de boîtiers sans jacket. Au vu de l'épaisseur de certains, Tallulah se dit que DVD et VHS se mêlaient.
-On interdit les enfants d'y entrer... Et normalement, je n'aurais même pas dû te montrer cette pièce, avoua le blond, un peu penaud et cela rendit la jeune femme bien nerveuse.
-Je ne devrais sûrement pas rester en ce cas.
Léon réfuta ses paroles.
-Je suis las des cachotteries... Je dois déjà cacher la passion de leur père à mes enfants, j'aimerais pouvoir en parler librement au moins à quelqu'un comme toi. Quelqu'un qui tente ne serait-ce un peu de le comprendre...Et qui y est parvenue une fois.
Touchée par la considération que lui portait son aîné, Tallulah vint masser amicalement son dos et lui sourit avec douceur. Léon lui répondit par un sourire éclatant avant de se tourner vers les étagères.
-De ce côté, tu as toutes ces vieilles performances qu'il faisait filmer pour pouvoir revoir encore et toujours ses erreurs et les corriger ou à l'inverse de noter ce qui lui convenait le mieux dans la mise en scène. (Il rit) Et là ce sont les mises en scènes dans lesquelles il m'a demandé de jouer...
-Vraiment ? S'étonna la jeune femme, agréablement surprise d'apprendre que finalement cette passion n'était pas totalement abandonnée.
-Oui, en tant que poseur j'ai appris à façonner mon image pour bien des situations, et déjà dans la photographie il y a aussi de la composition, de la mise en scène et de la poésie par images. Beaucoup de mannequins, jouent dans des publicités pour présenter un parfum mais leur charisme est tel qu'on les introduit dans des films pour dégager la beauté recherchée pour le personnage en question.
-Maintenant que tu le dis, je me souviens d'avoir vu un film avec Charlize Theron ! Je l'ai d'ailleurs trouvée superbe.
-Moi aussi, tout comme Dimitri, c'est bien son jeu d'actrice et son charisme fatal qui lui a permis d'apprécier un minimum le film, rit-il: Il a horreur de Kristen Stewart !
-Oh...ça va je l'aime bien, elle se fout un peu de ce qu'on pense d'elle et je trouve qu'elle reste plutôt naturelle.
-C'est vrai, et c'est ce naturel qui agace un peu mon époux. Quand ça à sa place dans un bon contexte, il ne crachera pas dessus, mais ce qu'il recherche, c'est des doubles facettes, de la complexité, le naturelle, c'est bon pour le quotidien comme il aime répéter. (Il soupira en triturant un boîtier) Oh, la compétition de Rayan !
-Une compétition ?
-Oui ! Dimitri venait souvent regarder son frère faire de l'athlétisme mais il ne lui a jamais dit, haha ! Ces deux-là...Si seulement il-
Soudain, son portable se mit à sonner. Hâtif, il donna le DVD à sa cadette et sortit son portable de la poche de son jean: «Fouille et enclenche une vidéo, je te rejoins tout de suite !» lui assura-t-il avant de décrocher et sortir. Confuse, Tallulah observa étrangement la porte ouverte avant de se tourner vers les étagères.
-Bon... Il m'a fait venir ici pour comprendre, autant regarder ce qu'il y a.
Bien que cela ne fusse pas dans ses habitudes de balader ses mains sur des affaires qui n'étaient pas à elle, la jeune femme garda leurs confidences, à Léon et elle, en tête et chercha de quoi découvrir un peu la passion cachée de cet étrange personnage qu'était Dimitri. Si Rayan savait ça...
-Une passion d'enfance et d'adolescence il a dit...Si ça se trouve il le sait déjà ?
Je n'en ai pourtant pas l'impression...
Ouvrant les boîtiers sans jacket, cela fut difficile pour elle de faire un choix. Tallulah dut donc se fier aux dates et recherchait des vidéos plus ancienne. Je dois avouer que je suis curieuse de savoir à quoi il ressemblait ado ! S'amusa-t-elle en levant le nez sur le rayon des VHS. Elle prit appui sur la pointe de ses pieds et essaya de tirer un boîtier. Celui-ci lui glissa des mains et d'autres suivirent dans sa chute.
-Aïe ! Se plaignit-elle en s'en recevant un sur le front.
Puis, réalisant son carnage, elle s'empressa de tout rassembler.
-Pour la peine, c'est toi que je vais regarder ! Pesta-t-elle en prenant la cassette, coupable de son mal au front.
Elle inspecta le devant de la cassette et vit d'inscrit: «My First: the last act» Bien plus que de se dire qu'employer l'anglais était là pour donner un genre, Tallulah se souvint que Dimitri était également américain par sa mère biologique et que d'après Rayan, il eut séjourné là-bas quelques fois.
Tallulah s'arma d'une télécommande de la même marque que le rétroprojecteur installé au plafond. Des câbles, proprement accrochés, descendaient le long du mur et reliaient le lecteur DVD ainsi que le magnétoscope qui lui donna un petit coup de vieux !
-Wah, c'était quand la dernière fois que j'en ai vu un ! S'extasia-t-elle en introduisant la cassette.
Après quelques manipulations un peu longue, Tallulah finit par obtenir le son mais attendait toujours les images. Pourtant, au vu des petits points dus à l'ancienneté de la vidéo, elle comprit que quelqu'un voilait volontairement la lentille de la caméra. Puis, enfin, un visage juvénile apparut à l'écran. Dimitri...! S'écria-t-elle avec stupéfaction en son for intérieur. Il a les cheveux si longs ! Et il est si...mince ! Elle eut le souvenir de l'homme qu'elle eut rencontré le soir du Gala, plus en masse et grand, bien que Léon et Rayan le soient légèrement plus. Une barbe plutôt épaisses et proprement taillée, des cheveux courts, lisses et coiffés en arrière. Là...en face d'elle se trouvait un jeune homme visiblement très amusé, si ce n'était empressé, aux longs cheveux bruns noués en un chignon un peu négligé et d'une silhouette si frêle... Pourtant, il donnait l'impression d'être proche de l'âge adulte. 17 ans peut-être ? 18 ?
«Come closer !»
«Why !? That's enough! My camera can't focus that much !»
«Come on, dude! What's the fuck you telling me ?»
Dimitri s'approcha de nouveau de l'autre jeune homme qu'il se mit à filmer après lui avoir arracher l'engin des mains. Tous deux riaient et chahutaient avec la caméra un moment avant que l'autre ne se remette à filmer Dimitri, maintenant assis sur le bord d'une scène.
«Give me a smile!»
«Leave me alone, Paul...» (Il secoua la tête) «I'm so excited that I could kiss you on the stage during the audition !»
«Haha, why not now ?»
Dimitri adressa un sourire provocateur à son vis à vis, qui riait derrière la caméra. Les yeux anis du brun semblaient traverser l'écran et transpercer l'esprit de Tallulah de part en part. Cette douceur... Lui rappelait celle entraperçut sur sa photo de mariage prise en cachette par Sohan.
«You know we can't...»
«Why ? There is nobody here ! And...Laws are changing !» (l'autre murmura) «We are alone and got some time before our audition...»
Cela sembla amuser le brun qui secoua la tête malgré tout. Puis la caméra recula un peu, faisant s'éloigner la silhouette de Dimitri. L'image se fixa avant que le jeune homme ne passe devant l'écran. Après avoir posée la caméra son ami, que Tallulah comprit surtout être son petit ami, retrouva Dimitri qui se mit debout sur le bord de la scène, avant de se mettre à marcher à reculons pour repousser, taquin, ledit Paul qui finit par agripper le brun par les hanches et le soulever dans ses bras. Un long baiser s'en suivit ainsi que des rires. C'était faible, mais les voix restèrent audibles.
«You promise me ?»
«Yeah... I feel ready...for real.» sembla assurer Dimitri: «But at your's, not mine...My mom can't...well, you know...»
«Okay, don't worry... I promise you to be nice. The most I could, trust me.»
«Hey, I trust you, dick head !»
«Dick head !? Oh, you-»
«What the hell are you doing here !?»
Aussi surprise que les amants d'entendre une voix, non plusieurs voix de personnes invisibles à l'écran, Tallulah tressauta et se demanda qui venait de crier. Paul se rua sur sa caméra, avant de tirer Dimitri par le bras et de lui hurler «Run !».
L'image grésilla un instant, puis, des bribes d'ombres et de lumières se mirent à se balancer sur l'écran. Au bruit, Tallulah comprit que la camera enregistrait leur course.
«I told you they were fags !»
Bien que cela ne fusse pas sa langue natale, Tallulah n'avait nullement de mal à comprendre tout ce qu'il se disait. Et la violence des propos...des voix...des cris...La main tremblant autour de la télécommande, elle se tenait toujours debout en face de l'écran, ne sachant si elle devait continuer à regard ou non. Elle ne savait même plus si cela n'était qu'un souvenir où une mise en scène. Léon a dit que Dimitri aimait les mises en scène... Pourtant...pourtant...
«Please, Paul ! Keep running !»
Les pas...Les cris...les souffles.
«Fuking fags !»
«Catch theme !»
Après un frottement grésillant, un bruit de chute et un écran noir coupa court à la course poursuite. Sans fondu ni aucune transition, Dimitri et Paul se retrouvèrent sur la scène, complètement nus et furent les objets d'insultes et de moqueries, de rires gras et de cris, de coups et de gestes aussi humiliants que la situation en elle-même. Elle ignorait combien les autres étaient autour d'eux, mais tout se passa si vite... Si intensément...si effroyablement...
«So, do you like being taken like a bitch !? You like it Zaidi !»
«I beg you to stop ! Don't touch him ! Pl-» les supplications de Paul se firent interrompre par un coup qu'on lui porta au visage.
«Stop crying ! Don't you like to see your boyfriend being deflorewed!? But look at him, he is good looking, a true actor like he dreamed! Haha!»
«It's a present ! That's true, you fags haven't lot of choices on videoclub ! Be-»
Prise d'une subite nausée, Tallulah recula d'un pas avant qu'une main ne vienne se plaquer contre ses yeux tandis qu'une autre lui arracha la télécommande des siennes. Cris...larmes...supplications...hurlements...tout ça mourut en une pression. Secouée de spasmes, la respiration bloquée, la jeune femme se mit à trembler davantage et on la força à s'asseoir sur le canapé. Un bruit sec la fit de nouveau sursauter. On venait de fermer la porte. Lorsque la main posée sur ses yeux se retira, elle fut confronté au regard alarmé de Dimitri... Le Dimitri de 41 ans...Le Dimitri aux cheveux courts...Le Dimitri plus costaud...Le Dimitri si froid...
-Di...
L'interpellé partiellement, entrouvrit les lèvres mais ne dit aucun mot. Il ne fit que porter les mains de Tallulah à son visage et l'aida à reprendre une respiration plus contrôlée. Son regard dévia un instant sur Léon qui se tenait contre la porte qu'il eut refermée, la tête basse et les épaules tremblantes.
-Tu sais que je ne voulais voir personne dans cette pièce...
La voix de Dimitri était si sourde qu'elle sembla lointaine à Tallulah.
-Tallulah voulait simplement... Te comprendre.
-Ah oui ? Et que crois-tu qu'elle ait pu comprendre selon toi ?
-Pourquoi as-tu laissé ça là !? Tu l'as encore regardée !? Mais enfin, ça te mène à quoi de faire ça, Dimitri !?
Léon, excédé cogna son poing contre le panneau de porte. De son côté, Tallulah tenta de faire le tri dans tout ce qu'elle venait de voir...de subir...d'être témoin... Se fut plus fort qu'elle et ne sentit même pas ses yeux brûler mais des larmes roulèrent sur ses joues et ses mains toujours plaquées contre sa bouche compressaient ses joues. Un sanglot interpella les deux hommes qui restèrent là, à la regarder sans savoir quoi faire pour la calmer. Dimitri décida de prendre la parole:
-Tu n'aurais jamais dû voir ces images. C'est un passé qui ne te regarde pas. Qui ne regarde personne...
Tallulah secoua la tête, les yeux clos et les mains qui serraient toujours ses mâchoires.
-Tu n'as rien vu.
Ahurie, elle écarquilla les yeux et sembla ne pas en croire ses oreilles. Avant même qu'elle ne put dire quoique ce soit, le brun reprit:
-Tu n'as rien vu. Tu ne sais rien. Et t'en parles à personne. C'est plutôt simple dans les faits...
-Mais j-je !
-Je ne dis que ce sera facile. Mais tu as cru bon fouiner dans ma maison tu vas en assumer les conséquences.
-Laisse-la respirer ! S'emporta Léon qui repoussa son époux avant de s'agenouiller devant sa cadette: Je suis...tellement désolé pour ça ! Tu n'aurais jamais dû tomber sur ça, je suis...(il soupira, trembla et vint serrer ses poings sur les cuisses de la jeune femme) Je n'ai jamais voulu que tu tombes sur ça, je n'ai jamais...!
-Et tu voulais quoi ? Hein ? L'interrogea impétueusement Dimitri, les dents serrées mais la voix grave et presque susurrante.
-Elle au moins essaie de te comprendre...
-Tu te répètes, arrête ça tout de suite, pouffa l'autre: Vraiment, arrête ça. Tout ce que tu essaies de faire, tout ça... C'est...
Interloquée par la fébrilité dans sa voix, Tallulah porta un regard morne sur Dimitri qui se mit à cogner son front avec la paume de sa main, avant de reculer jusqu'aux étagères contre lesquelles il se laissa glisser, avec de choir au sol, les genoux pliés.
-Pourquoi est-elle là ? Hein ? Tu veux quoi Léon, tu cherches quoi ? A m'humilier ?
-Dimitri...je ne voulais pas.
-Tu fais entrer cette étrangère chez nous, lui parle de nous, la fait entrer ici... C'est notre pièce... À nous deux et à personne d'autre, alors pourquoi !?
-Tu dois sortir de ton mutisme, Dimitri.
Mais celui-ci secoua la tête, faisant tomber des mèches de cheveux brunes sur son front.
-Merde, Léon ! Elle m'énerve ! Elle m'énerve ! Peu importe ce qu'elle a compris au Gala, t'avais pas à la faire entrer ici ! Elle-!
-Personne ne sait...? Fut tout ce que Tallulah put prononcer.
Un long silence survint. Le corps lourd, Dimitri se remit debout et se dirigea vers le magnétoscope pour y retirer la cassette qu'il rangea dans son boîtier. Puis, soulevant un drap posé sur la table où reposaient les appareils, il tira un petit coffre cadenassé, qu'il déverrouilla avant d'y placer la cassette.
-J'allais passer ma toute première audition pour décrocher un rôle dans une pièce de théâtre qui aurait dû se jouer à Londres. Cela aurait dû être ma première véritable audition...pour mon premier vrai rôle. Un rêve, que je partageai avec Paul...(Il pouffa) Ma mère était au courant. C'est bien la seule chose qu'elle m'ait jamais accordé, passer cette audition seulement parce que j'avais su faire mes preuves. Même si elle a toujours pensé que mon lien avec le photographe Arles avait plus de mérite que mon jeu d'acteur...Mais je n'en avais que faire... Tout ce que je voulais s'était jouer sur scène avec Paul. (Il passa sa tête par dessus son épaule et croisa son regard affligé avec celui complètement vide de Tallulah) Mais les «fags» n'avaient pas le droit aux projecteurs. Non eux... Eux on les prend comme des chiennes et on les menace de tout divulguer aux journalistes venus prendre par à l'audition pour y photographier la nouvelle Etoile. La tête du premier rôle.
-Ta...mère...
-Ma mère... Ma mère ? Ma mère, lorsque Paul m'a porté aux urgences, n'est pas venu me voir à l'hôpital. Ma mère...Lorsque Paul lui a montré la vidéo, a trouvé bon de frapper mon ex avec et de l'accuser d'être le fautif de mon état.
-Mais ce n'est pas lui qui-!
-De mon homosexualité.
Léon ferma les yeux, une douleur perçant son cœur, et finit par se lever pour rejoindre son époux qui tenta de le repousser mais le blond insista pour le serrer contre lui, tous deux assis au sol, l'un entre les jambes de l'autre.
-Ma mère, m'a envoyé dans un centre pour suivre une thérapie de conversion. Parce qu'elle ne trouvait pas ça bien qu'un homme prenne du plaisir comme les femmes à aimer d'autres hommes.(Il secoua la tête, voulant se lever mais Léon le garda contre lui) Tu sais ce qu'on fait aux gens comme nous dans ces centres !? Tu sais que certains existent encore aux Etats-unis !? Tu sais ce qu'on dit aux hommes là-bas !?
-Arrête...murmura la jeune femme, la gorge nouée.
-Ah, on te la dénigre bien la femme là-bas, pour bien te faire comprendre que c'est humiliant d'être soumise. Parce que oui, la soumission correspondait aux femmes, mais ça c'était normal ! Cracha-t-il, plein d'ironie: Mais un homme... blessé, soumis, apeuré, trop vulnérable, c'était un taré !
-Arrête ! Lui supplia-t-elle.
-ALORS DEGAGE ! Tu veux quoi de plus !? Hein !? «Personne n'est au courant ?» Mais ma pauvre fille, t'imagines le scandale que ça aurait fait à cette époque!?
-Dimitri ! Chéri, je t'en supplie, calme-toi ! S'écria le blond qui se débattait comme un beau diable pour retenir son compagnon de courir hurler en plein visage de leur cadette, terrifiée sur le canapé, paralysée et incapable de tenir sur ses jambes.
-Le fils de Arles, pris comme une sale pute et interné dans un centre de conversion ! Une année ! Une année, mon père me demande de tenir chez ma mère ! Et j'ai passé cinq putains de mois à- (Il se montra moins furieux) à..., sa voix mourut avec sa nervosité et des larmes brisèrent la dureté de son visage.
-Shh..., souffla Léon derrière lui, en le berçant dans ses bras. Il se fit violence pour ne pas se laisser aller à son tour mais ses yeux se firent larmoyant.
-Je ne voulais pas... Je ne voulais pas...! Rayan était si jeune encore...! (Il secoua la tête) Ma grand-mère était...!
-Chéri, calme-toi...
-Mon père...il...sa carrière... Tellement fier de lui...
-Mon amour...pleura Léon en le serrant plus fort encore.
«Un artiste déchu, revenant du passé pour présenter son ultime spectacle en prenant possession d'un être fait de chair et de sang. Et d'un cœur...» Ce fut avec amertume que Tallulah se remémora son premier échange avec Dimitri lors du Gala. Elle pensait qu'il lui partageait seulement une banale pensée, mais ce fut déjà la première de ses révélations.
«Mieux vaut un mensonge douloureux qu'une scandaleuse vérité...»
Quelle douleur ? C'est de la torture ! Hurla-t-elle en son for intérieur avant de trouver la force de marcher jusqu'à ses aînés. Ses genoux tombèrent lourdement au sol, maintenant devant eux, et elle vint les étreindre avec autant de forces que son émoi lui permit de garder. Ils restèrent ainsi un long moment, à partager leurs pleurs, leur peur, leur colère et leurs regrets...
-Il faut faire des choix, pleura Dimitri: Il faut parfois abandonner les choses qu'on aime pour avancer...!
Elle le serra plus fort, et sans s'y attendre, une main agrippa dans son dos.
Ce fut dur, mais plus tard, Tallulah se fit raccompagner par Léon dans la cuisine et Dimitri, une fois plus calme et changé dans une tenue confortable, les rejoignit. Décoiffée, il sembla plus jeune, mais pas autant que Rayan pouvait paraître parfois... Si l'un avait les cheveux bouclés, l'autre les avait souples mais lisses et plutôt fins.
-Je ne t'ai pas revue durant le Gala et j'ai appris pour ton malaise...Je tenais à m'excuser. Je n'aime pas qu'on se mêle de nos histoires de famille, et surtout...
-Je sais... L'interrompit-elle dans un chuchotement, sans avoir le courage de croiser son regard. Dimitri non plus ne la regardait pas. Quant à Léon, il tenta une approche vers son amant qui se laissa étreindre amoureusement.
-Je ne voulais pas te faire de la peine...vraiment pas. Mais soit lucide... Vous deux se sera compliqué... Vous-
-Je l'ai quitté.
Si Léon ne put paraître surpris, Dimitri arbora une expression fort stupéfaite. Peu importe ce qu'il en pensait, peu importe ce qu'il tenait à lui dire et contre quoi il voulait la mettre en garde et la tenir éloignée, il ne s'était nullement attendu à entendre cela.
-Cela a finit par dégénérer... On n'a pas supporté le retour du succès de la soirée. Enfin, mes camarades... J'ai voulu épargner Rayan de ça, tant qu'il était temps. Et vous.
-On s'en est pris à toi ? Sembla se soucier Dimitri dont la voix exprimait fatigue et des restes d'émotions.
-Rien d'insurmontable, assura la jeune femme.
Dimitri voulut rétorquer mais rien ne sortit. Baissant une nouvelle fois ses yeux anis, il secoua la tête avant de lire l'heure sur la pendule.
-Il se fait tard...je te raccompagne à la gare.
-Je peux y aller toute seule.
-Oublie. Je t'accompagne, insista-t-il avant de se tourner vers Léon qui lui adressa un regard curieux: J'ai vu les enfants et ils dormaient... Je rentre tout de suite après.
Le blond hocha simplement la tête et libéra son amant de son étreinte. Tallulah en avait profité pour rassembler ses affaires et se dirigea vers la porte d'entrée. Une fois ses clés de voiture en main, il guida sa cadette jusqu'à celle-ci, lui ouvrit la porte et la referma une fois qu'elle fut assise. Léon s'était enfermé à l'intérieur, et ne fut pas en mesure de saluer la jeune femme. Elle non plus malgré son indéfectible politesse naturelle.
Le chemin se fit indéniablement dans un silence très lourd et sûrement très long, comme le trajet jusqu'à la gare qui se faisait interminable. Une fois sur le parking...Dimitri ne coupa ni le moteur ni ses phares.
-Tu as un billet ?
-Oui...mon train arrivera dans 40 minutes...
-Tu veux que j'attende avec toi ?
-Non, tu devrais rentrer chez-toi. Léon t'attend, tes enfants aussi.
-Oui...
Elle ne descendit toujours pas. Le regard rivé sur la panneau d'affichage des arrivées de trains en gare situé devant les portes du hall de la Gare Saint-Jean.
-Pourquoi avoir gardé la cassette ? Demanda-t-elle avec incrédulité.
-Pour ne jamais oublier... Rétorqua simplement son aîné.
Elle vit que son train aurait 5 minutes de retards.
-Pour ne pas oublier...Qu'il ne faut pas se laisser attendrir inutilement.
Une maman fit tomber le gilet de son enfant, et une vieille femme le ramassa pour elle. Elles se sourirent et l'enfant aussi.
-Pour ne pas oublier, qu'on peut être amenés à souffrir si on se laisse dominer par les autres...
Un homme chaudement vêtu, titubant, le visage sale et relié à son chien qu'il tenait en laisse, se laissa glisser le long d'une vitre, à côté de l'enseigne à restauration rapide qu'accueillait la gare. Un groupe de jeunes gens passèrent à côté de lui, et lui proposèrent de partager leurs repas encore dans leur sac recyclable. L'homme accepta et tous, s'assirent au sol autour de lui et du chien et ensemble, ils partagèrent un repas ainsi qu'un moment léger en bonne compagnie.
-Pour ne jamais oublier...qu'une part de moi a été arrachée ce jour là...
Hésitante, Tallulah détourna ses yeux de l'extérieur et finit par les poser sur Dimitri qui regardait toujours droit devant lui.
-Pour ne pas oublier qu'on m'a tout pris l'espace de quelques minutes... Fierté, innocence, pudeur et timidité. Mon rêve...ma sensibilité. (Il se pinça les lèvres, retenant une nouvelle vagues de larmes qui lui fit serrer les dents.) On m'a tout pris, soupira-t-il en croisant son regard avec celui de sa cadette qui retint aussi mal que lui son mal-être.
Tallulah renifla, prit une profonde inspiration avant de hocher la tête avec entendement. Elle ne savait décemment pas quoi lui répondre. Rien ne lui venait. Rien. Prenant son sac et son manteau, elle ouvrit la portière et commença à sortir une jambe alors qu'elle s'apprêtait à descendre. Puis, retenant son geste elle se rassit, dos à lui.
-T'as encore le temps tu sais...
-Le temps de quoi ?
-De lui parler... On n'a qu'une vie.
Dimitri secoua la tête.
-Tu venais le voir pendant ses compétitions, non ?
«Il a travailler dur pour en arriver là!»
-Oui, ricana le brun: Oui, je venais le voir.
«A tout juste 34 ans, c'est tout même incroyable.»
-Tu es fier de lui, n'est-ce pas ? Lui demanda-t-elle avec une pointe de bienveillance dans sa voix.
Il y un temps de latence avant que Dimitri ne répondre enfin:
-C'est mon petit-frère...
Tournant la tête par dessus son épaule, cette fois, Tallulah versa ses larmes, mue par la vague d'affections que dégagèrent les mots de son aîné.
-T'es contente ? Aboya-t-il faussement, en fuyant du regard, les bras pliés sur le volant et la tête reposée dessus.
-Oui ! S'exclama-t-elle d'une petite voix cassée par l'émotion: Car il est tout aussi fier de toi.
Un instant, Dimitri lui adressa un regard qui se rapprocha un peu de la reconnaissance. Mais sa curiosité était aussi bien présente. Enfin, Tallulah le remercia de l'avoir amenée jusqu'à la Gare et avant de rejoindre le hall elle lui avoua espérer qu'ils puissent se reparler un jour. Moi aussi, songea Dimitri qui la regarda s'engouffrer dans l'immense bâtisse. Après quoi, il rentra chez lui, retrouver son époux qui l'accueillit avec une mine affligée.
Mais Dimitri passa outre, et lui sourit avec une chaleur qu'il trouva étrangement plus facile à offrir. Léon en parut un peu surpris, mais heureux. Alors qu'il s'apprêtait à lui offrir un baiser, le portable de son aîné se mit à sonner. Léon reconnut la sonnerie qui signifiait un appel professionnel et s'éloigna pour laisser Dimitri répondre. Mais ce dernier n'en fit rien et garda son cadet contre lui. Il sortit bien son portable, mais pas pour répondre à l'appel. Ouvrant la véranda, il examina un seau rempli d'eau, posté sous la gouttière.
-Ah...je suis nul pour viser.
-Quoi ?
D'un geste, il lança son portable qui finit droit dans le seau d'eau, dans des éclaboussures qui s'éparpillèrent au sol.
-Mais t'es malade, tu n'as-!
Un rapide baiser le fit taire sur le champ. Dimitri les fit entrer, referma la porte et s'assit sur une chaise avant d'attirer Léon entre ses jambes, leurs doigts noués.
-Je n'ai qu'une vie, lui sourit-il, l'amour dans les yeux et la douceur dans la voix.
Léon, pour la première fois depuis longtemps...tomba de nouveau amoureux.
Une fois chez elle, Tallulah traîna lourdement les pieds dans son appartement. Le cœur serré, tout comme sa gorge. Elle se plongea dans un bain chaud, dans l'optique de l'aider à détendre ses nerfs et ses muscles tendus à l'extrême... Toutes ces images...tous ces cris. J'ai mal à la tête... Elle se laissa couler, les cheveux éparpillés autour de son corps. «Il faut parfois abandonner les choses qu'on aime pour avancer...»
-Abandonner...pour avancer...
D'une traite, elle sortit de la baignoire, les cheveux tirés et plaqués en arrière sur son crâne et ruisselant comme une cascade entre ses omoplates mouchetés de taches de rousseur. Nue, elle observa son reflet dans le miroir duquel elle essuya la buée formée, d'une main. Puis, son regard se posa sur la paire de ciseaux que Chani utilisait pour arranger sa frange et ses pointes. Elle glissa ses doigts dans les prises des lames, et les mena à son visage.
«Abandonner les choses qu'on aime...»
Dans un bruit déchirant et sourd, et un geste déterminé et net, elle trancha une de ses mèches au niveau de son épaule gauche.
«...Pour avancer.»
Des brins tombèrent à ses pieds..
A suivre...
[J'espère que tout va bien de votre côté, pour être franche, j'ai eu du mal à corriger, je crois que je m'attache trop à mes personnages haha x) Mais voilà, les révélations sont là, d'autres éclaircissements sont nécessaires mais ça, vous les aurez en temps et en heure :)
Petite anecdote, un peu bêtouille mais voilà x) mais je devais introduire le voyage au Québec de Tallulah mais je trouvais que ça cassait complètement l'émotion de ce chapitre, voilà pourquoi il se concentre uniquement sur la visite de Tallulah chez Léon et Dimitri. Au vu des parties qui me restent... Je risque de parler implicitement du voyage. En soi, il n'est là que pour le mémoire et un autre élément (tout petit, très court, mais à gros rebondissements xD) mais je pense pouvoir me passer des détails de son séjour là-bas pour l'introduire, alors, vous n'aurez pas le moment du voyage de Tallulah ^^ (désolée si certain.e.s voulaient savoir ce qu'il s'y passait xD) Mais nous avions déjà eu des infos par Rayan au chapitre précédent, et nous en aurons d'autres par Tallulah dans le prochain :)
Et d'ailleurs...je ne veux pas trop m'avancer, mais le prochain chapitre sera, selon l'assemblage et la réécriture de certains passages, le dernier ou l'avant dernier ! Mais encore, grand maximum deux chapitres et la fanfic est terminée :) Donc, préparez-vous bien psychologiquement à ne plus suivre, très prochainement, les aventures du Tayan ou Talan selon les goûts xD
Je vous embrasse très mais alors très très fort, et je vous dis à bientôt ! Merci d'avoir lu !]
